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Concilier démocratie et diversité

Essais de théorie politique

de Bernard Gagnon (Éditeur de volume) Jackie Steele (Éditeur de volume)
Monographies 222 Pages
Open Access
Série: Diversitas, Volume 17

Résumé

Démocratie et diversité sont-elles conciliables ? Et, si oui, à quelles conditions ? Selon un discours dominant, le modèle libéral, pluraliste et multiculturel serait le seul véritablement en mesure de répondre à ce défi. Mais le prix à payer serait un renoncement à l’idéal républicain du bien commun et à l’idée d’une communauté de citoyens qui s’autogouvernent.
Les auteurs de ce livre, qu’ils s’inscrivent dans les courants républicain, libéral ou radical, ne partagent pas ce constat. La conciliation entre démocratie et diversité n’a pas le libéralisme multiculturel comme seul horizon. Au contraire, c’est en reposant les fondements de la démocratie, et en conservant à l’arrière-plan un certain héritage républicain, que peut émerger une nouvelle approche de la diversité.
Pour certains auteurs, cet héritage républicain est celui de posséder une grammaire culturelle commune afin d’assurer une cohésion collective, pour d’autres, il s’exprime comme liberté de non-domination ou encore comme modèle d’autodétermination démocratique. Un héritage qui est pluriel, mais qui a encore un rôle aujourd’hui pour répondre aux problèmes politiques des sociétés démocratiques, dont celui de la diversité et de la reconnaissance des différences.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Remerciements
  • Introduction: La diversité dans les démocraties contemporaines
  • Partie I: La question républicaine
  • Chapitre I: Deux traditions républicaines
  • Chapitre II: La république française et le multiculturalisme
  • Partie II: La conscience démocratique
  • Chapitre III: La conscience républicaine face à la question de la diversité humaine
  • Chapitre IV: La démocratie : inclusive et exclusive
  • Chapitre V: Alain Renaut et Charles Taylor
  • Partie III: La représentation politique de la diversité
  • Chapitre VI: Penser la diversité, enrichir le vivre-ensemble
  • Chapitre VII: La politique et différence des groupes
  • Chapitre VIII: Une synergie prometteuse entre la théorie critique féministe et le républicanisme
  • Titres de la collection

Remerciements

Nous souhaitons remercier plusieurs personnes qui ont été associées à la concrétisation de ce livre. Tout d’abord Jean-François Lessard qui a posé, avec Jackie F. Steele, les premières balises de ce projet dans le cadre des Grandes conférences organisées sous l’égide du Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP) basé à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’idée initiale était de tenir un événement majeur afin de mieux cerner l’espace politique du vivre-ensemble en nous appuyant sur les approches de démocratie et de liberté qui sont au cœur du paradigme républicain. C’est ainsi que les professeurs Alain Renaut et Jean-François Spitz sont venus prononcer des conférences de grande qualité à l’UQAM. Bien qu’il ne pouvait être présent à Montréal, le professeur Philip Pettit a eu la générosité de nous proposer un texte pour l’ouvrage. À ces premières contributions, nous avons intégré d’autres voix, celles d’Alain-G. Gagnon, Bernard Gagnon, Junichiro Koji, Jackie F. Steele, Charles Taylor et de feu Iris Marion Young, dans le but d’offrir un regard plus complet sur les thèmes à l’étude. Leurs travaux sont venus enrichir de diverses façons l’apport de nos grands conférenciers.

Nous souhaitons souligner les précieuses contributions scientifiques et financières du Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales, de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes (CREQC), du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ) et de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Nous remercions également James Tully, Bonnie Honig et Iseult Honohan pour leurs encouragements en tout début de parcours et Jean-Charles St-Louis (CREQC) pour sa relecture du manuscrit et ses suggestions des plus pertinentes.

Enfin, sans le soutien indéfectible d’Alain-G. Gagnon, à la fois comme mentor et lecteur assidu, ce projet n’aurait jamais pu arriver à sa fin. Nous lui en sommes très reconnaissants.

Bernard Gagnon et Jackie F. Steele, le 25 janvier 2014. ← 9 | 10 →

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INTRODUCTION

La diversité dans les démocraties contemporaines

Bernard GAGNON et Jackie F. STEELE

La diversité est une réalité tangible dans la vie commune des sociétés démocratiques contemporaines. Elle s’exprime par les différentes revendications de reconnaissance des identités nationales, ethnoculturelles et celles basées sur le genre, le sexe ou le statut socioéconomique. Elle se manifeste par l’arrivée d’immigrants qui n’acceptent plus de se laisser assimiler à la culture nationale de la majorité, mais désirent conserver certains traits de leur identité culturelle ou religieuse dans leurs nouvelles terres d’accueil. Elle se traduit également par les différentes réactions, positives et négatives, des cultures politiques nationales vis-à-vis des changements introduits par la diversité. Les uns la célèbrent, y voyant les bases d’un enrichissement des horizons culturels et spirituels de la société ; les autres la craignent, car elle fragilise les repères communs et rend plus difficile qu’auparavant l’émergence de valeurs collectives.

Du point de vue de la théorie politique, le libéralisme et le républicanisme ressortent comme les deux grands rivaux dans les débats au sujet de l’aménagement de la diversité. Selon les libéraux, les différences de modes de vie, quelles soient identitaires, culturelles ou religieuses, sont les effets inévitables d’une société démocratique où les droits fondamentaux des individus sont garantis : les libertés individuelles – dont les libertés de conscience et de religion – et l’égalité morale des citoyens ayant la primauté sur les autres normes de la vie sociale. Si l’État n’est pas dépourvu de toutes références normatives – l’égalité des individus, la justice sociale, la mémoire nationale –, ces dernières doivent être compatibles avec la primauté des libertés individuelles et se justifier – telles des libertés négatives – en tant que protections nécessaires à une société composée d’individus libres et égaux. De plus, l’État doit rester neutre au sujet des biens recherchés par les membres de la société. Dans une société libérale, la diversité est avant toute chose la liberté individuelle de choisir ses propres conceptions de la vie bonne dans le respect de la même liberté pour tous les citoyens.

Le modèle républicain, pour sa part, traduit généralement l’idée selon laquelle la loi découle de la communauté des citoyens et que celle-ci constitue une condition objective de la garantie des droits et des libertés. ← 11 | 12 → Sans communauté politique structurée autour d’une référence collective au bien commun, les libertés risquent de ne plus être que des libertés éparses soumises aux aléas – économiques, politiques, culturels – de la vie sociale. C’est pourquoi sans s’opposer en principe à la diversité, ni à la primauté des droits et des libertés dans la vie sociale, l’État républicain doit s’assurer de la production et de la reproduction de la communauté des citoyens qui seule peut véritablement garantir la jouissance des libertés individuelles.

Un discours dominant dans les débats politiques contemporains, tout particulièrement dans les pays de tradition anglo-saxonne, soutient qu’entre ces deux modèles celui libéral serait de jure et de facto plus ouvert à la diversité, alors que le modèle républicain, conservant un fort attachement aux notions d’unité et de bien commun, y serait plus opposé. Ce discours se base régulièrement sur la comparaison d’expériences nationales distinctes, le libéralisme à l’américaine et le républicanisme à la française. La première fait naître des politiques de pluralisme culturel et religieux, alors que la seconde adopte des lois – telle la Charte de la laïcité – qui restreignent l’expression des différences religieuses dans les institutions collectives (l’école, les services publics) et parfois jusque dans l’espace public. Ce discours souligne des divergences importantes entre ces traditions nationales, mais il est souvent réducteur en ce qu’il tend à fusionner, au point de ne plus les distinguer, des expériences nationales singulières et les principes politiques qui sont au fondement du libéralisme et du républicanisme.

Par ailleurs, les théories poststructuralistes telles que la troisième vague du féminisme, le postcolonialisme et la théorie queer, critiquent la façon dont les pensées tant libérale que républicaine perpétuent, en raison de leurs logiques et de leurs préjugés respectifs, l’exclusion de l’espace public des diverses façons d’être ou d’exprimer des différences, que ce soit sur une base du genre de l’orientation sexuelle, de l’expérience immigrante ou de celle autochtone. Elles notent également l’incapacité, tant chez les libéraux que chez les républicains, de penser l’entrecroisement des rapports de domination et les relations mutuelles qui constituent les diverses formes de luttes contemporaines.

Notre objectif dans cet ouvrage n’est pas de confronter différentes expériences nationales dans le but de déterminer laquelle offre le meilleur (ou le pire) accueil à la diversité. Nous n’adhérons pas à l’idée reçue selon laquelle les principes libéraux et les principes républicains trouveraient obligatoirement dans ces formes historiques singulières leur expression tangible. La réalité est plus complexe. La société américaine, malgré son ouverture au pluralisme, demeure traversée de nombreuses zones d’exclusion (les écarts entre riches et pauvres, la lutte aux clandestins, ← 12 | 13 → la question raciale, les luttes contre le sexisme et l’homophobie), qui constituent de graves entraves à la diversité. Quant à elle, la société française, malgré les lois restrictives sur le port des signes religieux, est dotée d’un système d’éducation nationale public et gratuit qui conserve, du moins dans l’esprit, l’objectif de favoriser l’intégration des minorités. La controverse entre libéralisme (à l’américaine) et républicanisme (à la française) apparaît trop tranchée pour permettre d’y voir clair sur un enjeu aussi complexe que la diversité.

Plus précisément, notre objectif est d’interroger les fondements du libéralisme et du républicanisme en tant que philosophies et modèles politiques d’aménagement de la diversité. Si le libéralisme politique ressort aujourd’hui dans certains contextes nationaux comme le meilleur outil pour répondre à la diversité, sa généralisation à l’ensemble des sociétés démocratiques ne va pas de soi. De plus, sur les questions de l’identité collective, de la cohésion sociale ou de l’affirmation d’un monde commun partagé par les membres de la société, le libéralisme offre peu de réponses substantielles, sinon que ces dimensions de la vie collective émergeront naturellement de la société civile une fois pleinement garantis les libertés et les droits individuels. C’est ici, à notre avis, que prend son sens l’interrogation républicaine : non dans son opposition au libéralisme, mais dans sa complémentarité, voire dans sa capacité à concrétiser dans la pratique une interdépendance entre la liberté individuelle et la liberté publique. Est-il encore possible de réfléchir à l’unité et à la cohésion politiques non pas de manière dérivée – comme principes subsidiaires des droits et des libertés –, mais de manière frontale ? Comment (re)penser les spécificités plurielles des agents et conceptualiser le monde commun comme monde public, partagé et constitué d’une diversité croissante ?

La question républicaine

Y a-t-il une conciliation possible entre républicanisme et diversité ? Selon un discours courant, les actions premières de la république doivent viser la formulation de règles communes qui régissent la communauté politique. Dans cette optique, les citoyens sont invités à s’affranchir de leurs particularités religieuses, sexuelles, culturelles ou ethniques lorsqu’ils entrent dans l’espace citoyen dans le but de participer, de manière égale et en ayant comme seul référent l’usage de la raison, à la définition des fins communes poursuivies par la société. Pour ses détracteurs, c’est cette recherche de règles communes – aux effets homogénéisants – qui rend difficile la conciliation entre le républicanisme et la reconnaissance des différences, car cet objectif de cohésion collective prime sur celui des libertés et des droits individuels. Il est illégitime, selon ce discours, de restreindre les libertés de croyance et de conviction aux fins du bien ← 13 | 14 → commun. Ces entraves aux libertés privées et publiques se manifestent également vis-à-vis des identités et des minorités qui sont souvent les victimes directes ou indirectes de lois, de règles ou de normes conçues et pensées dans le cadre d’une citoyenneté homogène (par exemple la loi sur le port des signes religieux, la controverse sur le mariage homosexuel et plus généralement les rapports homme/femme et les différents préjugés qui se véhiculent explicitement ou implicitement dans les rapports sociaux).

De ce qui précède, le débat entre libéralisme et républicanisme – entre droits individuels et bien commun – se transforme en un véritable dialogue de sourds. Pourtant, plusieurs questions demeurent en suspens. Une politique de la diversité est-elle nécessairement condamnée à faire dos à un esprit républicain ? Ne peut-elle pas devenir une des fins choisies et poursuivies collectivement ? La participation citoyenne et l’usage public de la raison nécessitent-ils l’affranchissement intégral des différences ? Au-delà des généralités sur le républicanisme, peut-on imaginer une société républicaine dans laquelle le bien commun et la diversité seraient deux principes complémentaires, fondateurs d’une liberté publique qui reconnaît la diversité sous toutes ses formes ?

Les deux premiers chapitres de cet ouvrage revisitent les fondements du républicanisme et rejettent les lieux communs à son sujet. Dans le premier chapitre, l’historien des idées politiques Philip Pettit1, affirme qu’il n’y a pas une seule, mais plusieurs traditions républicaines. Les généralités sur le républicanisme qui ont cours aujourd’hui se basent sur la tradition franco-allemande marquée par la recherche de l’unité politique. Cette tradition, soumise dans le texte de Pettit à un rigoureux examen critique, diffère sur plusieurs points de la tradition italo-atlantique antérieure. Les deux modèles ont comme point commun la liberté comme non-domination – la liberté de ne pas être soumis à la volonté d’un tiers –, mais ils se démarquent dans leur conception de la citoyenneté et de la souveraineté. La tradition italo-atlantique avait posé les bases de la constitution mixte – un ancêtre de la séparation des pouvoirs – et de la contestation citoyenne, mais celles-ci ne furent pas conservées dans la tradition franco-allemande qui a pris naissance après l’émergence de l’État moderne.

Résumé des informations

Pages
222
ISBN (PDF)
9783035264203
ISBN (ePUB)
9783035296013
ISBN (MOBI)
9783035296006
ISBN (Broché)
9782875741608
Open Access
CC-BY-NC-ND
Langue
Français
Date de parution
2014 (Juillet)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2014. 222 p., 1 tabl.

Notes biographiques

Bernard Gagnon (Éditeur de volume) Jackie Steele (Éditeur de volume)

Bernard Gagnon est directeur du groupe de recherche Ethos et professeur au département des lettres et humanités de l’Université du Québec à Rimouski. Jackie F. Steele est professeure associée à Institute of Social Science, University of Tokyo.

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