Chargement...

Être nationaliste à l’ère des masses en Europe (1900–1920)

de Olivier Dard (Éditeur de volume) Didier Musiedlak (Éditeur de volume) Éric Anceau (Éditeur de volume)
©2017 Collections 434 Pages

Résumé

Le nationalisme européen a souvent été interprété comme la principale source de l’avènement des dictatures et en particulier des fascismes. Le retour actuel sur la scène politique d’un certain attachement à la nation, allant jusqu’à l’expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, est-il le signe annonciateur du retour des dictatures au cœur de l’Europe ?
C’est dans le but de répondre à cette question que les auteurs de cette recherche collective ont entrepris de revisiter le nationalisme européen des années 1900 jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale en l’interrogeant non plus par rapport à la naissance des futurs régimes, mais en le considérant dans sa singularité, à un moment critique de l’histoire de l’Europe, le passage à la société de masse.
Que signifie concrètement être nationaliste, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou encore en Pologne durant cette période critique ? Pour tenter de répondre à cette question, un des objectifs majeurs de ce livre est de privilégier l’étude des éléments constitutifs de « l’être nationaliste » : le registre du rapport au monde (sensibilité, culte du moi, dimension occupée par l’esthétique), mais aussi, les échanges entre diverses nations, la diversité des itinéraires, sans omettre la part dévolue à l’action politique au moment même où la guerre apparaît pour tous comme la grande épreuve de vérité.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction (Didier Musiedlak)
  • Première partie. Genèse et structuration
  • Genèse et structuration du nationalisme français (Olivier Dard)
  • Le nationalisme italien au début du XXe siècle (Simone Visconti)
  • Du fantasme des masses à la réalité de la Grande Guerre démocratique (Nicolas Patin)
  • L’épreuve du feu (Francis Balace)
  • L’helvétisme, modalité suisse de la « grande vague nationaliste qui submerge l’Europe » (Alain Clavien)
  • Deuxième partie. L’éventail des sensibilités : Esthétique et grandeur
  • Maurice Barrès, Gabriel d’Annunzio, Ernst Jünger et la question de l’esthétique (Didier Musiedlak)
  • L’esperienza italiana (Raffaella Canovi)
  • Weltanschauung und politische Radikalisierung (Björn Hofmeister)
  • Déroulède et l’Allemagne (Bertrand Joly)
  • Jérôme et Jean Tharaud et le colonialisme (Michel Leymarie)
  • Troisième partie. Itinéraires européens
  • Jules Lemaître (1853-1914) (Sarah Huguet)
  • Francisco Homem Cristo Filho (1892-1928) (Ana Isabel Sardinha)
  • Azorín, la crisis del sistema liberal español y el nacimiento de una nueva derecha (Miguel Perfecto García)
  • Croce, Gentile e Prezzolini di fronte alla Grande guerra (Alessandra Tarquini)
  • Nationalisme et « conservatisme révolutionnaire ». L’itinéraire de Moeller van den Bruck (1876-1925) de l’Allemagne wilhelmienne à la République de Weimar (Michel Grunewald)
  • Quatrième partie. L’épreuve du premier conflit mondial
  • Barrès et l’Union sacrée (Denis Pernot)
  • Maeztu, Ortega et D’Ors dans l’immédiat après-guerre (Ismael Saz Campos)
  • Les conceptions nationalistes de Roman Dmowski et leur influence sur la vie politique polonaise avant, pendant et après la Première Guerre mondiale (Mariusz Wołos)
  • Nationalisme et pensée économique de l’Allemagne impériale à la République de Weimar (Bernd Zielinski)
  • Conclusion (Olivier Dard)
  • Index
  • Series Index

← 8 | 9 →

Introduction

Didier MUSIEDLAK

Malgré le retour actuel sur la scène politique d’un certain attachement à la nation, allant jusqu’à l’expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, l’histoire des nationalismes, au moins dans sa genèse, a été négligée par la recherche dans un cadre européen1. Trop souvent la lecture qui en a été faite a limité son étude à une forme de matrice annonciatrice des fascismes sans lui restituer une part d’autonomie.

Certes, des recherches collectives internationales et interdisciplinaires ont permis de faire mieux connaître dans leur environnement national et international certaines grandes figures2. Mais d’une façon générale, le questionnement global ne s’est guère intéressé à une éventuelle originalité du nationalisme en soi avant la naissance des régimes. Les travaux les plus marquants lui ont trop souvent attribué une fonction fondatrice dans le « fascisme générique ». L’idée que le fascisme prend sa source dans le nationalisme sur le plan idéologique se retrouve fort logiquement dans toutes les grandes synthèses consacrées à ce thème. Il est vrai qu’émerge au début du XXe siècle en Europe un ensemble disparate radical associant des nouvelles droites révolutionnaires à des droites autoritaires conservatrices qui rejettent l’ordre politique du XIXe siècle et militent en faveur d’un système efficace d’un État moderne autoritaire. Il est également vrai que l’expansion de ce nouvel autoritarisme de droite se traduit dans de nouvelles formes de « collectivisme national » en liaison avec la grave crise culturelle que traverse l’Europe entre 1890 et 19143. Dans ce contexte du passage à la société de masse, des avant-gardes se retrouvent pour condamner les effets dévastateurs de la modernité en invoquant le retour à l’ordre, la hiérarchie, et la discipline. Nombre d’entre elles récusent le progrès. ← 9 | 10 → Souvent issues des professions intellectuelles, elles appartiennent aux mêmes générations et participent de la même perception de la décadence qui rejette le monde de la matière et de la raison, le matérialisme et le positivisme, la médiocrité de la vie bourgeoise et la démocratie libérale. Les nouveaux courants de pensée, le néo-idéalisme, le vitalisme, de nouvelles approches de l’existence remettent en cause la rationalité sous l’effet de découvertes dans la psychologie de masse et de l’inconscient (Le Bon, Freud). Les nouvelles valeurs avancées par la science ne sont plus le libéralisme et l’égalitarisme mais portent au contraire sur la recherche et la mise en avant de la différence avec le darwinisme social, la diffusion d’un racisme à prétention scientifique, l’eugénisme qu’une anthropologie balbutiante est amenée à valider. La nouvelle culture prétend désormais pouvoir appréhender l’homme dans sa totalité en le situant à l’intérieur d’un groupe biologiquement clairement identifié. Il y a bel et bien une nouvelle culture qui apparaît avant 1914 et le nouveau nationalisme qui est passé autour des années 1890 de la gauche à la droite y est particulièrement sensible. Mais la difficulté tient précisément au fait de pouvoir mesurer cette attraction sur des groupes qui sont loin de se présenter comme un ensemble unifié et d’avoir une idéologie commune.

Voir chez les nationalistes de simples précurseurs du fascisme n’est pas sans danger. Faire des théories de Sorel et de Nietzsche le fondement des politiques fascistes de l’après-premier conflit mondial est nécessairement réducteur et fallacieux, tout comme il n’est guère possible de rendre compte d’octobre 1917 à partir des débats entre bolcheviks et mencheviks de l’avant 19144. Ces droites radicales formant la galaxie nationaliste représentaient numériquement une infime minorité dans l’Europe d’avant le conflit. Le racialisme n’est qu’une culture d’élite, sans base de masses en Allemagne comme en France. En Italie, l’affaire Dreyfus ne recueille qu’un très faible écho au sein d’une culture largement philosémite. En 1900, Maurras ne convainc guère, y compris au sein de ses partisans, a fortiori au sein de la sphère nationaliste5. L’aile marchante de l’Action française au Quartier latin se limite avant 1914 à environ 600 personnes, camelots du roi et étudiants compris6. L’Associazione Nazionalista Italiana fondée le 3 décembre 1910 à Florence est avant tout un mouvement élitiste composé de « fort peu de membres, même de très peu »7. 200 à 300 personnes sont ← 10 | 11 → présentes lors de la fondation8. En 1911, on se situe en dessous du millier d’adhérents. Le journal de l’organisation, l’Idea Nazionale, dispose d’un peu plus de 2 000 souscripteurs à cette date9. L’influence du nationalisme littéraire des revues florentines, Il Marzocco (1896), Il Leonardo de Papini et Prezzolini (1903), puis Il Regno d’Enrico tout comme la Voce de Giuseppe Prezzolini (1908) atteignent un public réduit par voie de souscription. En Allemagne, la composante nationaliste est dans sa grande majorité légitimiste et même le turbulent Heinrich Claß, l’animateur de la Ligue pangemanique (Alldeutsche Verband) fondée en 1891, ne peut compter en 1914 que sur 22 000 membres. L’éventualité d’un coup d’État qui serait perpétré par ces minorités relève par conséquent de la fiction. Ces agitateurs ne disposent en Europe ni de chefs ni de masses pour accomplir un coup de main digne de ce nom.

Cette entreprise aurait de toute façon requis l’existence d’une doctrine suffisamment consistante pour attirer les masses. La tentation a ainsi été grande pour les chercheurs, de faire la jonction du nationalisme avec l’idéologie fasciste pour y déceler l’existence d’un noyau dur et cohérent qui pourrait rendre compte de sa naissance. La tendance a en conséquence été de réduire naturellement les aspérités de ces mouvements, tout comme leurs contradictions, pour identifier une série de dénominateurs communs d’une théorie du « fascisme générique ». Ernst Nolte a été un des premiers à procéder à cet amalgame douteux en faisant de l’Action française une des composantes de même nature que le régime fasciste et le régime nazi10. Mais c’est sans doute Zeev Sternhell qui a poussé le plus loin l’homologie entre nationalisme et fascisme en accordant au nationalisme le statut d’idéologie préfasciste11. Au prix d’un long labeur étendu sur plus de trente ans, le politologue a cherché à mettre à jour une forme de continuité idéologique entre une droite révolutionnaire définie dans les années 1880 à 1914 avec celle des années 1930 jusqu’à la Révolution nationale du Régime de Vichy qui incarnerait à ses yeux la réalisation concrète du régime fasciste. Ainsi, parallèlement à la tradition idéologique des Lumières et à l’héritage de la Révolution française à vocation universaliste, aurait existé une culture fascisante dans la ← 11 | 12 → longue durée, délibérément occultée par les historiens français. Selon Z. Sternhell, l’idéologie fasciste est en effet préconstituée comme un système de pensée dès l’avant-guerre de 1914. Les éléments sont décelables sur le terrain d’une culture déjà infectée au point de pouvoir révéler l’essence du fascisme. « Le nationalisme barrésien présente certaines caractéristiques que l’on pourrait aisément définir comme préfascistes ou annonçant le fascisme »12. Cette mutation génétique prend naissance dans les années 1885-1914, sous l’action d’une nouvelle droite révolutionnaire qui se serait affirmée avec le boulangisme et l’affaire Dreyfus. Les vecteurs de cette transformation tiennent en premier lieu en la personne même de Maurice Barrès dans son journal La Cocarde (septembre 1894-mars 1895). Il aurait été ainsi le premier à conjuguer le socialisme avec le nationalisme en avançant le thème du « socialisme nationaliste » en vue d’organiser les forces économiques et sociales pour protéger la nation contre l’individu, fondement de l’individualisme bourgeois. Cette nouvelle droite révolutionnaire aurait disposé ainsi d’un véritable système de pensée visant à dégager la collectivité humaine comme un ensemble, historique, biologique et racial. Ce nouveau nationalisme s’identifie avec un nationalisme tribal, celui de la mort, de la terre et du sang. L’objectif est clairement fixé : il s’agit de détruire les produits dérivés du matérialisme, l’individualisme, le libéralisme, le marxisme, et la démocratie. En fait, la génération des années 1930 n’aurait rien ajouté à ce cocktail explosif. Cette doctrine fasciste, née de l’accouplement « d’un nationalisme organique et de la révision antimatérialiste du marxisme » initiée par Georges Sorel, aurait simplement approfondi la voie déjà tracée pour fonder une société nouvelle13. Le fascisme proviendrait des renégats du marxisme (Marcel Déat) ou de la mouvance de la gauche (Gaston Bergery, Bertrand de Jouvenel) et des tenants du renouveau spirituel (Thierry Maulnier). En substance, de Drumont l’auteur de La France juive, à Barrès, Brasillach, Thierry Maulnier, de Maurras de l’affaire Dreyfus jusqu’au régime de Vichy, il y aurait eu une forme de continuité dans l’expression d’une modernité antirationaliste. Vichy apparaît en conséquence non comme un accident de parcours mais comme le point d’aboutissement d’une culture.

Les tenants du « fascisme générique » anglo-saxon ont également intégré le nationalisme dans leurs prérequis. Selon Roger Eatwell, le fascisme existait à l’état embryonnaire avant 1914 même si la dénomination n’existait pas14. Dans son travail consacré à la recherche d’une forme d’idéal-type du fascisme, Roger Griffin a été lui aussi amené à intégrer ← 12 | 13 → le nationalisme défini dans une forme « ultra populiste » conforme sa démonstration théorique. Ce nationalisme exacerbé est ici imbriqué à une dimension palingénésique du mythe en termes de renaissance et de régénération15. Cependant, comme cette renaissance pouvait concrètement se produire au XVIe siècle avec les anabaptistes ou au XXe siècle dans un mouvement séculier comme celui de la Garde de Fer roumaine, il n’y avait pas de lien original entre le fascisme et ce mythe palingénésique.

Ce n’est pas le lieu de discuter ici l’ensemble de ces thèses ni même des positions de Zeev Sternhell qui, en leur temps, avaient soulevé nombre de critiques et qui ont eu au moins une vertu, celle de réveiller une littérature quelque peu somnolente sur ce sujet16.

C’est plus sur l’influence qu’ont exercée ces travaux sur la connaissance de ces milieux nationalistes qu’il convient de s’appesantir. Le fait que pour bon nombre de spécialistes le nationalisme ait été analysé en liaison étroite avec le fascisme en lui accordant un statut idéologique privilégié au nom d’une consanguinité politique a eu pour effet d’en réduire la richesse et la diversité sur le plan de son spectre. Des liens faciles ont été établis à partir de transferts parfois imprudents à l’échelle internationale entre les protagonistes pour faciliter les comparaisons. Le sens profond de l’Aufklärung a lui aussi été occulté. Comme l’avait relevé Michel Foucault, la modernité renvoie au présent et ne peut pas s’inscrire dans la puissance synthétique et universelle de la raison17. Elle est en perpétuel devenir.

La question de l’être, sur le plan de l’étude des milieux nationalistes, est ainsi passée au second plan dans la plupart des analyses au profit d’une surexposition politique du nationalisme qui ne saurait se limiter à cet aspect18. L’interrogation sur les sources mêmes de l’idéologie a été évacuée au profit de la construction doctrinale19. Les nationalistes du début du ← 13 | 14 → XXe siècle ont d’abord voulu donner un sens à leur vie, dans leur présent, comme le soulignait G.L. Mosse il y a maintenant plus de trente ans20. Les hommes et les femmes de cette époque désiraient profondément, lors de cette crise fin de siècle, donner une assise plus grande à leur existence. Ils aspiraient à une totalité. Nombre d’entre eux avaient été déçus par la politique traditionnelle. L’espoir d’une révolution salvatrice caressé par la révolution de 1848 s’était terminé dans le sang en France, en échec en Italie et en Allemagne sur le plan de l’achèvement de l’unité au moyen de la nationalisation des masses. Les nouvelles générations dédaignèrent les barricades pour se tourner davantage vers la sensibilité et l’expression artistique. L’émancipation de l’esthétique depuis le XVIIIe siècle renvoyait à l’essence même de la modernité, à partir du désir de savoir qui s’était affirmé bien avant l’Aufklärung21. La revendication des Lumières fut simplement de poursuivre cette perspective en vue d’un plus grand accomplissement existentiel22. Le projet antimoderne des nationalistes ne s’écarte pas non plus de cet objectif même s’il s’en sépare par bien des aspects sur le plan politique. Le versant antimoderne établit une nouvelle attitude centrée sur la transformation du sujet dans son rapport à lui-même et aux autres, pour déboucher dans l’ordre de l’existentiel mais plus nécessairement dans le sens d’un humanisme à vocation universaliste. Sur le plan de cette novation artistique, G.L. Mosse fut un des premiers à percevoir cette mutation dans l’œuvre de Gabriele d’Annunzio qui eut l’intuition que la poésie et la politique pouvaient s’unir. Bien des nationalistes éprouvèrent le besoin de donner une représentation nouvelle de la nation fondée sur des rites, des symboles, des mythes. L’art de la politique devint drame. « Le destin de l’Italie, écrivait Gabriele d’Annunzio en 1900, est inséparable du sort de la beauté dont elle est la mère »23. C’est en conséquence pour faire face aux défis engendrés par la modernité que la ← 14 | 15 → recherche du Beau apparaît non seulement comme un refuge mais comme un moyen de conjurer les maux engendrés par cette modernité.

La présente recherche n’a pas en conséquence pour objectif de refaire une histoire classique des groupes composant la famille politique nationaliste européenne.

La perspective retenue inscrite dans l’axe 2 du LABEX EHNE (Écrire une histoire nouvelle de l’Europe) de l’Université Paris-Sorbonne, en collaboration avec le CRPM (Centre de recherches pluridisciplinaires multilingues) de l’Université Paris-Nanterre, a été précisément de s’interroger sur les éléments constitutifs de « l’être nationaliste » et de son action dans une perspective européenne. L’ambition a été de mettre à jour les échanges entre intellectuels nationalistes européens, d’étudier les modalités des transferts, les sensibilités partagées (le culte du moi), la part occupée par l’esthétique ou encore le rapport que forgent ces nationalistes entre discours et action à l’heure où la figure de « l’écrivain national » s’impose. Un des objectifs majeurs de cette recherche est de mieux comprendre la nature de la crise existentielle qui est à la base du mouvement nationaliste, entendue comme un phénomène européen, et d’analyser les entreprises de rédemption et de régénération envisagées pour y remédier.

La Première Guerre mondiale est au centre de l’étude mais il s’est avéré nécessaire de la remettre en perspective en donnant toute sa place à l’avant-guerre et au conflit imaginé aussi bien que vécu, sans pour autant déboucher sur une histoire des régimes qui aurait faussé l’analyse. Pour nombre de nationalistes, la Grande Guerre est l’épreuve de vérité tant sur le plan de la validité de la doctrine que de l’action. L’immédiat après-guerre doit est pris en compte à l’heure où l’Action française s’affirme comme « le parti de l’intelligence » et avant que l’avènement du fascisme ne bouleverse la donne, au point de voir Moeller van den Bruck, chantre de la Révolution conservatrice allemande, proclamer dorénavant : « Italia docet ».

Fort de ces considérations préliminaires, plusieurs points de vue ont été privilégiés. Il s’est avéré tout d’abord important de faire le point sur la genèse des mouvements pour mieux comprendre l’éventail de leurs sensibilités et la nature de leur programme notamment à l’échelle européenne. La grande pluralité des acteurs a conduit à privilégier une analyse des itinéraires au sein de chaque culture nationale. Mais, pour tous, la guerre fut la grande épreuve individuelle de vérité avec la confrontation au réel. ← 15 | 16 →


1 Pour le temps présent, Pierre-André Taguieff, La Revanche du nationalisme. Néo populistes et xénophobes à l’assaut de l’Europe, Paris, PUF, 2015.

2 Olivier Dard et Michel Grunewald (dir.), Charles Maurras et l’étranger, l’étranger et Charles Maurras : l’Action française – culture, politique, société II, Berne, Peter Lang, coll. « Convergences », 2009 ; Olivier Dard, Michel Grunewald, Michel Leymarie (dir.), Maurice Barrès, La Lorraine, La France et l’étranger, Berne, Peter Lang, coll. « Convergences », 2011.

3 Stanley G. Payne, Fascism. Comparison and Definition, Madison, The University of Wisconsin Press, 1980, p. 39.

4 Walter Laqueur, Fascism. Past and Present, New York, Oxford University Press, 1996, p. 22.

5 Olivier Dard, Charles Maurras : le maître et l’action, Paris, Armand Colin, 2013, p. 89.

6 Rosemonde Sanson, « Les jeunesses d’Action française avant la Grande Guerre », in Michel Leymarie, Jacques Prévotat, L’Action française. Culture, Société, Politique, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008, p. 213.

7 C. Curcio, «Nazionalismo », in Dizionario di Politica, a cura del Partito Nazionale Fascista, vol. III, P-Q, Roma, Istituto della enciclopedia Italiana fondata da Giovanni Treccani, Anno XVIII, E.F., p. 244.

8 Francesco Perfetti, Il Movimento Nazionalista in Italia (1903-1914), Roma, Bonacci Editore, 1984, p. 80.

9 Ibid., p. 286.

10 Ernst Nolte, Le Fascisme dans son époque, L’Action française, Le Fascisme italien, Le National-socialisme, 3 vols., Paris, Julliard, 1970.

11 Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, Paris, Armand Colin, 1972 ; La droite révolutionnaire, 1885-1914 : les origines françaises du fascisme, Paris, Seuil, 1978 ; Ni droite ni gauche : l’idéologie fasciste en France, Seuil, 1983 ; Naissance de l’idéologie fasciste (avec Mario Sznajder et Maia Ashéri), Paris, Fayard, 1989 ; Les Anti-Lumières : Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide, Paris, Fayard, 2006.

12 Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme, op. cit., p. 364.

13 Zeev Sternhell, Mario Sznader, Maia Asheri, Naissance de l’idéologie fasciste, Paris, Fayard, 1989, p. 15.

14 Roger Eatwell, Fascism. A History, London, Pimlico, 2003, p. 13.

15 Roger Griffin, The Nature of Fascism, op. cit., p. 33 et suiv. ; Emilio Gentile, Le Origini dell’Ideologia fascista : 1918-1925, Bari, Laterza, 1975.

16 Sur ces questions, voir la dernière mise au point, « franco-française », Michel Winock, Serge Berstein (dir.), introduction de Jean-Noël Jeanneney, Fascisme français ? La controverse, Paris, CNRS, 2014.

17 Michel Foucault, « Qu’est-ce que les Lumières ? » in Dits et Ecrits 1954-1988, t. 4, 1980-1988, Paris, Gallimard, 1994, pp. 562-578, pp. 679-688.

18 Sur l’importance de l’être dans le rapport à la culture de Maurice Barrès, cf. David Carroll, French Literary. Fascism. Nationalism, Anti-Semitism, and the Ideology of Culture, Princeton, Princeton University Press, 1998, p. 22 et suiv.

19 « Le vrai problème est de tracer le jeu réciproque concret des formes différenciées de l’existence sociale avec les différenciations correspondantes des utopies. Par suite, les problèmes soulevés deviennent plus systématiques et plus étendus dans la mesure où ils reflètent la richesse et la variété de l’histoire. Le thème de recherche le plus immédiat est d’amener le système conceptuel et la réalité empirique en contact plus étroit l’un avec l’autre ». Cf. Karl Mannheim, Idéologie et Utopie. Une introduction à la sociologie de la connaissance (1929), Paris, Librairie Marcel Rivière et Cie, 1956, p. 69.

20 G.L. Mosse, Masses and Man. Nationalist and Fascist Perceptions of Reality, New York, Howard Fertig, 1980, Introduction, p.11; sur la question de la transformation des structures de la spiritualité du sujet de l’Antiquité au XIXe siècle, Michel Foucault, L’herméneutique du Sujet, Cours au collège de France, 1981-1982, Hautes études, Paris, Gallimard, Seuil, 2001, p. 29-31.

21 « Le Moyen Âge prit fin lorsqu’il ne put plus faire accroire à l’homme, à l’intérieur de son système spirituel, que la création était Providence », et lorsqu’il lui imposa par là même la charge de l’affirmation de soi ». Cf. Hans Blumenberg, La Légitimité des temps modernes, Paris, Gallimard, 2008, p. 149.

22 « Affirmation de soi » ne signifie donc pas ici la simple conservation biologique et économique de l’animal homme {…] Elle signifie un programme existentiel sous lequel l’homme, dans une situation historique, place son existence et dans lequel il inscrit comment il veut la percevoir au milieu de la réalité qui l’entoure et comment il veut saisir ses possibilités. ». cf. Hans Blumenberg, Ibid, p. 149.

23 G. d’Annunzio, Il Fuoco, 1900. Sur ces questions, cf. G.L. Mosse, op. cit., The Poet and the Exercice of Political Power : Gabriele d’Annunzio, pp. 87-103.

← 16 | 17 →

PREMIÈRE PARTIE

GENÈSE ET STRUCTURATION

← 17 | 18 →

← 18 | 19 →

Genèse et structuration du nationalisme français

Olivier DARD

Université de Paris-Sorbonne/LABEX EHNE

À consulter l’historiographie, le nationalisme français des années 1880 au lendemain du premier conflit mondial est un objet abondamment et régulièrement travaillé par les historiens depuis les études pionnières de Raoul Girardet. La liste est longue des travaux consacrés à son sujet. On songe à celles portant sur ses figures de premier plan (Paul Déroulède, Maurice Barrès, Charles Maurras) ou de seconds rôles emblématiques (les frères Tharaud, en attendant Jules Lemaître). Il faut y ajouter les recherches portant sur les acteurs secondaires1, les organisations (en particulier sur les différentes ligues, à commencer par la ligue des patriotes ou la ligue de la patrie française et bien sûr l’Action française) ou sur des moments clés, le boulangisme, Panama et l’affaire Dreyfus.

Résumé des informations

Pages
434
Année
2017
ISBN (PDF)
9782807603073
ISBN (ePUB)
9782807603080
ISBN (MOBI)
9782807603097
ISBN (Broché)
9782807603066
Langue
Français
Date de parution
2017 (Mars)
Mots clés
nationalisme début 20e siècle Europe Première guerre mondiale radicalisme politique
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2017. 434 p.

Notes biographiques

Olivier Dard (Éditeur de volume) Didier Musiedlak (Éditeur de volume) Éric Anceau (Éditeur de volume)

Dard Olivier, professeur d’histoire contemporaine, université Paris-Sorbonne Musiedlak Didier, professeur d’histoire contemporaine, université Paris Nanterre Anceau Éric, maître de conférences HDR d’histoire contemporaine, université Paris-Sorbonne

Précédent

Titre: Être nationaliste à l’ère des masses en Europe (1900–1920)