Chargement...

Pourquoi les migrants vivent-ils plus longtemps ?

Les inégalités face à la mort en Suisse (1990–2008)

de Jonathan Zufferey (Auteur)
Thèses XII, 436 Pages
Open Access

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Avant-propos
  • Préambule
  • Chapitre 1: Les déterminants de la mortalité
  • 1.1 La mortalité différentielle
  • 1.1.1 Les déterminants proches
  • 1.2 Les facteurs de la mortalité : un cadre conceptuel à deux niveaux
  • 1.2.1 Les individus
  • 1.2.2 Les contextes
  • 1.2.3 Les individus et les contextes
  • 1.3 La mortalité des migrants ou la nécessité d’une approche multiniveau
  • 1.3.1 Migration et intégration
  • 1.3.2 Le migrant et son contexte
  • 1.3.3 L’impact de la mobilité sur les caractéristiques géographiques
  • 1.4 Synthèse
  • Chapitre 2: Présentation des données
  • 2.1 Les sources
  • 2.2 La population
  • 2.3 Les données longitudinales
  • 2.4 L’exploitation des données
  • 2.5 Synthèse
  • Chapitre 3: La migration vers la Suisse
  • 3.1 Définir la migration
  • 3.1.1 Les théories de la migration
  • 3.1.2 La dimension politique et historique de la migration en Suisse
  • 3.2 Démographie de la population étrangère
  • 3.2.1 Les flux migratoires
  • 3.2.2 Les résidents étrangers
  • 3.2.3 Le coin des pyramides
  • 3.3 Des groupes de migrants par origine
  • 3.4 Les caractéristiques sociales, économiques, culturelles et juridiques des étrangers
  • 3.4.1 Des caractéristiques structurelles
  • 3.4.2 Des caractéristiques culturelles
  • 3.4.3 La naturalisation
  • 3.5 Quelle intégration pour les étrangers ?
  • 3.5.1 Les intégrations culturelle et structurelle
  • 3.5.2 L’intégration selon le statut migratoire
  • 3.6 Synthèse
  • Chapitre 4: La longévité des sous-populations
  • 4.1 L’approche transversale
  • 4.1.1 Les données
  • 4.1.2 Le lissage de la mortalité
  • 4.2 Les différentiels de mortalité
  • 4.2.1 L’espérance de vie
  • 4.2.2 Des écarts par âge
  • 4.2.3 Survie pendant la vie active
  • 4.3 La mortalité dans les régions d’origine
  • 4.4 Les biais d’estimation de la mortalité des migrants
  • 4.5 L’approche par cohorte : tester les biais
  • 4.5.1 Une sélection à l’entrée ?
  • 4.5.2 Une sélection à la sortie ?
  • 4.6 Synthèse
  • Chapitre 5: Les facteurs individuels de la mortalité
  • 5.1 Méthodes
  • 5.1.1 Le modèle de Poisson
  • 5.1.2 Les limites du modèle de Poisson : Quasipoisson ou binomiale négative ?
  • 5.2 La modélisation de la mortalité
  • 5.2.1 Effets du lieu de naissance et de la nationalité
  • 5.2.2 L’effet médiateur de l’éducation
  • 5.3 À l’intersection des parcours migratoires et des positions sociales
  • 5.3.1 Des arbres de classification
  • 5.3.2 Discussion des arbres
  • 5.4 Des interactions pour affiner la modélisation
  • 5.5 Synthèse
  • Chapitre 6: Les causes de décès
  • 6.1 La mortalité par cause : un tour d’horizon
  • 6.2 Données et méthodes
  • 6.2.1 La classification des causes de décès
  • 6.2.2 Méthodes
  • 6.3 La contribution des causes au différentiel total
  • 6.3.1 Les écarts selon la nationalité
  • 6.3.2 Les écarts selon la durée de séjour
  • 6.4 La mortalité évitable
  • 6.4.1 Modélisation
  • 6.4.2 Résultats
  • 6.5 Synthèse
  • Chapitre 7: Mortalité et contexte
  • 7.1 La ségrégation spatiale
  • 7.2 L’impact des variables contextuelles
  • 7.2.1 Méthodes
  • 7.2.2 L’inscription du contexte socioéconomique
  • 7.2.3 L’interaction du contexte socioculturel
  • 7.3 La géographie de la mortalité
  • 7.3.1 Méthodes
  • 7.3.2 La mortalité générale
  • 7.3.3 La mortalité des étrangers
  • 7.4 Synthèse
  • Chapitre 8: Conclusions
  • Annexes
  • A : Une typologie statistique selon les origines
  • B : Les caractéristiques structurelle et culturelle
  • C : Lissage de la mortalité
  • D : Tables de mortalité par origine
  • E : Effets de sélection
  • F : Modèles de mortalité
  • G : Causes de décès
  • H : Analyses spatiales
  • Bibliographie
  • Titres de la collection

Avant-propos

J’aimerais remercier toutes les personnes qui ont, de près ou de loin, contribué à la réalisation de cette thèse. Mes premiers mots vont vers mes co-directeurs, Michel Oris et Gilbert Ritschard qui m’ont avant tout guidé et soutenu mais qui ont aussi relu attentivement mes feuilles. Ils m’ont en outre permis de réaliser ce long travail dans un cadre agréable et dynamique. Je remercie également les membres du jury, Matthias Bopp, Patrick Deboosere et Philippe Wanner, pour leur analyse critique de la première version de ce manuscrit.

Je me dois aussi d’évoquer le cadre institutionnel qui a permis un déroulement favorable à cette thèse. Le nccr LIVES m’a permis de participer à des écoles doctorales stimulantes et de rencontrer tant des chercheurs accomplis qu’en devenir. Sans la Swiss National Cohort1, cette thèse n’aurait simplement pas pu être possible, car elle a concédé à partager les riches données qu’elle a dû longuement préparer. Je remercie également l’Office fédéral de la statistique pour son soutien à la Swiss National Cohort et pour avoir donné accès aux registres de mortalité et aux recensements.

Je tiens aussi à remercier mes collègues de travail de différents horizons – du département des sciences économiques, au laboratoire de démographie, en passant par le centre interfacultaire de gérontologie et le département de sociologie – avec qui j’ai eu la chance d’échanger, de collaborer et surtout d’apprendre ; une pensée particulière pour William, Ilka, Alexandre, Nicolas, Reto S. et Manuela qui ont, chacun à leur manière, influencé positivement mes années de doctorat et sa réalisation. Encore un merci à mon frère Dimitri qui a notamment relu les quelques pages de ce manuscrit. ← XI | XII → ← XII | 1 →


1      Les membres du groupe d’étude de la Swiss National Cohort sont Matthias Egger (Chairman of the Executive Board), Adrian Spoerri and Marcel Zwahlen (tous de Berne), Milo Puhan (Chairman of the Scientific Board), Matthias Bopp (les deux de Zurich), Nino Künzli (Bâle), Fred Paccaud (Lausanne) et Michel Oris (Genève).

Préambule

Dans les sociétés postindustrielles contemporaines, les inégalités font partie intégrante d’un monde en mutation. Certains individus parviennent mieux à s’adapter à l’évolution, mais d’autres, n’ayant pas les ressources individuelles, sociales et/ou économiques, ne résistent pas à l’épreuve et tombent dans des fragilités. Ces populations vulnérables se retrouvent reléguées dans les bas-fonds de la hiérarchie sociale. Mais au-delà de cela, elles subissent la plus injuste conséquence de la stratification, l’inégalité face à la mort.

Au sein de dynamiques globale ou nationale, le monde académique s’est passablement intéressé à l’état de santé des populations étrangères. Si les migrants sont par essence vulnérables car ils présentent globalement des déficits dans les capitaux bourdieusiens – en capital humain et en capital social, le statut d’étranger et le processus migratoire sont spontanément considérés comme des facteurs de risque. Mais sans vouloir tuer le suspens d’entrée – même si le titre l’a peut-être déjà achevé, il apparait dans la plupart des pays occidentaux que les migrants ont des risques de décès inférieurs aux populations d’accueil. Nous allons revenir tout au long de ce travail sur ce résultat étonnant dans la mesure où les migrants se trouvent tendanciellement dans des situations de vulnérabilité. Il s’agit ainsi d’un véritable paradoxe épidémiologique car les facteurs sociaux sont prépondérants dans la compréhension des différentiels de mortalité.

Pour identifier les dynamiques sous-jacentes du paradoxe des migrants, la situation helvétique est à ce titre un parfait laboratoire. Derrière les monarchies pétrolières et des États de petite taille1, le pays, avec aujourd’hui 23 % d’étrangers pour quelques 8 millions d’habitants, est parmi ceux qui abritent la plus importante proportion de migrants. Ces populations ont des parcours très divers. La Suisse a en effet connu, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, d’importantes vague d’une migration peu qualifiée provenant essentiellement du Sud de l’Europe. Ces flux, ← 1 | 2 → tout comme les motifs de la migration, se sont profondément diversifiés durant les dernières décennies du deuxième millénaire.

Malgré l’abondance d’études, la recherche demeure lacunaire quant à l’explication du paradoxe. En outre, aucune étude d’ampleur ne traite de la situation suisse et peu de travaux de profondeur existent sur l’Europe, alors que les recherches américaines se focalisent essentiellement sur la situation des Hispaniques. Cette thèse entend combler ce manque en apportant des pierres à la construction de l’explication. Pour décrypter les mécanismes à l’origine des différentiels, une attention particulière a été dédiée aux spécificités des migrations, à travers une volonté d’appréhender le phénomène dans toute sa pluralité. Les questions de l’origine et du statut migratoire seront mises en perspective avec les attributs individuels et contextuels qui fixent la migration dans son rapport à la société d’accueil.

Huit chapitres garnissent cette thèse. Le premier d’entre eux propose une revue des études majeures traitant des différentiels de mortalité. L’objectif est de comprendre les causes sociales qui affectent l’état de santé. A partir de là et en se basant sur l’état de la littérature, nous sommes en mesure de proposer un cadre conceptuel qui intègre les principaux déterminants sociaux s’exprimant à des niveaux individuel et contextuel. Nous discutons ensuite les spécificités qui concernent la migration et ouvrons la discussion sur les questions d’intégration.

Le second chapitre décrit les bases de données auxquelles nous faisons appel dans ce travail. Ces données ont été compilées par la Swiss National Cohort, une plateforme de recherche sur la mortalité en Suisse. Le chapitre trois est consacré au phénomène migratoire. En retraçant d’abord les théories et l’histoire de la migration vers la Suisse, puis en décrivant les structures démographiques des populations étrangères, nous déterminons une typologie de la migration en fonction des origines. Dans un second temps, nous approchons les dimensions sociales, économiques, culturelles et juridiques qui caractérisent les groupes que nous avons définis.

Le quatrième chapitre présente de premières estimations de la mortalité à l’aide des méthodes de la démographie classique. Par des tables transversales, nous comparons la force de la mortalité parmi les communautés étrangères et les Suisses. Une discussion, suivie de tests empiriques, tentera d’éclaircir l’importance des biais dans le paradoxe des migrants. C’est dans le cinquième chapitre que nous intégrons les caracté ← 2 | 3 → ristiques individuelles pour affiner la compréhension des différentiels de mortalité. Par une méthodologie originale permettant de répondre à notre cadre théorique, nous mettons en évidence la conjonction de facteurs qui mène à la vulnérabilité ou qui, au contraire, a des effets protecteurs face à la mortalité. Nous plongeons, au sixième chapitre, dans les interstices médicaux en appréhendant les causes de décès. Nous cherchons ici à déterminer quelles sont les réalités épidémiologiques sous-jacentes aux différentiels entre les Suisses et les différentes communautés étrangères.

Le septième chapitre évalue d’abord l’impact du contexte social spatialisé sur la mortalité avant de dessiner les contours géographiques des inégalités de mortalité. Enfin, le huitième et dernier chapitre conclut ce travail à travers un retour sur les principaux résultats empiriques. Chaque chapitre est certes clôturé par une synthèse qui reprend les conclusions essentielles du chapitre, mais le lecteur devra atteindre la fin du document pour une discussion plus générale et globale. ← 3 | 4 → ← 4 | 5 →


1      Certes, la Suisse est aussi de « petite taille ».

Chapitre 1
Les déterminants de la mortalité

Why is Jason in the hospital ?

Because he has a bad infection in his leg.

       But why does he have an infection ?

Because he has a cut on his leg and it got infected.

       But why does he have a cut on his leg ?

Because he was playing in the junkyard next to his apartment building and there was some sharp, jagged steel there that he fell on.

       But why was he playing in a junk yard ?

Because his neighborhood is kind of run down. A lot of kids play there and there is no one to supervise them.

       But why does he live in that neighborhood ?

Résumé des informations

Pages
XII, 436
ISBN (PDF)
9783034327992
ISBN (ePUB)
9783034328005
ISBN (MOBI)
9783034328012
ISBN (Livre)
9783034321068
Open Access
CC-BY-NC-ND
Langue
Français
Date de parution
2017 (Février)
mots-clé
Mortalité Inégalités Migration Santé Suisse
Published
Bern, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2017. XII, 431 p., 74 ill. en couleurs, 20 ill. n/b, 1 tabl. en couleurs, 29 tabl. n/b

Notes biographiques

Jonathan Zufferey (Auteur)

Jonathan Zufferey est chercheur au sein du nccr – on the move et s’intéresse actuellement aux trajectoires de mobilité des migrants en Suisse. Il est aussi chargé de cours à l’Institut de démographie et socioéconomie de l’Université de Genève. Il a effectué sa thèse de doctorat en 2014 sur les inégalités face à la mort entre les populations suisse et étrangères.

Précédent

Titre: Pourquoi les migrants vivent-ils plus longtemps ?