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Un Irlandais à Paris

John Patrick Leonard, au cœur des relations franco-irlandaises (1814–1889)

de Janick Julienne (Auteur)
©2016 Monographies XVI, 220 Pages

Résumé

À travers la biographie de John Patrick Leonard transparaît une histoire des relations franco-irlandaises au XIXe siècle. Professeur d’anglais dans un collège parisien, il mène une vie honorable et conforme aux normes de la société française. Il utilise habilement les réseaux qu’il s’est constitué dans différents milieux, au sein de l’aristocratie et de la bourgeoisie françaises, du clergé catholique, et des cercles politiques et économiques, pour construire des projets tels que la colonie irlandaise d’Algérie (1869), l’ambulance irlandaise durant le conflit franco-prussien (1870–1871), et la promotion des industries irlandaises dans les Expositions universelles. Parallèlement et dans le plus grand secret, Leonard se lie à de nombreux nationalistes irlandais comme William Smith O'Brien, James Stephens et John O’Leary.
Basé sur de nombreuses sources inédites, cet ouvrage offre une nouvelle perspective sur l’histoire irlandaise. Il souligne l’internationalisation de la question irlandaise durant la seconde moitié du XIXe siècle. Ce livre révèle également les liens tissés entre les élites françaises et irlandaises, les activités et les projets de Leonard reposant sur les réseaux sociaux qu’il construit sa vie durant dans différents milieux, en France et en Irlande.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Table des illustrations
  • Avant-propos
  • Remerciements
  • Introduction
  • Chapitre 1: De l’Irlande à la France (1814–1848)
  • Chapitre 2: Un nationaliste discret qui s’efforce de promouvoir la cause de l’Irlande en France (1848–1870)
  • Chapitre 3: La colonie irlandaise d’Algérie (1869)
  • Chapitre 4: Les Irlandais dans le conflit franco-prussien (1870–1871)
  • Chapitre 5: Un Irlandais à l’Élysée : un renforcement des liens franco-irlandais durant les années 1870
  • Chapitre 6: Soutenir la cause de l’Irlande jusqu’à son dernier souffle (1880s)
  • Conclusion: Une vie consacrée à la construction de réseaux entre la France et l’Irlande
  • Sources et bibliographie
  • Index
  • Titres de la collection

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Table des Illustrations

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R. V. COMERFORD

Avant-propos

L’histoire des deux pays est suffisamment documentée depuis bien longtemps pour qu’une vision générale concernant les relations entre la France et l’Irlande ait pu prendre corps. Cependant la découverte et l’exploration détaillée des documents propres à rendre compte de la complexité des relations franco-irlandaises au XIXe siècle est une entreprise ardue et de longue haleine. Heureusement, un nombre significatif d’universitaires, principalement en histoire et en littérature, ont relevé le défi, en particulier depuis les années soixante. Une des figures de proue depuis plus de vingt ans en est l’historienne Janick Julienne. Non seulement sa thèse, La Question irlandaise en France de 1860 à 1890, Perceptions et Réactions, soutenue en 1997, a produit un nouveau corpus de connaissances, mais elle a également ouvert de nouvelles perspectives de recherche. Janick Julienne publie ici une étude de référence sur John Patrick Leonard, personnalité intéressante et remarquable. Pour y parvenir, le Dr Julienne a tiré profit de son impressionnante connaissance des sources et du contexte, et puisé dans une sagacité nourrie de sa profonde expérience du sujet et de l’époque couverte.

Quiconque a travaillé sur la vie et les activités des nationalistes irlandais au XIXe siècle rencontre nécessairement le nom de John Patrick Leonard. La densité de son réseau, qui s’étend des proches de Wolfe Tone à ceux de Charles Stuart Parnell, fait de Leonard un homme incontournable pour tout activiste irlandais. Plus surprenant, alors qu’il a choisi de vivre en France où il enseigne dans le secondaire, Leonard s’inscrit au cœur de la prosopographie politique irlandaise au XIXe siècle.

Leonard ne fut pas contraint à l’exil par nécessité économique ou politique, du fait d’éventuelles persécutions. Très jeune, il est placé sous la tutelle d’un oncle membre de la congrégation catholique des Irish Christian Brothers, certifiée depuis 1820, et prospère grâce au soutien ← xi | xii → d’une classe aisée d’agriculteurs et de marchands. Être éduqué en France n’est pas inhabituel dans son milieu, y rester pour mener une carrière dans l’enseignement public l’est davantage. Quelles que soient ses motivations personnelles ou professionnelles, c’est bel et bien délibérément que J. P. Leonard s’installe en France. Dès lors, ses séjours en Irlande deviennent occasionnels.

Leonard se présente comme l’archétype du nationaliste irlandais, mais d’une manière singulière, du fait de son retrait géographique : son activité n’aurait pas été possible s’il avait choisi de vivre à Cork, Dublin ou New York. À Paris, J. P. Leonard accueille et aide les nationalistes irlandais de toutes obédiences, de passage ou en résidence, car il sait combien il est difficile pour ses compatriotes irlandais de trouver des endroits sûrs en France. De plus, si certains, comme John O’Leary, peuvent vivre de leurs rentes, la plupart sont moins bien nantis et doivent subvenir à leurs besoins en exerçant des activités de journalisme ou en enseignant.

Parallèlement, Leonard développe des liens diversifiés avec l’Irlande, même sans aucune visée politique. À Paris, il est chargé d’organiser le dîner annuel de la Saint-Patrick pour les « Anciens Irlandais », alors que ces aristocrates français descendants des « oies sauvages » irlandaises réservent cette manifestation au « sang bleu » dont Leonard ne peut se prévaloir. En 1859, il prend l’initiative de célébrer Patrice Mac Mahon, de retour de la campagne d’Italie qui lui permet de recevoir son bâton de maréchal. Ainsi débute une longue amitié qui se développe notamment pendant le mandat présidentiel de Mac Mahon et perdure jusqu’à sa mort.

Inévitablement, quelques-unes de ses initiatives se retournent contre lui. Ainsi, à la fin des années 1870, il entreprend de transférer les cendres de Pamela, épouse d’Edward Fitzgerald : les restes de la veuve de ce leader des United Irishmen gisent alors dans une tombe délaissée, dans un cimetière français. Alors que Leonard espère un accueil chaleureux et patriotique en Irlande, la famille Fitzgerald organise un enterrement discret en Angleterre, à proximité d’une propriété familiale, afin de ne pas raviver les liens familiaux avec la Révolution française.

Passionné par l’histoire et la généalogie des grandes familles franco-irlandaises, Leonard s’implique également dans l’actualité de son temps, en France comme en Irlande. Ainsi, il noue des liens étroits avec l’évêque ← xii | xiii → d’Orléans, Félix Dupanloup, très engagé dans la vie politique et religieuse française, et dont l’activité pastorale est régulièrement orientée vers l’Irlande. Pourtant, les cercles catholiques romains devaient considérer avec méfiance cet évêque bien plus engagé dans la défense de la place de la religion dans la société française que dans la dénonciation des mécréants. L’engagement de Leonard transparaît plus profondément encore dans ses efforts pour promouvoir les intérêts commerciaux des Irlandais en France. Plus surprenant, des Irlandais participent à l’aventure coloniale française en Afrique du Nord durant les années 1860. En effet, Leonard aide le Fenian John Devoy à intégrer la Légion étrangère, alors implantée en Algérie. Et surtout il parvient à recruter plus d’une centaine de volontaires dans un funeste projet de colonie irlandaise en Algérie (1869).

Contrairement à la plupart des hommes qu’il côtoie en France comme en Irlande, Leonard ne semble mu par aucune ambition personnelle : il ne met en œuvre aucune stratégie pour obtenir du pouvoir, un emploi, une sinécure ou des émoluments, même lorsqu’il fréquente le palais de l’Élysée et qu’il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Ce constat met en lumière une certaine éthique au sein des institutions républicaines françaises, et sans doute aussi l’intégrité personnelle de J. P. Leonard. De fait, il est avant tout un homme de conviction et de réseaux, un « facilitateur », comme l’a démontré Janick Julienne.

Les déménagements de Leonard, qui alternent des résidences plus ou moins cossues en fonction de l’évolution de ses revenus, reflètent les aléas de la vie bourgeoise dans le Paris d’Haussmann. Ainsi, son parcours offre une perspective sur l’histoire irlandaise et sur différents aspects de la vie politique et culturelle française durant la seconde moitié du XIXe siècle. Leonard s’implique dans la révolution de février 1848 et participe à la répression des « journées de juin ». Il est à l’origine de la mise en place d’un corps d’ambulance irlandais pour soutenir la France durant le conflit franco-prussien. Il idolâtre Mac Mahon qu’il soutient lorsqu’il est élu président de la République pour le parti conservateur. Jusqu’à son décès en 1878, il demeure proche de Mgr Dupanloup, très engagé pour la défense de la religion catholique dans la société française.

Ce travail est l’aboutissement des recherches menées par Janick Julienne sur les relations franco-irlandaises, dont les spécialistes lui sont d’ores et ← xiii | xiv → déjà redevables. Avec la publication de ce livre, leur dette atteint un niveau bien supérieur. Beaucoup reste à faire dans ce domaine, pas seulement sur l’histoire du XIXe siècle. Il faut espérer que le Dr Janick Julienne poursuive ses recherches dans ce domaine où elle excelle.

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Remerciements

Ce livre est l’aboutissement d’une longue recherche, débutée dans le cadre de ma thèse. J’ai découvert l’existence de John Patrick Leonard en lisant l’ouvrage rédigé par le Pr R. V. Comerford, The Fenians in Context, Irish Politics and Society 1848–821 : depuis, quel que soit mon sujet de recherche dans le champ des relations franco-irlandaises, je n’ai pas cessé de croiser J. P. Leonard. Cet ouvrage résulte de l’accumulation de bribes d’archives au fil des ans, souvent de façon erratique, et grâce à l’aide de nombreuses personnes.

J’adresse tout d’abord mes plus vifs et sincères remerciements à Vincent Comerford qui a suivi mes recherches depuis ma thèse jusqu’à ce jour : son intérêt, ses remarques, ses encouragements et les longs entretiens toujours passionnants que nous avons eus sont inestimables. Je remercie également tous ceux qui m’ont aidée à enrichir mes sources et ma réflexion : Pierre Joannon, consul général d’Irlande en France, qui m’a soutenue dans ma quête des archives privées de la famille Mac Mahon, ainsi que le Pr John Horne, Dr Ciaran O’Neill, Dr Sylvie Kleinman, Dr Axel Klein… et tant d’autres. J’ai une pensée particulière pour Christy Keating (Cobh) qui m’a fait découvrir l’île natale de John Patrick Leonard, Spike Island, ainsi que sa sépulture. Je remercie également le Cork Public Museum qui a concédé gratuitement la publication de deux photographies pour illustrer cet ouvrage. En France, j’ai bénéficié de l’aide logistique précieuse d’Éric Gaspar, et des conseils, remarques, relectures de nombreux amis qui se reconnaîtront…

Enfin ce travail au long cours n’aurait pu aboutir sans l’aide constante et multiforme de ma sœur, Katia Julienne, et sans la patience, le soutien quotidien et bienveillant d’Éric et Anouk. ← xv | xvi →

Résumé des informations

Pages
XVI, 220
Année
2016
ISBN (PDF)
9781787070370
ISBN (ePUB)
9781787070387
ISBN (MOBI)
9781787070394
ISBN (Broché)
9781906165673
DOI
10.3726/b10411
Langue
Français
Date de parution
2017 (Avril)
Mots clés
France au XIXe siecle Histoire transnationale Nationalistes irlandais
Published
Oxford, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Wien, 2016. XVI, 220 p., 7 ill. n/b

Notes biographiques

Janick Julienne (Auteur)

Janick Julienne étudie l’histoire des relations franco-irlandaises au XIXe siècle depuis sa thèse de doctorat soutenue en 1997 à l’Université Paris VII. Elle a publié le résultat de ses recherches dans différentes revues en France et en Irlande et dans l’ouvrage Franco-Irish Military Connections 1590–1945 (N. Genet-Rouffiac et D. Murphy, éds, 2009).

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Titre: Un Irlandais à Paris