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Les chaînes de télévisions celtiques face à la globalisation

Résistance, convergence et déterritorialisations

de Pierre Costecalde (Auteur)
©2022 Monographies X, 404 Pages

Résumé

Les stations de télévision en langue celtique: TG4 (Irlande), S4C (pays de Galles), BBC Alba (Ecosse), France 3 Bretagne et Brezhoweb (Bretagne) s’appuient sur des langues dont les démographies restent, pour certaines, aléatoires. L’irlandais, le gallois, le gaélique d’Ecosse et le Breton dépendent pour leur survie, de lois, de plans, de stratégies initiés par divers gouvernements ainsi que de l’application de la charte européenne des langues régionales et minoritaires. Dans un environnement désormais bilingue, plusieurs facteurs vont jouer un rôle crucial pour la survie de ces langues: l’enseignement, l’opinion publique et les stations de télévision. Celles-ci affrontent non seulement une concurrence féroce dans un espace audiovisuel ultra-fragmenté, mais doivent aussi sans cesse accroître leurs audimats et leurs parts de marché afin de maintenir ou d’augmenter des subventions trop souvent jugées insuffisantes. L’avenir de ces télévisions territorialisées, se trouve dans la déterritorialisation par internet et par la télévision connectée, de leurs flux d’émissions grand public, en particulier les sitcoms et les soap operas dont le sous-titrage optionnel en anglais ou en français est susceptible d’étendre leurs audiences ainsi que leurs budgets.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Liste des cartes et tableaux
  • Sigles et acronymes
  • Introduction
  • chapitre 1 TG4, une chaîne partagée entre territorialisation et déterritorialisation
  • chapitre 2 BBC ALBA, S4C, BREZHOWEB, FRANCE 3 BRETAGNE: des chaînes territorialisées
  • chapitre 3 Émettre dans un espace télévisuel mondialisé et ultra-fragmenté : conséquences et enjeux
  • Conclusion
  • Bibliographie
  • Index
  • Titres de la collection

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Cartes et tableaux

Carte 1.1 : Pourcentage d’irlandophones dans chaque comté

Carte 2.16 : Le Gaidhealtachd et les zones où le gaélique est pratiqué

Carte 2.17 : Pourcentage de gallophones compétents dans les autorités locales

Carte 2.18 : Nombre de bretonnants par ‘pays’

Tableau 1.1 : Répartition des Gaelscoils en Irlande

Tableau 1.2 : Les revenus de TG4 de 2004 à 2016

Tableau 1.3 : Les revenus commerciaux de TG4 de 2004 à 2015

Tableau 1.4 : Les parts de marché de TG4 de 1997 à 2015

Tableau 1.5 : Pénétration de TG4 en 2012 et 2013

Tableau 1.6 : Activité du site internet de TG4

Tableau 1.7 : Niveau des sous-titrages envisagé et réalisé entre 2005 et 2011 pour TG4 (%)

Tableau 1.8 : Objectifs de sous-titrage 2012–2018 pour TG4

Tableau 1.9 : Performance de TG4 par rapport aux niveaux de sous-titrage fixés par le BAI pour 2012–2015

Tableau 1.10 : Pourcentage d’émissions doublées et non doublées en 2012–2013

Tableau 1.11 : Heures de sous-titrage et de doublage produites par les producteurs indépendants de 2013 à 2015

Tableau 1.12 : Nombre d’heures d’émissions en irlandais←vii | viii→

Tableau 1.13 : Diffusion des émissions en heures et par langue

Tableau 1.14 : Pénétration quotidienne moyenne consolidée de TG4 par groupes d'âges en 2014

Tableau 1.15 : Audimat de TG4 entre 2013 et 2015

Tableau 2.19 : Les Welsh Medium Schools : statistiques générales

Tableau 2.20 : Heures statutaires fournies à S4C par la BBC en 2014–2015

Tableau 3.21 : Le budget de S4C de 2007 à 2016

Tableau 3.22 : Subventions de BBC ALBA de 2007 à 2016

Tableau 3.23 : Audience de TG4 de 2007 à 2015 (télévision non connectée)

Tableau 3.24 : Audience de TG4 de 2013 à 2015 en Irlande du Nord (télévision non connectée)

Tableau 3.25 : Activité du service internet de TG4 de 2007 à 2015

Tableau 3.26 : Visionnage des émissions en ligne de BBC ALBA

Tableau 3.27 : Les audiences sur internet des émissions en breton de FRANCE 3 Bretagne

Tableau 3.28 : Fréquentation du site de BREZHOWEB de 2014 à 2017

Tableau 3.29 : Sous-titrage des émissions de S4C de 2007 à 2012

Tableau 3.30 : Sous-titrage des émissions de S4C de 2013 à 2016

Tableau 3.31 : Thèmes familiaux et relationnels dans les trois soap operas et les deux sitcoms

Tableau 3.32 : Thèmes sociaux abordés dans les trois soap operas et les deux sitcoms

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Introduction

Cette étude est une radiographie de cinq chaînes de télévision en langue celtique à un moment donné. Elle se propose de partir de la chaîne en langue irlandaise TG4 comme cas de figure et d’adopter une approche comparative par rapport à quatre autres chaînes : S4C (Pays de Galles), BBC Alba (Écosse), FRANCE 3 Bretagne et enfin BREZHOWEB pour les émissions en breton. Ce qui caractérise ces chaînes est qu’elles émettent dans des pays ou « nations1 » où une langue celtique est encore parlée. Le terme « pays » va désigner ici, « un territoire cohérent sur le plan géographique, culturel, économique ou social2 ». Cette analyse aborde la période allant de 2010 à 2016. Elle correspond aux conséquences de la crise économique de 2008 sur les chaînes celtiques. Quatre appartiennent au service public, à l’exception de BREZHOWEB, qui est une chaîne de télévision privée en breton sur internet. S4C diffuse des émissions en langue galloise, BBC Alba, en langue gaélique et FRANCE 3 Bretagne certaines émissions en breton. Ces chaînes ont été choisies parce qu’elles font partie de « L’Arc Atlantique3 » c’est à dire des « nations » ou régions celtes dont l’Écosse, l’Irlande, l’Ile de Man, pays de Galles, Cornouailles, Bretagne, Asturies, Galice, « riveraines de l’Atlantique » de l’Atlantique4 ». Trois chaînes (irlandaise, galloise et écossaise) sont situées dans un environnement où la langue majoritaire est l’anglais tandis que FRANCE 3 Bretagne et de BREZHOWEB émettent dans un ←1 | 2→milieu où la langue dominante est le français. Toutes sont confrontées à un problème de minorisation sociologique dans un espace déterminé, un territoire, que nous appellerons « l’espace des lieux5 » que Manuel Castells a défini comme un espace qui « privileges social interaction, and institutional organization on the basis of physical contiguity6 ». C’est dans cet espace que « la contiguïté des pratiques, le sens et la fonction et la localité sont en fonction étroite7 » là « se situent ces activités et ceux qui y prennent part8 ». On peut ainsi se demander, à quel avenir sont vouées ces chaînes connectées en langue minoritaire disponibles sur plusieurs supports audiovisuels, et quels sont le contexte et les conditions de leur maintien. À cette analyse des enjeux pour chaque chaîne succédera une analyse plus large des effets de la globalisation et en particulier, des flux financiers et des budgets. Cela permettra d’évaluer leurs possibilités d’évolution dans l’avenir. Mais, d’abord, il faut définir ce que l’on entend par médias traditionnels et nouveaux médias.

Le mot « média » désigne deux groupes. Dans le premier se trouvent les médias de masse comme la télévision et dans le domaine qui nous occupe, les chaînes de télévision en langues celtiques. La communication est unidirectionnelle et va d’un émetteur vers plusieurs récepteurs. Cette simultanéité de la temporalité de la réception est désormais modifiée par l’usage de la vidéo à la demande (VOD.) et par la possibilité de rediffusion en différé ou replay. Enfin, l’information diffusée est linéaire et se déroule selon des séquences prédéfinies9. Le deuxième groupe est constitué des médias numériques et électroniques et repose sur l’ordinateur, l’informatique et les nouvelles technologies de l’information. Cette multiplicité des moyens d’information est illustrée par la phrase emblématique de Marshall Mc ←2 | 3→Luhan : « The medium is the message10 ». Elle signifie que la nature d’un médium (le canal de transmission) compte plus que le sens du contenu du message. Les informations ou flux transportés par les réseaux télévisés ont alors une valeur différente de ceux qui sont reçus par internet ou par SMS sur un téléphone mobile. Par exemple, la nature du médium pourra influencer le choix que fait une classe d’âge face aux différentes plateformes audiovisuelles qui lui sont proposées : télévision, ordinateur, téléphone mobile ou tablette. Une autre caractéristique des médias numériques et en particulier d’internet, est leur interconnexion au niveau global, c’est-à-dire à l’échelle mondiale. Cela nous amène à la notion de « village global » ou de « village-monde » élaborée par McLuhan11, et qui est toujours l’objet de nombreux débats. Force est néanmoins de constater la justesse de sa métaphore car elle souligne les effets unificateurs de la technologie de la communication et de l’interdépendance croissante du monde qui résultent de l’expansion des réseaux de communication.

Depuis la fin du XIXème siècle, on a commencé à faire référence à la « culture-monde » définie d’abord par « la fin de la disparition de la culture et de l’économie, ensuite par l’excroissance de la sphère culturelle et enfin par l’absorption de celle-ci par l’ordre marchand12 ». Il s’agit de la culture de consommation hypertrophique et généralisée qui a été traitée par l’École de Francfort sous le nom « d’industries culturelles ». Elle consiste en œuvres médiatiques et reproductibles destinées au marché de grande consommation. Olivier Voirol a écrit que, selon les théoriciens de l’École de Francfort, Max Horkheimer et Théodor Adorno13, « la culture moderne […] qui porte en elle-même une promesse d’émancipation et de liberté extérieure à la valorisation capitaliste et à tout rapport instrumental devient donc le socle de processus marchands et industriels14 ». Les principales ←3 | 4→articulations conceptuelles énoncées dans la Théorie critique des médias ont gardé une partie de leur actualité, par exemple la dépendance économique des chaînes de télévision à l’égard des données fluctuantes de l’audimat, des recettes publicitaires et des subventions d’États, de régions ou de pays. C’est le cas de la plupart des chaînes. Par ailleurs, si les médias sociaux ne font pas directement l’objet de cette étude, ils s’y rattachent car ils reposent sur des flux d’images, de sons et de textes qui affectent simultanément toutes les plateformes audiovisuelles connectées qui seront vitales pour l’avenir des langues minoritaires.

Ne seront pas pris en compte dans cette étude les aspects purement linguistiques des langues et des programmes diffusés. Il s’agit de confronter les objectifs et les résultats de cinq chaînes face à des conjonctures économiques et technologiques qui favorisent les grandes chaînes en langue majoritaire dans un espace audiovisuel global ou « espace des flux ». Ce dernier selon Manuel Castells fait référence à la possibilité technologique et organisationnelle de pratiquer la simultanéité sans la contiguïté. La plupart des fonctions dominantes de la société en réseaux, les marchés financiers, les réseaux de production transnationaux, les réseaux de médias, les formes de gouvernance mondiale mises en réseau, les mouvements sociaux mondiaux sont organisés autour de « l’espace des flux15 ». Nous verrons qu’il existe une tension et même une « disjonction » comme l’appelle Appadurai entre cet espace télévisuel global et l’espace local ou « espace des lieux ». On déterminera ensuite comment il est possible à ces cinq chaînes d’étendre leur audience au-delà de leurs « espaces des lieux » respectifs et de « déterritorialiser16 » leurs flux d’émissions en langue minoritaire. Mais qu’entend-on par langue majoritaire ou minoritaire ?

Une langue est dite majoritaire quand elle est la langue usuelle de la majorité des habitants d’un territoire. Le concept de langue minoritaire en est le corollaire. En effet, le terme « langue minoritaire » tend à rendre compte d’une langue en situation d’infériorité numérique. Ainsi l’irlandais, le gaélique d’Écosse, le gallois et le breton sont-elles des langues minorisées ←4 | 5→car leur exercice sociétal normal dans les domaines communicationnels est, à des degrés divers, réduit. Pour des raisons de simplification nous utiliserons l’expression « langue minoritaire » en référence aux quatre langues. L’Union européenne a donc établi « une charte de protection des langues régionales et minoritaires ». D’après la Direction générale de politique interne du Parlement européen, il existe selon l’UNESCO, 128 langues en danger dans l’Union européenne. Parmi celles-ci, vingt-deux sont considérées comme vulnérables, dont le basque, le gallois et l’irlandais, quarante langues sont considérées comme menacées […] quarante et une langues sont sérieusement en danger dont le breton et le gaélique d’Ecosse17. L’irlandais, le gaélique d’Écosse, le gallois sont toutes trois des langues minoritaires par rapport à l’anglais, de la même manière que le breton est une langue minoritaire par rapport au français Ces langues composent ce qu’on appelle le celtisme, terme flou mais que définit ainsi Lauren Anne-Killian Brancaz : « L’Écosse, l’Irlande, le pays de Galles, la Cornouailles, l’Ile de Man et la Bretagne sont reconnus comme les six nations celtiques partageant un héritage historique, littéraire, folklorique, culturel, artistique et linguistique commun18 ». Ces langues ont surtout une valeur symbolique dans la construction d’une identité collective19 et d’une identité celtique20de « communautés imaginées » selon Benedict Anderson. Ce terme est repris par le sociologue Arjun Appadurai. Dire qu’une communauté est imaginée ne veut pas dire qu’elle n’est pas moins réelle. Par leur prestige, elle participe à promouvoir la représentation d’une culture contemporaine vivante qui est cruciale pour la survie d’une langue ←5 | 6→dans un environnement audiovisuel globalisé. Mais qu’entend-t-on par globalisation ?

Selon Marc Abélès, l’emploi du concept de « global » apparaît adéquat pour rendre compte du niveau d’intégration et d’interconnexion qui est désormais atteint. Il se traduit par la perception empirique chez les individus, par-delà leurs attaches territoriales et leurs identités culturelles, d’une appartenance à un mode global21. Il existe une tension entre des chaînes de télévision implantées en Irlande, au Royaume-Uni ou en Bretagne et les innombrables chaînes qui ont envahi le paysage audiovisuel européen contemporain. Cette intégration et cette interconnexion sont non seulement culturelles mais aussi sociales, financières et économiques. Ces flux globaux entrainent des conséquences pour les chaînes de télévision, en particulier dans le domaine économique. Pour Abélès, la globalisation est aussi « un processus pluridimensionnel brouillant les repères traditionnels, reconfigurant les relations entre le singulier et le collectif et affectant en profondeur les modes de pensée et d’agir aux quatre coins du monde22 ». Nous partons du constat que les communautés de langue irlandaise, gaélique, galloise et bretonne et leurs chaînes de télévision sont affectées directement et indirectement par le processus de globalisation. Ce dernier se manifeste par une concurrence accrue entre les chaînes dans le but d’augmenter leur part de marché et leurs financements.

Prenant en compte un environnement audiovisuel ou mediascape23 où l’éphémère remplace le permanent, il a paru utile de partir des travaux et des appareils critiques de Manuel Castells et d’Arjun Appadurai, deux sociologues des médias. Tous les deux ont étudié l’impact des flux culturels globaux (parmi lesquels les flux des médias télévisés) sur les groupes humains et les conséquences qui peuvent en découler. Une étude de la chaîne en langue minoritaire TG4 va permettre de montrer qu’elle est ←6 | 7→soumise aux aléas de la mondialisation. La chaîne irlandaise qui émet dans un territoire ou « espace des lieux », dépend de plusieurs facteurs linguistiques, institutionnels, économiques, financiers et sociologiques pour survivre et fonctionner. Partagée entre deux types de téléspectateurs, irlandophones et anglophones son financement dépend en partie de l’audimat de ses émissions. Les autres chaînes, S4C, BBC ALBA, FRANCE 3 Bretagne et BREZHOWEB sont confrontées aux mêmes problèmes que TG4.Une étude comparative de ces chaînes et des langues sur lesquelles elles s’appuient traitera des procédures et moyens employés par chacune d’elle pour remplir leur mission. Ces chaînes implantées dans « l’espace des lieux » diffusent leurs émissions dans « l’espace des flux 24 » au-delà de leurs territoires respectifs grâce aux nouvelles technologies numériques. Elles subissent toutes les conséquences de la globalisation, de l’impact des autres chaînes étrangères dans « l’espace des flux » et de la prédominance du financescape, c’est à dire des flux financiers25 sur leur fonctionnement. Afin d’étendre leurs audiences, elles ont recours à des stratégies diverses : achats d’émissions étrangères, diffusion de formats d’émissions éprouvés, doublage et surtout sous-titrage. Toutes les chaînes utilisent des modèles d’émissions « hybrides », mélangeant des éléments reflétant l’identité culturelle de leurs pays et des emprunts plus « globalisants », surtout d’origine anglo-saxonne comme le montrent les soap operas et les sitcoms.

Enfin, une étude comparative de trois soap operas et de deux sitcoms sera abordée afin déterminer, d’une part, des éléments culturels identitaires et, d’autre part, ceux correspondant à des formats transculturels préétablis et globalisés. Deux formats, le soap opera et la sitcom, ont été choisis par rapport aux autres types d’émissions : journaux télévisés, documentaires, ou émissions dramatiques pour leur popularité et leur très forte audience. Ce sont aussi des formats transnationaux qui associent étroitement lieux, personnages, et langue26. Il s’agira de dégager les caractéristiques qui appartiennent aux identités nationales et celles, plus générales, qui appartiennent ←7 | 8→aux domaines des flux globaux transnationaux et qui pourraient s’apparenter à une homogénéisation des contenus.

Il existe bien, en effet, une tension entre homogénéisation et hétérogénéité : les flux culturels transnationaux ont tendance à devenir indigènes, à être assimilés car, pour les communautés de petite taille comme les communautés de locuteurs en langues celtiques, il existe toujours une peur de l’absorption culturelle par des communautés plus grandes, en particulier lorsqu’elles coexistent. C’est le cas des communautés d’irlandophones27, de gaélophones, de gallophones ou de brittophones à proximité de langues majoritaires comme l’anglais ou le français. Pour des raisons de clarté nous distinguerons « l’espace des lieux », qui est celui de l’expérience humaine, des communautés linguistiques, des stations de télévision, des pays, de celui de « l’espace des flux ». Celui-ci est l’espace dominant, un espace global, car « les sites de l’espace des flux peuvent être bien connectés entre eux, à l’échelle globale et être complétement désarticulés des sites environnants »28. Il est évident que « l’espace des flux » contribue à « déterritorialiser » une chaîne de télévision en langue minoritaire en rendant ses émissions accessibles à d’autres pays en particulier grâce à l’apport d’internet et de la télévision connectée.

Avant de poursuivre, il faut souligner que toutes ces chaînes ont bénéficié de circonstances et d’un environnement qui ont favorisé leurs lancements dans leurs pays respectifs. Les années 1960–1970 ont donc vu naître un certain nombre de revendications identitaires au sein des États occidentaux que Manuel Castells a appelé « identités de résistance29 ». Des facteurs technologiques comme la diffusion par satellite et ensuite par internet sont aussi à prendre en compte dans la création et le développement des stations de télévision en langue minoritaire. La multiplication de chaînes de télévision, surtout commerciales, qui en a résulté, a contribué à la fragmentation de cet espace audio-visuel. Ce phénomène a été accentué par la ←8 | 9→décentralisation des télévisions de service public vers les pays celtiques. BBC Wales, au pays de Galles en 1964 et BBC Scotland en Écosse en 1952. Le 2 février 1964 a été créé le centre d’actualités télévisées de la Radiotélévision Française à Rennes, en Bretagne. En Irlande, RTÉ Raidió na Gaeltachta, la radio nationale en irlandais, déjà décentralisée, a commencé d’émettre le 2 avril 1972 à partir du comté Galway dans l’Ouest de l’Irlande. Ces délocalisations de télévisions de service public ou de radios vers les périphéries, comme l’écrit Niamh Hourigan, ont permis aux différentes minorités linguistiques « to assert their demands more confidently30 ». Effectivement, les années 1970 à 1990 furent marquées par des campagnes de revendications des droits des minorités dans plusieurs de ces pays.

Résumé des informations

Pages
X, 404
Année
2022
ISBN (PDF)
9781800794948
ISBN (ePUB)
9781800794955
ISBN (MOBI)
9781800794962
ISBN (Broché)
9781800794931
DOI
10.3726/b18391
Langue
français
Date de parution
2022 (Juin)
Mots clés
Deterritorialization audience rates Celtic television broadcasters’ budgets Les chaînes de télévision celtiques face à la globalisation Pierre Costecalde
Published
Oxford, Bern, Berlin, Bruxelles, New York, Wien, 2022. X, 404 p., 4 ill. n/b, 29 tabl.

Notes biographiques

Pierre Costecalde (Auteur)

Après des études universitaires à l’Université Paul Valéry de 1965 à 1968, l’auteur passe l’année 1969 comme Assistant français rattaché à l’Alliance Française à Waterford en République d’Irlande. Il réussit sa licence d’anglais et en 1970 obtient un diplôme de maîtrise pour un mémoire sur la restauration du gaélique d’Irlande. De 1971 à 1989 il obtient un poste de professeur certifié d’anglais d’abord à Saint Affrique puis à Millau dans l’Aveyron jusqu’en 2012. En plus de son travail d’enseignant, il s’est occupé de1990 à 2020 de preparer des élèves aux examens de l’Université de Cambridge. Il est fait Chevalier des Palmes Académiques en décembre 2011. Il obtient un Master2 d’Etudes Irlandaises à Rennes 2 : Quel avenir pour la chaîne irlandaise TG4 dans un environnement télévisuel de plus en plus fragmenté ?En 2018 il soutient une thèse de doctorat en Littératures, Civilisations Anglaises, Irlandaises et Américaines : Les télévisions celtiques (TG4, S4C, BBC Alba, FRANCE 3 Bretagne, Brezhoweb) : de l’espace des lieux à l’espace des flux, territorialisation et déterritorialisation. L’auteur est depuis 2020, Membre associé du CELTIC-BLM (Centre d’études des langues, territoires et identités culturelles-Bretagne et langues minoritaires).

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