Show Less
Restricted access

André Malraux et l’art

Une révolution intellectuelle

Derek Allan

Cette étude présente une explication systématique des éléments clés de la théorie de l’art d’André Malraux. Se basant sur des œuvres telles que Les Voix du silence, Le Surnaturel, L’Irréel et L’Intemporel, elle aborde des sujets cruciaux comme la nature de la création artistique, la psychologie de notre réaction à l’art, la naissance de la notion d’« art » et sa transformation après Manet, la naissance et la mort de l’idée de beauté, la question cruellement négligée de la relation entre l’art et le passage du temps, l’émergence de notre « premier monde de l’art universel », le rôle contemporain du musée d’art et du Musée Imaginaire, et la question épineuse du lien entre l’art et l’histoire.

Contrairement aux critiques négatives parfois émises contre la pensée de Malraux, l’étude soutient qu’il nous offre une théorie de l’art mûrement réfléchie, entièrement cohérente et très éclairante. De surcroît, et malgré des allégations occasionnelles que la pensée de Malraux manque d’originalité, cette analyse montre que sa théorie de l’art est hautement originale et constitue un défi radical aux explications traditionnelles de l’art issues des Lumières qui ont dominé la pensée occidentale pendant quelque trois cents ans. En bref, l’étude dévoile une façon de comprendre la nature de l’art qui n’est rien de moins qu’une révolution intellectuelle.

Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 2: L’art–un monde rival

Extract

Aux yeux de Malraux, comme nous venons de le voir, il y a un lien étroit entre l’art et la nature de la conscience humaine. L’art est une réponse à « l’émotion fondamentale qu’éprouve l’homme devant la vie »–l’émotion qui gît au cœur de la conscience et qui, en l’absence d’absolu, révèle un monde humain plongé dans la fugacité et dépourvu de sens fondamentale. De quelle façon l’art répond-t-il à cette émotion ? La réponse de Malraux est claire. L’art combat le sentiment d’impermanence et de chaos au cœur de cette émotion en créant un autre monde, un monde rival. Il ne s’agit pas, explique-t-il, d’« un monde nécessairement surnaturel ou magnifié, mais d’un monde irréductible à celui du réel1. » Irréductible en quel sens ? Irréductible parce que, de même que « le réel » dans ce contexte est le monde éphémère des apparences dans lequel rien n’a de raison d’être tel qu’il est, ou d’être tout court, les mondes rivaux créés par l’art sont constitués uniquement d’éléments qui existent et qui sont tels qu’ils sont pour une raison–c’est-à-dire des mondes qui sont, pour utiliser les termes de Malraux, « cohérents » ou « unifiés ». Ainsi, lorsqu’il s’agit de l’art, « le réel » n’est qu’« un dictionnaire »–un catalogue de formes capables individuellement d’être investies de sens mais combinées d’une manière qui les rend incoh...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.