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Histoire des salaires en France des années 1940 aux années 1960 (1944–67)

Analyse historique et économique d‘un système salarial avancé

de Michel-Pierre Chélini (Auteur)
Thèses postdoctorales 616 Pages

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Avant-propos et remerciements
  • Table des matières
  • Introduction
  • 0.1 Salaires et économie : un coût, un revenu, un enjeu
  • 0.2 Une matière archivistique considérable
  • 0.2.1 Les archives du ministère du Travail, un panorama commode
  • 0.2.2 Les autres sources à caractère national
  • 0.2.3 Les sources départementales, l’abondance des cas particuliers
  • 0.2.4 La Communauté Européenne, un observatoire comparatif
  • 0.2.5 Un partenaire aux fortes similitudes avec la France, la RFA
  • 0.3 Sphère salariale, historiographie et problématiques
  • 0.3.1 Publications disponibles et champ historiographique salarial
  • 0.3.2 Problématique : les salaires entre différenciation et intégration
  • 0.3.3 Présentation de l’ouvrage
  • Première partie.   Des salaires qui doublent en quinze ans. Enjeux et causalités
  • 1 Définition d’un objet d’histoire : les salaires
  • 1.1 Les statistiques de salaires : une collecte ancienne, un traitement récent
  • 1.1.1 Le retard statistique français en 1944–50
  • 1.1.1.1 L’absence de série de salaires moyens en très longue période
  • 1.1.1.2 De meilleures statistiques dans les autres pays industriels
  • 1.1.1.3 L’insuffisance de la collecte des salaires en 1944–45
  • 1.1.2 Une première amélioration entre 1946 et 1950
  • 1.1.2.1 Les enquêtes de l’INSEE et du ministère du Travail
  • 1.1.2.2 L’apport de séries de salaires par secteurs professionnels
  • 1.1.2.3 L’apparition des prestations sociales et de la politique sociale
  • 1.1.3 Le saut décisif : déclarations annuelles et ensemble des rémunérations des salariés (« masse salariale »)
  • 1.1.3.1 Les déclarations annuelles de salaires : un socle documentaire
  • 1.1.3.2 L’ensemble des rémunérations des salariés (« masse salariale »)
  • 1.1.3.3 La constitution d’une série en longue période, 1820–1995
  • 1.2 La pluralité des formes de salaire
  • 1.2.1 Salaire horaire ou salaire annuel
  • 1.2.1.1 Le salaire horaire, forme primordiale de salaire
  • 1.2.1.2 Le salaire annuel mensualisé, une modalité qui se développe
  • 1.2.1.3 Salaire moyen ou salaire médian
  • 1.2.2 Salaire brut ou salaire net, coût ou revenu
  • 1.2.2.1 Une distinction nouvelle dans les années 1940
  • 1.2.2.2 La focalisation de l’opinion salariée sur les salaires nets
  • 1.2.2.3 La prise en compte des deux séries de salaires, bruts et nets
  • 1.2.3 Salaire au temps et salaire à la tâche
  • 1.2.3.1 Deux formes majeures de paiement
  • 1.2.3.2 Une distinction plus confuse dans le détail
  • 1.2.3.3 Salaire et droit du travail : les garanties de paiement
  • 1.3 Salaires courants et salaires constants
  • 1.3.1 Le pouvoir d’achat des salaires et le niveau général des prix
  • 1.3.1.1 Le salaire et son pouvoir d’achat
  • 1.3.1.2 Le problème d’une série séculaire des prix
  • 1.3.2 Prix courants et prix constants
  • 1.3.2.1 Des clefs de calculs apparemment simples et commodes
  • 1.3.2.2 La pertinence conditionnelle des conversions arithmétiques
  • 1.3.2.3 La complémentarité des valeurs courantes et constantes
  • 1.4 Conclusion
  • 2 L’évolution des salaires entre 1944 et 1967 : croissance, dispersion, explication
  • 2.1 Des salaires multipliés par deux en vingt ans
  • 2.1.1 La croissance salariale au 20e siècle : une multiplication par cinq
  • 2.1.2 Les années 1944–50, reconstitution du niveau d’avant-guerre
  • 2.1.2.1 Le salaire moyen estimé en 1938–50 : une valeur incertaine
  • 2.1.2.2 Salaires et économie : 45% du PIB, 2/3 de la valeur ajoutée des entreprises, 55–60% du revenu primaire des ménages
  • 2.1.3 La hausse de 1950 à 1967, 40% de la hausse séculaire
  • 2.1.3.1 De 1950 à 1967 en francs courants : 9,1% par an
  • 2.1.3.2 De 1950 à 1967 en francs constants : 4,2% par an
  • 2.2 Une dispersion des salaires accrue avec la croissance
  • 2.2.1 La dispersion des salaires français dans la moyenne de l’OCDE
  • 2.2.1.1 L’écart interdécile D9/D1 depuis 1950 : entre 3 et 4
  • 2.2.1.2 D’autres rapports interdéciles : D9/D5/D1 (tab. 21)
  • 2.2.2 Les grands paramètres de dispersion : qualification, âge, genre
  • 2.2.2.1 La prévalence des critères socioprofessionnels
  • 2.2.2.2 La dispersion par âges, plus modulée et de second rang
  • 2.2.2.3 Les écarts entre hommes et femmes, un troisième critère
  • 2.2.3 Les paramètres secondaires : régions, secteurs, établissements
  • 2.2.3.1 Une dispersion géographique liée aux densités urbaines
  • 2.2.3.2 Des différences intersectorielles et inter-établissements en relation avec productivité et taille
  • 2.2.3.3 Synthèse des dispersions
  • 2. 3 Une évolution liée à la productivité et l’inflation, analyse économétrique
  • 2.3.1 L’objectif : définir des causalités à partir de séries statistiques
  • 2.3.1.1 Les approches économétriques possibles et les séries retenues
  • 2.3.1.2 Deux approches déglobalisées sur le marché du travail
  • 2.3.1.3 Les séries statistiques retenues
  • 2.3.2 Principaux résultats : salaires, inflation, productivité et emploi
  • 2.3.2.1 Le modèle salaire-emploi
  • 2.3.2.2 Les tests de causalité
  • 2.3.2.3 Conclusions sur l’approche économétrique
  • 2. 4 Conclusion
  • 3 Le débat salarial : employeurs, syndicats, Etat et opinion
  • 3.1 Les partenaires sociaux : employeurs et salariés
  • 3.1.1 Syndicats de salariés et syndicats d’employeurs face à face
  • 3.1.1.1 Pour les salariés, le salaire comme revenu
  • 3.1.1.2 Pour les employeurs, le salaire comme coût
  • 3.1.2 Des relations conflictuelles aux relations transactionnelles
  • 3.1.2.1 Dialogue à deux ou débat à trois ?
  • 3.1.2.2 Une première phase plutôt conflictuelle (1944–48/50)
  • 3.1.2.3 La normalisation conventionnelle à partir de 1950
  • 3.1.3 Les instances nationales de conseil en matière salariale
  • 3.1.3.1 La Commission Nationale des Salaires (1944–46)
  • 3.1.3.2 La Commission Supérieure des Conventions Collectives (1950>)
  • 3.1.3.3 Le Conseil Economique et social (1947)
  • 3.2 Le ministère du Travail, arbitre social dynamique
  • 3.2.1 Un département spécifique pour les salaires
  • 3.2.1.1 L’absence de monopole salarial du ministère du Travail
  • 3.2.1.2 La spécificité du ministère du Travail en matière de salaires
  • 3.2.2 La direction du Travail, élément clef des questions salariales
  • 3.2.2.1 L’élargissement rapide de ses missions après 1945
  • 3.2.2.2 L’organisation interne de la direction, de fréquents remaniements
  • 3.2.2.3 Un personnel administratif stable
  • 3.2.3 La sous-direction salaires et conventions collectives
  • 3.2.3.1 Une sous-direction pour les salaires
  • 3.2.3.2 Services départementaux et inspection du Travail
  • 3.2.3.3 La collecte et le traitement de l’information par le ministère
  • 3.2.4 Les instances internationales de coordination ou régulation
  • 3.2.4.1 Les recommandations de l’Organisation Internationale du Travail
  • 3.2.4.2 Le travail coordinateur de l’OECE
  • 3.2.4.3 L’apparition de la Communauté européenne
  • 3.3 Opinion et salaires, perception et compréhension
  • 3.3.1 Un sujet préoccupant lié aux budgets des ménages
  • 3.3.1.1 La pluralité complexe des sous-ensembles d’opinion publique
  • 3.3.1.2 Un sujet important mais implicite, une formulation indirecte
  • 3.3.1.3 Les formulations spécifiques des questions salariales
  • 3.3.2 Une perception pessimiste de l’évolution salariale
  • 3.3.2.1 La sous-estimation de progression des salaires réels
  • 3.3.2.2 Une causalité complexe et multiple de la sous-estimation
  • 3.3.2.3 Echelle et dispersion des revenus entre 1945 et 1970
  • 3.3.3 La formation des revenus : une compréhension composite
  • 3.3.3.1 Causes générales d’inégalité de revenu : qualification et mérite
  • 3.3.3.2 L’explication par l’opinion : patronat, syndicats, Etat
  • 3.3.3.3 Solutions de l’opinion : pression syndicale et gains de productivité
  • 3.4 Conclusion
  • Seconde partie. Caractères et limites de la politique salariale
  • 4 Un relèvement attendu, des reclassements négociés (1944–46)
  • 4.1 Le legs de Vichy : net retard des salaires sur les prix
  • 4.1.1 Le blocage officiel des salaires au 1er septembre 1939
  • 4.1.1.1 Vichy confirme le blocage initié en 1939 par la IIIe République
  • 4.1.1.2 Deux modestes relèvements de salaires, 1941 et 1943
  • 4.1.2 La compression salariale vigilante de l’autorité occupante
  • 4.1.2.1 Le visa obligatoire du Commandement Militaire Allemand
  • 4.1.2.2 De difficiles négociations avec les autorités occupantes
  • 4.1.3 Charte du Travail et différenciation des salaires : continuité ou rupture ?
  • 4.1.3.1 La politique salariale dans le cadre de la Charte du Travail
  • 4.1.3.2 Complexité des reclassements et de la différenciation salariale
  • 4.2 Une forte hausse en août 1944 à la Libération
  • 4.2.1 Deux courants résistants opposés, modération ou relèvement
  • 4.2.1.1 La France Libre, entre compression et ajustement
  • 4.2.1.2 Les clivages de la Résistance : CNR et CGE
  • 4.2.2 Une multiplication d’arrêtés régionaux
  • 4.2.2.1 La diversité des situations régionales
  • 4.2.2.2 Primes de Libération et salaires parallèles
  • 4.2.2.3 Bilan : une hausse réelle de 50 à 60%
  • 4.3 La codification salariale : les grilles Parodi-Croizat
  • 4.3.1 L’établissement d’une grille : amplitude, base et maximum
  • 4.3.1.1 Le niveau de base : l’indice 100 et le salaire du manœuvre
  • 4.3.1.2 L’amplitude des grilles, un élargissement vers le haut
  • 4.3.1.3 Le maximum des salaires, un plafonnement lié à la guerre
  • 4.3.2 Le déroulement technique des classifications
  • 4.3.2.1 Les séances plénières de la CNS, des débuts critiques
  • 4.3.2.2 Les sous-commissions, un travail technique plutôt consensuel
  • 4.3.2.3 Autres difficultés : travail féminin, actifs tertiaires et cadres
  • 4.3.3 L’impact général du travail de classement
  • 4.3.3.1 Une hiérarchisation professionnelle durable
  • 4.3.3.2 Une seconde augmentation des salaires dans l’immédiat
  • 4.3.3.3 Des effets limités sur la dispersion des salaires
  • 4.4 Conclusion
  • 5 Une politique des salaires acrobatique : inflation, pénuries et guerre froide, 1946–50
  • 5.1 La Conférence du Palais Royal en été 1946 : +25%
  • 5.1.1 La hausse des prix comme toile de fond de 1945 à 1948
  • 5.1.1.1 Le cadre général d’une violente hausse des prix
  • 5.1.1.2 L’avant-dernier reclassement salarial : les traitements publics
  • 5.1.1.3 Le dernier reclassement salarial : la hausse des salaires agricoles
  • 5.1.2 Une grande conférence tripartite pour salaires et prix
  • 5.1.2.1 De nouveaux accords Matignon, dix ans après ?
  • 5.1.2.2 Un accord paritaire de +25% suggéré au gouvernement
  • 5.1.3 Un relèvement salarial vigoureux, laborieux à appliquer
  • 5.1.3.1 Une hausse de 15 à 25%
  • 5.1.3.2 Les risques de relèvements et de revendications supplémentaires
  • 5.2 La grande crise sociale de l’automne 1947
  • 5.2.1 La politisation croissante de la question salariale
  • 5.2.1.1 Relèvement de février et naissance de la guerre froide sociale
  • 5.2.1.2 L’accord du 1er août 1947 : +11%
  • 5.2.2 Les grandes grèves de l’automne 1947
  • 5.2.2.1 La crise sociale et politique de l’automne 1947
  • 5.2.2.2 La préparation du plan Mayer
  • 5.2.3 Une hausse de 30% dans le cadre du Plan Mayer
  • 5.2.3.1 Un relèvement de 30% décliné en plusieurs situations
  • 5.2.3.2 Un texte qui s’applique sans trop de difficultés
  • 5.3 Une politique d’équilibre salarial (1948–50)
  • 5.3.1 La stabilisation des marchés plus rapide que celle des opinions
  • 5.3.1.1 Une normalisation progressive des marchés
  • 5.3.1.2 Préoccupations autour des prix et des revenus
  • 5.3.1.3 La confirmation d’anticipations inflationnistes
  • 5.3.2 La politique stabilisatrice de la Troisième Force en 1948
  • 5.3.2.1 Le relèvement d’Henri Queuille : 15%, mais avant les grèves
  • 5.3.2.2 Une mise en œuvre sans difficulté particulière
  • 5.3.3 Vers la liberté des conventions collectives, 1949–50
  • 5.3.3.1 L’absence de relèvement en 1949 : tensions gouvernementales
  • 5.3.3.2 Compromis : une prime unique mais différenciée de 3.000 francs
  • 5.4 Conclusion
  • 6 De l’encadrement à la régulation : 1950–67
  • 6.1 Caractères généraux de la politique salariale, 1950–67
  • 6.1.1 Une « politique des salaires » dans un Etat libéral ?
  • 6.1.1.1 Les effets salariaux directs et indirects de l’action publique
  • 6.1.1.2 Effets de modernisation, de qualification et de redistribution
  • 6.1.2 Objectifs et moyens d’une politique régulatrice des salaires
  • 6.1.2.1 Les raisons de l’intervention de l’Etat sur le prix du travail
  • 6.1.2.2 Les objectifs et les moyens de la politique publique des salaires
  • 6.1.3 Politique salariale publique et stratégies salariales d’entreprise
  • 6.1.3.1 La possibilité d’une stratégie salariale autonome des entreprises
  • 6.1.3.2 Contraintes et objectifs des stratégies salariales d’entreprises
  • 6.1.3.3 Une réelle diversité de stratégies salariales selon les entreprises
  • 6.2 La politique salariale : une régulation encadrée
  • 6.2.1 Le passage en 1950 à une politique négociée des salaires
  • 6.2.1.1 Le vote laborieux de la loi du 11 février 1950
  • 6.2.1.2 Vers la gestion courante des salaires
  • 6.2.2 La modération des salaires dans les entreprises publiques
  • 6.2.2.1 La Commission Interministérielle de contrôle des salaires, un pilotage sans souplesse
  • 6.2.2.2 Le tournant de la grève des mineurs en 1963
  • 6.2.2.3 Les procédures Toutée et les contrats de progrès
  • 6.2.3 La politique gouvernementale des revenus et ses limites
  • 6.2.3.1 La politique des revenus : des recommandations appuyées
  • 6.2.3.2 Les dossiers en 1967–68 : participation, mensualisation et SMIC
  • 6.3 Les plans de stabilisation : bloquer les prix pour ralentir les salaires
  • 6.3.1 Circonstances et modalités des plans de stabilisation
  • 6.3.1.1 Présentation générale des plans
  • 6.3.1.2 Des circonstances similaires : crise des prix, du budget et des comptes extérieurs
  • 6.3.2 Des préparatifs discrets, des déploiements vigoureux
  • 6.3.2.1 Une préparation confidentielle au cœur de l’exécutif
  • 6.3.2.2 Des plans qui ne concernent officiellement pas les salaires
  • 6.3.2.3 Blocage des prix, équilibre budgétaire, défense monétaire, modération salariale
  • 6.3.3 Plans de stabilisation : un bilan en demi-teinte
  • 6.3.3.1 Un accueil inégal de l’opinion
  • 6.3.3.2 Frein sur les prix, pas sur les salaires
  • 6.4 Conclusion
  • Troisième partie. Salaires en ajustement : conventions, conflits et régulations
  • 7 Salaires en négociation : les conventions collectives
  • 7.1 La loi de 1950, un texte charnière qui revitalise celui de 1936
  • 7.1.1 Des sources professionnelles de disponibilité inégale
  • 7.1.1.1 Une littérature analytique réduite et essentiellement juridique
  • 7.1.1.2 Une évaluation statistique hétérogène
  • 7.1.1.3 Un enregistrement scrupuleux, un inventaire difficile
  • 7.1.2 La loi de février 1950, réactivation de la loi de juin 1936
  • 7.1.2.1 La genèse des conventions collectives entre 1891 et 1936
  • 7.1.2.2 La loi décisive du 24 juin 1936 et sa mise en sommeil après 1940
  • 7.1.2.3 La loi de février 1950, socle durable de la vie conventionnelle
  • 7.1.3 La lenteur initiale dans la conclusion des conventions en 1950
  • 7.1.3.1 La transition vers la liberté de négociation
  • 7.1.3.2 Les accords d’augmentation des salaires
  • 7.2 Tendances de la négociation collective jusqu’en 1967
  • 7.2.1 La vie conventionnelle dans les années 1950–68
  • 7.2.1.1 Les étapes de la vie conventionnelle sur deux décennies
  • 7.2.1.2 Conventions de branche plutôt que conventions d’entreprises
  • 7.2.1.3 Pluralité syndicale et durée illimitée des conventions
  • 7.2.2 Des conventions collectives à plusieurs échelles
  • 7.2.2.1 Un modèle d’époque : la convention collective des mines
  • 7.2.2.2 Les conventions collectives nationales et départementales
  • 7.2.2.3 Les conventions collectives d’établissement et les accords partiels
  • 7.2.3 Le suivi de la vie conventionnelle par le ministère du Travail
  • 7.2.3.1 Une évaluation estimative de la nature des conventions
  • 7.2.3.2 Évaluer les hausses de salaires à travers les conventions
  • 7.2.3.3 Une Commission Supérieure des Conventions Collectives bridée
  • 7.3 Les conventions françaises en perspective comparée
  • 7.3.1 La rareté des conventions collectives dans la CEE à Six
  • 7.3.2 Le modèle allemand de conventions collectives
  • 7.3.3 Le modèle américain de conventions collectives
  • 7.4 Conclusion
  • 8 Salaires en confrontation : les grèves
  • 8.1 La grève en France, des conflits courts et fréquents
  • 8.1.1 Les statistiques de grèves, des données assez riches mais de fiabilité inégale
  • 8.1.1.1 L’amélioration des statistiques depuis 1890
  • 8.1.1.2 La centralisation des fiches de conflit
  • 8.1.1.3 Une fiabilité incomplète, mais suffisante des données obtenues
  • 8.1.2 La grève type : un établissement, 1.000 personnes, deux jours
  • 8.1.2.1 Le volume moyen annuel de grèves et son évolution
  • 8.1.2.2 Une saisonnalité avérée, des cycles pluriannuels moins nets
  • 8.1.2.3 Une extension variable dans le temps et le champ social
  • 8.2 Les liens entre salaires et grèves : élevés dans les revendications, faibles en longue période
  • 8.2.1 Deux grèves sur trois liées à des revendications salariales
  • 8.2.1.1 Une difficulté préalable d’identification des causes
  • 8.2.1.2 Une moitié de conflits uniquement salariaux, un quart de conflits incluant les salaires
  • 8.2.2 Une liaison plus précise au niveau des branches
  • 8.2.2.1 Prévalence des secteurs concentrés à productivité moyenne
  • 8.2.2.2 L’effet de concentration d’ouvriers masculins syndiqués
  • 8.2.2.3 La concentration géographique des grèves
  • 8.2.3 En longue période, une relation plus brouillée
  • 8.3 Le succès réduit des grèves en matière de salaires
  • 8.3.1 Face à la grève éclair, l’échec des médiations et arbitrages
  • 8.3.1.1 L’excellent souvenir des arbitrages de 1936–39
  • 8.3.1.2 Après 1950–55, conciliation obligatoire, arbitrage facultatif
  • 8.3.1.3 Une faible efficacité des procédures d’arbitrage après 1955
  • 8.3.2 L’effet composite de la grève sur les salaires
  • 8.3.2.1 Suspensions de salaires pendant les grèves et récupération
  • 8.3.2.2 L’impact des grèves sur les salaires, des effets qui se compensent
  • 8.3.2.3 Le coût des conflits, variable pour les établissements, négligeable pour l’économie
  • 8.3.3 La grève française : insuccès salarial et acte social
  • 8.3.3.1 Qu’est-ce qu’une grève efficace en termes de salaires ?
  • 8.3.3.2 Grèves et salaires 1946–67 : un tiers de succès, un tiers d’échecs, un tiers de transactions
  • 8.3.3.3 Le succès qualitatif des grèves : un acte et un évènement social
  • 8.4 Conclusion. Grèves et salaires, liaisons laborieuses
  • 9 Salaires en contentieux individuel : les conseils de prud’hommes
  • 9.1 Des juridictions professionnelles sans magistrats
  • 9.1.1 Des conseils hérités du 19e siècle, une évolution par étapes
  • 9.1.1.1 Une lente maturation entre 1806 et 1907
  • 9.1.1.2 Des conseillers élus, non des magistrats
  • 9.1.1.3 1939–45 : éviction des communistes et réduction d’effectifs
  • 9.1.2 Une organisation en deux bureaux : conciliation et jugement
  • 9.1.2.1 Une compétence en extension croissante
  • 9.1.2.2 Une vingtaine de conseillers par conseil
  • 9.1.3 Une géographie relative du salariat français
  • 9.1.3.1 Une localisation privilégiée auprès de l’industrie et des services
  • 9.1.3.2 Evolution des conseils : créations et clôtures
  • 9.2 Les salaires, premier motif de plaintes, une conciliation en recul
  • 9.2.1 Une conciliation majoritaire, une augmentation des jugements
  • 9.2.1.1 L’évolution entre 1938 et 1971
  • 9.2.1.2 La montée tendancielle des jugements
  • 9.2.1.3 Vers une « pénalisation du social » ?
  • 9.2.2 Le contentieux salarial au quotidien devant les conseils
  • 9.2.2.1 Le conseil des prud’hommes de Paris à la fin des années 1950
  • 9.2.2.2 Les juridictions départementales au début des années 1970
  • 9.2.2.3 France métropolitaine en 1973–75 : les salaires dans 45% des dossiers
  • 9.3 Conclusion
  • 10 Salaire net, salaire brut et prestations sociales. Éléments de politique sociale des rémunérations salariées
  • 10.1 La protection sociale, un quart des rémunérations brutes salariées
  • 10.1.1 Les prestations sociales : méthodologie et statistiques
  • 10.1.1.1 Une terminologie différenciée
  • 10.1.1.2 Les sources disponibles sur les prestations sociales
  • 10.1.1.3 Une masse complexe de données chiffrées
  • 10.1.2 Stabilité des prestations sociales dans les rémunérations des salariés
  • 10.1.2.1 Les prestations sociales : 26 à 28% des rémunérations salariées
  • 10.1.2.2 Transfert délibéré : cotisations des employeurs et cotisations des salariés
  • 10.1.2.3 Un transfert global de revenu, difficile à détailler
  • 10.1.3 Les prestations sociales comme revenu : une prise de conscience difficile pour les salariés
  • 10.1.3.1 La discrétion initiale des comptes de la protection sociale
  • 10.1.3.2 Le rôle pionnier du Conseil Economique et Social
  • 10.1.3.3 Juin 1955 : une première évaluation des prestations sociales
  • 10.2 Le SMIG : fixation et limites d’un salaire minimum
  • 10.2.1 L’apparition d’un salaire minimum effectif depuis 1936
  • 10.2.1.1 Un salaire emblématique, des sources ténues
  • 10.2.1.2 Des antécédents fondateurs
  • 10.2.1.3 La loi du 11 février 1950 et le salaire minimum
  • 10.2.2 Le niveau du SMIG en 1950, un débat conflictuel
  • 10.2.2.1 Le désaccord interne de la Commission Supérieure des Conventions Collectives
  • 10.2.2.2 Les premiers ajustements par décisions gouvernementales
  • 10.2.2.3 L’indexation sur l’inflation, l’échelle mobile de juillet 1952
  • 10.2.3 Le SMIG au quotidien dans les années 1950–68
  • 10.2.3.1 Le SMIG jusqu’en 1967, un retard croissant sur le salaire moyen
  • 10.2.3.2 Le SMIG sur le terrain
  • 10.2.3.3 Le respect satisfaisant du SMIG par les entreprises
  • 10.3 Conclusion
  • 11 Conclusion générale
  • 11.1 L’existence d’une véritable « sphère salariale »
  • 11.1.1 La sphère salariale au cœur des relations professionnelles
  • 11.1.2 La différenciation progressive de la notion de salaire
  • 11.2 Evolution rapide des salaires avec la productivité
  • 11.3 Modes d’ajustement salarial et rôle d’orientation de l’État
  • 11.3.1 Sous la conflictualité, l’ajustement
  • 11.3.2 L’orientation générale des salaires par l’État en France
  • 11.4 Épilogue : les salaires en France depuis 50 ans
  • Table des graphiques
  • Table des tableaux
  • 12 Sources et bibliographie
  • 12.1 Sources et outils de travail
  • 12.1.1 Archives
  • 12.1.1.1 Archives nationales françaises
  • 12.1.1.2 Service/Centre des Archives Economiques et Financières
  • 12.1.1.3 Archives de la Commission Européenne
  • 12.1.2 Mémoires
  • 12.1.2.1 Mémoires d’hommes d’Etat ou de ministres du Travail
  • 12.1.2.2 Mémoires de hauts fonctionnaires de l’Economie et des Finances
  • 12.1.2.3 Mémoires de patrons ou de syndicalistes
  • 12.1.3 Témoignages et interviewes
  • 12.1.3.1 Témoignages directs ou sous forme d’enquêtes
  • 12.1.3.2 Interviewes de patrons ou de syndicalistes avec l’auteur
  • 12.1.4 Sondages
  • 12.1.5 Presse et périodiques
  • 12.1.5.1 Périodiques à caractère officiel
  • 12.1.5.2 Presse et périodiques d’opinion
  • 12.1.5.3 Presse et périodiques professionnels ou syndicaux
  • 12.1.5.4 Périodiques juridiques, économiques et sociaux
  • 12.1.6 Statistiques de salaires
  • 12.1.6.1 Annuaires, recueils statistiques généraux, base de données, France
  • 12.1.6.2 Annuaires, recueils statistiques ou bases de données à dimension internationale
  • 12.1.6.3 Statistiques de salaires, France
  • 12.1.6.4 Éléments internationaux de statistiques de salaires
  • 12.1.6.5 Éléments d’histoire des statistiques de salaires
  • 12.1.7 Instruments de travail
  • 12.1.7.1 Droit du travail
  • 12.1.7.2 Dictionnaires et encyclopédies
  • 12.1.7.3 Bibliographies
  • 12.2 Evolution des salaires de 1944 aux années 1960
  • 12.2.1 Histoire économique et sociale générale de la France
  • 12.2.1.1 Histoire économique et sociale générale
  • 12.2.1.2 Politique économique générale, France
  • 12.2.2 Histoire de l’ensemble des salaires en France
  • 12.2.3 Histoire sectorielle ou régionale des salaires en France
  • 12.2.4 Salaires courants et salaires constants, prix et inflation
  • 12.2.5 Structure et dispersion de l’ensemble des rémunérations des salariés
  • 12.2.6 Droit du salariat et du salaire
  • 12.3 Théorie des salaires
  • 12.4 Opinion publique et salaires
  • 12.4.1 Enquêtes d’opinion et connaissances économiques (France)
  • 12.4.2 Opinion, consommation, prix et salaires
  • 12.4.3 Enseignement et économie politique, la question des salaires
  • 12.5 Salaires, productivité et travail
  • 12.5.1 Statistiques de productivité
  • 12.5.2 Analyses générales
  • 12.5.3 Etudes techniques sur l’amélioration de la productivité
  • 12.6 Patronat, salaires et partage de la valeur ajoutée
  • 12.6.1 Stratégie générale du patronat
  • 12.6.2 Salaires, secteurs et entreprises (exemples)
  • 12.6.3 Partage de la valeur ajoutée, salaires et profits
  • 12.7 Etat et politique des salaires
  • 12.7.1 Politique des salaires, France 1944–67
  • 12.7.2 Plans de stabilisation
  • 12.7.3 Ministère du Travail
  • 12.7.4 Droit du travail
  • 12.7.5 Politique de l’emploi
  • 12.8 Les syndicats de salariés et les salaires
  • 12.8.1 Histoire générale du syndicalisme après 1944
  • 12.8.2 Syndicats et salaires
  • 12.8.3 Monographies syndicales
  • 12.8.3.1 La CGT
  • 12.8.3.2 CGT-FO, CFDT, CFTC
  • 12.8.3.3 Autres fédérations syndicales
  • 12.9 Relations professionnelles et salaires
  • 12.9.1 Analyses générales
  • 12.9.2 Conventions collectives
  • 12.9.2.1 Analyses générales
  • 12.9.2.2 Comités d’entreprises et délégués du personnel
  • 12.9.3 Conflits et grèves
  • 12.9.3.1 Analyses générales
  • 12.9.3.2 Etudes détaillées sur les principales grèves
  • 12.9.4 Juridictions prud’homales et arbitrage
  • 12.9.4.1 Arbitrage
  • 12.9.4.2 Conseils de prud’hommes
  • 12.10 Du salaire au revenu
  • 12.10.1 Pouvoir d’achat des salaires
  • 12.10.2 Répartition du revenu national
  • 12.10.3 Répartition des revenus et salaires
  • 12.11 Salaire et prestations sociales
  • 12.11.1 Politique sociale et assurances sociales, histoire et organisation
  • 12.11.2 Economie et statistiques de la protection sociale
  • 12.11.3 Histoire des régimes sociaux
  • 12.11.4 Salaire minimum, SMIG-SMIC
  • 12.11.5 Protection sociale et travail féminin
  • Index

Introduction

Entre 1944–50 et 1967, les salaires français ont doublé1, progressant de plus de 4% par an en valeur réelle. Cette croissance représente 40% de toute la croissance salariale du 20ème siècle, période pendant laquelle le niveau réel des salaires a été multiplié environ par 5. Cette rapide expansion salariale, qui évolue en phase avec celle du PIB, est parfois mentionnée dans les ouvrages spécialisés sur la haute croissance des années 1950–732, sans avoir fait l’objet d’une étude spécifique. Les salaires constituent dès les années 1950, la majorité du revenu primaire des ménages, environ les deux tiers de la valeur ajoutée des entreprises et la masse salariale représente autour de la moitié du PIB. La part du salariat dans la société et dans les revenus augmente alors très régulièrement.

Comme la sphère salariale touche à plusieurs domaines à la fois – syndicats, patronat, État, conventions collectives, politique économique, vie des entreprises, grèves, prud’hommes – il a paru raisonnable de se limiter à une période d’un quart de siècle pour l’approfondir. La méthode offrait les avantages de plusieurs échelles de temps, d’espace et de secteurs. Les archives des années d’après-guerre et de haute croissance sont largement accessibles, tandis que la production bibliographique et statistique a été enrichie de multiples témoignages et enquêtes.

Une phase plus longue aurait permis des conclusions peut-être plus larges, mais se heurtait à des difficultés de volume documentaire comme de discontinuités qualitatives. En deçà de 1944, les sources sont plus dispersées et les statistiques moins robustes. Au-delà de 1967, les évènements de 1968 comme l’orientation de la politique économique et sociale jusqu’à la fin des années 1970 n’infléchissent pas la croissance rapide des salaires, mais les préoccupations évoluent – mensualisation, participation ou chômage. Depuis le début des années 1980, la France comme le ←31 | 32→reste de l’OCDE, est entrée dans une phase de ralentissement salarial qui semble installée en longue période3.

0.1 Salaires et économie : un coût, un revenu, un enjeu

Les salaires sont le revenu majeur des salariés, le poste principal de coût pour les employeurs et la source pour moitié de la demande finale.

Ils forment d’abord un revenu majeur pour la population. Les salariés représentent 65% des actifs français en 1950, 76% en 1967 et 88% en 2018, tandis que les salaires incluant les prestations sociales, passent de 52% en 1950 à 62% en 1967, atteignant actuellement 70% du revenu des ménages. Pour les salariés, le salaire détermine à la fois le niveau de dépenses, puisque 85 à 90% des revenus salariaux sont directement consommés, et leur type, puisque la hausse des revenus déplace les consommations vers des biens ou des services plus différenciés. Il influe parallèlement sur le volume d’épargne. La croissance des années 1950–70 va trouver dans ces millions de ménages des gisements considérables de pouvoir d’achat, en croissance annuelle moyenne de 4 à 4,5%. Le doublement des salaires pendant cette période a contribué à développer la consommation et la croissance. Depuis les années 1950, les salaires représentent environ 50% du PIB en France et le rythme de leur progression exerce clairement des effets sur le PIB lui-même4. Toutefois, dans la relation entre revenus salariés et dépenses des ménages salariés, le rapport de proportionnalité n’est pas systématique, car d’autres facteurs peuvent intervenir, accumulation de capital ou inflation par exemple5.

←32 | 33→

Les salaires représentent en second lieu un élément de partage de la valeur ajoutée des entreprises : 64% en 1950, 68% en 1967 et 66% en 2018. Les profits forment l’autre versant du partage, diminuant de 34% en 1950 à 29% en 1967, avant de revenir à 32% en 2018. Dans les coûts, les salaires atteignent la moitié du total dans les années 19506. Leur niveau détermine largement la productivité, l’emploi, et partiellement la localisation de l’entreprise. L’importance croissante des cotisations sociales crée un écart entre le salaire net perçu par le salarié et la masse des salaires versée par l’employeur. Avec l’intégration croissante de l’économie mondiale, salaires et coûts ont pris une importance renouvelée.

De manière plus large enfin, les salaires exercent des effets dans le domaine social, politique et culturel. Dans les relations sociales entre employeurs et salariés, le niveau des salaires est généralement le premier point de débat7. La confrontation ou la conciliation dans les relations professionnelles dépendent en bonne part des accords sur les salaires, même si elles sont elles-mêmes fonction de l’état du marché du travail, de la culture professionnelle des parties et du rythme de la hausse des prix.

Dans son acception actuelle, le mot « salaire » est un terme récent, dont l’utilisation remonte à moins de deux siècles. Il est emprunté au latin *salarium qui signifie « ration de sel »8 et qui désigne soit un volume de sel attribué en nature aux soldats, soit l’équivalent monétaire pour son ←33 | 34→acquisition9. Le sens contemporain de salaire, celui de la rémunération par l’employeur d’un travail employé, entre progressivement en usage au 17e siècle et se fixe véritablement en français10 au 19e siècle avec l’augmentation significative des actifs ouvriers et salariés. Les physiocrates, notamment Turgot, sont les premiers à lui donner une certaine popularité. Tandis que plusieurs termes ont dérivé de cette racine *salarium11, le substantif « salariat » qui désigne l’état ou la condition d’une personne salariée, date seulement du 19e siècle et l’adjectif « salarial » du 20e12. Jusqu’en 1950, le terme de « salarié » est largement recouvert par celui « d’ouvrier », ceux-ci constituant plus de la moitié des « salariés ». La tertiarisation a progressivement accompagné l’inclusion terminologique des ouvriers dans les « salariés » depuis les années 196013. Réduction du nombre des actifs indépendants et concentration du nombre des employeurs ont accéléré la généralisation de la terminologie « salariale »14.

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0.2 Une matière archivistique considérable

Les dossiers d’archives susceptibles de contenir des éléments concernant les salaires représentent certainement plusieurs dizaines de milliers de cartons en France. À l’échelle des ministères centraux, les départements du Travail, des Finances, de l’Industrie, de l’Agriculture, des Travaux Publics et les Transports sont les principaux services où apparaissent des dossiers de salaires. Toute une série d’institutions nationales15, à commencer par l’INSEE, ou encore le Parlement, le Conseil Economique et Social, le Commissariat Général au Plan, abordent régulièrement la question des salaires, mais sans disposer de fonds d’archives très spécifiques.

Les organismes internationaux comme le Bureau International du Travail, dont c’est en partie la vocation, ou l’OECE, l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (1948–1960) évoquent régulièrement la question dans leurs travaux. Le BIT dispose de données nationales de salaires qui remontent à 1924 pour les pays les plus avancés. Des instituts privés d’enquête par sondages comme l’Institut Français d’Opinion Publique ou les instances nationales des partenaires sociaux conservent des fonds d’archives où le problème salarial apparaît : CNPF16, syndicats professionnels des branches et syndicats agricoles du côté des employeurs, et syndicats de salariés, notamment la CGT, la CGT-FO, la CFTC17 et la CGC.

Toutes les entreprises, à l’exception des entreprises individuelles, occupent des salariés et les quelques centaines de monographies concernant leur histoire intègrent des données salariales, certaines s’appuyant sur un inventaire extrêmement fouillé des salaires18, d’autres les évoquant ←35 | 36→fréquemment19, mais la plupart ne les abordent que de manière ponctuelle.

Dans une telle masse documentaire, il existe pour la période un fil d’Ariane, les archives de la direction du Travail – dont on retrouve souvent l’équivalent dans les autres pays de l’OCDE.

0.2.1 Les archives du ministère du Travail, un panorama commode

Examiner ensemble le point de vue des salariés, des employeurs, de l’opinion publique, des partenaires extérieurs et de l’État pourrait sembler une gageure. Il existe cependant un corpus fiable, celui des archives du ministère du Travail, dont le soin principal est la réglementation et le suivi des relations de travail. Ministère des salariés et ministère des salaires, dont une partie des archives ont été dépouillées par les chercheurs jusqu’en 1944–4520, il offre un point de vue panoramique sur la question salariale.

Les papiers du Travail présentent en effet les textes administratifs, réglementaires ou la correspondance interne au service, mais ils collectent aussi tous les échanges entre les partenaires sociaux au niveau national. Les chambres syndicales, les chambres de Commerce, les syndicats de salariés, les particuliers, les entreprises elles-mêmes s’adressent fréquemment au ministère, qui a conservé une nombreuse correspondance. Dans les régions et les départements, le ministère dispose d’un corps d’inspecteurs, qui fournit un lot considérable de renseignements sur la situation régionale et la plupart des sous-directions ont conservé des ←36 | 37→dossiers départementaux qui permettent d’abondantes nuances. Rarement consensuel, le problème des salaires suscite débats et conflits difficiles à masquer. L’étendue même des conventions collectives, qui doivent réglementer des centaines de métiers, des dizaines de catégories et des millions de salariés, suscite négociations et compromis, dont les papiers documentaires gardent d’inévitables traces. Ce sont d’assez belles archives, relativement bien classées et dont la plupart des dossiers ne semblaient pas avoir été ouverts depuis leur classement. Les personnels du ministère qui ont assisté Françoise Bosman21 dans son inventaire, lui ont confié qu’il s’agissait pour eux d’archives vivantes, régulièrement mises à jour et utilisées pour répondre aux demandes des partenaires sociaux, des parlementaires, du Conseil d’Etat ou du public – par exemple pour l’application de la loi des 40 heures de juin 1936, en vigueur jusqu’à l’ordonnance du 16 janvier 1982 sur les 39 heures.

La plupart des dossiers postérieurs à 1936 ont été en effet déposés au Centre des Archives Contemporaines de Fontainebleau22. Après désamiantage, les collections, indisponibles de 2004 à 2012, sont de nouveau accessibles et se sont enrichies de dépôts supplémentaires23.

Les dossiers correspondant à la période 1944–1958 ont été versés à partir de 1975–7624. Pour les salaires, les archives les plus intéressantes sont celles de la direction du Travail, qui gère le droit du travail, l’amélioration des conditions de travail et les règlements des conflits sociaux. Elle assure à la fois la tutelle générale des questions de salaires et celle des conventions collectives et reste la direction opérationnelle du ministère du Travail. Les dossiers qui peuvent se rapporter aux salaires dépassent le millier de cartons. La série la plus riche, issue de la sous-direction des salaires, est la cote 19760121. Elle conserve le détail de l’application des arrêtés de relèvement salariaux, nationaux ←37 | 38→et régionaux entre 1943 et 195025, la détermination et l’application du SMIG26 et tous les arrêtés de reclassement Parodi – Croizat en 1945–4627. La loi du 11 février 1950 rétablit la liberté des salaires et des conventions collectives qu’elle encourage28. La durée du travail, notamment la loi des 40 heures à l’application complexe29 entre 1938 et 1947, et la réglementation du travail en général30 prennent place dans une dernière centaine de cartons.

L’autre série très intéressante vient de la sous-direction des conventions collectives, la cote 1976012231. Elle détaille les conflits du travail, avec situation des grèves, rapports des préfets et des directeurs départementaux du Travail de 1938 à 197232, regroupe les conventions collectives classées par branche33 et les papiers de la Commission Supérieure des Conventions collectives34.

0.2.2 Les autres sources à caractère national

Les archives du ministère des Finances sont actuellement conservées au Service des Archives Economiques et Financières, SAEF, en Seine-et-Marne35. Les dossiers sont plus nourris pendant la période de la politique administrative des salaires en 1944–50, puis sont plus minces entre 1950 et 1967. Des dossiers intéressants apparaissent au moment des plans de stabilisation, notamment avec Antoine Pinay en 1952, Jacques Rueff en 1958 et Giscard d’Estaing en 196336. Les papiers du cabinet du ministre contiennent régulièrement des notes sur les salaires, l’état des négociations ←38 | 39→ou les mesures à suivre37. Certains dossiers de ministres des Finances, qui ont été aussi président du Conseil, sont déposés aux Archives Nationales38.

Une autre administration offre des perspectives sur les salaires, le ministère de la Justice qui exerce la tutelle des juridictions prud’homales de manière conjointe avec le ministère du Travail. Les dossiers de la Justice s’avèrent beaucoup plus riches que ceux du Travail, car le cadre juridique de fonctionnement des conseils est celui du ministère de la Justice – même si la matière du contentieux relève de la législation du travail. Les cartons intéressants sont issus de la sous-direction de l’organisation judiciaire et de la programmation et de son bureau de l’organisation judiciaire39, qui peuvent être complétés par quelques dossiers du Travail40. Le CAMT à Roubaix dispose de certains versements des syndicats41. La plupart des archives départementales conservent les dossiers de leur circonscription, plus de 80 départements disposant au moins d’un conseil dans leur ressort, où les dossiers sont examinés en première instance. Plusieurs monographies s’appuient sur ces sources locales42.

Une partie des salaires provient de transferts sociaux, mais l’analyse des archives de la Sécurité Sociale par exemple, aurait supposé un autre ensemble de recherches43.

←39 | 40→

0.2.3 Les sources départementales, l’abondance des cas particuliers

Les sources nationales comprennent une multiplicité de dossiers départementaux44, mais peuvent être complétées par les sources régionales ou professionnelles. La Lorraine est plus riche en données métallurgiques, la région lyonnaise pour la chimie et la mécanique, le Dauphiné pour l’électricité, le centre du Bassin Parisien pour les salaires agricoles.

Le cas du Nord-Pas-de-Calais peut servir d’exemple sur les salaires de l’industrie et notamment de l’extraction charbonnière45. À côté des archives départementales du Nord, à Lille, ou du Pas-de-Calais, à Arras, existent deux centres d’archives d’importance inégale. Le Centre des Archives du Monde du Travail, situé à Roubaix, dispose actuellement des archives des compagnies minières jusqu’en 1946 et des Charbonnages de France ensuite46. Le Centre d’Archives du Centre Historique Minier de Lewarde, près de Lens, est implanté dans une ancienne mine sous la forme d’un écomusée de l’extraction charbonnière avec des documents sur les salaires des mineurs47. De leur côté, les archives départementales conservent les dossiers du cabinet du préfet, permettant d’étoffer les sources en cas de grève minière comme en 1947, 1948 ou 196348. Les relèvements nationaux de salaires en période administrée, prennent ainsi un relief plus précis49, jusqu’à la reprise des conventions salariales50. Sont également conservés, de manière discontinue, les rapports du directeur départemental du Travail pour toutes les questions intéressant le ministère51.

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0.2.4 La Communauté Européenne, un observatoire comparatif

L’internationalisation croissante du marché du travail impose de jeter un regard sur la dimension extérieure de la question, notamment auprès de la CEE qui absorbe rapidement plus de la moitié du commerce extérieur français. Le présent travail n’offre pas un espace suffisant pour une analyse des salaires européens, mais un pointage des séries d’archives permet de donner une première idée des disponibilités.

La conclusion du Traité de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier en avril 1951 détermine une ouverture économique croissante entre les Six membres. Le charbon et l’acier sont des branches de main-d’œuvre où la question des salaires apparaît dans chaque dossier. L’élargissement des compétences communautaires à la totalité des échanges commerciaux avec le Traité de Rome en mars 1957 contribue à donner aux salaires une place de choix. La Haute Autorité de la CECA puis la Commission de la CEE forment un bon observatoire européen ; les débats parlementaires de Strasbourg à partir de 1958 sont généralement repris par les services de Luxembourg et de Bruxelles.

Les dossiers sont issus de deux directions de la Commission, la Division Problèmes du Travail de la CECA et la Direction Générale des Affaires Sociales (n°5) de la CEE. La Division Problèmes du Travail de la Haute Autorité de la CECA a fonctionné à partir du 1er octobre 1952. Localisée à Luxembourg, elle devient en 1960 Direction Générale Problèmes du Travail, Assainissement et Reconversion – en relation avec la crise charbonnière et de la révision de l’article 56 de la CECA qui lui donne plus de champ en matière sociale52. La Direction Générale des Affaires Sociales53 de la Commission de la CEE54 est localisée à Bruxelles dès 1958 et étend sa compétence à tous les secteurs économiques, à l’exclusion du charbon et de l’acier. La fusion des Communautés entraîne celle des deux directions à partir du 1er juillet 1967, au profit d’une seule direction ←41 | 42→générale des Affaires Sociales de la Commission. Les Affaires sociales sont alors largement contrôlées55 par les Français ou les francophones56.

Les archives de la Commission comptent pour la période 1951–1970 environ 650 dossiers57 pour les salaires et une centaine pour les conventions collectives58. Les directions des Affaires Sociales de l’Europe des Six cherchent ainsi à discerner au-delà de l’enregistrement des grilles nationales de salaires, du pilotage général de chacun des membres et l’évolution des salaires à l’extérieur de la CEE, les différents aspects importants de la gestion salariale dans le monde des années 1950 et 1960. On peut les regrouper en trois ensembles. Du côté des coûts, on trouve les modes d’encouragement à la productivité et la question des charges sociales, pour les relations professionnelles figurent les conventions collectives et les conditions de travail, du côté social enfin, émergent le salaire minimum, le salaire des femmes et la liaison salaire – revenu. Les dossiers offrent souvent plus de documentation que de résolutions59, car CECA ou CEE cherchent l’harmonisation des conditions de travail et de rémunération plus que l’homogénéisation des salaires ouest-européens.

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0.2.5 Un partenaire aux fortes similitudes avec la France, la RFA

Parmi les Etats européens, la RFA est devenue le premier partenaire extérieur de la France et les échanges commerciaux avec elle représentent entre 8 et 10% du PIB français. On ne s’attardera pas sur les salaires pendant la période d’occupation60. Les archives de la période 1949–1979 du ministère du Travail fédéral de la RFA sont déposées à Coblence, en Rhénanie-Palatinat, notamment la série B 14961, forte d’un bon millier de cartons concernant les salaires. Les ministres du Travail des différents Länder communiquent constamment avec le ministre fédéral du Travail à Bonn et des conférences fédérales évoquent les questions de salaires. La présente recherche s’est nourrie d’éléments comparatifs avec le système salarial allemand62, sans rédaction d’un paragraphe spécifique.

0.3 Sphère salariale, historiographie et problématiques

Les salaires se situent au croisement de plusieurs thèmes de recherche. La bibliographie de l’histoire des salaires en général demeure réduite.

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0.3.1 Publications disponibles et champ historiographique salarial

Depuis les travaux fondateurs de François Simiand63, les publications spécifiques s’intéressent à toutes les échelles de temps, longue64, moyenne65 et courte66. Le critère le plus fréquent de publication est l’établissement préalable de statistiques fiables67. Les analyses sur les salaires apparaissent également dans des travaux d’histoire ou d’économie plus larges, notamment sur la croissance68. Les recherches de l’INSEE69 prennent une part importante de ces publications, dans le total desquelles les ouvrages complets sont rares70 ou anciens71. Un regain d’intérêt récent mérite d’être signalé72 et encouragé. La théorie du salaire est un point nettement plus fouillé73. À partir de Ricardo et Marx, au XXe siècle et notamment depuis ←44 | 45→les années 1950, plusieurs grandes études se sont appliquées à l’analyse causale des salaires74.

L’histoire des syndicats de salariés75 est beaucoup plus inventoriée que celle des syndicats d’employeurs76. Les débats en matière de salaire n’ont pas suscité beaucoup de travaux spécifiques77 alors qu’ils figurent au cœur des relations professionnelles. En ce qui concerne l’Etat et les salaires, la question apparaît dans les études générales sur la politique économique d’après-guerre78 et la politique des salaires79 est analysée dans ←45 | 46→le cadre plus large de la politique des revenus des années 196080. L’action du ministère du Travail81 bénéficie de plusieurs recherches récentes82.

La littérature générale sur les relations professionnelles est assez abondante83, notamment en sociologie84. Pour les conventions collectives, l’analyse juridique, économique ou historiographique manque parfois, laissant la place aux manuels de droit85. Les meilleures synthèses, assorties d’une dimension comparative internationale, sont celles de publications régulières de l’Organisation Internationale du Travail sur la vie conventionnelle86. La question des grèves bénéficie d’une abondante littérature87, mais les salaires y sont peu étudiés. La composante sociale des salaires s’insère dans la bibliographie plus nourrie de la politique sociale88.

La dimension internationale apparaît inévitablement sur le marché du travail, facilitée par l’existence d’institutions internationales comme le BIT89 ou l’OECE90. Quelques travaux abordent la question dans une ←46 | 47→perspective comparée, notamment franco-allemande91. En matière d’assurances sociales et d’Etat Providence, les travaux ne cessent de se différencier et permettent de dresser le bilan d’un siècle de protection sociale en Europe92. Les recherches sur le salaire minimum se sont également internationalisées93.

0.3.2 Problématique : les salaires entre différenciation et intégration

La sphère salariale présente plusieurs séries de questions sur ses contours, son organisation et son évolution. Il s’agit de définir d’abord les salaires et comprendre leur évolution, de décrire ensuite l’organisation des relations professionnelles entre employeurs et salariés – conventions collectives et procédures de régulation – et enfin d’examiner les composantes plus externes que forment les pouvoirs publics, la mutualisation partielle des revenus et l’internationalisation. Si l’on part de l’hypothèse d’une « sphère salariale » ouverte mais systémique, la question peut s’orienter vers la coexistence de forces d’intégration et de différenciation. Comment le dispositif salarial permet-il d’assurer en même temps le fonctionnement du ←47 | 48→circuit des rémunérations avec des règles communes et une différenciation suffisamment caractérisée pour respecter les différents niveaux de qualification tout en limitant les disparités ?

Dans le détail, la première question en débat est celle de la définition du salaire. L’observateur extérieur découvre rapidement que les partenaires sociaux débattent en salaires horaires dans les années 1940 et 1950, mais qu’il est progressivement question de mensualisation généralisée à partir de 1970. Les statistiques établies par l’INSEE à partir des déclarations de données fiscales et sociales présentent des salaires annuels. Par ailleurs, les salaires pour une entreprise sont un coût incluant toutes les charges sociales, alors que le salarié s’intéresse principalement au salaire net de toutes charges et enregistre sur sa feuille de paye la présence du salaire brut, avant déduction de ses charges de salarié. Ce point ouvre le débat sur l’usage des données courantes – celles que connaissent et qu’utilisent les agents économiques – et des données constantes, déflatées de l’inflation.

En amont, la question interpelle la statistique publique : quelles sont les sources des données disponibles, les modalités de leur confection, leur pertinence économique et sociale et, depuis 1945, leur compatibilité avec les données internationales ? Le chapitre 1 apporte des éléments de réponse sur la qualité des séries de salaires et montre qu’en réalité, il faut croiser plusieurs catégories de salaires, dont les données se confortent.

L’évolution des salaires présente une hausse très rapide à partir de 1950, avec un doublement de niveau en 17 ans [1950–67] et un triplement en trente ans [1950–80]. La rapidité de cette progression interroge sur la place de cette haute croissance salariale et sur les causes de cet élan, où productivité et hausse des prix occupent une place centrale au milieu d’autres facteurs enveloppants. La transmission de la croissance du PIB à la sphère salariale n’est pas linéaire94, car la valeur ajoutée générale passe par le canal de la productivité et de la valeur ajoutée par actif et par heure travaillée95. Au-delà, la croissance plus ou moins rapide des salaires pose un double problème de répartition. En externe, il s’agit du partage de la valeur entre salaires directs, salaire social et bénéfices, et en interne de la dispersion des salaires, mesurée par l’écart interdécile (D9-D1) ou un ←48 | 49→coefficient salarial de Gini. En France, l’écart interdécile D9-D1 s’élève de 3,1 en 1951 à 4,1 en 1967 : la croissance rapide est-elle à l’origine de plus d’inégalités ou au moins, de plus de disparités ?

Le présent ouvrage n’offre pas d’analyse spécifique sur salaires et inégalités, alors que les deux questions se recoupent en partie. Il y a plusieurs raisons à cela. Le premier aspect est celui de la définition des inégalités. Si l’on peut définir les disparités comme une distribution jugée disproportionnée par une société particulière, selon son système de valeurs ou sa philosophie politique, les inégalités présentent un système d’écarts plus marqués entre individus, ménages, groupes sociaux ou espaces géographiques et représentent un ensemble de différences injustes dans l’accès à des ressources sociales rares et valorisées comme l’éducation, le pouvoir, la culture, le capital ou le revenu. Le sujet est à la fois brûlant, fortement débattu et complexe, intégrant la question hautement sensible et pluri-formelle de la justice96.

Même si le débat ne commence pas seulement dans les années 1950, la courbe de Kuznets97 déploie l’intuition d’une augmentation première des inégalités en période de croissance accélérée et ensuite de leur stabilisation voire de leur recul. Deux générations plus tard, les cycles de croissance ayant changé, un certain nombre de critiques sont apparues, notamment celle de Thomas Piketty98 pour qui la réduction des inégalités n’est pas mécaniquement associée à la croissance du PIB par habitant. Historiquement, elle semblerait être principalement liée à des événements inattendus affectant le capital (guerre, inflation) et à la fiscalité, notamment l’impôt sur le revenu.

Dans la littérature disponible depuis une trentaine d’années, plusieurs publications abordent la question sous un angle général et synthétique99, planétaire et séculaire100, américain du ←49 | 50→nord101 et du sud102 ou encore français sous des présentations diversifiées103. Même si les aspects psychologiques ont été pris en compte104, une bonne partie des analyses aborde le sujet dans une perspective sociologique105, certaines s’orientant explicitement vers des stratégies de lutte ou de réduction106. D’autres titres sont répertoriés dans la bibliographie finale sous la rubrique 12.10.3. Répartition des revenus et salaires.

Le présent ouvrage n’aborde donc pas de manière détaillée et directe cette dimension, qui eût nécessité une étude spécifique, les différentes formes d’inégalités étant liées (revenu, capital, accès aux services etc.), intégrant des dimensions sociales assez importantes et abordant des champs (capital financier, capital social, revenus indépendants) éloignés des seuls salaires. Par ailleurs, même si plusieurs ouvrages majeurs prennent en compte l’ensemble du 20e siècle, la période la mieux documentée et la plus discutée sur ce sujet depuis une génération est celle qui débute dans les années 1980.

En privilégiant l’analyse économique, historique et statistique des salaires, le présent texte se concentre simplement sur leur dispersion ←50 | 51→quantitative107 (section 2.2) en tant que distribution arithmétique des valeurs par rapport à la moyenne et leur éventuelle différenciation et celui de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises privées, qui reste d’ailleurs très stable en longue période108. En résumé, salaires et inégalités ne sont pas directement abordés ici et nécessiteraient un autre ouvrage.

De manière plus large, la détermination des salaires obéit-elle seulement à des facteurs mécaniques ? Le rôle des agents économiques et des partenaires sociaux s’en trouverait alors réduit à un spectacle où les vrais enjeux seraient traités en coulisses. En fait, les données globalisées comme le salaire net moyen annuel, le PIB, la productivité moyenne par heure travaillée ont d’abord un rôle d’indicateur général de résultat. Dans le détail des entreprises, des postes, des conventions collectives, les partenaires sociaux jouent un rôle certain. Si la croissance est le fruit d’une synergie de facteurs109, l’attribution de ses fruits n’est pas automatique vers plus ou moins de salaires, d’investissements ou de services publics.

Le pilotage des salaires pose aussi la question du rôle de l’Etat, qui administre officiellement la gestion des salaires en 1944–1950. Mais quelle est la place de l’Etat après la loi de 1950 sur les conventions collectives ? Demeurent les salaires de la fonction publique, des entreprises nationalisées, l’accompagnement administratif de la vie conventionnelle, l’ordre public, la justice et une orientation générale régulatrice anti-inflationniste. La fiscalité110 exerce des effets sur le niveau et le pouvoir d’achat des salaires, et plus encore la politique éducative qui contribue à définir le niveau de qualification initiale des futurs salariés et donc de leur rémunération.

La qualité des relations professionnelles passe pour tendue dans la France de l’époque et émaillée de conflits liés majoritairement à des questions de salaire. Le contentieux individuel trouve sa solution devant les ←51 | 52→prud’hommes, juridictions anciennes et originales composées de conseillers bénévoles représentant à parité les partenaires sociaux. Qu’en est-il exactement, par exemple par rapport aux tribunaux allemands du travail formés de magistrats professionnels111 ? Les conflits collectifs, les grèves, ne sont pas réglés par des instances arbitrales. Celles-ci ont bien fonctionné entre 1936 et 1939, mais n’ont jamais vraiment pu se reconstituer depuis 1950 où elles végètent. Morcellement du front syndical, poids des PME qui atténue l’autorité du CNPF, culture socioprofessionnelle plutôt conflictuelle sembleraient responsables de cet échec.

Le nombre de grèves en France frappe l’opinion et fixe une certaine image extérieure du pays. Considérées de plus près, les grèves françaises d’après 1945 sont courtes et plutôt localisées dans les grands établissements occupant une population ouvrière, masculine, syndiquée et de qualification intermédiaire ou réduite. Selon les critères de l’inspection du travail, la majorité d’entre elles aboutissent à un échec ou à un demi-succès et l’analyse économétrique conclut à une faible relation entre évolution des salaires et fréquence des conflits112. La vie conventionnelle française, malgré ses particularités, fonctionne relativement bien. Derrière une image assez conflictuelle, les partenaires sociaux s’efforcent de construire des conventions, dont le contenu ne cesse de s’améliorer alors.

En 1945, la France met en place un dispositif à la fois obligatoire et compartimenté d’assurances sociales, de type plus bismarckien que beveridgien113. Celles-ci couvrent les risques sociaux majeurs, maladie accident, maternité et retraite. Le modèle français s’avère l’un des meilleurs de la planète selon l’OMS et les prestations sociales constituent rapidement un quart des revenus des salariés. Pourtant, cette part mutualisée de ←52 | 53→rémunération n’est pas considérée comme telle par la majorité de l’opinion publique. Méconnaissance des mécanismes économiques, insuffisance d’information statistique et administrative, oblitération volontaire du phénomène de la part des syndicats de salariés semblent les principales hypothèses. De manière plus large, les assurances sociales invitent à se pencher sur la politique sociale et sa dimension salariale. Comités d’entreprise, droits spécifiques des femmes salariées et protection des jeunes apprentis de 14 à 18 ans, SMIG, puis SMIC en sont les axes majeurs.

0.3.3 Présentation de l’ouvrage

L’ouvrage se distribue en trois parties. La première traite de l’évolution des salaires, la seconde de l’orientation générale de leur mouvement, la troisième des ajustements dans les relations professionnelles.

Dans la première, l’évolution part de la définition des salaires [1]; analyse la rapidité de leur croissance [2] pour présenter les intervenants du débat salarial : employeurs, syndicats de salariés et Etat [3].

La seconde partie sur l’orientation globale des salaires débute avec la Libération 1944–45 [4]; traverse les années d’hyperinflation 1946–50 avec les classifications Parodi-Croizat [5] et débouche sur le rôle de l’Etat de 1950 à 1967, de l’encadrement à la régulation [7].

La troisième partie examine les ajustements salariaux dans la vie économique et sociale. Elle détaille d’abord la constellation des conventions collectives à partir de 1950 [7];, poursuit par les relations entre grèves et salaires [8], les conflits individuels devant les prud’hommes [9] et le complément apporté au salaire net par les prestations sociales [10].

Conclusion [11] et inventaire des sources et de la bibliographie [12] terminent le propos.

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1 Entre 1944–50 et 1980, les salaires moyens ont triplé, représentant les 2/3 de la hausse salariale du 20e siècle français. En 1944–50, l’inflation annule les hausses nominales.

2 J.J. Carré, P. Dubois et E. Malinvaud, La croissance française, Un essai d’analyse économique causale d’après-guerre, Paris, Le Seuil, 1972, p. 525–536.

3 Nombreux apports récents, analytiques et théoriques, sur le cas français en perspective internationale. Ministère du Travail, direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques, DARES, Paris, 13 décembre 2017, « Mieux comprendre l’évolution des salaires depuis la crise. Comparaisons internationales »

4 Voir le chapitre 2.3. Ensemble des revenus salariaux/PIB : 40% en 1950, 46% en 1967.

5 Pendant la haute croissance des années 1950–73, en France, le PIB a progressé de 5% par an et les salaires de 4,3%. En revanche, de 1974 à 2000, le PIB progresse de 2,2% par an, mais les salaires réels seulement de 0,7%. Une partie de la croissance française est absorbée par les exportations, la rémunération du capital et les consommations collectives comme la santé ou l’éducation.

6 On observe d’importantes nuances selon les secteurs, la taille des entreprises et la qualification de la main-d’œuvre. Dans les entreprises françaises des années 1950, les salaires représentent plus de la moitié des coûts, entre 55 et 65%, dans le charbon, les transports collectifs comme SNCF ou RATP ou l’automobile, environ la moitié des coûts dans l’acier, les tuileries ou le verre, et moins de la moitié, entre 45 et 25%, dans le cuir, le ciment ou l’électricité, entre la moitié et les ¾ dans les services. Centre des Archives Économiques et Financières, Cusin 5 A 29, Incidence des salaires sur les prix, note de l’Inspection Générale de l’Economie Nationale, 11 p, 10 février 1948.

7 À l’occasion de la détermination des conventions collectives de 1936–38 puis de 1946–57, ou celle du SMIG à partir de 1950, les salaires figurent au centre de la négociation.

8 Alain Rey, dir, Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaire Le Robert – VUEF, 3 vol, 2000, p. 3362–3363 et ATLIF/CNRS, Trésor de la Langue Française Informatisé, en ligne. Le mot sel lui-même se dit en latin *sal, salis. Cette origine médiévale rappelle à la fois le caractère très matériel des modes de paiement et l’importance du sel pour la conservation alimentaire.

9 Malgré la parenté sonore entre « soldat » et « salaire », les deux mots ne sont pas liés par l’étymologie, le mot soldat étant issu de la pièce de monnaie le « solidus », qui a donné sol, sou, soudard ou solde à travers l’italien *saldo, et non du terme de « sel ».

10 En anglais, « salary » offre la même origine, mais « wage » vient de l’anglo-normand « wage » ou « gage » et en amont du francique « wadja », tandis que l’allemand « Lohn » d’un terme germanique signifiant « butin » (*launa).

11 « Salarier », apparu en 1369 est rare jusqu’au 18e siècle, quand les physiocrates se mettent à l’employer. « Salarié » (15e siècle), participe passé du verbe « salarier », signifie au départ « récompensé », puis désigne à partir du 18e celui qui reçoit un salaire de la part d’un employeur (1758). En revanche, d’autres surgeons linguistiques ne se sont pas maintenus, comme « salariant » (1758), mis pour « employeur ». L’industrialisation augmente l’usage du mot ; ainsi « Wage-owner » en anglais est signalé à partir de 1871.

12 Avec l’expansion du salariat, les syntagmes se sont diversifié au 20e s : masse salariale, salaire minimum, salaire horaire, salaire de base, salaire social.

13 La généralisation des conventions collectives et la guerre froide lexicale autour des « travailleurs » donnent sa chance au terme de « salarié », plus global et plus neutre pour désigner tous les actifs qui reçoivent une rémunération en échange d’un travail.

14 En dehors du terme « d’honoraires » pour les professions libérales, seul le mot de « traitement » qui désigne le salaire des fonctionnaires semble résister. La plupart des données statistiques ont longtemps distingué « salaires et traitements ».

15 Club des Comités d’Histoire, Florence Descamps, Sophie Cœuré, Valérie Lambert-Moreau, Guide des Comités d’Histoire et des Services Historiques, Paris, Service d’Information du Gouvernement, 2002, 151 p.

16 Archives Nationales, Centre des Archives du Monde du Travail, Roubaix, série 98 AS.

17 Un certain nombre de dossiers de la CFDT et de la CFTC sont conservés à Roubaix, au CAMT, les papiers de la CGT sont archivés à Montreuil, Institut d’Histoire Sociale.

18 Catherine Omnès, Ouvrières parisiennes, Marchés du travail et trajectoires professionnelles au 20ème siècle, Paris, Editions de l’EHESS, 1997, p. 341–350, analyse les salaires féminins dans les années 1929–39 : traitement informatique de 5.000 dossiers de retraite, dépouillement des fichiers de trois entreprises industrielles, des archives de deux syndicats professionnels, entretiens oraux, récits de vie.

19 Par exemple : Dominique Barjot, La grande entreprise française de travaux publics, 1883–1974, Contraintes et stratégies, Paris, Economica, 2006, 940 p. Youssef Cassis, Big Business. The European Experience in the 20th Century, Oxford, Oxford University Press, 1997. Jean-Claude Daumas, L’amour du drap, Blin et Blin, 1827–1975, Histoire d’une entreprise lainière familiale, Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 1999. O. Hardy-Hémery, De la croissance à la désindustrialisation : un siècle dans le Valenciennois, Paris, Presses de la FNSP, 1984, 5 vol.

20 Jean-Pierre Le Crom, Syndicats nous voilà, Vichy et le corporatisme, Paris, Editions de l’Atelier, 1995, 410 p. L’auteur a utilisé les archives de la Charte du Travail. AN F22/1774 à 2022. Cl. Laude, C. Pétillat et Y. Poulle, Charte du travail (1940–1944). Répertoire numérique détaillé, dactylographié, Paris, AN, 1988, 315 p.

21 Françoise Bosman, Patrimoine archivistique contemporain des ministères sociaux, Paris, Ministère du Travail – Ministère des Affaires Sociales – Ministère de la Santé, 1991, 272 p. Entretien de Françoise Bosman avec l’auteur, Lille, 13.11.2003.

22 Les personnels du ministère se sont bien préoccupés de la conservation des documents sélectionnés lors de leur classement et de leur transfert à Fontainebleau.

23 Exemple : AN 20110359/8–20110359/64, Ministère du Travail, direction des relations de travail, bureau des conventions collectives, Relations avec les branches professionnelles, 1937–72, classement par branches.

24 Ainsi la cote AN Travail 19760121 correspond au 121e versement de l’année 1976 et se décompose en 518 « dossiers » dont le stockage représente 86 m linéaires.

25 Archives Nationales, Travail 19760121.291–308.

26 AN Travail 19760121.153–155, 282–289.

27 AN Travail 19760121.188–281.

28 AN Travail 19760121.309–379.

Résumé des informations

Pages
616
ISBN (PDF)
9783034342285
ISBN (ePUB)
9783034342292
ISBN (MOBI)
9783034342308
ISBN (Livre)
9783034340045
Langue
Français
Date de parution
2021 (Juin)
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 616 p., 33 ill. n/b, 78 tabl.

Notes biographiques

Michel-Pierre Chélini (Auteur)

Michel-Pierre Chélini, professeur d’histoire économique contemporaine à l’Université d’Artois (Arras), travaille principalement sur l’histoire des prix et des salaires en Europe et dans le monde depuis 1950.

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Titre: Histoire des salaires en France des années 1940 aux années 1960 (1944–67)