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Éducation plurilingue et pratiques langagières

Hommage à Christine Hélot

de Jürgen Erfurt (Éditeur de volume) Anna Weirich (Éditeur de volume) Eloise Caporal-Ebersold (Éditeur de volume)
Collections 316 Pages

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Table des matières
  • Part I: Introduction
  • De l’éducation bi-/plurilingue pour tous au ‘répertoire langagier’ et ‘translanguaging’ et vice versa. En hommage à Christine Hélot (Jürgen Erfurt / Anna Weirich / Eloise Carporal-Ebersold)
  • Part II: Approches théoriques et méthodologiques
  • Translanguaging, Pedagogy and Creativity (Ofelia García)
  • Plurilinguisme et créativité (Hugo Baetens Beardsmore)
  • Faire face aux discriminations dans les enquêtes sociolinguistiques (Marie Leroy / Anna Weirich)
  • Les universités comme espaces de communication interculturels et multilingues : pourquoi le discours sur l’internationalisation devrait être plus fortement imbriqué avec le thème du multilinguisme (Adelheid Hu)
  • Part III: Pluralité linguistique et pratiques langagières
  • Un bilinguisme LSF/français écrit pour les enfants sourds (Régine Delamotte)
  • Des langues de France à l’éducation plurilingue. Un parcours logique et pourtant parsemé d’embûches (Georg Kremnitz)
  • Un enseignement bilingue (français/langue régionale) en Alsace. Pour quelle société ? (Dominique Huck)
  • Part IV: Enjeux glottopolitiques de l’éducation bi-/plurilingue
  • Du bi au pluri en repassant par le mono. Des paradoxales involutions de la politique linguistique éducative au Val d’Aoste (Marisa Cavalli)
  • Interest convergence and divergence in Luxembourgish language-in-education policy (Kristine Horner / Jean-Jacques Weber)
  • L’accueil des élèves migrants à l’école française. Représentations et stratégies des enseignants en France métropolitaine et en Outre-mer (Tímea Kádas Pickel / Pascale Prax-Dubois)
  • De la conjonction linguistique en Catalogne à l’enseignement intégré en Andalousie : regards sur l’enseignement bilingue dans le contexte espagnol (Juan Jiménez-Salcedo)
  • Part V: Approches didactiques au bi-plurilinguisme
  • Séparation et alternance des langues dans le modèle d’immersion réciproque : une mise en regard du principe one person/one language et de l’enseignement en tandem (Valérie Fialais / Reseda Streb)
  • ‘Alterner’ les langues, ‘translangager’ dans l’enseignement bilingue ? Une question sociodidactique à partir du corse, langue polynomique (Claude Cortier / Alain Di Meglio)
  • Part VI: Postface
  • Quelques observations sur l’extension du domaine de l’enseignement bilingue (Daniel Coste)
  • Index des mots clefs
  • Les auteur-e-s
  • Titres de la collection

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Part I

Introduction

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Jürgen Erfurt, Anna Weirich et Eloise Carporal-Ebersold

De l’éducation bi-/plurilingue pour tous au ‘répertoire langagier’ et ‘translanguaging’ et vice versa. En hommage à Christine Hélot

1 Le dessein de l’ouvrage

Cet ouvrage présente un choix de travaux de recherche dans les domaines du plurilinguisme et de l’éducation plurilingue. Il fait écho aux interventions du colloque international « L’éducation bi-/plurilingue pour tous : Enjeux politiques, sociaux et éducatifs » qui a eu lieu les 9 et 10 décembre 2016 à l’Université de Strasbourg/Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPE) d’Alsace. A travers ce colloque international, organisé par deux groupes de recherche des universités de Strasbourg et de Francfort-sur-le-Main sous la direction de Christine Hélot et Jürgen Erfurt, trois objectifs correspondant à trois accomplissements étaient visés : l’achèvement d’un projet de recherche destiné à soutenir de jeunes chercheur-e-s dans le domaine du plurilinguisme ; la parution d’un ouvrage sur l’éducation bilingue en France ainsi que l’aboutissement d’une carrière universitaire. Nous souhaiterions, tout d’abord, revenir sur ces trois objectifs, avant de nous tourner vers les contributions rassemblées dans cet ouvrage.

Le colloque international de Strasbourg a marqué le point final d’une riche collaboration entre collègues, enseignant-e-s, chercheur-e-s de trois universités européennes – Strasbourg, Francfort-sur-le-Main et Luxembourg – collaboration financée par l’Université franco-allemande et nos trois universités. En effet, depuis 2012, l’Université franco-allemande a soutenu le projet « Regards croisés sur l’éducation bi-/plurilingue / Perspektiven mehrsprachiger Erziehung », et quatre journées d’études tri-nationales ont eu lieu au sein de nos trois institutions. Ces journées d’études avaient pour objectifs d’aider de jeunes chercheur-e-s à partager leurs travaux sur les thématiques ayant trait au pluri-/multilinguisme, à la migration, à la transculturalité, aux politiques linguistiques dans des espaces éducatifs et sociétaux, et à créer un réseau international d’échanges et de collaboration. L’ouvrage Multilingualism and Mobility in Europe publié en 2014 à Francfort chez Peter Lang et dirigé par nos collègues Kristin Horner (Sheffield), Ingrid de Saint Georges et Jean-Jacques Weber (Luxembourg) (Horner/Saint-Georges/Weber, éds. 2014) rend compte, non seulement de la première étape du projet, mais également de la qualité des recherches menées par les doctorant-e-s ← 11 | 12 → et de l’intérêt d’envisager nos séminaires de recherche au-delà des frontières politiques et disciplinaires.

Le projet «Regards croisés sur l’éducation bi-/plurilingue / Perspektiven mehrsprachiger Erziehung » s’est conclu par le colloque international de décembre 2016 où une place importante était accordée aux jeunes chercheur-e-s, leur offrant l’opportunité de confronter leurs problématiques, méthodologies et analyses à celles de chercheur-e-s de renommée internationale.

A l’occasion du colloque international de Strasbourg, la parution de l’ouvrage L’éducation bilingue en France : Politiques linguistiques, modèles et pratiques, dirigé par Christine Hélot et Jürgen Erfurt (Éditions Lambert-Lucas 2016), a été célébrée, marquant ainsi un autre point final, celui d’une collaboration pluriannuelle d’un réseau de plus de 50 chercheur-e-s de huit pays.

L’idée à l’origine de ce projet éditorial est née au cours du semestre d’été 2012, lorsque Christine Hélot a accepté un poste de professeure invitée à l’Institut de langues et littératures romanes de l’Université Goethe de Francfort et a participé au groupe de recherche « plurilinguisme et migration » ; c’est ainsi qu’a mûri le souhait d’établir une coopération entre les groupes de recherche de Strasbourg et de Francfort. De cette coopération émane aussi bien le projet susmentionné « Regards croisés sur l’éducation bi-/plurilingue / Perspektiven mehrsprachiger Erziehung » que la conception d’une publication sur l’éducation bilingue en France, ayant pour objectif de mettre en lumière les résultats de recherches portant sur différentes formes et situations d’apprentissage bilingue et des pratiques plurilingues en France, ainsi que de susciter de nouvelles recherches sur l’éducation plurilingue.

À cette époque, deux autres livres sur les rapports linguistiques en France ont vu le jour et ont inspiré la conception du livre sur l’éducation bilingue en France. D’une part, l’ouvrage pionnier sur le multilinguisme et la diversité linguistique en France, la volumineuse Histoire sociale des langues de France élaborée par une équipe de chercheur-e-s sous la direction de Georg Kremnitz (Presses universitaires de Rennes 2013). D’autre part, un volume qui a fait avancer, en la synthétisant de façon pointue, la réflexion sur le lien entre langues et éducation : le livre collectif Les langues au cœur de l’éducation. Principes, pratiques, propositions (E.M.E. & InterCommunication Bruxelles 2013), publié sous la direction de Daniel Coste, et rédigé par plusieurs membres de l’Association pour le développement de l’enseignement bi-/plurilingue (ADEB).1 ← 12 | 13 →

Revenons sur l’ouvrage L’éducation bilingue en France : Politiques linguistiques, modèles et pratiques (dorénavant EduBiF) qui soulève des questions telles que : Comment les locuteurs des langues de/en France deviennent bi-/plurilingues ? Quel est le contexte social, éducatif, linguistique dans lequel ces personnes apprennent et pratiquent les langues de la famille, de l’environnement et de l’État ? Quelle est la place d’une éducation bi-/plurilingue dans le contexte d’une politique éducative fortement assimilationniste qui a laissé, et qui laisse encore aujourd’hui, très peu de place aux langues des Français et des Françaises, aux langues dites régionales, ou, pour employer l’expression proposée par G. Kremnitz, les langues autochtones de France, en France métropolitaine comme dans ses départements et territoires d’Outre-mer ? Quelle est la situation de la langue des signes française par rapport à d’autres expériences vécues d’hétérogénéité linguistique ?

Donner une impulsion à de nouvelles recherches exige également d’élargir nos horizons et d’examiner la recherche internationale en ce qui concerne les concepts et les pratiques développés dans d’autres pays, qui ne peuvent que s’avérer enrichissants pour appréhender les rapports langagiers en France. Par conséquent, les éditeurs ont consacré une partie importante de cet ouvrage à l’exposition de nouveaux concepts et perspectives relatifs aux pratiques plurilingues dans l’éducation. Les idées clés ont été formulées de la façon suivante :

L’inégalité de traitement entre les langues et les locuteurs, reproduite par le système scolaire, ainsi que le problème de leur hiérarchisation, à savoir, l’exclusion ← 13 | 14 → de certaines langues du contexte scolaire et les tensions que cela entraîne, ont été mis en avant, à maintes reprises, et notamment dans le « manifeste » de l’ADEB de 2008 « Propositions pour une éducation au plurilinguisme en contexte scolaire » (Castellotti/Coste/Duverger 2008, 10 s.). La structure de l’ouvrage EduBiF reflète bien cette problématique, où ce sont avant tout les locuteurs qui se trouvent au cœur des questionnements des chercheur-e-s.

Lors du colloque international de Strasbourg, nous avons eu le plaisir de compter parmi les modératrices, les intervenant-e-s (ou des co-auteur-e-s) de nombreux auteur-e-s d’EduBiF : Catherine Adam, Mehmet-Ali Akinci, Britta Benert, Marisa Cavalli, Claude Cortier, Régine Delamotte, Pierre Escudé, Ofelia García, Isabelle Léglise, Alain di Meglio, Adelheid Hu, Dominique Huck, Georg Kremnitz, Diana-Lee Simon, Reseda Streb et Sylvie Wharton dont, pour la plupart, les travaux seront présentés dans le présent ouvrage.

Ce colloque a été l’occasion, non seulement, d’exposer les réflexions et les thèses du volume déjà publié, mais aussi d’approfondir différentes positions et approches ou encore de mettre en lumière des aspects, qui dans EduBiF, sont traités de façon périphérique, en les abordant sous d’autres perspectives. Citons deux exemples. Régine Delamotte a rédigé, dans la troisième partie d’EduBiF, le chapitre « La langue des signes française et l’éducation des sourds ». Dans ses travaux de recherche, de même que dans cette partie de l’ouvrage, le problème de l’apprentissage et de la pratique du français écrit par des personnes sourdes bi- ou trilingues n’a pu être évoqué que brièvement, ce qui renvoie aux lacunes de la recherche dans ce domaine. Cependant, la recherche en linguistique et didactique a, durant ces dernières années, intensifié son intérêt pour les questions de l’oralité et de la littératie, auxquelles Régine Delamotte se réfère dans le présent volume, représentant ainsi de manière plus précise la spécificité du bilinguisme sourd et du passage d’un gestuel/oral en LSF à un écrit en français. ← 14 | 15 → La contribution de Reseda Streb « L’immersion réciproque : enjeux pédagogique et linguistique », situé dans la sixième partie d’EduBiF constitue un deuxième exemple. Dans le présent ouvrage, en collaboration avec Valérie Fialais, doctorante en cotutelle à Strasbourg et Francfort, Streb/Fialais abordent à nouveau le thème de l’immersion réciproque. La particularité de ce travail en commun réside dans le fait que les deux auteures mettent en parallèle leurs études sur l’immersion réciproque à Francfort/M. pour l’allemand et l’italien et à New York pour l’anglais et le français. Ainsi, elles parviennent à dégager avec précision des éléments centraux de l’immersion réciproque, comme l’enseignement en tandem ou la dimension de la langue écrite dans l’enseignement bilingue. Cet exemple illustre aussi comment nos groupes de chercheur-e-s ont rendu possible une coopération fructueuse et comment les résultats des études qui ont caractérisé le programme du colloque, transparaissent ici.

Les réflexions de Daniel Coste, qui closent ce volume, présentent un tour d’horizon des travaux d’expression francophone depuis les années 1990. L’auteur souligne ici la singularité de la littérature francophone dans le domaine, l’attribuant, notamment, à un manque d’échange entre chercheur-e-s francophones et anglophones. Rendre compte de ces frontières linguistiques au sein de notre domaine nous aide à mieux comprendre l’apport de Christine Hélot à la recherche et la formation de ses doctorant-e-s et des enseignant-e-s. C’est parce qu’elle a choisi de traverser les frontières nationales et disciplinaires qu’elle a pu partager son excellente connaissance des domaines francophones ET anglophones de la recherche portant sur l’éducation bi-/plurilingue.

2 Regards sur l’œuvre scientifique de Christine Hélot

Ce colloque international a permis de rendre hommage aux travaux qui ont jalonné la carrière de Christine Hélot. A l’automne 2016, elle met fin à sa carrière de professeure de langue et littérature anglaises et anglo-américaines à l’Ecole supérieure du professorat et de l’éduction (ESPE) de l’Université de Strasbourg après avoir été nommée professeure émérite. La biographie de Christine Hélot, comme de nombreuses biographies de chercheur-e-s par ailleurs, fait apparaître des constantes, des ruptures, des tournants et de nouveaux départs. Si nous tentons de passer en revue le cours de sa carrière, notre évocation restera fragmentaire car nous n’avons pas la prétention de rendre compte de toutes ses activités de façon exhaustive. Nous débuterons par ce que nous considérons être une constante dans la biographie de Christine Hélot. Depuis son premier séjour aux États-Unis en tant que lycéenne, en passant par sa maîtrise en linguistique appliquée dans le domaine de l’anglais et son diplôme CREDIF de français ← 15 | 16 → langue étrangère, obtenue en 1972 à l’Université Paris 8, jusqu’à sa nomination tout d’abord, au poste de maître de conférences, en 1991, puis en 2007 à celui de professeure d’anglais à l’Université de Strasbourg, c’est son intérêt constant non seulement pour l’anglais mais pour l’anglais dans ses rapports aux autres langues, pour la linguistique et la didactique des langues qui semble jalonner son parcours. De la même façon, la recherche et l’enseignement dans le domaine du plurilinguisme chez les enfants, notamment dans la petite enfance et au sein de la famille, ainsi que le plurilinguisme en contexte scolaire, constituent des thématiques récurrentes dans son parcours académique. Ces lignes directrices vont se croiser et se rejoindre tant au niveau professionnel que privé, en Irlande à l’université nationale d’Irlande (Saint Patrick’s College, Maynooth), où Christine Hélot a œuvré de 1974 à 1991 en tant que lecturer et directrice du centre de langues. En Irlande, tant son université que Trinity College où à Dublin où elle a rédigé sa thèse de doctorat ont joué un rôle très important pour l’enseignante chercheure qu’elle est devenue : elle y a appris la bienveillance envers les étudiants et l’importance cruciale de la recherche ouverte sur le monde anglophone dans toute sa diversité. Elle y a aussi découvert la sociolinguistique grâce à un institut de recherche en linguistique à Dublin, où travaillaient de grands linguistes sur la langue irlandaise et sa revitalisation. Et puis tout en dirigeant le centre de langues de l’université elle a oeuvré aussi pour la langue gaélique en faisant enregistrer des locuteurs de gaélique de diverses régions d’Irlande pour soutenir l’enseignement de cette langue dans toutes ses variétés.

Durant cette période, elle met au monde trois enfants qui parleront anglais avec leur père et français avec leur mère. Même si elle n’a pas fait de la pratique langagière de ses enfants un objet de recherche, comme de nombreux linguistes l’ont fait durant le XXième siècle, par exemple, Clara et William Stern, Jules Ronjat ou encore Michael Tomasello, cette situation familiale plurilingue lui servira de cadre d’observation et d’expérience qui s’avèreront utiles pour ses recherches futures sur le bilinguisme dans des familles linguistiquement mixtes. Sociolinguiste engagée, dans sa thèse elle focalise son attention sur les milieux sociaux, la répartition des langues au sein de 31 familles et les conditions d’apprentissage de deux ou trois langues par des enfants dublinois. Elle soumet à l’analyse, non seulement le principe de Ronjat « une personne une langue », mais également les rapports sociaux et langagiers dans lesquels les familles appliquent ce principe (ou pas). Elle soutient sa thèse, dirigée par David Singleton au Trinity College de Dublin, en 1988 à l’âge de 40 ans, possédant déjà une riche expérience de responsabilités scientifiques, professionnelles et de migrations. Toutes ces étapes se sont avérées bénéfiques pour l’ensemble de sa carrière académique. Aujourd’hui, ← 16 | 17 → compte tenu de l’uniformisation des études doctorales et de la forte pression que subissent les doctorant-e-s, son exemple inspire non seulement les jeunes étudiants qui s’intéressent à la recherche mais surtout les personnes déjà engagées dans le monde professionnel qui désirent s’orienter vers la recherche.

En 1991, Christine Hélot revient en France avec ses enfants et obtient un poste de maître de conférences en anglistique à l’Université de Strasbourg. Quel choc pour elle de réintégrer l’université française avec l’importance primordiale accordée aux concours au dépend de la recherche. C’est une des raisons qui lui a fait choisir de s’engager dans la formation des enseignant-e-s du primaire où il était possible d’investir l’école comme terrain de recherche tout en travaillant avec les enseignants à œuvrer pour une école plus hospitalière, plus ouverte aux différentes cultures et donc aux langues en général, mais surtout aux pratiques langagières plurielles des enfants (Hélot/Rubio 2013). Un autre choc en arrivant en France fut celui de découvrir le mépris pour les Sciences de l’éducation par ses collègues anglicistes et autres à l’université ; alors qu’on l’encourageait à rejoindre au plus vite l’université, elle fit le choix de rester en tant qu’universitaire à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) devenu ensuite ESPE. Or ce choix ne l’empêcha nullement d’avancer d’avancer dans sa carrière, de publier, de communiquer dans des colloques, bien au contraire.

Daniel Coste, dans sa contribution en fin de ce volume, aborde « les spécificités françaises » en matière de plurilinguisme que Christine Hélot peut, de par sa biographie, corroborer grâce à de multiples anecdotes. À une époque où ce sujet n’intéressait pratiquement personne au sein de la sphère éducative et était surtout perçu comme une menace pour le français et l’habitus monolingue de l’école, Christine Hélot n’a pas hésité à mener des combats au sein du monde universitaire français et à l’intérieur de sa propre institution, l’IUFM : elle milita pour une meilleure formation des enseignants aux questions de migration, multilinguisme et valorisation des langues minorées par l’école. Et ceci, tout en conciliant ses obligations familiales avec ses engagements universitaires – qui, tout-e universitaire le sait, obligent souvent à travailler le soir et les weekends.

De retour en France après 17 années passées en Irlande, nul doute que sa propre expérience de mobilité et de migration a nourri ses engagements en faveur des enfants, des migrant-e-s, des enseignant-e-s. En 2005 elle obtient l’habilitation à diriger des recherches avec son travail intitulé « Du bilinguisme en famille au plurilinguisme à l’école » publié en 2007 chez L’Harmattan (Hélot 2007), ouvrage qui continue d’être lu et considéré comme une œuvre de référence. Dans le chapitre 5 de ce livre, elle expose ses recherches menées en collaboration avec sa collègue Andrea Young au sein de l’école de Didenheim, près de Mulhouse, de ← 17 | 18 → 2000 à 2004. Dans ce projet, il s’agissait de lutter contre des incidents de racisme dans l’école, d’ouvrir les élèves aux langues et aux cultures de leur famille, et de soutenir les parents dans leur transmission de leur héritage culturel (Hélot 2012 ; Hélot/Benert/Ehrhardt/Young 2008). Le documentaire « Raconte-moi ta langue » réalisé par Mariette Feltin (2008) sur ce projet et la collaboration de Christine Hélot avec les enseignant-e-s et les élèves, illustre parfaitement ses approches méthodologiques : travailler avec les enseignants dans leurs classes sans les juger, observer les pratiques innovantes et les analyser pour ensuite les donner en exemple (mais pas en modèle) aux enseignants en formation initiale, lutter contre le bi-/plurilinguisme ignoré des enfants issus de l’immigration. De plus, grâce à ce projet, ses recherches prennent une tournure nouvelle, ce qui influencera fortement son travail par la suite.

En effet, elle abordera par la suite la problématique de la formation des enseignants aux questions de plus en plus complexes de l’hétérogénéité langagière et culturelle dans les classes. Elle donne ainsi à voir le sens du concept anglais de « empowerment », sous différentes facettes dans des publications de 2010 et 2011 (voir Ehrhardt/Hélot/Le Nevez 2010 ; de Mejía/Hélot 2011, Hélot/Ó Laoire 2011). Ce concept a également été mis en pratique sous la forme de recherche participative ainsi que dans l’encadrement de thèses de doctorat par des enseignantes en poste dans diverses écoles. Dans les trois ouvrages susmentionnés, puis d’autres parus depuis 2006 (voir Hélot/Hoffmann/Scheidhauer/Young 2006), apparaissent deux aspects de sa conception de la recherche : d’une part, la collaboration étroite avec des collègues du même domaine et d’autre part, le bénéfice d’un vaste réseau universitaire autour du globe, comme le démontre ses publications mais aussi sa participation à de nombreuses conférences dans le monde entier ; notamment en 2017 elle donne une conférence plénière lors du colloque « Language, the Sustainable Development Goals, and Vulnerable Populations » organisé par le Study Group on Language de l’organisation des Nations Unies à New York. Elle participe ainsi aux débats scientifiques et aux discussions ayant trait à la politique linguistique, en se référant à des expériences concrètes locales et à l’étranger portant sur la gestion du plurilinguisme dans des situations d’enseignement. Elle dégage ces concepts théoriques et les rend accessibles à un large public et contribue ainsi, à une meilleure connaissance des dynamiques culturelles, linguistiques et politico-linguistiques, bien au-delà des discours linguistiques universitaires.

Lorsque l’on parle de Christine Hélot, il ne faut surtout pas oublier de mentionner la littérature de jeunesse. Dans plusieurs études (entre autres Hélot 2011, Benert/Hélot 2010, Hélot/Sneddon/Daly 2014) elle montre le potentiel didactique ← 18 | 19 → d’un travail avec la littérature de jeunesse, dans des classes linguistiquement hétérogènes. Les livres qui reviennent souvent sont ceux de son auteur favori, l’artiste alsacien polyvalent et polyglotte, Tomi Ungerer. Elle-même est l’auteure de livres pour enfants : « Sophie et ses langues » (2013), « Ma grand-mère est complètement gaga » (2014), « The most awesome present in the world » (2016) ou « The traveling Marimba » (2015), livre bilingue anglais-espagnol en collaboration avec Patricia Velasco.

Après l’obtention de son habilitation à diriger des recherches (HDR) en 2005, Christine Hélot intensifie ses activités de soutien aux jeunes chercheur-e-s ; la collaboration entre les universités de Strasbourg et de Francfort en est un exemple, ainsi que les nombreux projets de thèse qu’elle encadre. Lors des séminaires de recherche qu’elle organise, elle ne manque pas d’inviter des collègues de renom, ce qui favorise profondément le contact immédiat entre les participants et aide les jeunes chercheurs à mettre leurs travaux en perspective avec ceux des chercheur-e-s qu’ils/elles citent.

« Madame Hélot » ou « Dr. Hélot », comme s’adressent à elle ses doctorantes, est connue pour sa générosité intellectuelle : elle n’hésite pas à partager ses contacts dans le monde avec ses étudiantes et à les encourager à s’ouvrir à d’autres horizons scientifiques. Cet investissement pour les jeunes chercheur-e-s se manifeste, entre autres, dans les maintes activités qu’elle a organisées pour et avec ses étudiant-e-s, tels que les séminaires doctoraux et les conférences des chercheur-e-s invité-e-s. Une des trois auteur-e-s de cette introduction ayant Christine Hélot comme directeure de thèse, affirme ainsi :

Les remerciements formulés par d’autres étudiantes dans leur thèse complètent cette image :

Résumé

Le volume se compose de quatre parties: approches théoriques et méthodologiques; pluralité linguistique et pratiques langagières; enjeux glottopolitiques de l’éducation bi-/plurilingue; approches didactiques du bi-/plurilinguisme.

Notes biographiques

Jürgen Erfurt (Éditeur de volume) Anna Weirich (Éditeur de volume) Eloise Caporal-Ebersold (Éditeur de volume)

Jürgen Erfurt est professeur à l’Université Goethe de Francfort-sur-le-Main et titulaire de la chaire de linguistique romane. Anna Weirich y occupe un poste en tant que chercheure-enseignante. Eloise Caporal-Ebersold est doctorante et travaille comme ATER à l’Université de Strasbourg.

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Titre: Éducation plurilingue et pratiques langagières