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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

de Olha Ostriitchouk (Éditeur de volume)
Collections 288 Pages

Résumé

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.
Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface
  • Introduction
  • Première partie. Mémoires nationales, vérités officielles et récits alternatifs
  • Mobilisations autour de la réécriturede la guerre civile espagnole
  • Mémoires de la Seconde Guerre mondialeà l’École en France
  • Ukraine : lorsque les luttes symboliques autour du passé conduisent à une guerre identitaire
  • Commémoration du déclenchement de la guerre à Westerplatte (1939-2009) : entre politiques d’État et attentes des communautés
  • De la guerre des mythes en Biélorussie
  • Deuxième partie. Les absents des grands récits : du déni à la reconnaissance
  • Une mémoire régionale en porte-à-faux avec la mémoire nationale : le cas des Malgré-nous d’Alsace et de Moselle
  • La mémoire des expulsés allemands à l’est de la ligne Oder-Neisse en 1945 : quelle place dans le récit national ?
  • Les combattants-prisonniers français de la Guerre d’Indochine : les difficiles chemins de la reconnaissance
  • La Guerre civile et le franquisme dans les romans des années 2000 : une mémoire féministe ?
  • La guerre dans le cinéma russe de la transition (1980-2002) comme moyen d’expression réflexif face à la violence étatique
  • Troisième partie. Des tensions sociétales post-conflit et des stratégies d’apaisement
  • Le travail de mémoire dans les relations franco-algériennes : limites des retrouvailles
  • Bordeaux face à son passé de port négrier : naissance et apaisement d’une controverse mémorielle
  • La commission de vérité et réconciliation du Canada : vers une décolonisation des représentations ?
  • Histoire commune, mémoires plurielles : quelques réflexions sur la conception d’un manuel d’histoire polono-allemand
  • Postface
  • Notices biographiques

Olha Ostriitchouk (dir.)

Mémoires de conflits,
mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

Géopolitique et résolution des conflits

No. 19

À propos de l’auteur

Olha OSTRIITCHOUK, Ph.D. en ethnologie de l’Université Laval et docteur en histoire et civilisations de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris est auteur de la monographie Les Ukrainiens face à leur passé (P.I.E. Peter Lang, 2013). Boursière des gouvernements provincial (Québec) et fédéral (Canada), elle a effectué deux stages postdoctoraux : d’abord à l’Université catholique de Louvain (2010-2012), puis à l’Université d’Ottawa (2012-2014).

À propos du livre

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennentelles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

Pour référencer cet eBook

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Table des matières

Préface

Valérie Rosoux

Introduction

Olha Ostriitchouk

Première partie
Mémoires nationales, vérités officielles et récits alternatifs

Mobilisations autour de la réécriture de la guerre civile espagnole

Juan E. Serrano-Moreno

Mémoires de la Seconde Guerre mondiale à l’École en France

Corinne Bonafoux

Ukraine : lorsque les luttes symboliques autour du passé conduisent à une guerre identitaire

Olha Ostriitchouk

Commémoration du déclenchement de la guerre à Westerplatte (1939-2009) : entre politiques dÉtat et attentes des communautés

Izabela Skorzynska

De la guerre des mythes en Biélorussie

Anna Zadora

Deuxième partie
Les absents des grands récits : du déni à la reconnaissance

Une mémoire régionale en porte-à-faux avec la mémoire nationale : le cas des Malgré-nous dAlsace et de Moselle

Jean-Noël Grandhomme

La mémoire des expulsés allemands à l’est de la ligne Oder-Neisse en 1945 : quelle place dans le récit national ?

Lionel Picard ←7 | 8→

Les combattants-prisonniers français de la Guerre d’Indochine : les difficiles chemins de la reconnaissance

Julien Mary

La Guerre civile et le franquisme dans les romans des années 2000 : une mémoire féministe ?

Sophie Milquet

La guerre dans le cinéma russe de la transition (1980-2002) comme moyen dexpression réflexif face à la violence étatique

David Maurice

Troisième partie
Des tensions sociétales post-conflit et des stratégies d’apaisement

Le travail de mémoire dans les relations franco-algériennes : limites des retrouvailles

Valérie Rosoux

Bordeaux face à son passé de port négrier :
naissance et apaisement dune controverse mémorielle

Renaud Hourcade

La commission de vérité et réconciliation du Canada : vers une décolonisation des représentations ?

Audrey Rousseau

Histoire commune, mémoires plurielles : quelques réflexions sur la conception dun manuel dhistoire polono-allemand

Violetta Julkowska

Postface

Bogumil Jewsiewicki

Notices biographiques ←8 | 9→

Préface

Valérie Rosoux

Maître de recherches du FNRS et professeur à lUniversité catholique de Louvain

La vie universitaire – et la vie tout court – est un long apprentissage. J’ai appris beaucoup en lisant chacune des contributions habilement rassemblées ici par Olha Ostriitchouk. Comme dans toute œuvre collective, les plumes sont les plus diverses. Concises ou soucieuses du détail, elles s’articulent autour de fils rouges mémoriels1 et s’attachent toutes à décrire des tensions épineuses et souvent douloureuses. Chaque étude de cas est une perle. Colorées et asymétriques, ces perles éclairent des processus mémoriels particulièrement emblématiques, qu’ils se situent en amont et en aval des conflits.

Diversité des plumes, diversité des acteurs étudiés – des plus officiels aux plus informels, diversité des postures de recherche. Certaines renvoient à celle de l’historien. Il s’agit de se rapprocher autant que faire se peut de la vérité, souvent malmenée dans les débats publics. D’autres s’apparentent davantage à celle du juge – voire du justicier – qui s’efforce de contribuer à l’assomption critique du passé – aussi embarrassant soit-il. D’autres encore font songer au peintre qui, contrairement à beaucoup, ne cherche pas à faire du clair avec de l’obscur. Sachant depuis Aragon qu’il n’y a pas de lumière sans ombre, ces peintres du gris nuancent les tableaux manichéens départageant de manière aussi tranchée qu’une ligne d’horizon les tonalités blanches et noires. À côté du peintre, siège l’ethnologue qui observe, guette, écoute inlassablement pour comprendre les scénarios qui se jouent. Enfin, certaines voix sont celles de l’archéologue convaincu que l’on comprend mieux ce qui se vit aujourd’hui en fouillant les traces de ce qui persiste, bravant les haussements d’épaules qui signifient qu’il est vain de revenir aux malentendus d’hier.←9 | 10→

Au-delà de cette pluralité d’approches, l’ensemble des voix reprises dans l’ouvrage fait preuve de finesse, d’audace et de respect. C’est d’abord avec finesse que les auteurs réunis ici pointent les usages du passé conflictuel. Selon que les protagonistes observés se situent au nord ou au sud, à l’est ou à l’ouest, au centre ou en périphérie, sur la scène officielle ou en coulisse, à droite ou à gauche, les interprétations des mêmes faits varient à l’envi. L’existence de tensions au sujet de la narration du passé n’est pas problématique en soi. Elle prouve au contraire une certaine vitalité de la mémoire2. Ce n’est donc point la pluralité des mémoires qui pose question, mais leur incompatibilité. D’où l’importance de recourir à la fois aux regards historiographique et sociologique pour repérer les mises en récit susceptibles de coexister, quelles que soient leurs divergences.

C’est ensuite avec audace que la directrice de l’ouvrage a dynamisé et mené à bien l’équipée. Tel un marin au long cours, elle fit preuve de détermination pour glaner et féconder l’ensemble des réflexions qui, laissées à elles-mêmes, ressemblent plus à des papillons qu’à des pièces de puzzle bien découpées. L’aventure s’est construite étape par étape. C’est à l’initiative de Tristan Landry qu’un colloque intitulé « Conflits des mémoires, mémoires des conflits et pacifications des mémoires » est organisé les 3 et 4 mars 2011 dans le cadre de l’Université de Sherbrooke. Olha Ostriitchouk entreprend aussitôt un dialogue avec chaque contributeur afin de consolider la trame commune des réflexions et de rédiger l’introduction, tandis que Bogumil Jewsiewicki conclut les propos en beauté. Parmi les vents porteurs du projet figure celui du CECRI (Centre d’études des crises et des conflits internationaux de l’Université catholique de Louvain) qui a pour vocation d’accueillir et de dynamiser ce type de projets.

C’est enfin avec respect que sont envisagés les protagonistes invoqués tout au long de cet ouvrage. Morts ou vivants, démunis ou puissants, ils sont écoutés – dans leurs paroles mais aussi, et parfois surtout, leurs silences. De fait, les analyses qui prennent pour terrain les champs mémoriels requièrent des porte-parole – je songe ici particulièrement aux visages de tous ceux qui ne peuvent plus témoigner, emportés par la violence passée. Elles requièrent tout autant des porte-silence pour prendre la mesure des ravages suscités par cette violence.

Sous cet angle, la question qui se pose avec acuité dans chacun des chapitres de cet ouvrage pourrait être résumée comme suit : comment tenir compte à la fois des êtres qui se taisent à jamais, de ceux qui furent torturés,←10 | 11→ de leurs descendants – rarement réconciliés, et des générations à venir de part et d’autre des frontières, qu’elles soient physiques ou mentales ? Ce questionnement met en lumière un délicat jeu d’équilibre entre empathie et pragmatisme. La recherche inlassable de cet équilibre ne constitue-t-elle pas précisément l’une des caractéristiques majeures des politiques dites mémorielles ? Celles-ci sont-elles dès lors des politiques publiques comme les autres ? La question est ouverte.

Au-delà des débats scientifiques, puisse chacune des voix reprises dans ces pages inspirer le lecteur curieux et peut-être soucieux de « planter une objection » dans le champ du malheur. Cette belle formule de Henri Bauchau invite à donner la parole au poète. C’est la grande poétesse polonaise Wisława Szymborska qui clôturera :

Après chaque guerre,

il faut bien nettoyer.

Un peu d’ordre dans tout ça

ne se fera pas tout seul.

Quelqu’un poussera les gravats

sur les côtés des routes,

pour qui puissent passer

les charrettes de cadavres.

Quelqu’un devra patauger

dans la fange et les cendres,

dans les ressorts des divans,

dans les débris de verres,

Résumé des informations

Pages
288
ISBN (PDF)
9782807600461
ISBN (ePUB)
9782807600478
ISBN (MOBI)
9782807600485
ISBN (Broché)
9782807600454
Langue
Français
Date de parution
2016 (Septembre)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2016. 285 p., 2 tabl.

Notes biographiques

Olha Ostriitchouk (Éditeur de volume)

Olha Ostriitchouk, Ph.D. en ethnologie de l’Université Laval et Dre en histoire et civilisations de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris est auteur de la monographie Les Ukrainiens face à leur passé, PIE Peter Lang, 2013. Boursière des gouvernements provincial (Québec) et fédéral (Canada), elle a effectué deux stages postdoctoraux : d’abord à l’Université catholique de Louvain (2010-2012), puis à l’Université d’Ottawa (2012-2014).

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