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Les relations entre la Suisse et le Cameroun des indépendances à nos jours (1961-2013)

Une esquisse historique

de Idrisse Désiré Machia A Rim (Auteur)
©2022 Thèses 582 Pages

Résumé

Le 1er janvier 1960, la Confédération helvétique procède à la reconnaissance diplomatique du Cameroun oriental qui vient d’accéder à l’indépendance. Les deux Etats établissent peu après des relations diplomatiques en 1961. Un tel rapprochement est sous-tendu par plusieurs enjeux qui favorisent l’intensification des contacts dans trois domaines névralgiques : la diplomatie, la coopération technique et les relations économiques. En s’appuyant largement sur des sources primaires d’origines suisse et camerounaise, cette production historienne examine les hauts et les bas de ce partenariat sur cinquante-deux (52) années. Elle expose en outre, de nombreuses pistes qui permettent d’envisager la dimension prospective de cette bilatéralité avec optimisme.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • DEDICACE
  • AVANT-PROPOS
  • REMERCIEMENTS
  • TABLE DES MATIERES
  • LISTE DES SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRONYMES
  • INTRODUCTION
  • PREMIERE PARTIE DYNAMIQUE DES RELATIONS DIPLOMATIQUES ENTRE LA SUISSE ET LE CAMEROUN DE 1961 A 2013
  • CHAPITRE I SUISSE-CAMEROUN : REFLEXION SUR LA GENESE
  • A. LES FACTEURS DU RAPPROCHEMENT DIPLOMATIQUE
  • 1. La Suisse : un pays sans colonies et non «sans passé colonial »
  • 2. La complémentarité des principes des politiques étrangères
  • 3. L’approbation réciproque des instruments juridiques internationaux
  • 4. La quête mutuelle des pôles stratégiques d’approvisionnement et des débouchés
  • 5. Le contraste au niveau des ressources naturelles
  • 6. La similitude linguistique
  • B. L’ARCHITECTURE INSTITUTIONNELLE
  • B.1. LES INSTITUTIONS SUISSES DE COOPERATION
  • 1. Le Conseil fédéral
  • 2. L’Assemblée fédérale
  • 3. Le Département Fédéral des Affaires Etrangères (DFAE)
  • 4. Le Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO)
  • 5. Les Cantons
  • 6. L’ambassade et le consulat de Suisse au Cameroun
  • B.2. LES INSTITUTIONS CAMEROUNAISES
  • 1. La présidence de la république
  • 2. Le parlement camerounais
  • 3. Le Ministère des Relations Extérieures (MINREX)
  • 4. Les ministères techniques
  • 5. L’ambassade du Cameroun en Suisse
  • 6. Le Consulat général : une parturition difficile
  • CHAPITRE II LIENS DIPLOMATIQUES DANS LA BILATERALITE, 1961–2013
  • A. LA VITALISATION DES RELATIONS DIPLOMATIQUES (1961-1982)
  • 1. La Suisse et la reconnaissance diplomatique du Cameroun français indépendant le 1er janvier 1960 : un plénipotentiaire suisse en mission spéciale
  • 2. Un accélérateur des contacts diplomatiques : l’assassinat du nationaliste camerounais Félix Roland Moumié à Genève en novembre 1960
  • 3. La concrétisation des relations diplomatiques au niveau des ambassadeurs
  • 4. L’ouverture du bureau de coordination de la coopération au développement et de l’aide humanitaire au Cameroun : le reflet d’un calcul politique helvétique
  • 5. La Suisse et la confirmation de sa présence diplomatique au Cameroun à travers l’accréditation de nouveaux chefs de mission diplomatique
  • 6. Les ambassadeurs camerounais accrédités en Suisse, une autre marque de confiance envers le partenaire
  • 7. L’importance des visites de hautes personnalités suisses au Cameroun
  • 8. Les visites des officiels camerounais en Suisse
  • 9. Une coopération politique vivifiée par la signature de nombreux accords de coopération
  • 10. La Suisse et la démission du président Ahmadou Ahidjo en 1982
  • B. LA SUISSE ET LE CAMEROUN DE PAUL BIYA DE 1982 A 2013
  • B.1. LA CONTINUITE DANS LA VITALISATION DES LIENS
  • 1. Paul Biya au pouvoir : le regard de Berne
  • 2. La fermeture du Bureau de la DDA au Cameroun : une pomme chaude stratégiquement refroidie par la Suisse
  • 3. Les nouveaux ambassadeurs suisses sous l’ère Biya et leurs rôles dans l’histoire des relations diplomatiques avec le Cameroun
  • 4. Le tout premier ambassadeur camerounais avec résidence à Berne : un souffle nouveau dans la coopération
  • 5. La poursuite des échanges de visites de personnalités entre les acteurs
  • 6. Ententes et mésentente sur les nouveaux accords de coopération entre la Suisse et le Cameroun
  • B.2. LA SUISSE ET LE CAMEROUN (1996-2013)
  • 1. La fermeture de l’ambassade de Suisse au Cameroun en 1996 : facteur principal de la stagnation
  • 2. De l’absence d’une accréditation permanente des chefs de mission diplomatique à la rareté des visites officielles (1996–2007)
  • 3. La signature de quelques accords de coopération entre les acteurs
  • 4. Les raisons de la réouverture de l’ambassade de Suisse au Cameroun en 2007
  • 5. L’accréditation de nouveaux ambassadeurs suisses à Yaoundé dans la mouvance de la revitalisation des liens diplomatiques
  • 6. L’accréditation de l’ambassadeur camerounais Léonard Henri Bindzi à Berne dans le sillage de la réciprocité
  • 7. « L’oxygènisation » des liens diplomatiques à travers les échanges de visites
  • DEUXIEME PARTIE LA COOPERATION TECHNIQUE DANS LES RELATIONS SUISSO-CAMEROUNAISES 52 ANS APRES
  • CHAPITRE III CONSIDERATIONS GENERALES SUR LA COOPERATION TECHNIQUE
  • A. DONNEES GENERALES SUR LA COOPERATION TECHNIQUE SUISSE
  • 1. Historique de la coopération technique en Suisse
  • 2. La sélection du pays de concentration de la coopération technique
  • 3. L’entrecroisement des enjeux de la coopération technique suisse
  • 4. La particularité des projets suisses de coopération technique
  • B. LA COOPERATION TECHNIQUE AU CAMEROUN ANGLOPHONE
  • 1. Helvetas, une organisation pionnière de la coopération technique suisso-camerounaise
  • 2. Une présence régulière des experts suisses dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun
  • 3. La construction des adductions d’eau
  • 4. De la construction des ponts, routes secondaires et villages aux travaux de maintenance
  • 5. Le Building Training Centre (BTC) de Kumba : une institution mythique dans l’histoire de la coopération technique entre SATA et l’Etat du Cameroun
  • CHAPITRE IV LA COOPERATION TECHNIQUE AU CAMEROUN FRANCOPHONE
  • A. LES PROJETS SOCIO-PROFESSIONNELS DE LA COOPERATION
  • 1. L’affectation des « volontaires suisses pour le développement »
  • 2. L’octroi des bourses d’étude
  • 3. La création de l’Ecole Fédérale des Educateurs et Assistants Sociaux de Bétamba (EFEAS)
  • 4. Un Centre pour adolescents à Bétamba : l’Institution Camerounaise de l’Enfance (ICE)
  • 5. L’Institut Panafricain pour le Développement de Douala (IPD)
  • 6. Distribution de livres aux institutions officielles du Cameroun par la Suisse
  • 7. Le partenariat entre la Faculté de Médecine (FAC) de Genève et le Centre Universitaire des Sciences de la Santé (CUSS) de Yaoundé
  • 8. Le partenariat entre l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et l’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de l’Université de Yaoundé I
  • B. LES PROJETS SOCIO-ECONOMIQUES DE LA COOPERATION
  • 1. L’appui suisse à la mise en place des organismes centraux de l’Office National Camerounais de Commercialisation des produits agricoles d’exportation
  • 2. Les centres de formation pour agriculteurs dans la partie septentrionale du Cameroun
  • 3. Le projet Zones d’Action Prioritaires Intégrées (ZAPI)
  • 4. Le projet Mission de Développement d’Ombessa (MIDO)
  • 5. L’appui suisse au fonctionnement du Fonds National du Développement Rural (FONADER)
  • 6. La construction du pont de l’enfance sur le fleuve Sanaga
  • 7. Le projet Association pour la Promotion des Initiatives Communautaires Africaines (APICA)
  • 8. L’appui helvétique au Conseil des Fédérations Paysannes du Cameroun
  • 9. L’Institut Supérieur d’Agriculture et de Gestion (ISAG) d’Obala
  • C. LES PROJETS SOCIO-SANITAIRES DE LA COOPERATION
  • 1. L’hôpital de Petté dans le Nord-Cameroun
  • 2. Le Centre de Développement auto-centré de Sangmélima
  • 3. La viabilisation de la zone Nylon à Douala
  • 4. La lutte contre les fistules obstétricales à Maroua
  • 5. L’œuvre socio-sanitaire de la République et Canton du Jura (RCJ) Suisse
  • TROISIEME PARTIE L’AXE BERNE-YAOUNDE DANS SA DIMENSION ECONOMIQUE DE 1961 A 2013
  • CHAPITRE V LA POLITIQUE ECONOMIQUE EXTERIEURE DE LA SUISSE
  • A. UNE POLITIQUE ECONOMIQUE EXTERIEURE SUISSE
  • 1. Ancrage constitutionnel et enjeux de la politique économique extérieure suisse
  • 2. Les instruments de promotion des relations économiques avec l’étranger
  • 3. La Suisse et la décision d’emplacement des investissements à l’étranger
  • 4. Relations entre investissements et politique étrangère suisse
  • B. LES RELATIONS FINANCIERES
  • B.1. LES BANQUES SUISSES ENTRE TENTATIVES ET PLACEMENT
  • 1. La Société anonyme financière de Genève et la relance de la culture du Quinquina
  • 2. La Société Promo S.A et la demande de prêts de la Banque camerounaise de développement
  • 3. La Banque populaire Suisse, l’Union des banques suisses et l’intention de financement des projets de développement au Cameroun
  • 4. Schweizerischer Bankverein (Société de Banque suisse) et le prêt de 10 millions de francs suisses à la Banque Camerounaise de Développement
  • 5. Le Consortium de banques suisses et le financement du projet agro-industriel de la province de l’Est-Cameroun
  • 6. Le Consortium des banques commerciales suisses et les crédits mixtes bilatéraux des années 1981 et 1985
  • B.2. L’AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT DANS LE PARTENARIAT
  • 1. Analyse « statactiviste » des flux financiers suisses au Cameroun
  • 2. Comparaison des flux financiers suisses au Cameroun avec les autres pays d’Afrique subsaharienne
  • 3. Les retombées économiques de l’aide financière pour la Suisse
  • 4. La contribution helvétique au « désendettement » de l’Etat du Cameroun
  • C. LES ECHANGES COMMERCIAUX SUISSO-CAMEROUNAIS
  • 1. Les déterminants de l’accord de commerce, de protection des investissements et de coopération technique de 1963
  • 2. « Approche froide et chaude » du commerce extérieur de la Suisse avec le Cameroun
  • CHAPITRE VI LA PENETRATION ECONOMIQUE DES MILIEUX D’AFFAIRES
  • A. LES STRATEGIES CAMEROUNAISES D’ATTRACTION
  • 1. La réappropriation de la chambre de Commerce, d’industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun (CCIMA)
  • 2. La mise sur pied des plans quinquennaux de développement
  • 3. L’élaboration du code des investissements camerounais
  • 4. Le guide de l’investisseur
  • 5. Les Comices agro-pastoraux
  • 6. Le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) et la loi sur l’incitation à l’investissement privé
  • B. LE DEPLOIMENT DES INDUSTRIELS SUISSES
  • 1. Sur les traces du «négoce » de l’Union Trading Company (UTC)
  • 2. Walter Matter S.A Genève en quête d’opportunités dans le secteur du café
  • 3. SOGEA S.A et l’affaire du café « non livré »
  • 4. CHOCOCAM, la SIC-CACAOS et l’exploitation du cacao camerounais
  • 5. Nestlé : vers l’extension d’un « Empire »
  • C. LES AFFAIRES DES ENTREPRISES SUISSES
  • 1. Swissair au Cameroun : une longue présence au cœur de nombreuses tractations
  • 2. Matisa Matériel Industriel S.A et le marché des bourreuses destinées à la Régie Nationale des Chemins de fer du Cameroun (REGIFERCAM)
  • 3. La présence de la Société Générale de Surveillance (SGS) dans le secteur douanier
  • 4. Swissport et l’assistance au sol des agences de compagnies aériennes
  • D. L’OFFENSIVE DANS LES SECTEURS DE L’INGENIERIE
  • 1. FRISA Engineering S.A et les prestations en ingénierie
  • 2. ASCOP LTD et le marché des levers topographiques
  • 3. ASEA-Brown Boveri S.A (ABB) et le marché de construction de l’émetteur radio-Bamenda
  • 4. Les Ateliers de Constructions Mécanique de Vevey (ACMV) – Hydro Vevey S.A et la centrale électrique de Song-Loulou
  • 5. Yoo Mee Africa et l’économie numérique
  • 6. Addax Petroleum, Glencore, Vitol, et Gunvor : des holdings discrètes dans le secteur de l’extraction des ressources énergétiques
  • E. DE L’IMPLANTATION DES ENTREPRISES SUISSES
  • 1. implantation des entreprises suisses dans le domaine pharmaceutique
  • 2. Les instruments nouveaux d’attraction des investissements : le cas de PROMOTE
  • CONCLUSION GENERALE
  • DOCUMENTS ANNEXES
  • SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
  • SOURCES PRIMAIRES
  • SOURCES SECONDAIRES
  • LISTES DES ILLUSTRATIONS
  • Liste des tableaux
  • Liste de photos
  • Liste des graphiques
  • INDEX

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INTRODUCTION

I– CONTEXTE DE L’ETUDE

L’Afrique et la Suisse ont en commun une histoire très ancienne. Depuis la systématisation de la traite négrière considérée par l’historien Jean Batou comme le « péché originel du capitalisme »1, des Suisses, loin d’opter pour le banc de touche, ont trouvé une place dans le négoce le plus honteux de l’histoire de l’humanité. Leur rôle dans cette dynamique de marchandisation de l’être humain est limpidement relevé par l’historien Bouda Etemad lorsqu’il déclara ceci en 2005 :

Entre 1780 et 1830, des Suisses participèrent directement ou indirectement à près de 80 expéditions négrières depuis les ports français, entraînant la déportation de 15 à 20 mille Africains vers les Amériques, soit 3 à 4 % des Noirs traités par la France ou environ 0.5% par l’Europe. La fourniture des cargaisons de traite est une forme de participation à l’esclavage des Noirs qui revêt, pour les Suisses, une importance beaucoup plus grande – par les hommes, les marchandises et les capitaux mobilisés – que leur engagement dans la traite atlantique.2

Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, des ressortissants suisses conservent un intérêt particulier pour l’Afrique, avec la bénédiction de certaines puissances européennes présentes dans le continent. Des dirigeants africains ne parviennent plus à se passer des services de plusieurs d’entre eux. En avril 1853, on note par exemple une entente entre la compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif et les milieux dirigeants français, en vue de « la construction de dix villages de colonisation et leur peuplement par des émigrés suisses »3. En 1864, Werner Münzinger « fils d’un conseiller fédéral » suisse originaire du Canton d’Argovie, est élevé au rang de Consul dans la région de Massaoua (Erythrée) ; il travailla également pour la préservation des intérêts britanniques en Ethiopie en qualité de consul honoraire4. C’est un autre Suisse, Conrad Von Pestalozzi, qui permit à l’Allemagne d’annexer « une partie de l’actuelle Namibie » lorsqu’il signa pour cette puissance, un traité de protectorat au cours du troisième mois de l’année 18835. En 1884, le Reich confia à Louis Baur les tractations et le pouvoir de signature « de deux traités qui rattachèrent une partie de l’actuel Sierra-Léone à l’empire allemand ».6 En Ethiopie, l’empereur ←25 | 26→Ménélik II travailla en collaboration avec l’ingénieur suisse Alfred Ilg, lorsqu’il lui permit d’assurer les fonctions de réparateur et d’importateur de l’armement militaire propice à la défense de son territoire.7 Ménélik II, fit ensuite de Alfred Ilg son conseiller en charge des relations extérieures et dès 1896, ce dernier intégra son gouvernement en qualité de ministre8.

Cet intérêt manifeste des Suisses pour l’Afrique est aussi perceptible à travers l’évolution des flux migratoires. D’après les résultats d’une étude menée par l’historien Léo Schelbert et restitués par Marc Perrenoud dans un article scientifique, nous constatons que de 1850 à 1961, le pourcentage des ressortissants suisses en Afrique augmenta de manière importante, soit 0,7 % en 1850 à 1,5 % en 1880 ; 2,1 % en 1928 ; 3,7 % en 1938 et 5,9 % en 19619.

De manière succincte, les mobiles qui justifient d’emblée ces déplacements à destination de l’Afrique sont liés à l’aventure, l’exploration via les sociétés de géographie, l’évangélisation et le commerce. Mais très tôt, le commerce prend le dessus sur les autres objectifs migratoires et demeure d’ailleurs la priorité aux XXe et XXIe siècles. Pendant la période 1930–1931, la plupart des ressortissants suisses installés dans l’Ouest du continent africain exercent leurs activités professionnelles dans le secteur économique10. En 1935, des Suisses travaillent comme employés au sein de la société commerciale de l’ouest-africain basée en Côte-d’Ivoire et certains y possèdent des actions11.

Après la Deuxième Guerre mondiale, de grandes sociétés suisses pénétrèrent économiquement l’Afrique et investissent d’énormes capitaux. L’étude menée par Francine Hubert De Perrot souligne dans cette perspective que, les holdings industrielles ont investi 17 millions de francs suisses courants en Afrique en 1949 contre 82 millions de francs suisses courants en 1959 ; les investissements des sociétés de transit et de commerce international se chiffrent respectivement à 20 millions et 42 millions de francs suisses courants pour les années 1949 et 1959 ; les sociétés suisses spécialisées dans l’industrie des machines ont investi 1million de francs suisses courants en 1949 et 7 millions de francs suisses courants en 195912. Au cours de cette période, les investissements des sociétés d’assurances s’élèvent à 14 millions de francs suisses courants en 1949 et 37 millions de francs suisses courants en 195913. Durant l’année 1954, les investissements effectués par les milieux d’affaires suisses en Afrique du Sud seulement sont estimés à 120 millions de francs suisses courants14.←26 | 27→

Sur le plan du commerce extérieur, l’Afrique constitua un débouché et un point important d’approvisionnement. Les importations suisses dans ce continent s’élevèrent à 206 millions de francs suisses en 1951, 152 millions de francs suisses en 1953, 207 millions de francs suisses en 1955, 199 millions de francs suisses en 1959 et 228 millions de francs suisses en 196015. Au XXe siècle, l’Egypte figurait parmi les premiers partenaires commerciaux de la Suisse dans ses relations avec les pays du tiers-monde.16

Toutefois, il convient de souligner que la présence suisse dans les pôles géographiques d’Afrique subsaharienne devait généralement tenir compte des intérêts des nations colonialistes qui étaient les principales organisatrices de l’activité économique dans leurs pré-carrés. En tant que sujet des relations internationales, il était difficile et même impossible pour les populations de ces territoires de travailler dans une logique de coopération avec la Suisse.

Cependant, on assiste au basculement progressif de cette situation à la suite de l’accession aux indépendances du Ghana et de la Guinée Conakry, respectivement en 1957 et 1958 ; puis, en 1960, lorsque la majorité des territoires sous le joug colonial français accèdent en cascade à la souveraineté internationale. Ce changement de paradigme qui favorisa l’intégration de nouveaux acteurs africains dans le système des relations internationales ne laissa pas la Suisse indifférente. Au nom de l’universalisme, l’un des principes cardinaux de sa politique étrangère, elle procéda rapidement à la reconnaissance diplomatique de ces pays neufs. C’est le cas du Cameroun dont la partie sous-administration française proclama son indépendance le 1er janvier 1960. En fonction de l’évolution politique de ce pays d’Afrique centrale, une coopération bilatérale se construira dans des domaines aussi divers que variés, si bien qu’en 2013, elle accusa cinquante-deux années d’existence. Un ancrage chronologique d’une importance notoire pour la construction de l’histoire des relations de coopération entre les deux Etats.

II– RAISONS DU CHOIX DU SUJET

Quatre raisons principales justifient le choix de cette thématique. La première raison émane d’une observation des relations Nord-Sud. La deuxième raison découle de la formation académique dans la discipline historique ; la troisième d’un constat fait après consultation des mémoires, thèses et articles des départements d’Histoire de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines (FALSH) et de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de l’université de Yaoundé I. La quatrième raison concerne le séjour passé à l’université virtuelle d’Afrique centrale.

A propos de l’observation des relations Nord-Sud, l’on a pu constater que depuis la proclamation des indépendances d’Afrique subsaharienne, ces relations sont caractérisées par des inégalités et de nouvelles formes d’impérialismes aux impacts néfastes sur le développement des pays africains. De manière générale, les anciennes puissances coloniales sont perçues comme des agents du néocolonialisme. Un comportement qui embarrasse et laisse croire que la systématisation du pillage et de ←27 | 28→l’exploitation demeure une caractéristique fondamentale des relations interétatiques. Afin de voir si cette perception s’applique aux relations entre la Suisse et le Cameroun, il s’est avéré utile de mener la présente étude.

Concernant la deuxième motivation, force est de préciser que le choix de l’histoire des relations internationales en troisième année universitaire comme spécialisation a suscité en nous le besoin de nous fidéliser à ce champ d’étude, question de devenir un expert dans le domaine. De plus, l’unité d’enseignement de quatrième année intitulée, La politique étrangère du Cameroun accentua la passion pour les questions relatives à l’histoire diplomatique. Un travail sur la coopération Suisse-Cameroun devenait l’opportunité de nous familiariser davantage à cet aspect complexe et passionnant de l’histoire des relations internationales.

Par ailleurs, la réflexion menée sur la construction du pont de l’enfance dans nos travaux de Master permit de réaliser qu’il s’agissait d’un projet de coopération helvético-camerounaise, sinon l’un des projets les plus importants de l’histoire des relations entre les deux pays17. L’approfondissement des recherches sur cette infrastructure de développement socio-économique permit également de constater que les relations suisso-camerounaises sont très anciennes, reposent sur plusieurs domaines et peuvent susciter des recherches plus approfondies. C’est dans cette perspective que nous avons abordé un pan de cette coopération dans nos travaux de fin de formation à l’ENS de Yaoundé.18 Les résultats obtenus permirent d’aborder la présente étude avec plus d’abnégation.

Toutefois, il convient de retenir que dans les différents départements d’Histoire des universités camerounaises, précisément ceux de l’université de Yaoundé I, la littérature historique en matière de coopération entre l’Etat du Cameroun et les pays européens repose en majeure partie sur ses relations avec les anciennes nations coloniales. Par conséquent, rares sont les travaux axés sur les autres pays d’Europe qui pourtant entretiennent aussi des rapports de coopération avec le Cameroun depuis des décennies. En quête d’originalité, notre choix s’est porté sur la Suisse, un pays dont les relations avec l’Afrique restent encore peu, et parfois mal connues.

Enfin, le contact avec le domaine de la finance à l’université virtuelle d’Afrique centrale, en l’occurrence l’étude de l’unité d’enseignement intitulée « International Finance and FOREX Exchange » nous a davantage édifié sur la position financière de la Suisse dans le monde. C’est ainsi que nous avons découvert qu’elle possède d’énormes capitaux, d’où la motivation de savoir pourquoi un Etat si capitaliste et en collaboration avec la République du Cameroun depuis de nombreuses années ne suscite pas autant de débats nationaux à son endroit comme on en fait avec les USA, l’Angleterre, la Russie et la France ? D’autres interrogations nous vinrent à l’esprit, notamment : pourquoi tant de silence sur l’orientation de sa politique étrangère vis-à-vis du Cameroun, alors que les visites privées du chef de l’Etat Paul Biya en Suisse font couler beaucoup d’encre et de salive ? Ne joue-t-elle pas aussi un rôle ←28 | 29→important dans l’évolution du pays ? C’est ainsi que l’idée de faire une recherche sur la coopération entre la Suisse et le Cameroun a davantage taraudé notre esprit avec pour corollaire final la formulation du présent thème.

Ce sujet, de par sa formulation, semble aussi simple dans sa compréhension que dans son analyse. Toutefois, la prudence scientifique voudrait qu’un accent particulier soit mis sur le balisage des concepts clés afin d’éclaircir l’univers du potentiel lecteur.

III– CADRE CONCEPTUEL

Selon David Easton, « La tâche primordiale de la science c’est-à-dire sa tâche permanente, est de trouver les concepts convenables pour mener l’analyse. »19 Dans le cadre de ce travail de recherche, quatre principaux concepts méritent une attention particulière à savoir : coopération, bilatérale, confédération et fédération. Définissons-les afin de lever tout équivoque.

Coopération : Au sens étymologique, cette notion génériquement usitée en politique étrangère est composée de deux phénomènes linguistiques que sont : le préfixe Co qui dérive du latin « Cum » signifiant « Avec » et la racine Opération émanant du terme latin « Operare » qui veut dire « Travailler »20. La définition donnée à ce concept ne fait pas toujours l’unanimité entre les chercheurs intéressés par les thématiques de coopération internationale. Selon le juriste Emmanuel Nso Ossou, « La coopération est un rapport qui lie deux parties face à une prestation, à un certain intérêt. La notion d’intérêt est capitale ici, car c’est ça le motif qui anime les deux sujets qui peuvent être aussi bien des individus que des Etats. »21 En 2002, l’internationaliste Jean Jacques Gabas affirmait à son tour que la coopération désigne :

[…] un acte réalisé en commun par deux ou plusieurs personnes ou institutions. Les acteurs se fixent ensemble un même objectif qu’ils envisagent d’atteindre en combinant leurs ressources selon certaines règles. Une coopération signifie donc qu’il y a un diagnostic partagé sur une difficulté et implique qu’une action commune est plus avantageuse qu’une action entamée par un seul des acteurs, le résultat se veut être à somme positive. La coopération est donc un acte qui a fondamentalement comme objet et comme procédure la construction des liens entre acteurs.22

Charles Debbash, homme politique et expert des questions constitutionnelles, appréhenda par ailleurs la coopération comme étant : « Une politique d’entente, d’échange et de mise en commun des activités culturelles, économiques, politiques et scientifiques entre Etats de niveaux de développement inégaux. »23

Nonobstant cette diversité d’approches définitionnelles, il convient de souligner que c’est une addition d’éléments qui donne à ce vocable tout son sens existentiel. Une coopération implique généralement des acteurs qui se fixent des objectifs à atteindre ←29 | 30→dans un ou plusieurs domaines, dans le strict respect d’un environnement défini, en vue d’une sauvegarde mutuelle de leurs intérêts. A la base, le développement d’une coopération repose sur l’idée de promouvoir un mode « gagnant-gagnant », comme le veut Guy Cabana, spécialiste des questions de négociation24. Toutefois, si la coopération a des formes et des champs d’application divers, il demeure apodictique de réitérer que le modèle qui nous incombe est le bilatéralisme.

Bilatérale : Ce qualificatif implique la mise ensemble de deux parties appelées à discuter sur les problématiques de politique extérieure25. Que l’on parle de bilatéralisme ou de bilatéralité, l’on fait toujours référence à ce lien entre deux acteurs. Une coopération bilatérale peut donc impliquer des entités étatiques comme dans le cas de la présente étude (Suisse-Cameroun), ou alors un Etat et une organisation internationale (Chine-Union Africaine ou Bénin-Union Européenne etc). Le bilatéralisme n’est donc pas à confondre avec le régionalisme et le multilatéralisme. Alors que le régionalisme est un paradigme d’intégration visant à regrouper plusieurs Etats appartenant à une même sphère géographique au sein d’une organisation en vue de la défense d’intérêts communs (CEMAC, CEDEAO etc.)26, le multilatéralisme désigne plutôt « un système de relations internationales qui privilégie les négociations, les engagements réciproques, les coopérations, les accords entre plus de deux pays dans le but d’instaurer des règles communes. »27 L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Organisation des Nations-Unies (ONU), constituent quelques organisations internationales qui ont pour socle la coopération multilatérale. Etant donné que la Suisse est encore appelée Confédération suisse ou helvétique, il est nécessaire d’établir une différence entre les termes confédération et fédération afin d’éviter toute confusion sémantique.

Confédération et fédération : On entend par confédération, « une union d’Etats indépendants qui ont, par un ou plusieurs traités, délégué l’exercice de certaines compétences à des organes communs destinés à coordonner leur politique dans un certain nombre de domaines, sans constituer cependant un nouvel Etat superposé aux Etats membres. »28 Le terme fédération s’oppose à celui de Confédération. Un Etat peut passer du statut confédéral à celui d’Etat fédéral. C’est généralement le processus le plus plausible, l’inverse étant difficilement probable. L’Etat est dit fédéral, « lorsque les collectivités territoriales qui le composent sont dotées en matière constitutionnel, législative et juridictionnelle d’une autonomie telle qu’elle mérite elle-même le nom d’Etat. »29←30 | 31→

L’origine de la Confédération suisse se situe entre la fin du XIIIe et le début du XVIe siècle30. Elle devient un Etat fédéral en 184831. De nos jours, l’appellation « Confédération suisse » a tendance à troubler les esprits et à complexifier la compréhension du système politique helvétique. C’est l’occasion de préciser que la Confédération suisse désigne de manière officielle, l’Etat fédéral suisse32. Elle s’organise sur « trois niveaux politiques » à savoir : l’Etat fédéral, les 26 Cantons ou Etats et les 2408 communes au 1er janvier 201333. Parmi les domaines de compétences de la Confédération, on distingue : la politique extérieure, la politique de sécurité, les douanes, la monnaie, la législation fédérale et la défense. Les institutions fédérales de la Suisse sont : le Conseil fédéral, l’Assemblée fédérale et le tribunal fédéral. Si l’existence d’une constitution fédérale est établie, il est tout de même important de souligner que chaque canton dispose d’une constitution, d’un parlement, de ses lois et tribunaux. De manière globale, les tâches des Cantons se résument à la police, l’assistance aux indigents, la construction des logements sociaux ou ceux réservés aux lieux d’adoration. Nonobstant cette répartition des tâches, oswald Sigg, journaliste, vice-chancelier et porte-parole du Conseil fédéral suisse (2005–2009), mentionna dans un ouvrage publié en 1988, qu’il existe cependant des « domaines hybrides ». Dans un premier temps, la Confédération légifère et les cantons appliquent dans les domaines des poids et mesures, la circulation routière, la construction des routes, l’organisation militaire, la législation du travail, les assurances sociales, le droit civil et le droit pénal34. Dans un deuxième temps, la Confédération et les cantons ont la compétence de légiférer dans les domaines des impôts, la construction des routes, l’assurance maladie, l’instruction publique, l’exercice de la pêche et de la chasse. Les communes sont les plus petites unités politiques35. Deux principales compétences leur ont été déléguées par la Confédération et les Cantons. Il s’agit de la tenue du registre des habitants et la protection civile. Toutefois, les communes exercent aussi leur autonomie dans les domaines de l’éducation, la protection sociale, l’aménagement du territoire, l’approvisionnement en énergie, la fiscalité etc.36. En définitive, « le fédéralisme suisse implique que le plus grand nombre possible de décisions soient prises au niveau du canton, voire à celui de la commune. »37 Il s’oppose au centralisme, c’est-à-dire « un système dans lequel tout est régi et décidé d’un seul lieu. »38 Les relations internationales se déroulant dans un espace déterminé et une temporalité précise, présentons cette dimension binaire du sujet.←31 | 32→

IV– PRESENTATION DU CADRE SPATIO-TEMPOREL

Ce travail scientifique couvre fondamentalement deux entités géopolitiques à savoir la Suisse et le Cameroun. Leurs territoires respectifs servent de champs d’implémentation des projets de coopération.

Située en Europe occidentale, les principaux pays limitrophes de la Suisse sont la France à l’Ouest, l’Allemagne au Nord, l’Autriche à l’Est et l’Italie au Sud. Sa superficie est de 41 284.6 kilomètres carrés39. Il s’agit d’un pays exigu, qui est « du point de vue financier et monétaire une grande puissance. »40 La capitale fédérale de la Suisse est la ville de Berne, siège des institutions politiques. Genève est reconnue comme étant le siège de plusieurs organisations internationales, alors que Zurich est la capitale économique41. En 2011, la Suisse est le 20e pays le plus riche du monde avec un Produit Intérieur Brut (PIB) estimé à 661 milliards de Dollars (USD)42. En 2013, ce pays enregistre 8.081 millions d’habitants, un PIB par habitant de 84 815.41 USD, et un PIB qui s’élève à 685.4 milliards USD43. C’est un pays développé. La Confédération helvétique est membre de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) depuis 2002, une adhésion qui fut d’abord rejetée par le peuple44.

En revanche, le Cameroun est un territoire situé au carrefour de l’Afrique. Il s’allonge du Golfe de Guinée au lac Tchad, du 2e au 13e degré de latitude Nord et s’étale en largeur du 6e au 16e degré de longitude Est45. Le Cameroun couvre une superficie totale de 475.442 km26. Ce pays est limité au Nord par le Tchad, à l’Ouest par le Nigéria, au Sud par le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale, à l’Est par la République ←32 | 33→Centrafricaine. La capitale politique du Cameroun est la ville de Yaoundé, siège des institutions républicaines, Douala étant la capitale économique, choix opéré en raison du volume des activités économiques qui y sont exercées. Le Cameroun a été soumis par trois nations européennes (Allemagne, France et Angleterre)46 en dépit de son statut juridique internationalement reconnu. Au 01er juillet 2013, il appartient à la catégorie des pays à revenus intermédiaires de tranche inférieure. Selon la Banque Mondiale (BM), il s’agit des pays dont le Revenu National Brut par habitant (RNB/hab)47 est compris entre 1036 et 4085 dollars courants48. Par contre à la même date, les pays à faible revenu ont un RNB/hab inférieur à 1035 dollars courants ; les pays à revenu intermédiaire de tranche supérieur, un RNB/hab compris entre 4086 et 12 615 dollars courants et les pays à revenu élevé, un RNB/hab supérieur à 12616 dollars courants49. Le Cameroun est considéré comme une Afrique en miniature compte tenu de la variété de ses aspects historiques, sa diversité économique, culturelle et physico-humaine. De manière laconique, c’est un « résumé du continent africain ».

Résumé des informations

Pages
582
Année
2022
ISBN (PDF)
9783631873175
ISBN (ePUB)
9783631873182
ISBN (Relié)
9783631873199
DOI
10.3726/b19506
Langue
français
Date de parution
2022 (Juin)
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2022. 582 p., 107 ill. n/b, 41 tabl.

Notes biographiques

Idrisse Désiré Machia A Rim (Auteur)

Machia A Rim Idrisse Désiré est professeur de lycées de l’enseignement secondaire général spécialisé en histoire-géographie-éducation à la citoyenneté et à la morale (ECM). Boursier d’excellence de la Confédération suisse (2017-2018), il est titulaire d’un doctorat/ Ph.D en histoire des relations internationales obtenu dans le cadre d’une codirection internationale entre l’université de Yaoundé I au Cameroun et l’université de Lausanne en Suisse. Actuellement au bénéfice d’une bourse de recherche postdoctorale de l’Université de Fribourg (Suisse), il s’intéresse à la suissafritude avec un ancrage sur les relations suisso-camerounaises.

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Titre: Les relations entre la Suisse et le Cameroun des indépendances à nos jours (1961-2013)
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