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André Malraux et l’art

Une révolution intellectuelle

Derek Allan

Cette étude présente une explication systématique des éléments clés de la théorie de l’art d’André Malraux. Se basant sur des œuvres telles que Les Voix du silence, Le Surnaturel, L’Irréel et L’Intemporel, elle aborde des sujets cruciaux comme la nature de la création artistique, la psychologie de notre réaction à l’art, la naissance de la notion d’« art » et sa transformation après Manet, la naissance et la mort de l’idée de beauté, la question cruellement négligée de la relation entre l’art et le passage du temps, l’émergence de notre « premier monde de l’art universel », le rôle contemporain du musée d’art et du Musée Imaginaire, et la question épineuse du lien entre l’art et l’histoire.

Contrairement aux critiques négatives parfois émises contre la pensée de Malraux, l’étude soutient qu’il nous offre une théorie de l’art mûrement réfléchie, entièrement cohérente et très éclairante. De surcroît, et malgré des allégations occasionnelles que la pensée de Malraux manque d’originalité, cette analyse montre que sa théorie de l’art est hautement originale et constitue un défi radical aux explications traditionnelles de l’art issues des Lumières qui ont dominé la pensée occidentale pendant quelque trois cents ans. En bref, l’étude dévoile une façon de comprendre la nature de l’art qui n’est rien de moins qu’une révolution intellectuelle.

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Chapitre 8: L’art et l’histoire

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La relation entre l’art et l’histoire a longtemps été source de discorde dans la philosophie de l’art. L’école analytique anglo-américaine actuellement influente minimise en général le rôle des forces historiques dans ses explications de la nature de l’art. Selon Peter Lamarque, un éminent représentant de ce courant de pensée, l’esthétique analytique préfère ignorer ce qu’il appelle les considérations « historicistes » et « [chercher] la vérité sur les sujets qu’elle traite, et la vérité éternelle pour autant qu’elle soit accessible1. » Les facteurs historiques sont parfois pris en compte de façon ad hoc, mais toute suggestion qu’il pourrait exister un lien systématique entre l’art et l’histoire est vue d’un mauvais œil. Les philosophes de l’école continentale ont un point de vue différent. Davantage influencés par les traditions découlant de Hegel et Marx, les penseurs continentaux cherchent en général des connections entre l’art et les forces historiques, et en particulier des preuves que celles-ci peuvent d’une certaine manière être systématiques, affirmant parfois, à l’instar de Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ?2, que l’artiste aussi bien que le public sont inéluctablement « engagés » dans l’histoire. Les penseurs continentaux ne sont pas toujours d’accord sur la nature précise des relations entre l’art et l’histoire, de même que les philosophes de l’art de l’école analytique divergent souvent sur la nature de leurs « vérités éternelles » ; mais le contraste entre...

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