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Reconstructions du Brésil dans les imaginaires littéraires français et francophones

de Leonor Lourenço de Abreu (Éditeur de volume) Ana Maria Bicalho (Éditeur de volume)
©2018 Collections 262 Pages

Résumé

L’histoire des relations culturelles entre le Nouveau Monde brésilien et la France puise ses origines dans les premiers établissements français installés dans la baie de Guanabara au cours du XVIe siècle. Des images ambivalentes des temps primordiaux – l’Indien inspirant fascination et répulsion – aux discours contemporains qui se déclinent, tantôt dans une trilogie réductrice (football, samba et carnaval), tantôt dans des images dysphoriques de réalités contradictoires, les représentations symboliques du Brésil en France ont toujours du mal à se départir du tropisme tropicaliste.
S’articulant sur un fragile équilibre d’antagonismes (paradis/enfer, exotisme/misérabilisme, solaire/taciturne, modernité/archaïsmes), le Brésil est devenu un pourvoyeur d’imaginaire aux potentialités multiples. Dans cet univers polymorphe, foncièrement complexe, ambigu, le désir et l’utopie le cèdent plus souvent qu’à leur tour au désenchantement. Leur déclinaison n’est pas pour autant la même dans les fictions françaises ou francophones.
Ce volume vise à établir un état des lieux. Il fournit quelques clés d’interprétation pour mieux comprendre les différents enjeux des représentations de ce pays-continent dans les espaces francophones européens, américains et africains. Il permet de dégager des constantes et quelques variables résultant des historicités propres aux diverses productions fictionnelles de langue française. Il propose une perspective novatrice qui s’inscrit dans une dynamique transversale de la contemporanéité francophone.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos des directeurs de la publication
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Prologue : asymétrie d’imaginaires (Marc Quaghebeur)
  • Ouverture : permanences, mutations, diffractions (Leonor Lourenço de Abreu)
  • Le système français de traduction
  • La fabrique du canon de la littérature brésilienne traduite en France (Marie-Hélène Catherine Torres)
  • Réflexions autour des inégalités littéraires : la littérature brésilienne traduite en France au xxie siècle (Marta Pragana Dantas)
  • Une vieille hantise française
  • De vieilles idées à la recherche d’un nouveau monde (Cristina Robalo-Cordeiro)
  • Domaine romanesque français
  • Femmes brésiliennes dans le roman français contemporain : Grainville, Marchal, Depestre, Quatrepoint, Delfino, Mauriac, Gary (Régis Tettamanzi)
  • Le récit de vie d’une femme française dans un pseudo-paradis brésilien : La Salamandre de Jean-Christophe Rufin (Ida Lúcia Machado)
  • L’approche de la culture amérindienne dans Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin (William de Lima Maia)
  • Un regard au-delà des stéréotypes ? Corcovado et 12, rue Carioca de Jean-Paul Delfino (Ana Maria Bicalho)
  • Domaine romanesque francophone
  • Images et mirages du Brésil dans le roman francophone de Belgique : Lucien Marchal, Conrad Detrez et Évelyne Heuffel (Leonor Lourenço de Abreu)
  • Quête identitaire et exotisme dans Pelourinho de Tierno Monénembo (Fernanda Murad Machado)
  • Le Brésil des identités instables :Noël Audet et Gilles Lapouge (Peter Klaus)
  • De Jorge Amado à Sergio Kokis : Iemanjá brésilienne dans la littérature québécoise (Licia Soares de Souza)
  • Notices bio-bibliographiques
  • Index des noms
  • Titres de la collection

Leonor Lourenço de Abreu & Ana Maria Bicalho (dir.)

Reconstructions du Brésil
dans les imaginaires
littéraires français
et francophones

À propos des directeurs de la publication

Leonor Lourenço de ABREU est docteure ès Lettres (Université Paris III) et responsable de l’enseignement du portugais à l’Université catholique de Louvain. Ses travaux portent sur Benjamin Péret et le Brésil ; les représentations du Brésil et la réception critique des auteurs brésiliens dans l’espace francophone ; les questions liées à la traduction littéraire.

Ana Maria BICALHO est docteure ès Lettres et professeure de langue française et de traduction à l’Université fédérale de Bahia (Brésil). Ses recherches portent sur les études de traduction ; les représentations du Brésil et la réception critique des auteurs brésiliens dans l’espace francophone ; l’enseignement du français au Brésil.

À propos du livre

L’histoire des relations culturelles entre le Nouveau Monde brésilien et la France puise ses origines dans les premiers établissements français installés dans la baie de Guanabara au cours du XVIe siècle. Des images ambivalentes des temps primordiaux – l’Indien inspirant fascination et répulsion – aux discours contemporains qui se déclinent, tantôt dans une trilogie réductrice (football, samba et carnaval), tantôt dans des images dysphoriques de réalités contradictoires, les représentations symboliques du Brésil en France ont toujours du mal à se départir du tropisme tropicaliste.

S’articulant sur un fragile équilibre d’antagonismes (paradis/enfer, exotisme/misérabilisme, solaire/taciturne, modernité/archaïsmes), le Brésil est devenu un pourvoyeur d’imaginaire aux potentialités multiples. Dans cet univers polymorphe, foncièrement complexe, ambigu, le désir et l’utopie le cèdent plus souvent qu’à leur tour au désenchantement. Leur déclinaison n’est pas pour autant la même dans les fictions françaises ou francophones.

Ce volume vise à établir un état des lieux. Il fournit quelques clés d’interprétation pour mieux comprendre les différents enjeux des représentations de ce pays-continent dans les espaces francophones européens, américains et africains. Il permet de dégager des constantes et quelques variables résultant des historicités propres aux diverses productions fictionnelles de langue française. Il propose une perspective novatrice qui s’inscrit dans une dynamique transversale de la contemporanéité francophone.

Pour référencer cet eBook

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Sommaire

Prologue : asymétrie d’imaginaires

Marc Quaghebeur

Ouverture : permanences, mutations, diffractions

Leonor Lourenço de Abreu

Le système français de traduction

La fabrique du canon de la littérature brésilienne traduite en France

Marie-Hélène Catherine Torres

Réflexions autour des inégalités littéraires : la littérature brésilienne traduite en France au xxie siècle

Marta Pragana Dantas

Une vieille hantise française

De vieilles idées à la recherche d’un nouveau monde

Cristina Robalo-Cordeiro

Domaine romanesque français

Femmes brésiliennes dans le roman français contemporain : Grainville, Marchal, Depestre, Quatrepoint, Delfino, Mauriac, Gary

Régis Tettamanzi

Le récit de vie d’une femme française dans un pseudo-paradis brésilien : La Salamandre de Jean-Christophe Rufin

Ida Lúcia Machado←7 | 8→

L’approche de la culture amérindienne dans Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin

William de Lima Maia

Un regard au-delà des stéréotypes ? Corcovado et 12, rue Carioca de Jean-Paul Delfino

Ana Maria Bicalho

Domaine romanesque francophone

Images et mirages du Brésil dans le roman francophone de Belgique : Lucien Marchal, Conrad Detrez et Évelyne Heuffel

Leonor Lourenço de Abreu

Quête identitaire et exotisme dans Pelourinho de Tierno Monénembo

Fernanda Murad Machado

Le Brésil des identités instables : Noël Audet et Gilles Lapouge

Peter Klaus

De Jorge Amado à Sergio Kokis : Iemanjá brésilienne dans la littérature québécoise

Licia Soares de Souza

Notices bio-bibliographiques

Index des noms←8 | 9→

Prologue : asymétrie d’imaginaires

Marc Quaghebeur

Archives & Musée de la Littérature (Bruxelles)

À l’heure des premières expansions coloniales européennes, l’utilisation du terme « Nouveau Monde » pour désigner les Amériques dessine très tôt un champ imaginaire qui ne concernera jamais ni l’Afrique ni l’Asie. Une dimension messianique, voire rédemptrice, s’attache ainsi aux représentations fantasmatiques qui accompagnèrent conquête et mise en exploitation de ces vastes territoires.

Au cœur de leur hégémonie actuelle, les États-Unis d’Amérique continuent de se prévaloir de cette sorte d’élection divine. Le vécu du second conflit mondial comme une lutte du Bien contre le Mal, puis la guerre culturelle menée par la cia durant la guerre froide1, confortèrent cette conviction. Au point d’en faire au xxie siècle un ersatz idéologique des plus sclérosants.

Dès les traités qui suivirent la Première Guerre mondiale, le pays le plus industrialisé et le plus peuplé du Nouveau Monde propose une gestion du globe dominée par ces catégories manichéistes. Elles sont défendues par le président Wilson dont Sigmund Freud dresse un éclairant portrait. Il se dit convaincu que cette pratique politique dérive directement de la « Christian Science » pour laquelle « Dieu est bon, la maladie vient du mal. La maladie est en contradiction avec la nature de Dieu. Par conséquent, puisque Dieu existe, la maladie n’existe pas ». Le docteur Wilson qui « s’intéress[ait] » si peu « à la symptomatologie et au diagnostic » réalisa dès lors « le contraire de ce qu’il désirait accomplir »2.

L’émergence impériale de l’Amérique du Nord retentit sur l’image des autres pays communément regroupés sous l’appellation d’Amérique latine, malgré la variété d’Histoires et de langues qui la composent. Cette partie←9 | 10→ méridionale et centrale du Continent avait pourtant connu des situations politiques singulières. Ainsi celles du Mexique des années 1935-1945 par rapport à la guerre d’Espagne, à l’accueil de Trotski puis des exilés européens du second conflit mondial. Durant la seconde moitié du xxe siècle, les États latino-américains plongeront toutefois les uns après les autres dans un état de sujétion qui les réduira au statut de glacis sous contrôle des usa. La révolution cubaine, qui prend corps dans un pays géré de fait par la mafia états-unienne, devint immédiatement l’intolérable exception qu’il convient de combattre à n’importe quel prix – blocus économique en tête, après l’échec du débarquement dans la Baie des Cochons.

Installées avec la complicité agissante des usa, nombre de dictatures militaires fleurissent ensuite dans le sous-continent – et cela à une époque où l’urss, qui avait remis au pas les Hongrois en 1956, faisait de même pour les Tchécoslovaques en 1968. Le Brésil ne fit pas exception à cette règle de plomb même si la dictature3 qui l’accabla particulièrement à partir de 1967 ne fut pas la plus féroce du sous-continent.

***

Nourris par le caractère singulier des grandes civilisations andines ou mexicaines, voire de cultures amérindiennes moins monumentales, des syncrétismes se nouent dans ces pays « latins » entre catholicisme et traditions religieuses indigènes mais aussi apportées d’Afrique. Tel est particulièrement le cas du Brésil. Au sein du Nouveau Monde, l’Amérique latine prend ainsi figure de différentielle foncière par rapport à l’Amérique du Nord, Québec inclus – le Brésil étant sans doute le pays qui permet d’y accrocher le plus de clichés. L’exotisation tropicaliste, dont l’Europe occidentale est friande depuis le xviiie siècle au moins, comme la hantise de l’espace de tous les possibles primordiaux deviennent dès lors une pratique usuelle pour la perception de ce vaste État dans les pays du « vieux continent ». La parenté culturelle avec ces populations sud-américaines étant plus grande qu’avec celles des pays asiatiques, le formatage imaginaire qui les concerne atteint très vite à une sorte d’idéal simplificateur à l’extrême. La réception en France, dans l’après 1945, du réalisme magique←10 | 11→ latino-américain constitue un autre exemple de ces images censées être unifiantes. Les diverses déclinaisons du fantastique ne jouent-elles pas, il est vrai, du surgissement de l’imprévu et de l’immaîtrisable dans l’apparemment proche ?

Étrangers au cartésianisme français comme à l’essentiel de la littérature de l’Hexagone, ces imaginaires dessinent du sous-continent une image d’étrangeté baroque. Qu’on le veuille ou non, les clichés ont la vie dure. Leur pérennité tient d’ailleurs à la puissance de leurs simplifications comme à leurs formes d’ancrage dans le réel. Elles évitent, ce faisant, les remises en cause, et tiennent dès lors confortablement à l’écart de ce qu’induirait le respect de la véritable altérité.

Résumé des informations

Pages
262
Année
2018
ISBN (PDF)
9782807610019
ISBN (ePUB)
9782807610026
ISBN (MOBI)
9782807610033
ISBN (Broché)
9782807610002
DOI
10.3726/b14858
Langue
Français
Date de parution
2018 (Décembre)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, New York, Oxford, Warsawa, Wien, 262 p., 4 tab. b/w

Notes biographiques

Leonor Lourenço de Abreu (Éditeur de volume) Ana Maria Bicalho (Éditeur de volume)

Leonor LOURENÇO DE ABREU est docteure ès Lettres (Université Paris III) et responsable de l’enseignement du portugais à l’Université catholique de Louvain. Ses travaux portent sur Benjamin Péret et le Brésil ; les représentations du Brésil et la réception critique des auteurs brésiliens dans l’espace francophone ; les questions liées à la traduction littéraire. Ana Maria BICALHO est docteure ès Lettres et professeure de langue française et de traduction à l’Université fédérale de Bahia (Brésil). Ses recherches portent sur les études de traduction ; les représentations du Brésil et la réception critique des auteurs brésiliens dans l’espace francophone ; l’enseignement du français au Brésil.

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Titre: Reconstructions du Brésil dans les imaginaires littéraires français et francophones
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