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L'influence (in)visible

Les partis populistes de droite radicale et la fabrique de politiques publiques en démocratie

de Benjamin Biard (Auteur)
Thèses 356 Pages
Series: Action publique / Public Action, Volume 19

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Table des matières
  • INTRODUCTION
  • 1. Comprendre l’influence exercée par les partis populistes de droite radicale d’Europe occidentale sur la fabrique des politiques publiques
  • 2. Design de recherche
  • 3. Organisation et structure de l’ouvrage
  • PARTIE I : L’influence des partis populistes de droite radicale sur la fabrique des politiques publiques : apports de la littérature
  • Chapitre 1 Les partis populistes de droite radicale
  • 1. Le populisme : un concept aux multiples usages
  • 2. Ce dont le populisme est le nom
  • 2.1. Culte et défense du peuple
  • 2.2. Critique d’une élite
  • 2.3. Un leader charismatique
  • 2.4. Exaltation des « valeurs démocratiques » dans les discours
  • 2.5. Un dénominateur commun du populisme
  • 3. Le populisme comme idéaltype
  • 4. Le populisme de droite radicale : une famille de partis
  • 5. Les partis traditionnels face aux partis populistes de droite radicale : des stratégies d’engagement et des stratégies de désengagement
  • 6. L’influence des partis populistes de droite radicale sur les politiques publiques
  • Chapitre 2 Les partis politiques au cœur du processus de fabrique des politiques publiques
  • 1. La notion de fabrique des politiques publiques
  • 2. Les partis politiques parmi une multitude d’acteurs intervenant dans le processus de fabrique des politiques publiques
  • 2.1. Une diversité d’acteurs intervenant dans le processus
  • 2.2. Les partis politiques dans le processus de fabrique des politiques publiques
  • 3. À l’origine du processus de fabrique des politiques publiques : un problème public
  • 4. La décision
  • 4.1. La formulation de solutions
  • 4.2. La prise de décision
  • Chapitre 3 L’influence politique
  • 1. Influence : caractéristiques définitionnelles
  • 2. Estimer l’influence des partis populistes de droite radicale par le prisme de leurs promesses électorales
  • 3. L’influence sur la fabrique des politiques publiques
  • 3.1. Exercice de l’influence
  • 3.2. Typologie de l’influence
  • PARTIE II : Méthode d’estimation de l’influence et sélection des cas
  • Chapitre 4 Estimer une influence politique : méthodes et techniques
  • 1. Le process-tracing : définition et mise en œuvre de la méthode
  • 2. Collecte des données
  • 2.1. Recherche d’archives documentaires
  • 2.2. Recherche dans des mémoires et monographies rédigés par des acteurs clés
  • 2.3. Entretiens semi-structurés avec les acteurs clés
  • 2.4. Entretiens semi-structurés avec des chercheurs
  • 2.5. Observations directes
  • 3. Analyse thématique des données
  • 4. Les promesses électorales comme unités d’analyse
  • 4.1 La sécurité intérieure : un secteur de politique publique central pour les partis populistes de droite radicale
  • 4.2 La sélection des promesses électorales selon un double critère de fermeté et de testabilité
  • Chapitre 5 L’Union démocratique du centre, le Front national et le Vlaams Belang comme cas de partis populistes de droite radicale
  • 1. L’Union démocratique du centre
  • 1.1. Le système politique helvétique
  • 1.2. L’UDC : entre participation gouvernementale et protestation
  • 5. Le Front national
  • 5.1. Le système politique français
  • 5.2. Le FN : un parti en quête du pouvoir institutionnel
  • 6. Le Vlaams Belang
  • 6.1. Le système politique belge
  • 6.2. Le VB : face à un cordon sanitaire
  • PARTIE III : Analyses et résultats
  • Chapitre 6 L’influence de l’Union démocratique du centre (UDC)
  • 1. Étude de la trajectoire des promesses électorales de l’Union démocratique du centre
  • 1.1. Droit des sanctions
  • 1.2. Délinquance sexuelle
  • 1.3. Délinquance juvénile
  • 1.4. Criminalité commise par des étrangers
  • 1.5. Fonctionnement de la justice
  • 1.6. Prévention
  • 2. Qualifier l’influence de l’Union démocratique du centre sur la fabrique des politiques publiques
  • 2.1. L’influence de l’Union démocratique du centre : typologie
  • 2.2. Théorisation de l’influence de l’Union démocratique du centre : quel mode opératoire ?
  • 2.2.1. La voie parlementaire
  • 2.2.2. Les outils de démocratie directe
  • 2.2.3. Un style de communication atypique
  • 2.2.4. Synthèse
  • 2.2.5. Freins à l’influence de l’Union démocratique du centre
  • 3. Conclusion : l’UDC, un parti influent
  • Chapitre 7 L’influence du Front national (FN)
  • 1. Étude de la trajectoire des promesses électorales du Front national
  • 1.1. Droit des sanctions
  • 1.2. Délinquance juvénile
  • 1.3. Criminalité commise par des étrangers
  • 1.4. Peine de mort
  • 1.5. Fonction publique
  • 1.6. Lutte anti-drogue
  • 2. Qualifier l’influence du FN sur la fabrique des politiques publiques
  • 2.1. L’influence du Front national : typologie
  • 2.2. Théorisation de l’influence du Front national : quel mode opératoire ?
  • 2.2.1. La voie parlementaire
  • 2.2.2. Un style de communication atypique
  • 2.2.3. Synthèse
  • 2.2.4. Freins à l’influence du Front national
  • 3. Conclusion : le Front national, un parti à l’influence limitée
  • Chapitre 8 L’influence du Vlaams Belang (VB)
  • 1. Étude de la trajectoire des promesses électorales du VB
  • 1.1. Droit des sanctions
  • 1.2. Droit des victimes
  • 1.3. Délinquance sexuelle
  • 1.4. Délinquance juvénile
  • 1.5. Criminalité commise par des étrangers
  • 1.6. Lutte anti-drogue
  • 1.7. Scission de la Justice
  • 1.8. Justice accélérée
  • 1.9. Grâce royale
  • 2. Qualifier l’influence du VB sur la fabrique des politiques publiques
  • 2.1. L’influence du Vlaams Belang : typologie
  • 2.2. Théorisation de l’influence du Vlaams Belang : quel mode opératoire ?
  • 2.2.1. La voie parlementaire
  • 2.2.2. Un style de communication atypique
  • 2.2.3. Synthèse
  • 2.2.4. Freins à l’influence du Vlaams Belang
  • 3. Conclusion : Le VB, un parti à l’influence fortement limitée
  • PARTIE IV : L’influence des partis populistes de droite radicale dans une perspective comparée
  • Chapitre 9 Étude de l’influence dans une perspective comparée
  • 1. Les partis populistes de droite radicale aux rapports éloignés avec les partis traditionnels et avec le pouvoir : des partis aux promesses électorales peu développées
  • 2. Les partis populistes de droite radicale : une influence non systématique, qui s’exerce au regard de certains dossiers spécifiques et en amont du processus de fabrique des politiques publiques
  • 3. L’influence de l’UDC vs l’influence du VB et du FN : des différences en termes d’autonomie partisane, de modes opératoires et de temps
  • 4. Comment les partis populistes de droite radicale exercent-ils une influence sur la fabrique des politiques publiques ?
  • 5. Des freins à l’influence des partis populistes de droite radicale
  • 6. Conclusion : des propositions relatives à l’influence des partis populistes de droite radicale sur la fabrique des politiques publiques
  • Chapitre 10 Discussion des résultats
  • 1. Les partis populistes de droite radicale : des partis influents
  • 2. Une influence qui s’exerce en amont du processus de fabrique des politiques publiques
  • 3. L’adoption de stratégies de désengagement par les partis traditionnels à l’égard des partis populistes de droite radicale : un impact en termes électoraux mais aussi en termes de politiques publiques
  • 4. Les partis populistes de droite radicale face à la difficulté de traduire leurs promesses électorales en décisions
  • 5. Des stratégies de contournement aux limites de la voie parlementaire
  • 5.1. Les outils de démocratie directe au service des partis populistes de droite radicale
  • 5.2. Une influence à travers les citoyens : mutation d’un modèle de représentation
  • 6. Deux grands types de freins à l’influence des partis populistes de droite radicale
  • 7. Les partis populistes de droite radicale : un danger pour la démocratie libérale ?
  • 8. Conclusion : un triple apport à la littérature
  • CONCLUSION
  • Références bibliographiques
  • Annexes – Liste des entretiens effectués
  • Annexe 1: – Liste des entretiens effectués pour l’analyse du cas helvétique (par ordre chronologique)
  • Annexe 2: – Liste des entretiens effectués pour l’analyse du cas français (par ordre chronologique)
  • Annexe 3: – Liste des entretiens effectués pour l’analyse du cas belge (par ordre chronologique)
  • Titres de la collection

INTRODUCTION

Un pan substantiel de la littérature sur le populisme de droite radicale a cherché à identifier les facteurs qui ont conduit à l’émergence des partis populistes de droite radicale. L’attention s’est toutefois beaucoup moins portée sur les conséquences de leur force politique en termes de politiques publiques. (Han, 2015 : 571 – trad.)

1. Comprendre l’influence exercée par les partis populistes de droite radicale d’Europe occidentale sur la fabrique des politiques publiques

Quelle influence les partis populistes de droite radicale d’Europe occidentale exercent-ils sur la fabrique des politiques publiques ? Cette question de recherche adresse un phénomène qui est au cœur de l’actualité depuis au moins deux décennies (Biard, 2019a ; Biard, 2019b). Les partis populistes de droite radicale se sont enracinés en Europe principalement dans les années 1980 et ont réussi à bénéficier d’un soutien électoral fort et, parfois, à atteindre et exercer le pouvoir. Cela a été ou est encore le cas en Italie, en Autriche, en Suisse, en Pologne ou encore en Bulgarie. Aux Pays-Bas ou au Danemark, des partis populistes ont par ailleurs soutenu des gouvernements minoritaires ces dernières années. Parallèlement au développement des forces populistes de droite radicale, les inquiétudes face à cette tendance généralisée en Europe (à quelques exceptions près, comme au Portugal ou en Irlande) sont vives et s’expriment à travers des sondages d’opinion, le monde associatif et la presse (Rovira Kaltwasser, 2017). Le nombre d’articles de presse portant sur le populisme est non seulement croissant (Rooduijn, 2019), mais traduit aussi cette inquiétude, notamment en pointant les risques que l’élection de candidats populistes peut faire courir à la démocratie (Aalberg et al., 2017).

En conséquence de cette tension qui caractérise le paysage politique européen, la recherche en science politique s’est pleinement saisie du ←17 | 18→phénomène populiste de droite radicale dès les années 1950 puis, surtout, à partir des années 1980. Le nombre de publications portant sur cet objet d’étude s’est accru considérablement depuis lors (pour une synthèse, cf. Rovira Kaltwasser et al., 2017). La littérature a tenté d’appréhender le phénomène à travers des angles variés et des approches distinctes. Elle traite tout d’abord de l’électorat des partis populistes de droite radicale (e.g. Norris, 2005 ; Akkerman et al., 2017 ; Kochuyt & Abts, 2017), en suggérant notamment que les hommes, les personnes peu diplômées, les ouvriers et les employés ont davantage tendance à voter pour les formations populistes de droite radicale (Dézé, 2016). Les discours populistes de droite radicale ont aussi été analysés, indiquant qu’ils se distinguent d’autres formations politiques par un double processus de mise en scandale et de dramatisation de faits divers (Wodak, 2015). Puisqu’il s’agit d’un phénomène qui n’est pas nouveau, le développement du populisme de droite radicale à travers le temps a aussi été au centre de nombreuses recherches, par exemple à travers des études descriptives portant sur des cas spécifiques comme celui du FN (e.g. Igounet, 2014) ou de l’UDC (e.g. Mazzoleni, 2008). Ces études ont permis de faire émerger différentes phases dans l’évolution des partis populistes de droite radicale, allant de la difficulté à s’enraciner jusqu’à leur légitimation et à leur accession au pouvoir (Widfelt, 2010).

La recherche a aussi porté son attention sur la place occupée par les leaders au sein de ces formations populistes : alors que la présence d’un leader charismatique se révèle cruciale pour comprendre leur développement (Moffitt, 2016), les formations populistes peuvent se distinguer sensiblement selon la place occupée par le leader au sein de son organisation. Aux Pays-Bas, Geert Wilders est par exemple le seul membre de son parti, le PVV (Vossen, 2013). Une autre grande orientation prise dans l’étude du populisme est celle visant à mettre en évidence les facteurs expliquant leur développement. Kriesi et Pappas (2015) ont ainsi relevé que ce que d’aucuns qualifient de crise de la démocratie représentative couplé à une crise économique contribue à renforcer considérablement les performances électorales des formations populistes.

Malgré ces études analysant le populisme à travers des angles variés, l’influence exercée par les partis populistes de droite radicale sur la fabrique des politiques publiques demeure peu investiguée empiriquement. Ce constat a été largement posé dans la littérature depuis de nombreuses années (e.g. Mudde, 2007 ; Han, 2015 ; Van Ostaijen & Scholten, 2014) et mérite que la science politique s’y attarde davantage pour cinq ←18 | 19→raisons principales. Tout d’abord, les partis populistes de droite radicale réalisent des performances électorales significatives dans la plupart des États européens (Aalberg et al., 2017). Il s’agit donc de décoder un phénomène d’actualité. Par ailleurs, ce décodage interroge aussi comment ces partis caractérisés par leur positionnement anti-système – c’est-à-dire en opposition aux institutions publiques et aux acteurs traditionnels qui les composent – se comportent lorsqu’ils se retrouvent confrontés à ce système, lorsqu’ils entrent en interaction avec lui. Au-delà de leurs performances électorales, ces partis parviennent de plus en plus à accéder au pouvoir, que ce soit au parlement et/ou au gouvernement (Widfeldt, 2010 ; Reynié, 2013). En conséquence, questionner leur influence sur la fabrique des politiques publiques permet d’étudier dans quelle mesure ces partis « comptent » dans le paysage partisan européen. Par ailleurs, nombreux sont les citoyens mais aussi les chercheurs qui considèrent que les partis populistes de droite radicale constituent une menace pour l’état des démocraties libérales (e.g. Urbinati, 2014 ; Rummens, 2017). Les premiers peuvent soit craindre passivement les partis populistes de droite radicale, soit organiser des actions visant à lutter contre leur développement, par exemple à travers des évènements culturels ou des campagnes de sensibilisation (Rovira Kaltwasser, 2017). Les deuxièmes suggèrent, sur la base d’études de cas reposant sur une base empirique, que l’équilibre des pouvoirs ainsi que les droits des minorités sont mis en danger par ces forces politiques (Albertazzi & Mueller, 2013). Enfin, les partis traditionnels tendent à adopter des mesures à l’encontre des partis populistes de droite radicale afin d’impacter négativement leurs performances électorales ou la propagation de leurs idées (e.g. Capoccia, 2005 ; Isacharoff, 2007 ; Bourne, 2015). C’est par exemple le cas du cordon sanitaire, qui est un accord entre partis traditionnels afin de rejeter toute alliance avec un parti populiste de droite radicale (Pauwels, 2011). En conséquence, étudier l’influence spécifique des partis populistes de droite radicale permet de mieux comprendre la place de ces partis dans le paysage partisan européen mais aussi les stratégies qu’ils développent pour contourner ces mesures et parvenir à exercer une influence. L’enjeu de cet ouvrage est donc scientifique mais aussi sociétal puisqu’il traite d’un enjeu démocratique majeur au XXIe siècle.

Le présent ouvrage propose donc de répondre à la question suivante : quelle influence les partis populistes de droite radicale d’Europe occidentale exercent-ils sur la fabrique des politiques publiques ? Cette question comporte elle-même deux sous-questions :

Contribuant à la littérature sur le « do parties matter? », cette recherche vise à enrichir la littérature sur les partis populistes de droite radicale. Néanmoins, de par la question posée mais aussi l’approche adoptée, elle contribue aussi à la littérature sur l’influence des politiques publiques, les promesses électorales et la démocratie.

2. Design de recherche

Plusieurs approches permettent d’étudier l’influence de partis politiques. La littérature sur le « do parties matter? » distingue ainsi (a) une approche qui consiste à étudier l’effet induit par des changements de gouvernement sur les politiques publiques, (b) une approche qui étudie la correspondance entre les enjeux présents dans les programmes électoraux et l’agenda des politiques publiques, et (c) une approche basée sur la trajectoire des promesses électorales formulées par ces partis (Schmidt, 1996 ; Guinaudeau & Persico, 2018). Se focalisant sur différentes dimensions de l’influence, ces approches contribuent toutes à mieux appréhender l’influence partisane. Alors que ce sont les deux premières approches qui ont été utilisées jusqu’à présent afin d’étudier l’influence des partis populistes de droite radicale (e.g. Bouillaud, 2007 ; Akkerman & de Lange, 2012), c’est à l’approche par la trajectoire des promesses électorales que cette recherche recourt, en particulier parce qu’elle permet de mieux cerner les processus par lesquels l’influence s’exerce, en ouvrant la boite noire de la fabrique des politiques publiques.

Afin de retracer la trajectoire des promesses électorales –c’est-à-dire d’évaluer jusqu’à quel point les promesses formulées par des partis populistes de droite radicale se développent et par l’intermédiaire de quels acteurs – et donc d’évaluer l’influence des partis populistes de droite radicale sur la fabrique des politiques publiques, une méthode qualitative est mobilisée : le process-tracing. Cette méthode aide à mettre au jour des liens de causalité en ouvrant la boite noire de la fabrique des politiques publiques (Hampshire & Bale, 2015) et en retraçant les séquences qui la composent à l’aide de données qui acquièrent le statut d’empreintes empiriques (Beach & Pedersen, 2016 : 160). Une fois les mécanismes causaux ←20 | 21→reconstruits, il devient possible d’évaluer l’influence des partis populistes de droite radicale en repérant leurs interventions et les conséquences de ces interventions au sein des mécanismes.

Les données nécessaires à l’analyse sont de plusieurs types. Cette multiplication des types de données permet d’obtenir le plus grand nombre de données informant les processus à reconstruire mais aussi de les confronter afin d’éviter tant que faire se peut les biais qui peuvent se poser lors de la collecte des données. Ainsi, 107 entretiens avec des acteurs clés et 12 entretiens avec des chercheurs ont été conduits, des archives (parmi lesquelles des documents parlementaires), mémoires et biographies d’acteurs clés ont été rassemblées et des observations directes ont été réalisées.

Afin d’étudier l’influence des partis populistes de droite radicale concrètement, trois partis ont été sélectionnés dans un cadre temporel récent – ce qui permet d’interroger un phénomène au cœur de l’actualité – à savoir la période 2007–20171. En tant que partis populistes de droite radicale caractérisés par des performances électorales significatives (Skenderovic, 2009 ; Ernst et al., 2017 ; de Cleen & van Aelst, 2017), l’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse, le Front national (FN) en France et le Vlaams Belang (VB) en Belgique sont les cas au cœur de cette recherche. Bien que tous les trois populistes, ils ont néanmoins un rapport variable avec le pouvoir. Seule l’UDC a été pleinement membre d’un gouvernement national. En France, le FN a été absent au parlement lors de la première législature étudiée et seulement faiblement présent lors de la législature suivante. En Belgique, le VB est quant à lui faiblement présent au sein du Parlement lors des deux législatures étudiées. Ces trois partis font par ailleurs face à des stratégies diverses de la part des partis traditionnels. Alors que les partis traditionnels suisses sont davantage ouverts à une collaboration avec l’UDC sur le plan législatif ou exécutif, le VB belge fait face à un cordon sanitaire fermement établi. Un « front républicain » est quant à lui en vigueur en France à l’égard du FN. Enfin, ces cas se distinguent entre eux par le système politique et la culture politique du pays dans lequel ils prennent place. Les différences qui caractérisent ces cas permettent ainsi d’explorer une large palette de possibilités auxquelles font face les partis populistes de droite radicale ←21 | 22→dans leur tentative d’influence de la fabrique des politiques publiques et, in fine, de mieux appréhender leur influence.

L’analyse permet de fournir des résultats de deux types. Tout d’abord, elle permet de mieux comprendre l’influence des partis populistes de droite radicale sur la fabrique des politiques publiques, sa structure et son périmètre. Reposant sur l’idée selon laquelle l’influence n’est pas une notion binaire (influence ou non influence) et n’est pas figée (notamment dans le temps), les résultats indiquent sous quelles conditions des partis populistes de droite radicale parviennent à exercer différents types d’influence. Ensuite, cette recherche permet de comprendre les mécanismes par lesquels cette influence s’exerce, en répondant ainsi à la question du « comment ? ». De la comparaison des trois études de cas, un modèle général de l’influence des partis populistes de droite radicale est généré et synthétise les différentes voies et stratégies qu’empruntent et mobilisent ces partis pour exercer leur influence.

3. Organisation et structure de l’ouvrage

Quelle influence les partis populistes de droite radicale d’Europe occidentale exercent-ils sur la fabrique des politiques publiques ? Afin de répondre à cette question générale, l’ouvrage est articulé en quatre parties, elles-mêmes divisées en plusieurs chapitres.

Dans une première partie, le cadre théorique et le cadre d’analyse sont développés afin de cerner la question de recherche, présenter les théories apparentées, préciser les concepts clés et fournir des indicateurs utiles à l’analyse. Au travers du chapitre 1, il s’agit tout d’abord de questionner les notions de populisme, de populisme de droite radicale et de partis populistes de droite radicale puisqu’elles sont au cœur de la présente recherche. Étant donné que le populisme – de manière générale – est un concept difficile à saisir et protéiforme (Deruette, 2018), les premières sections y sont consacrées. Il s’agit surtout de délimiter le concept et d’en fournir une définition claire qui puisse guider tout le travail de recherche ensuite mené. Les sections suivantes traitent du populisme de droite radicale puis des partis populistes de droite radicale. La littérature est ensuite analysée afin de rendre compte des travaux déjà produits sur les interactions entre les partis populistes de droite radicale et les partis traditionnels, mais aussi sur leur influence sur les politiques publiques. Le chapitre2 traite de la notion de fabrique des politiques publiques (policy-making). ←22 | 23→Alors que les premières sections tentent de délimiter le périmètre de cette notion qui demeure relativement floue et d’en fournir une définition sur la base de la littérature, les sections suivantes proposent de découper ce processus en trois phases majeures : (1) la problématisation et la mise à l’agenda, (2) la formulation de solutions et (3) l’adoption de décisions publiques. Cela permet de structurer l’analyse et d’observer dans quelle mesure l’influence s’exerce potentiellement de manière différente d’une phase à l’autre. Enfin, la notion d’influence est aussi étudiée dans le chapitre 3 sur la base de la littérature. C’est à nouveau à la recherche d’une définition de la notion d’influence que les premières sections sont consacrées, avant d’interroger la manière de l’opérationnaliser. Bien que trois grandes approches soient distinguées dans l’étude de l’influence partisane, l’approche par la trajectoire des promesses électorales est retenue. Ainsi, est influent un parti populiste qui parvient à développer ses promesses électorales à travers le processus de fabrique des politiques publiques. Reposant sur les recherches antérieures, une typologie de l’influence est dégagée.

La deuxième partie de l’ouvrage développe le cadre méthodologique de la recherche, en exposant la méthode du process-tracing qui est employée, en explicitant les méthodes de collecte de données et en définissant les unités d’analyse (chapitre 4). Elle est aussi consacrée à la sélection de cas qui font l’objet d’une analyse puis d’une comparaison (chapitre 5) : l’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse, le Front national (FN) en France et le Vlaams Belang (VB) en Belgique. Ces cas se distinguent par leur rapport au pouvoir, par les stratégies qu’adoptent les partis traditionnels à leur égard mais aussi par le système politique dans lequel ils s’insèrent.

La troisième partie porte sur les résultats de la recherche, en étudiant successivement les cas de l’UDC (chapitre 6), du FN (chapitre 7) et du VB (chapitre 8). Ce qui ressort de ces trois chapitres est que chacun de ces partis exerce une influence sur la fabrique des politiques publiques. En Suisse, cette influence s’exerce à l’égard de dossiers variés (dans le secteur de la sécurité intérieure), à travers les institutions, dans un contexte qui n’est pas nécessairement marqué par des tensions, et même lorsque d’autres partis ne partagent pas les positions de l’UDC. Ce parti est ainsi autonome dans son exercice de l’influence, bien qu’il soit aussi confronté à des freins qui contribuent à décroître son influence au fur et à mesure de la progression du processus de fabrique des politiques publiques. Pour contourner ces freins, le recours aux outils de démocratie directe ←23 | 24→est crucial. En France et en Belgique, l’influence respectivement du FN puis du VB est davantage limitée en conséquence de freins plus importants, que ceux-ci soient endogènes ou exogènes. Ces partis exercent ainsi une influence dans des dossiers peu variés, quasi exclusivement en amont du processus de fabrique des politiques publiques, en dehors des institutions, dans un contexte caractérisé par des tensions (comme un attentat terroriste) et lorsque d’autres partis ou acteurs de la société civile partagent largement leurs positions. En conséquence, leur influence est moins autonome et nécessite davantage de temps que pour le cas helvétique. Plusieurs conditions (la survenance d’un contexte spécifique, par exemple) doivent en effet être réunies pour que des traces d’influence puissent être repérées.

Alors que la troisième partie est consacrée à l’étude de trois cas distincts, la quatrième vise à dégager des leçons – nommées « propositions » – de ces études de cas (chapitre 9) et à les mettre en perspective avec la littérature (chapitre 10).

Résumé des informations

Pages
356
ISBN (PDF)
9782807618459
ISBN (ePUB)
9782807618466
ISBN (MOBI)
9782807618473
ISBN (Livre)
9782807618442
Langue
Français
Date de parution
2021 (Juillet)
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 356 p., 11 ill. n/b, 34 tabl.

Notes biographiques

Benjamin Biard (Auteur)

Benjamin Biard est docteur en science politique et chargé de recherches au Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP). Ses intérêts de recherche couvrent la démocratie, les idéologies, les partis politiques, ainsi que l’influence partisane sur les politiques publiques. Il est également collaborateur scientifique à l’Institut de sciences politiques Louvain-Europe (ISPOLE) et chargé de cours invité à l’Université catholique de Louvain.

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