Les Suisses de la mer Noire
histoire d’une diaspora oubliée
Summary
Excerpt
Table Of Contents
- Couverture
- Page de titre
- Page de droits d’auteur
- Table des Matières
- Liste d’images
- Préface. Étudier l’histoire de la diaspora suisse de la mer Noire
- Remonter aux origines de la colonisation
- 1. Les débuts
- 1.1. Les initiatives de Catherine II et d’Alexandre Ier
- Transformation de la province et valorisation de son potentiel agricole
- 1.2. Les projets d’émigration des années 1800-1810. L’activité des « appelants »
- 1.3. La fondation de Zürichtal
- 1.4. La tentative d’émigration des fabricants de soie de Zurich
- Modalités de l’émigration
- 1.5. Adaptation de la politique migratoire
- 1.6. Les projets de Jomini et de Bichler
- 1.7. Les débuts des colonies étrangères en Bessarabie
- Ivan Inzov
- 1.8. Les modalités d’installation
- Les initiatives de Vorontzov
- 2. Le développement de Zürichtal
- 2.1. Les années difficiles
- 2.2. Les progrès
- Les relations entre la diaspora suisse et sa nouvelle patrie
- Les colons et leurs voisins
- 2.3. La viticulture en Nouvelle-Russie
- 3. La colonie de Chabag
- 3.1. Chabag avant Chabag
- 3.2. Les réseaux de Tardent
- 3.3. La route et l’arrivée
- 3.4. Les débuts difficiles
- 3.5. Des querelles de bon voisinage
- 3.6. Progrès de la viticulture
- 3.7. Héritage de Tardent-viticulteur
- 4. Évolution de la diaspora suisse au milieu du XIXe siècle
- 4.1. Aménagement de la colonie
- 4.2. L’école
- 4.3. Succès de l’agriculture et de la viticulture
- 4.4. Les colons et leurs voisins
- 4.5. Lien avec la patrie
- 4.6. Contacts épistolaires avec la Suisse
- 4.7. La colonie au seuil du XXe siècle
- 5. Les colonies suisses sur le Dniepr
- 5.1. Osnova
- 5.2. Klutchevoe
- 5.3. Lugowoe
- 5.4. Neu-Schaba
- 5.5. Novye Sudaki
- 5.6. La viticulture sur les sables
- 6. La colonie tessinoise de San Nicolao
- 7. Les colons suisses de Géorgie
- 7.1. L’industrie fromagère avant l’arrivée des Suisses
- 7.2. Une initiative coloniale du baron prussien Alexander Kutzschenbach
- 7.3. La famille Ammeter à Karabulach
- 7.4. La famille Nydegger
- 7.5. La famille Graf
- 8. La guerre civile et les destinées des colons suisses
- 8.1. Chabag durant l’entre-deux-guerres
- 8.2. À la veille de l’exode
- 8.3. La guerre civile et la révolution dans les colonies criméennes
- 8.4. L’année 1918 à San Nicolao
- Épilogue
- Sources d’archives et bibliographie
- Archives
- Archives Cantonales Vaudoises
- RGIA – Rossijskij Gosudarstvennyj Istoričecskij arxiv, Archives Historiques d’État de la Russie, Saint-Pétersbourg, Fédération de Russie
- GAOO – Gosudarstvennyj Arxiv Odesskoj oblasti, Archives d’État de la région d’Odessa, Odessa, Ukraine
- HDBH = Archives du Haus der Bessarabiendeutschen, Heimatmuseum, Stuttgart, Allemagne
- Staatsarchiv Bern
- Archives d’Etat auprès du Conseil des ministres de la République autonome de Crimée, Simferopol (GA RK) (=Gosudarstvenniy arxiv pri Sovete ministrov Avtonomonoy Respubliki Krym)
- Russlandsschweizer Archiv, Zurich (=RSA)
- Archives de l’Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg (=Arxiv Akademii Nauk)
- DDS = Documents diplomatiques suisses
- Archives privées
- RTS
- Bibliographie
- Articles de presse
- Ouvrages et articles
Liste d’images
Image 1: Carte des colonies suisses au bord de la mer Noire dans l’Empire russe (Bichurina, 2019)
Image 2: RGIA, Fonds 1263, opis’ 29, Doc. 243, Feuillet 27. Extrait du Journal du ministère de l’Intérieur
Image 3: Maison d’un colon à Zürichtal, en 2019
Image 4: Lettre de Tardent à Inzov, 9 février 1829, GAOO
Image 5: Plan des parcelles octroyées aux Suisses, en 1826
Image 6: « État de la végétation dans la colonie suisse pour 1828 », GAOO
Image 7: Table nominative des familles dans la colonie des vignerons suisses en Bessarabie, GAOO
Image 8: Pages du livre de Tardent représentant les cépages
Image 9: Chabag, le temple, en 2019. © Elena Simonato
Image 10: Une maison de colon à Chabag, reconstruction pour le Musée, en 2019. © Elena Simonato
Images 11 et 12: Maisons à Chabag, par Paul Margot. © Archives de la famille Gavriliuc, Lausanne
Image 13: Page d’une lettre de Louis Gander. © Archives de la famille Gander-Heller
Image 14: Plan de Chabag, © W. Kundig, 1956
Images 15 et 16: Années 1920-1930. © Archives de la famille Zwicky-Forney
Images 17 et 18: Les loisirs, à Bugaz. © Archives de la famille Laurent-Christen
Image 19: Devant le sanatorium. © Archives de la famille Zwicky-Forney
Images 20 et 21: Propriétés des Buxcel à Chabag. © Archives de la commune de Romainmôtier-Envy
Images 22 à 24: Les propriétés de la famille Buxcel à Lugowoe et au bord du Dniepr. © Archives de Romainmôtier-Envy
Images 25 et 26: Vues de la colonie San Nicolao, © Archives de la famille Raggi, Vezia (TI)
Image 27: Page du Journal de Samuel Buxcel, © ACV
Image 28: La maison des Forney, 2014, © Archives de la famille Zwicky-Forney
Image 29: Chabag, 2019. © Elena Simonato
Image 30: Entrée du Centre de vin de Chabag. © Elena Simonato
Préface. Étudier l’histoire de la diaspora suisse de la mer Noire
Les colons suisses appartiennent à une longue chaîne de communautés d’immigrés qui ont façonné l’histoire économique et culturelle de la mer Noire. En même temps, les Suisses n’ont pas joué un rôle de premier plan parmi les colons agraires qui se sont installés sur la côte nord de la mer Noire et en Crimée. C’est pourquoi, jusqu’à récemment, leur séjour dans le pays a été beaucoup moins étudié que, par exemple, les activités des colons originaires des États allemands. Aujourd’hui, la situation commence à changer1.
Retracer l’histoire de la diaspora suisse de la mer Noire n’a pas été une tâche aisée. Il fallait d’abord résoudre la question des sources. D’emblée, il faut se refuser à l’analyse détaillée de l’histoire, car les sources dont nous disposons sont fragmentaires.
Nous avons commencé par les archives des autorités de l’Empire russe conservées à Saint-Pétersbourg, la capitale de l’époque. Il s’agit des archives du Cabinet des ministres, du ministère des Affaires étrangères et du Comité curateur des colonies de la Russie méridionale. Ce travail a pris plusieurs mois et a exigé une collaboration de plusieurs chercheurs, au vu de sa complexité. Tout d’abord, beaucoup de dossiers contiennent des documents rédigés en trois langues à la fois : russe, français et allemand. Les textes en français et en allemand sont des lettres ou des requêtes déposées par les organisateurs des convois d’émigrés suisses vers la Russie. Dans la plupart des cas, ces textes sont accompagnés d’une traduction en russe, faite par un traducteur officiel pour l’administration d’un ministère. Cependant, parfois, on trouve des textes non traduits. Il faut en outre préciser que la lecture des textes en allemand est la plus difficile, car ce sont des documents écrits par des particuliers et souvent avec une écriture peu lisible. De plus, il s’agit de l’écriture allemande gothique, rédigée sur une feuille de papier fin. Ainsi, un texte écrit sur le verso d’une feuille de papier transparaît sur le recto. Cela crée un mélange de lettres qui gêne la lecture. Souvent, seule la traduction en russe permet de comprendre le contenu de ce type de documents puisque ces traductions sont écrites sur du papier officiel, donc plus épais, et par un clerc professionnel, donc d’une écriture assez lisible. Ensuite, les dossiers officiels des différents ministères sont constitués selon la règle suivante : chaque document postérieur inclut tous les documents précédents traitant du même sujet. D’un côté, cela crée des dossiers volumineux et redondants. Mais, d’un autre côté, grâce à cette habitude, il est plus facile de saisir tous les détails d’une affaire. De plus, un texte peu lisible dans un document est parfois lisible dans un document postérieur. Enfin, la plupart des dossiers des ministères existent sous forme de vieux microfilms, ce qui rend le travail difficile. L’analyse de ces dossiers, souvent volumineux, a montré qu’ils fournissent des informations peu connues et présentent ainsi un intérêt particulier pour le chercheur. Il est intéressant d’indiquer qu’on trouve dans ces archives des matériaux non seulement sur l’émigration réussie, comme l’histoire de la colonie de Zürichtal ou celle de Chabag, mais aussi des dossiers contenant les tentatives d’émigration échouées.
Puis, nous avons effectué des recherches à Odessa, ville où se situait l’administration des colonies de la Russie méridionale. Il y a tout d’abord les archives d’État de la région d’Odessa. Ces archives contiennent des documents importants sur la vie de la colonie de Chabag. Une analyse de ces archives a été effectuée par V. Onopriejnko dans son ouvrage Un vrai paradis sur la terre de Chaba…2 [Istinnyj raj na šabskoj zemle…]3. Dans cet ouvrage sont reproduits 72 documents importants, qui incluent aussi bien la correspondance de Louis-Vincent Tardent (1787-1836) avec le général I. Inzov (1768-1845) et avec le comte M. Voronzov (1782-1856), que des documents du gouverneur de Nouvelle-Russie, le général F. Pahlen (1780-1863), et une lettre du grand-duc Mikhail Pavlovitch Romanov (1798-1849). Ces nouveaux documents ont permis de dépister bien des fantaisies et bien des erreurs, sans pour autant éclairer complètement.
Des recherches aux archives d’État de la République de Crimée à Simferopol ont permis de mettre la main sur quelques sources, mais elles restent fragmentaires. Il en va de même des archives d’État situées à Tbilissi. Une visite au musée et aux archives de Stuttgart a permis l’accès à des sources concernant les colonies germanophones de Bessarabie, notamment de la colonie d’Osnova.
Enfin, nous avons consulté les fonds d’archives collectés précédemment par les chercheurs de l’Université de Zurich et déposés au Russlandschweizer Archiv. Nous avons également eu plusieurs entretiens avec les descendants des colons de Chabag, dans le canton de Vaud, qui perpétuent la mémoire des colons.
Une fois la documentation réunie, il a été nécessaire d’opérer une série de choix qui nous permettent de présenter au lecteur la destinée de la diaspora suisse de la mer Noire sous un angle particulier. Nous accordons une place importante aux premières années de l’émigration puisqu’elles sont à l’origine de la formation de la diaspora et aux identités et traditions qui en forment le nœud. Dans cette quête, nous avons d’emblée privilégié une histoire culturelle puisqu’elle permet de faire une large place aux épisodes de l’histoire des deux pays. Nous avons accordé de l’importance aux dynamiques des réseaux et des interactions à la base des échanges entre les membres de la diaspora, dont témoignent les ego-documents et les souvenirs des colons. Nous examinerons uniquement l’histoire des colonies agraires, l’émigration collective, et les initiatives privées ne seront mentionnées ici qu’en passant.
Nous prendrons le soin de présenter les hommes à l’origine des différents projets de colonisation. Qui sont-ils ? Comment ont-ils réussi à impliquer leurs concitoyens, futurs colons ? Quels étaient leurs réseaux en Russie et comment se passaient les essais de colonisation ? Puis, nous nous pencherons sur les innovations apportées par ces colons, en dégageant leur contribution à l’essor économique et culturel de la région : viticulture et vinification. Nous nous intéresserons aussi aux liens sociaux et politiques établis au fil du temps et à l’ancrage local, national et international de la diaspora. Nous terminerons par une réflexion sur le rôle qu’ont été amenées à jouer les colonies. Avant de sombrer, à l’instar du Titanic, la diaspora suisse laisse son empreinte sur la région.
Remonter aux origines de la colonisation
Les origines du départ des Suisses vers le sud de l’Empire russe tiennent à la situation économique de la Suisse et plus spécialement du canton de Vaud, un des cantons qui ont engendré un grand flux migratoire. Elles s’expliquent également par le facteur de l’attraction, c’est-à-dire les conditions que les autorités russes créaient pour les colons.
En Suisse, les années 1810 sont marquées par la crise et la famine. Il faut préciser cependant que des historiens ont nuancé cette thèse. Selon C. Nikoulin4, il ne faut pas exagérer cette fuite due à la famine. La géographie de la fuite ne reflète pas toujours celle de la faim. Nous estimons qu’elle a pu être déterminante dans le cas des émigrés issus du milieu paysan, mais une autre partie des émigrés étaient plus motivés par l’espoir de faire rapidement fortune. Nikoulin rappelle cependant qu’en 1816, à la suite de l’explosion d’un volcan en Indonésie, l’Europe fut privée d’été et il neigea en Suisse. En 1817, les récoltes étaient de nouveau compromises, et la famine s’installa. « Aujourd’hui, on parlerait de réfugiés climatiques5. »
Details
- Pages
- 224
- Publication Year
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783034356442
- ISBN (ePUB)
- 9783034356459
- ISBN (Hardcover)
- 9783034355933
- DOI
- 10.3726/b22643
- Open Access
- CC-BY
- Language
- French
- Publication date
- 2026 (January)
- Keywords
- Suisses à l’étranger identité suisse colonies suisses canton de Vaud canton de Zurich Empire Russe mer Noire émigration échange culturel culture suisse culture russe Ukraine Moldavie Géorgie diplomatie suisse relations Suisse-URSS viticulture
- Published
- Lausanne, Berlin, Bruxelles, Chennai, New York, Oxford, 2026. 224 p., 1 ill. en couleurs, 29 ill. n/b.
- Product Safety
- Peter Lang Group AG