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Construction et déconstruction du politique par les médias européens depuis 1975 (Espagne, France, Royaume-Uni)

de Marie-Soledad Rodríguez (Éditeur de volume) Claire Decobert (Éditeur de volume)
Collections 244 Pages

Résumé

Que serait la politique sans les médias ? Les liens étroits qui unissent ces deux
champs invitent à s’interroger sur la manière dont la sphère médiatique traite le
politique, construit et déconstruit l’image des hommes et femmes politiques, choisit
de mettre en lumière telle question de société plutôt qu’une autre. Dans le présent
ouvrage, seize chercheurs se sont penchés sur ces questions en proposant une
réflexion sur les interactions entre médias et politique dans le contexte européen
depuis 1975. Ils examinent les rapports complexes entre ces deux sphères dans trois
pays européens – la France, l’Espagne et le Royaume-Uni – en s’intéressant à l’image
des personnalités politiques, au traitement des revendications indépendantistes, aux
manipulations médiatiques et, enfin, aux documentaires « politiques ».

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos des directeurs de la publication
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction (Marie-Soledad Rodriguez et Claire Decobert)
  • Femmes et hommes politiques sous le regard des médias
  • Les nouveaux metteurs en scène : la politique française au prisme de son imaginaire cinématographique, de Giscard-Depardon à Hollande-Rotman. (Raphaël Jaudon)
  • Construction et déconstruction d’un « chouchou de l’opinion », la réception de la communication de Michel Rocard par les médias français de 1974 à 1995. (Pierre-Emmanuel Guigo)
  • Regards croisés sur la figure de la députée républicaine Clara Campoamor. (Catherine Saupin)
  • Du documentaire au biopic : la figure d’Adolfo Suárez et le mythe de la Transition. (Marie-Soledad Rodriguez)
  • La (re)construction de l’image de Margaret Thatcher dans le biopic The Iron Lady (Karine Rivière-De Franco)
  • Les femmes politiques espagnoles face aux stéréotypes dans les médias et sur les réseaux sociaux. (Carole Viñals)
  • Mouvements indépendantistes et représentations
  • D’ennemis publics à artisans de la paix. Retour sur le parcours médiatique de Gerry Adams et Martin McGuinness. (Élodie Gallet)
  • Le dessin de presse face à la violence de l’ETA (1974–2004) : contre-pouvoir ou outil de propagande politique ? (Ludivine Thouverez)
  • La médiatisation du processus séparatiste en Catalogne : enjeux politiques et positionnements idéologiques. (Alexandra Palau)
  • Manipulations médiatiques ?
  • « Tous menteurs ? » – Quand le fact-checking modifie les rapports du journalisme au politique. (Laurent Bigot et Jérémie Nicey)
  • Operación Palace ou la vraie-fausse complicité du Politique et des médias : l’affabulation au service de la société ? (Pierre-Paul Grégorio)
  • Símbolos de la identidad catalana en el documental televisivo: bandera, fiesta e himno en la pequeña pantalla (Laia Quílez Esteve)
  • Des documentaires au service d’un discours politique
  • «Cada ver es…Una deconstrucción metafórica desde la Guerra Civil hasta la Transición española» (María Teresa Nogueroles Núñez)
  • De Madrid a Libre te quiero: los documentales de Martín Patino y el mito de la Acción Colectiva (Esther Sánchez-Pardo)
  • Le documentaire sur Podemos Política. Manual de instrucciones de Fernando León de Aranoa : du récit à la propagande ? (Claire Decobert)
  • Les auteur.e.s
  • Titres de la collection

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Marie-Soledad Rodriguez et Claire Decobert

Introduction

Dans les démocraties européennes, la sphère politique a besoin de rendre publique son action puisqu’elle doit informer les citoyens de ce qu’elle fait (Mercier, 2017 : 15). La communication constitue ainsi un droit pour l’électorat, qui souhaite se tenir au courant de l’action du gouvernement mais aussi des projets politiques concurrents afin de former sa propre opinion. Parler de communication revient aussitôt à évoquer les médias – presse, télévision, radio, web – qui « sont essentiels au fonctionnement de la démocratie » (Martin, 1978 : 129) et ont pour vocation de refléter le pluralisme politique qui caractérise nos sociétés contemporaines. Ces médias ont, idéalement, pour mission de transmettre des informations aux citoyens en adoptant la plus grande impartialité possible afin que ces derniers disposent d’un « large éventail d’opinions sur les enjeux d’intérêt public » (Gingras, 2012 : 687) et soient à même de déchiffrer et comprendre le monde dans lequel ils vivent. Ainsi, comme le rappelait André Laurens, la vocation des médias est de fournir une information qui « concourt à la formation de citoyens responsables » (1995). La multiplication des médias et l’accélération de la circulation de l’information, catalyseurs de la vie démocratique, sont censées assurer la transparence entre les gouvernants et les gouvernés et faciliter l’accès du plus grand nombre de citoyens aux affaires publiques. Ces moyens de communication s’adressent, de manière indirecte et très rapide, à un vaste électorat et, dotés d’une certaine crédibilité, ils ont une forte capacité à créer la vérité et, ensuite, à la répandre (Schuliaquer, 2016 :13). En outre, les médias peuvent apparaître parfois comme un contre-pouvoir politique lorsqu’ils se présentent en tant que contrôleurs de l’action publique et mènent des investigations qui dévoilent aux citoyens ce que gouvernants ou hommes politiques souhaitaient maintenir secret (Koren, 2008 : 43). Parce que certains médias ne doivent théoriquement rendre de comptes à aucune instance et seraient idéologiquement indépendants, journalistes et réalisateurs ont parfois pu bénéficier auprès du public d’une très bonne réputation : en révélant, grâce à leurs enquêtes, les dérives de certaines institutions ou les malversations de politiciens, ils ont rappelé les principes de nos sociétés démocratiques et confirmé la capacité de certains médias à faire office de « quatrième pouvoir ».

Toutefois, force est de constater que certains médias ont abandonné leur mission première d’information et que se pose alors la question de la liberté ←7 | 8→d’expression de ces médias face aux pouvoirs politiques et économiques mais aussi celle du « filtrage de l’information » (Swaelen, 1994) puisque ce que recherchent les médias est avant tout une certaine rentabilité économique, garante de leur survie. Ainsi, le monde médiatique est parfois taxé de complicité avec la sphère politique et on le soupçonne aussi de se livrer à des stratégies plus ou moins honnêtes pour manipuler l’opinion (Bernier, 2016 : 10). Alors que construire et offrir une information étayée nécessite un certain temps de recherche, apparaissent désormais des articles et des émissions politiques où il ne semble pas qu’ait été vérifiée la véracité des faits rapportés, faits exposés souvent dans la précipitation. Il n’est pas rare que, pour séduire le public, des chaînes de télévision et même une certaine presse privilégient les débats autour de « scandales politiques » au détriment d’une analyse éclairante des programmes politiques ou de l’action gouvernementale (Payette, 2013). Cette mutation a d’ailleurs pu être encouragée par la nouvelle demande des citoyens qui s’intéressent aux anecdotes et aux menus détails de la vie privée des hommes politiques plutôt qu’aux débats d’idées (Charbonneaux, 2015). Et pour s’assurer l’attention des lecteurs ou téléspectateurs, ces médias privilégient alors le divertissement ou l’émotionnel, l’infotainment remplace l’information (Chandler et Munday, 2020 : 438).

Certains médias sont, de surcroît, fortement liés à de grands groupes économiques ou dépendent d’aides publiques, ce qui les incite à ne pas traiter certains sujets ou à aborder une question selon un point de vue orienté ou encore à se faire le porte-parole de la collectivité politique qui les finance. Et les journalistes se gardent bien de mettre en avant les liens qui existent entre les médias pour lesquels ils travaillent et « certaines grandes entreprises – qui sont souvent leurs principaux annonceurs », de sorte qu’ils ont des « intérêts commerciaux et économiques » communs (Vommaro, 2016 : 90). Si le rôle idéal des médias est donc d’être « totalement neutres […] sans chercher à modeler l’opinion publique » (Laclau, 2016 : 69), il n’en est pas toujours ainsi même s’il convient de nuancer ce constat comme le rappelle Jérôme Clément : « Les images peuvent décerveler mais elles peuvent aussi éclairer, ouvrir des perspectives, éduquer. La véritable influence des médias s’exerce sur les mentalités des citoyens, en les informant, les éclairant, les guidant » (2010 : 7778).

Sans doute, ne faut-il pas oublier que ce sont les femmes et les hommes politiques qui se trouvent au cœur de la communication politique orchestrée par les médias. C’est pourquoi ils cherchent non seulement à trouver leur place au sein de ceux-ci mais aussi à construire une image positive, susceptible de séduire les futurs électeurs. Ainsi, les hommes politiques sont d’ordinaire préoccupés par leur mise en scène et leur comportement est motivé par la volonté ←8 | 9→de montrer leur capacité à agir en affichant leur pouvoir de faire changer les choses ou, comme l’écrivait Pierre Bourdieu, « les hommes politiques sont en représentation, agissent pour être vus agissant, donnent la représentation du bon représentant » (1981 :15). Certes, l’image des politiciens que les médias construisent peut parfois paraître négative car associée à la mauvaise gestion des fonds publics, l’inefficacité ou le trop fort goût du pouvoir. Et ces critiques ont inévitablement des conséquences sur l’image de la politique, qui souffre alors d’un fort discrédit, et produisent un éloignement des citoyens de la chose publique (Uriarte, 2001).

Notes biographiques

Marie-Soledad Rodríguez (Éditeur de volume) Claire Decobert (Éditeur de volume)

Marie-Soledad Rodriguez est Maîtresse de conférences habilitée en civilisation espagnole à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Ses recherches relèvent des études culturelles et concernent les relations entre cinéma et politique, les représentations genrées, les controverses politiques et mémorielles en Espagne à travers le filtre des médias. Elle a publié La Guerre Civile dans le cinéma espagnol de la démocratie (2020) et dirigé les ouvrages collectifs Le cinéma de Julio Medem (2008), Le fantastique dans le cinéma espagnol contemporain (2011). Claire Decobert est Maître de conférences en civilisation espagnole à l’université d’Orléans depuis 2013. Ses recherches portent principalement sur la sphère politique et médiatique en Espagne : communication, marketing et discours politiques Elle a co-dirigé deux ouvrages Stratégies politiques et représentations médiatiques dans les sociétés européennes de 1945 à nos jours (2018) et Recherche et transmission des cultures étrangères (2020).

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