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Le groupe Empain en France

Une saga industrielle et familiale

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Caroline Suzor

Le Belge Édouard Empain obtient en 1898 la concession du Métro de Paris, qu’il construit et exploite. Pour alimenter son Métro en énergie, Empain devient producteur d’électricité et fonde la Société d’électricité de Paris. Déjà présent en France depuis les années 1880, le groupe Empain ne cesse dès lors plus de croître dans ce pays. Fleurons d’un empire industriel de dimension mondiale, ses entreprises comptent parmi les plus importantes du paysage économique français.

La croissance du groupe Empain en France relève d’une saga à la fois industrielle et familiale. Trois générations se succèdent : un grand industriel européen, visionnaire et innovateur ; son frère ; ses fils. Des personnages hauts en couleur, très différents, reliés pour le meilleur et pour le pire par le sang et l’argent.

Cette histoire, dévoilée de l’intérieur et jusqu’alors mal connue, a été enfouie dans la mémoire nationale sous les décombres de la Troisième République et éclipsée après Seconde Guerre mondiale par la nationalisation de l’électricité et la municipalisation du Métro.

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Chapitre 3. Une entreprise d’électricité

CHAPITRE 3

Une entreprise d’électricité

Édouard Empain a créé sa première affaire importante, la Banque ELJ Empain, en 1880, à Bruxelles. Sa deuxième société, les Railways économiques de Liège-Seraing et extensions1, est fondée l’année suivante. À la même époque, un autre acteur de l’histoire que nous étudions démarre sa carrière industrielle. Cet acteur est l’électricité. Sa carrière démarre avec une surprenante vitrine, l’Exposition Internationale d’électricité, qui se tient à Paris entre le 11 août et le 20 novembre 1881. Pour la première fois, une manifestation du type des expositions universelles, alors très à la mode, est consacrée à un seul domaine. Qui plus est, il s’agit d’une activité nouvelle : l’électricité. L’exposition est un immense succès : 880 545 visiteurs viennent rencontrer les 1 764 exposants2 issus des pays les plus avancés dans ce domaine, au premier rang desquels la France et la Belgique. On considère qu’à compter de cette exposition, l’électricité change de statut : «l’électricité n’est plus confinée dans les recherches de laboratoire, les expérimentations d’atelier, les communications aux institutions scientifiques ou les comptes rendus de revues spécialisées ; elle quitte son habit XVIIIe de divertissement de salon. Elle s’ouvre au monde et devient une forme d’énergie dont on parle et dont on commence à user.3 » L’électricité n’est donc plus seulement un domaine de recherche, elle commence à devenir un secteur de l’industrie. Les innovations sont nombreuses et se succèdent : lampe à incandescence et tramway électrique (1879), centrales électriques (1881), électrométallurgie de l’aluminium (1886), TSF (1895).

Le mouvement se poursuit à l’occasion des Expositions universelles faisant suite à l’Exposition Internationale d’électricité, en 1889, puis en 1900. L’Exposition Universelle de 1900 voit le Métro entrer en service. Mais le Métro n’est qu’un élément de ce formidable développement de l’électricité. Sur les sites mêmes de l’exposition, l’électricité est omniprésente : un immense et somptueux Palais de l’électricité a été édifié à une place de choix : à l’extrémité de l’esplanade du Champ de Mars, en face de la Tour Eiffel. Palais semblable à un immense temple païen, son hall de ← 151 | 152 fer et de verre abrite diverses applications de l’électricité, dont une usine de production, qui alimente les autres pavillons. L’exposition comprend un réseau total de quarante kilomètres de lignes électriques, composé de neuf lignes principales et une cinquantaine de postes de transformation ; un tapis-roulant électrique de 3 360 mètres, baptisé « rue de l’avenir » ; des trains électriques pouvant transporter 60 000 personnes par jour ; des illuminations pour animer et sécuriser les espaces. En 1881, l’Exposition Internationale d’électricité voulait montrer au visiteur ce qu’était l’électricité ; en 1900, l’Exposition Universelle veut faire comprendre au consommateur potentiel que l’électricité est pour lui. Il faut « l’apprivoiser … par l’expérience et par l’imagination. »4 Car désormais il existe des sociétés productrices d’énergie, qui recherchent des clients.

Les premières sociétés d’électricité ont été fondées dans la foulée de l’Exposition Internationale, dans un cadre juridique favorable à l’initiative privée. Parmi ces plus anciennes entreprises, une société qui sera plus tard en relations d’affaires avec le groupe Empain : la Compagnie générale d’électricité5. Cette société a des débuts modestes : elle est créée en 1888 par Léon Lecordier, sous le nom de Société Normande d’électricité. Son fondateur lui apporte la concession qu’il a obtenue de la ville de Rouen. Concession dans une industrie débutante, donc petite concession : production et distribution de l’électricité dans un périmètre de cinq cents mètres autour de l’usine à construire à Rouen. La Société Normande d’électricité se substitue à son fondateur et obtient, par deux fois, des aménagements de sa concession (notamment sa prolongation). En 1898, la Société Normande est liquidée et remplacée par la Compagnie générale d’électricité, qui va notamment construire une deuxième usine à Rouen. La CGE, dont le siège social est à Paris, et non plus à Rouen, va devenir un acteur majeur du monde de l’électricité en France.

Mais toutes les entreprises d’électricité ne connaissent pas des débuts aussi modestes. D’autres seront tenues sur les fonts baptismaux par les sociétés de tramways.

C’est en effet par la traction qu’un certain nombre d’entreprises, dont le Groupe Empain, vont venir à l’électricité. Ce n’est pas un hasard : à la fin du 19e siècle, les entreprises de tramways, qui ont déjà ou sont en train d’électrifier leurs réseaux, sont les seules à posséder une expérience en matière d’électricité. Elles ont par ailleurs dû mobiliser des capitaux importants pour édifier leurs centrales électriques et doivent les rentabiliser. ← 152 | 153 Comme nous l’avons déjà évoqué6, les entreprises de transport proposent donc aux municipalités d’étendre leurs concessions du seul transport de voyageurs et/ou de marchandises aux activités complémentaires que sont la production et la distribution d’électricité.

Mentionnons ici, en attendant de plus amples développements, le groupe Durand, constitué autour de la société l’Énergie industrielle. Ce groupe, appelé comme le groupe Empain à devenir un important producteur d’électricité, débute selon ce schéma. En 1903, Pierre-Marie Durand et Barthélémy Durand créent la société Durand-frères puis ils acquièrent la Compagnie des tramways de Saint-Étienne. Trois ans plus tard, en 1906, Pierre-Marie Durand, exploitant de tramways, fonde sa société d’électricité, dénommée l’Énergie industrielle. Il entame donc une carrière de producteur d’électricité. Il sera principalement actif dans la région lyonnaise et la région ouest.

Dans ce contexte, les holdings belges de tramways que sont la Société générale de tramways (fondée en 1874, elle deviendra la Société Générale des chemins de fer économiques), la Compagnie mutuelle des tramways (fondée en 1895), la Société générale belge d’entreprises électriques (fondée en 1895) et la SOFINA (fondée en 1898) se lancent dans la distribution publique d’électricité. Elles démarrent cette activité nouvelle à l’étranger d’abord, où elles sont déjà installées, puis ensuite en Belgique. On a déjà évoqué la situation des entrepreneurs de transport en Belgique et l’insécurité juridique à laquelle ils doivent faire face. La situation des entrepreneurs d’électricité, en Belgique, n’est pas meilleure : les concessionnaires de la distribution d’électricité ne sont pas non plus à l’abri de la concurrence. Ceci résulte d’une décision de justice, rendue dans une affaire opposant la CGE à l’ICGA. La CGE, société de droit belge, avait obtenu en 1884 le droit de distribuer l’électricité dans la ville d’Anvers. À cet effet, elle avait édifié une centrale et construit un réseau. L’ICGA, concessionnaire de l’éclairage au gaz à Anvers, a obtenu, à l’issue d’un procès de trois ans, la confirmation de son monopole absolu de l’éclairage à Anvers. La CGE, placée dans l’incapacité de mettre à exécution sa concession de production et distribution de l’électricité, a fait faillite7. La situation restera bloquée en Belgique jusqu’au début du 20e siècle. À cette insécurité juridique s’ajoutent les difficultés liées à la grave crise économique qui atteint l’économie belge à cette époque. Dans ces conditions, les entrepreneurs belges se lancent à la recherche de débouchés à l’étranger. Les exploi ← 153 | 154 tants de tramways déjà partis travailler à l’étranger8 vont y démarrer leur activité de producteur d’électricité et ne reviendront investir dans leur pays qu’un peu plus tard.

D’autres Belges, venus d’autres horizons, sont déjà actifs en France dans le secteur de l’énergie. Ainsi en est-il par exemple de la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz (ou Gaz belge), fondée en Belgique en 1862. Dès 1866, elle reprend les concessions de la Cie des usines à gaz du Nord et dessert les communes d’Anzin, Arras, Bergues, Cambrai, Dunkerque, Saint-Omer et Valenciennes9. En 1869, elle contrôle déjà seize usines à gaz dont huit en France (pays où elle a le plus d’usines)10.

À ce stade, Édouard Empain ne se démarque pas encore de ses collègues et concurrents exploitants d’entreprises de transport. À la fin des années 1890, son groupe est déjà bien implanté en France et Empain va venir doucement à l’électricité. Cette nouvelle étape commence en 1898, lorsque le réseau de tramways de Boulogne-sur-Mer est électrifié11. La même année, la société des Tramways de Lille12 et la ville de Lille décident de moderniser et procéder à l’électrification de leur réseau de tramways. Le groupe commence donc à se préoccuper d’électricité : il faut alimenter ces réseaux de transport. La production d’énergie n’est alors qu’une question marginale : seules de faibles quantités d’électricité sont nécessaires et si Empain s’était contenté d’électrifier ses différents réseaux de tramways et chemin de fer, il serait sans doute resté un petit producteur de courant. Comme on l’a déjà évoqué, le Métro de Paris va transformer l’entrepreneur de transport Empain en un important producteur d’énergie. Le Métro exige des quantités d’électricité telles que la production d’énergie ne peut plus être l’activité accessoire d’une entreprise de transport. Elle va devenir une activité à part entière. Mais comment les évènements s’enchaînent-ils ? ← 154 | 155

Ensuite, si le Métro est le premier client du producteur d’énergie Empain, est-il le seul ? En d’autres termes, Empain va-t-il vendre de l’électricité au seul Métro ou bien également à d’autres clients ? Va-t-il fabriquer et vendre du courant uniquement en région parisienne ? Va-t-il appliquer le même schéma de développement dans toutes les régions où il exploite des entreprises de transport ? Ou bien va-t-il également produire du courant là où il n’exploite aucune ligne de chemin de fer ou de tramways ?

Dans quel contexte Empain démarre-t-il cette nouvelle activité ? La liberté d’entreprendre est-elle totale, ou bien les autorités municipales jouent-elles un rôle ? Ensuite, quelle est la situation de l’électricité dans la région, lorsque Empain y débute ?

On avait vu, s’agissant des entreprises de transport, que souvent Édouard Empain rachetait des entreprises à leurs fondateurs. Agit-il de la même façon pour l’électricité ? Les réponses aux questions ci-dessus se trouvent dans le contexte historique. Néanmoins on peut déjà mettre la lumière sur un point : lorsqu’il devient fabricant d’électricité, Édouard Empain n’est plus un débutant sur le marché français. Au tournant du siècle, il est un entrepreneur de transport connu et qui a déjà réussi.

Une fois le contexte connu, il faudra se pencher sur les usines de production d’électricité. Empain est-il un producteur d’énergie thermique ou hydraulique ? Qu’est-ce qui guide le choix de la source d’énergie à partir de laquelle il fabrique du courant ? Ensuite, de quelle taille sont les usines ? Et surtout, de quelle technologie Empain dispose-t-il ?

On a déjà constaté13 qu’Empain investissait dans l’électricité sur le long terme, puisque le groupe reste propriétaire de ses entreprises jusqu’à la nationalisation de 1946. Restera à rechercher si le fait d’être détenu par des capitaux étrangers a pu créer des difficultés, au cours de cette longue période marquée par deux guerres mondiales.

I –   La production d’électricité à Paris

1 –   Une situation originale14

Les débuts de l’électricité dans la capitale sont difficiles. La ville ne veut pas s’engager et ne veut surtout pas dépenser pour l’installation d’un système d’éclairage. Elle croit encore à l’éclairage au gaz, technique ancienne, rentabilisée depuis longtemps et donc peu coûteuse. Quelques ← 155 | 156 tentatives sont faites, notamment pour l’éclairage électrique des parcs et des théâtres municipaux. Mais ces expériences restent peu nombreuses et non coordonnées. Elles ne sont même pas rentables, puisque la ville entend payer l’électricité au prix du gaz. Quelques sociétés privées sont plus audacieuses : certains cafés, les grands magasins, les gares, quelques usines sont éclairés grâce à l’électricité. Mais il ne s’agit jamais que d’initiatives isolées. Il faudra un évènement tragique, et des morts, pour permettre à l’électricité de s’implanter. Le 27 mai 1887, l’Opéra Comique brûle. Cet incendie est le second de l’histoire de ce théâtre, déjà détruit par le feu en 1838. L’enquête ayant établi que l’éclairage au gaz avait été la cause du feu, les autorités municipales décident d’abandonner enfin le gaz et d’adopter l’électricité. La tâche est lourde, mais la ville est grande et la population parisienne nombreuse.

L’affaire devrait être intéressante…

La Commission municipale dite « Commission du cahier des charges » étudiait, depuis sa mise en place en 1881, les conditions dans lesquelles devaient être organisées la production et la distribution d’électricité dans la capitale. Elle rend enfin son rapport, en 1887. Elle se déclare opposée à l’octroi du monopole de l’électricité à une compagnie privée (et met en avant les désagréments liés aux monopoles de la Compagnie du gaz, de la Compagnie des eaux et de la Compagnie des omnibus). Elle préférerait l’exploitation par la ville mais, par souci d’économie (il faut investir entre deux cent cinquante et cinq cents millions de francs), elle préconise un système mixte, dans lequel plusieurs concessions concurrentes seraient organisées, sans monopole ni privilège, pour une durée maximale de dix-huit ans, à l’issue de laquelle la ville récupérerait les installations. Les tarifs des sociétés privées seraient encadrés, les redevances à la ville élevées, la desserte de tout usager en faisant la demande obligatoire. La ville pourrait reprendre les installations après dix ans. Les concessions auraient « la forme de segments de cercle allant du centre à la périphérie15 », on parlerait donc de secteurs. Puisque le système devrait être mixte, à côté de ces sociétés privées (très encadrées) on mettrait en place un secteur municipal, qui plus tard récupérerait les installations construites par les exploitants des secteurs. Le projet de la commission est discuté, puis le texte est adopté fin mars 1888.

Dans le cadre de la mise en œuvre du texte de 1888, la ville installe une usine municipale pour l’alimentation des Halles et de ses alentours, point de départ d’un futur réseau municipal. Rapidement une autre usine sera construite à l’Hôtel de ville, pour l’alimentation en électricité de la mairie de Paris. ← 156 | 157

Quatre premières concessions sont accordées en avril 1888, pour l’exploitation des quatre premiers secteurs16 :

      le secteur de La Villette est confié à la SA d’éclairage et de force par l’électricité. Il s’étend sur une superficie de sept cents hectares, entre la gare du Nord, la gare de l’Est et la rue de Turbigo (soit l’est du 18e arrondissement, le nord du 19e, le 10e et le 3e arrondissements) et doit desservir une population de 257 000 habitants. La société installe quatre usines électriques, dont trois dans Paris. La quatrième usine est à Saint-Ouen.

      le deuxième secteur est concédé à la Compagnie continentale Edison. On parlera donc de Secteur Edison. Sa superficie n’est que de quatre cent vingt hectares, mais c’est un quartier densément peuplé : 218 000 habitants (à l’ouest du 18e arrondissement). Cette zone est également alimentée par quatre usines, trois usines parisiennes et une usine installée plus tardivement (en 1898) à Saint-Denis.

      le troisième secteur, à l’est de Paris, est confié à la Compagnie parisienne de l’air comprimé. Il s’étend sur deux mille hectares (les 1er, 2e, 4e, 11e, sud du 19e, 20e et 12e arrondissements), mais compte seulement 818 000 habitants. La société concessionnaire exploite deux centrales, installées dans Paris.

      le quatrième secteur, dit Secteur de la Place Clichy, est concédé à la Société électrique du secteur de la Place Clichy (filiale de la Société Lyonnaise des eaux et de l’électricité17). Il s’étend sur quatre cent quatre-vingt sept hectares (à l’est du 19e et dans le 9e arrondissement), dans un quartier où vivent 200 000 habitants. La Société électrique exploite une seule centrale, située dans Paris.

Que penser de ces quatre sociétés ? Tout d’abord, on observe qu’elles ont installé leurs usines dans Paris (sauf deux exceptions Saint-Ouen et Saint-Denis). Les usines situées en ville sont petites, polluantes, la livraison et la manutention du charbon y sont compliquées, faute d’espace. Rapidement, la production de ces usines se révèle insuffisante.

On constate également que près de la moitié de la ville reste en dehors des secteurs : les 16e, 17e et 8e e arrondissements, dans l’ouest de la capitale et tous les quartiers de la rive gauche (soit les 5e, 6e, 7e, 13e, 14e et 15e arrondissements). Les habitants de ces quartiers ne disposent donc pas encore de l’électricité. Pour mettre un terme à cette situation, deux secteurs supplémentaires sont créés en 1890 : ← 157 | 158

      le secteur des Champs-Élysées, à l’ouest de la Seine. Il construit sa centrale à Levallois-Perret.

      l’immense secteur de la Rive gauche s’étend sur 2 700 hectares et comporte une population très disséminée. Une première usine est établie près du Panthéon en 1895, puis une seconde en 1896 à Issy-les-Moulineaux.

Paris se retrouve donc partagé selon le plan suivant18 :

Figure 13. Les secteurs parisiens

images

Il n’y a aucune harmonisation technique entre les six secteurs. La production des centrales est insuffisante. Pourtant, il n’y aura pas d’investissement supplémentaire : la faculté de rachat par la ville (qui existe dès 1898, même si l’échéance normale est prévue pour 1907) n’incite pas les sociétés à construire de plus grosses centrales, ni à s’entendre pour organiser ensemble la production et la distribution d’électricité à l’échelle de la ville. Pour satisfaire aux besoins de leur clientèle, les Secteurs vont préférer acheter de l’électricité à d’autres producteurs, ← 158 | 159 installés en proche banlieue. À deux autres producteurs19. La société Le Triphasé20, fondée en 1898 par la Société Lyonnaise des eaux et de l’électricité, qui se trouve être également la société mère de la Société électrique du secteur de la place Clichy. Le Triphasé construit une usine électrique à Asnières, pour fournir du courant au secteur de la place Clichy. L’autre fournisseur des Secteurs parisiens est la Société d’électricité de Paris (SEP), fondée par le groupe Empain en 1903 et installée à Saint-Denis. Nous y reviendrons.

Arrivons maintenant à 1904, année où, dans la perspective de la fin du régime des permissions, la mairie de Paris met en place une commission chargée de réfléchir à la centralisation de la production et à l’uniformisation de la distribution. Cette commission recommande la signature d’une convention de concession avec un consortium formé par les exploitants des six anciens secteurs et la Société d’étude pour l’exploitation de l’énergie électrique à Paris, rebaptisés ensemble “Union des secteurs”. La convention est signée le 5 septembre 190721. Une nouvelle société, la Compagnie parisienne de distribution d’électricité (CPDE), est constituée. Il est prévu qu’elle se substituera aux secteurs, en tant que producteur et distributeur d’électricité à Paris, à la date du 1er janvier 1914, soit après une période transitoire de sept ans. La SEP participe à la constitution de la CPDE : elle souscrit 19 900 actions de 250 F, soit 4 975 000 F donc près de 10 % du capital de 50 000 000 F. Elle signe également avec la CPDE, durant l’été 1907, un contrat de vente d’énergie électrique.

S’ouvre alors la période transitoire22, entre 1907 et 1914, durant laquelle on rattrape le temps perdu en procédant aux investissements qui avaient précédemment été différés. On organise la production et la distribution. Pour assurer la production, on construit deux centrales : l’une à Saint-Ouen, au nord de Paris (puissance 50 000 kW), l’autre à Issy les Moulineaux, au sud (puissance 25 000 kW). Les deux usines sont situées en banlieue et au bord de la Seine : on a compris l’erreur que constituait l’installation d’usines électriques en pleine ville. Les livraisons de charbon sont faites par péniches, l’eau de la Seine permet le refroidissement ← 159 | 160 de la vapeur utilisée pour produire l’électricité. La CPDE, en 1907, fait donc ce qu’Empain avait fait dès 1903. On profite des travaux pour unifier la production : les deux usines de la CPDE produiront du courant alternatif à quarante-deux périodes par seconde. Les deux usines sont reliées, de telle façon qu’elles puissent se porter secours, mais il n’est pas prévu de marche en parallèle.

On organise également la distribution : on installe des kilomètres de câbles souterrains pour transporter le courant. Ici, il n’y a pas encore d’unification. Compte tenu de ce qui existe déjà (420 km de canalisations en 1906), le courant distribué ne répondra pas partout aux mêmes caractéristiques (monophasé, diphasé ou triphasé). On construit également des sous-stations, des transformateurs, des colonnes montantes. Les travaux pour la distribution coûtent 110 000 000 F sur cinq ans.

En même temps, pour décider les Parisiens à utiliser l’électricité, on abaisse les tarifs à 0,70 F le kWh pour l’éclairage et 0,30 F le kWh pour les autres usages.

Tous les biens affectés à la production et la distribution d’électricité construits pendant cette période transitoire deviennent immédiatement propriété de la ville de Paris.

Les frais sont couverts par trois emprunts, pour un montant total de cent millions de francs, émis avant la fin de la période transitoire et par les réserves faites par le concessionnaire. À partir de 1914, la CPDE reprendra ces emprunts à sa charge.

En 1914, à l’issue de la période transitoire, la CPDE « hérite » des deux usines de Saint-Ouen et Issy-les-Moulineaux ainsi que du réseau de distribution. Elle prend en location les installations des anciennes compagnies et bénéficie d’une concession, qui doit produire effet jusqu’au 30 juin 1940. Elle est donc prête à démarrer son activité industrielle, lorsque la guerre éclate.

2 –   La plus ancienne usine d’électricité du groupe Empain : Bercy

À une époque où Empain n’ambitionne peut-être pas encore de devenir un jour l’un des plus gros producteur d’électricité en France, il construit sa première centrale. L’usine électrique de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris est construite en 1898 et 1899, quai de la Rapée à Paris, sur un terrain de 7 200 m² acheté à cet effet par la compagnie23. Ce terrain est, comme il le faut pour les centrales électriques, au bord de la Seine : le charbon peut être livré par bateaux ← 160 | 161 et la centrale peut prélever dans le fleuve l’eau nécessaire à l’alimentation des chaudières et à la condensation de la vapeur. C’est en effet la vapeur qui entraîne l’alternateur pour produire de l’électricité. Les travaux d’édification de la centrale sont effectués par Schneider (on se rappelle le rôle joué par ce groupe24 lors de l’attribution de la concession à la Compagnie générale de traction). Schneider fournit également trois groupes électrogènes de 1 500 kW chacun, nécessaires à l’exploitation du premier réseau du Métro25. L’un des groupes fournit du courant continu, à la tension de 600 volts, destiné aux abords de l’usine. Les deux autres groupes fournissent un courant à la tension de 5 000 volts, qui est dirigé vers une sous station place de l’Étoile, où il est transformé en courant continu à 600 volts26. Un quatrième groupe de même puissance est installé en janvier 1902. Cette centrale s’inscrit dans un schéma assez simple : elle appartient à la CMP et fabrique du courant uniquement pour le Métro. Mais cette solution comporte ses propres limites. La capacité de production d’énergie est insuffisante. Avant l’achèvement des travaux d’établissement de la centrale de Bercy, la CMP avait dû acheter du courant aux secteurs voisins. Elle doit ensuite continuer ses achats, malgré la mise en service de l’usine de Bercy, pour faire face à l’intensification du trafic du Métro. Même l’extension de l’usine27, sur une nouvelle bande de terrain d’environ 4 500 m², sur laquelle on installe quatre groupes turboalternateurs de 2 100 kW, ne permet pas de produire suffisamment de courant. Il faut toujours recourir à ces alimentations auxiliaires28. Le groupe Empain va alors choisir de construire une autre centrale, de très grande dimension, à Saint-Denis. Cette nouvelle usine fournira tout le complément d’énergie nécessaire au Métro. Elle n’appartiendra pas à la CMP, mais à une autre société, la Société d’électricité de Paris, constituée en 190329 pour la construire et l’exploiter. En agissant ainsi, le groupe s’écarte du schéma traditionnel et surtout se lance dans une nouvelle activité : la production d’énergie en grande quantité. Le Métro, même s’il sera l’un des plus gros clients de la SEP30, n’absorbera jamais toute l’énergie produite. Il faudra vendre à des tiers. La nouvelle société aura donc d’autres clients que le ← 161 | 162 seul Métro de Paris. Or il se trouve qu’à cette époque, Paris a justement besoin d’électricité.

3 –   Les débuts de la Société d’électricité de Paris et l’usine de Saint-Denis

Dans un contexte où la ville a choisi ceux qui pouvaient fabriquer du courant à Paris, leur a affecté un secteur de distribution et a tout bloqué jusqu’à 1907 (date à partir de laquelle la ville peut reprendre les installations édifiées par les quatre premiers concessionnaires), Édouard Empain s’installe en banlieue, à Saint-Denis. Pas loin du tout de la capitale : on arrive à Saint-Denis dès qu’on passe la porte de la Chapelle. Mais suffisamment loin pour échapper aux autorités municipales parisiennes, qui n’ont pas de pouvoir à Saint-Denis.

Si la société est dénommée Société d’électricité de Paris (SEP), c’est donc à Saint-Denis qu’elle fabriquera son courant. La SEP, plus ancienne société d’électricité constituée par le groupe Empain en France, est fondée en 190331 au capital de cinq millions de francs. Son capital est presque intégralement détenu par la Société Parisienne pour l’industrie des chemins de fer et des tramways électriques32. La SEP achète dès sa constitution près de 59 000 m² de terrains à Saint-Denis33, au bord de la Seine. Par la suite, entre décembre 1903 et avril 1911, elle achètera d’autres terrains, voisins des premiers, pour plus de 133 000 m²34. De grands terrains, pour une grande centrale. La construction de la centrale de Saint-Denis marque «un changement d’échelle radical dans les projets de l’industrie électrique. »35 Comme on l’a vu, l’usine de Bercy, construite aux dimensions habituelles de cette époque, dévelop ← 162 | 163 pait une puissance initiale de 4 500 kW, portée à 6 000 kW en 1902, sur un terrain de 7 200 m². L’usine de Saint-Denis, installée sur un terrain originellement près de neuf fois plus grand, doit développer une puissance de trois à cinq fois supérieure (le contrat passé entre la SEP et la Cie Russe Française36, entreprise du groupe Empain chargée des travaux, prévoit que l’usine fournira jusqu’à 18 000 kW au Métro de Paris et que la puissance totale de l’usine sera de 18 000 kW au minimum et 30 000 kW au maximum). En cours de travaux, cette puissance maximale est portée à 37 000 kW37, soit plus de six fois la puissance de l’usine de Bercy. Édouard Empain a donc choisi de donner à sa première société d’électricité une centrale de très grande dimension, comme on n’en avait jamais construit auparavant en France. Il est un précurseur : la CPDE n’entamera la production des centrales de Saint-Ouen (puissance : 50 000 kW) et Issy (puissance 25 000 kW) qu’en 1907. Le seul à pouvoir réellement rivaliser avec Empain en région parisienne sera l’Union d’électricité (UDE), qui construira également des centrales de très grande dimension : Gennevilliers, puis Arrighi (Vitry Sud). Mais l’UDE arrivera beaucoup plus tard sur le marché : cette société sera fondée en 1919.

Les travaux de construction de l’usine de Saint-Denis commencent en fin d’année 1903. La mise en route de la première tranche a lieu en milieu d’année 190538. La centrale développe alors une puissance de 20 000 kW mais a été conçue pour être facilement étendue : les infrastructures sont prêtes, il suffira d’installer de nouveaux turbo alternateurs pour produire plus d’électricité.39 On sait dès le début qu’on aura besoin d’agrandir la centrale : la vente de l’énergie est assurée, grâce au Métro. Dès ses débuts, la Société d’électricité de Paris alimente principalement le Métro (6 000 kW à compter du 1er janvier 1906), mais pas seulement. Elle fournit aussi deux des secteurs parisiens : le secteur Edison40 (600 kW à partir du 1er novembre 1905) et le secteur de la Société d’éclairage et de force (500 kW à partir du 1er décembre 1905). Ainsi, et c’est nouveau en France, la centrale de Saint-Denis dessert des clients qui utilisent ← 163 | 164 l’énergie pour des usages différents (traction, éclairage, force motrice).41 Conjugué à l’immensité de l’usine, ceci permet à la Société d’électricité de Paris d’avoir un prix de revient bas et donc un tarif susceptible d’attirer de nouveaux clients.42

Dès 1906 on décide d’augmenter la puissance de la centrale : la puissance installée à Saint-Denis passe à 50 000 kW en 1907, dernière année d’existence des secteurs parisiens.

4 –   La Première Guerre mondiale

La guerre de 1914-1918 voit naître une économie de guerre. Les belligérants mobilisent leur économie, afin qu’elle les aide à vaincre l’ennemi. Ceci entraîne deux conséquences, déjà constatées à propos des entreprises de transports : la pénurie de main d’œuvre, surtout la main d’œuvre qualifiée désormais occupée à l’effort de guerre et la pénurie de matières premières (notamment le charbon).

Le plus gros problème rencontré par les centrales parisiennes est celui de l’approvisionnement en charbon. À la différence des producteurs du nord du pays, installés près des mines, les sociétés parisiennes doivent acheter et se faire livrer du charbon. Or 80 % des zones françaises d’extraction sont désormais aux mains des Allemands. Les centrales sont donc très vite confrontées à la pénurie, d’autant plus qu’il devient rapidement difficile d’importer du charbon extrait à l’étranger. Rappelons qu’à cette époque il n’y a ni hydroélectricité ni interconnexion : si, faute de charbon, les centrales devaient être arrêtées, la clientèle ne serait plus livrée.

La SEP déplore un stock de charbon insuffisant dès 191543. Certains contrats de fourniture, passés avant guerre, ne sont pas exécutés, les fournisseurs ne disposant pas du charbon nécessaire44. Ceci entraîne des conflits. La Maison Levée, marchand de charbon, demande en juin 1916 à être dégagée de l’obligation de livrer 7 220 tonnes avant le 31 décembre 1916. Elle offre en compensation une indemnité de ← 164 | 165 50 000 F45. Malgré le souhait de l’administrateur délégué d’accepter cette transaction, le conseil d’administration demande que l’indemnité proposée soit augmentée. La Maison Levée retire son offre46. La SEP doit l’assigner.

Un autre fournisseur, celui-là anglais, est confronté au même problème. La société Cory and Sons demande fin 1915 l’annulation de deux contrats passés avec la SEP et offre 125 000 F d’indemnité de résiliation. La SEP accepte47.

Les difficultés vont augmenter, notamment en ce qui concerne les contrats de fourniture passés avec des sociétés anglaises, puisque en février 1916 les autorités britanniques suppriment leurs licences d’exportation48. La SEP évalue alors à 120 000 tonnes49 le charbon qui ne sera pas livré faute de licence. Les fournisseurs prétendent même que cette circonstance leur permet de résilier les contrats et de ne rien livrer du tout. Eugène Nicolini (directeur de la SEP) fait plusieurs voyages à Londres50 en avril, mai, juin et juillet 1916. Il y va pour deux raisons : travailler avec l’avocat anglais de la société sur les différents points litigieux des contrats d’approvisionnement passés par la SEP ; conclure de nouveaux marchés de fourniture et des contrats de fret.

Un accord amiable est conclu en juin 191651 avec la Maison Bromley (qui disposerait donc d’une licence d’exportation), pour la livraison de 33 000 tonnes en sept portions égales jusqu’à fin décembre 1916, aux conditions du contrat. La question de l’arriéré, comme celle des droits de la SEP, est réservée. En octobre 1917, Nicolini doit pourtant retourner à Londres52 pour le procès intenté par la SEP contre la Maison Bromley. La SEP demande 16 000 £ pour transiger sur l’inexécution de la première partie du contrat et la livraison des 15 000 tonnes restant dues sur la deuxième partie. Bromley offre 10 000 £ et la livraison du tonnage dû sous des conditions acceptables.

Face à cette situation, des démarches collectives sont entreprises par le Syndicat professionnel des usines d’électricité. En mars 191653, il décide ← 165 | 166 d’avoir à Londres un représentant accrédité par le gouvernement français, qui sera l’intermédiaire entre les sociétés d’électricité et le gouvernement anglais. Le rôle de ce délégué est d’obtenir des licences d’exportation pour les lots de charbon dont les sociétés d’électricité ont besoin. Les frais liés à cette représentation sont couverts par une taxe par tonne de charbon consommée par les usines d’électricité en 1916. La taxe est fixée le mois suivant54 à 0,15 F la tonne de charbon consommé (sachant que la consommation entre le 1er avril 1916 et le 31 décembre 1916 est de 120 000 tonnes environ).

Outre le représentant collectif envoyé à Londres par le Syndicat Professionnel, la SEP va nommer son propre mandataire, chargé de défendre ses intérêts vis à vis des fournisseurs. En plus de ce représentant posté au lieu de départ du charbon, elle installe un deuxième homme à l’arrivée, au port de Rouen. Après avoir utilisé pendant quelques temps, en 1916, un agent choisi par la CMP, la SEP décide d’engager son propre agent55. C’est chose faite en août 191656. Dufranc a pour mission d’activer les livraisons de charbon (par sa présence et son intervention) et dispose à Rouen d’un bureau, pour la durée de la guerre et jusqu’au retour à des conditions normales. Il commence à travailler en septembre 1916. Il reçoit, en plus de son salaire, 500 F d’indemnité spéciale. Notons que la SEP est la seule société du groupe à mandater de la sorte deux agents chargés de faciliter son approvisionnement en charbon.

Entre Londres et Rouen, il faut encore organiser le transport du charbon. À partir de 1917, la SEP est confrontée à la difficulté de trouver des bateaux. Elle affrète des navires en time charter57. Un premier bateau, le vapeur anglais Aldershot58 de 3 260 tonnes doit rapidement être remplacé par un vapeur neutre, le gouvernement anglais ayant le projet de retirer les vapeurs anglais de la Manche pour les affecter sur l’Atlantique. Début 1917, la SEP59 affrète donc un vapeur neutre de 2 000 tonnes en time charter. En mai 1917, la SEP60 possède deux vapeurs en time charter, l’Ursa (2 200 tonnes) et le Sneppe (2 100 tonnes) et envisage d’en obtenir de nouveaux.

La SEP va donc, à cette époque, bien au delà de son activité de fabrication et distribution de courant, puisqu’elle s’occupe aussi de l’achat et ← 166 | 167 du transport de charbon. Elle pose quand même une limite à cette diversification : elle refuse la proposition qui lui a été faite d’acquérir une concession houillère dans le centre de la France61. Le conseil d’administration ne motive pas son refus. Peut-être estime-t-il que cet achat donnerait un caractère définitif à une diversification qui ne doit pas durer plus longtemps que la guerre ?

Mentionnons enfin une décision collective : début 191762, toutes les usines d’électricité de la région parisienne adhèrent au groupement de l’Office des Charbons, chargé de les représenter auprès des autorités administratives. Ce groupement va gérer la pénurie : il pose que les usines ne peuvent détenir que des stocks correspondant sensiblement à la même durée de fonctionnement (et sans doute cette durée n’est pas bien longue…)

Ces difficultés d’approvisionnement en combustible auront deux conséquences graves. Tout d’abord, la SEP se trouve contrainte de procéder à des achats aux nouveaux prix du marché, ce qui entraîne des décaissements supplémentaires de plusieurs millions de francs. Ensuite, la différence entre les prix théoriques du charbon, sur la base desquels la SEP avait signé des contrats de vente d’énergie avec ses clients et les prix réels d’achat de ce même charbon fait apparaître d’importants découverts63. La SEP décide de demander aux clients « d’examiner la possibilité de verser chaque mois à la SEP, en compte à valoir sur fournitures d’énergie électrique, une somme égale au produit du nombre de kWh constituant leurs consommations mensuelles moyennes par l’augmentation du prix du kWh résultant de la différence du prix du charbon entre le prix moyen de l’année 1915 et le prix moyen du mois de 1916 que l’on considère. »64

La question du charbon, on le voit, est très importante pendant toute la guerre. Mais elle n’est pas la seule difficulté liée au conflit à peser sur la SEP. Il faut aussi faire face à la pénurie de nourriture. La SEP organise l’aide alimentaire en faveur de son personnel. En janvier 1917, elle adhère à l’Union des industriels de la région de Saint-Denis, qui vient d’être constituée et a pour mission d’établir un certain nombre de réfectoires de guerre pour ouvriers. L’adhésion suppose une participation de l’employeur à raison de 8 F par ouvrier65. Le mois suivant, la SEP décide de mettre à disposition des œuvres sociales les terrains ← 167 | 168 inoccupés lui appartenant pour qu’il y soit fait « de la culture dans un but national. »66 On rappelle à cette occasion que des terres ont déjà été mises à disposition des ouvriers dans le même but.

En revanche, la direction de la société ne semble pas grandement affectée par le conflit. L’administrateur délégué Angelo Della Riccia, qui est italien, est appelé aux armées en juillet 191767. En son absence, est mis en place un comité de direction constitué de Daniel Berthelot, François Empain et Eugène Nicolini. Ce dernier reçoit pouvoir pour gérer les affaires courantes. Après le retour de Della Riccia, trois mois plus tard, on décide que le comité de direction continuera de se réunir chaque semaine et que l’administrateur délégué en sera membre68.

5 –   L’après-guerre

Dans l’immédiat après-guerre, les problèmes liés à la mauvaise qualité des charbons demeurent. En septembre 1919, on prévoit un hiver difficile. Cette situation va conduire la SEP à rechercher l’innovation technique : en prévision de l’hiver 1919-1920, elle installe de nouveaux tirages Prat et essaie de mélanger au charbon des produits riches en matières volatiles69. Pour l’hiver 1920-1921, elle étudie, avant de commander de nouvelles chaudières, la possibilité de transformer les foyers de toutes les chaudières existantes pour pouvoir utiliser du mauvais charbon avec un rendement suffisant70.

En même temps, les industriels de la région parisienne recherchent ensemble une solution collective71 à la crise du combustible. Début 1920, Nobel, de l’Office des charbons, obtient du Crédit Algérien l’ouverture d’un compte courant jusqu’à concurrence de 4 000 000 F, afin de payer les combustibles achetés à l’étranger par l’Office pour le compte de ses adhérents. Les sociétés membres du groupement s’engagent à rembourser au Crédit Algérien le capital et à payer les intérêts et accessoires, en cas de défaillance de l’Office. La garantie de la SEP porte sur 25 % du découvert et des intérêts et accessoires72.

La hausse des prix du combustible se poursuit néanmoins, avec des conséquences sur la trésorerie des sociétés. À l’automne 192073 est mise ← 168 | 169 en place la péréquation des prix du charbon, pour corriger l’effet des hausses de prix. L’administrateur délégué informe le conseil d’administration des modifications qui peuvent être apportées au système de régulation alors pratiqué. Les pouvoirs publics y sont favorables et la péréquation existe déjà entre les usines à gaz. En 1921, la liberté commerciale est rendue. La SEP74 considère néanmoins que l’organisation de l’Office des charbons lui a été favorable et qu’il convient de le maintenir pendant un certain temps.

6 –   Les débuts d’un concurrent : l’Union d’électricité

Une autre société qui sera, tant par la taille que par les ambitions, la concurrente du groupe Empain en région parisienne, apparaît sur le marché à cette même époque. C’est l’Union d’électricité (UDE), fondée en 1919 par Ernest Mercier75 et Albert Petsche76. Ernest Mercier est différent d’Édouard Empain, à tous points de vue. Il est plus jeune : né en 1878. Il vient du sud : de Constantine, en Algérie. Il est très instruit : diplômé de Polytechnique (1899), du Génie maritime et de Supelec. En 1909, il est au port de Toulon où, en tant qu’ingénieur, il construit la centrale de l’arsenal et organise son interconnexion avec les réseaux du littoral méditerranéen. C’est là qu’il est remarqué par Albert Petsche, autre polytechnicien, déjà en place dans l’industrie électrique (déjà rencontré à la Société électrique du secteur de la place Clichy et au Triphasé). À la demande de Petsche, Mercier quitte la marine en 1913 pour entrer à la Société Lyonnaise des eaux et de l’électricité (également appelée Groupe Messine, du fait de son adresse à Paris rue de Messine). Il entre à la société Le Triphasé. Pendant la Première Guerre mondiale, Mercier travaille auprès de Louis Loucheur, ministre de l’Armement. Il est le chef de son cabinet technique et « participe à la mise sur pieds des chantiers navals français »77. En mars 1919, Mercier et Petsche créent l’Union française d’électricité, une société d’études qui fusionne dès 1920 avec la Compagnie générale de distribution d’énergie électrique ← 169 | 170 pour constituer l’Union d’électricité (UDE). L’objectif des fondateurs de cette nouvelle entreprise est ambitieux et visionnaire : unir les secteurs, arrêter ou moderniser les centrales vétustes, construire des centrales modernes, unifier les fréquences, libérer les distributeurs de la charge de la production, préparer les échanges futurs entre l’énergie thermique parisienne et l’énergie hydraulique régionale grâce à l’interconnexion. Dans la corbeille de la Compagnie générale de distribution d’énergie électrique, deux usines, situées en banlieue parisienne, à Vitry et Billancourt. L’UDE absorbe ensuite l’Énergie électrique de la région parisienne et récupère deux autres centrales, à Nanterre et Issy-les-Moulineaux. En même temps, l’UDE entreprend la construction d’une immense centrale à Gennevilliers (au nord de Paris). L’usine de Gennevilliers, achevée en 1922 est alors présentée comme la plus moderne d’Europe ou même la plus puissante du monde.

En région parisienne, désormais deux grosses centrales : Gennevilliers et Saint-Denis et deux entreprises concurrentes : l’UDE et la SEP. Plus tard, quatre grosses centrales : Gennevilliers et Arrighi (ou Vitry) pour l’UDE et Saint-Denis et Ivry pour le groupe Empain. Deux groupes concurrents sur le marché parisien, mais parfois aussi associés. On le verra plus loin. Mais, tout d’abord, observons les débuts de la centrale d’Ivry.

7 –   Ivry et l’Électricité de la Seine

Le 24 avril 1924, la ville de Paris, la CMP et la SEP signent une nouvelle convention. Ce nouvel accord prévoit la suppression de l’usine de Bercy et la fourniture, par la SEP, des 11 400 kW que cette petite usine fournissait au Métro. La SEP estime judicieux de maintenir les deux sources d’alimentation distinctes du Métro. On construira donc une nouvelle centrale : il y avait Bercy et Saint-Denis, il y aura Saint-Denis et Ivry.

La société Électricité de la Seine est constituée en avril 192478, au capital de 30 000 000 F, réparti en 20 000 actions ordinaires de 250 F chacune (soit 5 000 000 F au total) et 100 000 actions de priorité de 250 F chacune (soit 25 000 000 F au total). On créé également 20 000 parts de fondateur sans valeur nominale. Les principaux souscripteurs sont la Société d’électricité de Paris, Électricité et gaz du nord, la Parisienne électrique et la Compagnie générale de railways et d’élec ← 170 | 171 tricité79. L’Électricité de la Seine signe un accord avec la SEP80, pour la fourniture d’énergie électrique au Métro. La nouvelle société s’engage à construire l’usine d’Ivry et à commencer ses fournitures à la CMP au plus tard le 10 septembre 1926. Elle entame immédiatement les travaux d’édification de la nouvelle centrale, sur un site traversé par la Seine et situé dans deux communes différentes : Ivry sur la rive gauche et Charenton sur la rive droite. Le terrain d’Ivry, d’une superficie de près de 22 000 m², est apporté à l’Électricité de la Seine en septembre 1924 par son propriétaire, la Société d’électricité de Paris, au moyen d’un bail de longue durée (trente ans) avec promesse de vente exerçable à la ← 171 | 172 seule volonté de l’Électricité de la Seine81. Le loyer est de 500 000 F par an, le prix de vente éventuel de 5 000 000 F. L’option d’achat est levée par l’Électricité de la Seine en juillet 192782. Le terrain de Charenton est apporté selon le même schéma par la société Électricité et Gaz du Nord83. Le terrain est loué en vertu d’un bail de trente ans, renouvelable par tacite reconduction. Le loyer annuel est fixé à 35 000 F et le locataire bénéficie d’une promesse de vente, au prix de 350 000 F. L’option d’achat est levée en décembre 192784. L’Électricité de la Seine va élargir son implantation en achetant un terrain de 4 000 m², situé rue Franklin à Ivry Port, au voisinage du terrain apporté par la Société d’Électricité de Paris85. Pour réunir ses deux sites d’Ivry et Charenton, l’Électricité de la Seine édifie une passerelle au dessus de la Seine. Le conseil d’administration86 en décide la construction en fin d’année 1925, afin de faire traverser la Seine aux câbles sortant de l’usine. Le projet est approuvé par les deux communes concernées. La CMP et la CPDE y participent. La ville de Paris en supervise les travaux87.

La centrale est conçue pour pouvoir recevoir sept groupes turbo alternateurs de 15 000 kW, les chaudières correspondantes et tous les accessoires88.

La première tranche des travaux, lancée dès 1924, comprend l’établissement de quatre groupes de 15 000 kW et huit chaudières, le silo à charbon, la manutention mécanique correspondant à cette tranche, l’estacade, les conduites d’eau et l’embranchement89. Elle est mise en service à l’automne 192790 et commence ses fournitures au Métro. En 1933, la puissance est portée à 75 000 kW (en cinq groupes de 15 000 kW)91, mais les infrastructures sont telles que la puissance pourrait être portée à 200 000 kW (il suffirait d’installer huit groupes turbo alternateurs de 15 000 kW supplémentaires, ou moins si on améliorait la puissance de chaque groupe). ← 172 | 173

8 –   Saint-Denis 2

Alors que la centrale d’Ivry entre en service, il y a de nouveau du changement sur le théâtre parisien. La demande d’électricité croît. Selon la logique traditionnelle, la CPDE, qui a déjà recours aux fournitures de la Société d’électricité de Paris, devrait soit agrandir ses centrales existantes, soit édifier une troisième centrale. Elle va retenir une autre solution : elle conserve ses deux centrales sans les modifier et signe un accord de fourniture d’appoint avec les producteurs parisiens (UDE, SEP92 et ES93). Ces derniers s’engagent à lui livrer l’électricité qu’elle ne pourra pas produire elle-même.

Ce n’est qu’une première étape vers la spécialisation : à partir du 1er janvier 1930, la CPDE ne fabriquera plus de courant et ne sera plus que distributeur. Il n’y aura donc plus que deux producteurs parisiens : le groupe Mercier (avec l’Union d’électricité) et le groupe Empain (avec la SEP et l’ES). Mercier et Empain devront fournir à la CPDE toute l’énergie dont elle aura besoin. Pour ce faire, ces trois sociétés disposeront de leurs propres centrales (Gennevilliers, Saint-Denis et Ivry) et aussi des centrales de Saint-Ouen et Issy-les-Moulineaux94, qui leur sont confiées par la CPDE. Cinq centrales. Les deux groupes décident néanmoins d’accroître leurs moyens de production et chacun construit une nouvelle centrale.

L’Union d’électricité entame en 1928 les travaux de construction d’une nouvelle usine, en amont de Paris, à Vitry-sur-Seine. Une nouvelle usine, construite « de façon extrêmement rationnelle, avec un souci très grand de modernisme95 », qui entrera en service en 1933. Elle prendra le nom de Centrale Arrighi, en hommage à son concepteur, Jean-Antoine Arrighi de Casanova, décédé pendant la période des travaux.

Le groupe Empain agit de même. À cette époque, il dispose déjà, grâce à ses usines de la région parisienne, d’une puissance importante : 130 000 kW à Saint-Denis et 60 000 kW à Ivry (où des travaux en cours vont porter la puissance à 75 000 kW). Il tient sa place sans difficulté : ainsi, en 1929, sur les 2 075 000 000 kWh produits par les centrales de la région parisienne, la SEP a fabriqué 315 000 000 kWh, soit plus de 15 % de la fourniture totale de la région. ← 173 | 174

Les dirigeants du groupe décident néanmoins de construire une seconde centrale96, dite Saint-Denis 2, à côté de la centrale de Saint-Denis (désormais Saint-Denis 1).

La nouvelle usine est construite entre 1929 et 1933. Sa puissance initiale est de 150 000 kW (grâce à trois groupes turboalternateurs de 50 000 kW)97, mais tout a été prévu pour qu’elle puisse être facilement portée à 350 000 kW. Comme sa grande sœur Saint-Denis 1 à ses débuts, cette nouvelle centrale est à la pointe de la technique. Elle est « unique pour les caractéristiques de la vapeur, surchauffée à 500°. »98

La puissance des usines du groupe Empain à Paris, en 1933 et si on retient uniquement les installations neuves ou récentes, s’établit à 310 000 kW, selon le détail suivant :

Saint-Denis  1 85 000 kW d’installations récentes (on ne retient pas les 45 000 kW d’installations anciennes)
Saint-Denis  2 150 000 kW d’installations neuves
Ivry 75 000 kW d’installations récentes

En 1938, on décide d’augmenter la puissance de la centrale de Saint-Denis 2, en installant un quatrième groupe turbo alternateur99. Les travaux ont lieu entre 1939 et 1944100, malgré la guerre. La puissance est ainsi portée à 210 000 kW.

Empain est donc un producteur d’électricité, installé à Paris sur le long terme. Il démarre son activité alors que l’électricité est encore balbutiante dans la capitale et très encadrée par la municipalité. Le groupe Empain, qui créée sa première affaire d’électricité pour répondre à la nécessité de fournir de l’énergie à « son » Métro, alimente aussi des clients nombreux et différents, qui utilisent l’électricité pour la force motrice et/ou pour l’éclairage. La SEP devient donc très rapidement, et demeure, un acteur important sur le théâtre parisien. La SEP et l’ES construisent et exploitent des centrales immenses, établies en très proche banlieue, au bord de la Seine et bénéficiant de la technologie la plus avancée.

Mais la région parisienne n’est pas la seule où Édouard Empain produit de l’énergie. L’ordre chronologique de création de ses entreprises nous conduit, après Paris, dans le nord de la France. ← 174 | 175

II –   La production d’électricité dans le Nord

Au début du 20e siècle, la région Nord est très peuplée (trois millions d’habitants) et compte plusieurs grandes villes, proches les unes des autres. Cette région est également riche : l’activité minière y est importante, de même que les activités textile, chimique et métallurgique. Ceci depuis déjà plusieurs décennies, ce qui donne une assise solide à l’industrie de cette région. Toutes ces usines sont consommatrices de force motrice, mais on recourt encore peu à l’électricité. Les sociétés de charbonnage et les houillères n’ont pas installé les centrales qui pourraient produire de l’électricité à partir du charbon extrait sur place ou du gaz provenant de leurs cokeries. Même pour l’éclairage, on utilise le gaz. L’équipement d’éclairage au gaz est important et efficace. La population ne réclame pas l’électricité.

Tout va changer grâce aux tramways. La demande d’électricité apparaît avec la création des lignes de tramways électriques (notamment à Lille, Roubaix et Tourcoing). Rapidement, un grand nombre de sociétés productrices d’électricité sont fondées, la liberté d’entreprendre n’étant pas ici bloquée par les municipalités. La plupart de ces sociétés sont des petites ou moyennes affaires, mais quelques unes se distinguent par la taille et la puissance, notamment l’Énergie électrique du Nord de la France (fondée et exploitée par le groupe Giros-Loucheur)101 et les deux sociétés du groupe Empain dans cette région, EGN et la SERVA.

Alexandre Giros et Louis Loucheur, respectivement nés à Saint-Dizier en 1870 et à Roubaix en 1872, sont tous deux polytechniciens. À leur sortie de l’école, le premier fonde une entreprise de travaux publics, alors que le second, après un passage par l’armée, entre à la Compagnie des chemins de fer du Nord. En 1899, ils s’associent pour travailler ensemble dans le secteur de l’électricité. Ils obtiennent en 1906 la concession de la distribution électrique à La Madeleine (ville de l’industrie chimique où la société Kuhlmann est implantée). Dès 1907, ils fondent l’Énergie électrique du Nord de la France et lui apportent cette concession. L’EENF obtient ensuite d’autres concessions (notamment Linselles et Bondues) mais, surtout, signe des contrats de fourniture avec de gros clients : la régie de Tourcoing (dont la centrale, mise en service en 1903, n’est pas assez puissante), l’Électrique Lille-Roubaix-Tourcoing, la Compagnie des tramways de Roubaix-Tourcoing et les gares et ateliers de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Elle a donc une clientèle variée (distribution urbaine, tramways, industries, chemin de fer). L’EENF crée, en 1907, une filiale, la Société roubaisienne d’éclairage par le gaz et l’électricité, qu’elle approvisionne en électricité.

Pour alimenter tous ses clients, l’EENF, à peine constituée, entame l’édification d’une grande centrale thermique à Wasquehal, près de ← 175 | 176 Tourcoing. Cette usine entre en service dès 1907. Elle est construite sur un terrain de 26 000 m² situé entre le canal de la Marq et un raccord avec la ligne de chemin de fer Lille-Roubaix. Situation géographique qui lui permet d’être approvisionnée en charbon par voie d’eau ou par train de marchandises. Elle compte six groupes turbo-alternateurs et envoie l’énergie vers trois sous-stations à Tourcoing, Roubaix et Lille. On a donc une centrale de grande dimension et de grande puissance, équipée de matériel moderne, comparable aux centrales du groupe Empain.

1 –   Électricité et gaz du Nord

Les Ateliers de construction électrique du Nord et de l’Est (ACENE), qui appartiennent au groupe Empain, construisent en 1907 à Jeumont une centrale thermique destinée à alimenter en électricité leurs propres ateliers, des services publics et des industriels du bassin de la Sambre. Le succès vient : la clientèle se développe dans de telles proportions que les ACENE décident de séparer la centrale électrique des ateliers. Il est décidé de créer une nouvelle société, à laquelle les ACENE apporteront la centrale de Jeumont (pour la production d’électricité), le réseau de câbles armés entre Jeumont et Aulnoye (pour le transport de l’électricité), ainsi que les usines à gaz d’Hautmont et Maubeuge. On a donc, à Jeumont, un démarrage différent de celui qu’on avait observé à Paris : d’une part, une centrale et une clientèle qui préexistent à la création de la société d’électricité, d’autre part, pas de clientèle de traction, mais des clients utilisant l’énergie pour l’éclairage et la force motrice. On a également une activité mixte : production de gaz et d’électricité (même si la production de gaz sera toujours sans commune mesure avec la production d’électricité). La société Électricité et gaz du Nord (EGN) est constituée en 1910102. Son objet social est très large : il inclut « toutes opérations ou entreprises commerciales, financières, industrielles et immobilières relatives à l’électricité, à l’air, à l’eau, à tous gaz ou gaz liquéfiés, ainsi qu’à tout agent généralement quelconque de production, de distribution, de transformation ou d’utilisation de l’énergie sous toutes ses formes pour toutes espèces d’applications existantes ou à innover. »103

L’usine de Jeumont, apportée par les ACENE, dispose alors d’une puissance de 11 500 kW. EGN entreprend immédiatement des travaux ← 176 | 177 d’agrandissement104 : la puissance de la centrale est portée à 13 500 kW en décembre 1912105, à 18 400 kW en 1913106. Malgré ces agrandissements, la production de la centrale de Jeumont demeure insuffisante. La centrale ne peut pas être encore agrandie, faute d’un cours d’eau au débit suffisant dans lequel puiser pour la faire tourner107. On décide alors de construire deux nouvelles usines à Maubeuge108 et Lomme109, qui ajouteront leur production à celle de Jeumont. Les travaux de construction débutent, puis sont interrompus par la guerre.

2 –   La Société d’électricité de la région de Valenciennes Anzin

En 1912, la société Électricité et Gaz du Nord110 décide de construire une centrale électrique à Valenciennes. Elle achète des terrains à cet effet. Rapidement, il apparaît que cette usine va entrer en concurrence avec la centrale que la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz (également appelée Gaz belge) possède et exploite à Valenciennes. On a déjà évoqué le Gaz belge, entreprise active dans le nord de la France, où elle exploite des usines électriques et gazières, détient des concessions de distribution d’électricité et de gaz, ainsi que d’importantes participations dans d’autres sociétés du secteur de l’énergie. Soucieuses de ne pas se disperser dans une concurrence qui ne rapporte qu’aux clients, EGN et le Gaz belge trouvent une solution111 : elles vont constituer ensemble une nouvelle société, la Société d’électricité de la région de Valenciennes Anzin (SERVA), qui construira et exploitera cette nouvelle centrale électrique. L’ancienne usine de Valenciennes, apportée à la SERVA par le Gaz belge, sera fermée après la mise en service de la nouvelle usine. La Compagnie Générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz, outre sa centrale, apporte à la nouvelle société ses concessions et sa clientèle.

La SERVA112 est donc, à ses débuts, détenue conjointement par le groupe Empain et la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage ← 177 | 178 par le gaz, unis pour éviter la concurrence (les lois punissant les ententes et les atteintes à la concurrence n’existent pas encore….) Pour la même raison, un troisième actionnaire entre en scène quelques années plus tard. En décembre 1919, EGN et la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz apprennent que la Compagnie des mines d’Anzin projette de construire une centrale et de distribuer l’énergie électrique dans la région de Valenciennes. Elles entament une négociation avec ce futur concurrent « en vue d’une meilleure utilisation des moyens de production et de l’organisation rationnelle des réseaux. »113 En termes moins diplomatiques, il s’agit d’éviter de se faire concurrence dans la région concernée. Un accord est conclu : la Cie des mines d’Anzin renonce à construire sa centrale et entre dans le capital de la SERVA114. Mais revenons sur l’histoire de l’usine.

La centrale115 de Valenciennes est construite au lieu-dit « Les marais de l’Epaix » en bordure de l’Escaut, sur des terrains apportés à SERVA par EGN. Le fait d’être sur la rive de l’Escaut répond aux impératifs habituels : faciliter les livraisons de charbon et disposer d’eau pour produire de la vapeur. La centrale est mise en service116 en janvier 1914 et se substitue progressivement à l’ancienne centrale de la Compagnie Générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz, qui est arrêtée117 en juillet 1914. La centrale de Valenciennes dispose d’une puissance initiale de 20 000 kW118 (en 4 unités de 5 000 kW chacune) et a été conçue largement en vue de faciles extensions. Elle est dès ses débuts reliée à la gare des Chemins de fer économiques du Nord119. Mais voilà la guerre …

La lecture des procès-verbaux des réunions du conseil d’administration et des assemblées générales de cette époque fait apparaître des traits communs à EGN et SERVA. La guerre est déclarée alors que les sociétés sont en plein essor et pourraient espérer un avenir brillant. En décembre 1913, EGN120 a porté son capital de 25 à 35 000 000 F pour développer ← 178 | 179 le réseau de la centrale de Jeumont, construire une nouvelle centrale à Maubeuge, achever la centrale de Lomme et construire son réseau de distribution, ainsi que participer à l’achèvement de la centrale SERVA de Valenciennes. Cette dernière est mise en service par la SERVA121 en début d’année 1914. Lors de la déclaration de guerre, la SERVA a conclu des contrats importants et attend un développement rapide du débit de sa centrale. La mobilisation générale puis l’invasion suspendent brusquement l’activité industrielle de la région et donc les fournitures d’énergie.

3 –   La Première Guerre mondiale vécue par EGN et la SERVA

    a –   L’interruption des communications

Dès le début de la guerre, l’occupation de la région nord interrompt toutes communications entre les lieux d’exploitation et le siège social (qui pour les deux sociétés est à Paris, 75 boulevard Haussmann). Faute de document comptable, aucune assemblée générale ne va statuer sur les comptes pendant toute la durée de la guerre122. Il n’est présenté aux assemblées annuelles qu’une situation active et passive. Après l’armistice, la direction de la SERVA123 réunit les comptes en un seul bilan et compte de profits et pertes, établi pour la période allant du 1er janvier 1914 au 31 décembre 1919. La direction d’EGN124 fait de même pour la période 1er octobre 1913-30 septembre 1918.

À l’impossibilité de recevoir les comptes s’ajoutent des difficultés de circulation : rares sont les actionnaires qui peuvent effectivement assister aux assemblées, aussi les cinq assemblées tenues par EGN125 pendant cette période se réunissent sur seconde convocation, les premières assemblées n’ayant pu délibérer, faute de quorum.

Enfin, la prudence interdit toute distribution de dividende, faute de savoir dans quel état et sous quel délai les installations seront récupérées.

Étudions maintenant le sort de chacune des centrales, pendant cette période.

    b –   La centrale EGN de Jeumont

Cette centrale a été arrêtée fin août 1914. Dès octobre 1914, les autorités militaires allemandes demandent la remise en état du réseau. Les ingé ← 179 | 180 nieurs français ne s’exécutent pas immédiatement. En janvier 1915, les Allemands menacent d’occuper la centrale, de la faire fonctionner avec du personnel allemand et d’infliger à la société une astreinte de 1 000 F par jour, à partir du 10 février. Le personnel français doit s’incliner. La centrale redémarre le 18 février. Elle fonctionne alors à faible charge, avec interruption des fournitures chaque jour de midi à seize heures. La centrale reste en service pendant toute la guerre, mais avec une capacité réduite.

    c –   La centrale EGN de Lomme

Elle fonctionne126 jusqu’au début 1915. En mars 1915, le conseil d’administration127 indique que la centrale, bien qu’arrêtée, fournit du courant. Ce courant est produit par la centrale de Wasquehal (appartenant à l’Énergie électrique du Nord de la France), puis acheminé par câbles à la centrale de Lomme, qui peut donc alimenter ses clients. Le conseil d’administration indique également que des mesures ont été prises pour la conservation du matériel. Mesures insuffisantes : en juillet 1916, on apprend que deux groupes turboalternateurs ont été enlevés par les Allemands et que le troisième est en cours de démontage128. En septembre de la même année129, le conseil constate que les Allemands s’apprêtent à démonter tous les cuivres de la centrale.

    d –   La centrale EGN de Maubeuge (Louvroil)

Elle était en voie d’achèvement lors de la déclaration de guerre et devait fonctionner à l’automne 1914. Elle n’entre pas en service et est pillée par les Allemands pendant la guerre.

    e –   La centrale SERVA de Valenciennes

Lors de l’entrée des Allemands à Valenciennes, le personnel ingénieur quitte la centrale, qui reste arrêtée pendant deux jours. Sous la pression des Allemands, qui menacent de détruire la centrale si elle n’est pas remise en marche, le chef mécanicien, assisté d’un électricien des Charbonnages d’Anzin, remet les turboalternateurs en service. La centrale redémarre le 25 août 1914, sur ordre de la municipalité. Elle fonctionne à très faible charge, pour assurer l’éclairage uniquement et sous une direction provisoire130. Elle va fonctionner, jusqu’à juillet 1916, grâce au personnel non mobilisé131. ← 180 | 181

Le 16 juillet 1916, les Allemands prennent possession de la centrale. Ils vont la faire tourner pour leur compte, jusqu’à la fin de la guerre. Ils réalisent des travaux132 : montage du quatrième groupe turboalternateur (en complétant l’approvisionnement grâce à des pièces envoyées par les usines Brown Boveri de Mannheim et en faisant appel à des monteurs des usines Siemens de Berlin, les ateliers de Jeumont ayant refusé d’envoyer leurs techniciens). Une turbine endommagée est réparée à Mannheim par la main d’œuvre militaire. Les Allemands montent également dans la centrale une station de transformation à 45 000 volts pour transformer le courant destiné à la région de Douai et de Soissons.133 En septembre 1916134, la direction apprend que le faisant fonction de directeur et une partie du personnel de l’usine ont été déportés en Allemagne pour avoir refusé d’obéir aux ordres des Allemands.

La centrale va fonctionner ainsi jusqu’à la fin de la guerre, pour le compte des occupants. Lorsque l’espoir change de camp, les Allemands entament le pillage de la centrale. Ils expédient deux des quatre groupes turboalternateurs en Allemagne. Ils n’ont pas le temps d’emporter le troisième, qu’ils abandonnent en cours de démontage. Ils dynamitent le quatrième groupe turboalternateur (ce qui détruit une pièce de la turbine), qu’ils ont fait fonctionner jusqu’au moment de leur départ135. Ceci alors qu’ils ont déjà enlevé les câbles souterrains136 desservant plusieurs communes clientes de la centrale. Dans les derniers temps du fonctionnement sous la direction allemande, la centrale utilise un câble de secours.

4 –   L’après-guerre

    a –   La reconstruction

En règle générale, dans l’immédiat après-guerre, les besoins en énergie s’accroissent au fur et à mesure de la reconstruction et du redémarrage de l’économie. La société EGN137 retrouve son ancienne clientèle et acquiert celle des industriels qui, avant guerre, produisaient leur propre courant et dont les centrales ont été détruites.

Les producteurs et distributeurs d’énergie électrique pensent dans un premier temps s’organiser eux-mêmes. En janvier 1918, ils fondent ← 181 | 182 le « Groupement des sociétés d’énergie électrique envahies », qui doit centraliser les demandes des sociétés en matières premières, passer les marchés et négocier auprès de l’État des avances sur les fonds mis à la disposition des industriels des régions envahies. La société EGN138 adhère à ce groupement et lui demande la fourniture de six turbo alternateurs de 5 000 kW et un alternateur de 5 000 kW.

En 1918, l’État crée cependant un autre organisme, plus large puisqu’il intéresse tous les industriels des régions envahies, sans distinction selon leur activité. Le « Comptoir central d’achats industriels pour les régions envahies » prend la forme d’une société anonyme au capital de 1 000 000 F. EGN139 et SERVA140 souscrivent chacune cinq actions de 100 F de cette société, qui procède à des achats de matières premières, outillage, articles et produits d’entretien nécessaires à la remise en marche des entreprises industrielles concernées. Les matières et objets sont ensuite rétrocédés par le comptoir aux industriels, contre une délégation de leurs indemnités pour dommage de guerre.

Étudions maintenant les péripéties de la reconstruction de chacune des centrales.

    b –   La centrale EGN de Jeumont

La centrale a fonctionné depuis le 18 février 1915. À l’Armistice, elle est toujours en état de marche, mais endommagée : le réseau de câbles souterrains ainsi que les lignes aériennes ont été en partie déséquipés par l’ennemi.

En novembre 1919, elle débite toujours 1/3 de sa capacité maximale141.

On profite de la reconstruction pour organiser l’alimentation d’une nouvelle clientèle et envisager l’extension de la centrale.

    c –   La centrale EGN de Lomme

À l’issue de la guerre142, la centrale est en partie détruite et entièrement vidée de son matériel. Elle continue néanmoins à livrer une partie de sa clientèle, grâce à du courant fourni par les Tramways électriques de Lille (société du groupe Empain, comme on l’a déjà vu).

Le matériel volé est retrouvé en Allemagne (un turboalternateur de 5 000 kW avec ses accessoires est retrouvé à Recklinghausen143). Un seul ← 182 | 183 élément est retrouvé en France, à Creutzwald (Lorraine). Il s’agit d’un alternateur, qui a été installé aux Mines de la Houve. La société EGN après avoir envisagé de vendre cet alternateur aux Mines de la Houve144, en obtient la restitution145. Le matériel déplacé en Allemagne est remplacé par du matériel nouveau, de même puissance. La centrale de Lomme est remise en service en janvier 1921146.

    d –   La centrale EGN de Maubeuge (Louvroil)

Elle est presque complètement détruite lors de l’armistice147. Ses dirigeants parviennent à retrouver les trois turboalternateurs initialement prévus, l’un en banlieue parisienne où il a été caché pendant la guerre, les deux autres chez le constructeur. Les travaux peuvent donc reprendre très rapidement pour une mise en service en 1920148.

    e –   La centrale SERVA de Valenciennes

À la Libération, on constate que, si les bâtiments ont peu souffert, le matériel a soit disparu, soit été détruit149. On a déjà évoqué le sort des quatre turboalternateurs. Sur les quatorze générateurs de vapeur, les trois plus proches de la salle des machines sont hors service, sept ou huit des onze autres sont réparables. Les appareils de manutention du charbon sont intacts, les chaudières n’ont pas trop souffert. L’ennemi laisse environ 6 000 tonnes de charbon, dans lequel la population et les soldats alliés qui occupent la région viennent se servir150.

Des mesures de conservation et de clôture de l’usine, ainsi que le déblayage du matériel enfoui sous les décombres, sont prises au plus vite151. Ensuite, on répare : deux groupes turboalternateurs sont remis en service en juillet 1919152. Les services accessoires de la centrale sont remis en état pour la fin 1919153. Le troisième turboalternateur154 est retrouvé, puis remonté155 début 1920. Le quatrième fonctionne pour l’hiver 1920-1921. ← 183 | 184 Au cours de l’année 1920, la centrale est entièrement rééquipée et dispose de sa puissance d’avant guerre156. Les câbles armés sont réparés, dans l’attente de la livraison de câbles neufs qui les remplaceront.

Dans l’immédiat après-guerre, l’État travaille également à la reconstruction : il rénove une ligne de transport d’électricité157 construite par les Allemands. Cette ligne, après réparation, est raccordée à l’extrémité du réseau souterrain de SERVA et permet la réception de courant en provenance de la centrale de Jeumont d’EGN. Il y a donc une liaison Jeumont-Valenciennes et la centrale de Jeumont alimente en énergie les clients de la centrale de Valenciennes. La réparation comprend également l’installation d’une bifurcation vers Cambrai, pour permettre l’alimentation de la région de Cambrai par la centrale de Valenciennes158.

Qu’en est-il des concurrents ?

La belle centrale de Wasquehal de l’Énergie électrique du Nord de la France a été saccagée pendant la guerre. Elle est remise en route en 1919, après travaux. Mais le groupe EENF choisit de ne pas se contenter de cette centrale remise en état. Il entame dès 1919 l’édification d’une deuxième usine thermique à Comines. La centrale de Comines entre en service en 1922.

    f –   L’indemnisation des dommages de guerre

Les deux sociétés EGN et SERVA se font aider des organismes professionnels. Dès 1919, elles mandatent l’ « Union des Sinistrés et des contribuables du nord », à l’effet d’établir et présenter leurs dossiers de demande d’indemnisation pour dommages de guerre159.

La constatation de l’étendue des dommages subis par la SERVA est faite dès le premier trimestre 1919, lorsque la SERVA160 fait établir trois états des lieux (pour la centrale, le réseau et les bureaux), des états estimatifs provisoires et les factures de matériel et main d’œuvre. Le tout est envoyé au Ministère de la reconstruction industrielle. En février 1921, la SERVA161 réclame la somme de 36 232 089,94 F, au titre des dommages de guerre. L’administration162 lui accorde tout d’abord une autorisation ← 184 | 185 de crédit de 20 300 000 F. La commission cantonale, suivant l’avis de la commission de préconciliation, statue définitivement le 26 octobre 1922 et fixe le montant de l’indemnité allouée à SERVA à 29 100 000 F163 (hors dommages subis par l’usine à gaz de Solesmes et questions d’ordre secondaire).

Le dossier d’EGN164 est constitué et déposé en octobre 1919 et la société reçoit, à ce titre, une première avance.

En 1921, une partie des dommages de guerre n’est pas encore réglée. Les pouvoirs publics, qui ne peuvent tout payer immédiatement, choisissent de remettre aux sociétés concernées des certificats provisoires et des titres d’annuités, en représentation des indemnités leur restant dues. Les autorités incitent également les industriels à se grouper pour émettre en commun des emprunts obligataires gagés sur ces annuités165. EGN166 et SERVA167 vont retenir cette solution : elles participent à la constitution d’une société anonyme dite « Groupement des compagnies d’énergie électrique et d’éclairage du nord et de l’est ». Lorsque les pouvoirs publics leur remettent des certificats provisoires ou des titres définitifs en représentation des indemnités pour dommages de guerre non encore réglées, les sociétés apportent ces titres au Groupement, qui leur accorde des crédits correspondant à la valeur des dommages de guerre restant à payer168. Ensuite, le Groupement se refinance au moyen d’un emprunt obligataire de 82 500 000 F, émis début 1922 et gagé sur les indemnités dues par l’État aux sociétés concernées. Chaque société sinistrée reçoit une partie des fonds levés, proportionnelle au montant des titres et certificats provisoires apportés. Chacune garantit le groupement à concurrence de ce qu’elle a effectivement reçu au titre de cet emprunt169.

Tout n’est pas réglé pour autant : en 1925, alors que 3 500 000 F restent dus à EGN pour les dommages de guerre du groupe Jeumont Maubeuge, la commission administrative veut faire un abattement de 3 000 000 F, soit environ 20 % du total initialement réclamé. EGN170 comptait sur cet argent pour payer le prix d’achat de la centrale d’Hirson171. ← 185 | 186

Lors du conseil d’administration du 9 mars 1929, l’administrateur délégué d’EGN172 annonce que la question des dommages de guerre est complètement réglée. Il indique les bases de ce règlement.

On pouvait penser que cette question n’apparaîtrait dés lors plus dans les archives. Pourtant, début 1931, EGN et la SERVA doivent autoriser le Groupement à signer avec le ministre des Finances des conventions ayant pour objet la réduction des annuités ainsi que leurs échéances. Il reste alors dû à EGN et à SERVA, en vertu des conventions à modifier, une somme totale de 9 904 797 F pour EGN173 et 13 846 896 F pour SERVA174, ces deux sommes étant payables sur vingt et un ans.

    g –   La poursuite de l’activité

La poursuite de l’activité d’EGN :

En 1922, d’importants changements surviennent :

      EGN devient régisseur de la centrale d’Hirson, usine d’une puissance de 10 000 kW. Construite par l’armée allemande pendant la guerre, avec du matériel volé aux Français, cette centrale électrique est un « butin de guerre »175, dont l’État est devenu propriétaire à la faveur des traités de paix. Dans l’immédiat après-guerre, l’État en confie l’exploitation à la Compagnie électrique du Nord, qui ne donne pas satisfaction. Suite aux plaintes des habitants de la région de Fourmies, l’administration des travaux publics propose à EGN de devenir régisseur de cette centrale, ce qui est fait en 1922176. Le régisseur effectue immédiatement d’importants travaux dans la centrale. En 1923, EGN177 offre de racheter cette centrale à l’État, au prix de 3 400 000 F. La procédure de rachat, qui suppose l’accord du parlement, est longue et compliquée, même si nul ne s’y oppose. Elle n’aboutit que sept ans plus tard, avec le vote de la loi du 17 février 1931178.

      alors que la puissance cumulée des centrales de Jeumont, Maubeuge, Lomme et Hirson est de 57 000 kW, on décide d’accroître les moyens de production, grâce à une nouvelle usine. EGN179 rachète alors à la société de Montbard-Aulnoye une centrale en cours d’édi ← 186 | 187 fication à Aulnoye. La nouvelle usine aura une puissance initiale de 14 000 kW et sera mise en service début 1925180.

En 1930, après installation d’un nouveau groupe turboalternateur à Maubeuge, la puissance cumulée des cinq centrales est portée à 116 500 kW. Mais certaines usines commencent à vieillir. L’usine de Jeumont n’est plus utilisée que comme centrale de secours à partir de 1932, puis est arrêtée en 1934. L’usine d’Hirson subit le même sort : centrale de secours à partir de 1932, arrêtée le 12 août 1933181, vendue en 1939182. En 1934, suite à l’arrêt des usines de Jeumont et Hirson, l’usine de Maubeuge devient l’usine principale, avec une puissance de 80 000 kW, alors que les usines de Lomme et Aulnoye développent des puissances de 45 000 kW et 35 000 kW. La centrale d’Aulnoye devient centrale de réserve en 1934183, puis est arrêtée le 24 décembre 1935. Il n’est cependant pas question de l’abandonner : des travaux de remise en état et modernisation ont lieu184. Elle est remise en service le 2 janvier 1938185.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, on entame des travaux d’extension des centrales de Maubeuge186 et Lomme187 : il s’agit d’installer dans la première un groupe de 30 000 kW, dans la deuxième un groupe de 25 000 kW. Les travaux seront achevés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mentionnons encore la centrale de Lille, exploitée de façon éphémère par EGN. La Compagnie des Tramways électriques de Lille et sa banlieue apporte cette centrale à la Société d’électricité de Lille et sa banlieue188, lors de sa création en 1926. C’est une centrale importante, dotée d’un appareillage moderne et d’une clientèle mixte : les tramways et les clients raccordés au réseau de distribution. La SELB réalise des travaux d’extension (notamment en installant un turbo groupe de 12 000 kW). En 1930, il parait judicieux de faire fonctionner la centrale de Lille en parallèle avec celle de Lomme, afin de réduire le prix de revient de l’énergie. Ceci conduit à l’absorption de la SELB par EGN189 puis, en août 1933, à l’arrêt ← 187 | 188 provisoire de la centrale190. L’arrêt est définitif en mars 1934191. L’usine est désaffectée192 l’année suivante.

La poursuite de l’activité de SERVA :

Après la Première Guerre mondiale, la SERVA va accroître ses capacités de production, ainsi qu’on le verra ci-après, grâce à l’usine de Lourches.

Dès 1927 se pose néanmoins la question de la modernisation de la centrale de Valenciennes. Le conseil d’administration demande une étude, pour voir s’il faut adopter la haute pression au moment du renouvellement des installations de la centrale de Valenciennes193. Il demande également que soit étudiée la question de la liaison des centrales de Valenciennes et de Lourches.

La question de la liaison des centrales est tranchée en premier : en novembre 1927, la société194 conclut que la liaison permettra de réaliser de substantielles économies (notamment grâce à l’arrêt de la centrale de Valenciennes les jours fériés).

En mars 1928, le principe de l’extension de la centrale de Valenciennes est admis195 (alors que son débit journalier, en juin 1928, est de 150 000 kWh196). Concrètement, on va construire de nouvelles unités de production d’électricité, dites Valenciennes 2 ou Valenciennes haute pression. On retrouve donc le même schéma qu’à Paris : construction d’une première centrale (Saint-Denis 1 ou Valenciennes 1), puis une autre sur un site différent (Ivry ou Lourches) avant de construire une seconde centrale à côté de la première (Saint-Denis 2 ou Valenciennes 2). La seule différence est que les centrales du Nord sont moins puissantes que celles de région parisienne, faute d’un fleuve dans lequel puiser de l’eau. L’usine de Valenciennes 2 entre progressivement en service, à partir du second semestre 1930197. Les installations de la première centrale de Valenciennes, obsolètes, sont arrêtées après l’entrée en service total de la centrale Valenciennes 2 en octobre 1931198.

Cet arrêt n’est cependant pas définitif. En janvier 1943, on décide la remise en service des anciennes installations de Valenciennes 1, afin ← 188 | 189 de récupérer 10 000 kW199. La SERVA investit à cet effet un million et demi de francs. En mai 1946, on décide de renforcer ses installations, afin de s’assurer pour l’hiver 1946-1947 une puissance supplémentaire de 10 000 kW et couvrir les pointes du réseau général. Pour ce faire, on remet en service sept chaudières.

Lourches : En 1923, la centrale de Valenciennes arrive à la limite de sa production, alors que la société doit faire face au développement de sa clientèle. Le conseil d’administration déplore que la centrale de Valenciennes ne puisse pas être agrandie200, faute de pouvoir puiser plus d’eau dans l’Escaut201. Coïncidence intéressante, les Mines de Douchy avaient quelque temps auparavant commencé à construire une centrale électrique. Cette usine, sise à Lourches, devait fonctionner avec des moteurs à gaz, alimentés par les cokeries des Mines de Douchy. Les projets ont changé : avant l’achèvement de la centrale, les Mines de Douchy ont été reprises par la société de Senelle-Maubeuge, qui ne veut pas poursuivre les travaux de construction de cette centrale, estimant que la production d’électricité n’est pas son métier. Elle propose de la céder à la SERVA. En mars 1923, la SERVA202 accepte de racheter la centrale en cours de construction, ainsi que les commandes de matériel déjà passées, pour trois millions et demi de francs. Senelle-Maubeuge s’engage à acheter tout son courant à la SERVA et renonce à la distribution de courant dans la zone réservée à la nouvelle centrale. La SERVA achète également à Senelle-Maubeuge le terrain de cinq hectares environ raccordé au chemin de fer et en bordure de l’Escaut. La SERVA achève les travaux et construit donc une nouvelle centrale, possédant deux groupes de 10 à 12 000 kW. Cette nouvelle centrale, d’une puissance de 20 000 kW, est mise en service203 fin février 1926.

En mai 1927, en même temps qu’il étudie l’agrandissement de la centrale de Valenciennes, le conseil d’administration204 décide d’agrandir la chaufferie de la centrale de Lourches. Une première tranche de travaux205 est décidée en juin 1927. Il s’agit d’accroître les moyens de production et de sécurité de la centrale, en installant trois chaudières à ← 189 | 190 charbon pulvérisé et un troisième groupe, de même puissance que les deux premiers (pour porter la puissance à 30 000 kW). En juin 1928, alors que les travaux d’extension sont en cours, la centrale débite chaque jour 200 000 kWh206. Une deuxième tranche de travaux est envisagée pendant la guerre. L’étude démarre en juillet 1939. Le programme d’extension est adopté en septembre 1943207. Faute d’autorisation d’engagement des travaux, la mise au point des commandes à passer n’intervient qu’en mai 1945.

Qu’en est-il de l’Énergie électrique du Nord de la France ?

La centrale de Wasquehal, dont la puissance est de 35 000 kW, devient en 1931 une centrale d’appoint de la centrale de Comines. Elle est donc utilisée de façon occasionnelle, lorsque la centrale de Comines ne peut pas faire face à la demande. Solution assez habituelle, on a déjà observé des schémas de ce type au sein du groupe Empain avec les usines Saint-Denis 1 et Valenciennes 1.

Comme à Paris, Édouard Empain est donc, dans le Nord de la France, le créateur et l’exploitant sur le long terme d’entreprises productrices d’électricité. À Paris, il avait démarré cette activité ex nihilo, pour satisfaire les besoins du Métro en énergie. Dans le Nord, il démarre afin de donner son indépendance à la centrale électrique des ACENE, dont le succès est tel que la production et la vente d’énergie ne peuvent plus être un accessoire à la mission des ateliers. Il n’y a pas, dans cette région industrielle, de client principal comme l’est le Métro à Paris, mais des clients nombreux. Il se trouve qu’Empain était déjà entrepreneur dans cette région, à travers plusieurs sociétés de chemin de fer et de tramways. Mais ces entreprises Empain ne sont pas les clientes principales. Elles ne sont d’ailleurs pas toutes clientes, parce qu’elles n’utilisent pas toutes la traction électrique. La première centrale avait été édifiée par les ACENE. Ce sont donc les ateliers Empain, et non pas les sociétés de transport Empain, qui ont poussé au lancement de l’activité électricité dans le Nord.

La dernière région où le groupe Empain est producteur d’électricité est la région nantaise. Là, le démarrage est différent puisque la société d’électricité n’est pas fondée par Empain, mais rachetée.

III – La production d’électricité dans la région de Nantes

À Nantes, la situation des producteurs d’électricité est différente, du fait de la situation économique particulière de la ville et de sa région. La région ouest est une région agricole, très peu industrialisée. La clientèle ← 190 | 191 potentielle des sociétés d’électricité est très dispersée et ne demande pas encore l’électricité.

En bordure de cette région, Nantes est un cas à part. C’est une ville pour partie industrielle, où la demande d’électricité existe déjà. Une centrale peut donc y être édifiée208.

On a exposé, au chapitre précédent, comment la Parisienne Électrique et la Compagnie mutuelle des tramways avaient pris ensemble, en 1910, le contrôle de la Compagnie des tramways de Nantes. Au même moment, elles deviennent ensemble l’actionnaire principal de la Société Nantaise d’électricité209.

La Société nantaise est alors déjà une société ancienne : elle a été fondée en 1892 et est, depuis 1898, filiale de la Compagnie générale d’électricité. Les fondateurs avaient exploité une petite centrale électrique située à Nantes, rue Sully prolongée. La Compagnie générale d’électricité a construit une centrale rue Lamoricière à Nantes (sur une superficie de près de 6 000 m²) et l’a apportée à la Société nantaise d’électricité210. Le groupe Empain-CMT, dès son arrivée à la tête de la société et dans la perspective de la hausse de la demande, met en chantier une nouvelle usine. Les travaux d’édification de la centrale de Chantenay démarrent en août 1911211, sur un terrain de trois hectares, situé au bord de la Loire et relié aux Chemins de fer de l’ouest. On prévoit initialement de construire une usine d’une puissance de 15 000 kW. Durant les travaux, on décide de porter la puissance à 17 000 kW et de tout organiser pour que la puissance puisse facilement être portée à 34 000 kW. Toujours la même technique : la centrale doit être extensible. On a déjà fait cette remarque plusieurs fois, notamment à propos des usines de Saint-Denis et Ivry. La centrale de Chantenay est mise en marche212 le 15 novembre 1913, puis démarre son service régulier en 1914. Elle dessert alors les villes de Nantes, Cholet et des environs, en vertu de concessions municipales ou de concessions d’État pour la distribution aux services publics.

La vieille centrale de la rue Lamoricière ne fonctionne plus en tant que centrale électrique à partir du 1er avril 1914213. Le matériel commandé fin ← 191 | 192 1911214 pour augmenter sa puissance dans l’attente de Chantenay, est démonté et installé dans cette nouvelle centrale. L’ex centrale Lamoricière devient une sous-station de transformation.

La Société Nantaise signera, au cours de son histoire, de très nombreux contrats de distribution d’énergie électrique avec les communes environnantes. Le premier contrat est signé avec la ville de Nantes215, dès 1911. De nombreux autres contrats suivent, avec une commune (Cholet216 en 1913, par exemple) ou avec tout un ensemble de communes (par exemple Saint Herblain, Saint Sébastien, Vertou, Bouguenais et la Montagne d’une part ainsi qu’Indre, Couëron et Vallet d’autre part, aux termes d’un même contrat en 1911217). Des concessions seront rachetées par la Société Nantaise aux concessionnaires initiaux (Mortagne218, en 1914). Elle signe également quelques contrats avec des concessionnaires219, qui sous traitent auprès d’elle la production d’électricité.

La Société Nantaise fournit également du courant aux Tramways de Nantes, dès leur électrification, soit à partir de 1913220.

Elle compte également une clientèle industrielle. Le plus ancien contrat est signé en 1912, avec les Ateliers et chantiers de la Loire. D’autres suivront, pendant la guerre et surtout dans les années 1920 et 1930.

1 –   La Première Guerre mondiale

La Société Nantaise, comme les sociétés du Nord, connaît des soucis liés aux difficultés de communication. Les assemblées générales ordinaires de 1915, 1916 et 1917 se tiennent sur seconde convocation, le quorum n’ayant pas été atteint à la première réunion. Ensuite, trois administrateurs nommés le 29 juillet 1914221 ne peuvent ni constituer leur caution, ni se rendre aux réunions du conseil d’administration ce qui, comme on le verra ci-après, sera la cause immédiate d’un conflit entre les administrateurs. Enfin, pendant toute la durée de la guerre, seul un commissaire aux comptes, Albert Mary, peut procéder au contrôle de la sincérité des comptes. Albert de Maeschalck, qui se trouvait en Belgique lors de l’entrée en guerre, ne peut pas se déplacer. L’assemblée générale ordinaire du ← 192 | 193 22 juin 1916 nomme un commissaire suppléant, Benjamin Boyer, pour le cas où les titulaires ne seraient pas en mesure d’exercer leur mission222.

Mais ces difficultés sont sans commune mesure avec celles rencontrées par les sociétés du Nord : la communication est compliquée par la guerre, mais n’est pas rompue. Les informations sur l’état de la centrale et sur l’activité parviennent au siège, permettant aux comptables de dresser les comptes. Les assemblées générales se réunissent et statuent, conformément à la loi. Les véritables soucis se situent sur deux plans : le charbon et la direction de l’entreprise.

    a –   Les difficultés d’approvisionnement en charbon

Comme la SEP, la Société Nantaise est confrontée au manque de charbon. Comme la SEP, la Société Nantaise se tourne vers les mines anglaises. Le conseil d’administration, lors de sa réunion du 10 août 1915, décide d’employer une partie des fonds disponibles à l’acquisition de charbon anglais afin de se constituer des stocks223. Lors de sa réunion du 25 janvier 1916, le conseil d’administration224 ratifie un marché de 3 000 tonnes passé avec l’Angleterre. Bien lui en prend : quelques semaines plus tard, la Maison Cory et Sons, avec qui un marché de 25 000 tonnes de charbon avait été passé avant guerre, fait savoir qu’elle ne peut plus honorer son contrat. Elle offre une indemnité de trois francs par tonne, pour une résiliation amiable du contrat. La Société Nantaise225 accepte cette indemnité, qui représente 75 000 F, parce que, vues les circonstances, elle a peu à espérer d’une procédure. En 1917, la Société Nantaise226 signe un contrat de fret avec une maison anglaise. À la même époque, la Société d’électricité de Paris choisit d’assigner certains de ses fournisseurs anglais et mandate deux personnes pour aider à son approvisionnement. La situation semble relativement moins compliquée à Nantes. Est-ce à cause de la proximité du port ?

Tout au long de la période de guerre, les procès verbaux des réunions du conseil d’administration font état des quantités de charbon en stock. En juillet 1916227, la société a réussi à se constituer un stock de 9 000 tonnes. En décembre 1916228, il ne reste qu’un approvisionnement de 2 500 tonnes, mais 2 900 tonnes sont arrivées à St Nazaire et 1 600 tonnes sont en cours de chargement à Glasgow. En 1917 et 1918, la Société Nantaise reçoit suffisamment de charbon pour faire tourner son usine sans ← 193 | 194 interruption. La Société Nantaise se débrouille donc relativement bien, même si les difficultés d’approvisionnement en charbon entraînent la hausse de son prix et donc la hausse du prix de revient de l’électricité. La Société Nantaise le déplore dès l’assemblée générale ordinaire de 1915229. La hausse s’accentue en 1916, obligeant la Société Nantaise à négocier avec la ville de Nantes, pour que celle-ci tienne compte des difficultés rencontrées230. Seul le second semestre 1918 verra le cours du charbon redescendre un tout petit peu.

L’augmentation du prix du charbon a un effet trompeur sur les résultats. Les recettes des exercices 1914 à 1918 connaissent une croissance spectaculaire231, passant de 1 900 000 F en 1914 à 5 400 000 F en 1918. Il n’y a cependant pas de croissance parallèle des bénéfices, puisque la Société Nantaise voit ses charges augmenter de manière importante, à cause du charbon comme on l’a vu et également, en 1917, à cause des hausses de salaires.

    b –   Le conflit à la direction

La période de la guerre est celle d’un conflit à la tête de la Société Nantaise. L’origine de cette affaire est à la Compagnie mutuelle des Tramways. Cette société holding de droit belge était, depuis sa fondation en 1895, principalement détenue par la Société générale de Belgique. Fin 1913, son président, le comte Paul de Smet de Naeyer, décède. Un autre décès et trois démissions surviennent alors qu’une partie du capital de cette société change de main suite à une baisse du cours de bourse de son action. Les nouveaux actionnaires obtiennent, en décembre 1913, une profonde modification de la composition du conseil d’administration. Parmi les nouveaux administrateurs, on retrouve Charles Cicogna, Danie Heineman, William L. Hulse, Jules Matthieu, Emile Franqui, Josse Allard. Certains d’entre eux sont connus pour être proches des Allemands. Charles Cicogna est administrateur et directeur de la SGBEE, société constituée à Bruxelles par l’Union Elektrizitäts Gesellchaft (UEG). Il « passe pour un ardent défenseur des intérêts allemands. »232 Danie Heineman233, né aux États-Unis dans une famille d’origine allemande, diplômé de la Technische Hochschule de Hanovre, est directeur ← 194 | 195 de la SOFINA, société également constituée à Bruxelles sous les auspices de sociétés allemandes (de nouveau l’UEG et deux banques allemandes). Josse Allard et Jules Matthieu sont les banquiers bruxellois de la SOFINA. Émile Franqui, directeur de la Société générale de Belgique, est aussi administrateur des Charbonnages de Hattingen sur Ruhr234. La Compagnie mutuelle des tramways, si elle demeure influencée par la Société générale de Belgique serait donc désormais liée à des intérêts allemands. Conséquence fâcheuse : la Société Nantaise, filiale de la Compagnie mutuelle des Tramways par l’intermédiaire de la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes (CAEN235), se trouverait indirectement sous influence allemande. André Berthelot démissionne de ses fonctions de Président du conseil d’administration de la Société Nantaise d’électricité, en janvier 1914236. Il revient sur sa décision quelques semaines plus tard, Édouard Empain237 lui ayant promis de liquider la CAEN, afin de rendre à la Société Nantaise son actionnariat français. On y reviendra de façon détaillée au chapitre suivant. Indiquons néanmoins que les opérations de liquidation sont engagées, mais ne sont pas achevées lorsque la guerre survient. La liquidation est suspendue. Pourtant, la question de la présence allemande n’est pas réglée.

Lors de l’assemblée générale extraordinaire de la SNE du 29 juillet 1914238, quatre nouveaux administrateurs sont nommés : Daniel Berthelot, Jules Rolin, Jules Cousin, William L. Hulse. Lors de l’assemblée générale ordinaire du 11 août 1915, les nominations de Rolin, Cousin et Hulse sont annulées, ceux-ci n’ayant depuis leur nomination et à cause de la guerre, pas pu constituer leur cautionnement, ni même assister à aucune réunion du conseil d’administration.

Le Maire de Nantes ayant par ailleurs informé le président André Berthelot du manque de clarté dans la définition des pouvoirs et attributions du directeur, de l’ingénieur en chef et des trois administrateurs délégués, le président propose au conseil de définir les pouvoirs de chacun, lors de la réunion du 13 janvier 1916239. À cette réunion seuls cinq ← 195 | 196 administrateurs sont présents et parmi eux un seul administrateur délégué, Victor Dooms. Les deux autres administrateurs délégués, Charlier et Boulvin, qui résident en Belgique envahie, ne participent pas à la réunion. Dooms et Mékarski refusent de discuter de la définition des pouvoirs de chacun. Mékarski précise que la convocation ne mentionnait pas ce point à l’ordre du jour et, subsidiairement, qu’un nouveau directeur doit être choisi prochainement. Pourquoi ne pas attendre cette nomination pour statuer sur cette question ?

Le texte est néanmoins adopté par trois voix (Berthelot, Legouëz et Schwob) contre deux (Dooms et Mékarski). L’administrateur délégué Dooms refuse de signifier cette décision aux intéressés. Le conseil d’administration lui retire alors sa délégation. Louis Mékarski quitte la réunion et déclare ne pas reconnaître « aux membres de la majorité le droit moral d’infirmer en l’absence de ceux de leurs collègues qui représentent la majorité des actions des décisions prises de concert avec eux pour l’organisation intérieure de la société. »240

Le conseil d’administration se réunit de nouveau le 25 janvier 1916241, soit seulement douze jours plus tard, ce qui est tout à fait inhabituel et est le signe qu’une crise est en cours. Henry Urban, administrateur et membre du Comité de la Compagnie mutuelle de tramways arrive tel le Messie pour cette réunion. Il explique qu’il était à Paris depuis un certain temps, pour s’occuper des intérêts belges dans les affaires de tramways et d’électricité et devait notamment se mettre en rapport avec la Société Nantaise, pour discuter de son fonctionnement dans les circonstances de la guerre. Henry Urban avait quitté la Belgique occupée dès le début de la guerre et s’était installé à Paris, d’où il dirigeait l’ensemble du groupe des Chemins de fer économiques242 (autre holding belge n’ayant rien à voir avec la Compagnie mutuelle des Tramways), depuis les bureaux de l’une de ses filiales françaises.

Le conseil d’administration de la Sté Nantaise d’électricité sursoit à l’exécution des délibérations du 13 janvier 1916 et prend les décisions suivantes :

      Henry Urban est nommé administrateur,

      les fonctions des trois administrateurs délégués sont suspendues, ceux-ci reprendront leurs postes lorsque les communications entre la France et la Belgique seront rétablies,

      dans l’attente de la reprise de leurs fonctions par ces trois administrateurs délégués, on créée un Comité de Direction composé de trois ← 196 | 197 administrateurs, Berthelot, Dooms et Urban, qui auront les mêmes pouvoirs et émoluments que les administrateurs délégués,

      les décisions du conseil d’administration, pour être valables, devront recueillir l’adhésion écrite ou verbale d’au moins cinq administrateurs, c’est à dire la majorité effective des administrateurs en fonction.

L’affaire paraît réglée. Pourtant, durant l’été 1916, la demande de concession de la ligne de transport à 60 000 volts reliant Nantes à Cholet est refusée à la Société Nantaise, en raison des intérêts allemands qui seraient engagés dans la société. Le président de la Société Nantaise243 écrit au ministre des Travaux Publics pour protester contre cette décision, fondée sur une allégation fausse. Le Ministre répond244 que son refus ne portait que sur la demande d’autorisation de traversée des voies ferrées. Il indique également se tenir à la disposition du président pour examiner avec lui les renseignements recueillis par l’administration. Le président rencontre le ministre, qui charge le président du Conseil Général des Mines d’enquêter sur cette affaire.

Maurice Schwob, personnalité nantaise et administrateur de la Société Nantaise depuis 1911, adresse le 16 décembre 1916 un courrier de démission245 au président André Berthelot. Il y fait état « de l’influence dominante de l’AEG » sur la Compagnie mutuelle des Tramways et de l’invasion de son conseil d’administration « par des germanisants » en décembre 1913. Il formule quelques accusations contre Victor Dooms, qui serait venu de Bruxelles à Nantes avec un laissez-passer allemand, serait le « mandataire d’un groupe dont l’affiliation allemande n’est pas douteuse » et se serait attribué tous les pouvoirs à Nantes « contrairement au droit et contrairement aussi aux décisions du conseil. » Le 20 décembre 1916, le conseil d’administration246 prend position sur la démission de Schwob. Il « estime qu’après les attaques calomnieuses dont la société a été l’objet, il ne peut être question d’examiner aucune proposition qui pourrait être interprétée comme une concession à la pression essayée sous une forme inacceptable. »247 Le conseil d’administration fait également état de l’enquête diligentée par le ministère des Travaux Publics auprès du gouvernement belge, au sujet de la Société Générale de Belgique et des administrateurs belges de la Société Nantaise. Le gouvernement belge a répondu que les indications fournies par le président du Conseil Général de Mines, dans l’enquête ci-dessus évoquée, étaient ← 197 | 198 « incomplètes, tendancieuses et calomnieuses. »248 Pourtant, au même moment, en Belgique, les mêmes accusations sont lancées par Henry Urban contre Danie Heineman. Un procès sera intenté à Heineman, président de la Sofina, après l’Armistice, mais il se soldera par un non-lieu en juillet 1919.

Cette affaire laissera des traces. On évoquera de nouveau la nécessité de changer d’actionnaire de référence lorsqu’en juillet 1920 la Société Nantaise décidera de porter son capital à 40 000 000 F. La Société Nantaise249, d’accord avec le gouvernement français, souhaitera alors que la majorité de son capital passe aux mains d’actionnaires français. On discutera avec des industriels nantais250 mais finalement c’est la Compagnie générale d’électricité qui renforcera sa position, en 1923251.

2 –   L’après-guerre

Lorsque le conflit mondial se termine enfin, la centrale de Chantenay n’a pas été endommagée. Il n’y a donc pas lieu à dommage de guerre, même si des travaux doivent être organisés pour l’entretien qui avait été différé et pour les dégâts qui résultent de la mauvaise qualité des charbons brûlés pendant la guerre252.

Les difficultés d’approvisionnement en charbon demeurent : le fait marquant de l’immédiat après-guerre est la pénurie de charbon, qui perdure. Les sociétés reçoivent de faibles quantités d’un charbon de piètre qualité. Ce mauvais combustible détériore les chaudières. Au printemps 1920, la Société Nantaise253 reçoit des reproches du Maire de Nantes, qui l’accuse de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour parer à la diminution de la production d’énergie consécutive aux accidents survenus aux chaudières. La direction juge ces reproches injustifiés. En effet, elle ne reçoit plus de grains lavés depuis avril 1920, les quatre nouvelles chaudières commandées n’ont pas été livrées faute de tôles, enfin elle a prévu l’installation de foyers automatiques soufflés pour augmenter la vaporisation. La Société Nantaise répond par courrier aux remarques du Maire, puis l’administrateur délégué Victor Dooms va le voir et explique la situation aux industriels de la région. ← 198 | 199

Les difficultés d’approvisionnement contraignent la Société Nantaise à acheter du charbon produit à l’étranger. Les procès-verbaux du conseil d’administration font état de charbon allemand254, américain255, anglais et polonais256. Par ailleurs, le cours du charbon subit de très larges variations. Durant l’année 1919, on passe de moins de 100 F la tonne à plus de 400 F. Le prix baisse début 1921. Début 1924, la tonne de charbon coûte 131,43 F. Début 1925, le prix a été ramené à 99,45 F. On constate une certaine détente sur les prix en 1926, après un long arrêt de la production des mines anglaises pendant la grève des mineurs.

Le conseil d’administration est tenu régulièrement informé de l’état des réserves de charbon disponibles. La situation est parfois délicate : ainsi, au 1er octobre 1920, le stock ne peut permettre le fonctionnement de la centrale que jusqu’au 25 octobre257. Le stock au 15 avril 1921 permettra de tenir seulement jusqu’à la fin du mois258. Fin novembre 1922, le combustible peut alimenter la centrale pendant six semaines259. Le seul moment où la question de l’approvisionnement semble réglée est, paradoxalement, en octobre 1926, lors de la grève des mineurs en Angleterre260. La Société Nantaise a alors passé commande en Pologne et Allemagne et, si le calendrier des livraisons est respecté, elle disposera du charbon nécessaire pour assurer les besoins de la centrale jusqu’au 30 juin 1927.

La puissance de la centrale de Chantenay est portée à 27 000 kW au lendemain de la Première Guerre mondiale, grâce à l’installation de deux groupes turbo alternateurs de 5 000 kW. La puissance est encore augmentée en 1923, grâce à un nouveau groupe de 10 000 kW261, qui porte la puissance à 37 000 kW. L’installation de nouveaux groupes est poursuivie dans les années 1930. Mais si l’addition de la puissance de chaque groupe nous donne une puissance théorique de 57 000 kW, il faut en réalité tenir compte de l’usure du matériel262. Les plus anciens groupes ont été installés en 1911. Durant l’été 1934, le conseil d’administration se déplace à Chantenay pour constater l’état du matériel. En ← 199 | 200 octobre 1934, on considère263 que la puissance de la centrale n’est que de 50 000 kW.

Dans les années qui suivent, on va moderniser les installations existantes, plutôt qu’agrandir la centrale. Ceci parce qu’on n’a plus besoin d’un agrandissement continu des moyens de production : l’énergie hydraulique arrive à Nantes, grâce à l’interconnexion. Le distributeur ne dispose plus seulement de l’énergie produite par la centrale de Chantenay mais désormais aussi de l’énergie produite dans le Massif Central, qui arrive à Nantes grâce aux lignes de transport à très haute tension.

La période de l’entre-deux guerres voit la Société Nantaise poursuivre sa recherche de nouveaux débouchés, lancée avant guerre. Elle agit sur tous les fronts : conclusion de nouvelles concessions communales (en 1930, elle a 250 concessions communales en cours) et de concessions départementales (Loire inférieure264, Maine et Loire265, Deux Sèvres266, pour l’électrification de certains arrondissements), rachat de concessions en cours (souvent accompagnés du rachat des lignes et réseaux).

Elle continue à alimenter les Tramways de Nantes, ainsi que les Chemins de fer de l’État267 (une convention est signée en 1918, pour la fourniture d’énergie aux installations de cette compagnie en région nantaise), et plus tard la SNCF268 (alimentation des gares de Nantes).

Enfin, la clientèle industrielle demeure très importante. De nombreux contrats sont passés dans les années 1920 et 1930.

Troisième région, troisième contexte : une société non pas créée mais rachetée, détenue en association avec un autre groupe belge. Une société rachetée en même temps qu’une compagnie de tramways à électrifier pour en faire une cliente. Une clientèle très variée (communes et départements, industrie, sociétés de transport). Point commun avec les autres régions où le groupe est implanté : la centrale est très grande et à la pointe de la technique.

À l’issue de ce parcours de présentation, on a donc décrit l’activité production d’électricité du groupe. Comme le montre la carte ci-dessous, cette activité s’exerce dans trois régions, où il se trouve qu’Empain est par ailleurs entrepreneur de transport. Mais il n’y a pas de coïncidence totale : pas de centrale électrique Empain partout où il y a des trains ou ← 200 | 201 des tramways Empain : pas de centrale en Normandie, ni en Champagne, ni dans les Pyrénées …

Figure 14. Implantation des centrales électriques

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Passons maintenant aux quantités d’électricité produites par les différentes centrales du groupe269, année après année. Même si parfois certais chiffres manquent, on observe une croissance constante (sous la seule exception des années de guerre) et la prééminence constante de la Société d’électricité de Paris, qui est toujours le plus gros producteur du groupe. Sa production passe de 11 000 000 kwH en 1906 (première année de ← 201 | 202 fonctionnement de la centrale de Saint-Denis) à 145 000 000 kwH en 1914, 356 000 000 kwH en 1931, 531 000 000 kwH en 1932 (après les travaux de modernisation de la centrale), 634 000 000 kwH en 1934 (après l’entrée en service de Saint-Denis 2).

L’Électricité de la Seine produit 53 000 000 kwH en 1928, première année complète de marche de la centrale, 287 000 000 kwH en 1931, 395 000 000 kwH en 1938.

EGN maintient sa production entre 200 000 000 et 300 000 000 kwH ; la SERVA reste sous les 200 000 000 kwH.

Essayons maintenant de situer l’activité production d’électricité du groupe Empain dans le contexte de la production d’électricité dans le pays. Tout d’abord, pourquoi Empain s’est-il implanté dans ces trois régions ? Est-ce parce qu’il y exploitait des entreprises de transport, ou y a-t-il une autre raison ? Ensuite, quelle est la place du groupe, au sein des producteurs d’énergie ? Est-il un petit producteur parmi d’autres, ou a-t-il un certain poids par rapport aux autres ?

IV – Un producteur d’électricité face à ses concurrents

Les centrales exploitées par le groupe sont toutes des centrales thermiques : elles produisent de l’électricité grâce au charbon. Ce n’est pas la seule technique possible, puisque dès les débuts de l’électricité, coexistent deux modes de fabrication du courant : à partir du charbon et à partir de la force de l’eau. Dans une centrale thermique, l’énergie est produite à partir de charbon et d’eau. La combustion du charbon transforme en vapeur sous pression l’eau contenue dans les tubes de la chaudière. Cette vapeur est envoyée dans une turbine où la pression fait tourner le rotor, qui entraîne un alternateur. L’alternateur produit de l’énergie électrique. On a donc deux opérations successives : transformation de la chaleur en énergie mécanique, puis transformation de l’énergie mécanique en énergie électrique. La centrale hydraulique utilise une technique totalement différente. L’énergie de l’eau, tombant d’une certaine hauteur, transforme l’énergie mécanique en énergie électrique. On n’a donc pas besoin de chaudière : la source d’énergie assurant le fonctionnement des turbines hydrauliques est la masse des eaux accumulées dans les réservoirs derrière les barrages, ou dans les rivières.

Une centrale thermique est relativement simple à construire. Les travaux peuvent être menés à leur terme en environ deux ans. En revanche un centre de production d’hydroélectricité est beaucoup plus compliqué à construire puisqu’en plus de la centrale électrique, il faut édifier un barrage. Le plus souvent les barrages sont construits à la montagne, pour profiter de l’eau de la fonte des neiges. Les travaux ne peuvent donc avoir lieu qu’à la belle saison. Les ouvriers sont exposés aux dangers de ← 202 | 203 la montagne. Ces travaux sont donc beaucoup plus longs et coûteux que ceux engagés pour la construction d’une centrale thermique.

En 1940, les chiffres récapitulant la production d’électricité des différentes régions françaises (en millions de kWh) font apparaître ce qui suit270 :

Figure 15. Production d’électricité dans les différentes régions françaises (en millions de kWh) en 1940

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On constate donc une répartition géographique de la production d’électricité. Dans quatre des sept régions, l’énergie thermique domine l’énergie hydraulique. Ces quatre régions sont le nord, l’ouest, la région parisienne et l’est. Mettons à part l’électricité thermique produite dans l’est, car elle résulte pour une très large part de la production des centrales des usines sidérurgiques, qui travaillent à partir des gaz excédentaires des hauts fourneaux. Restent donc trois zones de forte production d’électricité ← 203 | 204 thermique. Les sociétés d’électricité du groupe Empain sont justement installées dans ces trois régions. La carte des centrales du groupe coïncide donc avec la carte de la production de l’électricité thermique.

Ceci observé, comparons les centrales thermiques du groupe Empain aux autres centrales thermiques françaises. On y procèdera à partir de la puissance des différentes usines et grâce au tableau273 ci-après, qui retrace l’évolution de la puissance des centrales du groupe, de 1900 à 1945.

Figure 16. Évolution de la puissance des centrales du groupe (entre 1900 et 1945)

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← 204 | 205

On constate la croissance des capacités de production : la plus ancienne usine, Bercy, dispose en 1900 d’une puissance de seulement 4 500 kW ; en 1945, Saint-Denis 2 a une puissance de 210 000 kW.

Les usines les plus puissantes sont : Saint-Denis 2, Saint-Denis 1 (130 000 kW), Maubeuge (110 000 kW) et Ivry (75 000 kW). On a donc trois centrales parisiennes parmi les quatre premières. À Paris, le groupe dispose de centrales immenses, très puissantes, quand, dans le Nord, les centrales ont une capacité de production moindre. Il faut plusieurs centrales pour produire dans le Nord autant que la SEP et l’ES. Ceci s’explique par la situation géographique des centrales274 : il faut de grandes quantités d’eau pour refroidir la vapeur utilisée à la fabrication de l’électricité. À Paris, la Seine le permet. Dans le Nord, on a de moindres quantités d’eau à disposition. On doit donc produire moins de vapeur (sauf à Maubeuge où l’usine est construite au bord de la Sambre).

Une fois mise en évidence la puissance des centrales du groupe, comparons ces usines aux autres. En 1906, on exploite en France vingt et une usines de distribution de force et de lumière et quatorze usines de production d’électricité pour les tramways et chemins de fer électriques d’une puissance supérieure à 2 000 chevaux, soit 1 472 kW275. À cette date, le groupe Empain est encore un jeune producteur d’électricité : il n’exploite que deux centrales. Mais toutes deux développent une puissance leur permettant de figurer dans ce groupe des centrales les plus puissantes :

      l’usine de Bercy, exploitée par la CMP, a une puissance de 11 400 kW,

      l’usine de Saint-Denis de la SEP, dont seule la première tranche est en service, a déjà une puissance de 20 000 kW. Mieux, Saint-Denis est en France la plus grosse centrale thermique de force et de lumière276.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais déjà de la volonté d’être à la pointe du progrès. Par la suite, le groupe maintiendra sa position. Ses centrales seront de plus en plus puissantes, de manière à rester dans le groupe de tête.

En 1924, deux cent quarante centrales thermiques sont en service en France. En 1936, il n’en reste que deux centre vingt-quatre. Le tableau ci-après277, qui les classe selon leur puissance, fait apparaître l’évolution : ← 205 | 206 durant ces douze ans, le nombre de petites centrales (d’une puissance inférieure à 10 000 kW) a diminué, au profit des centrales plus puissantes. Néanmoins, les plus petites centrales restent les plus nombreuses (elles représentent les 2/3 des centrales en 1924, la moitié en 1936).

Figure 17. Nombre et puissance des centrales thermiques françaises en 1924 et 1936

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Où se placent les centrales Empain dans ce tableau ?

En 1924, la centrale de Saint-Denis 1 se place dans la deuxième catégorie (qui ne comprend que trois usines). Les autres dans la troisième. La technique a évolué : la centrale de Bercy, qui était parmi les plus puissantes en 1900, se trouve ramenée dans la troisième catégorie. En 1936, Saint-Denis 2 mise en service en 1933, se situe dans le groupe de tête (qui ne compte que six usines). Saint-Denis 1, Ivry, Chantenay, Maubeuge se placent dans la deuxième catégorie (qui comprend vingt-deux usines). Enfin, les centrales EGN et la centrale de Valenciennes 2 appartiennent au troisième groupe.

Si on se situe maintenant, non plus centrale par centrale, mais globalement, quelle est la place du groupe Empain, par rapport aux autres producteurs ? On a retrouvé les chiffres de la puissance installée en France, à trois dates : 1925, 1930 et 1935278. On va les comparer à ceux de la puissance installée dans les centrales du groupe. Ils s’établissent comme suit (en kW) :

Figure 18. Puissance des centrales du Groupe Empain (en kWh) par rapport à la puissance totale des centrales françaises en 1925, 1930 et 1935

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La puissance des centrales du groupe, représente donc au minimum 4,8 % de la puissance totale du pays en 1925, 5,7 % en 1930 et 6,2 % en 1935. Chiffres non négligeables à l’échelle d’un grand pays, compte tenu des investissements qu’ils représentent. Chiffres qui se trouvent par ailleurs en croissance constante, dans un contexte également croissant.

Précisons enfin que le groupe Empain est également un capitaliste qui tient son rang face aux autres : au jour de la nationalisation, la SEP est, du point de vue du capital, la septième entreprise d’électricité nationalisée280.

V –   Conclusion

L’entrepreneur de transport Édouard Empain était arrivé en France au bon moment, lors du plan Freycinet de développement des transports. Le fabricant d’électricité Empain démarre à Paris alors que le Métro, dont l’activité est en croissance constante, demande de plus en plus d’énergie et que les secteurs parisiens ne fabriquent pas assez de courant et doivent en acheter à des tiers. Empain s’installe en très proche banlieue, où il est libre d’agir, alors que ses concurrents parisiens sont coincés par la faculté de rachat de leurs concessions par la ville de Paris. Une fois encore, Empain arrive au bon moment et s’installe au bon endroit. À cette circonstance favorable s’ajoute une très bonne idée : sa centrale sera de grande taille et alimentera des clients pour différents usages (traction, éclairage et force motrice). La centrale Empain devra également toujours être à la pointe du progrès : d’où les centrales d’Ivry, puis de Saint-Denis 2.

Outre la région parisienne, le producteur d’énergie Empain exerce cette activité dans le Nord et à Nantes. La société EGN est créée grâce aux ACENE, qui lui apportent la centrale, le réseau de distribution et les clients. Démarrage facile. La SERVA et la SNE, qui apparaissent ensuite dans le groupe, ont la particularité de ne pas être entièrement détenues par Empain. Celui-ci fonde la SERVA en s’associant à une autre entreprise (également d’origine belge) la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz. Enfin il ne tient pas la SNE sur les fonts baptismaux : la SNE est reprise à la Compagnie générale d’électricité par Empain, encore une fois associé à un autre entrepreneur belge, la Compagnie mutuelle de tramways. La SNE est donc la seule entreprise d’électricité du groupe qui n’ait pas été fondée par le groupe Empain (seul ou avec d’autres). Les temps ont changé depuis l’époque où le jeune ← 207 | 208 Empain préférait racheter des entreprises existantes et se cacher derrière Edmond Caze …

Dans ces trois régions, le groupe Empain est à la fois producteur de courant et exploitant d’entreprises de transport. Cette activité d’entrepreneur de transport préexiste à l’activité de producteur d’énergie, à Paris et dans le Nord. En revanche les deux activités démarrent concomitamment à Nantes. Les entreprises de transport Empain ne sont pas, loin de là, les seules clientes des sociétés productrices d’électricité appartenant au Général Baron. Certaines entreprises de transport ne sont d’ailleurs pas clientes des entreprises d’électricité, parce qu’elles utilisent un autre mode de traction (un mode de traction inapte à faire face à la concurrence : ces lignes seront abandonnées). Mais cependant, on constate qu’il n’y a pas de centrale électrique Empain là où il n’y a pas d’entreprise de transport Empain. A contrario, Empain exploite des entreprises de transport dans des régions où il ne produit pas de courant. Lorsque les entreprises concernées utilisent la traction électrique, elles doivent acheter leur courant aux fabricants locaux.

Le groupe Empain produit uniquement de l’énergie thermique (grâce à la combustion du charbon), tout simplement parce qu’il est implanté dans des régions où il n’y a pas de fabrication hydraulique. Les centrales sont grandes ou très grandes, régulièrement agrandies et toujours tenues à la pointe de la technique. Ceci sur une très longue durée : Empain construit sa première usine (Bercy) en 1898-99 et produit de l’électricité jusqu’à la nationalisation de 1946. Au niveau national, le groupe Empain n’est pas un petit producteur. Ses usines fabriquent de telles quantités d’énergie que le groupe se place parmi les principaux producteurs du pays.

Enfin, le fait d’être détenu par des capitaux d’origine belge ne semble pas poser de difficulté à ces entreprises, ni gêner leur développement. Elles ne sont d’ailleurs pas, dans leur domaine, les seules entreprises fondées grâce à des capitaux étrangers. En revanche, la suspicion d’être détenue par des Allemands a posé problème à la SNE, durant la Première Guerre mondiale et les années suivantes. Difficultés telles qu’il a fallu céder une partie des titres de cette société à la Compagnie générale d’électricité. ← 208 | 209 →

Édouard Empain (1852-1929), fondateur du groupe (collection Office du tourisme d’Enghien)

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Édouard Empain (collection Office du tourisme d’Enghien)

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François Empain (1862-1935) (collection Office du tourisme d’Enghien)

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Louis Empain (1908-1976) (collection Sté d’histoire du Lac Masson et d’Estérel)

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1       Recueil financier.

2       F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 27.

3       F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 17.

4       F. Warin, « Réflexions sur l’électricité à l’exposition universelle de 1900 », Annales historiques de l’électricité, n° 7, p. 40.

5       F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 574 à 579.

6       Chapitre 2 – Une entreprise de transport.

7       R. Brion et J.-L. Moreau, « Jalons pour une histoire du gaz en Belgique aux XIXe et XXe siècles », L’industrie du gaz en Europe aux XIXe et XXe siècles, Bruxelles, 2005, p. 201.

8       Ainsi en 1895 en Italie, il existe 14 sociétés électriques dont 13 sont de petite taille. Elles ont été «constituées notamment pour l’éclairage des villes et, dans quelques cas, pour l’électrification des tramways. Ce fut une véritable mode…. et une affaire presque exclusivement belge en Italie. » G. Paoloni, « L’industrie électrique italienne des réseaux locaux aux réseaux régionaux : les entreprises et les hommes », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons 1895-1945, Paris, 2001, p. 87.

9       R. Brion et J.-L. Moreau, « La Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz (1862-1929) », in L’industrie du gaz en Europe aux XIXe et XXe siècles, op. cit., p. 227.

10     R. Brion et J.-L. Moreau, « La Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz (1862-1929) », in L’industrie du gaz en Europe aux XIXe et XXe siècles, op. cit., p. 228.

11     Recueil financier.

12     AGO du 26/2/1898, CARAN, série F 14, n° 13 518.

13     Voir l’introduction.

14     F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 367 à 370 et 403 à 410.

15     F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 407.

16     F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 555 à 562.

17     Lyonnaise des eaux et de l’électricité et Secteur de Clichy déjà mentionnés lorsqu’on a évoqué Auguste Lalance, candidat à la concession du Métro (chapitre 2).

18     Source : F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, tome 1, op. cit., p. 556.

19     Deux producteurs et pas plus. « Face à ces deux grands, SEP et Triphasé, les autres producteurs-distributeurs du Bassin Parisien n’avaient pas une envergure comparable ». F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, tome 1, op. cit., p. 749.

20     Source : F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, tome 1, op. cit., p. 562 et 563.

21     Cette convention concerne uniquement l’électricité pour l’éclairage. L’électricité produite pour la traction reste en dehors de cet accord et demeure régie par un régime particulier.

22     F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 567 à 569.

23     AGO 1900, statuant sur les comptes de 1899, médiathèque RATP, archives de la CMP.

24     Au chapitre 2 – Une entreprise de transport.

25     AGE du 14/4/1899, médiathèque RATP, archives de la CMP.

26     AGO 1900 précitée.

27     La centrale de Bercy alimentera le Métro jusqu’à l’entrée en service de la centrale d’Ivry, fin 1927. Elle sera ensuite apportée à la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), qui l’utilisera pour la production de chaleur.

28     R. Pornin, La distribution d’énergie électrique et les sous-stations du Chemin de fer métropolitain de Paris, Paris, 1942, p. 21 et 26.

29     Constitution de la SEP, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 27.

30     CA du 21/11/1905, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

31     Constitution le 15/6/1903, devant Maître Lavoignat, notaire à Paris, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 27.

32     La Société Parisienne souscrit 49 540 actions de 100 F. Les 460 autres actions constituant le capital sont réparties entre les personnes suivantes :

 Louis Genis100 actions
 Gustave Orens100 actions
 Daniel Berthelot100 actions
 Raynald Legouëz100 actions
 Albert Mary20 actions
 Vulmar Renvillon20 actions
 Émile Carret20 actions.

33     CA du 8/8/1903, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

34     Différents CA, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

35     F. Marty, « Les grands projets de la filière électrique dans l’entre-deux-guerres : Innovation et coordination interentreprises », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, op. cit., p. 105.

36     Contrat annexé au procès-verbal de la réunion du CA de la SEP du 8/8/1903, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

37     CA du 25/6/1904, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

38     F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 563.

39     L’usine de Bercy de la CMP n’avait pas été conçue pour pouvoir être agrandie. Avec la SEP, la conception est différente. On prévoit dès l’origine les extensions à venir.

40     Comme on l’a vu ci-dessus, le secteur Edison possédait également une usine électrique à Saint-Denis.

41     P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 247.

42     Si ce n’est que le tarif appliqué au Métro est plutôt élevé. Selon la convention du 5 octobre 1903, la SEP vend le kWh au Métro à un prix égal au coût de production de ce même kWh dans l’usine de Bercy. Comme le coût de production à Saint-Denis est beaucoup plus faible, la SEP s’assure ainsi un profit durable et garanti. F. Marty, « Les grands projets de la filière électrique dans l’entre-deux-guerres : Innovation et coordination interentreprises », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, op. cit., p. 104.

43     CA du 16/12/1915, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

44     CA du 16/12/1915 précité.

45     CA du 29/6/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

46     CA du 17/7/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

47     CA du 16/12/1915 précité.

48     CA du 10/2/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

49     CA du 23/3/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

50     CA du 11/5/1916, réunion des administrateurs du 15/6/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

51     Réunion des administrateurs du 15/6/1916 précitée, CA du 29/6/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

52     CA du 22/10/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

53     CA du 23/3/1916 précité.

54     CA du 20/4/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

55     CA du 17/7/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

56     Réunion des administrateurs du 19/8/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

57     CA du 18/1/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

58     CA du 21/2/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

59     CA du 21/2/1917 précité.

60     CA du 22/5/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

61     CA du 29/6/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

62     CA du 30/4/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

63     À titre d’exemple : avec le Nord Sud et la Cie générale des omnibus, CA du 18/1/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

64     CA du 23/3/1916, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

65     CA du 18/1/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

66     CA du 21/2/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

67     CA du 6/7/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

68     CA du 22/10/1917, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

69     CA du 18/9/1919, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

70     CA du 18/9/1919 précité.

71     CA du 27/11/1919, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

72     CA du 21/1/1920, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

73     CA du 19/10/1920, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

74     CA du 23/2/1921, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

75     Ernest Mercier (1878-1955). Source des informations biographiques : M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2, cahier central.

76     Albert Petsche (1860-1933) : ancien élève de l’école Polytechnique, ingénieur des Ponts et chaussées. Il entre à la Lyonnaise des eaux en 1896. Albert Petsche fonde avec Ernest Mercier l’UDE. Par la suite, il sera président de la Lyonnaise, dont il accroîtra les participations dans les divers secteurs électriques de la région parisienne, tout en développant le service des eaux et de la distribution du gaz dans diverses grandes villes de province, dont Strasbourg. M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2, cahier central.

77     E. Bussière, Horace Finaly, banquier, op. cit., p. 112.

78     CA SEP du 9/4/1924, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

79   Le capital initial de l’Électricité de la Seine se répartit comme suit :

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        Si les souscripteurs principaux sont des sociétés du groupe, les autres ne sont pas des inconnus. La Banque Bénard, souscripteur initial, va dès le 22 juillet 1924 céder presque tous ses titres à 16 personnes physiques ou morales, qui elles aussi font déjà partie du groupe :

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  Source : Archives EDF, fonds ES, boite 75 75 31.

80     CA SEP du 21/10/1924, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

81     CA SEP du 23/9/1924, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

82     CA du 25/7/1927, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

83     CA du 19/11/1924, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

84     CA du 2/12/1927, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

85     CA du 24/10/1924 et du 19/11/1924, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

86     CA du 17/12/1925, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

87     CA du 17/2/1926, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

88     CA du 23/9/1924, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

89     CA du 23/9/1924 précité.

90     CA du 20/9/1927, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

91     AGO du 20/5/1932 et AGO du 26/5/1933, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

92     CA du 29/11/1929 et du 30/1/1930, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

93     CA du 29/11/1929 et du 30/1/1930, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

94     CA SEP des 28/3/1930 et 2/5/1930, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70 ; AGO SEP du 16/10/1930, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69 ; CA ES des 28/3/1930 et 2/5/1930, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38 ; AGO ES du 20/5/1931, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

95     Ch. Malégarie, L’électricité à Paris, Paris, 1947, p. 136.

96     CA du 16/11/1928, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

97     AGO du 24/11/1932, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

98     Allocution du président lors de la dernière AGO, AGO du 17/1/1949, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

99     CA du 25/11/1938, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 71.

100   AGO du 21/12/1943, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

101   F. Cardot et F. Caron (dir.), Histoire de l’électricité en France, op. cit. p. 589 à 591.

102   Les statuts sont reçus par Maître Lavoignat, notaire à Paris, le 5 novembre 1910. La société est constituée au capital de 25 000 000 F, réparti en 100 000 actions de 250 F, dont 34 384 actions sont attribuées aux Ateliers de Construction du Nord et de l’Est en rémunération de leurs apports. 65 616 actions sont souscrites par 16 actionnaires. AG constitutive du 9/9/1910, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

103   Recueil financier.

104   CA du 22/3/1912, du 18/4/1912, du 17/5/1912 et du 27/6/1912, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

105   CA EGN du 28/12/1912, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

106   AGO EGN du 26/12/1913, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

107   Ceci explique pourquoi on a des centrales de très grande dimension et de très grande puissance en région parisienne, où l’on peut puiser beaucoup d’eau dans la Seine et des centrales de taille plus raisonnable dans le Nord.

108   CA du 24/1/1914, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

109   CA du 18/4/1912, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

110   CA du 24/10/1912, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

111   CA du 24/1/1913, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

112   Les statuts sont déposés chez Maître Lavoignat le 13 mars 1913. La société est créée au capital de 20 000 000 F, en 80 000 actions de 250 F et 10 000 parts bénéficiaires sans indication de valeur. Les 80 000 actions sont réparties comme suit : 17 000 pour la Cie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz et 850 pour EGN en rémunération de leurs apports, les autres sont souscrites par 27 actionnaires. AG constitutive du 7/4/1913, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

113   CA du 22/12/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

114   EGN et la Cie générale cèdent chacune aux Mines d’Anzin 13 333 actions et 1 666 parts bénéficiaires. Les actions qu’EGN livre aux Mines d’Anzin lui sont cédées par les ACENE. EGN ne se démunit donc pas. source : CA des 22 et 30/12/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

115   CA du 26/4/1913, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

116   CA du 22/1/1914 et AGO du 17/5/1915, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

117   AGO du 17/5/1915 précitée.

118   AGO du 15/5/1914, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

119   Mentionné par le CA du 25/11/1943, archives EDF, fonds SERVA, boite75 69 00.

120   CA du 13/11/1913 et AGE du 26/12/1913, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

121   CA du 22/1/1914, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

122   À titre d’exemple : AGO SERVA du 17/5/1915, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

123   AGO du 19/6/1920, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

124   AGO du 27/2/1920, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

125   AGO du 31/3/1915, du 29/3/1916, du 21/4/1917, du 26/3/1918 et du 7/4/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

126   CA du 12/10/1914, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

127   CA du 8/3/1915, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

128   CA du 26/7/1916, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

129   CA du 6/9/1916, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

130   AGO du 27/6/1919, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

131   AGO du 17/5/1916, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

132   CA du 26/7/1916, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

133   En mars 1920, le conseil d’administration saisit l’administration française, à propos de ce poste de transformation, que l’administration refuse de retirer mais qui présente un danger d’explosion pour la centrale.

134   CA du 6/9/1916, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

135   CA du 25/11/1918, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

136   CA du 25/6/1918, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

137   AGE du 17/9/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

138   CA du 26/1/1918, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

139   CA du 28/10/1918, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

140   CA du 1/5/1918, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

141   AGE du 21/11/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

142   AGE du 17/9/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

143   CA du 18/9/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

144   CA du 29/1/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

145   CA du 18/9/1919 précité.

146   CA du 21/1/1921, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

147   AGE du 17/9/1919 précitée.

148   CA du 21/10/1920, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28 ; AGE du 21/11/1919 précitée.

149   AGO du 27/6/1919, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

150   CA du 25/11/1918, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

151   CA du 25/11/1918, précité.

152   CA du 27/6/1919, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

153   CA du 30/12/1919, archives EDF, fonds SERA, boite 75 68 99.

154   CA du 30/12/1919 précité.

155   CA du 20/3/1920, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

156   CA du 22/1/1921, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

157   Loi du 11 août 1920 « autorisant les travaux d’établissement, par l’État, d’un réseau de transport d’énergie électrique à haute tension dans les régions libérées et fixant les règles éventuelles d’exploitation de ce réseau », promulguée au JO du 19 août 1920.

158   CA du 25/11/1918 et du 30/1/1919, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

159   CA du 27/6/1919, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99 et CA du 31/7/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

160   CA du 16/5/1919, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

161   CA du 26/2/1921, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

162   CA du 16/7/1921, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

163   CA du 15/12/1922, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

164   CA du 27/10/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

165   CA du 18/3/1921, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

166   CA du 18/3/1921 précité.

167   CA du 19/3/1921, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

168   CA du 23/9/1921, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28, CA du 24/9/1921, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

169   CA EGN du 23/9/1921 précité, CA SERVA du 24/9/1921 précité.

170   CA du 16/12/1925, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

171   Voir au paragraphe g, La poursuite de l’activité.

172   CA du 9/3/1929, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

173   CA du 27/2/1931, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

174   CA du 26/3/1931, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

175   SHAT, dossier 16 N 846.

176   CA du 15/2/1922 et du 4/5/1922, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

177   CA du 21/11/1923, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

178   CA du 27/2/1931, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

179   CA du 22/3/1922, du 4/5/1922 et du 10/5/1922, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

180   CA du 13/2/1925, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

181   CA du 13/6/1933 et du 26/10/1933, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

182   CA du 13/10/1939, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

183   CA du 22/6/1934, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

184   CA du 14/10/1937, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

185   CA du 31/3/1938, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

186   CA du 26/5/1939, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

187   CA du 14/10/1937, précité.

188   Constitution de la SELB, archives EDF, fonds SELB, boite 74 99 46.

189   CA du 26/9/1930, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29 et CA du 25/9/1930, archives EDF, fonds SELB, boite 74 99 49.

190   CA du 26/10/1933, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

191   CA du 22/3/1934, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

192   CA du 27/3/1935 et du 26/4/1935, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 29.

193   CA du 17/6/1927, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

194   CA du 18/11/1927, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

195   CA du 16/3/1928, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

196   CA du 11/6/1928, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

197   CA du 15/5/1930, CA du 18/12/1930, CA du 22/10/1931, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

198   CA du 22/10/1931 précité.

199   CA du 28/1/1943, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

200   CA du 17/3/1923, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

201   Vérité en 1923, erreur en 1928 : les choses changent puisqu’en 1928 le conseil d’administration adopte le programme d’extension de la centrale de Valenciennes. A-t-on trouvé en 1928 une technique permettant de consommer moins d’eau ? Ou bien n’avait-on évoqué l’extension de la centrale de Valenciennes, en 1923, que pour la repousser et opter pour le rachat à Senelle-Maubeuge de l’usine de Lourches ? On pencherait pour la seconde explication.

202   CA du 17/3/1923 précité.

203   AGO du 21/5/1926, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

204   CA du 20/5/1927, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

205   CA du 17/6/1927, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

206   CA du 11/6/1928, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

207   CA du 23/9/1943, archives EDF, fonds SERA, boite 75 69 00.

208   Ce sera, on va le voir, une centrale de grande dimension. La seule de la région … Lors de la nationalisation des entreprises productrices d’électricité, la centrale de Chantenay sera la seule grosse centrale de tout l’ouest de la France. L. Babonneau, Énergie électrique en France, Paris, 1949. p. 64.

209   CA du 23/6/1910, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

210   CA du 1/10/1910, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50 et AGE du 17/12/1910 et du 11/2/1911, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

211   CA du 12/8/1911, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

212   AGO du 30/6/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

213   AGO du 30/6/1914 précitée.

214   CA du 2/12/1911, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

215   CA du 27/5/1911, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

216   CA du 26/7/1913, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

217   CA du 27/5/1911, précité.

218   CA du 6/2/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

219   À titre d’exemple, contrat avec M. Prugnaud, CA du 11/4/1913, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

220   CA du 20/5/1913, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

221   AGE du 29/7/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

222   AGO du 22/6/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

223   CA du 10/8/1915, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

224   CA du 25/1/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

225   CA du 18/4/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

226   AGO du 25/6/1917, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

227   CA du 25/7/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

228   CA du 20/12/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

229   AGO du 11/8/1915, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

230   CA du 22/6/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

231    Recettes de l’exercice 1914 : 1 992 219,80 F soit une croissance de 47 % par rapport à 1913 ; 1915 : 2 599 909,65 F ; 1916 : 4 012 098,21 ; 1917 : 4 761 432,35 F ; 1918 : 5 407 376,85 F.

AGO du 15/8/1915, du 22/6/1916, du 25/6/1917, du 25/6/1918 et du 28/6/1919, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

232   M.-T. Bitsch, La Belgique entre la France et l’Allemagne, op. cit., p. 186.

233   M.-T. Bitsch, La Belgique entre la France et l’Allemagne, op. cit., p. 191.

234   M.-T. Bitsch, La Belgique entre la France et l’Allemagne, op. cit., p. 239.

235   Société de droit belge constituée en 1912 par la CMT et le groupe Empain (Cie générale de railways et électricité et Parisienne électrique). Les fondateurs lui apportent leurs actions de la CTN et de la SNE, dont elle devient la société mère. Voir au chapitre 4 – 1929 : premier bilan.

236   CA du 24/1/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

237   Édouard Empain n’est pas germanophile. N’a-t-il pas constitué les ACEC pour éviter que les ateliers crées par Julien Dulait ne soient rachetés par des capitaux allemands ? De même, après 1918, il lancera en Belgique quelques affaires de chimie, pour mettre fin à la dépendance belge vis à vis de l’Allemagne, dans ce domaine.

238   AGO du 27/7/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

239   CA du 13/1/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

240   CA du 13/1/1916 précité.

241   CA du 25/1/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

242   E. Bussière, Horace Finaly banquier, op. cit., p. 109.

243   CA du 16/7/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

244   CA du 25/7/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

245   Note confidentielle de M. Schwob à J. Bernard, archives militaires, SHAT, 5 N 278.

246   CA du 20/12/1916, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

247   CA du 20/12/1916 précité.

248   CA du 20/12/1916 précité.

249   CA du 17/7/1920, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

250   CA du 1/10/1920, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

251   CA du 30/7/1923 archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50 et AG constitutive du 10/7/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

252   Seules les centrales thermiques installées sur le carreau des mines sont adaptées aux charbons de qualité inférieure. Les centrales installées à proximité des villes sont conçues pour utiliser du charbon de qualité moyenne.

253   CA du 30/6/1920, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

254   CA du 18/11/1919, du 10/2/1921, du 15/4/1921 et du 21/10/1926, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

255   CA du 18/11/1919, du 15/4/1921 et du 28/10/1921, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

256   CA du 21/10/1926 précité.

257   CA du 1/10/1920, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

258   CA du 15/4/1921, précité.

259   CA du 24/11/1922, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

260   CA du 21/10/1926 précité.

261   CA du 19/10/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

262   CA du 21/6/1934, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

263   CA du 18/10/1934, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

264   CA du 24/10/1924, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

265   CA du 20/10/1927, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

266   CA du 25/9/1927, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

267   CA du 25/6/1918, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

268   CA du 22/9/1938, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

269   Les chiffres proviennent des procès-verbaux des assemblées générales annuelles des sociétés.

270   L. Babonneau, Énergie électrique en France, op. cit., p. 44.

271   Les Alpes sont la première région productrice d’énergie hydraulique. Relevons ici que cette production est en très grande partie le fait de sociétés helvétiques, installées sur le Haut-Rhône français, de la frontière franco-suisse à Lyon, à partir des années 1880. Les Suisses trouvaient alors en France un débouché pour leurs ingénieurs électriciens, pour leur matériel et pour leurs capitaux, le tout dans un contexte juridique de grande liberté entrepreneuriale (aucune législation sur l’hydroélectricité jusqu’à 1919, puis une législation favorable à l’intitiative privée). Autre région, autres investisseurs étrangers. D. Varaschin, Centrales hydrauliques du Haut-Rhône français : de quelques savoir-faire suisses en France (des années 1870 à 1946), Annales historiques de l’électricité, n° 1, Paris, 2003, p. 17 à 35.

272   Ce chiffre de 18 milliards de kWh consommés en France en 1940 est également valable pour 1938. Cette année là, la consommation des autres pays industrialisés est la suivante (en milliards de kWh) : États-Unis 94, Allemagne 30, Grande-Bretagne 21, Suède 5 et Suisse 3. P. Lanthier, « Logique électrique et logique électrotechnique : la cohabitation des électriciens et des électrotechniciens dans la direction des constructions électriques françaises : une comparaison internationale », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, op. cit., p. 51.

273   Archives des sociétés concernées.

274   M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2, p. 49.

275   F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 572.

276   Recensement des usines thermiques de plus de 2 000 chevaux, F. Cardot et F. Caron,Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 1, p. 572.

277   H. Morsel, « Panorama de l’électricité en France dans la première moitié du 20e siècle », in Un siècle de l’électricité dans le monde 1880-1980, Paris, 1987, p. 102 et Histoire de l’électricité en France, op. cit. tome 2, p. 20.

278   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 223.

279   Estimation basse puisqu’il manque les chiffres concernant les centrales de Maubeuge (en 1925 et 1930) et Aulnoye (en 1935).

280   M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2, p. 1014.