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L'Univers de la création littéraire

Dans la chambre noire de l’écriture : «Hérodias» de Flaubert

de Philippe Willemart (Auteur)
Monographies XII, 148 Pages
Série: Modern French Identities, Volume 126

Résumé

Etude des manuscrits d’Hérodias de Flaubert, cet essai critique présente une théorie de l’écriture inédite qui dépasse les études habituelles sur les rapports entre la littérature et la psychanalyse. Suivant la formation de l’écriture à la trace, de folio en folio, l’auteur prend ses distances vis-à-vis de l’écrivain Flaubert et découvre un autre Flaubert enrichissant la littérature française qui se soumet progressivement non sans lutte à la tradition, à ses lectures, à ses voyages en Orient et à la langue française qu’il réinvente. Ainsi il se fait scripteur et devient l’auteur que nous connaissons. Détectant l’importance de la conception du temps pour ne pas dire du hors-temps dans la création, l’auteur rattache son étude à la quatrième dimension des physiciens et y voit la source des processus de création dans les arts et la littérature.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface (Peter Collier)
  • Avant-propos
  • Chapter 1: Les méandres du désir chez le narrateur
  • L’apparition hallucinée de Jean-Baptiste
  • Les lapsus du scripteur
  • Annexe 1
  • Chapter 2: Pour une théorie de l’écriture à partir du manuscrit
  • La structure fondamentale
  • 1º schéma
  • 2º schéma
  • Annexe 2
  • Chapter 3: L’insistance et la consistance
  • La notion d’auteur
  • La consistance de l’écrivain et l’insistance du Tiers
  • Un rapport complexe entre la consistance et l’insistance
  • Une théorie de la consistance
  • Annexe 3
  • Chapter 4: Le premier texte
  • Une prise d’histoire dans le manuscrit
  • L’écriture des choses pour l’écriture
  • L’existence des choses pour l’écrivain
  • Le temps de la pulsion et du désir
  • Le temps logique dans le manuscrit
  • La pulsion d’écrire
  • Le désir d’écrire
  • Annexe 4
  • Annexe 5
  • Chapter 5: Un auteur par manuscrit : Un argument psychanalytique
  • Chapter 6: Le manuscrit et les sciences exactes
  • La quatrième dimension dans le manuscrit
  • Un parasol à pompons
  • L’apport de la numismatique
  • Le discours de l’histoire
  • Le discours fictionnel
  • Un sous-discours actif
  • Une répétition originale
  • Un inconscient génétique
  • Une logique topologique
  • La quatrième dimension
  • Le point et la trajectoire dans le manuscrit flaubertien
  • Annexe 6
  • Envoi
  • Bibliographie
  • Œuvres du même auteur
  • Index
  • Des concepts
  • Des noms propres
  • Titres de la collection

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PETER COLLIER

Préface

Dans son étude sur Flaubert et la création littéraire Philippe Willemart puise essentiellement dans deux traditions, celle de la critique “génétique” et celle de la critique psychanalytique. L’étude de la “genèse” d’un texte – suivant sa progression à partir d’une première ébauche jusqu’à sa version finale, publiée, à travers les diverses étapes de la réécriture – était jusque-là exploitée dans le but d’établir un texte définitif et d’éclairer ce que l’auteur avait laissé dans l’ombre. La critique psychanalytique, d’autre part, s’emparait du texte comme s’il s’agissait du discours direct d’un malade, révélant des symptômes prêts à être interprétés par le critique/analyste soucieux de découvrir les pulsions inconscientes de l’auteur.

Willemart par contre scrute la séquence des variantes du texte dans le but de mettre à nu et de reconstruire la démarche de l’auteur qui avance vers la découverte et l’expression de plus en plus conscientes de ses propres expériences et visions. Il prend le conte de Flaubert, Hérodias, comme matière d’étude et de réflexion, avec l’intention de faire une lecture nouvelle de ce texte en tant que tel, mais aussi de développer sa propre théorie et sa méthodologie dans une lecture d’essai minutieuse et approfondie. La richesse du matériel est impressionnante. Les carnets de Flaubert enregistrent de façon presqu’obsessionnelle un ensemble mouvant d’annotations, de révisions, d’additions et de ratures qui tracent comme un manuscrit illuminé, une bande dessinée ou un graphique cardiaque la mise en scène du processus de l’écriture, ce qui suscite une réaction d’interprétation et de commentaire également dynamique et sensible. En parallèle, Philippe Willemart insère les scènes du conte à l’intérieur du monde contemporain d’Hérodias, se servant des récits historiques du monde juif disponibles en français que Flaubert aurait pu lire ou connaître, ce qui l’aide à recréer pour nous un tableau saisissant du monde imaginaire et intellectuel élargi de l’auteur. ← vii | viii →

Sur le plan d’une lecture psychanalytique de ces textes fuyants, Philippe Willemart se délecte, en fin connaisseur du canapé freudien, à détecter une certaine ambiguïté sexuelle qui flotte dans l’hésitation de Flaubert entre les noms d’Hérodiade et d’Hérodias, ainsi que dans la rime de ce dernier nom avec celui d’Antipas, mais il prend toujours soin de ne pas confondre auteur et personnage fictif, et il établit de façon formelle une distinction entre l’auteur, Flaubert – qui est tout à fait conscient des implications de contourner ou d’effacer des allusions, mettons, à l’homosexualité, et qui porte un vif intérêt au jeu interactif entre hallucination et mémoire, vision et apperception – et le narrateur, qui peut bien à son tour tendre à nier ou à réprimer des pulsions inconscientes.

La psychanalyse utilisée par Willemart, donc, n’est pas une approche destinée à psychanalyser naïvement Flaubert, mais une tentative de reconstruction du schéma de la relation de l’auteur à la page blanche, modèle où l’auteur se déplace à l’intérieur d’un “imaginaire” lacanien, autant comme analyste et lecteur que comme analysant. Hérodias aide entre autres à élaborer une théorie du désir d’un “Autre” de la part de l’auteur, mais d’un Autre qui implique son insertion dans une dynamique culturelle en même temps qu’une relation avec son inconscient particulier.

D’autres approches, exploitées mais remaniées par Willemart, sont celle de la “mort de l’auteur” de Roland Barthes et celle de l’univers des signes dressé par Peirce et de Saussure, toujours dans le but d’éviter de reproduire l’image d’un auteur aux prises avec quelque pulsion inconsciente simple qu’il suffirait de dénicher. Sous la plume de notre critique, l’auteur se révèle être en partie lecteur, engagé dans un jeu complexe et réciproque avec l’univers linguistique qui le crée en même temps qu’il le crée. Nous trouvons ainsi qu’il n’y a pas de texte d’origine qui serait l’objet de changements ultérieurs, mais une dialectique textuelle constante. Les corrections et révisions ne doivent pas être vues comme une entreprise de rationalisation, mais comme faisant partie d’une recherche, parfois consciente, parfois inconsciente. L’auteur-analyste-analysant est à la recherche d’un avenir plutôt que de son passé.

Willemart est tout à fait conscient du fait que le critique lui-même qui suit le tracé des symptômes au point de les revivre risque d’adopter la position de l’analysant autant que celle de l’analyste. Ainsi “l’inconscient génétique” devient à certains moments une exploration, aussi sensible que ← viii | ix → réfléchie, de la position et de l’expérience du critique, ce qui donne lieu parfois à une écriture à son tour créatrice, où Willemart donne libre cours à ses pensées et à ses sentiments au moment où il les formule, où sa voix écoute son verbe, dans des passages d’un franc lyrisme, pour le plus grand plaisir de son lecteur.

Ce livre lucide et élégant est un tour de force. Il nous fournit, entre autres, un modèle de critique textuelle exemplaire, avec son analyse percutante et originale d’un livre clef d’un grand auteur, mais aussi avec la mise en œuvre convaincante d’une approche critique innovante, qui tisse des liens entre la linguistique, la génétique et la psychanalyse textuelles actuelles, qui déploie et explique leurs langages, tout en étant toujours prête à démystifier jargons et idéologies.

Je suis heureux et fier d’accueillir dans ma collection cet ouvrage puissant, avec son univers critique et créateur fourmillant d’images envoûtantes et de sens nouveaux.

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Avant-propos

Ce livre retrace le parcours d’une recherche centrée sur la création littéraire. Le titre assez parlant souligne assez que l’œuvre surgit d’un univers extrêmement riche dont le manuscrit est un des rares témoins et l’écrivain, son instrument privilégié. Partagé entre cet univers et sa vie quotidienne, entre l’œuvre à écrire et ce qu’il croit connaître de cette œuvre, l’écrivain lutte souvent en vain contre l’auteur qui s’impose peu à peu. De ces tensions, naissent les processus créateurs et l’objet de la critique génétique.

Résumé des informations

Pages
XII, 148
ISBN (PDF)
9781787074590
ISBN (ePUB)
9781787074606
ISBN (MOBI)
9781787074613
ISBN (Broché)
9781787074583
Langue
Français
Date de parution
2017 (Juillet)
mots-clé
Flaubert la littérature et la psychanalyse Hérodias
Published
Oxford, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Wien, 2017. XII, 148 p., 2 ill. n/b

Notes biographiques

Philippe Willemart (Auteur)

Philippe Willemart, Pr en littérature française à l’Université de São Paulo (USP), est membre de l’équipe Proust de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (ITEM) du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) en France et du Laboratoire du Manuscrit Littéraire de l’USP. Ses travaux portent sur la génétique des textes et sur la construction d’une théorie de l’écriture à partir de l’étude des manuscrits de Gustave Flaubert, de Marcel Proust et d’Henry Bauchau. Il a publié récemment Le doux chantre Bergotte dans « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » de Marcel Proust chez Edilivre en 2015 et « Le mystère du temps creusé au fond d’un être : Pourquoi raturer Les intermittences du cœur et le remplacer par À la recherche du temps perdu ? » dans Sensations proustiennes (Marcel Proust aujourd’hui 13) chez Rodopi.

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Titre: L'Univers de la création littéraire