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Les défis de la diversité culturelle dans le monde du travail au XXIe siècle

Politiques, pratiques et représentations en Europe et dans les Amériques

de Ariane Le Moing (Éditeur de volume) Saïd Ouaked (Éditeur de volume) Christèle Le Bihan (Éditeur de volume)
Collections 322 Pages

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Remerciements
  • Diversité culturelle, emploi et discrimination. Quels outils pour quelles finalités ?
  • Introduction théorique Catégorisations et lutte contre les discriminations au travail : les apports de la psychologie sociale
  • Vulnérabilités psychosociales et discriminations indirectes en contexte professionnel (Catherine Esnard)
  • Partie 1 Parcours professionnels et politiques de recrutement des travailleurs immigrés
  • Chapitre 1 Testing intersectionnel à Québec : effets du genre et de l’origine maghrébine à l’embauche (Jean-Philippe Beauregard)
  • Chapitre 2 Les migrants sénégalais qualifiés installés en France face à la persistance des discriminations dans un contexte de reconnaissance de la diversité (Marame Cissé)
  • Chapitre 3 Des professionnels et leur profession : évolutions et résistances entre acteurs, normes et institutions. À propos de l’entrée en pratique de professionnels français à des professions réglementées au Québec (Jean-Luc Bédard)
  • Partie 2 Gestion de la diversité et insertion sociale et professionnelle des immigrés
  • Chapitre 4 Intégration sur le marché du travail des immigrants récents en Uruguay (2008–2016) (Silvia Facal)
  • Chapitre 5 La diversité pour redynamiser la ville ? Les migrants entrepreneurs comme ressource stratégique à Philadelphie (Hilary Sanders)
  • Chapitre 6 La question de la diversité culturelle dans les parcours migratoires des « nouveaux Espagnols » en Uruguay et en Argentine (Emmanuelle Simon et Ruy Farías)
  • Partie 3 Interactions entre professionnels du champ social ou socioprofessionnel et immigrants
  • Chapitre 7 Accompagnement des migrants du Caucase du Sud : quelles particularités ? (Olga Clément)
  • Chapitre 8 D’un monde du travail à l’autre. La mise en « CV » des expériences des travailleurs immigrés en France (Alice Lavabre)
  • Chapitre 9 Accompagner les populations issues de l’immigration dans le milieu du travail social : quels outils à la disposition des travailleurs sociaux ? Une analyse comparée France-Québec (Ariane Le Moing)
  • Partie 4 Représentations et politiques publiques
  • Chapitre 10 Chauffeur de taxi : un choix par défaut ? La mobilisation du capital social des travailleurs immigrés dans l’industrie du taxi québécoise (Émilie Aunis)
  • Chapitre 11 L’Autre musulman dans l’imaginaire d’intervenantes sociales au Québec : figures mythiques de l’homme réfugié syrien (Kheira Belhadj-Ziane)
  • Chapitre 12 La main-d’œuvre mexicaine aux États-Unis au cours du XXe siècle : le travailleur d’origine mexicaine comme « perpétuel étranger » (Marc Rodriguez)
  • Postface : La discrimination systémique, phénomène complexe et persistant (Marie-Thérèse Chicha)

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Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier la maison d’édition Peter Lang, notamment Thierry Waser et Philippe Pochet, directeur de la collection « Travail et Société », pour leurs précieux conseils et leur accompagnement dans la finalisation de ce volume.

Nous remercions également les laboratoires MIMMOC de l’Université de Poitiers, EHIC de l’Université de Limoges, la Région Nouvelle Aquitaine ainsi que l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers dont le soutien financier a été déterminant.

Cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans les riches contributions de celles et ceux qui sont au cœur des réflexions développées dans cet ouvrage : les auteurs, dont la disponibilité et l’ouverture ont facilité le travail de construction et de mise en cohérence du volume ; Marie-Thérèse Chicha dont la postface met efficacement en perspective les diverses expressions de discrimination en contexte de travail analysées ici, tout en envisageant des pistes de remédiation.

Enfin, nous adressons nos chaleureux remerciements à Caroline Colantini, qui a effectué un solide travail de relecture et de correction du manuscrit.

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Diversité culturelle, emploi et discrimination.
Quels outils pour quelles finalités ?

La mondialisation de l’économie et l’internationalisation des échanges des dernières décennies ont connu un essor considérable. Ces développements ont eu un impact majeur sur les flux migratoires en créant des incitations et des conditions favorables au mouvement des personnes. Dans le même temps, on assiste à une crispation sociale autour de la question migratoire dans un contexte troublé par les doutes nés d’économies nationales en récession et de questionnements politiques autour de l’identité1. Deux exemples marquants ont illustré récemment la méfiance renouvelée envers ce qu’il est convenu d’appeler « les migrants ».

En Europe, le destin des réfugiés fuyant les conflits en Syrie et ailleurs a été au cœur de débats houleux sur l’opportunité de les accueillir2, au point où les navires transportant des centaines de personnes ont eu toutes les peines du monde à obtenir l’autorisation d’accoster sur les rives du pourtour méditerranéen. Ainsi, les discours populistes en Italie, en France et en Allemagne décrivent une « invasion » d’individus qui menacent la sécurité des citoyens. Sur les réseaux sociaux, on assiste à des campagnes de dénigrement où l’on dénonce des agressions sexuelles commises par des jeunes réfugiés n’ayant « aucun respect pour les femmes ». De la même manière, le tremblement de terre politique causé par le Brexit ←13 | 14→serait aussi le résultat du rejet d’un modèle internationaliste jugé trop laxiste et trop généreux envers ces mêmes « migrants »3.

Le second exemple très médiatisé est la proposition de construction d’un mur le long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis (border wall), voulue par le président Trump, et au centre de désaccords entre élus républicains et démocrates jusqu’à provoquer la plus longue fermeture des services publics fédéraux (shutdown) dans l’histoire des États-Unis4. Là encore, la justification de l’intransigeance présidentielle s’appuie sur la menace que représenteraient les migrants, décrits comme la source des maux sociétaux traditionnels (criminalité, drogue, terrorisme, problèmes budgétaires, etc.).

Ces manifestations illustrent le développement des tensions identitaires et sécuritaires centrées sur le « migrant » dans un monde fortement marqué par des crises dont la singularité est la portée internationale (crises économiques et financières, terrorisme). Ces crises renforcent les fractures et participent de la fragmentation à la fois au sein de la communauté internationale et à l’intérieur même des sociétés5. Dans ce contexte, on assiste à une multiplication de polémiques liées à l’accueil et l’intégration des populations étrangères – quel que soit leur statut – qui fragilisent ces communautés et hypothèquent leurs chances de trouver leur place dans la société. Or c’est là une question fondamentale pour les gouvernements, les partis politiques, les syndicats et les entreprises. Pour ces dernières, le recours à une main-d’œuvre étrangère est aujourd’hui souvent un enjeu majeur face aux impératifs économiques, au vieillissement de la population des pays développés, à la difficulté de recruter des travailleurs nationaux dans certains secteurs (santé, services à la personne, bâtiment et travaux publics). Si la diversité ←14 | 15→culturelle est perçue comme un atout6, elle se révèle néanmoins difficile à mettre en œuvre dans les entreprises. Ces entreprises, notamment celles qui évoluent dans un contexte international ou qui sont implantées dans des pays multiculturels qui accueillent une population immigrante importante, sont pourtant nombreuses à avoir pris conscience de l’importance de prendre en compte des différences culturelles pour assurer le succès et la performance économique de l’entreprise7.

Cet ouvrage propose donc d’aborder la question sensible de l’accès à l’emploi de travailleurs étrangers et des défis liés à leur intégration dans le monde du travail8. Le pluralisme culturel, terme développé au XXe siècle en Amérique du Nord par des auteurs tels que Randolph Bourne et Horace Kallen, désigne la diversification ethnoculturelle de la population suite à plusieurs vagues migratoires massives en provenance d’Europe9. Rapidement controversé et incessamment discuté depuis, ce concept continue d’alimenter les désaccords sur le rôle et le statut ←15 | 16→des cultures d’accueil et d’origine dans l’intégration des populations allogènes, comme l’illustre bien le débat inépuisable entre « assimilation » et « intégration »10.

Aujourd’hui, ces débats sur le pluralisme culturel – ou diversité culturelle – s’observent également dans de nombreux champs professionnels en même temps que se développent les travaux cherchant à améliorer l’efficacité des équipes multiculturelles au sein des entreprises11. Sous l’effet d’une libéralisation et d’une internationalisation croissantes des échanges, accompagnée et encouragée par les multinationales, les institutions supra- et internationales et les nombreux accords commerciaux, la diversité culturelle est devenue une question centrale dans le fonctionnement des unités de production, de l’accès à des marchés et à une main-d’œuvre de plus en plus divers. Ainsi, dans le monde de l’entreprise, on s’interroge sur les modalités d’insertion de travailleurs issus de l’immigration et sur les méthodes et les politiques de management interculturel. Les objectifs des entreprises, pas toujours en phase avec les questionnements au cœur des opinions publiques, ont naturellement fait émerger d’autres questions : comment lutter contre les pratiques et les comportements discriminants pour répondre à des enjeux de performance économique ? Quels sont les outils mis en place dans le cadre de recrutements et par les managers en gestion de ressources humaines pour lutter contre les préjugés et garantir le principe d’égalité12 ? Les enjeux vont bien au-delà des questions de productivité : citons le domaine médical ou social où le fonctionnement ←16 | 17→même des dispositifs est entravé par les obstacles liés à la communication parfois difficile entre praticiens/travailleurs sociaux et patients/usagers issus de cultures différentes (pratiques linguistiques et religieuses par exemple). Quels outils sont proposés aux professionnels afin de faciliter la relation interculturelle et d’accompagner le public issu de l’immigration dans ses démarches quotidiennes13 ?

Catherine Esnard propose tout d’abord une introduction théorique qui permet d’envisager la problématique des discriminations indirectes dues aux préjugés ou aux stéréotypes (liés au genre et à l’origine ethnique) en contexte de travail. Selon l’auteure, la psychologie sociale permet de mieux saisir les mécanismes de discrimination indirecte qui peuvent entraîner un état de vulnérabilité sociale et/ou psychologique chez les victimes, et ce dans plusieurs étapes de leur parcours professionnel (en situation d’évaluation professionnelle, en accompagnement à l’emploi, dans le cadre de recrutement, etc.). Par ailleurs, l’analyse des dynamiques protéiformes de la discrimination indirecte appelle la mise en place de pratiques innovantes permettant de favoriser ou de rétablir l’intégration sociale et professionnelle des personnes victimes de discrimination au travail.

Ce cadrage théorique, qui pose les premiers jalons d’une analyse des facteurs de catégorisation sociale et ethnique dans la sphère professionnelle, est suivi de trois études de cas, l’une au Canada et deux en France. On découvre ainsi, dans la première partie de cet ouvrage, comment des travailleurs issus de l’immigration, pour la plupart qualifiés, se heurtent à des obstacles relevant de pratiques discriminatoires lors de leurs démarches pour intégrer le marché de l’emploi dans leur société d’accueil.

Jean-Philippe Beauregard présente ainsi une étude menée dans la région métropolitaine de Québec, en s’appuyant sur la méthode du testing intersectionnel (chapitre 1). Pour ce faire, il construit des candidatures fictives de Québécoises et Québécois d’origine maghrébine. Cette méthode, généralement utilisée afin de mesurer le caractère structurel de la discrimination sur un marché donné, permet de révéler la réalité ←17 | 18→flagrante de la discrimination à l’embauche envers les personnes ayant une origine ethnoculturelle (dans ce cas maghrébine) différente du groupe majoritaire. Si les résultats ne signalent pas de discrimination significative quant au genre, il n’en reste pas moins que les candidats d’origine maghrébine subissent clairement une discrimination à l’embauche (ils doivent envoyer deux fois plus de candidatures pour accéder à un nombre d’entretiens comparable au groupe majoritaire).

L’analyse sociologique de Marame Cissé rappelle que les annonces en termes de lutte contre les discriminations, bien qu’anciennes, ne sont pas toujours suivies d’effet (chapitre 2). Son travail s’intéresse, dans une perspective longitudinale rétrospective, aux migrants sénégalais qualifiés recrutés dans des entreprises françaises et dans des multinationales installées en France. À l’aide de la même méthode du testing et en s’appuyant sur une série d’expériences subjectives qui se distinguent de l’étude sur les discriminations, l’auteure analyse quarante entretiens menés avec des travailleurs qualifiés d’origine sénégalaise et démontre que, malgré des politiques de prise en compte de la diversité culturelle, les pratiques discriminatoires à la fois à l’embauche et dans l’évolution de la carrière demeurent. Il subsiste bien des « freins » à l’élimination des cloisons de verre qui empêchent des parcours professionnels comparables, quelle que soit l’origine ethnoculturelle des travailleurs.

Sur la question des « freins », Jean-Luc Bédard souligne quant à lui des dysfonctionnements institutionnels importants qui rendent difficile la reconnaissance des compétences de professionnels français (médecins, ingénieurs et infirmières) venus exercer une profession réglementée au Québec (chapitre 3). Alors même qu’une forte demande existe dans ces secteurs d’activité, ces professionnels sont confrontés à des difficultés majeures au cours des différentes étapes avant d’être autorisés à exercer leur métier (accès aux stages obligatoires, aux formations, etc.). Il en résulte une situation « perdant-perdant » : ni la société, qui ne peut satisfaire des besoins importants dans des secteurs clés comme la santé, ni les professionnels étrangers qui y cherchent des opportunités d’emploi, n’atteignent leurs objectifs. Ces blocages institutionnels finissent par limiter les chances d’accès à l’emploi de personnes qualifiées ressortissantes d’autres pays, ce qui constitue in fine une forme de discrimination, fût-elle parfaitement involontaire.

La deuxième partie de l’ouvrage se penche sur les travailleurs issus de l’immigration dans les Amériques, pour évoquer leur insertion sociale et professionnelle en contexte de diversité culturelle. Elle met en évidence ←18 | 19→toute la complexité de la question de la diversité culturelle, tant pour les migrants que pour les sociétés d’accueil.

Dans une contribution centrée sur l’intégration professionnelle des migrants récents en Uruguay, qualifiés ou non, Sylvia Facal s’appuie sur une approche théorique de la segmentation du marché du travail et met en lumière comment les travailleurs étrangers dans ce pays participent à la création d’un marché fragmenté ou « bimodal » (chapitre 4). En effet, si les travailleurs en provenance de République dominicaine, de Cuba et du Venezuela intègrent des postes ne nécessitant pas ou peu de qualifications, les travailleurs américains, européens ou indiens, généralement très qualifiés, sont quant à eux recrutés dans le secteur des hautes technologies et perçoivent des salaires supérieurs à ceux des travailleurs locaux moins qualifiés, provoquant ainsi une segmentation du marché uruguayen.

En s’appuyant sur une étude de terrain menée à Philadelphie, Hilary Sanders s’intéresse précisément à la question des politiques publiques permettant d’accompagner et d’intégrer les migrants-entrepreneurs dont la langue maternelle n’est pas l’anglais (chapitre 5). Ce programme cherche également à valoriser en parallèle le potentiel économique de cette population. Bien que prometteuses, ces politiques semblent montrer des limites majeures en faisant peser sur les migrants eux-mêmes le poids du coût de l’accompagnement annoncé. Il est intéressant de constater que le but poursuivi par la ville de Philadelphie, procédant à une forme d’inversement des constats habituels, soit d’utiliser la présence de travailleurs migrants pour façonner l’image d’une ville ouverte, cosmopolite et laborieuse, sans doute dans l’esprit du concept de « cité créative » de Charles Landry et Jonathan Hyams14.

Les problématiques de l’insertion professionnelle et de l’intégration sociale des travailleurs immigrés en Amérique du Sud sont également au cœur de l’article d’Emmanuelle Simon et Ruy Farias : les auteurs s’intéressent en effet au processus migratoire des « nouveaux Espagnols », travailleurs qualifiés en Uruguay et en Argentine, deux pays considérés comme multiculturels (chapitre 6). L’analyse de la perception par ces nouveaux arrivants des politiques d’accueil mises en place dans ces deux sociétés est éclairante dans un contexte de recherche permanente ←19 | 20→d’attractivité des personnels qualifiés dans un environnement global concurrentiel15. Les pouvoirs publics, nationaux ou locaux, cherchent constamment le moyen de faciliter l’installation des personnes à haut potentiel de développement économique16. C’est cette « course aux compétences » qui a poussé des acteurs institutionnels et privés à mettre en place des dispositifs visant à encourager les flux de travailleurs qualifiés ou à « haut potentiel économique ».

La troisième partie de cet ouvrage interroge les interactions et les pratiques de gestion et d’aménagement de la diversité culturelle dans le champ socioprofessionnel en France et au Québec. Il s’intéresse non seulement à la perspective des migrants mais aussi aux représentations des professionnels chargés de les accompagner. Il met également en lumière le rapport des intervenants sociaux à leurs institutions.

En s’appuyant sur une enquête de terrain et par une approche sociohistorique, Olga Clément analyse l’appui dont bénéficient des migrants du Caucase du Sud dans une unité médico-sociale française, dont le dispositif d’accueil prévoit un accompagnement linguistique grâce à des interprètes (chapitre 7). L’auteure montre que la présence d’interprètes est efficace parce qu’elle permet aux intervenants d’adapter les pratiques professionnelles et d’améliorer ainsi la relation asymétrique classique entre l’institution et l’usager. Finalement, le dispositif crée un rapport bidirectionnel entre les professionnels et les sujets accompagnés, ce qui facilite la prise en charge et le traitement de leurs difficultés.

Les modes de prise en charge sont parfois innovants, comme le montre Alice Lavabre. Sa contribution explique « la mise en récit » des expériences professionnelles des travailleurs immigrés – peu ou pas qualifiés – au sein de trois associations d’aide à la recherche d’emploi en France (chapitre 8). Ce travail de réécriture n’est pas sans soulever quelques questions puisque le parcours professionnel de ces personnes, qui doit être restitué selon un modèle standardisé et répondant aux normes du marché du travail français, participe également d’une codification sociale de l’altérité et ←20 | 21→d’une « mise en scène » de l’identité immigrée. Bien que jugée limitée dans sa portée, cette pratique de réécriture peut agir sur la perception de cette identité, par les employeurs en l’occurrence, et donner lieu à un renforcement des préjugés de ces derniers à l’inverse du but recherché.

Enfin, dans une perspective comparative entre la France et le Canada, Ariane Le Moing s’appuie sur une enquête de terrain menée auprès d’intervenants sociaux qui accueillent et orientent les usagers issus de l’immigration (associations, organismes communautaires, structures d’aide à l’employabilité) afin d’analyser leurs pratiques en matière de formation interculturelle (chapitre 9). Ces formations, qui privilégient plusieurs approches théoriques et portent sur des aspects généraux ou plus spécifiques de la diversité ethnoculturelle, ont pour objectif de sensibiliser les professionnels aux différences culturelles et de les ider à mieux comprendre et accompagner les personnes d’origines diverses. L’étude révèle que ces formations, qui ne cessent de se développer et se structurer au Québec, sont beaucoup moins visibles en France. Ceci s’explique notamment par des cadres d’intégration officiels différents et moins favorables. Surtout, les limites de la portée de la formation interculturelle mettent en lumière les carences d’un système dans son ensemble qui certes soutient des dispositifs de prise en charge, mais dont l’action peine à aboutir.

La quatrième et dernière partie se concentre sur les représentations des travailleurs issus de l’immigration en Amérique du Nord. Ces représentations émanent des professionnels de la société d’accueil – pouvant mener à des formes de catégorisation ethnique – ou bien des travailleurs immigrés eux-mêmes.

Résumé des informations

Pages
322
ISBN (PDF)
9782807610835
ISBN (ePUB)
9782807610842
ISBN (MOBI)
9782807610859
ISBN (Livre)
9782807610828
Langue
Français
Date de parution
2020 (Août)
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2020. 322 p., 5 ill. n/b, 12 tabl.

Notes biographiques

Ariane Le Moing (Éditeur de volume) Saïd Ouaked (Éditeur de volume) Christèle Le Bihan (Éditeur de volume)

Ariane Le Moing est maître de conférences en civilisation nord-américaine à l’Université de Poitiers, et titulaire de la Chaire Senghor en francophonie nord-américaine. Ses travaux portent sur les politiques de gestion de diversité culturelle et sur l’intégration socio-économique des minorités ethnoculturelles au Canada et au Québec. Elle travaille depuis quelques années sur la formation interculturelle des intervenants sociaux au Québec et en France. Saïd Ouaked est maître de conférences en civilisation américaine à l’Université de Limoges. Ses travaux portent principalement sur les politiques migratoires étatsuniennes. Christèle Le Bihan-Colleran est maître de conférences en civilisation américaine à l’Université de Poitiers. Ses travaux portent en particulier sur le mouvement « politiquement correct » et, plus généralement, sur le multiculturalisme et son impact sur l’enseignement supérieur et la société américaine.

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Titre: Les défis de la diversité culturelle dans le monde du travail au XXIe siècle