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André Malraux et l’art

Une révolution intellectuelle

de Derek Allan (Auteur)
Monographies VIII, 184 Pages

Résumé

Cette étude présente une explication systématique des éléments clés de la théorie de l’art d’André Malraux. Se basant sur des œuvres telles que Les Voix du silence, Le Surnaturel, L’Irréel et L’Intemporel, elle aborde des sujets cruciaux comme la nature de la création artistique, la psychologie de notre réaction à l’art, la naissance de la notion d’« art » et sa transformation après Manet, la naissance et la mort de l’idée de beauté, la question cruellement négligée de la relation entre l’art et le passage du temps, l’émergence de notre « premier monde de l’art universel », le rôle contemporain du musée d’art et du Musée Imaginaire, et la question épineuse du lien entre l’art et l’histoire.
Contrairement aux critiques négatives parfois émises contre la pensée de Malraux, l’étude soutient qu’il nous offre une théorie de l’art mûrement réfléchie, entièrement cohérente et très éclairante. De surcroît, et malgré des allégations occasionnelles que la pensée de Malraux manque d’originalité, cette analyse montre que sa théorie de l’art est hautement originale et constitue un défi radical aux explications traditionnelles de l’art issues des Lumières qui ont dominé la pensée occidentale pendant quelque trois cents ans. En bref, l’étude dévoile une façon de comprendre la nature de l’art qui n’est rien de moins qu’une révolution intellectuelle.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des Matières
  • Introduction
  • Chapitre 1: L’émotion fondamentale
  • Chapitre 2: L’art–un monde rival
  • Chapitre 3: La création artistique
  • Chapitre 4: L’art et l’Occident
  • Chapitre 5: L’art et le temps
  • Chapitre 6: Le premier monde de l’art universel
  • Chapitre 7: Le musée et le musée imaginaire
  • Chapitre 8: L’art et l’histoire
  • Chapitre 9: Conclusion–une révolution intellectuelle
  • Index

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Introduction

En 1973, trois ans avant sa mort, Malraux confiait à un ami : « Mes livres sur l’art restent de loin les plus mal compris1. » Malraux était sans doute déçu de cette situation, mais il ne semble pas s’être laissé décourager. Il a abondamment écrit sur l’art, deux de ses ouvrages majeurs publiés aussi tard que 1974 et 1976, et un autre, L’Homme précaire et la littérature, à titre posthume en 1977. En tout, les travaux de Malraux dans ce domaine couvrent près de trois décennies de sa vie, commençant en 1949 avec le premier volume de La Psychologie de l’art (plus tard révisé et intitulé Les Voix du silence)2. Ajoutées à de nombreux fragments de circonstance comme des préfaces, entretiens, émissions télévisées et discours (souvent en lien avec ses obligations de ministre des Affaires culturelles), les œuvres de Malraux sur l’art constituent une production littéraire au moins aussi volumineuse que ses six romans.

Pourquoi ces œuvres ont-elles été si souvent mal comprises ? Répondre à cette question est l’un des principaux objectifs de la présente étude, qui propose une explication détaillée de la théorie de l’art de Malraux, examine un éventail de réactions critiques et identifie un ensemble d’interprétations erronées, souvent avancées par des personnages bien connus tels que Maurice Blanchot, Maurice Merleau-Ponty, Jean-François Lyotard, Pierre Bourdieu, Hans Belting, Georges Didi-Huberman et E. H. Gombrich. Les erreurs semblent avoir deux ←1 | 2→causes principales : premièrement, une tendance à lire Malraux de façon rapide et superficielle–une approche presque vouée à l’échec tant sa pensée est originale et parfois exigeante ; et deuxièmement, les tentatives de nombreux critiques d’interpréter ses livres sur l’art à travers le prisme de l’esthétique traditionnelle, ne comprenant apparemment pas que Malraux nous propose une façon de penser l’art radicalement nouvelle. Ces deux facteurs ont donné lieu à d’importantes erreurs démontrables, telles que l’affirmation de Maurice Merleau-Ponty que Malraux est un déterministe historique (esclave de « monstres hégéliens », rien de moins), et la tendance générale à confondre la proposition révolutionnaire de Malraux selon laquelle l’art perdure via un processus de la métamorphose avec le point de vue traditionnel, hérité de la Renaissance et des Lumières, selon lequel il est soustrait au temps–éternel.

Certains commentateurs ont même catégorisé les livres de Malraux sur l’art de façon erronée. Dès les années 1950, un certain nombre de critiques, principalement des historiens de l’art, semblent avoir conclu qu’il s’agissait d’histoires de l’art, une erreur qui persiste dans certains cercles aujourd’hui. Malraux a explicitement déclaré à plusieurs reprises qu’il n’écrivait pas en tant qu’historien de l’art, et en effet, il est assez évident que son principal objectif n’est pas de retracer l’histoire de l’art ou de certaines périodes artistiques, mais d’expliquer la nature et la raison d’être de l’art–son rôle et son importance dans la vie humaine. En d’autres termes, Malraux est un théoricien de l’art, pas un historien de l’art. Peut-être ce malentendu s’explique-t-il par la nature révolutionnaire de sa théorie de l’art, qui, pour des raisons que nous examinerons, utilise davantage l’histoire de l’art que les explications traditionnelles. Néanmoins, il n’en demeure pas moins une erreur fondamentale qui a déformé la nature même de ses livres sur l’art. Malraux était toujours un lecteur assidu de l’histoire de l’art, mais ses propres ambitions étaient bien différentes.

Étant donné cette situation générale, les réactions critiques aux livres de Malraux sur l’art ont, sans surprise, considérablement variées. Dans un premier temps, il y a eu de nombreux commentaires positifs, un critique français déclarant en 1949 que La Psychologie de l’art était « l’un des plus grands livres de Malraux, l’un des plus grands livres de toute la littérature moderne3. » Mais la lune de miel fut de courte durée et des voix moins amicales se firent bientôt entendre. Dans une longue attaque publiée en 1956, l’historien de l’art Georges Duthuit a accusé Malraux de « l’ignorance, la négligence et la contrefaçon4 » tandis que son homologue anglais, l’historien de l’art bien connu E. H. Gombrich, a déclaré que Les Voix du silence était l’œuvre d’un auteur qui « ne semble pas avoir consacré une seule de ses journées à des lectures dans une bibliothèque5. » Ce genre de ←2 | 3→commentaires désobligeants ont inévitablement influencé un public plus large, y compris des philosophes de l’art qui, à de rares exceptions près, semblent avoir conclu que l’on pouvait sans problème ignorer Malraux, joignant l’acte à la parole. En 1987, E. H. Gombrich était si assuré de la disgrâce de Malraux qu’il annonça que ses écrits sur l’art n’étaient guère plus qu’un « double langage sophistiqué6. »

Dans une certaine mesure, ce genre d’attitudes persistent aujourd’hui. Il est certes vrai que les livres de Malraux sur l’art ont de nombreux admirateurs, et que, dans le domaine de la littérature française en particulier, des spécialistes en ont réalisé des lectures attentives et des études enthousiastes et perspicaces. Il est également vrai que l’on a assisté ces dernières années à un regain d’intérêt notable, poussant un critique à écrire que « les textes que Malraux a consacrés à l’art […] font aujourd’hui l’objet d’une intense activité éditoriale. Il semble que, pour eux, le temps du purgatoire soit achevé7. » Peut-être ce point de vue est-il néanmoins quelque peu optimiste. Malgré des signes encourageants, il n’en demeure pas moins qu’au sein du large champ de la théorie de l’art, et notamment dans les disciplines universitaires de l’esthétique et de la philosophie de l’art, les livres de Malraux sur l’art sont encore relégués aux marges et souvent ignorés. Son nom est mentionné de temps à autre–souvent en relation avec le « Musée Imaginaire », le concept auquel ses livres sur l’art sont le plus fréquemment associés–mais l’analyse de ses idées est typiquement brève et superficielle. En dehors de la France, il va sans dire que la situation est encore pire. Dans les pays anglophones, par exemple, et particulièrement chez les philosophes de l’art, les livres de Malraux sont rarement lus, et il n’est pas difficile de trouver dans le domaine de la philosophie de l’art ou de l’esthétique des études qui ne mentionnent pas son nom8.

La présente étude se veut une remise en question directe de cette situation. En substance, les chapitres qui suivent soutiennent que Malraux nous offre une théorie de l’art mûrement réfléchie, entièrement cohérente et très éclairante qui, contrairement aux opinions de Duthuit, Gombrich, et certains critiques récents tels que Georges Didi-Huberman, est extrêmement bien informée et fiable. De surcroît, et malgré des allégations occasionnelles que la pensée de Malraux manque d’originalité, cette étude soutiendra que la théorie de l’art présentée dans des œuvres telles que Les Voix du silence, La Métamorphose des dieux,9 L’Irréel et L’Intemporel est hautement originale et constitue un défi radical aux explications traditionnelles de l’art issues des Lumières qui ont dominé la pensée occidentale pendant quelque trois cents ans. En bref, cette étude cherche à présenter les livres de Malraux sur l’art sous un angle qui rende justice à leur véritable valeur. Elle dévoile une façon de comprendre la nature de l’art qui n’est rien de moins qu’une révolution intellectuelle.

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Notes

1André Brincourt, échange épistolaire personnel, 25 avril 2006.

2Sans compter un certain nombre d’articles publiés avant la guerre dans les années 1930. Nous en parlons brièvement ci-après.

3Gaëtan Picon, L’Usage de la lecture, Paris, Mercure de France, 1960, p. 134. L’article a originalement paru dans la revue Liberté d’esprit en 1949.

4Georges Duthuit, Le Musée inimaginable, vol. 1, Paris, Librairie José Corti, 1956. Avertissement.

5E.H. Gombrich, « André Malraux et la crise de l’expressionisme », dans Méditation sur un cheval de bois et autres essais sur la théorie de l’art, Paris, Éditions W. Mâcon, 1986, p. 145. La critique a été initialement publiée dans The Burlington Magazine en 1954 mais est encore largement citée.

6E. H. Gombrich, « Malraux on Art and Myth », dans Reflections on the History of Art, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1987, p. 218–19.

7Lucas Demurger, « Un Malraux philosophe. “Les Écrits sur l’art” », Critique LXX, n° 805–806, 2014, p. 520.

8Un éminent représentant de l’esthétique « analytique » anglo-américaine nous a déclaré « être fier » de ne jamais avoir lu un seul livre de Malraux sur l’art.

9La Métamorphose des dieux, publiée en 1957, est le premier volume de la trilogie qui inclut par la suite L’Irréel et L’Intemporel. Après la publication de L’Irréel et L’Intemporel dans les années soixante-dix, Malraux utilisa La Métamorphose des dieux comme titre général de la trilogie, renommant alors le premier volume Le Surnaturel. En règle générale, l’ouvrage présent désigne le premier volume par son titre initial (sauf dans les notes).

Références

Demurger, Lucas, « Un Malraux philosophe. “Les Écrits sur l’art” », Critique LXX, n° 805–806, 2014. p. 520–525.

Duthuit, Georges, Le Musée inimaginable. vol. 1, Paris, Librairie José Corti, 1956.

Gombrich, E.H., « André Malraux et la crise de l’expressionisme », traduit par Guy Durand, dans Méditation sur un cheval de bois et autres essais sur la théorie de l’art, Paris, Editions W. Mâcon, 1986.

———, « Malraux on Art and Myth », dans Reflections on the History of Art, sous la dir. de Richard Woodfield, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1987. p. 218–220.

Picon, Gaëtan, L’Usage de la lecture, Paris, Mercure de France, 1960.

Résumé des informations

Pages
VIII, 184
ISBN (PDF)
9781433178078
ISBN (ePUB)
9781433178085
ISBN (MOBI)
9781433178092
ISBN (Relié)
9781433178061
Langue
Français
Date de parution
2021 (Mars)
Published
New York, Bern, Berlin, Bruxelles, Oxford, Wien, 2021. VIII, 184 p.

Notes biographiques

Derek Allan (Auteur)

Derek Allan a abondamment écrit sur la théorie de l’art de Malraux et ses romans. Il a également publié sur Dostoïevski, Laclos, Goya, la philosophie de l’art, et la théorie littéraire. Le docteur Allan est titulaire d’un doctorat de l’Université Nationale d’Australie où il est actuellement chercheur invité.

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