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Géographie politique

Traduit du russe par Bruno Bisson

de Igor Okunev (Auteur)
©2023 Monographies 452 Pages

Résumé

Ce manuel de géographie politique est consacré à une discipline portant sur les dimensions spatiales de la politique. Ce cours constitue une introduction à l’étude de la science politique, des relations internationales et des études territoriales, offrant une approche systémique de la dimension spatiale des processus politiques à tous les niveaux. Il couvre leurs éléments de base, notamment les États, les unions supranationales, les systèmes géopolitiques, les régions, les frontières, les capitales, les territoires dépendants et ceux administrés internationalement. La géographie politique développe des approches théoriques fondamentales qui permettent de comprendre les particularités des politiques étrangères et nationales. La capacité à utiliser des techniques d’analyse spatiale permet de déterminer les schémas et les modalités des phénomènes politiques tant au niveau mondial que régional et local.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface
  • Chapitre 1.Introduction à la géographie politique
  • § 1.L’objet de la géographie politique
  • § 2.Les niveaux d’organisation politico- territoriale de la société
  • § 3.Les principes d’organisation politique et territoriale de la société
  • § 4.Les éléments d’organisation politico-territoriale de la société
  • § 5.Les méthodes de recherche politico-géographiques
  • § 6.Organiser une expédition politico-géographique
  • § 7.Les sous-disciplines de la géographie politique
  • CHAPITRE 2.Les systèmes géopolitiques mondiaux
  • § 8.La géopolitique
  • § 9.La mondialisation
  • § 10.Le système géopolitique
  • § 11.Les systèmes géopolitiques binaires
  • § 12.Les systèmes géopolitiques ternaires
  • § 13.Heartland, Lenaland et Rimland
  • § 14.Les systèmes géopolitiques polaires
  • § 15.Grandes puissances et puissances régionales
  • § 16.Les civilisations
  • § 17.Macro-régions et parties du monde
  • § 18.Les macro-régions transcontinentales
  • § 19.Les États transcontinentaux
  • § 20.Les méso-régions d’Europe
  • § 21.Les méso-régions d’Asie
  • § 22.Les méso-régions d’Afrique
  • § 23.Les méso-régions d’Amérique
  • § 24.Les méso-régions d’Australie et d’Océanie
  • Chapitre 3.Les organisations d’intégration
  • § 25.L’intégration
  • § 26.Théories de l’intégration
  • § 27.Les organisations internationales régionales
  • § 28.Les régions transfrontalières
  • § 29.Les corridors de transport internationaux
  • § 30.Les zones de circulation sans visa
  • § 31.Les zones commerciales préférentielles
  • § 32.Les zones de libre-échange
  • § 33.Les unions douanières
  • § 34.Les marchés communs
  • § 35.Les unions économiques
  • § 36.Les unions monétaires
  • § 37.Les alliances militaires
  • § 38.Les alliances-unions politiques
  • § 39.Les associations politiques – confédérations
  • § 40.Les systèmes d’intégration
  • § 41.Le mésorégionalisme
  • § 42.Le transrégionalisme
  • Chapitre 4.Les États
  • § 43.L’étatisme
  • § 44.L’apparition de la structure de l’État
  • § 45.Les formes historiques de la structure de l’État
  • § 46.Les cités-États
  • § 47.Les empires
  • § 48.Les titres historiques des États
  • § 49.Les formes de gouvernement
  • § 50.Les États-nations
  • § 51.L’édification de la nation
  • § 52.Les États pan-nationaux
  • § 53.Les États multinationaux
  • § 54.Les nations divisées
  • § 55.Les nations sans État
  • § 56.Les États souverains
  • § 57.Autochtonie et souveraineté
  • § 58.La viabilité de l’État
  • § 59.L’État-juridiction
  • § 60.Les États défaillants
  • § 61.Les gouvernements en exil
  • § 62.Les États partiellement reconnus
  • § 63.Les États non reconnus
  • § 64.Les États rebelles
  • § 65.Les proto-États
  • § 66.Les quasi-États
  • § 67.La vexillologie
  • CHAPITRE 5.Caractéristiques du territoire d’un État
  • § 68.La position politico-géographique
  • § 69.Le code géopolitique
  • § 70.La taille de l’État
  • § 71.Les formes des États
  • § 72.Les États limitrophes
  • § 73.L’accès à la mer
  • § 74.La situation insulaire
  • § 75.Enclaves et exclaves
  • § 76.Les corridors
  • Chapitre 6.Éléments du territoire d’un État
  • § 77.Le territoire, un espace terrestre
  • § 78.Le domaine aquatique
  • § 79.L’espace aérien
  • § 80.La lithosphère : le sous-sol
  • § 81.La zone contiguë
  • § 82.La zone économique exclusive
  • § 83.Le plateau continental
  • § 84.Les mers fermées
  • § 85.Les territoires en location
  • § 86.Les territoires occupés
  • § 87.L’extraterritorialité
  • § 88.Les zones territoriales spéciales
  • § 89.Le champ géopolitique
  • § 90.Les types de changements territoriaux
  • § 91.Désintégration et partition
  • § 92.Cession, sécession, irredenta et annexion
  • § 93.Adjudication, rétorsion et représailles
  • § 94.Accrétion, régression et transgression marines
  • § 95.Achat-vente et échange
  • CHAPITRE 7.Les territoires internationaux
  • § 96.La haute mer
  • § 97.La zone internationale des fonds maritimes
  • § 98.L’espace aérien international
  • § 99.L’espace et les corps célestes
  • § 100.L’Arctique
  • § 101.L’Antarctique
  • § 102.Les détroits internationaux
  • § 103.Les canaux maritimes internationaux
  • § 104.Les cours d’eau et lacs internationaux
  • § 105.Les zones tampons
  • § 106.Les administrations temporaires
  • § 107.Les territoires libres
  • § 108.Les terræ nullius
  • CHAPITRE 8.Territoires dépendants
  • § 109.Expansion et succession
  • § 110.La doctrine de la découverte
  • § 111.Les métropoles
  • § 112.La colonisation extérieure
  • § 113.La colonisation intérieure
  • § 114.Le colonialisme
  • § 115.L’impérialisme
  • § 116.La décolonisation
  • § 117.Le néocolonialisme
  • § 118.Le postcolonialisme
  • § 119.Missions et réductions
  • § 120.Les comptoirs
  • § 121.Les plantations
  • § 122.Les compagnies coloniales
  • § 123.Les territoires de la couronne
  • § 124.Les territoires sous mandat
  • § 125.Les territoires sous tutelle
  • § 126.Les territoires non autonomes
  • § 127.Les territoires non organisés et non incorporés
  • § 128.Les territoires non organisés incorporés
  • § 129.Les territoires organisés non incorporés
  • § 130.Les territoires organisés incorporés
  • § 131.Bantoustans et réserves
  • § 132.Les condominiums
  • § 133.La suzeraineté
  • § 134.Les exarchats
  • § 135.Les dominions
  • § 136.Les États princiers
  • § 137.Les États tributaires et les États vassaux
  • § 138.Les États fantoches
  • § 139.Les États associés
  • § 140.Protectorats et satellites
  • § 141.Les États limitrophes
  • § 142.Les sphères d’influence
  • CHAPITRE 9.Capitales et centres
  • § 143.Le centre géographique
  • § 144.Le pôle d’inaccessibilité
  • § 145.La loi de Zipf
  • § 146.La capitale
  • § 147.La multiplicité de capitales
  • § 148.La quasi-capitale
  • § 149.Le coefficient de capitale
  • § 150.Hypertrophie et hypotrophie des capitales
  • § 151.Typologie des capitales
  • § 152.Le transfert de capitale
  • § 153.Les capitales mondiales
  • CHAPITRE 10.Frontières et lignes de démarcation
  • § 154.Les lignes de démarcation
  • § 155.La limologie
  • § 156.Délimitation et démarcation
  • § 157.Limes, marches et frontières mobiles
  • § 158.Les lignes de démarcation
  • § 159.Les points de jonction
  • § 160.Les murs de séparation
  • § 161.Les villes divisées
  • § 162.La géographie électorale
  • CHAPITRE 11.Régions et municipalités
  • § 163.La division administrative et territoriale
  • § 164.Les UAT et les autonomies
  • § 165.Unitarisme et fédéralisme
  • § 166.Les États unitaires
  • § 167.Les États fédéraux
  • § 168.Les régions souveraines
  • § 169.Les régions monarchiques
  • § 170.Les territoires fédéraux
  • § 171.Les villes de subordination directe
  • § 172.Les territoires des capitales
  • § 173.Les régions complexes
  • § 174.Les régions extraterritoriales
  • § 175.Les associations suprarégionales
  • § 176.Les unités subrégionales
  • § 177.Autonomies régionales et fédérations
  • § 178.Les entités municipales
  • § 179.Les territoires non incorporés
  • § 180.Les communes
  • § 181.Les régimes urbains
  • CHAPITRE 12.L’identité spatiale
  • § 182.Territorialité et spatialité
  • § 183.Espace absolu et espace relatif
  • § 184.Hétérotopie et inversion spatiale
  • § 185.Expérience spatiale et lieux de mémoire
  • § 186.Mythes spatiaux et cospatialité
  • § 187.Identité territoriale et spatiale
  • § 188.Politique du lieu et image de marque du territoire

Préface

C’est pour moi un grand plaisir de donner mon avis sur l’ouvrage d’un de mes meilleurs élèves, Igor Okunev. Deux qualités remarquables le distinguent et elles se marient rarement dans la même personne. Ce sont la capacité de voir les choses en grand et l’attention scrupuleuse envers le détail. Dans son manuel de géographie politique Igor a su donner un panorama véritablement complet de la discipline. L’auteur a su proposer pour la géographie politique un système de catégories et de règles de base qui font de ce domaine une science. Pour parler en métaphores, l’auteur propose une sorte de « classification périodique des éléments » de l’espace politique établie de façon structurée par niveaux et degré d’organisation. Malgré toute l’ampleur de la tâche et de son accomplissement chaque aspect de cette présentation panoramique de la géographie politique comme science est travaillé de manière très concrète et détaillée. Tous les éléments de ce « système périodique » sont interprétés et classés par niveaux et degrés d’organisation. Le résultat en est un thésaurus vaste et détaillé constituant une version très prometteuse du métalangage professionnel de la géographie politique. Le manuel d’Igor Okunev est le résultat de l’enseignement donné par l’auteur dans le cours correspondant en russe et en anglais dans les plus grandes universités de Russie ainsi que le fruit de son activité au sein de divers programmes de recherche, mais aussi – ce qui est encore plus important – de la passion de sa jeunesse pour les aventures et les découvertes. Nous souhaitons donc aux lecteurs de cet ouvrage que cet amour de l’auteur pour la géographie politique se communique à eux et qu’ils puissent se lancer dans un voyage passionnant sur la carte politique du monde et ses étonnants habitants.

Mikhaïl Vassiliévitch Ilyine, docteur en sciences politiques, professeur à l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou et au MGIMO, Institut des relations internationales de Moscou du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.

Chapitre 1.

Introduction à la géographie politique

LA GEOGRAPHIE POLITIQUE est la science de l’organisation spatiale du champ politique de la vie sociale.

Cette discipline sert d’introduction à l’étude des sciences politiques, des relations internationales et des études régionales des pays étrangers dans la mesure où elle donne une image systémique de la structure spatiale de tous les niveaux de processus politiques et de leurs éléments constitutifs : les États, les unions d’intégration, les systèmes géopolitiques, les régions, les frontières, les capitales, les territoires dépendants et internationaux. Les connaissances politiques et géographiques constituent la base des théories expliquant la spécificité de l’activité intérieure des pays dans le monde. Maîtriser les méthodes d’analyse spatiale permet d’identifier des règles dans les phénomènes politiques sur le plan tant mondial que local.

§ 1.L’objet de la géographie politique

La géographie politique est à la frontière entre les sciences politiques et la géographie. Les premières étudient le domaine politique de la vie sociale ou, en d’autres termes, les processus d’identification des objectifs et les moyens d’y parvenir dans la société et qui sont liés à l’élaboration des institutions du pouvoir, la géographie, elle, est l’organisation spatiale des processus à la surface de la Terre créés par la nature (la géographie physique) comme par la société (géographie sociale). Ainsi, la géographie politique, en tant que discipline au seuil de deux sciences, se penche sur l’aspect spatial des processus et phénomènes politiques.

Essayez de répondre aux questions suivantes pour comprendre s’il existe des règles définissant l’influence de la géographie sur la politique. Pourrait-on constater des changements dans :

  • le caractère des relations internationales si chaque État était installé sur une île ?
  • les caractéristiques des conflits dans la société si les pays n’étaient pas séparés par des frontières nationales et des restrictions à la circulation de la population ?
  • La qualité de fonctionnement des institutions politiques dans un pays si tous ses habitants pouvaient se réunir dans un seul bâtiment ?
  • Le comportement électoral du citoyen si tous les gens de droite vivaient à l’est du pays et ceux de gauche à l’ouest ?

L’affirmation selon laquelle le caractère des processus politiques dans tous les cas cités aurait changé signifie reconnaître à la géographie politique le droit d’être étudiée à part entière.

En son temps le géographe américano-suisse Waldo Tobler avait proposé la première loi de la géographie : « Tout a une influence sur tout, mais ce qui est proche a une influence encore plus forte ». Cela signifie que la géographie étudie non pas tant par la disposition d’une entité dans l’espace et ses caractéristiques pouvant être définie par sa situation (conditionnement vertical) que par ses caractéristiques comme résultat de ses relations avec la situation des autres entités dans l’espace (conditionnement horizontal). En géographie ce sont précisément les liens spatiaux entre les entités qui expliquent les phénomènes politiques. Il serait par exemple erroné d’affirmer que la démocratie n’est possible que dans un État de superficie réduite alors que l’hypothèse selon laquelle la démocratie est plus probable dans un pays entouré de démocraties est tout à fait valable.

La géographie politique part du principe que l’organisation spatiale de la Terre prédétermine la répartition territoriale des forces politiques. Il en va ainsi, pas toujours mais généralement : le caractère de cette répartition (sur le plan international comme intérieur) est influencé par quantité de facteurs, en plus de l’organisation spatiale de la planète elle-même constituée par la nature et l’Homme. Saisir à quel point l’hypothèse de base de la géographie politique est juste et susceptible d’expliquer les processus politiques, c’est l’objectif des études de géographie politique.

§ 2.Les niveaux d’organisation politico-territoriale de la société

L’espace politique est une sorte de mille-feuilles et la carte politique du monde montre essentiellement une seule de ces feuilles : le niveau de l’Ètat, et souvent avec une grande distorsion. En réalité, quand nous sommes à un point de l’espace physique, nous sommes simultanément situés à différents niveaux de l’espace politique. Certains d’entre eux sont en interaction entre eux alors que d’autres peuvent exister indépendamment l’un de l’autre.

◙ Considérons une telle situation d’après l’exemple de deux universités, le MGIMO (Moscou) et l’Université de Hong Kong (tableau 1.1).

Le MGIMO se situe dans le sud-ouest de la capitale russe. Il est impliqué dans la vie sociale locale du territoire sur lequel il se trouve et est donc lié à la municipalité de Tropariovo-Nikoulino (niveau local de l’espace politique). Les questions de gestion communale, par exemple, qui ont leur importance pour l’institut, sont résolues au niveau intrarégional de 2e ordre (au sein de l’administration de l’arrondissement Ouest) et subrégional de 2e ordre (au conseil du quartier Tropariovo-Nikoulino correspondant à la municipalité éponyme). Les questions relatives aux transports – à un niveau plus élevé, régional – sont gérées par le Gouvernement de Moscou qui coordonne sa politique au niveau suprarégional avec les autres régions du District fédéral central. L’espace politique clef pour l’université est celui de l’Ètat dans la mesure où la politique en matière d’enseignement supérieur est définie en Russie au niveau national. Cependant, pour certains aspects cette politique est régulée par le biais d’accords correspondant aux organisations d’intégration impliquant la Russie aux niveaux macrorégional (CEI, Union économique eurasiatique, Organisation de coopération de Shanghai) et même transrégional (BRICS).

Tableau 1.1Niveaux de l’espace politique
valeurs Niveau MGIMO Université de Hong Kong
n + 3 Niveaux supranationaux Mondial Système ONU Système ONU
n + 2 Mégarégional Ouest Est
n + 1,5 Transrégional BRICS BRICS
n + 1 Macrorégional Eurasie / Union économique eurasiatique Asie / Organisation de coopération de Shanghai
n + 0,5 Mésorégional Europe orientale Asie orientale
n + Mixte
n État Russie République populaire de Chine
n – Niveaux subnationaux Suzerain Hong Kong
n – 0,5 Suprarégional District fédéral central
n – 1 Régional Moscou Région administrative spéciale de Hsiang¹-kang
n – 1,5 Intrarégional de niveau n Arrondissement administratif ouest
n – 2 Subrégional de niveau n Quartier Tropariovo-Nikoulino District sud
n – 3 Local Municipalité de Tropariovo-Nikoulino Pok Fu Lam

Enfin, il existe des problématiques dans lesquels le développement de l’enseignement supérieur est coordonné au niveau mondial, à savoir dans le cadre du Processus de Bologne ou de l’UNESCO. Ainsi, faisant ses études au MGIMO, l’étudiant se trouve dans une situation où sa vie est réglementée par un nombre considérable d’organisations différentes et d’organes de pouvoir dont certains sont en subordination hiérarchique les uns par rapport aux autres et les autres agissent indépendamment. Ces institutions de réglementation et de prise de décisions sont réparties selon les divers niveaux de l’espace politique qui demeure toutefois cohérent. Il est possible d’observer une structure similaire dans l’espace politique pour l’étudiant de l’Université de Hong Kong : certains niveaux y sont nouveaux, d’autres sont totalement absents. Ce faisant, pour les étudiants du MGIMO et l’Université de Hong Kong certains niveaux de l’espace politique correspondent (mondial, transrégional), tandis que d’autres non. Autrement dit, la structure politico-territoriale de la société dans chaque unité de temps nous lie à quelqu’un d’autre mais nous en sépare aussi.

Les niveaux d’espace politique peuvent être divisés en niveau de base (vert foncé dans le tableau 1.1), auxiliaires (jaune foncé), réguliers (vert clair) et facultatifs (jaune clair).

Le seul niveau de base de l’espace politique est celui de l’État (ou du pays), et c’est précisément lui qui reflète la carte politique du monde. Le système actuel des relations internationales se dessine entre États, c’est-à-dire qu’il représente un ensemble de relations entre les pays dans la mesure où la souveraineté (la capacité à établir ses propres règles sur un territoire donné) comme capital politique clef dans le monde revient essentiellement aux États. En disposant et en établissant les mécanismes assurant leur fonctionnement, les États créent une pyramide de niveaux de l’espace politique dans les deux directions : supra-étatique et sub-étatique.

Les niveaux d’espace politique auxiliaire – mixte (situé entre ceux de l’État et des autres niveaux supra-étatiques) et suzerain (entre le niveau étatique et les niveaux sub-étatiques) – ne sont pas à proprement parler des niveaux en tant que tels mais ils forment dans la structure de l’espace politique des zones transitoires privées de souveraineté nationale complète mais directement liées à tel ou tel État. Le niveau auxiliaire mixte comprend aussi les territoires internationaux ainsi que ceux qui comportent un régime juridique international et mixte, le niveau suzerain comprenant des territoires dépendants.

Les niveaux réguliers de l’espace politique (trois supra-étatiques : mondial, mégarégional, macrorégional ; et trois sub-étatiques : régional, subrégional et local), contrairement au niveau étatique, ne peuvent constituer indépendamment un système international mais sont malgré tout de véritables niveaux, fonctionnant de façon régulière et partout. Au niveau mondial, auquel se rapportent les organisations internationales et autres plateformes de discussion, des tentatives ont été faites d’élaborer des décisions politiques globales (par exemple sur l’interdiction des armes de destruction massive ou la lutte contre les changements climatiques). Au niveau mégarégional, marqué par des divisions géopolitiques fortes (Est-Ouest, Nord-Sud, centre-périphérie, terres fermes – mer, etc.), la coordination se fait dans le cadre d’un groupement de pays s’opposant au reste du monde. Au niveau macrorégional on voit agir des organisations internationales régionales et des unions d’intégration, généralement dans le cadre des continents, comme, disons, l’Union européenne. Le niveau régional est établi comme système de séparation administrative et territoriale des États de premier ordre, le niveau subrégional de deuxième ordre. Le niveau subrégional peut être aussi plus important (dans la pratique jusqu’à cinq membres), ce qui dépendra du nombre de niveaux de division administrative et territoriale au sein de l’État. Enfin, le niveau local est celui des organes d’autoadministration communale, ce n’est pas le plus bas de la hiérarchie administrative et territoriale du pays mais un niveau autonome et indépendant de la verticale du pouvoir de l’État qui gère les problématiques d’ordre local.

Les niveaux facultatifs ne sont pas obligatoires, ils apparaissent dans certaines situations et contribuent à établir des relations entre des niveaux réguliers. Par exemple, il existe en Russie un niveau spécifique entre les niveaux étatique et régional : suprarégional auquel l’État systématise sa politique régionale dans le cadre des districts fédéraux. Une même coopération est possible aussi entre les niveaux régional et suprarégional de deuxième ordre ou entre les niveaux subrégionaux d’ordres inférieurs, auquel cas ce niveau sera qualifié d’intrarégional. Les niveaux facultatifs existent aussi au-dessus du niveau étatique de base. Parfois dans le cadre d’une macrorégion sont formés des groupes distincts de pays pour une coopération renforcée (par exemple le groupe de Visegrad en Europe), c’est le niveau mésorégional de l’espace politique. Des structures similaires peuvent se mettre en place aussi entre des niveaux mégarégional et macrorégional (par exemple les BRICS), c’est le niveau transrégional.

Les niveaux d’organisation politique et territoriale de la société donnent une image des principales fonctions de l’espace dans les processus socio-politiques : d’un côté il relie différentes couches de la politique en un seul processus à plusieurs niveaux (fonction d’intégration) et de l’autre il divise un processus politique cohérent en niveaux, constituant une dichotomie de développement (ami-ennemi, intérieur-extérieur, etc.) : fonction fragmentation.

§ 3.Les principes d’organisation politique et territoriale de la société

L’interaction dans la société se fait tant dans le cadre de niveaux distincts de l’organisation spatiale qu’entre eux. Il existe deux modèles de base d’interaction entre les niveaux d’organisation spatiale de la société : le modèle unitaire et le modèle fédératif. Pour mieux les comprendre référons-nous aux sources des théories du fédéralisme.

Résumé des informations

Pages
452
Année
2023
ISBN (PDF)
9782875748614
ISBN (ePUB)
9782875748621
ISBN (Broché)
9782875748607
DOI
10.3726/b20800
Langue
Français
Date de parution
2023 (Juin)
Mots clés
Geopolitics Political Geography International Relations
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2023. 452 pp., 6 fig. b/w, 53 tables.

Notes biographiques

Igor Okunev (Auteur)

Igor Okunev est diplômé d’un master en histoire de l’université de Manchester et d’un doctorat en sciences politiques de l’Université du MGIMO (Moscou). Chargé de recherches à cette dernière université, il est également directeur de son Centre d’analyse spatiale dans les relations internationales. Il partage la chaire du Comité de recherches en géopolitique de l’Association internationale de sciences politiques. Ses travaux portent essentiellement sur la géographie politique, la géopolitique critique, le fédéralisme et les capitales.

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