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L'Europe dans le monde du football

Genèse et formation de l’UEFA (1930-1960)

de Philippe Vonnard (Auteur)
Monographies 412 Pages
Série: Euroclio, Volume 105

Résumé

Comment expliquer la popularité du football à l’échelle européenne ? Une des pistes pour répondre à cette question est d’étudier le rôle de l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui n’a eu de cesse d’agir en vue de renforcer les échanges footballistiques au niveau européen. À partir du dépouillement d’archives inédites, ce livre répond à un vide historiographique en proposant de retracer la genèse et la formation de l’UEFA dans une perspective globale et qui privilégie le long terme. Nous défendons ici la thèse que la mise en place de cette organisation au milieu des années 1950 est un tournant dans l’histoire du football européen.
Trois axes principaux complémentaires sont développés tout au long de cet ouvrage. Le premier traite du rôle de la FIFA (Fédération internationale de football association), puis de l’UEFA dans le développement d’une dynamique européenne du jeu. Le deuxième questionne la possibilité qu’ont les dirigeants du football de créer un organisme qui transcende les barrières de la Guerre froide (à sa fondation, l’UEFA compte une trentaine de pays européens). Finalement, le troisième interroge les raisons de la constitution de l’UEFA durant les années 1950 ainsi que le modèle d’organisation choisi par ses promoteurs.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Listes des abréviations majeures
  • Avant-propos et remerciements
  • Préface
  • Introduction générale
  • Partie 1: Genèse de l’UEFA (1930-1949)
  • Chapitre 1. L’affirmation du pouvoir de la FIFA sur le football mondial (1930-1938)
  • Introduction du chapitre
  • 1.1. Une organisation européenne du football ?
  • 1.1.1. Une plateforme d’échanges
  • 1.1.2. Dynamiser les échanges et définir un territoire européen
  • 1.1.3. En dehors de l’Europe. Le cas des Britanniques et des Soviétiques
  • 1.1.4. Réunir les Européens ? Les matchs de la FIFA de 1937 et 1938
  • 1.2. Créer une « Société des nations sportives »
  • 1.2.1. Jules Rimet : l’autre Coubertin ?
  • 1.2.2. Développer les échanges footballistiques internationaux : sociographie de l’élite dirigeante
  • 1.2.3. Construire une « autonomie » sur la scène internationale
  • 1.2.4. Prôner l’apolitisme et le consensus
  • 1.3. Quelle place pour « l’autre continent du football » ?
  • 1.3.1. L’Europe comme épicentre
  • 1.3.2. Une première contestation de l’hégémonie européenne
  • Chapitre 2. La souveraineté de la FIFA remise en cause (1939-1948)
  • Introduction du chapitre
  • 2.1. L’élargissement du territoire européen
  • 2.1.1. La persistance des échanges footballistiques européens durant la guerre
  • 2.1.2. Le retour des associations britanniques
  • 2.1.3. L’intégration de l’URSS
  • 2.1.4. Le match de la FIFA (1948) : le symbole de l’unité européenne ?
  • 2.2. Une position en péril sur la scène internationale
  • 2.2.1. Faire face à l’Europe sportive des forces de l’Axe
  • 2.2.2. Entre oubli et réécriture de l’histoire
  • 2.2.3. De la gestion de la guerre à l’entrée en Guerre froide
  • 2.3. L’émergence d’un contre-pouvoir américain
  • 2.3.1. La structuration de la Confédération sud-américaine
  • 2.3.2. Créer une contre-organisation ?
  • Conclusion de la partie
  • Partie 2: Formation de l’UEFA (1949-1960)
  • Chapitre 3. La continentalisation de la FIFA (1949-1953)
  • Introduction du chapitre
  • 3.1. Réorganiser le football européen ?
  • 3.1.1. Une nouvelle phase de l’européanisation du jeu
  • 3.1.2. La prise d’importance du trio Barassi, Rous, Thommen
  • 3.1.3. La mise sur pied d’un « petit Conseil de l’Europe du football »
  • 3.2. Entre internationalisation et Guerre froide
  • 3.2.1. Une deuxième phase de mondialisation
  • 3.2.2. S’accorder sur une réorganisation
  • 3.2.3. Les revendications du bloc soviétique
  • 3.3. Suivre le modèle sud-américain
  • 3.2.1. Un match Europe-Amérique du Sud
  • 3.2.2. Le « compromis Thommen »
  • Chapitre 4. La création de l’UEFA (1954-1960)
  • Introduction du chapitre
  • 4.1. Dynamiser le football européen
  • 4.1.1. Un organe faîtier pour le football européen
  • 4.1.2. Quelles sont les frontières du football européen ?
  • 4.1.3. Le succès de l’Europe des clubs
  • 4.1.4. La difficile émergence de l’Europe des nations
  • 4.2. Un nouvel acteur européen
  • 4.2.1. L’ombre de la Guerre froide
  • 4.2.2. « Accord et désaccord » avec la FIFA
  • 4.2.3. Neutraliser les concurrences
  • 4.2.4. Interagir avec d’autres organisations européennes
  • 4.2.5. Un acteur « atypique » de la coopération européenne
  • 4.3 Un modèle pour les autres groupements continentaux ?
  • 4.3.1. La continentalisation effective de la FIFA
  • 4.3.2. Un « effet retour » sur la Confédération sud-américaine
  • Conclusion de la partie
  • Conclusion générale
  • Liste des tableaux
  • Liste des figures
  • Sources
  • Bibliographie
  • Index des noms de personnes
  • Titres de la collection

L’Europe dans le monde
du football

Genèse et formation
de l’UEFA (1930-1960)

Philippe Vonnard

Euroclio
Vol. 105

À propos de l’auteur

Philippe Vonnard est Docteur ès sciences du sport et de l’éducation physique de l’Université de Lausanne. Ses recherches portent sur l’histoire transnationale des sports. Il a publié plusieurs articles scientifiques sur cette thématique et récemment coordonné Building Europe with the Ball (2016) et Beyond Boycotts. Sport during the Cold War in Europe (2017). Chercheur associé à l’Institut für Europäische Sportenwicklung und Freizeitforschung (IESF) de la Deustche Sporthochschule de Cologne et de l'Institut des sciences du sport de l'Université de Lausanne (ISSUL), il est un membre actif du d’études des relations internationales sportives (RERIS).

À propos du livre

Comment expliquer la popularité du football à l’échelle européenne ? Une des pistes pour répondre à cette question est d’étudier le rôle de l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui n’a eu de cesse d’agir en vue de renforcer les échanges footballistiques au niveau européen. À partir du dépouillement d’archives inédites, ce livre répond à un vide historiographique en proposant de retracer la genèse et la formation de l’UEFA dans une perspective globale et qui privilégie le long terme. Nous défendons ici la thèse que la mise en place de cette organisation au milieu des années 1950 est un tournant dans l’histoire du football européen.

Trois axes principaux complémentaires sont développés tout au long de cet ouvrage. Le premier traite du rôle de la FIFA (Fédération internationale de football association), puis de l’UEFA dans le développement d’une dynamique européenne du jeu. Le deuxième questionne la possibilité qu’ont les dirigeants du football de créer un organisme qui transcende les barrières de la Guerre froide (à sa fondation, l’UEFA compte une trentaine de pays européens). Finalement, le troisième interroge les raisons de la constitution de l’UEFA durant les années 1950 ainsi que le modèle d’organisation choisi par ses promoteurs.

Pour référencer cet eBook

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Listes des abréviations majeures

AELE Association européenne de libre-échange

ASF Association suisse de football

CECA Communauté européenne du charbon et de l’acier

CEE Communauté économique européenne

CIO Comité international olympique

CONMEBOL Confederación sudamericana de fútbol

DFB Deutsche Fussball Bund

FA Football Association

FFF (3F) Fédération française de football

FIFA Fédération internationale de football association

IB International Board

ONU Organisation des Nations unies

SDN Société des Nations

UEFA Union des associations européennes de football

UER Union européenne de radio

URBSFA Union royale belge des sociétés de football association

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Avant-propos et remerciements

Ce livre est un remaniement de ma thèse de doctorat intitulée « Genèse du football européen. De la FIFA à l’UEFA (1930-1960) », préparée à partir d’octobre 2010 à l’Université de Lausanne (UNIL) et défendue au sein de cette même institution en décembre 2016. Cet ouvrage a en outre bénéficié de nouvelles réflexions effectuées dans le cadre d’une recherche postdoctorale débutée en février 2017 au sein de l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC) de Paris et financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Dans le courant de l’été 2017, Marion Beetschen a effectué une patiente relecture sur le fond qui a amené à de nombreux ajustements. Ce fut une coopération très enrichissante et je me permets ici de la remercier chaleureusement pour son excellent travail.

La présente publication n’aurait pu être réalisée sans le soutien financier de différentes organisations. À ce titre, je remercie sincèrement la Fondation et le Fonds des publications de l’UNIL, le LabEx « Écrire une histoire nouvelle de l’Europe » (EHNE), la Société académique vaudoise et l’Union des associations européennes de football (UEFA) pour leur soutien envers ma démarche. J’en profite également pour remercier l’éditeur, P.I.E. Peter Lang, d’avoir accepté de publier ce manuscrit dans sa collection « Euroclio », ce qui constitue une entreprise quasiment pionnière puisque, sur les 100 numéros y étant déjà parus, un seul jusqu’ici avait été consacré au domaine sportif (Le continent basket publié en 2015). À ce titre, ma gratitude va particulièrement à Éric Bussière, membres du comité de rédaction de la collection, pour son intérêt envers mon travail ainsi qu’à Thierry Waser pour sa constante disponibilité tout au long du processus d’édition. Par ailleurs, je remercie Sylvain Schirmann, qui m’a fait la grande gentillesse d’accepter de préfacer l’ouvrage.

Ce livre n’aurait pu aboutir sans le concours et le soutien de nombreuses personnes1, qui ne pourront toutes être indiquées dans ces quelques lignes. Je remercie sincèrement mes deux directeurs de thèse, Nicolas Bancel et Thomas David, pour leur constant soutien, leurs précieux conseils et leur suivi continu. Ce fut indéniablement une grande chance d’être suivi par ces deux professeurs. Je remercie également les membres du jury de ma←15 | 16→ thèse, à savoir Jürgen Mittag, Fabien Ohl et Sandrine Kott pour leurs relectures attentives et leurs pertinents commentaires.

Un salut tout particulier à Nicolas Bouchet, documentaliste à l’UEFA, pour sa disponibilité, sa gentillesse ainsi que son constant intérêt pour mes recherches. De même, je remercie Dominik Petermann, collaborateur à la Fédération internationale de football association (FIFA), qui m’a toujours agréablement reçu et mis dans de bonnes conditions pour réaliser mes recherches, ainsi qu’Andreas Huber de l’Association suisse de football (ASF) et Filip Strubbe, des Archives générales du Royaume de Belgique (AGRB).

Sur différents aspects de cet ouvrage, je suis redevable à Clément Astruc, Jérôme Berthoud, Xavier Breuil, Paul Dietschy, Yannick Deschamps, Sylvain Dufraisse, William Gasparini, Lorenzo Jalabert D’Amado, Claire Nicolas, Kevin Tallec Marston, Sébastien Moreau, Nicola Sbetti, Manuel Schotté, Albrecht Sonntag et Quentin Tonnerre pour les intéressants échanges, leurs précieux conseils et autres relectures. J’adresse un salut amical également à Léonard Laborie et Christian Wenkel pour les discussions soutenues que nous entretenons depuis le début de l’année 2017 dans le cadre du projet LabEx EHNE. Et je n’oublie pas la précieuse aide de André Vieli – collaborateur au service de presse de l’UEFA de 1982 à 2012 et qui a écrit le livre commémoratif des 60 ans de l’UEFA – qui m’a fait le grand plaisir de relire entièrement ma thèse et de me faire part de ses commentaires et autres questionnements.

Pour conclure, j’adresse mes pensées à quatre personnes. Tout d’abord, un immense merci à Grégory Quin, avec qui je partage cette passion pour l’histoire contemporaine depuis le printemps 2010. Je ne compte plus les colloques auxquels nous avons pris part ensemble, ni les voyages effectués, ni même les nombreux coups de main ou conseils avisés reçus de sa part. Ensuite, je souhaite embrasser tendrement mes exceptionnels parents, qui m’ont toujours soutenu dans mes démarches et dont la maison est un havre de paix et de réconfort. Enfin, mon ultime, mais aussi ma première, pensée va à, Luz Yenny Romero Rodriguez. Merci, Luz, de m’avoir ouvert l’esprit sur le monde, de m’avoir donné le goût des langues étrangères, de me pousser à davantage me décentrer. Merci du fond du cœur d’être là. Te quiero muchissimo !

Paris, février 2018

Philippe Vonnard←16 | 17→


1 Dans ce livre, l’emploi du masculin prévaut pour le féminin et le masculin.

Préface

L’histoire de la construction européenne a largement privilégié l’étude de la genèse et des développements ultérieurs de l’Europe communautaire. Elle en a fixé les rythmes, à travers une succession de crises et de relances bien connue. Si cette historiographie a dominé la production académique, progressivement des histoires sectorielles des coopérations existantes en Europe ont permis d’affiner un processus d’européanisation qui s’est accéléré depuis la Seconde Guerre mondiale. Les milieux économiques, leurs interactions ont par exemple été étudiés dans leurs rapports à l’Europe. Ces travaux ont montré combien ces coopérations et ces hommes d’affaires ont non seulement influencé les projets politiques européens, mais également combien ils avaient conscience d’une nécessité d’Europe face à d’autres parties de la planète.

Ces coopérations existent également avec le même impact dans d’autres secteurs, ce qui fait qu’il faut parler d’Europes plurielles : une Europe de la technologie, une Europe de la culture, une Europe du syndicalisme. Depuis maintenant trois décennies, l’histoire du sport a, à son tour, approché l’Europe à travers les coopérations entre ses acteurs. Philippe Vonnard s’inscrit avec cet ouvrage dans cette dynamique impulsée par les travaux pionniers d’Alfred Wahl, de Pierre Lanfranchi ou plus récemment d’un Paul Dietschy. Il se penche sur « l’Europe dans le monde du football » des années 1930 aux années 1960, une période charnière pour l’affirmation de l’Europe footballistique.

Le travail est riche par les convergences qu’il met en exergue. La première phase, avant la Deuxième Guerre mondiale, est marquée par une double évolution : la structuration du football est internationale d’un côté, et l’émergence par touches d’affirmation d’une coopération européenne se fait de l’autre. Si la FIFA domine l’organisation internationale du football, s’affiche comme organisatrice du spectacle sportif, des initiatives européennes existent. Ces dernières, si elles sont infrarégionales en matière de compétition, n’en intéressent pas moins un public plus large que celui des seuls participants, comme le montrent les rencontres de la Mittel Europa Cup. Mais cela ne débouche pas sur une institutionnalisation européenne du football. Contexte et organisation de la FIFA l’expliquent pour une large part. À l’époque des nationalismes agressifs, dans le sport comme ailleurs, des organisations européennes avaient peu de chances de voir le←17 | 18→ jour. Mais surtout, l’internationalisme se confond avec l’européanisme, tant les organisations internationales gouvernementales ou non sont dominées par les Européens. C’est également le cas du mouvement sportif dans son ensemble, et du football en particulier.

L’immédiat après-guerre offre une fenêtre d’opportunité. L’Europe n’est plus le centre du monde, mais surtout n’est plus libre de son destin. La guerre froide le rappelle, et dès lors les milieux européens réfléchissent à d’autres structurations du continent. Mais il faut aussi faire face à d’autres régionalismes plus affirmés. Sur le plan politique la Conférence panaméricaine est largement antérieure à des organisations paneuropéennes. Dans le domaine du football, les élites latino-américaines sont les premières à faire émerger une fédération régionale du football et à contester la domination européenne au sein de l’instance internationale. Davantage encore, il y a des opportunités nouvelles qui s’offrent progressivement. Les miracles économiques conditionnent le développement des transports, la construction des stades, leur équipement et la diffusion de l’information relative au football. Ils favorisent l’émergence d’un espace public européen du football. C’est dans ce contexte que naît l’UEFA.

Philippe Vonnard en présente la genèse dans une perspective de longue durée, montrant par là qu’à travers la construction d’une Europe du football, on traverse les grandes problématiques de l’histoire des constructions européennes. Cela lui permet à l’évidence de souligner également les traits originaux de l’Europe du football. Les dirigeants du football choisissent la grande Europe, englobant la Russie et la Turquie, enjambant le rideau de fer. Ils se démarquent d’autres régionalismes, comme celui du continent sud-américain, pour continuer à peser sur le football international, comme d’autres réseaux et acteurs européens essaient, à travers leur coopération sectorielle d’exister à l’échelle internationale. L’Europe est ainsi le nouveau vecteur de l’influence internationale pour des élites, y compris les élites du football. L’introduction de l’échelon européen dans l’organisation et la diffusion du football complexifie les relations au sein de l’espace footballistique. Il faut faire coexister les acteurs locaux (clubs, fédérations régionales), les acteurs nationaux, l’acteur européen et l’organisation internationale. Un jeu multi-scalaire se met ainsi en place, comme pour d’autres sports, ou encore d’autres domaines d’activités en Europe.

C’est donc à la mise en place d’une organisation politique internationale que nous invite Philippe Vonnard. Politique, elle l’est car elle tente de neutraliser les conflits entre ses membres ; car elle occupe un espace public de plus en plus vaste ; car elle mobilise des moyens étatiques pour l’organisation d’un spectacle privé. Politique, elle l’est par la diplomatie←18 | 19→ interétatique qu’elle permet ; par les opinions publiques qu’elle mobilise. Mais elle est également lieu d’hybridation pour des élites qui viennent d’autres mondes : mondes économiques, monde des médias (dont le nouveau vecteur contemporain de l’UEFA : la télévision), monde du journalisme, supporters, etc.

Le mérite de Philippe Vonnard c’est d’avoir mis en scène, grâce à l’emploi d’une importante et inédite documentation, cette Europe du football, riche de sa diversité, à travers le récit de sa genèse. Une genèse inscrite de plein pied dans les débats européens d’alors ! Un pari réussi !

Sylvain Schirmann←19 | 20→ ←20 | 21→

Introduction générale

Chaque saison, plus de trois cents clubs de football masculin et féminin1, issus des quatre coins de l’Europe, prennent part aux compétitions européennes. Ces échanges entraînent l’organisation de plus de cinq cents rencontres. S’ajoute à ces chiffres la dizaine de parties officielles ou amicales disputées annuellement par les équipes nationales, ainsi que la phase finale de l’Euro (le Championnat d’Europe pour les équipes nationales) qui est organisé tous les quatre ans. Par ailleurs, une bonne partie de ces rencontres draine des milliers de supporters qui n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres pour voir jouer leurs clubs ou leur équipe nationale, participant ainsi à l’existence d’un véritable tourisme footballistique. Notons encore que le football professionnel n’est pas seul concerné par cette circulation de personnes car d’innombrables échanges footballistiques ont lieu tout au long de l’année au niveau des jeunes et des clubs amateurs. En outre, signalons la retransmission en direct de la plupart de ces rencontres et les nombreuses émissions de télévision, quasiment quotidiennes, traitant du football d’élite européen. Enfin, pour clore ce bref et non exhaustif tableau, de juin à août et de décembre à janvier, le marché des transferts (mercato) implique une circulation intense des joueurs et entraîneurs mais aussi de capitaux ainsi que des données sur les joueurs (dans les médias ou par des organismes de statistiques privés). C’est donc peu dire que les échanges européens en matière de football sont conséquents.

Ces différents éléments permettent à Manuel Schotté d’indiquer que « si l’échelon national prime historiquement dans la structuration du football en Europe, le niveau européen est progressivement devenu un espace important »2. Cette place du football à l’échelle européenne a conduit des auteurs à se questionner sur l’hypothétique rôle du ballon←21 | 22→ rond dans la formation d’une identité européenne3 ou d’un espace public européen4, voire de considérer les compétitions européennes de football des clubs (telle la Ligue des champions) comme des « lieux de mémoire européens »5.

Pourquoi étudier le rapport entre le football et l’Europe ?

Il est intéressant de souligner que les scandales qui touchent régulièrement le domaine du football européen (violences entre supporters, paris truqués, corruption, transferts illégaux de joueurs, achats de rencontres ou d’arbitres, etc.) ne semblent pas avoir de conséquences sur la popularité des rencontres européennes et surtout ne remettent aucunement en question l’organisation de ces échanges continentaux. Ce constat paraît surprenant, d’autant qu’il contraste avec le contexte actuel d’une pensée plutôt sceptique vis-à-vis de la construction européenne dans les différents pays du Vieux Continent6.

Comme l’avait déjà étudié au début des années 2000 Andy Smith, le fait de suivre les compétitions européennes n’implique aucunement de souscrire à l’idée de la création d’une communauté politique à l’échelle←22 | 23→ géographique européenne7. Par ailleurs, William Gasparini a rappelé il y a peu qu’il fallait prendre des précautions sur le rôle du football dans le rapport entretenu à l’Europe chez ses citoyens8. Il n’empêche que ces nombreux échanges footballistiques font vivre, plusieurs fois dans l’année, l’idée d’un continent uni et doivent donc être pris en compte dans les études sur la construction européenne. Et ce d’autant plus que nous savons désormais que les processus d’intégrations ont été « à la fois plus nombreux et très différents des grands projets politiques d’après-guerre tels que, par exemple, la Communauté européenne »9. C’est d’ailleurs pourquoi Laurent Warlouzet propose plutôt d’évoquer, à la place du terme de construction européenne, l’histoire des coopérations européennes afin de rendre « justice au profond renouvellement de l’histoire de l’intégration européenne lors des deux dernières décennies »10.

Notre intérêt pour l’histoire du football européen s’inscrit justement dans ce renouvellement de perspective. Si ce jeu paraît digne d’intérêt, c’est qu’à notre sens il recèle trois caractéristiques – qui ne lui sont pas totalement propres – qui rendent cet objet particulièrement intéressant à étudier dans le cadre de l’histoire des coopérations européennes. Premièrement, il faut souligner la popularité du football dans quasiment tous les pays européens et la régularité des rencontres disputées à l’échelle européenne. En ce sens, le jeu concerne une grande partie des citoyens européens. Mais ce sont aussi les ressorts de ces échanges européens qui sont relativement bien connus, compris et surtout investis, en particulier par les couches populaires. C’est du moins ce que suggère la conclusion d’une étude réalisée par le sociologue Pierre-Édouard Weil parue en 2011 sur le rapport à l’Europe chez des populations de jeunes issus de l’immigration de←23 | 24→ la banlieue parisienne11. Ce point est important à souligner car il contraste avec l’espace européen qu’essaient de construire les institutions basées à Bruxelles, à savoir principalement l’Union européenne ou le Conseil de l’Europe, un espace européen souvent perçu comme un processus obscur, manquant de légitimité auprès des populations, voire qui concerne avant tout les élites12. En ce sens, le football fait partie de ces domaines, comme ceux des techniques13 ou de la culture14, qui arrivent à toucher quasiment de manière quotidienne une grande partie des populations du continent.

La deuxième caractéristique du football concerne le cadre compétitif dans lequel le jeu s’est rapidement structuré à l’échelle supranationale. Si les tournois, pour les clubs et les nations, créés pour la plupart dans les années 1920, se présentent rapidement comme des lieux propices à l’exacerbation des nationalismes et offrent ainsi de formidables occasions pour les États de montrer leur puissance sur la scène internationale15, la confrontation footballistique ne peut toutefois se réaliser que lorsque des règles ont été préalablement acceptées par les participants. C’est pourquoi l’affrontement nécessite de trouver des accords entre les adversaires afin de jouer ensemble. Ce point est en particulier défendu par différents promoteurs (dirigeants sportifs, journalistes, voire acteurs politiques) de ces échanges footballistiques internationaux qui imaginent que le sport peut aider à créer des rapprochements entre les populations16. Même si cette ambition peut paraître utopique, force est de constater que le←24 | 25→ football offre indéniablement de nombreuses opportunités d’organiser des parties entre des clubs, ou des équipes nationales, issus de pays éloignés géographiquement et parfois opposés dans les relations politiques internationales17.

Résumé des informations

Pages
412
ISBN (PDF)
9782807605695
ISBN (ePUB)
9782807605701
ISBN (MOBI)
9782807605718
ISBN (Broché)
9782807605640
Langue
Français
Date de parution
2018 (Juillet)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, New York, Oxford, Wien, 2018. 408 p., 7 ill. n/b, 17 tableaux.

Notes biographiques

Philippe Vonnard (Auteur)

Philippe Vonnard est Docteur ès sciences du sport et de l’éducation physique de l’Université de Lausanne. Ses recherches portent sur l’histoire transnationale des sports. Il a publié plusieurs articles scientifiques sur cette thématique et récemment coordonné Building Europe with the Ball (2016) et Beyond Boycotts. Sport during the Cold War in Europe (2017). Chercheur associé à l’Institut für Europäische Sportenwicklung und Freizeitforschung (IESF) de la Deustche Sporthochschule de Cologne, il est le co-fondateur (avec le Dr. Grégory Quin) du Réseau d’études des relations internationales sportives (RERIS).

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Titre: L'Europe dans le monde du football