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Ethique chrétienne et développement durable

Au fondement d’une éthique chrétienne et environnementale face aux défis du développement durable

de Alain Boubag (Auteur)
©2021 Monographies 328 Pages

Résumé

Loin d’être un phénomène absolument inédit dans l’histoire de l’humanité, la crise
sanitaire liée à la covid-19 en constitue plutôt une constante. Elle advient non seulement
comme un fait divers, mais intervient comme un véritable vecteur de révolution. À dire
vrai, au-delà des dégâts qu’elle inflige individuellement à ses victimes, elle bouleverse
de manière relativement profonde un certain nombre de pratiques que l’on tendait à
estimer aussi immuables que les fondements de la terre. Il serait impossible au préfacier
et fastidieux pour ses destinataires d’égrainer ici la litanie exhaustive des cas de mutations
culturelles issues des épidémies. Il nous suffit juste, pour nous en convaincre, de nous
souvenir, comme l’a démontré récemment Kyle Harper, que la chute de l’empire romain
s’explique par la propagation des maladies. Plus proche de nos jours, au siècle dernier, un
ensemble de catastrophes sanitaires ont considérablement changé nos moeurs culinaires
et nos traditions alimentaires.
Ces situations donnent à penser que la durabilité de l’homme tient aussi à sa manière
d’habiter la terre ou de cohabiter avec les autres vivants aussi microscopiques soient-ils.
Cette fragilité, que la volonté de puissance effrénée de l’homme sur son environnement
pourrait enfouir dans l’oubli ou dans le refoulement, revient sans cesse à la surface à
la faveur des épidémies qui surgissent de manière répétitive dans notre histoire. Il se
construit donc une sorte d’articulation entre la durabilité de l’homme et son rapport à la
nature.
Alain Patrick Anicet Boubag, dont nous suivons le parcours intellectuel depuis ses étapes
initiales jusqu’aux sommets actuels de la spécialisation, projette un faisceau de lumière
sur cette dialectique homme-nature. Il interroge les influences réciproques de ces deux
entités à l’aide des principes de l’éthique chrétienne. La réflexion qu’il propose est
manifestement brûlante d’actualité. Elle ne saurait, de ce fait, laisser indifférent aucun
esprit raisonnablement constitué. En effet, même si le christianisme ne représente pas
une référence déterminante pour nos options existentielles, ces dernières se vivent dans
un espace culturel où l’impact, même discret ou inconscient de cette religion, demeure
effectif. Le réalisme recommande donc de s’intéresser à la pensée chrétienne en matière
environnementale

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Préface
  • Table des matières
  • Introduction générale
  • Chapitre 1. Une éthique environnementale de la durabilité du développement
  • 1.1 Clarification des concepts
  • 1.2 L’éthique de l’environnement : sa nature
  • 1.3 Le défi de l’éthique de l’environnement face au monde contemporain
  • 1.4 L’environnement comme un bien commun ou bien public mondial
  • 1.5 Notre approche de la durabilité et de la soutenabilité du développement
  • 1.5.1 Durabilité et soutenabilité
  • 1.5.2 Le concept de soutenabilité
  • 1.5.3 Soutenabilité faible
  • 1.5.4 Soutenabilité forte
  • 1.5.5 Soutenabilité et tendances conservationnistes
  • 1.6 Les enjeux éthiques du développement durable
  • 1.7 La question des générations futures dans le processus de développement durable
  • 1.7.1 La question des futures générations dans l’éthique de la crise climatique
  • 1.7.2 Le statut moral des personnes futures
  • 1.7.3 La question de la solidarité entre Générations Présentes (GP) et Générations Futures (GF)
  • 1.7.4 Obligations morales des Générations Présentes
  • 1.7.5 Anticipation des droits des générations futures, fonctions de droits et fonctions d’obligations.
  • 1.8 Les générations futures et présentes face au principe de précaution
  • 1.8.1 Une graduelle reconnaissance
  • 1.8.2 Le concept de principe de précaution : une esquisse de définition
  • 1.8.3 Les approches scientifique et politique du principe de précaution
  • 1.8.3.1. L’approche scientifique
  • 1.8.3.2. L’approche politique
  • 1.8.3.3. Les limites relatives au principe de précaution
  • Conclusion
  • Chapitre 2. Ethique environnementale et développement durable : place et droits de la nature
  • 2.1 Valeur intrinsèque de la nature
  • 2.2 Valeur intrinsèque et raison d’être
  • 2.3 Valeur intrinsèque – valeur instrumentale
  • 2.4 Valeur sur mesure
  • 2.5 Le caractère non-anthropocentrique de la valeur intrinsèque
  • 2.6 Développement durable et défis écologiques à relever
  • 2.6.1 Dans les pays du Sud
  • 2.7 Développement durable et cohérence temporelle
  • 2.8 La bonne gouvernance climatique
  • 2.9 Le principe de la responsabilité historique
  • 2.9.1 La responsabilité historique revêt-elle un caractère national, collectif ou mondial ?
  • 2.9.2 L’aspect éthique de la responsabilité historique : comment assumer cette historicité ?
  • 2.9.3 Le principe du pollueur-payeur
  • 2.9.4 Développement durable et responsabilité du pollueur
  • 2.9.5 L’homme face au climat
  • 2.9.6 Développement durable et relation de réciprocité
  • 2.9.7 Développement durable et empreinte écologique
  • 2.9.7.1 L’empreinte écologique
  • 2.9.7.2 La comptabilité de l’empreinte écologique
  • 2.9.7.3 Les standards de l’empreinte écologique
  • 2.9.7.4 Les limites de l’empreinte écologique
  • Conclusion
  • Chapitre 3. Ethique environnementale et développement durable : une approche théologique
  • 3.1 Le défi de l’éthique de l’environnement face au développement durable
  • 3.2 Tempérance au cœur du développement durable
  • 3.2.1 Tempérance et crise environnementale actuelle
  • 3.2.1.1 La tempérance, une vertu
  • 3.2.1.2 La tempérance chez les Grecs
  • 3.2.1.3 Chez Thomas d’Aquin
  • 3.3 La tempérance, une éthique de l’autolimitation
  • 3.3.1 Tempérance et modération : simplicité dans la fermeté
  • 3.3.2 Une éthique de la tempérance dans la convivialité
  • 3.3.3 La tempérance face à la crise environnementale et le confort matériel
  • 3.3.4 La tempérance face à une crise d’une ampleur mondiale
  • 3.4 La tempérance comme mesure
  • 3.4.1 Tempérance et style de vie
  • 3.5 Tempérance et Intégrité de la création
  • 3.5.1 Sens de l’intégrité de la création
  • 3.5.1.1 Dimensions de l’intégrité de la création : respect et appréciation
  • 3.5.1.2 Intégrité et gérance de la création
  • 3.5.1.3 Intégrité de la création comme moyen de participation à un environnement sain
  • 3.5.3 Pour une écologie chrétienne
  • 3.5.3.1 Vers une écologie sociale et intégrale
  • 3.5.3.2 Vers une écologie de la splendeur de la création
  • 3.5.4 La théologie de l’environnement comme théologie de la sobriété
  • 3.5.5 Esquisse d’un impact de la théologie africaine sur la crise écologique
  • 3.5.5.1 Une christologie africaine de la vie dans un environnement vital
  • 3.5.5.2 Une christologie de la vie basée sur la vie communautaire
  • 3.5.5.3 Une Christologie de la vie qui s’oppose à la mort et au malheur
  • 3.5.4.1 La sobriété à laquelle l’Eglise doit s’atteler
  • 3.5.4.2 La sobriété des leaders religieux et spirituels
  • 3.5.4.3 La sobriété exigée de tous
  • Conclusion
  • Conclusion générale
  • Bibliographie

Introduction générale

Nous avons choisi d’aborder cette thématique, à un moment où l’humanité tout entière vit une période de confinement inédite. Qui aurait pu penser en 2020 que la moitié de l’humanité vivrait un jour confinée chez elle ? Qui aurait pu rêver qu’au 21ème siècle, un petit virus aurait pu arrêter notre monde engagé en toute vitesse vers une arrogance de puissance ? Qui aurait pu imaginer que le monde de l’industrie si puissant, le monde de la médecine si robuste et le monde de l’économie si florissant et si résistant, auraient plié devant la déflagration d’un virus sorti de quelque part en Asie et que celui-ci renverrait tous nos experts en médecine et en virologie vers leurs petites notes ? Qui aurait pu croire que les églises du monde entier, fermeraient leurs portes, un dimanche de Pâques, jour de la résurrection pour les chrétiens, par peur d’un petit virus ? Les images de la Place Saint-Pierre à Rome vide de monde en pleine semaine sainte 2020, resteront à jamais dans les mémoires. Et pourtant le christianisme est placé sous l’onction d’un Seigneur qui guérit les malades et ne recule pas devant la mort, surtout lorsqu’il s’agit de donner sa vie pour ceux qu’on aime, c’est-à-dire ses frères et sœurs ? Qui aurait pu deviner que les pays les plus puissants du monde, n’auraient aucune idée de la manière de gérer pareille crise, laissant des dizaines de milliers de leurs citoyens perdre la vie, l’emploi et le moral mental ? Qui aurait cru… ? Qui aurait pensé… ? Qui aurait imaginé… ? Qui aurait deviné… ?

Ce sont autant de questionnements qui renvoient à la réelle capacité de l’homme à faire face à l’invisible et à l’imprévu, le non-planifié. Comment est-ce possible que le monde du 21ème siècle en 2020, réagisse avec autant d’amateurisme devant un virus comme cela a été le cas avec la grippe espagnole en 1918–1919 ? Cette pandémie grippale de 1918 a tué près de 5% de la population mondiale, entre 20 à 50 millions de décès.2 De 1918 à 2020, plus d’un siècle s’est écoulé et les avancées de la médecine en matière de guérisons et de traitements de maladies ont été phénoménales. Et pourtant la crise sanitaire de la covid-19, a le mérite de montrer que de nombreuses avancées restent nécessaires pour une maîtrise encore plus importante de toutes les maladies et virus qui peuvent attaquer l’humain.

La crise sanitaire planétaire de 20203 pose à l’évidence la question de la durabilité de nos développements. Elle met en péril les rares acquis de l’humanité sur ←13 | 14→tous les plans et relance celle de la conservation de la nature et des écosystèmes. En effet, les mouvements de confinement dans la moitié du monde entier ont permis de porter un regard autre sur l’espace naturel. ‘La nature revit’ a-t-on entendu dire ici et là. Mais comment s’est manifestée cette nouvelle vie de la nature, si tant est qu’il est possible de parler de ‘nouvelle vie’ ?

Le propos de notre réflexion ne sera pas tant de nous pencher sur la relation entre la covid-19 et l’environnement même si nous y reviendrons quelques fois. Notre objectif est de dégager la relation intrinsèque qui lie l’éthique chrétienne de l’environnement à la durabilité du développement aussi bien en temps de crise qu’en temps normal. Avec la crise de la covid-19, les enjeux environnementaux et développementaux restent les mêmes pour notre humanité : trouver un équilibre entre la vie de l’homme dans un environnement dégarni de sa structure fondamentale naturelle.

Trois chapitres vont constituer l’essentiel de notre parcours. Le premier chapitre s’attellera à établir un lien intrinsèque entre l’éthique chrétienne de l’environnement et la durabilité du développement. Ceci ne pourra se faire que si nous arrivons à définir le plus clairement possible les concepts et les réalités qui sous-tendent simultanément éthique chrétienne de l’environnement et la durabilité de développement. Nous gardons à l’esprit que notre propos revêtira une connotation éthique et théologique ; nous nous chargerons de définir les contours éthiques et théologiques que nous comptons donner aux terminologies de durabilité et de soutenabilité. La réflexion morale s’enclenche à partir du moment du moment où l’humain se pose la question de l’équilibre entre son existence et sa dignité fondamentale. « Comment va-t-il honorer concrètement le désir de vie bonne qui l’anime ? Comment va-t-il élaborer une histoire cohérente dans la succession des choix et des décisions qu’il est provoqué à opérer ? Comment se construira-t-il ainsi comme être singulier, en instaurant un style de vie original, tout en demeurant solidaire de ses semblables ainsi que de l’humanité actuelle et à venir ? »4←14 | 15→

Le deuxième chapitre discutera de la compétence de l’éthique environnementale dans la mise en place d’un développement durable dont l’objectif sera la prise en compte de la valeur intrinsèque de la nature et de son environnement au cœur même de la croissance économique et industrielle mondiale. Il s’agira de voir comment l’homme, confronté au développement fortement industrialisé de son espace de vie et de confort, peut concéder des ‘droits à la nature’. Le concept de ‘droits’ à ce niveau renferme en son sein les notions de coopération, de collaboration et de relation avec la nature dans laquelle l’humain s’épanouit. Ce chapitre tentera de répondre à la question du regard purificateur de l’humain sur la nature qui l’entoure. Il donnera également un léger aperçu de la conception chrétienne de la notion de bien commun.

Le troisième chapitre va développer une théologie qui s’immerge dans le développement durable pour initier une croissance intégrale de l’homme à l’égard de l’économique, du moral et de l’environnement. Le développement durable peut-il revêtir des formes de développement intégral en prenant en considération tous les aspects de la vie de l’homme ? L’écologie intégrale à laquelle le pape François est attaché, sera le sous-bassement de ce dernier chapitre. Il est fondamental que l’humain tire les conséquences sous-jacentes aux différentes crises qu’il traverse et qu’il ne cesse de connaître. Les crises économiques et industrielles ont montré l’incapacité de l’homme à contenir toutes les aspirations vers la richesse matérielle. Les crises sanitaires et écologiques vont-elles lui montrer le visage de l’échec des politiques de santé et d’environnement mises sur pied depuis de nombreuses décennies ? Une chose est sûre : l’humain doit se reprendre en main au risque de s’enfoncer dans des crises perpétuelles sans fin. Faudra-t-il encore attendre de nombreuses morts pour que certaines politiques soient enfin bannies et qu’un autre système de gouvernance puisse enfin voir le jour ? Prévenir vaut mieux que guérir dit l’adage ; le monde naturel n’est-il pas en train de révéler à l’humain qu’une éthique chrétienne environnementale constante et sans tergiversations s’impose ? L’écologie intégrale révèle qu’il n’y a pas « deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. »5


2H.J., « La grippe espagnole, la mal nommée, » Population, vol. 28e année, no 1, 1973, p. 136–137.

3Nous l’appellerons ainsi même si les traces de ce virus remontent déjà à la fin de l’année 2019. Nous retiendrons que c’est en 2019, qu’il s’est le plus manifesté et qu’il s’est le plus fait connaître. En dépit de son apparition en 2019, le virus ne s’est réellement fait connaître que lorsque les pays européens ont commencé à en être affectés. Le Covid-19 est un acronyme de la langue anglaise : COronaVirus Infectious Disease 2019. Voir Muthiah Vaduganathan, Orly Vardeny, Thomas Michel et John J.V. McMurray, « Renin–Angiotensin–Aldosterone System Inhibitors in Patients with Covid-19, » New England Journal of Medicine, 30 mars 2020.

4André Talbot, « Le développement durable : un défi pour l’engagement chrétien, » Transversalités 1, n° 109 (2009) : 83.

5Pape François, Laudato Si’. Sur la sauvegarde de notre maison commune (Paris : Cerf, 2015), n° 139.

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Chapitre 1. Une éthique environnementale de la durabilité du développement

1.1 Clarification des concepts

Robin Attfield définit l’éthique environnementale comme « l’étude des questions et principes normatifs relatifs aux interactions de l’homme avec son milieu naturel, au contexte dans lequel elles s’inscrivent et à leurs conséquences. C’est une branche très importante de l’éthique appliquée dont les particuliers, les entreprises et les gouvernements doivent implicitement s’inspirer pour déterminer et évaluer les principes influant sur leurs politiques, leurs modes de vie, et leurs actions concernant l’ensemble des problèmes environnementaux et écologiques. »6 Cette définition comporte deux parties intéressantes qui sont intrinsèquement liées les unes aux autres. La première partie de la définition met en exergue les interactions de l’homme avec son milieu naturel sans insister sur l’influence quelconque que l’humain pourrait avoir sur ce milieu. « L’éthique s’appuie sur une réflexion intellectuelle, faite de savoirs, de raisonnements, de procédures. Cette réflexion éthique est nécessaire pour nous aider à agir dans le monde. »7 A priori, il s’agit simplement d’une interaction de l’homme avec son environnement. Cette interaction devient éthique à partir du moment où elle s’intéresse aux questions et principes normatifs qui participent à cette interaction. La deuxième partie de la définition porte un regard particulier sur les conséquences qui découlent de l’interaction de l’humain avec son milieu naturel. Ces conséquences déterminent une partie de l’éthique environnementale dans la mesure où elles en appellent à la conscience de l’humain qui est le seul à pouvoir juger du caractère juste de ses actes. « Dans une acception large, l’éthique environnementale peut être définie comme l’étude des liens entre l’espèce humaine et les autres espèces vivantes et inanimées de la biosphère. Ce champ de réflexion questionne les fondements moraux des rapports entre l’homme et la nature et analyse les implications sociétales en termes de devoirs et d’obligations selon deux angles d’approche : l’un de nature biocentrée et l’autre de nature anthropocentrée (Larrère, 1997 ; Larrère, ←17 | 18→Larrère, 1997). Cette dernière considère la protection des éléments de la nature (biodiversité, espaces naturels, ressources) en incluant également la question de leur transmission aux générations futures, tandis que l’approche biocentrée étend à tous les êtres vivants (animaux, plantes, écosystèmes…) la considération morale. Selon le positionnement retenu, les implications pour la protection des ressources peuvent être différentes. »8

L’éthique de l’environnement va donc se donner la capacité morale et consciencieuse de mettre l’humain devant ses responsabilités quant à l’usage qu’il fait de l’environnement dans lequel il vit. Le milieu environnemental est garant de sa protection naturelle et lui garantit un espace de vie nécessaire à sa survie. Elle détermine une conscience, la conscience de la responsabilité que l’humain porte sur son milieu de vie. Il est un être porteur d’un jugement moral quant à son influence négative ou positive dans sa relation avec la nature. L’éthique, de manière générale, insiste fondamentalement sur le perçu conscientiel des événements et elle pousse à une réflexion morale sur les actions posées en vue d’établir des normes, des limites et même des devoirs. L’environnement constitue une donnée qui accompagne l’humain dans le processus de déploiement de la vie. Car il n’y a pas de vie sans l’environnement et l’environnement se résume à l’état de sa naturalité sans une vie humaine qui l’accompagne et l’entoure9. C’est à ce niveau que se pose la question de l’encadrement de l’environnement. L’environnement est ici entendu comme l’ensemble des éléments biotiques et même abiotiques qui contribuent à l’épanouissement de la vie de l’humain et de toutes les autres espèces animales et végétales. L’environnement c’est également « l’ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d’agir sur les organismes vivants et les activités humaines. » Là où l’homme de science parle d’environnement et de milieu naturel, la théologie va parler de la création. De mon point de vue de théologien, le concept de création comporte une approche plus vaste et plus complexe de l’élément environnemental. Il arrivera un moment où j’utiliserai les concepts de création et d’environnement pour indiquer une réalité pas fort éloignée l’une de l’autre.

Notre propos ici ne sera pas de faire une exégèse historique de l’éthique de l’environnement ni encore d’en développer les différents courants. Nous nous ←18 | 19→en tiendrons principalement à la place et au rôle qu’elle pourrait assumer dans un climat de totale dégradation de l’environnement et de ce qui pourrait être sa contribution. Une éthique de l’environnement s’avère être une orientation morale importante dans la mesure où le rôle dévolu et attribué à toutes les espèces vivantes dans la biodiversité et les écosystèmes se doit d’être repensé. « […] les hommes se posent des questions qui ne se rapportent pas simplement à l’usage prudentiel, mais au respect et aux devoirs [envers la nature] […] Qu’il doive y avoir une éthique de l’environnement, ajoute-t-il, ne peut être mis en doute que par ceux qui ne croient en aucune éthique. »10

1.2 L’éthique de l’environnement : sa nature

Bien que l’éthique de l’environnement soit une discipline assez récente, il n’empêche qu’elle prend en compte les aspects éthiques qui entourent la protection et la préservation de l’environnement. Son objectif premier est de fournir « une justification éthique et une motivation morale à la cause de la protection mondiale de l’environnement. »11 L’éthique de l’environnement est une discipline dont l’originalité repose sur le fait d’avoir pris des distances par rapport aux courants anthropocentriques, utilitaristes et instrumentalistes de la nature qui, durant plusieurs années, voire plusieurs siècles, ont affirmé et soutenu la primeur de ←19 | 20→l’homme sur toutes les autres espèces, alors que, comme le souligne Rolston, les êtres humains ne devraient assumer que la responsabilité morale de veiller et surveiller le monde.12 Cette vérité anthropocentrique est celle-ci : « Les humains ont besoin des produits de la nature : bois, eau, sol, ressources naturelles. Ils apprécient les agréments qu’elle leur offre : faune, et flore sauvages, panoramas, lieux de loisirs, solitude. Dans cette optique, l’éthique environnementale se fonde sur ce que nous pourrions appeler un droit de l’homme à la nature. Certains devoirs envers les personnes peuvent concerner la nature, mais ce ne sont pas directement des devoirs envers les animaux, les plantes, les espèces, les écosystèmes. La nature est un instrument au service du bien humain. »13 L’éthique de l’environnement s’est démarquée du pôle anthropocentriste pour prôner une relationalité14 équitable et égalitaire entre toutes les espèces qui sont partie prenante dans le dispositif des écosystèmes et de la biodiversité.15 Pour cela, elle prend en considération trois principes moraux importants qui lui permettent de faire de « la protection de l’environnement une cause commune de l’humanité. »16 Il s’agit des principes de la justice environnementale, de l’égalité intergénérationnelle et du respect de la nature. Avec ces principes, se pointe à l’horizon la question de la valeur intrinsèque et de la valeur de la morale de la nature. Si la nature existe et se déploie, ce n’est pas uniquement pour servir de réservoir de richesses naturelles à l’homme mais c’est aussi pour créer, maintenir et perpétuer un équilibre dont ←20 | 21→toutes les espèces vivantes ont besoin. Il n’existe aucune harmonie sans cet équilibre naturel, moral et environnemental. « L’écosystème équilibrant ne se réduit pas simplement à une masse de forces contraires. C’est un système d’équilibrage de valeurs. Les forces sélectives qui y sont à l’œuvre transcendent et produisent les vies individuelles des plantes et des animaux. »17 Le rapport, je dirai un nouveau rapport de l’humain à l’endroit de son environnement, de son écosystème et de sa biodiversité, prédomine désormais de cette éthique de l’environnement. L’humain prend en compte et réalise que tout un système est indispensable pour réaliser la vie. L’humain y joue son rôle, tout comme toutes les créatures participent à la réalisation de la vie par le travail très infime, mais combien important, pour le maintien d’un écosystème harmonieux. Dans cette perspective l’affirmation d’Attfield peut nous être utile lorsqu’il parle de l’éthique de l’environnement comme d’une discipline qui « consiste en l’étude des questions et principes normatifs relatifs aux interactions de l’homme avec son milieu naturel, au contexte dans lequel elles s’inscrivent et à leurs conséquences. »18

De mon point de vue, c’est à cette prise de conscience que doit travailler et collaborer l’éthique de l’environnement. La crise climatique a outrepassé les frontières et les limites du raisonnable. Les dégâts constatés sur l’ensemble de l’environnement mondial sont énormes et immenses. Les prédictions des scientifiques du GIEC laissent le commun des mortels perplexe. La prise de conscience a eu lieu et il est de l’intérêt de la communauté humaine de la prolonger. Et cette prise de conscience repose aujourd’hui sur une prise en compte de ce que nous avons appelé la valeur intrinsèque de la nature. Comment concevoir et comprendre le caractère intrinsèque de la nature surtout lorsque Kwiatkowska la définit comme « ce qui est autre qu’humain. »19←21 | 22→

1.3 Le défi de l’éthique de l’environnement face au monde contemporain

L’éthique de l’environnement devra rester fidèle à la ligne de conduite qu’elle s’est fixée et aux objectifs qu’elle se doit d’atteindre au risque de livrer le monde et la nature à un non-répit écologique.

Le monde contemporain est marqué par plusieurs manières de penser qui conçoivent la nature dans diverses perspectives comme nous l’avons évoqué plus haut. L’éthique de l’environnement n’échappe d’ailleurs pas à cette tendance de courants de pensée divers. Ce qu’il lui faut à présent tenir pour essentiel, c’est « l’engagement en faveur de la conservation des communautés biologiques »20 et non plus de rester uniquement centré sur l’humain, considéré comme l’être qui incarne la valeur par excellence. C’est l’un des points principaux sur lesquels l’éthique de l’environnement doit poursuivre sa campagne de sensibilisation et de prise de conscience pour mettre l’homme en face d’une réalité qui devient de plus en plus incontournable.

La question majeure à laquelle l’éthique de l’environnement doit s’atteler n’est plus de savoir si la nature possède en elle une valeur mais comment préserver l’excellence de cette valeur ? La crise climatique atteint un niveau de gravité tel que l’on ne peut plus continuer à se poser des questions sur la nature des êtres qui nous entourent mais comment contribuer à leur préservation afin de maintenir l’équilibre naturel adéquat pour les écosystèmes et la biodiversité. « Les humains doivent et peuvent, certes, utiliser la nature pour leurs besoins, en quoi ils ne diffèrent pas des autres créatures vivantes. Toutefois, étant des agents moraux, les humains sont tenus […] de vivre de manière à préserver l’excellence et la richesse du royaume biotique dans sa totalité. »21 Est-il possible que cela puisse être autrement ? Tel est le défi principal que l’éthique de l’environnement doit relever : amener l’homme à modifier sa relation dans le rapport avec la nature et son environnement, l’épargnant ainsi de la qualification de ‘prédateur de la nature’.22 Ne pas le faire, c’est maintenir la nature dans une sorte d’esclavage physique et ←22 | 23→moral. « Devrions-nous préserver la biodiversité pour elle-même, ou bien pour répondre au mieux aux intérêts humains ? Formuler cette question en opposant les humains au monde naturel est une erreur, mais nous demander si nous devrions sacrifier notre souci de la justice sociale pour défendre les intérêts des écosystèmes ou préserver les espaces vierges est une question sérieuse. »23 Cette intervention pose la question de l’harmonie ou de la cohésion de l’homme avec la nature qui l’entoure. Cette cohésion avec la nature nous replonge dans cette belle réflexion de Monga Wa Matanga à propos de la nature qui fascine et inspire l’homme. « Très concrètement, suivre la nature, pour l’homme, c’est tendre à sa fin naturelle : le bonheur, l’humanité intégrale, l’achèvement de soi tel que la raison l’envisage. Suivre la nature, c’est ensuite, se conserver et se développer harmonieusement ; vivant et sensitif, évoluer selon les lois de la vie, respectant les fonctions sensitives, nutritives ou reproductrices en acceptant leurs lois primordiales ; être pensant, tenir compte, dans ses vouloirs, de cette caractéristique de l’homme. Suivre la nature, c’est enfin à la lumière de ces notions générales et de leurs tendances consécutives, se décider, en chaque cas, conformément à ce que réclame, par elles, la raison organisatrice de la vie humaine. »24

Une cohésion harmonieuse avec la nature ne passe pas nécessairement par un attachement instinctif ou naturel à la nature car « si l’homme épuise la nature, les désordres écologiques seront trop importants pour que l’homme survive. »25 Le devoir d’éducation n’est-il pas indispensable et incontournable ?←23 | 24→

L’éthique de l’environnement ne doit-elle pas s’installer dans une dynamique qui éveille une conscience écologique et qui se re-déploie dans une pratique constante de la vertu de la tempérance que nous développerons dans la deuxième section de ce chapitre. Loin d’être une science idéalisée, l’éthique de l’environnement est « une discipline concrète, car elle a pour objet principal d’inculquer aux citoyens d’aujourd’hui le souci de la nature, indispensable à la vie des générations présentes et futures qui, ensemble, forment la communauté humaine. La qualité de la vie environnementale des générations futures dépend de l’éducation morale de celles qui les auront précédées. »26 Il n’est pas possible que l’éthique de l’environnement ait une influence considérable dans la compréhension et l’approfondissement de la nature de l’écologie si elle ne développe et ne favorise pas une attitude éducative, « au service de la durabilité, »27 qui peut aider à rapprocher l’homme de la nature. Ce rapprochement passe avant tout par un respect réel de la place que doit occuper la nature dans l’environnement et aussi par l’attitude que les êtres humains doivent adopter à son égard ainsi qu’à l’égard de tous les organismes vivants. Dans ce sens, l’éducation permet aux « citoyens d’avoir la capacité permanente d’acquérir des connaissances, d’agir et de réfléchir tout au long de leur vie. »28 Cette attitude éducative est incontournable dans l’optique d’un changement de comportement et de prise en compte de la valeur des autres organismes vivants. C’est un véritable travail de vigilance et d’éveil à la responsabilité morale et écologique29 que l’éthique de l’environnement doit entreprendre. Le caractère utilitaire de la nature a-t-il encore sa raison d’être lorsque celle-ci n’est plus en mesure de répondre à toutes les demandes des humains en termes de ressources naturelles, minières, pétrolières et aussi bien des ressources renouvelables que non-renouvelables ? Quid des organismes vivants si la terre se vidait de toutes ses richesses comme cela semble se confirmer avec les déficiences de l’empreinte écologique ?30 Au-delà de la question de l’empreinte écologique, c’est ←24 | 25→toute la problématique d’accès aux ressources qui est ici revisitée pour la préservation de l’espace environnemental. Cet accès que les nations riches se sont accaparé en laissant les nations pauvres croupir dans une misère indéniable alors que la nature offre et propose des richesses dont toutes les espèces devraient pouvoir se servir.

Après avoir analysé les contours liés à la valeur intrinsèque de la nature et les défis de l’éthique de l’environnement, il nous faut à présent examiner comment la vertu de la tempérance peut prendre son appui sur le caractère intrinsèque de la nature et le rôle de l’éthique de l’environnement dans la crise climatique actuelle.

1.4 L’environnement comme un bien commun ou bien public mondial

L’idée de bien commun remontre à de nombreuses traditions et exige un retour dans l’histoire de la pensée philosophique avec Platon, Aristote et Thomas d’Aquin pour une meilleure approche de sa teneur. Nous n’allons pas faire cette démarche car l’idée de communalité31 que nous voulons accorder au terme environnement renvoie beaucoup plus à l’idée de bien collectif. « Le “commun” représenterait cette nouvelle conception de l’appartenance, qui s’oppose en même temps à la propriété privée et à la propriété publique, plus cohérent avec les exigences liées au développement de la personne humaine. »32 Nous sommes confrontés à une notion, celle du bien commun qui n’est pas figée.33 C’est pourquoi il nous arrivera de parler de bien commun au même titre que des biens communs. « Les “biens communs” représenteraient des droits nouveaux qui permettraient aux citoyens de n’être pas exclus de la jouissance des biens essentiels et de participer aux décisions qui les concernent. »34←25 | 26→

S’il est évident que cette notion de ‘biens communs’ (common-pool resources CPR) remonte assez loin dans l’histoire, il n’en demeure pas moins qu’elle a subi un renouvellement grâce à Elinor Ostom qui la définit désormais comme une catégorie de biens limités dont l’accès est possible à tout le monde.35 La notion de biens communs se confond souvent dans celle des biens publics mondiaux et leur marge de différence n’est pas fort grande dans la mesure où ces deux notions désignent des biens similaires « servent toutes deux de support théorique pour fournir des modes de gestion adaptés et efficaces pour faire face aux problèmes environnementaux. »36 Nous n’avons pas non plus voulu restreindre cette section sous le dénominatif de bien collectif, pour ne pas être empêché d’évoquer le caractère communal de l’environnement comme bien. Car il faut admettre que « collectif et commun ont été refusés par l’individualisme juridique, car ils étaient perçus comme une menace pour le modèle propriétaire qui a représenté le paradigme unique des sociétés bourgeoises. »37 Il nous faut admettre que la notion de biens communs n’est pas toujours facilement maîtrisée et qu’elle comporte de nombreuses zones d’ombre. Ce sont des biens tournés vers des intérêts généraux et collectifs en prenant en compte les droits fondamentaux des citoyens.38 La plupart des auteurs qui ont étudié la question des biens communs s’accordent pour y inclure « l’environnement, le paysage et le territoire. Environnement, paysage et territoire sont, en effet, des biens dont l’utilisation affecte l’intérêt général, la plupart des intérêts de la vie quotidienne de la collectivité ainsi que, évidemment, les droits fondamentaux des citoyens. »39←26 | 27→

L’idée de bien commun a exceptionnellement engendré un intérêt vers les biens publics, les biens publics globaux et les biens publics mondiaux.40 Les biens communs d’un côté et les biens appartenant au secteur public constituent ontologiquement la notion même du domaine public. Plutôt que de nous appesantir sur l’environnement comme bien commun, nous allons prendre appui sur la notion de bien public mondial pour une meilleure approche du bien environnemental. Le bien commun recèle en son sein les composantes de rivalité et de non-excluabilité.41 La rivalité du bien commun réside dans la conception que la consommation de ce bien par un individu pousse inéluctablement la réduction de l’usage de celui-ci par les autres individus. Le fait que le climat soit endommagé par quelques-uns entraîne le reste de la population mondiale à ressentir les mêmes effets, peu importe le niveau de ce ressenti. Quant au caractère non-excluable des biens communs, il est admis que nul ne peut être exclu de la consommation ou de l’usage de ces biens. Cet usage n’est en aucun cas soumis à aucune transaction financière ou de quelqu’autre contrat. Ce sont des biens qui se prêtent à un usage public et parfois même naturel. Ils sont à la disposition permanente de ceux qui souhaitent l’utiliser. C’est exactement le cas de l’environnement.42 L’Etat, peut, le cas échéant, être mis à contribution pour aider au respect de la consommation de ces biens. Dans le cas contraire, il est facilement possible de basculer dans la tragédie des communs décrite par Hardin. Dans cette tragédie des communs, l’épuisement des ressources est vite envisageable dans la mesure où les consommateurs ne tiendraient pas en compte le renouvellement naturel des ressources et s’emploieraient à un usage exagéré étant donné que ces biens sont laissés à la disposition de tous. Contrairement à la théorie de la main invisible d’Adam Smith,43 la tragédie des communs nécessite la mise en ←27 | 28→place d’un système de propriété collective pour réguler la gestion commune des biens mis à disposition des citoyens. Il est en effet admis pour Smith avec la théorie de la main invisible, les consommateurs, guidés par leurs intérêts personnels et individuels, sont à l’origine de la richesse et du bien commun.

La théorie de Hardin plonge les consommateurs dans un dilemme pas évident à résoudre. Il s’agit de faire le choix soit de l’optimisation de l’utilité individuelle ou soit de l’unité collective. L’exemple qu’il donne est assez illustratif de la situation. Il prend en exemple une vallée dans laquelle les fermiers ou éleveurs peuvent conduire leurs troupeaux et leurs bétails pour s’alimenter et s’abreuver. Cette vallée procure à chaque fermier un avantage considérable car il permet à celui-ci de croître son troupeau tandis que dans le même temps le fermier ne paie rien en contrepartie pour l’entretien de la dite vallée. Ce qui va nécessairement et incontournablement conduire à une surexploitation de la vallée car celle-ci n’est pas directement sous la responsabilité d’un éleveur bien précis. C’est à l’ensemble des fermiers qu’il revient de prendre soin de ce patrimoine environnemental qui devient alors un bien collectif avec la possibilité de chaque éleveur d’y exercer le droit de la propriété collective.44 Or lorsque tout le monde est responsable. C’est alors, que d’après lui, doit surgir l’Etat pour réglementer l’accès à la vallée et en assurer une bonne gestion dans l’intérêt commun de tous, en organisant les droits de propriété (droits exclusifs qui peuvent être publics ou privés). Dans cette perspective, « les biens communs seraient une nouvelle typologie de droits fondamentaux qui n’aurait aucune connexion ni avec le paradigme propriétaire ←28 | 29→et individualiste ni avec le paradigme autoritaire de l’État. »45 L’Etat a comme mission fondamentale, la prise en charge de l’intérêt public et national. Il revient à l’Etat d’assumer ses responsabilités en toute légalité et dans le respect des lois en vigueur et de garantir cet intérêt national. « Or, cet intérêt général national, souvent réduit à l’intérêt de l’État national, commence à souffrir lorsque la légitimité de l’État en place commence, elle, à s’éroder. Avec la crise de l’État centralisateur et son incapacité à embrasser la complexité croissante des sociétés, l’intérêt général national est de plus en plus remis en question, notamment avec le développement du local comme échelle pertinente de gestion territoriale dans un monde globalisé. »46

Ostrom va beaucoup plus loin dans sa réflexion sur les biens communs. Il estime que des organisations volontaires peuvent prendre le relais de l’Etat pour faciliter la gestion et la consommation de ces biens. Il évoque ainsi comme exemple la tenure communale de prairies et de forêts, des communautés d’irrigation, des droits relatifs à l’eau ainsi que des sites de pêche. Il est du point de vue selon lequel, un bien commun environnemental, comme par exemple un lieu de pêche, pourrait être mieux conservé et mieux protégé si la gestion de ce lieu est confiée aux usagers locaux. Ils en prendront soin de manière particulière pour s’assurer que l’activité, à laquelle ils sont attachés, continue de porter des fruits et assurer leur subsistance. C’est de cette manière uniquement qu’une surexploitation du lieu serait sans nul doute évitée, épargnant ainsi aux usagers locaux la perte d’un bien commun capital pour leur existence. « Selon cette perspective, le débat concernant le commun constitue une recherche d’une alternative à la globalisation économique qui conduit tout selon la logique marchande qui a imposé un modèle de développement qui surexploite les ressources naturelles en mettent en péril les équilibres environnementaux de la planète. Ce débat contribue à l’élaboration d’un modèle social, économique et juridique alternatif. »47

Résumé des informations

Pages
328
Année
2021
ISBN (PDF)
9783631859087
ISBN (ePUB)
9783631859094
ISBN (MOBI)
9783631859100
ISBN (Relié)
9783631855065
DOI
10.3726/b18842
Langue
Français
Date de parution
2021 (Août)
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 328 p., 5 ill. n/b, 1 tabl.

Notes biographiques

Alain Boubag (Auteur)

Alain Boubag est prêtre. Il est docteur en Théologie de l’Université Catholique de Leuven en Belgique. Spécialisé en Ethique de l’environnement, il est promoteur d’une naissante théologie de l’environnement en quête d’approfondissement.

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Titre: Ethique chrétienne et développement durable