Chargement...

Les langues de la médecine

Analyse comparative interlingue

de Pascaline Faure (Éditeur de volume)
Collections 136 Pages

Résumé

Stent, bypass, screening… : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’anglais règne en maître sur la langue médicale. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Par exemple, nous devons à l’allemand nombre de mots relatifs aux maladies infectieuses. Le français, quant à lui, a fortement influencé le vocabulaire de l’obstétrique et de la cardiologie.
Mais quel est l’état de santé de toutes ces langues médicales aujourd’hui ? Comment le français se bat-il pour sa survie ? De quoi souffre l’espagnol ? Que fait le portugais du Brésil pour se porter comme un charme ? Quels remèdes l’italien a-t-il appliqués ? L’allemand est-il réellement moribond ?
Cet ouvrage propose une radiographie complète des principales langues médicales actuelles. Six auteurs retracent leur histoire depuis leur origine gréco-latine commune, et les examinent en regard de l’anglicisation dont elles souffrent toutes à des degrés divers.
Stent, bypass, screening… Since the end of World War II, English has reigned supreme over the language of medicine. But this has not always been the case. For example, many words relating to infectious diseases come from German. French, for its part, has also strongly influenced the vocabulary of obstetrics and cardiology.
What is the state of health of all these medical languages today? How is French fighting for its survival? What does Spanish suffer from? What does Brazilian Portuguese do to thrive? What remedies has Italian prescribed? Is German really moribund?
This book offers a thorough analysis of the main medical languages of today. Six authors trace their history from their common Greco-Latin origin and examine them in relation to the anglicization from which they all suffer to various degrees.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Sommaire
  • PRÉFACE: (John Humbley)
  • INTRODUCTION: (Pascaline Faure)
  • L’ANGLAIS MÉDICAL: (Pascaline Faure)
  • LE FRANÇAIS MÉDICAL: (Serge Quérin)
  • MEDICAL GERMAN: (Gabriele Berghammer)
  • MEDICAL SPANISH: (Carmen Quijada Diez)
  • L’ITALIEN MÉDICAL: (Rosa Piro)
  • MEDICAL PORTUGUESE: (Ana Julia Perrotti-Garcia)
  • LES AUTEURS

←12 | 13→

PRÉFACE

John HUMBLEY

De tous les vocabulaires spécialisés, celui de la médecine est sans nul doute celui qui réunit le plus grand nombre de types de néologie. C’est tout d’abord une terminologie qui puise ses racines dans le monde antique, ce qui lui confère à la fois une dimension historique importante mais en même temps une très grande modernité. Les racines grecques et latines, mises à contribution depuis Hippocrate pour créer la langue de la médecine, continuent de servir de matériau pour la néologie spécialisée, qui est de ce fait en grande partie commune aux langues occidentales modernes.

La médecine a également profité du développement des nomenclatures du XVIIIe siècle (on pense à celles des sciences naturelles sans oublier le cas de la chimie, qui est plutôt une taxinomie) pour se façonner des vocabulaires systématiques. Celui de l’anatomie en est un bon exemple. Or, le principe même des taxinomies est justement qu’elles constituent un système « prêt à nommer », un dispositif linguistique générateur de néologie. On peut dire, en forçant un peu le trait, que les étudiants de médecine en début de cursus se consacrent essentiellement à l’acquisition de la terminologie médicale et aux procédés de formation des termes spécialisés. Mais la médecine, qui se situe entre les sciences et les humanités, de par sa proximité avec la vie humaine, a également besoin d’un langage d’interface, entre médecin et patient, ce qui nécessite la création d’un autre type de néologie permettant les échanges nécessaires. Peu de disciplines combinent autant de façons d’envisager la néologie et peu en ont autant besoin.

Qui est mieux placé que Pascaline Faure pour relever le défi de la langue – des langues ! de la médecine, pour jouer le rôle d’intermédiaire entre la langue de la médecine et les linguistes ? Le point de départ de ses recherches est l’anglais médical sous toutes ses formes, recherche qui est à la base de son engagement didactique d’enseignante en faculté de médecine. C’est précisément la dialectique entre recherche et enseignement ←13 | 14→qui lui a permis d’explorer les différents aspects des discours médicaux. Puisque ses étudiants travaillent à la fois en anglais et en français, notre collègue s’est toujours intéressée au français tout comme à l’anglais de la médecine. On doit saluer son engagement pour le plurilinguisme des discours spécialisés, ou encore, si l’on peut se permettre de s’exprimer en termes négatifs, son opposition au « tout anglais » en médecine. Tant et si bien que l’on peut considérer que le volume présenté ici est une défense et illustration des discours médicaux français, allemand, espagnol, portugais et italien sans bien sûr oublier ni l’anglais ni les autres langues.

Pour confectionner ce volume, Pascaline Faure s’est entourée des spécialistes reconnus des discours médicaux. Pour le premier chapitre, la rédactrice du volume change de casquette et reprend ses droits en tant que spécialiste de l’anglais médical, en préfaçant sa contribution avec un rappel très utile de la vaste bibliographie des études réalisées sur le vocabulaire médical de l’anglais (qui, souvent, n’emploient pas le terme néologie). Une attention particulière est portée sur les nombreux procédés abréviatifs, de plus en plus sollicités, compte tenu de l’inflation des termes, les uns formés sur les autres. Il convient de signaler tout particulièrement une catégorie de terminologie qui est très importante dans le cadre des vocabulaires contrôlés : l’orthonymie, la recherche de termes pleinement motivés, s’inscrivant dans des paradigmes logiques. Il s’agit là du versant plutôt prescriptif de la néologie médicale. Le chapitre se termine sur des réflexions sur la néologie d’interface entre médecin et patient, thématique qui sera reprise par d’autres contributeurs.

On ne s’étonnera pas de découvrir que l’article sur le français est signé d’un des spécialistes les plus connus de la terminologie médicale francophone et par ailleurs l’auteur du Dictionnaire des difficultés du français médical (1998). Professeur titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal, Serge Quérin, aux avant-postes de la francophonie médicale, connaît bien l’écosystème des langues de spécialité dominées par l’anglais. Mais, pour lui, il n’y a pas lieu de désarmer : son chapitre est non seulement un plaidoyer pour l’usage du français de la médecine, il est aussi une démonstration des ressources néologiques qui ne demandent qu’à être exploitées. En effet, comme nous l’avons déjà laissé entendre, la langue de la médecine fait usage de presque toutes les matrices connues de la créativité lexicale et terminologique. Il convient de faire remarquer par ailleurs que la néologie médicale a un atout supplémentaire par rapport à la langue générale : un degré poussé d’institutionnalisation, variable selon les secteurs de la médecine, mais très ←14 | 15→présente depuis le XIXe siècle dans les sous-disciplines comme l’anatomie, déjà mentionnée. Parmi les instruments de l’institutionnalisation on compte aussi les manuels et les dictionnaires (pour la France on peut citer notamment le Dictionnaire médical de l’Académie de médecine), dont il sera question dans les autres chapitres.

Dans le troisième chapitre, Gabriele Berghammer, spécialiste de la rédaction médicale, brosse un portrait de l’allemand de la médecine d’un point de vue résolument historique et européen. Comme elle l’explique, les aléas de l’histoire ont retardé le développement de l’allemand médical, qui a néanmoins suivi un chemin grossièrement comparable à celui des langues latines. Toutefois, une différence significative mérite l’attention : tandis que les langues latines ont procédé à une adaptation des termes gréco-latins pour constituer le cœur de leur vocabulaire, l’allemand a connu une germanisation double : d’une part, on a légèrement adapté les racines classiques pour la communication spécialisée, d’autre part on a opéré – souvent parallèlement – une traduction des éléments dans l’optique d’une vulgarisation générale. L’allemand se distingue donc des langues romanes par ce double système de néologie historique : d’un côté motivé pour les malades (tout germanophone comprend bien Sie haben eine Lungenentzündung), de l’autre tout aussi motivé… mais pour les médecins (Er hat eine Pneumonie).

Carmen Quijada Diez de l’Université d’Oviedo, spécialiste de la traduction et de la lexicographie médicales, dans le quatrième chapitre, esquisse la situation de l’espagnol de la médecine, tout aussi exposé que les autres langues européennes à l’influence de l’anglais, voire au danger de remplacement par l’anglais. Mais la chercheuse montre que la néologie fonctionne parfaitement bien en espagnol médical, et que c’est surtout un appui institutionnel qu’il convient d’apporter si l’espagnol doit connaître un nouvel essor.

Le cinquième chapitre se focalise sur la néologie de la langue italienne de la médecine. Il s’appuie surtout sur une analyse d’un grand dictionnaire de la médecine italienne, paru entre 1992 et 2012. La langue de la médecine italienne semble avoir fait l’objet de moins d’études que l’espagnole ou la française, ce qui donne d’autant plus de valeur à l’essai historique que comporte la contribution rédigée par Rosa Piro, de l’Université L’Orientale, de Naples, spécialiste de l’italien de spécialité. L’analyse du dictionnaire cité plus haut met en lumière des phénomènes très proches, mutatis mutandis, de ceux relevés dans les autres langues, ce qui donne à penser qu’il existe en réalité une langue européenne ←15 | 16→de la médecine. Si l’on examine le détail de ce dépouillement, on est particulièrement intéressé par des réflexions suggestives sur « la musique du corps » et par les analyses des métaphores de l’auscultation.

Résumé des informations

Pages
136
ISBN (PDF)
9782807616462
ISBN (ePUB)
9782807616479
ISBN (MOBI)
9782807616486
ISBN (Broché)
9782807616455
Langue
Français
Date de parution
2021 (Janvier)
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 136 p.

Notes biographiques

Pascaline Faure (Éditeur de volume)

Pascaline Faure est Maître de Conférences HDR à la Faculté de médecine de Sorbonne Université et est membre du CeLiSo. Elle s’intéresse à la linguistique des langues de la médecine. Ses travaux récents portent sur la dénomination des médicaments et des maladies dans une approche comparative interlingue.

Précédent

Titre: Les langues de la médecine