Show Less
Open access

Le groupe Empain en France

Une saga industrielle et familiale

Series:

Caroline Suzor

Le Belge Édouard Empain obtient en 1898 la concession du Métro de Paris, qu’il construit et exploite. Pour alimenter son Métro en énergie, Empain devient producteur d’électricité et fonde la Société d’électricité de Paris. Déjà présent en France depuis les années 1880, le groupe Empain ne cesse dès lors plus de croître dans ce pays. Fleurons d’un empire industriel de dimension mondiale, ses entreprises comptent parmi les plus importantes du paysage économique français.

La croissance du groupe Empain en France relève d’une saga à la fois industrielle et familiale. Trois générations se succèdent : un grand industriel européen, visionnaire et innovateur ; son frère ; ses fils. Des personnages hauts en couleur, très différents, reliés pour le meilleur et pour le pire par le sang et l’argent.

Cette histoire, dévoilée de l’intérieur et jusqu’alors mal connue, a été enfouie dans la mémoire nationale sous les décombres de la Troisième République et éclipsée après Seconde Guerre mondiale par la nationalisation de l’électricité et la municipalisation du Métro.

Show Summary Details
Open access

Chapitre 4. 1929 : premier bilan

CHAPITRE 4

1929 : premier bilan

Édouard Empain meurt d’une crise cardiaque le 22 juillet 1929, à son domicile bruxellois du 5 rue de Putdaël, quelques semaines avant de fêter son 77e anniversaire. Une messe de funérailles est célébrée le 25 juillet 1929, à la Collégiale des Saints Michel et Gudule à Bruxelles. Y assistent les représentants du roi Albert, du prince héritier Léopold et du roi d’Égypte, le Premier ministre belge Henri Jaspar, le ministre des Finances Houtart, le ministre de l’Agriculture Baels, le Bourgmestre de la ville de Bruxelles Max, plusieurs anciens ministres et de très nombreuses personnalités du monde de la finance, de l’industrie, de l’armée et de la politique1. Le Général Baron est provisoirement enterré au cimetière d’Evere, en banlieue bruxelloise. En février 1930, ses cendres sont transférées en Égypte. Édouard Empain n’avait-il pas exprimé le souhait de reposer dans la crypte de sa basilique d’Héliopolis ? Les funérailles égyptiennes sont encore plus grandioses que les belges. Le gouvernement égyptien au grand complet, plusieurs anciens ministres, les délégués des grands corps, les notables du Caire viennent rendre un dernier hommage au fondateur d’Héliopolis.

Comme nous le savons, Édouard Empain laisse pour héritiers ses deux fils, Jean et Louis. Les jeunes barons vont prendre la direction du groupe et en modifier profondément l’organigramme, en remplaçant les trois sociétés de portefeuille par une seule, Electrorail. Ils vont également remercier leur oncle. Le groupe des fils ne sera donc pas exactement le même que celui du père. Dans ces conditions, il est intéressant de s’arrêter sur l’état du groupe, au jour de la mort de son fondateur et d’essayer d’analyser comment Édouard Empain a réussi à le construire.

La présentation de ce premier bilan nous permettra de répondre à certaines questions, que l’on peut regrouper autour de cinq thèmes.

Le premier thème concerne l’activité du groupe. Combien de sociétés Empain sont en activité en France en 1929 ? Certaines ont-elles été abandonnées depuis leur fondation ou la prise de contrôle par Empain ? Quel ← 209 | 210 est l’objet de ces différentes entreprises ? Quelle est leur ancienneté ? Qui détient leur capital ? Disposent-elles d’un capital important ? Comment peut-on les regrouper (peut-on imaginer un classement par activité, ou un classement tenant compte de leur implantation géographique ?)

Le deuxième thème concerne les équipes dirigeantes. Comment le groupe est-il dirigé ? La famille Empain est-elle seule aux commandes ou bien y a-t-il d’autres dirigeants ? S’il y en a, qui sont-ils et à partir de quand prennent-ils leurs fonctions ? La famille s’est-elle réservée les plus gros postes ? Quel est le profil des dirigeants (nationalité, formation, autres fonctions dans d’autres groupes industriels ou en politique) ? Dans quelles conditions exercent-ils leurs fonctions ?

Combien de mandats détient chacun d’entre eux ? Les Belges sont-ils présents dans les sociétés françaises ?

Peut-on observer des promotions internes ?

Y a-t-il des alliances avec d’autres familles (alliances matrimoniales ou simplement mise en place de relations d’affaires) ?

Le troisième thème concerne les résultats des entreprises. Le Général Baron meurt trois mois avant le krach de la bourse de New York, qui va plonger l’Amérique, puis l’Europe, dans une très grave crise économique. Part-il à temps pour ne pas voir son groupe en proie aux difficultés ? Laisse-t-il des entreprises en bonne santé financière ? Les entreprises du groupe réalisent-elles d’importants bénéfices ? Le niveau de bénéfice est-il lié à l’activité ? Comment les bénéfices sont-ils répartis ?

Le quatrième thème concerne l’organisation interne et pratique du groupe. On a déjà évoqué certaines remarques, selon lesquelles les entreprises de transport seraient gérées comme une seule entreprise, exerçant son activité dans différentes régions. Qu’en est-il ? Certains services étaient-ils centralisés ? Les différentes sociétés ont-elles travaillé les unes pour les autres ?

Le dernier thème de ce bilan concerne les questions techniques. Quelle technologie Édouard Empain a-t-il utilisé ? Dans quelles conditions ? Quelle était sa politique en la matière : préférait-il utiliser une technologie déjà testée par d’autres ou au contraire acceptait-il de prendre le risque de l’innovation ?

I –   L’état du groupe au décès d’Édouard Empain

1 –   Les différentes sociétés

Autour de trois sociétés holdings, fondées à Bruxelles et soumises au droit belge, le groupe Empain détient et exploite, à la mort de son fon ← 210 | 211 dateur, vingt sociétés françaises. Le tableau2 ci-après reprend les sociétés françaises3 actives à cette date, selon un classement qui tient compte de leur ancienneté.

Figure 19. Les sociétés françaises du Groupe Empain en 1929

images

← 211 | 212

images

Édouard Empain laisse également trois sociétés de portefeuille, qui, à la différence des sociétés ci-dessus, sont toutes établies conformément au droit belge (et ont déjà été évoquées au chapitre préliminaire). ← 212 | 213

La Compagnie belge des chemins de fer réunis, constituée en 1892, est la plus ancienne. Son objet social initial était de réaliser toutes opérations sur les titres des sociétés ayant pour activité l’exploitation ou la construction de chemins de fer et de tramways. En 1929, son objet a été étendu à toutes opérations sur les titres de sociétés ayant une activité liée aux transports en commun (exploitation, fourniture d’énergie, travaux de mise en valeur). Son capital social, en 1929, est de 50 000 000 FB en 25 000 actions de capital de 1 000 FB, 100 000 quarts d’actions de capital de 250 FB et 12 000 parts de fondateur sans valeur nominale.

La Compagnie générale de railways et d’électricité a été constituée en 1904. Son objet est large : toutes opérations industrielles, financières, immobilières et commerciales relatives à l’industrie des transports et à l’électricité. Elle a pris la suite de deux sociétés plus anciennes, la Compagnie générale de railways à voie étroite (fondée en 1881)5 et la Compagnie russe française de chemins de fer et de tramways (fondée en 1896)6. Son capital social, en 1929, est de 100 000 000 FB.

La Fédération d’entreprises de transport et d’électricité a été constituée en 1923, pour reprendre les actifs de la Fédération française et belge de tramways (fondée en 1898)7. Son capital est de 12 250 000 F. ← 213 | 214

Les sociétés de portefeuille détiennent principalement les titres des sociétés suivantes8 :

Figure 20. Portefeuille détenu par les trois sociétés holdings laissées par Édouard Empain

images

La valeur au bilan de leurs portefeuilles (au 31 décembre 1926) s’établit comme suit :

pour la Cie Belge des chemins de fer réunis9 :39 043 740 FB
pour la Cie générale de railways et d’électricité10 :122 906 143 FB
pour la Fédération d’entreprises de transport et d’électricité11 :8 832 304 FB

Ces importantes et puissantes sociétés s’inscrivent dans leur époque : celle de la mise en place des grands groupes, qui succèdent aux entrepreneurs individuels, parce qu’ils sont seuls capables de mobiliser les moyens humains et financiers désormais nécessaires. Elles sont établies selon le droit belge, pour plusieurs raisons : d’abord pour profiter de la législation belge sur les sociétés anonymes, dont on a expliqué combien elle était favorable aux entrepreneurs, leur permettant de lever beaucoup de capitaux sur le marché, quasiment sans contrôle. Mais aussi parce que la Belgique, grâce à sa situation géographique au carrefour de l’Europe ← 214 | 215 du nord ouest et à sa neutralité, est un lieu stratégique pour les investissements européens. Néanmoins, si l’existence de ces grandes firmes s’explique aisément, il est plus difficile de répondre à une autre question : pourquoi trois sociétés de portefeuille, détenant les mêmes sociétés ? Si Édouard Empain souhaitait simplement conserver la tête de son groupe en Belgique, pourquoi ne s’est-il pas contenté d’une électroholding belge ? Pierre Lanthier12 propose une explication, qui pourrait résider dans les séquelles laissées en France par l’affaire Philippart13 et dans le souci d’Édouard Empain de diviser les risques liés à chaque entreprise. Suite à la faillite de Simon Philippart, l’administration française était réticente à l’endroit des entrepreneurs de transport et des Belges, au point de voir dans le groupe Empain le successeur de Philippart14. Pour masquer sa nationalité, Édouard Empain recourt aux services d’Edmond Caze. De même, pour masquer son côté « entrepreneur sur tous les terrains » et ne pas passer pour un spéculateur, Édouard Empain multiplie les holdings pour investir dans de nombreuses entreprises de transport. Ainsi l’administration française ne verra pas toujours le même nom sur les statuts et à la tête de la liste des actionnaires des différentes affaires.

Mentionnons également, en plus des trois grosses sociétés de portefeuille ci-dessus, deux autres sociétés de portefeuille, à l’objet plus limité : la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes dont la vocation est de détenir les sociétés nantaises du groupe (SNE et CTN) et la société Tramways de Lille, qui a pour objet de détenir les Tramways électriques de Lille et sa banlieue. Ces deux sociétés de droit belge détiennent des sociétés françaises, mais leur importance est sans commune mesure avec les grosses sociétés de portefeuille mentionnées ci-dessus. Ces petites sociétés de portefeuille, comme les trois principales sociétés déjà mentionnées, réalisent au sein du groupe l’association de l’industrie et de la finance.

Évoquons encore quelques nouvelles sociétés, fondées depuis 1928, qui démarrent dans deux activités nouvelles, dont nous n’avons pas encore parlé. La première activité est la distribution de chaleur. Trois nouvelles entreprises y travaillent. La Compagnie Parisienne de chauffage urbain (CPCU) démarre à peine. Elle a pour objet de distribuer de la vapeur pour chauffer les immeubles parisiens dans le quartier de la gare de Lyon.

La société Chaleur et énergie a pour mission de produire la vapeur que la CPCU distribuera. Elle va produire cette vapeur dans l’ancienne usine électrique de Bercy, qu’elle rachète à la CMP. ← 215 | 216

Enfin, la Compagnie Parisienne de distribution de chaleur (CPDC) doit équiper les immeubles, afin qu’ils puissent recevoir le chauffage urbain. Ces trois entreprises sont à la fois jeunes et débutantes, lors du décès d’Édouard Empain. Elles ne comptent pas encore, tant du point de vue industriel que financier.

La deuxième nouvelle activité est la fabrication de charbon de bois. La société Carbonisation et charbons actifs15 a été constituée en 1928 pour reprendre une usine de carbonisation de bois exploitée dans l’Aisne et pour fabriquer, dans cette usine et dans une seconde située dans l’Ain, des charbons actifs.

La Compagnie française de carbonisation Illingworth est fondée en mars 1929, pour « distiller le combustible à basse température suivant le procédé Illingworth. »16

Ici encore, c’est une activité nouvelle, qui ne compte pas beaucoup.

2 –   Comment classer ces sociétés ?

La présentation ci-dessus, reprenant l’ordre chronologique de création des sociétés, les classe également par activités : les plus anciennes sont les sociétés de transport, les plus récentes les entreprises d’électricité (avec la seule exception des Tramways de Nantes).

On constate que le groupe Empain pratique à la fois la concentration horizontale (plusieurs entreprises de transport, plusieurs entreprises d’électricité, des ateliers de construction de matériel électrique et de matériel de traction) et verticale (fabrication d’électricité pour vendre aux sociétés de traction, fabrication de matériel ferroviaire pour vendre aux entreprises de transport, fabrication de matériel pour équiper les centrales électriques). Le groupe a donc diversifié ses intérêts, tout en restant principalement dans le secteur de l’électricité. On relève également que peu de sociétés ont été abandonnées. Aucune activité n’a été délaissée. Pas de stratégie de touche à tout, mais au contraire le choix initial d’un domaine à fort potentiel, qui permet le passage à une activité qui cesse vite de n’être que complémentaire de la première.

Cette double concentration, horizontale et verticale, si elle est intéressante, n’est cependant pas un cas unique. Édouard Empain n’est pas le seul à fonder puis gérer un groupe intégré de ce type. On pourrait comparer le groupe Empain à celui fondé en France par un autre Belge, Henry Urban17, ← 216 | 217 autour des Exploitations électriques18. On a déjà mentionné le personnage d’Henry Urban, administrateur de la Compagnie mutuelle des tramways, dans les développements consacrés à la crise à la direction de la Société Nantaise d’électricité pendant la Première guerre mondiale. Urban est également administrateur délégué de la Société générale des chemins de fer économiques (société de droit belge). Il imagine, pendant la Première Guerre mondiale, « construire, autour du groupe des entreprises électriques belges qu’il dirigeait, un ensemble complet allant de la distribution du courant à la construction de matériel électrique »19 afin de tenir enfin tête aux Allemands, si puissants dans le secteur de l’électricité en Belgique, à travers la SOFINA. Urban veut ajouter un troisième pilier à son groupe, déjà actif en matière de transport et d’électricité. Ce projet est mis en œuvre à partir de 1919, avec l’appui de la Banque Paribas. Il réunit un constructeur anglais (l’English Electric Company), une société française (les Constructions électriques de France) et une société belge (les Constructions électriques de Belgique) fondée pour l’occasion. La répartition des tâches est la suivante : la société anglaise fournit les brevets en matière de construction de matériel de traction électrique et de matériel pour centrales, les sociétés belge et française les exploitent. Ce groupe franco-anglo-belge démarre en 1919. Malgré sa participation à l’équipement hydroélectrique du Massif Central, il va connaître des difficultés dans les années 1920. Les brevets anglais, que les CEB et CEF doivent utiliser, sont marqués du retard technologique européen par rapport à l’industrie américaine. Par ailleurs, les entreprises européennes de traction rencontrent, après 1918, des difficultés qui les dissuadent de renouveler leur matériel alors que la concurrence allemande, bénéficiaire de la dépréciation du mark, redémarre. Néanmoins, grâce à des avances, des opérations de réduction puis augmentation de capital, des emprunts obligataires, les CEF sont redressés entre 1925 et 1927, puis deviennent filiale d’Alsthom en 1930, avant une fusion absorption en 193220.

Édouard Empain, qui a également mis en place un groupe intégré, a procédé de façon différente. Il commence avec les transports, autour de 1880, puis se lance de façon quasi simultanée dans la production d’électricité et la construction de matériel au début du 20e siècle. On a déjà évoqué les circonstances21 de la prise de contrôle des ateliers Dulait, à Charleroi et Jeumont, suite à l’intervention du roi Léopold II, qui avait sollicité Empain ← 217 | 218 pour que ces ateliers restent sous le contrôle d’un industriel belge. Empain développe ces ateliers, pour qu’ils complètent l’activité de ses autres entreprises. Le groupe est donc intégré dès ses débuts, autour de trois secteurs : les transports, l’électricité, la construction de matériel (notamment de matériel électrique). Il n’y a pas de recherche tardive d’une activité complémentaire, ou d’un débouché supplémentaire. Comparé aux CEF et CEB d’Henry Urban, le groupe Empain réussit à maintenir ses différentes entreprises. Est-ce parce que le Métro de Paris et les importantes sociétés d’électricité assuraient de beaux débouchés aux ateliers de construction électrique, sans cependant en être les seuls clients ? N’est-ce pas également parce qu’Empain ne s’était lié à aucun fabricant de matériel et conservait donc sa liberté d’élaborer ou de choisir les brevets les plus adaptés ?

Mais revenons à notre classement des entreprises du groupe Empain. Outre le tableau récapitulatif ci-dessus, observons la carte22 de l’implantation des différentes entreprises françaises.

Figure 21. Implantation des différentes entreprises

images

← 218 | 219

Nous relevons qu’outre la concentration dans les activités du groupe, Empain développe ses activités principalement dans trois régions : Paris, le Nord et Nantes. On pourrait donc également parler de concentration géographique, d’autant plus que les liens de capitaux sont réels entre les différentes sociétés et que les différentes entreprises sont souvent fournisseurs les unes des autres. On pourrait donc parler d’une juxtaposition, dans chacune des régions concernées, de différents réseaux de transports de personnes et marchandises et/ou de fabrication et distribution d’électricité.

Si on peut procéder à des classements de type chronologique, par activité ou par région, il est en revanche très difficile de dresser un organigramme du groupe. On a mentionné ci-dessus les trois sociétés de portefeuille, ou sociétés holdings. Le recours au holding permet de contrôler une société sans détenir la totalité de ses titres. Si le holding possède 25 à 30 % des actions d’une société et si le reste des titres est dispersé dans le public, le holding, seul gros actionnaire, détient le contrôle de la société. Les petits actionnaires apporteront leurs économies mais n’auront aucun pouvoir dans l’entreprise. L’actionnaire principal, avec 25 à 30 % des actions, peut en avoir la direction sans avoir besoin d’immobiliser des capitaux à hauteur de l’intégralité du capital social. Il conserve donc des capitaux pour investir dans une autre société, dans laquelle, de la même façon, il ne détiendra qu’une part, prépondérante mais limitée, du capital. La technique des holdings et sous holdings permet donc de contrôler un grand nombre d’entreprises, en limitant le risque financier. Ce système permet également aux dirigeants des grandes sociétés de cumuler les fonctions dans les conseils d’administration (et donc de multiplier les jetons de présence et les tantièmes).

Pourtant, le groupe Empain, même s’il recourt aux holdings, ne se prête pas à la présentation d’un organigramme dans lequel les holdings apparaîtraient comme les sociétés mères des sociétés de transport ou d’électricité. En effet, même si les holdings ont pour objet principal la détention des actions composant le capital des sociétés du groupe, toutes les sociétés du groupe ont, en plus de leur activité industrielle, vocation à détenir des titres des autres entreprises. Ceci apparaît clairement dans le tableau ci-dessus, dans la rubrique « principaux actionnaires ». En plus des holdings proprement dits, sont cités la Parisienne électrique23, les ← 219 | 220 FACEJ, la SEP, EGN, les Tramways de Lille, la CAEN et des sociétés extérieures au groupe (Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz, Mines d’Anzin, Compagnie générale d’électricité). La multiplication des participations croisées rend donc difficile l’établissement d’un organigramme. Essayons donc d’appréhender le groupe par un autre biais, celui des dirigeants.

II –   Bilan humain : qui dirige le groupe ?

Afin d’étudier le profil des dirigeants du groupe, nous avons réalisé une étude à partir des membres des conseils d’administration. L’objectif est de découvrir qui constitue le réseau d’Édouard Empain, c’est à dire quels sont les hommes avec qui le Général Baron détermine et conduit la politique du groupe. ← 220 | 221

Figure 22. Les membres des conseils d’administration

images

← 221 | 222

images

← 222 | 223

images

← 223 | 224

images

← 224 | 225

images

← 225 | 226

images

← 226 | 227

images

← 227 | 228

images

← 228 | 229

images

← 229 | 230

images

← 230 | 231

images

← 231 | 232

images

← 232 | 233

images

← 233 | 234

images

← 234 | 235

images

← 235 | 236

1 –   Le cadre de l’étude

L’étude a porté sur tous ceux qui ont siégé aux conseils d’administration des sociétés françaises et des sociétés de portefeuille du groupe. Les entreprises non soumises au droit français et/ou n’exerçant pas leur activité en France n’ont pas été retenues, à l’exception des sociétés de portefeuille qui sont des sociétés de droit belge. On a choisi de ne pas isoler les filiales de leurs sociétés mères, mêmes étrangères, puisque ces dernières contrôlent l’activité des filiales, peuvent imposer des décisions et encaissent la plus grosse part des dividendes. De plus, pour ce qui concerne le bilan humain, il est intéressant de savoir quels administrateurs des sociétés françaises disposent également de mandats à Bruxelles, dans les conseils d’administration des holdings. Sur la période 1883-1929, on a donc travaillé sur trente et une sociétés, soit vingt-trois sociétés françaises24 et huit sociétés belges25.

Une fiche a été établie pour chacun des membres des conseils d’administration, à savoir les administrateurs, présidents des conseils d’administration, administrateurs délégués, présidents directeurs généraux. N’ont pas été retenus pour la présente étude les commissaires aux comptes, ni les secrétaires du conseil d’administration, qui peuvent assister à certaines délibérations du conseil sans en être membres. Ont également été exclus les directeurs non administrateurs, qui, même s’ils dirigent la société au quotidien, ne sont pas mandataires sociaux. Certains commissaires, directeurs ou secrétaires apparaissent néanmoins, s’ils exercent également, ou plus tard, des fonctions au conseil d’administration.

Enfin, on a trié les fiches pour retenir seulement les dirigeants entrés en fonction jusqu’en 1929, année du décès d’Édouard Empain. Ceux qui démarrent leur carrière à partir de 1930 seront étudiés plus loin, au chapitre traitant de la période 1930-1945. Chaque mandataire social est compté une seule fois. Peu importe si, choisi par le Général Baron, il poursuit ses fonctions durant la période 1930-1945 : il n’apparaîtra pas dans la liste des dirigeants choisis par Jean et Louis Empain. L’étude de ← 236 | 237 ces fiches fait apparaître plusieurs réseaux d’individus, qui se croisent et se mêlent. On s’efforcera de les présenter et de les commenter ci-après.

2 –   Les effectifs

Le nombre total de membres des différents conseils s’établit à 155. Ce chiffre important doit cependant être mis en parallèle avec le nombre de mandats détenus par chacun de ces 155 dirigeants. Le nombre de mandats correspond au nombre de conseils d’administration au sein desquels chaque dirigeant siège durant sa carrière au groupe Empain. Chaque société est comptée une fois, quelle que soit la durée des fonctions du dirigeant (on ne tient pas compte des renouvellements, ni des interruptions en cours de mandat ou entre deux mandats). Les mandats ne sont pas forcément tous détenus simultanément : on indique, pour chaque dirigeant, dans combien de sociétés il a exercé des fonctions de mandataire social au cours de sa carrière.

On peut présenter les résultats à l’aide du tableau suivant :

Figure 23. Classement des dirigeants selon le nombre de mandats détenus par chacun d’eux au sein des entreprises du groupe

images

Plus de la moitié de ces dirigeants (81) siègent dans un seul conseil d’administration. Près des trois quarts d’entre eux (109) ont seulement un ou deux mandats. À l’autre extrémité du tableau, seules huit personnes siègent dans dix conseils d’administration et plus. Vingt et un dirigeants détiennent entre vingt et un et cinq mandats. Enfin, si on élargit notre étude jusqu’aux titulaire de mandats dans quatre conseils d’administration, on aboutit à trente-quatre personnes, détenant entre vingt et un et quatre mandats. On va se concentrer sur ces trente-quatre dirigeants, qui constituent un petit groupe présent, grâce à un ou plusieurs de ses membres, dans tous les conseils d’administration (sachant que les membres de ce club restreint sont d’autant plus nombreux au conseil d’administration que la société est importante). Le fait de se retrouver ainsi, dans toutes les entreprises, facilite la circulation des informations et entraîne, forcément, la prise en compte de la situation du groupe, lors des choix concernant chaque affaire. On a donc pu écrire que ce « noyau limité de dirigeants » imposait aux entreprises « une conception unitaire de la stratégie du ← 237 | 238 groupe. »26 On a pu également évoquer la « forte concentration des processus de décision. »27

Le plus gros titulaire de sièges (21) est François Empain, le frère du Général Baron. Né en 1862, soit dix ans après son aîné, il démarre sa carrière en 1893, après des études de droit à l’UCL. Il survivra à son frère et restera en poste jusqu’en 1935. Le deuxième titulaire de sièges (18) est Édouard Empain, qui se place en deuxième rang derrière son frère. Après eux, Alfred de Wandre. Né à Liège en 1860, cet ingénieur obtient la nationalité française en 189428, ce qui lui permettra notamment de siéger au conseil d’administration de la CMP. Il cumulera des fonctions dans dix-sept sociétés françaises du groupe, entre 1896 et son décès, en 1938.

Le quatrième de notre répertoire est Jean Empain, fils aîné du Général Baron, avec des mandats dans quatorze sociétés. Il figure dans notre liste parce qu’il démarre sa carrière en 1927. À la mort de son père, il exerce ses fonctions dans onze sociétés. Il détiendra le plus grand nombre de ses postes, y compris des présidences, après la mort de son père. On reparlera de lui au prochain chapitre.

Roch Boulvin, cinquième de notre liste, détient treize mandats d’administrateur, administrateur délégué ou président du conseil d’administration des sociétés françaises et sociétés de portefeuille ainsi que de nombreux autres mandats dans les sociétés belges du groupe. Il est ingénieur honoraire des mines de l’Université de Liège29 (1881) et entre au groupe Empain en 1899, après un début de carrière comme professeur à l’École de Gand30.

Georges Theunis, dont on parlera plus loin et Louis Empain, second fils du Général Baron, détiennent chacun onze mandats. Louis obtient son premier poste en 1928, d’où sa présence dans notre liste. Mais il se trouve dans la même situation que son frère : c’est au cours de la période suivante qu’il obtiendra le plus de sièges. On évoquera donc son cas dans le prochain chapitre.

Le huitième de notre liste, Raynald Legouëz31, siège dans dix conseils d’administration. Né en 1857, soit seulement cinq ans après Édouard ← 238 | 239 Empain, ce fils de professeur étudie à l’École Polytechnique (promotion 1877), puis à l’École des Ponts et Chaussées (promotion 1879). Il commence sa carrière comme ingénieur des ponts et chaussées. Le 1er mars 1895, il est nommé au service d’entretien et de curage des égouts de Paris et chargé des grands travaux neufs d’égouts. Il acquiert, dans cette fonction, une parfaite connaissance du sous-sol parisien et des ouvrages qui y sont construits. Cette compétence lui permettra d’être choisi par Fulgence Bienvenüe, au printemps 1898, soit dès le début des travaux de construction du Métro. Legouëz arrive donc dans le réseau Empain comme adjoint de l’ingénieur Bienvenüe, donc salarié de la ville de Paris32 et non pas du groupe Empain. Rapidement, on va lui reprocher d’avoir pris, de son propre chef, des initiatives pouvant engager la ville. Il a adressé des courriers à trois entrepreneurs chargés des travaux d’infrastructure du Métro, pour les exonérer des revendications qui pourraient être formulées par les propriétaires des immeubles parisiens, en cas de dommages causés par les travaux du Métro. Ceci revient à considérer les dommages subis par des tiers comme des cas de force majeure, dès lors que les entrepreneurs auront respecté les ordres et instructions donnés. La politique s’en mêle … Au Conseil Municipal de Paris, on demande les têtes de Legouëz et Bienvenüe (son supérieur, qui a contresigné le rapport faisant état du courrier aux trois entrepreneurs). On accuse également Legouëz d’avoir, en tant que chef du service de l’entretien des égouts, fait placer des collecteurs selon un tracé différent du tracé initialement prévu, afin de permettre un éventuel prolongement de la ligne de chemin de fer exploitée par la Compagnie d’Orléans, au delà de la place Médicis33. Le préfet de la Seine, conscient des nombreuses qualités de Bienvenüe et Legouëz, refuse de les renvoyer. Pourtant, Raynald Legouëz préfère partir. Il rejoint l’Algérie (en fin d’année 1898) où il va travailler à la construction de lignes de chemin de fer. L’installation de la famille Legouëz en Algérie est difficile. Legouëz demande, par deux fois, à être nommé à Versailles. Faute d’obtenir satisfaction, il quitte le corps des Ponts et Chaussées. En avril 1901, il demande un congé, pour devenir directeur de la Parisienne électrique. Il est mis en congé pour un an, puis pour une durée illimitée. En 1912, il est placé en disponibilité sans traitement. Au cours d’une longue carrière au sein du groupe Empain, entre 1901 et son décès, en 1943, il siège dans dix conseils d’administration. ← 239 | 240

Après Legouëz, quatre ex-aequo en neuvième position : André et Daniel Berthelot, Georges Mullet et Marcel Ulrich détiennent chacun neuf mandats. On les présentera ci-après.

L’étude des effectifs des dirigeants du groupe est appréhendée par un autre biais par Pierre Lanthier. Dans son article consacré aux « Dirigeants français du groupe Empain (1913-1940)34 », il choisit d’étudier les dirigeants des filiales françaises du groupe, en poste à certaines dates (1913, 1929 et 1937). Son cadre d’étude est un peu différent du nôtre : il ne retient pas les sociétés de droit belge, alors que nous retenons les sociétés de portefeuille ; il retient les TPDS que nous avons écarté parce que le groupe Empain n’en a pas la maîtrise totale. Nous considérons les TPDS comme une simple participation financière du groupe, pas comme une société gérée par le groupe (à la différence des TENP auxquels les TPDS font suite). Pierre Lanthier observe que toutes les sociétés voient leur nombre d’administrateurs augmenter, de façon plus ou moins importante selon l’activité de l’entreprise, le niveau d’investissement que cette activité suppose et l’histoire de l’entreprise (le conseil d’administration compte plus de membres lorsque le groupe Empain y est associé à d’autres). Ainsi, le nombre d’administrateurs passera de 61 en 1913 à 112 en 1937. Si l’on s’intéresse seulement aux dirigeants (c’est-à-dire, selon P. Lanthier, aux administrateurs qui sont également président du conseil d’administration, vice président du conseil d’administration, administrateur délégué et/ou administrateur directeur) la progression est également très nette : on passe de 19 dirigeants en 1913 à 28 en 1937.

3 –   La nationalité des dirigeants

Un groupe d’origine belge installé en France est-il gouverné par des Belges ou des Français ?

Parmi les trente-quatre dirigeants, dix-huit sont Français (y compris un Belge devenu Français par naturalisation, Alfred de Wandre) et seize sont Belges. Si l’on tient compte à la fois de la nationalité et du nombre de mandats détenus par chacun de ces hommes, on arrive à cent quarante-cinq mandats pour les Belges et cent quinze pour les Français. On a donc une petite prépondérance belge. Le fait d’être belge dans des sociétés de droit français n’est pas un obstacle, sauf au Métro puisque les conventions passées entre la CMP et la ville de Paris prévoient que la société sera dirigée uniquement par des Français. Les autorités veillent au respect de cette clause : par courrier du 17 juin 1898, Adrien Bénard, administrateur délégué de la CMP, justifie auprès du préfet de la Seine la nationalité de chacun des administrateurs. Il fait état de la naturalisa ← 240 | 241 tion de deux d’entre eux, MM. Jarislowsky et de Wandre et donne toutes informations sur ces naturalisations35.

L’étude de Pierre Lanthier semble aller dans le même sens. Lorsqu’il rapproche la nationalité et le nombre de mandats détenus par chacun, P. Lanthier36 retrouve la même prépondérance belge : en 1913, les Belges cumulent en moyenne 2,17 postes, les Français 1,67. En 1929, on passera à 4,36 postes pour les Belges et 1,20 pour les Français. Prépondérance belge que P. Lanthier relativise lorsqu’il étudie les seuls dirigeants (5 Belges face à 14 Français en 1913 ; 5 Belges face à 20 Français en 1929). Les hautes fonctions sont plutôt détenues par des Français, malgré un plus grand nombre de postes pour les Belges.

4 –   La place de la famille Empain

Observons tout d’abord le tableau ci-après, qui indique quels membres de la famille (issus de la génération du Général Baron, puis de celle de ses fils) ont exercé des fonctions dans le groupe. Ceux-ci sont repris en gras dans cet arbre généalogique succinct. Ceux dont le nom n’est pas indiqué en gras ont été portés sur ce tableau afin de clarifier les liens de parenté avec Édouard Empain, mais n’exercent aucune fonction dans le groupe.

Figure 24. Les membres de la famille Empain, aux commandes du groupe

images

← 241 | 242

On constate donc que la famille est représentée dans l’ensemble des sociétés françaises et des sociétés de portefeuille, à cette époque, par dix de ses membres. Parmi eux, sept membres de la famille font partie du groupe des trente-quatre dirigeants principaux, comme le montre le tableau ci-après :

Figure 25. Les membres de la famille Empain, au sein des différentes entreprises

images

Les trois autres membres de la famille, hors du groupe des principaux dirigeants, sont les autres beaux-frères du Général Baron. Jacques Debs et Henri Denis détiennent chacun un seul mandat. Tous deux ont fait une autre carrière avant de rejoindre le groupe. Jacques Debs, second époux de Maria Louise Empain37, est magistrat38. Il termine sa carrière comme Président du Tribunal civil de Boulogne-sur-Mer39. Sa nationalité française lui permet alors d’être le seul membre de la famille à siéger au conseil d’administration de la très nationale CMP (où il restera pendant vingt-huit ans, de 1910 à son décès en 1938). Un seul mandat donc, mais prestigieux. Henri Denis, époux de Louise Empain, a eu une carrière militaire40, qui l’a conduit au grade de lieutenant général. Il est ensuite appelé par son beau-frère aux Tramways de Lille, dans le courant des années 1920.

Le dernier beau-frère, Zénon Glorieux, époux d’Anne Empain, travaille pour le groupe mais ne siège dans aucun conseil d’administration. En 1894, ← 242 | 243 ce docteur en médecine est actionnaire des Chemins de fer du Calvados41. Il sera plus tard commissaire de plusieurs sociétés, notamment les holdings : la Compagnie russe française de chemins de fer et de tramways (1901), la Compagnie générale de railways et d’électricité (de 1904 à la liquidation de cette société) et plus tard Electrorail (de 1930 jusqu’à son décès en 1943). A-t-il abandonné la médecine pour être commissaire à plein temps ? Assure-t-il le contrôle des comptes en plus de son activité de médecin ? Rien dans les archives ne permet de répondre à cette question.

Outre Édouard Empain, six membres de la famille occupent donc des fonctions de responsabilité dans le groupe. Trois autres membres de la famille sont également présents, à un moment de leur vie, mais on ne peut pas parler, en ce qui les concerne, de carrière de responsabilité au sein du groupe.

Comme on l’a fait ci-dessus pour la nationalité, on peut calculer le nombre de mandats détenus par des membres de la famille, parmi les trente-quatre dirigeants principaux. On arrive à quatre-vingt-quatre mandats pour la famille et cent soixante-seize pour les autres, ce qui relativise la part des Empain. En revanche, si l’on s’en tient aux titulaires de dix mandats et plus, on a soixante-quatre mandats dans la famille et cinquante et un hors de la famille.

Si l’on rapproche la liste des dirigeants membres de la famille de la composition de cette famille, on fait d’autres observations :

      quatre des cinq sœurs d’Édouard Empain sont mariées. Leurs époux exercent tous, à un moment ou à un autre, des fonctions dans le groupe,

      le frère d’Édouard Empain est le plus gros titulaire de mandats,

      déjà du temps d’Édouard Empain la relève se prépare, puisque ses deux fils Jean et Louis et leur cousin Georges Mullet, qui appartiennent à la génération suivante, occupent des fonctions. Avec eux, Guy de Coligny, qui est apparenté à l’épouse de Jean (en poste à partir de 1924).

Édouard Empain a donc utilisé les compétences des membres de sa famille. À une époque où les femmes sont exclues des affaires, Édouard Empain a offert des fonctions à son frère et à tous ses beaux-frères. Eugène Harmant se présente comme ingénieur, il dispose donc des compétences pour travailler au sein du groupe Empain. Jacques Debs est juriste, autre compétence intéressante dans un groupe comme le groupe Empain. Les ← 243 | 244 deux autres beaux-frères ont des profils différents (l’un est militaire, l’autre médecin) mais n’ont pas pour autant été écartés par Édouard Empain42. Peut-on pour autant parler d’un groupe dirigé par la famille Empain ? Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte les dates de début des fonctions de chacun. Édouard et François Empain siègent aux conseils d’administration à partir de 1893. Leur beau-frère Eugène Harmant ne les rejoint qu’en 1919. Les représentants de la génération suivante, Georges Mullet, Jean et Louis Empain obtiennent leurs premiers mandats en 1919, 1927 et 1928. Pendant la période 1893-1919, Édouard et François Empain sont donc les seuls à représenter la famille dans les conseils d’administration (avec Jacques Debs, titulaire d’un seul mandat, à la CMP, à partir de 1910). La part de la famille est donc faible, même si Édouard et François Empain détiennent de très nombreux postes. Dès les débuts du groupe, Édouard Empain fait donc appel à des dirigeants salariés. Les premiers sont Alfred de Wandre (à partir de 1898), Roch Boulvin (1900), Raynald Legouëz (1902) et Georges Theunis (1907), qui se placeront, avec Édouard et François Empain, parmi les plus gros titulaires de mandats (entre dix et dix-sept mandats pour ce qui concerne les dirigeants salariés). À partir de 1919, les frères Empain reçoivent l’aide de leur beau-frère Eugène Harmant et de leur neveu Georges Mullet. On pourrait dire que le caractère familial de la direction du groupe se renforce à partir de cette date.

Le fait de constater à la fois un recours précoce à des dirigeants salariés et la conservation d’une partie du pouvoir entre les mains de la famille fait l’originalité du groupe Empain, si on le compare à d’autres entreprises du secteur. Certaines conservent un caractère familial fermé, sans recours à des dirigeants salariés, comme le groupe de l’Énergie industrielle (ou groupe Durand). La famille Durand43 y reste aux commandes des débuts, en 1906, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. De 1906 à 1924, les pouvoirs sont concentrés aux mains du fondateur Pierre-Marie Durand, de son petit cousin Roger Durand et d’Émile Durand, père de Roger. En 1924, 56 individus se partagent 106 postes d’administrateurs au sein du groupe. Parmi eux, 16 administrateurs ont 66 postes, et parmi ceux-ci, 5 personnes, toutes membres de la famille Durand, détiennent 30 postes.

Au cours de la période 1925-1935, les dirigeants du groupe l’Énergie industrielle sont rejoints par Pierre-Louis Durand et Robert Després, res ← 244 | 245 pectivement fils et gendre de Pierre-Marie Durand, ainsi que par son frère Barthelemy Durand.

Lorsqu’on a besoin d’autres administrateurs, on utilise les administrateurs en place dans les sociétés rachetées. Il n’y a pas encore, à cette époque, de dirigeants salariés propres au groupe de l’Énergie industrielle. Les salariés recrutés par les Durand ne deviennent pas administrateurs. Peu d’évolution durant la période suivante : entre 1935 et 1940, seuls deux membres du personnel sont admis au conseil d’administration, de même que deux représentants du groupe Schneider.

D’autres entreprises du secteur de l’électricité, en revanche, perdent leur caractère familial. Georges Westinghouse perd la direction effective de son entreprise dès 1907 et doit se contenter d’un poste honorifique. En 1922, le groupe AEG cesse d’être une affaire familiale, après l’assassinat de Walter Rathenau44, ministre allemand des Affaires Étrangères mais surtout, pour ce qui concerne son groupe, fils du fondateur.

Après constatation de la présence de la famille Empain à la tête du groupe, on peut s’interroger. Y a-t-il eu alliance avec d’autres familles ? Retrouve-t-on, parmi les dirigeants, plusieurs membres d’une ou plusieurs autres familles ?

5 –   Les autres familles

On reviendra plus loin sur le rôle important d’André Berthelot. Dès 1903, celui-ci introduit son frère au sein du groupe. Daniel Berthelot45, né en 1865 (soit treize ans après Édouard Empain) est docteur en physique et agrégé de pharmacie, professeur à l’Université de Paris. Daniel Berthelot siègera dans neuf sociétés (sept sociétés françaises et deux sociétés de portefeuille) jusqu’à son décès en 1927. Le groupe Empain bénéficie donc, sur le long terme, des compétences de deux représentants d’une famille illustre. André et Daniel Berthelot sont les fils du savant Marcellin Berthelot et les frères du secrétaire général du Quai d’Orsay Philippe Berthelot.

D’autres dirigeants ou salariés présents dans le groupe ont des liens de parenté. On a déjà mentionné le rôle d’Alexis du Roy de Blicquy et celui de son fils Arthur lors de l’enfance et des débuts professionnels d’Édouard ← 245 | 246 Empain. Ils n’ont pas obligé un ingrat46. Édouard Empain réservera toujours quelques sièges de ses conseils d’administration aux représentants de la famille du Roy de Blicquy. Arthur du Roy de Blicquy et son fils Édouard occuperont des fonctions respectivement dans huit et neuf sociétés françaises ou de portefeuille. (Le tableau ci-dessus ne reprend que trois postes pour Édouard du Roy de Blicquy, parce que ses autres fonctions sont des fonctions de commissaire, non prises en compte dans cette étude.)

Paul Weiler47 directeur général et administrateur des Tramways de Nantes est le neveu de Charles Charlier, lui-même administrateur délégué de la Compagnie Mutuelle des tramways, associé du groupe Empain dans les sociétés nantaises.

Léon Favresse, administrateur et commissaire de plusieurs sociétés de portefeuille, est le beau-frère48 de Charles Charlier.

Le gendre d’Alfred de Wandre, Vidalin49, est attaché au secrétariat général de l’Électricité de la Seine.

Mais peut-on pour autant parler d’alliance avec une autre famille qui posséderait et dirigerait également un groupe d’entreprises ? Visiblement non. La très grande réussite du Général Baron n’a pas entraîné l’admission des Empain au sein des grandes familles. Les sœurs Empain ont fait de bons mariages, mais sont restées dans la bourgeoisie. Édouard, on l’a vu, a régularisé sur le tard une union avec la mère de ses fils. Seul François, le jeune frère d’Édouard, s’est marié dans la noblesse. Il a épousé en 1912 Ghislaine Descantons de Montblanc, fille d’Ernest Descantons de Montblanc et de Marguerite de Beughem de Houtem50. La famille Descantons de Montblanc est deux fois noble, puisque Charles Descantons de Monsblanc, grand-père de Ghislaine, a été anobli en France et en Belgique. Il est Comte Descantons en France, Baron d’Ingelmunster en Belgique. Le père de la mariée a fondé et exploite à Ingelmunster une fabrique de tapis51. Il ne dispose donc probablement pas d’une fortune comparable à celle générée par le travail d’Édouard Empain. Les frères Empain offriront des mandats à deux des quatre beaux ← 246 | 247 frères de François Empain : Gaston de Ramaix (époux de Marie Louise Descantons de Montblanc) sera administrateur des Tramways de Lille, tandis que Charles Descantons de Montblanc (l’un des deux frères de Ghislaine) sera administrateur de Gaz et électricité du Hainaut (une société de droit belge, qui n’est donc pas prise en compte dans la présente étude). Un mandat chacun, donc un niveau de responsabilité faible.

6 –   La formation des dirigeants

Sur trente-quatre dirigeants, on peut distinguer trois groupes : les ingénieurs, les juristes et ceux qui ont une formation différente. Nous excluons quatorze individus, faute de savoir quelles études ils ont suivies.

Le groupe le plus nombreux est celui des ingénieurs (avec treize membres). Parmi eux, huit ingénieurs belges (y compris Alfred de Wandre, qui sera plus tard naturalisé français mais qui vraisemblablement est formé en Belgique) et cinq ingénieurs français. Parmi les ingénieurs belges, deux ont étudié à Liège52 (Roch Boulvin et Georges Theunis) et nous ignorons où les autres ont été formés. Parmi les ingénieurs français, trois polytechniciens53 et un centralien54 (Maurice Bouteau). Les polytechniciens sont également ingénieurs des Ponts et chaussées55 (Raynald Legouëz et Auguste Doniol) ou des Mines56 (Marcel Ulrich). Camille Boëll est ingénieur des mines.

Il a été observé que les polytechniciens ingénieurs des Ponts et chaussées, lorsqu’ils partaient pantoufler dans le privé, choisissaient souvent les entreprises d’électricité alors que les polytechniciens ingénieurs des mines et les centraliens se dirigeaient plutôt vers l’industrie lourde (sidérurgie, chimie et chemins de fer)57. Est-ce confirmé au sein du groupe Empain ? Difficile de tirer une conclusion, alors que seuls trois ingénieurs sont concernés. L’X-Ponts Doniol détient des mandats dans trois sociétés de transport et à la Parisienne Électrique. L’X-Ponts Legouëz siège dans quatre entreprises de transport (dont la CMP), à la Parisienne électrique, Jeumont, la CAEN et la SNE. L’X-Mines Ulrich siège aux conseils d’administration de cinq sociétés d’électricité, deux sociétés de transport (dont le Métro), la Parisienne électrique et Jeumont. Les X-Ponts plutôt ← 247 | 248 dans les sociétés de transport, l’X-Mines plutôt dans les sociétés d’électricité. Le contraire de ce qui serait la norme ? Ne tirons pas de conclusion sur seulement trois cas, d’autant plus que Marcel Ulrich entre en fonctions en 1918, alors que l’électricité est devenue une activité importante du groupe. A. Doniol et R. Legouëz avaient été engagés dans les débuts du groupe, respectivement en 1900 pour l’un et 1902 pour l’autre, alors que la production d’électricité n’était encore que marginale.

Hors de la liste des trente-quatre, on trouve deux autres ingénieurs X-Ponts58, qui travaillent pour le Métro : Henri Maréchal en est directeur de 1901 à 1919, puis administrateur de 1919 à 1933, Auguste Locherer en est ingénieur en chef de 1909 à son décès en 1925, sans en être administrateur. On trouve également à la CMP un X-Mines59 : Paul Chapuy et deux centraliens60 : Gaston Leroy de Lenchères et Maurice Lichtenberger. Tous trois sont administrateurs de la CMP. Dans les sociétés nantaises, un centralien Jean Sillard (administrateur puis président de la CTN de 1923 à 1944) et deux polytechniciens : Francis Goullin (directeur de la SNE dès 1919, puis administrateur des sociétés nantaises entre 1923 et 1949) et Ferdinand Meyer (administrateur de la SNE de 1924 à son décès en 1939).

En ce qui concerne les ingénieurs belges, la formation à l’Université de Liège leur ouvre les portes du groupe Empain. On a mentionné Roch Boulvin et Georges Theunis, respectivement ingénieur honoraire des mines et ingénieur électricien, qui figurent parmi les plus gros titulaires de mandats. D’autres diplômés61 de cette université sont présents au sein du groupe, même s’ils ne sont pas parmi les plus gros titulaires de sièges. Évoquons Georges Dewandre, ingénieur honoraire des mines, commissaire des ACEC ; Charles Orts, ingénieur civil des mines et ingénieur électricien, administrateur de la SERVA ; Alphonse Buyle, ingénieur mécanicien, ingénieur aux FACEJ ; Maurice Destrée, ingénieur électricien, chef d’exploitation de la Cairo Electric Railways and Heliopolis Oases Company ; Paul Delsemme, ingénieur civil des mines et ingénieur électricien, ingénieur à la Sté d’électricité du pays de Liège et aux Railways de Liège-Seraing et extensions et les deux italiens Eugène Nicolini et Angelo Della Riccia. Ces derniers sont venus spécialement à Liège pour suivre les cours de l’institut Montefiore. Cette école est un des éléments de la puissance belge en matière d’électricité. Fondée de façon précoce, en 1883, soit seulement deux ans après l’Exposition internationale d’électricité de Paris, par Georges Montefiore-Levi, elle délivre une formation technique de très haut niveau à des ingénieurs déjà diplômés. Ils y reçoivent une formation de type « troisième cycle », ← 248 | 249 avec un enseignement théorique consacré uniquement à l’électricité et au magnétisme et beaucoup de travail en laboratoire. La qualité de l’enseignement et son originalité sont telles que beaucoup d’ingénieurs étrangers viennent y étudier.

On a donc des ingénieurs de très haut niveau, issus des plus grandes écoles. Édouard Empain l’autodidacte confie ses affaires aux meilleurs et ce de façon précoce. Auguste Doniol est recruté dès 1900, Raynald Legouëz en 1902, Paul Chapuy en 1907, Auguste Locherer en 1909.

Le recours à ce type d’ingénieur n’est pas original. Les autres groupes d’électricité engagent également les diplômés des grandes écoles. Le groupe Empain a la particularité d’engager plus de polytechniciens que de centraliens et surtout de les engager très tôt. À titre de comparaison, la Compagnie générale d’électricité n’engage ses premiers polytechniciens qu’après la Première Guerre mondiale. Avant 1914, les dirigeants de la CGE sont plutôt des centraliens (à l’image de Pierre Azaria). La CGE ne recrute les polytechniciens que plus tard, après que ceux-ci aient acquis, dans les départements, le pouvoir d’octroyer les concessions de distribution de l’électricité. Pas d’arrière pensée de ce type chez Empain, qui recrute ses premiers polytechniciens dès le tournant du siècle. Le polytechnicien titulaire du plus grand nombre de mandats est Raynald Legouëz, que nous avons déjà évoqué. Il est engagé alors qu’Empain le connaît déjà, puisqu’il a été l’adjoint de Bienvenüe dans les travaux du Métro et alors qu’il veut quitter ses fonctions d’ingénieur des Ponts et chaussées en Algérie, pour revenir à Paris. Empain saisit l’opportunité de s’attacher les services d’un homme dont il connaît et apprécie la valeur. L’autre X-Ponts recruté dès les débuts du groupe, en poste dès 1900 donc avant Legouëz, est Auguste Doniol. Il est engagé à soixante-dix ans, alors qu’il vient de prendre sa retraite. Faut-il y voir un autre objectif que celui de récupérer une compétence ?

Parmi les ingénieurs, beaucoup revendiquent ce titre, sans que l’on sache quelles études ils ont suivi : Édouard Empain dont il semble qu’il n’ait jamais obtenu le diplôme dont il se targue62, Alfred de Wandre, Eugène Harmant, Henri Marchal, Léon Ulens et Robert Haerens.

La présence d’un grand nombre d’ingénieurs au sein du groupe a forcément des conséquences sur la culture de l’entreprise. Elle explique peut-être les choix techniques, notamment le souci constant de l’innovation dans les centrales électriques, sur lequel on reviendra. ← 249 | 250

Les juristes sont quatre (un belge et trois français) : François Empain, Edmond Caze (qui sera de nouveau mentionné ci-après) et les deux conseillers d’État63 Victor Rault et Albert Tirman.

Les conseillers d’État rejoignent le groupe en fin de carrière. Victor Rault, après une carrière dans l’administration préfectorale (1879-1918), est nommé conseiller d’État en 1918. Il quitte le Conseil d’État en 1927, à l’âge de soixante-neuf ans, pour devenir président de trois sociétés du groupe Empain (Électricité de la Seine, Société d’électricité de Paris et Forges et ateliers de construction électrique de Jeumont) et administrateur de la CMP. Il exerce ces fonctions pendant trois ans, jusqu’à son décès en 1930. Albert Tirman entre également au groupe Empain à partir de 1927, après trente-six ans au Conseil d’État. Comme Rault, il rejoint les affaires à l’âge de la retraite (cinquante-neuf ans). Il participe à la direction du groupe jusqu’à 1939, année de son décès. Il préside les conseils d’administration de cinq sociétés (Électricité de la Seine, Électricité et gaz du Nord, Métro de Paris, Parisienne électrique, Forges et ateliers de construction électrique de Jeumont).

Le fait, pour certains conseillers d’État, de quitter le Conseil d’État pour rejoindre des entreprises privées est ancien. Cette pratique a souvent conduit d’anciens conseillers vers les entreprises de chemin de fer. Ainsi, Hippolyte Griolet et Omer Vallon, tous deux maîtres des requêtes, quittent le Conseil en 1880 et 1881 pour la Compagnie des chemins de fer du nord (groupe Rothschild). Griolet en est administrateur, puis vice président en 1890. Vallon en est administrateur, puis directeur, puis vice-président en 1926.

Pourquoi partent-ils ? Traditionnellement, on avance deux raisons. La première serait liée aux nominations de conseillers d’État au tour extérieur, c’est-à-dire sans qu’ils aient préalablement exercé d’autres fonctions de moindre rang dans cette institution. Certains auditeurs ou maîtres de requêtes, constatant l’importance de ces nominations (près de 75 % des conseillers d’État entre 1879 et 1914), renonceraient à attendre une promotion hypothétique et préfèreraient aller pantoufler dans le privé. L’autre raison serait plus politique : d’autres membres du Conseil d’État le quitteraient parce qu’ils seraient en désaccord avec les orientations politiques et religieuses de la Troisième République. Ces deux raisons font qu’avant la Première Guerre mondiale, le pantouflage oscillait déjà entre 10 et 15 % des effectifs du Conseil d’État64. La pratique est donc ancienne. Le groupe Empain n’y recourt que relativement ← 250 | 251 tard (à partir de 1927), modestement (seuls deux conseillers d’État sont concernés) et dans un schéma différent (Rault et Tirman, comme on l’a vu, arrivent au Groupe Empain après avoir pris leur retraite du Conseil d’État. Ils ne quittent pas cette institution en cours de carrière). La pratique du recours aux conseillers d’État se développe plutôt durant la période suivante (les fils du Général Baron vont recruter cinq anciens du Conseil d’État dans les années 1930).

Le troisième groupe, ceux dont la formation est différente, ne comprend que trois dirigeants, aux profils très divers. Il regroupe les frères Berthelot, André (agrégé d’histoire et géographie) et Daniel (docteur en physique, agrégé de pharmacie) et Paul Chautard (médecin et docteur ès sciences).

Enfin, il y a ceux dont on ne sait pas ce qu’ils ont étudié ou même si ils ont effectué des études. Ce sont d’abord les membres de la famille (Jean et Louis Empain, Georges Mullet et Guy de Coligny) puis P. de Smet de Naeyer, A. Mary, M. Anspach, V. Mestreit, A. Huart-Hamoir et L. Favresse.

7 –   La présence d’hommes politiques

Les élus, titulaires de mandats de type local ou national, membres de différents partis politiques, sont relativement nombreux au sein du groupe, tant parmi les plus gros titulaires de postes que dans l’autre groupe de dirigeants. Parmi les trente-quatre dirigeants principaux, sept titulaires de mandats politiques, originaires de France ou de Belgique.

Les Belges :

François Empain (sénateur catholique de la province d’Anvers entre 1913 et 1919, sénateur catholique de l’arrondissement de Malines-Turnhout de 1919 à 192065),

Achille Huart-Hamoir (échevin libéral puis bourgmestre de Schaerbeek de 1903 à 190966),

Georges Theunis (ministre des Finances, Premier ministre, ministre de la Défense Nationale, ambassadeur extraordinaire à Washington pendant la Seconde Guerre mondiale).

Les Français :

André Berthelot (conseiller municipal de Paris, député républicain socialiste67), ← 251 | 252

Paul Chautard (conseiller municipal de Paris, président du conseil municipal de Paris, député radical socialiste68),

Edmond Caze (député républicain, puis sénateur de la gauche républicaine, sous secrétaire d’État à l’Agriculture69),

Marcel Ulrich (député républicain radical, puis gauche radicale, du Tarn et Garonne70).

Pourquoi recourir à des politiques ?

Georges Theunis71, avant de devenir un homme politique, est un ingénieur électricien, diplômé de l’institut Montefiore de Liège. À ce titre, il est recruté par Édouard Empain dès 1897, à sa sortie de l’école. Il entre en politique plus tard, après la Première Guerre mondiale. Il sera ministre des Finances, Premier ministre, ministre de la Défense. Au gré des fluctuations de la vie politique, il mène de front sa carrière politique et sa carrière dans les affaires, abandonnant ses mandats d’administrateur lorsqu’il est au pouvoir, revenant aux conseils d’administration lorsque son parti ne gouverne plus. Il siège dans onze sociétés françaises et holdings du groupe, entre 1907 et 1941.

Édouard Empain rencontre André Berthelot et Paul Chautard lorsqu’il obtient la concession du Métro de Paris. Né dix ans après Empain, en 1862, André Berthelot72 bénéficie d’un pedigree impressionnant : il est le fils du savant Marcellin Berthelot « un des pères fondateurs de la république, saint laïc qui reposera au Panthéon, parmi les grands hommes de la nation »73, il est le frère de Philippe Berthelot, secrétaire général du Quai d’Orsay. Après une agrégation d’histoire et géographie (en 1884), il se lance dans une carrière de chercheur et professeur. À ce titre, il collabore à la rédaction de « L’histoire générale » de Lavisse et Rambaud (1892-1894). Il est aussi le secrétaire général de « La grande encyclopédie », une entreprise financée grâce aux avances de l’homme d’affaires Henri Gènevois. En 1894, André Berthelot entre en politique : il est élu conseiller municipal de Paris. Il est réélu en 1896. Il siège au sein de la Commission du Métropolitain. À par ← 252 | 253 tir de 1896, il est rapporteur de cet organisme, issu du Conseil Municipal, chargé d’étudier tout ce qui concerne le Métro et donc d’aider à la prise des décisions concernant ce projet. À cette époque, son chemin croise de nouveau celui d’Henri Gènevois. L’homme d’affaires s’emploie désormais à aider le banquier Adrien Bénard et Édouard Empain à obtenir la concession du Métropolitain. Gènevois présente le conseiller municipal, rapporteur de la Commission du Métropolitain à Empain, candidat à la concession. Empain offre-t-il quelque chose ? Empain promet-il quelque chose ? Pas de document là dessus, bien sûr, mais la CGT, puis la CMP obtiennent la concession et Berthelot, élu député aux législatives de 1898, quitte la mairie de Paris. Empain a-t-il joué un rôle dans cette élection, pour remercier Berthelot de son soutien ou pour disposer d’un relais à la Chambre des députés ? Difficile de répondre. En revanche, il est certain que le député Berthelot obtient beaucoup d’argent : Gènevois lui cède deux cents actions de la CMP, au prix d’origine de 255 F et une option pour acquérir mille autres actions, avec prime de 5 %. Berthelot acquiert les actions et lève les options. Gènevois spécule pour lui et lui permet de retirer un bénéfice de 540 000 F. André Berthelot participe également à la création de la Société Parisienne pour l’industrie des chemins de fer et des tramways électriques. Enfin en 1901, Édouard Empain le charge d’inspecter ses affaires en Égypte. Première étape des fonctions de Berthelot dans les entreprises Empain.

L’année suivante (avril 1902), André Berthelot est battu aux élections législatives. Cet échec change le cours de sa carrière : il entre dans les affaires. Dès juin 1902, il rejoint le groupe Empain, comme administrateur de la CMP. Berthelot va siéger aux conseils d’administration de neuf sociétés françaises du groupe, ainsi que dans d’autres sociétés, actives en Belgique, en Égypte, au Congo ou en Chine, entre 1902 et 1937. Empain et Berthelot trouvent chacun leur compte dans cette association : Berthelot a l’ambition de faire fortune, avant de revenir à la politique, Empain compte sur lui pour « rehausser le prestige de la société auprès de ses petits actionnaires et de l’opinion publique » et «entretenir d’excellents liens avec l’État et les collectivités locales en vue d’éventuelles négociations. »74

Berthelot ne reviendra à la politique qu’en 1920, lorsqu’il sera enfin élu sénateur après deux échecs en 1907 et 1909. Il réalisera beaucoup plus rapidement son autre ambition : il fait fortune grâce à plusieurs entreprises de transport et d’électricité dans l’orbite du groupe Empain et surtout de nombreuses et habiles spéculations à la bourse.

À partir de 1910, sans rompre avec Empain, il s’intéresse à d’autres affaires. Il cumule jusqu’à dix-huit sièges d’administrateurs, dans ses propres affaires, chez Empain et ailleurs. Il devient président de la Compagnie de ← 253 | 254 navigation Sud Atlantique. En 1912, il est président du Peking syndicate. En 1913, il fonde la Banque industrielle de Chine. Une de ses affaires est la Société financière des caoutchoucs, société de droit belge constituée à Anvers en juillet 1909 et dont l’objet est « la culture, la préparation, le commerce des caoutchoucs, toutes opérations sur valeurs mobilières et immobilières, principalement sur les valeurs de plantations de caoutchoucs, toutes opérations faisant partie de l’activité normale d’un établissement de banque »75 et dont il est président. Cette société a été constituée pour reprendre le Syndicat des plantations de caoutchoucs, qui avait été constitué en 1906 avec l’appui d’établissements financiers belges et étrangers et de l’État Indépendant du Congo, afin de procéder à la culture des arbres à caoutchouc. La Société financière des caoutchoucs ne procède pas directement aux plantations, mais investit dans des sociétés qui exploitent les plantations. Le portefeuille de la Société financière des caoutchoucs est rapidement très important (notamment avec l’Huilerie de Sumatra et la Sennah rubber).

À l’automne 1920, la Banque industrielle de Chine connaît les graves difficultés qui aboutiront à sa faillite. En 1922, suite à cette affaire, André Berthelot doit se défendre devant la justice et justifier de l’origine de sa fortune. Le scandale est immense et atteint jusqu’à son frère Philippe, secrétaire général du Quai d’Orsay, accusé d’avoir mis les moyens dont il disposait de par ses fonctions au service des affaires de la Banque industrielle de Chine. Les accusations sont telles qu’elles entraînent la chute de Philippe Berthelot et du Cabinet Briand au début de 1922.

Les graves difficultés rencontrées par la Banque industrielle de Chine et le procès qui a suivi ont-ils affecté le prestige des entreprises du groupe Empain dont Berthelot était administrateur ? Rien dans leurs archives n’en fait état. Au contraire, André Berthelot conserve ses fonctions à la Société d’électricité de Paris, aux Chemins de fer économiques du Nord et à la Parisienne électrique jusqu’à 1937, année de sa retraite.

Intéressons nous maintenant au cas de Paul Chautard. Ce dernier, après une carrière scientifique (chef de laboratoire à la faculté de médecine, préparateur à l’École Polytechnique, puis chef des travaux de chimie à l’École Centrale) est conseiller municipal radical socialiste de Paris (1892-1906), puis président du Conseil municipal. De 1906 à 1910, il est député de la Seine (toujours sous l’étiquette radicale socialiste). Comme André Berthelot, il quitte la politique après son échec aux élections (1910) et entre dans le groupe Empain. Il siège aux conseils d’administration de quatre sociétés françaises du groupe, entre 1911 et 1933.

Si Édouard Empain a certainement trouvé un intérêt dans la présence de tels hommes dans son groupe, on ne peut néanmoins pas l’accuser ← 254 | 255 de les avoir recrutés dans ce seul but. Georges Theunis était, lors de son embauche, un jeune ingénieur électricien. MM. Chautard et Berthelot venaient de quitter la politique, même s’ils y conservaient forcément des relations et sans doute de l’influence.

On n’en dira peut-être pas autant d’Edmond Caze, dont on a déjà évoqué le rôle lors des débuts d’Édouard Empain. Ce député (plusieurs fois entre 1876 et 1906), puis sénateur (élu en 1906), a été secrétaire d’État à l’agriculture (de novembre 1881 à janvier 1882). Il est membre du Comité consultatif des chemins de fer lorsque Empain fait ses premiers pas en France et il devient l’un de ses plus anciens associés. Il siège aux conseils d’administration des plus anciennes sociétés : Chemins de fer du Calvados (administrateur dès novembre 1894), Tramways électriques de Lille et sa banlieue (administrateur dès décembre 1894, puis président à partir de 1900), Chemins de fer de la banlieue de Reims et extensions (président à partir de 1894), Chemins de fer économiques du Nord (administrateur dès 1893, puis président à partir de 1898), Tramways de Bayonne à Biarritz (président en 1898), Compagnie générale des chemins de fer vicinaux (administrateur en 1905) et Tramways électriques de Boulogne-sur-Mer (président en 1905).

On a déjà mentionné les conditions76 dans lesquelles Caze et Empain avaient obtenu ensemble la concession des lignes Grandcamp-Isigny et Caen-Dives-Luc en juillet 1887, puis comment les discussions entre Caze et le département avaient échoué. On a déjà relevé qu’Empain, alors débutant en France et encore inconnu, ne semblait pas participer à ces négociations. De la même façon, Caze est souvent seul signataire des statuts des sociétés constituées avec Édouard Empain, comme si le jeune Belge préférait rester provisoirement dans l’ombre de ce monsieur respectable, de treize ans son aîné et très honorablement connu.

Caze est donc, à coup sûr, une personnalité issue du monde politique dont la présence constitue une garantie77 pour ceux qui entreraient en relations d’affaires avec les entreprises auxquelles il participe. Il ne doit cependant pas être considéré comme un homme de paille : les archives montrent une présence active et continue d’Edmond Caze, qui signe le courrier, rédige des notes, participe aux réunions … Edmond Caze, compagnon des débuts d’Empain, ne siège que dans les affaires de transport. Il meurt en 1907, alors qu’Empain n’a encore fondé qu’une seule société d’électricité : la Société d’électricité de Paris, à laquelle Caze ne participe pas. ← 255 | 256

Edmond Caze siège par ailleurs aux conseils d’administration des sociétés du groupe « La Métallurgique », appartenant à la famille Du Roy de Blicquy. Il est notamment président des Ateliers de construction du nord de la France, filiale française spécialisée dans la construction de matériel de chemin de fer et tramways. On se rappelle qu’Édouard Empain a commencé sa carrière à La Métallurgique. Empain et Caze n’y auraient-ils pas fait connaissance ?

Il y a enfin ceux dont la carrière politique semble être accessoire, par rapport à la carrière au sein du groupe. François Empain, avant de détenir un mandat politique, est surtout le jeune frère d’Édouard Empain. Il rentre dans le groupe bien avant de se lancer dans une relativement courte carrière politique (1913-1920), qu’il mène sans abandonner ses fonctions dans les affaires de son frère.

Marcel Ulrich78 : ce polytechnicien, ingénieur des mines, quitte le service de l’État en 1911, à trente et un ans, pour devenir sous-directeur de la Société générale des chemins de fer économiques. Rapidement, il change de groupe : dès 1918, il siège au groupe Empain. Il va occuper des fonctions dirigeantes dans neuf sociétés. Il exerce par ailleurs une fonction politique locale : conseiller général puis maire de Montauban. En 1932, il est élu député du Tarn et Garonne79. Dans son cas, l’activité patron d’entreprises d’électricité domine sur l’activité politique. Il exerce les vraies fonctions de direction au jour le jour : il est administrateur délégué de la CMP, de la SEP, de l’ES, d’EGN et de la Parisienne électrique. Il est d’ailleurs également membre de divers organismes professionnels (vice président puis président du Syndicat professionnel des producteurs et distributeurs d’énergie électrique, vice président de l’Union des syndicats d’électricité) et de la Commission d’étude pour l’établissement du programme général d’électrification de la France.

Au delà de la liste des principaux dirigeants, d’autres politiques ont pu mettre leurs relations et leurs pouvoirs au service du groupe. Parmi eux, des français, dont l’implantation locale peut être utile à Empain :

      Étienne d’Audiffret Pasquier80, administrateur de la SERVA à partir de mai 1929 (plus tard président de cette société), est également maire de Saint-Christophe le Jajolet (Orne) et conseiller général (1910-1940). Il est député de l’Orne (1919-1942) inscrit au groupe de l’entente républicaine démocratique. Sa présence à la SERVA ← 256 | 257 n’est pas liée à ses mandats politiques, mais plutôt à sa situation aux Mines d’Anzin, qui partagent avec le groupe Empain le capital de la SERVA.

      Adrien Bastid81, député républicain de 1880 à 1898, à l’époque où Édouard Empain démarre ses activités, est réélu en 1902. Il siège au conseil d’administration des Tramways électriques de Lille et sa banlieue entre 1894 et son décès en 1903.

      Étienne Clémentel82. Après un début de carrière comme notaire, Clémentel entre en politique en 1900, lorsqu’il est élu député du Puy de Dôme. Il est ensuite plusieurs fois ministre : ministre des Colonies (de janvier 1905 à mars 1906), de l’Agriculture (de mars à décembre 1913), très éphémère ministre des Finances (du 9 au 12 juin 1914). Il est nommé ministre du Commerce et de l’Industrie en 1915 et s’occupe, jusqu’à 1919, des questions d’approvisionnement et de leur financement.

      Lié à Schneider, il fréquente déjà les grands industriels belges, dont Édouard Empain, pendant la Première Guerre mondiale.83 Il devient administrateur des FACEJ dans l’entre-deux guerres.

      Paul Devès84, administrateur des Chemins de fer économiques du Nord entre 1895 et 1899, a précédemment été député (élu en 1876), puis sénateur de la gauche républicaine. Il a été ministre de l’Agriculture (de novembre 1881 à janvier 1882), puis de la Justice (1882-1883). Lorsqu’il détenait le portefeuille de l’agriculture, son sous-secrétaire d’État était Edmond Caze. On peut donc penser que ce dernier a mis en relations Empain et Devès.

      Pierre Forsans85, maire de Biarritz, conseiller général des Basses-Pyrénées, est sénateur des Basses-Pyrénées de 1909 à 1919. Il siège au sénat dans le groupe de l’Union républicaine. Il est en même temps président du Chemin de fer de Bayonne à Biarritz et administrateur de la Compagnie générale des chemins de fer vicinaux.

      Gaston Gourdeau86, député radical de gauche de la Sarthe de 1928 à 1936, deux fois sous secrétaire d’état (de façon éphémère entre ← 257 | 258 1930 et 1932), n’est en revanche pas recruté à ce titre, malgré son implantation locale et nationale. Il est administrateur des Forges et ateliers de la Longueville lors de la fusion avec les ACENE en 1921 (ou avant), donc bien avant son élection. Il est engagé pour ses compétences : n’est-il pas diplômé de Supelec ?

      Barthélemy Robaglia87, ancien officier de marine, conseiller général de la Seine (1911), conseiller municipal de Paris (1911-1922), député de la Seine (1924-1928), membre de la Commission du Métropolitain au Conseil municipal de Paris (1923), très éphémère sous-secrétaire d’État à l’Aéronautique et aux Transports Aériens (1926), est administrateur de deux sociétés, entre 1926 et 1940.

      Félix Roussel, président du Conseil Municipal de Paris88, est aussi administrateur des Chemins de fer économiques du Nord et de la Parisienne électrique, entre 1912 et 1924.

Dans ce deuxième groupe d’hommes politiques, mentionnons encore Pierre Marraud89. Haut fonctionnaire, conseiller d’État en service extraordinaire, il est chargé de mission auprès du gouvernement belge pendant la Première Guerre mondiale. Plus tard, il est sénateur (affilié à la gauche démocratique radicale et radicale socialiste), puis ministre de l’Intérieur du Cabinet Briand (1921). Il fait partie du groupe Empain dès 1913, comme administrateur de deux sociétés de portefeuille. L’année même où il entre au groupe Empain, il est Commissaire général à l’exposition de Gand.

Parmi les politiques engagés peut-être pour leurs liens avec le pouvoir, mentionnons encore des Belges connus pendant la guerre :

      Charles de Broqueville est ministre90 de la Guerre pendant la Première Guerre mondiale, alors qu’Édouard Empain est chargé des approvisionnements de l’armée belge. Les contacts entre eux sont évidemment fréquents et nombreux. Les liens se créent. Broqueville deviendra administrateur d’EGN en 1922, époque où il n’est plus ministre mais toujours sénateur. Il reste administrateur lorsque, plus tard, il est de nouveau ministre. ← 258 | 259

      Camille Gutt91 : Collaborateur de Georges Theunis à Londres, à la Commission belge du ravitaillement pendant la Première Guerre mondiale, puis au sein de la délégation belge à la Commission des réparations, il sera chef du cabinet du ministre des Finances puis du Premier ministre Theunis. Georges Theunis l’introduit auprès du groupe Empain, où Camille Gutt sera également administrateur (à partir de 1927). Comme Georges Theunis, il quitte provisoirement le groupe lorsqu’il exerce des fonctions ministérielles, puis y revient.

Le conseiller communal (1895), conseiller provincial (1892-1894), représentant (1898-1900) puis sénateur (1900-1908) Georges Grimard92 avait été associé d’Empain dès la SA des marbres (en 1881), à l’époque où il n’était encore qu’étudiant en droit93. Plus tard, ce membre du Parti ouvrier belge est commissaire des TELB (1897) puis administrateur des Tramways de Lille (notamment en 1920).

Enfin, Armand Rouffart, siège dans deux conseils d’administration du groupe (les Chemins de fer de la banlieue de Reims et la Compagnie russe française de chemins de fer et de tramways), après avoir été collaborateur du Roi Léopold II. On a déjà vu comment Empain et le Roi avaient pu travailler ensemble, à travers notamment la constitution des ACEC et la colonisation du Congo. Peut-on en déduire qu’Armand Rouffart représentait le roi auprès de l’homme d’affaires ?

Édouard Empain n’est pas le seul dirigeant de l’électricité à offrir des places d’administrateur à des politiques. Le Belge Paul de Smet de Naeyer94, siège dans cinq sociétés du groupe Empain (et occupe la présidence de la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes), en tant que représentant de la Compagnie mutuelle des tramways. En choisissant le Comte de Smet de Naeyer, la CMT a choisi un ancien représentant (arrondissement de Gand-Eeklo, entre 1900 et 1908), sénateur provincial catholique de Flandre orientale (1908-1913), ancien ministre (ministre des Finances, chef du gouvernement, ministre d’État, entre 1894 et 1899).

Cette fois vraiment hors du groupe Empain, relevons que la Compagnie générale d’électricité est pendant longtemps présidée par Paul Doumer95. ← 259 | 260 Après un premier passage à la tête de la société en 189596, Paul Doumer est de nouveau président du conseil d’administration en 1910. Comme son collègue belge Georges Theunis au groupe Empain, Paul Doumer alterne ses périodes à la tête de la CGE avec ses périodes de hautes fonctions politiques. Outre Paul Doumer, la CGE s’attache aussi des élus locaux, qui sont administrateurs de ses filiales. Rien d’étonnant : toute personne détenant un peu de pouvoir peut présenter de l’intérêt pour une entreprise.

Mentionnons encore Louis Loucheur, déjà mentionné en tant que fondateur de l’Énergie électrique du Nord de la France. Après la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il est sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, puis ministre de l’Armement et des Fabrications de guerre, il abandonne le groupe Giros-Loucheur, pour se consacrer à sa carrière politique. Dans son cas, la situation est un peu différente de celle des personnes mentionnées ci-dessus. Il commence par l’électricité et vient ensuite à la politique.

Enfin, rappelons qu’Ernest Mercier, avant de fonder l’UDE en 1919, a été pendant la Première Guerre mondiale chef du cabinet technique de ce même Louis Loucheur. N’en déduisons pas que Loucheur a fait entrer Mercier dans le monde de l’électricité : Mercier est un ancien élève de Supelec, avant guerre il travaillait déjà à l’alimentation en électricité de la région parisienne, pour la société Le Triphasé.

8 –   Les liens avec le monde bancaire

Quelques banquiers siègent dans les conseils d’administration des sociétés du groupe. On considère traditionnellement que la présence des banquiers dans ces instances traduit l’intérêt que leur banque porte à l’entreprise, soit comme actionnaire, soit comme important fournisseur de crédit. Il faut dire que dans les années 1900-1930, «les affaires d’électricité ont revêtu (…) une importance capitale pour les banques et tout particulièrement pour les banques d’affaires. L’exemple de la Banque de l’Union Parisienne, dont le portefeuille titres comportait 17 % de valeurs d’électricité en 1919 et 18 % en 1931, suffirait à le démontrer (…) »97 Cet intérêt est dû à la croissance continue de la consommation. Croissance telle que les crises ne se manifestent, dans ce secteur, non par une baisse de la demande, mais seulement par un ralentissement de la croissance de la consommation. ← 260 | 261 La Banque Paribas et la Banque de l’Union Parisienne sont à cette époque en France les banques principales de différents groupes d’électricité, dont notamment l’Union d’électricité. Qu’en est-il du groupe Empain ? Nous allons rechercher qui, parmi les dirigeants du groupe Empain, siège également dans les instances dirigeantes de différentes banques. Gardons néanmoins à l’esprit que certains d’entre eux peuvent siéger dans des banques pour des raisons liées à la détention du capital de la banque ou à la stratégie de celle-ci, sans que le métier de banquier soit leur activité principale.

On se rappelle qu’Édouard Empain a créé sa propre banque, la Banque ELJ Empain, à Bruxelles, en 1880. Il est donc lui même banquier. Pour les affaires françaises, il travaille avec des banquiers parisiens. L’établissement avec lequel il collabore prioritairement est la Banque Bénard et Jarislowsky, une banque d’affaires constituée à Paris en 1885. Cet établissement est signataire des statuts (donc fondateur) de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris. Il souscrit très souvent aux augmentations de capital des sociétés du groupe, à charge pour lui de placer ensuite ses nouvelles actions parmi ses clients. Les deux animateurs de la banque, Adrien Bénard et Sigismond Jarislowsky siègent dans plusieurs conseils d’administration.

Adrien Bénard siège, entre 1898 et son décès en 1912, à la CMP, aux Chemins de fer de la banlieue de Reims, à la Parisienne électrique et à la Fédération française et belge de tramways. Il est le banquier qui détient le plus grand nombre de mandats (dans quatre sociétés) et surtout des mandats importants : trois présidences et une administration déléguée. Il est également le seul banquier à faire partie de la liste des principaux dirigeants. Sigismond Jarislowsky, l’autre associé de la Banque Bénard et Jarislowsky, siège en tant qu’administrateur, entre 1898 et 1931, dans deux sociétés : la CMP et la Parisienne électrique. La collaboration du groupe Empain avec la banque Bénard et Jarislowsky sera longue : de 1898 à 1932, année de la faillite de la banque, comme on le verra au chapitre suivant. Relevons que la Banque Bénard et Jarislowsky intervient également dans d’autres entreprises d’électricité, hors du groupe Empain. Elle est la banque de la Compagnie continentale Edison, dont Adrien Bénard est aussi administrateur (notamment en 1906). Adrien Bénard siège également cette année là au conseil d’administration de la Sté havraise d’énergie électrique98.

On a déjà évoqué la présence aux Conseils d’administration de la CAEN et de la Société nantaise d’électricité d’Henry Urban, homme d’affaires belge dirigeant d’affaires de transport et d’électricité, président de la Société générale des chemins de fer économiques. À ce titre, il est en relation d’affaires avec la Banque de Bruxelles et la Banque Paribas. On a rappelé qu’après l’invasion de son pays par les ← 261 | 262 Allemands, en 1914, il s’installait à Paris d’où il dirigeait son groupe des Chemins de fer économiques. Il y poursuit sa collaboration avec la Banque Paribas99. En 1916, il est décidé que, dès la fin de la guerre, il assumera la direction générale de la succursale de Paribas à Bruxelles100. Si Henry Urban apparaît ici en tant que banquier, il exerce également d’autres fonctions au sein du monde des transports et de l’électricité. Il est donc déjà apparu dans notre étude.

Achille Huart-Hamoir, titulaire de quatre mandats d’administrateur et de cinq mandats de commissaire, a déjà été mentionné ci-dessus parmi les politiques, en tant qu’échevin puis bourgmestre de Schaerbeek. Il est également président de la Banque franco-belge101.

Dans les conseils d’administration des sociétés françaises et des holdings du groupe Empain, siègent encore onze personnes qui détiennent également des mandats dans des banques. Ces onze dirigeants ne détiennent chacun qu’un mandat au sein des sociétés françaises et des holdings du groupe Empain. Ils sont pourtant souvent très importants dans le monde des affaires, sont souvent les hauts dirigeants des grandes banques belges. Leur surface ne doit donc pas être jugée en fonction de leur nombre de mandats au sein de la part française du groupe Empain.

Figure 26. Les autres banquiers, titulaires d’un mandat au sein du groupe

images

← 262 | 263

Essayons d’ordonner cette liste de noms. Certains de ces dirigeants sont aussi des banquiers, mais c’est à un autre titre qu’ils sont entrés dans le groupe Empain. Dans ce premier groupe, Propper et Bloch, administrateurs de la SERVA mais d’aucune autre société du groupe Empain. Ils sont respectivement administrateur et commissaire de la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz (ou Gaz belge), associée d’EGN dans cette affaire. C’est à ce titre qu’ils siègent à la SERVA. Leurs fonctions de banquiers n’ont pas justifié leurs nominations au conseil d’administration de la SERVA. Dans ce groupe également Victor Fris, président de la Banque internationale de Bruxelles. Fris est président de la Société des chemins de fer vicinaux et de la SOFINA (dès sa création en 1898). Il est donc, avant d’être un banquier, un grand patron du monde des transports et de l’électricité en Belgique. C’est sans doute d’abord à ce titre qu’Empain lui a ouvert un conseil d’administration. ← 263 | 264

Dans ce premier groupe, incluons encore Georges de Laveleye. Fils du fondateur du Moniteur des intérêts matériels, il en est lui-même directeur. Il est aussi, entre autres nombreuses fonctions, administrateur (1884-1919) puis vice président (à partir de 1901) et enfin président de la Banque de Bruxelles (1910-1919). En 1911, il devient également administrateur de la Sté générale des chemins de fer économiques.

Mentionnons encore Ernest May et Jacques Kulp, président et administrateur de la Banque internationale à Paris. Ils sont les banquiers de la Compagnie générale de traction. Ils maintiennent leur intérêt pour le Métro et siègent à la CMP, lorsque celle-ci prend la suite de la Compagnie générale de traction. On peut faire la même remarque concernant Firmin Rainbeaux, administrateur de la Banque française de l’Afrique du sud111, actionnaire de la CGT112.

Le deuxième groupe comprend Edmond Van Eetvelde et Edmond Carton de Wiart. Tous deux ont été des collaborateurs du Roi Léopold II. Van Eetvelde s’est occupé de la colonisation du Congo et a exercé d’importantes fonctions à la tête de la colonie. Il est également administrateur de la Banque de Bruxelles à partir de 1902. Il siège au groupe Empain à partir de 1905.

Carton de Wiart113 a été secrétaire du Roi (entre 1901 et 1909). Après le décès du Roi, et quelques mois d’enseignement à l’Université de Louvain, Carton de Wiart devient directeur de la Société générale de Belgique (1910-1946). Il est administrateur (à partir de 1912) puis président (1931) de la Royale Belge. Il arrive au groupe Empain en 1920.

On se rappelle qu’Empain a été proche du Roi Léopold II et qu’il a notamment participé à la mise en valeur et à l’exploitation du Congo. Empain a donc connu Van Eetvelde et Carton de Wiart à cette époque. Reste à savoir si les fonctions qu’il leur confie dans son groupe ont à voir seulement avec des liens tissés auprès du Roi, ou aussi avec leurs positions dans les grandes banques belges.

Le troisième groupe contient ceux qui sont avant tout des banquiers. Ils occupent des postes importants dans les grandes banques belges. Omer Lepreux est directeur de la Banque Nationale de Belgique. Ferdinand Baeyens est gouverneur de la Société générale de Belgique et exerce également des fonctions dans deux banques françaises.

Enfin, relevons la diversité des banques dont certains dirigeants du groupe Empain sont également dirigeants : plus de onze établissements différents sont concernés. ← 264 | 265

9 –   La présence de représentants d’autres entreprises et organismes

L’étude du profil des dirigeants fait apparaître des fonctions exercées hors du groupe Empain. Mentionnons tout d’abord ceux qu’on s’attendait à trouver, puisqu’ils représentent les entreprises associées au groupe Empain pour certaines affaires. La Société Nantaise d’électricité est détenue par le groupe Empain et la Compagnie mutuelle des tramways114, plus tard également par la Cie générale d’électricité. Ces entreprises mandatent quelques administrateurs :

Figure 27. Les représentants des associés du Groupe Empain, au conseil d’administration de la SNE

images

De la même façon, la Société d’électricité de la région de Valenciennes Anzin appartient à la fois au groupe Empain et à la Cie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz, plus tard également aux Mines d’Anzin. Ces entreprises sont représentées au conseil, comme suit :

Figure 28. Les représentants des associés du Groupe Empain, au conseil d’administration de la SERVA

images

← 265 | 266

Hors de ces entreprises détenues conjointement avec d’autres groupes, beaucoup d’administrateurs siègent également dans d’autres sociétés. On a déjà mentionné certains d’entre eux, banquiers et administrateurs de différentes sociétés du secteur, au sein et hors du groupe Empain. Relevons encore, de façon non exhaustive, quelques dirigeants participant à d’autres affaires d’électricité ou de transports :

ceux qui siègent à la CPDE : Alfred de Wandre et Marcel Ulrich. Il est évident que leurs mandats d’administrateurs de la CPDE sont liés à leurs fonctions dans les sociétés d’électricité parisiennes du groupe Empain, qui sont les fournisseurs de la CPDE ;

ceux qui siègent au groupe Thomson-Houston :

Adrien Bénard à la Société havraise d’énergie électrique,

André Postel-Vinay à la Société havraise d’énergie électrique, à l’Énergie électrique du littoral méditerranéen et aux Ateliers Postel-Vinay,

Anatole Foiret à l’Énergie électrique du littoral méditerranéen,

Victor Fris à la Cie d’électricité Thomson-Houston de la Méditerranée ;

ceux qui siègent à la Cie continentale Edison :

Adrien Bénard,

Ferdinand Meyer ;

ceux qui siègent aux Chemins de fer du nord :

Firmin Rainbeaux,

Frédéric Poiret.

Il y a aussi ceux qui siègent dans leurs propres affaires ou celles de leurs familles : outre André Postel-Vinay déjà mentionné, Arthur du Roy de Blicquy dans les sociétés du groupe La Métallurgique, André Berthelot dans les affaires qu’il fonde à partir de 1910, Firmin Rainbeaux dans les charbonnages familiaux115, François de Sinçay à la Vieille Montagne …

D’autres siègent dans les instances professionnelles, ce qui traduit leur poids dans le secteur de l’électricité en France : Raynald Legouëz au Comité de distribution de l’énergie électrique, à l’Union des syndicats d’électricité, au Comité permanent de l’électricité et au Syndicat profes ← 266 | 267 sionnel des industries électriques ; Marcel Ulrich à l’Union des syndicats d’électricité et au Syndicat professionnel des producteurs et distributeurs d’énergie électrique ; Daniel Berthelot au Syndicat professionnel des producteurs et distributeurs d’énergie électrique. Relevons que, souvent, on trouve deux représentants du groupe Empain dans une même instance.

Ce cumul de postes, dans différents groupes industriels ou organismes professionnels, confère aux dirigeants concernés une influence prépondérante dans le secteur, voire même au delà. Certains siègent dans des organismes compétents dans des domaines voisins : ainsi, Legouëz siège notamment au Conseil supérieur des chemins de fer, au Conseil supérieur des travaux publics et à la Chambre de commerce de Paris. Marcel Ulrich et Raynald Legouëz sont membres de la Commission d’étude pour l’établissement du programme général d’électrification de la France. Avec eux, d’ailleurs, des représentants d’autres entreprises du secteur parmi lesquels116 Alexandre Giros du groupe Thomson (ex Giros-Loucheur-SGE), Ernest Mercier de l’Union d’électricité, Paul Eschwege de la Continentale Edison… Ce cumul a de l’intérêt pour le groupe Empain : ses dirigeants, lors de leurs fonctions hors groupe, pourront faire valoir le point de vue Empain. Le fait que ces fonctions aient été confiées à des dirigeants des sociétés Empain prouve l’intégration du groupe au sein du monde de l’électricité et du monde industriel français. En même temps, l’existence de tels organismes, professionnels ou autres, dans lesquels les représentants des différents groupes se retrouvent, échangent, discutent et proposent, donne une existence humaine au monde de l’électricité et des affaires.

Dans la vie des entreprises, on ne relève qu’une fois des tensions au sein des conseils d’administration, entre ceux qui ne travaillent que pour Empain et ceux qui représentent d’autres groupes. Il s’agit de la SNE pendant la Première Guerre mondiale117. Dans tous les autres cas, il n’y a aucun problème. Faut-il mettre ceci au crédit des administrateurs familiaux, ou des dirigeants salariés qui ont su mener les entreprises et les hommes ?

Précisons, pour mémoire, que certains administrateurs du groupe siègent également dans des entreprises d’électricité soumises au droit belge et faisant ou non partie du groupe Empain. Hors du groupe, il s’agit par exemple de la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz (dite aussi “Gaz belge” déjà évoquée à propos de la SERVA), la Société générale belge d’entreprises électriques, Electrobel ou la SOFINA. On ne détaillera pas, puisque notre étude porte sur le groupe ← 267 | 268 en France. Mais ces mandats en Belgique traduisent l’importance de ceux qui les détiennent, dans le milieu de l’électricité. Certains, titulaires de peu de mandats en France, sont des dirigeants importants d’entreprises électriques en Belgique. Leur poids professionnel peut donc être beaucoup plus important qu’il n’apparaît à la seule lecture de la liste de leurs mandats en France. Outre ces mandats en entreprises, certains peuvent siéger en Belgique dans divers comités et conseils compétents dans différents domaines de l’économie. Georges Theunis est l’un d’eux.

Après avoir étudié le profil des dirigeants du groupe, il est intéressant de rechercher comment s’y déroule leur carrière.

10 –   L’entrée, la sortie, la durée des fonctions dans le groupe

À quelle époque les dirigeants entrent-ils dans le groupe ? L’observation des dates d’entrée en fonction permet-il de constater une évolution au fil du temps, quant au profil des dirigeants ou au déroulement de leur carrière ?

On constate tout d’abord que vingt-deux des trente-quatre plus importants dirigeants du groupe sont entrés en fonction entre 1892 et 1913. Aucun ne prend ses fonctions pendant la Première Guerre mondiale. Enfin, entre l’armistice et la mort d’Édouard Empain (1929), seulement douze nouveaux membres sont accueillis dans les conseils d’administration. Le Général Baron a constitué son équipe à ses débuts. Ensuite, il n’a besoin que de peu de nouveaux.

Ceux qui rentrent les premiers sont aussi ceux qui détiennent le plus grand nombre de mandats : François Empain (entré en 1893), Alfred de Wandre (en 1898), Roch Boulvin (en 1900), Raynald Legouëz (en 1902), Georges Theunis (en 1907). Le cumul des mandats concerne donc plutôt ceux entrés en fonction avant la Première Guerre mondiale (ce phénomène n’est-il pas accru par le fait que les dirigeants entrés à cette époque sont les plus nombreux ?) Ceux qui arrivent plus tard détiennent un nombre de mandats moins important. Après les périodes d’entrée en fonction, voyons à quel âge ces dirigeants deviennent administrateurs.

À quel âge entrent-ils en fonction ? Sur trente-quatre dirigeants, on ne connaît l’âge d’entrée en fonction que de dix-neuf d’entre eux. Précisons que les âges ci-après sont ceux auxquels les personnes concernées entrent dans leur premier conseil d’administration au groupe Empain. Ils ont évidemment eu d’autres fonctions avant, au sein du groupe ou ailleurs. Les plus jeunes sont les fils Empain : Jean prend ses fonctions à vingt-cinq ans, Louis à vingt. Leur oncle François avait commencé sa carrière à trente et un ans. D’autres sont nommés après une carrière dont le prestige rejaillit sur le groupe : les conseillers d’État Albert Tirman et Victor Rault entrent en 1927, à respectivement cinquante-neuf et soixante-neuf ans. Auguste ← 268 | 269 Doniol entre à soixante et onze ans, en 1900, après une carrière d’ingénieur des Ponts et chaussées. Edmond Caze entre à cinquante-cinq ans, pour aider Édouard Empain, qui fait alors ses premières armes en France, à démarrer. Maturité des dirigeants pour montrer le sérieux des entreprises ? Les autres entrent entre vingt-sept et quarante-six ans. Après avoir vu comment on arrive à la tête du groupe, voyons comment on quitte le groupe.

Comment quittent-ils le groupe ? Sur les trente-quatre dirigeants principaux, on relève les causes de fin de carrière suivantes :

Figure 29. Les causes de fin de carrière des principaux dirigeants

images

Plus de la moitié des dirigeants restent en fonction jusqu’à leur décès. Ceux qui démissionnent le font pour des raisons diverses :

Roch Boulvin abandonne ses huit mandats en 1927, pour prendre sa retraite. André Berthelot se retire en 1937, à soixante-quinze ans, pour la même raison. Il avait précédemment déjà quitté plusieurs fois certaines affaires, pour y revenir ensuite (par exemple, il démissionne de ses fonctions de président de la CMP en 1920, puis revient au conseil d’administration de cette entreprise en 1929).

Georges Theunis quitte et revient plusieurs fois, puisqu’il mène à la fois une carrière politique et une carrière au sein du groupe.

Louis Empain quitte le groupe lorsqu’il renonce aux affaires pour se consacrer à ses œuvres de bienfaisance.

Enfin, on ignore les raisons de la démission de Camille Boëll.

La durée des mandats : Les carrières au sein du groupe sont longues et d’autant plus longues que le dirigeant vit vieux (notamment parce que beaucoup restent en fonction jusqu’à leur mort). Parmi les principaux dirigeants, on relève les durées suivantes :

Figure 30. Durée de la carrière des principaux dirigeants

images

← 269 | 270

On a donc vingt-neuf personnes sur trente-quatre, qui restent en fonction plus de dix ans. On constate donc la longévité du personnel dirigeant. Ceci a certainement un effet sur la façon dont l’entreprise est gérée : on peut penser que plus les dirigeants restent longtemps en place, plus leurs personnalités marquent l’entreprise et plus ils sont eux-mêmes imprégnés de la culture de cette entreprise. On a évoqué plus haut l’absence de tensions entre les administrateurs des différentes entreprises. Ceci n’est sans doute pas étranger à la durée des mandats de chacun.

La longévité n’est pas propre au groupe Empain. On la constate également dans d’autres groupes d’électricité à cette époque, notamment à la Compagnie générale d’électricité. Voyons maintenant quelles sont les fonctions détenues par ces messieurs.

11 –   Quels dirigeants occupent les postes les plus importants ?

On a mis en évidence l’existence de trente-quatre dirigeants titulaires de nombreux mandats, qu’on a opposés à cent vingt et un autres dirigeants, titulaires de peu de mandats. Affinons notre étude, pour savoir si les présidents des principales sociétés du groupe (les holdings, le Métro, les Ateliers et les sociétés d’électricité) sont tous issus de la première liste.

Les sociétés de portefeuille : Édouard Empain préside ses sociétés de portefeuille. Maurice Anspach le remplace à la tête du conseil d’administration de la Compagnie générale de railways et d’électricité pendant un seul exercice, en 1916119, à une époque où le Général Baron, très occupé à l’approvisionnement de l’armée belge, manquait sans doute de la disponibilité nécessaire à cette fonction. Cette éphémère exception mise à part, la présidence d’une seule société de portefeuille échappe au Général Baron. On comprend facilement pourquoi, puisqu’il s’agit de la CAEN120. Cette société est présidée successivement par Paul de Smet de Naeyer, Jules Rolin puis Jules Jadot. Tous trois sont issus de la Compagnie Mutuelle des tramways, société associée au groupe Empain dans les affaires nantaises. Le Comte de Smet de Naeyer siège par ailleurs dans cinq sociétés du groupe Empain. Il figure donc dans la liste des principaux dirigeants. En revanche Jules Rolin et Jules Jadot ne détiennent que deux mandats chacun, les mêmes, dans les sociétés nantaises : la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes et Société Nantaise d’électricité.

Les sociétés d’électricité : On retrouve le même mécanisme pour deux sociétés d’électricité au capital desquelles le groupe Empain est associé à un autre groupe. ← 270 | 271

La présidence de la Société Nantaise d’électricité est tout d’abord (1910-1920) confiée à André Berthelot, par ailleurs titulaire de mandats dans neuf sociétés du groupe Empain. Après la démission d’André Berthelot, la présidence est confiée à Paul Bizet (1923-1929), mandataire de la Compagnie générale d’électricité121 qui ne figure donc pas parmi les titulaires du plus grand nombre de mandats dans les sociétés du groupe.

De la même façon, la présidence de la SERVA est, à l’époque qui nous intéresse, confiée à Siegfried Propper122 (1913-1937). M. Propper siège au conseil d’administration de la SERVA en même temps qu’à ceux du Gaz Belge123 (associé du groupe Empain dans le capital de la SERVA) et des TPDS.

Ces deux entreprises mises à part, les autres présidents des conseils d’administration des entreprises d’électricité sont ceux dont les noms sont repris sur la liste des principaux dirigeants : François Empain, les frères Berthelot, Albert Tirman, Victor Rault.

Au delà de la liste des trente-quatre principaux dirigeants, les cent vingt et un autres dirigeants ne détiennent que seize présidences. Chacun d’eux ne préside, à un moment donné, qu’une seule entreprise. On peut sans doute proposer six explications à ces situations. Ces présidents d’une seule société peuvent être :

les représentants d’autres groupes associés au groupe Empain dans l’entreprise concernée :
Présidents concernésNombre total de mandats au sein du groupe EmpainDont nombre de présidences et nom des sociétés présidées
représentants de la Cie Mutuelle des tramways :
Jules Jadot21 CAEN
Jules Rolin11 CAEN
représentants des Mines d’Anzin :
Étienne d’Audiffret Pasquier11 SERVA
Siegfried Propper11 SERVA
représentants de la CGE :
Paul Bizet11 SNE
Émile Pinson21 SNE ← 271 | 272
Présidents concernésNombre total de mandats au sein du groupe EmpainDont nombre de présidences et nom des sociétés présidées
représentant de la Cie générale de traction :
J. Henrotte11 CMP
le représentant de groupes concurrents dont on veut se faire des alliés :

représentant de la SOFINA et la Sté nationale des chemins de fer vicinaux
Victor Fris11 Tramways de Lille
le représentant d’un fournisseur :

représentant des Ateliers Postel-Vinay (fournisseurs de la CMP) :
André Postel-Vinay11 CMP
des hommes politiques :
Adrien Bastid11 TELB
Pierre Forsans21 CF de POM et tramways de Bayonne à Biarritz
Barthélémy Robaglia11 Cie générale des CF vicinaux
Ils peuvent rester présidents d’une société qu’ils ont fondée ou à laquelle ils participaient avant la reprise par le groupe Empain :
Alfred Poidatz11 Chemins de fer du Calvados
Émile Chartier11 Cie des Tramways de Nantes

Un président est nommé à l’issue d’une carrière dans l’entreprise : Francis Goullin se voit confier la présidence de la Compagnie des tramways de Nantes en 1944, à l’issue d’une carrière au cours de laquelle il avait exercé les fonctions de directeur des sociétés nantaises. Ce polytechnicien était en effet entré dans le groupe, en tant que directeur de la SNE puis également des Tramways de Nantes, dès 1919.

Enfin, on ignore la raison du choix de Jean Sillard comme président de la Compagnie des tramways de Nantes. Le centralien Sillard ne siège qu’aux Tramways de Nantes. Il en est administrateur à partir de 1923, président à partir de 1941. Posons néanmoins une hypothèse : Sillard124 a, pendant la Première Guerre mondiale, été le collaborateur de Louis Loucheur, ministre de l’Armement. Loucheur, fondateur du groupe Giros-Loucheur (Énergie électrique du Nord de la France, Société générale d’entreprises) a-t-il après guerre introduit Sillard dans le monde de l’électricité ? ← 272 | 273

Une étude du même type, concernant les titulaires des fonctions d’administrateur délégué, conduirait à constater que vingt-six des principaux dirigeants exercent des fonctions de ce type, contre seulement sept des cent vingt-et-un autres dirigeants. Ceci marque sans doute l’importance qu’Empain accordait à l’administrateur délégué, qui, sur le terrain, dirige l’entreprise au jour le jour. Les sept administrateurs délégués issus de la seconde liste sont, soit les représentants des groupes associés à Empain dans les affaires concernés (Charles Charlier à la CAEN, Émile Pinson et Paul Bizet à la SNE), soit le fondateur resté en fonctions (Louis Mékarski aux Tramways de Nantes), soit un ingénieur de haut niveau qui a consacré sa carrière au sein du groupe à une seule entreprise (Angelo Della Riccia à la SEP), soit une personnalité importante du groupe en Belgique (Maurice Dutillieux à la Compagnie belge des chemins de fer réunis).

En revanche, peu de directeurs généraux : seulement neuf parmi les trente-quatre principaux dirigeants et deux parmi les autres (qui, cette fois encore, exercent leurs fonctions à la CTN et à la SNE, deux sociétés non totalement contrôlées par Empain). Le titre de directeur général est peu utilisé dans le groupe Empain. Sans doute parce que les fonctions habituellement dévolues au directeur général sont tenues par l’administrateur délégué et/ou le directeur, avec l’aide du secrétaire du conseil d’administration.

12 –   Le sort des fondateurs des sociétés non créées par Empain

Lorsque le groupe devient l’actionnaire principal et prend la direction de sociétés créées précédemment par d’autres, une question se pose : quel sort réserver à la précédente équipe dirigeante ? Le plus souvent, les fondateurs de la société sont exclus, le conseil d’administration est renouvelé. Les nouveaux administrateurs sont les dirigeants habituels des sociétés du groupe Empain. On constate ce renouvellement lors de la prise de contrôle des sociétés suivantes :

      la Cie générale des chemins de fer vicinaux, créée par Vellut en 1888125, qui passe sous contrôle du groupe Empain en 1894,

      les Tramways électriques de Lille et sa banlieue, créés par Philippart et Marsillon en 1874126, qui deviennent une société du groupe Empain en 1894,

      les Chemins de fer du Calvados, créés par les Établissements Decauville et Empain, en février 1894. Dès novembre 1894, à l’issue d’une première augmentation de capital, Empain est devenu le principal actionnaire, les Établissements Decauville lui ayant cédé leurs parts127. ← 273 | 274

Dans quelques cas, en revanche, les fondateurs peuvent être associés au devenir de la société128. Alfred Lambert, fondateur129 des Chemins de fer de la banlieue de Reims, en sa qualité de rétrocessionnaire de la ligne Cormicy-Verzy, sera administrateur de cette société, même si le contrôle en est pris, dès la première assemblée générale constitutive130, par Caze et Empain, plus gros actionnaires.

Mais les cas où le partage du pouvoir avec les fondateurs est le plus réel concernent les sociétés nantaises. Louis Mékarski131, inventeur d’un moteur à air comprimé, est choisi par la ville de Nantes, en 1876, comme concessionnaire du réseau de tramways à construire. Il trouve un associé et fonde la Compagnie des tramways de Nantes, dont il est administrateur délégué, dès 1900. Lorsque, plus tard, il envisage de passer de la traction à air comprimé à la traction électrique, il entre en relations avec le groupe Empain et la Compagnie Mutuelle des tramways. Une fois la prise de contrôle réalisée par les nouveaux actionnaires, Louis Mékarski n’est pas exclu : il conserve son poste d’administrateur délégué. Il l’occupe jusqu’à sa retraite132 (tardive) en 1921, à l’âge de soixante-dix-huit ans. La CTN tient toujours à lui : il reste administrateur et est nommé vice président133 du conseil d’administration. Il occupe cette fonction jusqu’à son décès134. Émile Chartier, président de la société au jour de la prise de contrôle, va également conserver ses fonctions jusqu’à son décès en 1923135. Deux administrateurs, Albert Dubois et Roger Clérault, en revanche, vont donner leur démission, « pour permettre l’attribution d’autres sièges aux nouveaux intéressés, bien que ceux-ci n’en eussent pas formulé la demande. »136 Plus tard, Louis Mékarski introduit son neveu137, Henri de la Perrière, qui va être tour à tour commissaire138, secrétaire, puis administrateur et président de la société139. ← 274 | 275

Le groupe Empain et la CMT reprennent au même moment la Société Nantaise d’électricité. Quatre administrateurs, Azaria (par ailleurs administrateur délégué de la Compagnie générale d’électricité, dont il deviendra président en 1927140), Bour, Guyon et Rodier, mandataires des anciens actionnaires, donnent leur démission et sont remplacés par six représentants des nouveaux propriétaires141. Le mandat d’un ancien administrateur, Paul Bizet, est renouvelé142. Paul Bizet (dirigeant de la Compagnie générale d’électricité) occupera les fonctions d’administrateur délégué jusqu’à 1912 et reviendra, comme président143, entre 1923 et son décès en 1929144. Louis Mékarski est nommé administrateur de la société d’électricité en 1911145. Il le restera jusqu’à son décès en 1923146. Enfin, certaines personnalités nantaises sont appelées, notamment Maurice Schwob147, directeur du journal Le phare de la Loire.

13 –   Les promotions internes

Parmi les cent cinquante-cinq dirigeants des entreprises du groupe, quinze y ont exercé d’autres fonctions, dans lesquelles ils ont été repérés par Empain qui les fait ensuite entrer dans un conseil d’administration. La grande majorité d’entre eux ont d’abord été commissaires. Ensuite, ils cumulent des fonctions de commissaire dans certaines sociétés, avec des fonctions d’administrateur dans d’autres. Sont concernés les dirigeants suivants :

Figure 31. Les administrateurs, anciens commissaires

images

← 275 | 276

D’autres sont directeurs d’une société et en même temps administrateurs et/ou commissaires de cette société et/ou d’autres. Il s’agit de :

Figure 32. Les directeurs, exerçant également des fonctions d’administrateur ou commissaire

images

Ces dirigeants sont sans doute occupés à plein temps par leurs fonctions de directeurs. Ils apportent néanmoins leurs avis dans certains conseils d’administration, ou contrôlent certains comptes. Ce qui leur permet également d’encaisser quelques jetons de présence, de prétendre à la part du dividende réservée aux administrateurs, ou simplement d’encaisser le salaire réservé aux commissaires aux comptes …

Enfin, un troisième groupe concerne les directeurs qui, une fois atteint l’âge de la retraite, entrent au conseil d’administration de l’entreprise dans laquelle ils ont fait leur carrière. Sont concernés deux directeurs de la CMP, Paul Vignes et Henri Maréchal, qui ont le même déroulement de carrière dans cette entreprise. Tous deux avaient été nommés administrateurs en 1900-1901, dans les débuts de la CMP. Ils quittent le conseil d’administration en 1901, pour devenir directeurs. Ils exercent les fonctions de directeurs jusqu’à 1919, date à laquelle ils mettent un terme à leurs activités professionnelles. Ils sont alors tous deux nommés administrateurs de la CMP. Même schéma pour Francis Goullin, directeur de la SNE à partir de 1919 et des Tramways de Nantes à partir de 1920. À l’âge de la retraite, il est nommé administrateur de ces deux sociétés (en 1940 pour l’entreprise de tramways, en 1941 pour celle d’électricité).

Dans ces trois cas, on peut voir dans l’admission de ces responsables techniques aux conseils d’administration une récompense pour le travail accompli. On n’a cependant trouvé que trois cas de ce type. Faible effectif, si on le rapproche du nombre d’entreprises concernées et du nombre de dirigeants. Empain entendait-il distinguer son équipe de mandataires sociaux et son équipe de dirigeants opérationnels, en poste sur le terrain ? ← 276 | 277

À titre de comparaison, voyons ce qui se passe à la Compagnie générale d’électricité. La situation y est différente : les carrières les plus prestigieuses se terminent toujours dans les conseils d’administration. Les principaux responsables administratifs et techniques sont invités à devenir administrateurs.

Conclusion : L’héritage français des fils Empain porte donc notamment sur vingt entreprises, détenues grâce à trois sociétés de portefeuille de droit belge. Les dirigeants de ces entreprises sont, au premier abord, très nombreux : cent cinquante-cinq. En réalité, compte tenu du petit nombre de mandats confiés à la très grande majorité d’entre eux, le groupe des dirigeants principaux est réduit. Seuls trente-quatre d’entre eux siègent dans quatre entreprises et plus, seuls huit d’entre eux siègent dans dix entreprises et plus. Le réseau d’Édouard Empain est donc restreint, sans doute par souci de cohérence du groupe.

Les dirigeants sont originaires de Belgique ou de France, à l’image du groupe franco-belge qu’est le groupe Empain. Le fait d’être belge n’est pas un obstacle à l’exercice d’une fonction dirigeante en France, sauf au Métro de Paris, où tous les dirigeants, statutairement, doivent être français.

La famille Empain est présente à la direction du groupe, avec des postes importants, mais les dirigeants salariés, tous très diplômés, sont présents de façon très précoce. On a pu constater, en comparant le profil des dirigeants du groupe Empain à celui des dirigeants d’autres groupes producteurs d’électricité, l’originalité de cette situation dans laquelle travaillent ensemble des membres de la famille fondatrice et des managers salariés engagés pratiquement dès les débuts du groupe. Les entreprises concurrentes sont dirigées soit par le fondateur et quelques membres de sa famille, soit par des dirigeants professionnels n’ayant aucun lien avec le fondateur. Notons cependant que les dirigeants salariés engagés par Empain ont un déroulement de carrière, au sein du groupe, comparable à celui des membres de la famille : ils restent en poste très longtemps et sont donc dépositaires de la culture du groupe. Ils quittent rarement le groupe avant d’avoir atteint l’âge de la retraite. Ils ne doivent donc pas être confondus avec les managers salariés, toujours prêts à se vendre à un concurrent plus offrant, que nous connaissons aujourd’hui.

On relève parmi les dirigeants un nombre relativement important d’hommes politiques, belges et français, rencontrés par Édouard Empain dans différentes occasions, notamment lors de l’octroi de la concession du Métro et pendant la Première Guerre mondiale. On relève également quelques banquiers et quelques représentants d’autres entreprises du secteur, dont la présence traduit l’intégration du groupe dans le paysage français.

Les carrières au sein du groupe Empain sont longues. Des promotions internes sont possibles, même si elles sont relativement rares. Un ← 277 | 278 poste au conseil d’administration peut venir achever une carrière réussie de salarié. Ces promotions internes au groupe peuvent même concerner des salariés choisis par une équipe précédente, avant la prise de contrôle de l’entreprise par le groupe Empain. Édouard Empain sait repérer les compétences et se les attacher.

On n’a pas constaté de spécialisation de certains dirigeants dans un certain type d’entreprises. Ceux qui ont beaucoup de mandats exercent leurs fonctions dans les différents secteurs d’activité du groupe. Enfin, on a observé que quelques dirigeants avaient pu ouvrir la porte du groupe à des membres de leur famille. Procédé plutôt classique mais dont le groupe Empain n’abuse pas.

Le bilan humain est donc plutôt bon. Voyons maintenant ce qu’il en est du bilan financier.

III –   Bilan financier

L’établissement du bilan financier du groupe, à la mort de son fondateur, suppose la réponse à différentes questions. Tout d’abord, qui détient le capital et contrôle ces entreprises ? On répondra à cette question grâce à une étude du rôle des sociétés de portefeuille. Ensuite, on recherchera comment le développement des entreprises est assuré (est-ce par des emprunts sur le marché ou sur les fonds propres du groupe ?) La réponse à cette question suppose une étude des résultats de l’activité des différentes entreprises et de leur affectation. Les bénéfices sont-ils distribués ou sont-il conservés dans le groupe ?

1 –   La répartition des risques au sein du groupe

Chaque entreprise est un risque. Au cours de la vie du groupe, certaines entreprises ont toujours rencontré le succès et les bénéfices, d’autres (les sociétés de chemins de fer et de tramways) ont été moins rentables. Toutes les entreprises, qu’elles soient grandement ou peu bénéficiaires, ont cependant besoin de l’argent des épargnants (soit à travers la négociation en bourse de leurs actions, soit par l’émission d’emprunts obligataires pour financer tel ou tel projet). Un bon moyen, pour assurer la sécurité des épargnants, et partant obtenir qu’ils apportent leurs économies, est de diviser les risques. Édouard Empain a procédé efficacement à ce partage.

Pour ce faire, il a eu recours à des sociétés de portefeuille (ou électroholdings). Ces sociétés, intermédiaires entre l’épargne et l’industrie, détenaient de grosses quantités d’actions des sociétés industrielles du groupe. L’actionnaire d’une électroholding n’est pas directement actionnaire d’une société de chemin de fer ou tramways, mais actionnaire d’une plus grosse société, qui détient des titres de toutes les sociétés du groupe. ← 278 | 279 L’actionnaire de la société de portefeuille est, de fait, indirectement actionnaire de toutes les sociétés du groupe. Ainsi, les risques liés à l’activité d’une société à un moment donné sont compensés par la sécurité apportée par une autre société. Il y a donc diversification du risque financier. Édouard Empain crée sa première société de portefeuille, la Compagnie générale des railways à voie étroite, en 1881, la même année que sa première société de transports les Railways économiques de Liège-Seraing et extensions. La Compagnie générale des railways à voie étroite n’a pas, lors de sa création, beaucoup d’entreprises à fédérer, mais l’idée est déjà là : on partage les risques, pour assurer la sécurité de l’actionnaire.

L’actionnaire peut donc investir. Mais qui est-il ?

2 –   La répartition du capital des sociétés

La société de portefeuille, on l’a vu, détient un nombre important d’actions d’autres entreprises et répartit ainsi entre plusieurs affaires les risques de son investissement, tout en permettant d’assurer le financement de toutes ses filiales. Mais la participation à différentes entreprises a un autre effet, lié au pouvoir attaché à la détention d’un nombre important d’actions.

Si la holding est l’actionnaire principal de sa filiale, elle détient le pouvoir à l’assemblée générale, ce qui lui permet d’en choisir les administrateurs et donc de la diriger. Pour avoir le pouvoir à l’assemblée générale, il faut théoriquement posséder plus de 50 % des voix (donc plus de 50 % des actions). Mais, compte tenu de l’absentéisme des petits actionnaires, de leur absence d’organisation collective et de leur habitude de donner mandat de les représenter aux dirigeants de la société, en réalité la détention de 25 à 30 % des actions suffit à s’assurer le pouvoir. Le reste du capital, soit 70 à 75 %, peut être vendu aux épargnants148. La holding peut donc, avec un investissement relativement modeste, s’assurer le pouvoir dans une entreprise. L’argent qui n’a pas été investi par la holding dans sa première filiale pourra être investi dans d’autres affaires149.

Voyons si les holdings du groupe Empain contrôlent leurs filiales. Pour ce faire, nous devons identifier les actionnaires des différentes entreprises. À l’époque de notre étude, les titres sont souvent encore au porteur et peuvent donc être conservés anonymement par des actionnaires qui se présentent uniquement lors du paiement du dividende, après avoir découpé leurs coupons. On peut cependant reconstituer l’actionnariat des différentes sociétés, grâce à diverses informations, obtenues à certains moments de la vie de l’entreprise : ← 279 | 280

      lors de sa création : les signataires des statuts sont les actionnaires initiaux.

      lors des assemblées générales : la loi de 1867 sur les sociétés commerciales et les statuts prévoient, pour les actionnaires désireux de participer à l’assemblée annuelle, l’obligation de déposer quelques jours à l’avance leurs titres auprès de la société. Ceux qui ont déposé le plus grand nombre de titres sont choisis comme scrutateurs lors de l’assemblée générale (à condition qu’ils acceptent cette fonction). La lecture des procès-verbaux des assemblées générales (ordinaires et extraordinaires) permet de relever le nom des scrutateurs et donne donc quelques indices sur l’identité des plus gros actionnaires.

      lors des augmentations de capital : les procès verbaux des assemblées générales extraordinaires indiquent si l’augmentation de capital est ouverte à tous ou réservée aux actionnaires. Parfois, ils indiquent aussi le nombre ou même l’identité des souscripteurs.

Nous avons présenté aux chapitres précédents150 les fondateurs des différentes sociétés du groupe Empain. Nous connaissons donc les actionnaires initiaux de ces entreprises. Reste à savoir comment cet actionnariat évolue, au cours de la vie de l’entreprise, notamment en cas d’augmentation de capital. La répartition initiale est-elle alors maintenue ou l’augmentation de capital est-elle l’occasion de changements dans l’actionnariat ? Le tableau ci-dessous détaille les augmentations de capital réalisées sur les sociétés du groupe et indique qui sont les souscripteurs des nouvelles actions. Chaque fois qu’on l’a pu, on a également indiqué le nombre d’actionnaires de la société, à diverses dates.

Figure 33. Évolution du capital des entreprises du Groupe Empain

images

← 280 | 281

images

← 281 | 282

images

← 282 | 283

images

← 283 | 284

images

← 284 | 285

images

Plusieurs faits ressortent de cette étude :

      Les sociétés sont aux mains des autres sociétés de groupe, le plus souvent des sociétés de portefeuille (mais pas seulement : toute entreprise du groupe a vocation à détenir des titres d’autres entreprises du groupe). Les holdings conservent ces actions sur le long terme. Les sociétés de portefeuille du groupe constituent donc des actionnaires importants et stables. Elles prémunissent le groupe contre toute tentative de prise de contrôle par un tiers, qui procèderait à des achats massifs d’actions à la bourse.

      Lors des augmentations de capital des sociétés du groupe, les nouvelles actions sont le plus souvent réservées aux anciens actionnaires. ← 285 | 286

      On connaît parfois le nombre d’actionnaires. Il s’agit en général du nombre de porteurs de titres lors des débuts de la société. L’actionnariat est alors resserré : lors de leur création, même les grosses sociétés sont détenues par peu d’actionnaires.

      Par la suite, les choses changent : les sociétés sont cotées en bourse. Ceci entraîne forcément la dispersion des titres et l’impossibilité de connaître précisément le nombre d’actionnaires.

      Les sociétés du groupe Empain opérant en France sont toutes cotées en bourse, sauf six. Comment (ou pourquoi) ces six entreprises réussissent-elles à exercer leur activité sans avoir besoin d’offrir leurs actions à l’épargne du public ?

a/ Tout d’abord, la Compagnie des tramways électriques de Lille et sa banlieue. Cette société non cotée présente la particularité d’être presque totalement détenue par une société de droit belge, les Tramways de Lille qui, elle, est cotée. Le recours à cette société, intermédiaire entre les actionnaires et l’entreprise qui exploite le réseau de tramways lillois, s’explique par le souci de contourner la loi française du 11 juin 1880, dans ses dispositions concernant les émissions d’emprunts obligataires. La loi française limite l’accès des entreprises au marché obligataire, afin de protéger les épargnants qui, si ce contrôle n’existait pas, pourraient être trompés par des entreprises qui émettraient des emprunts bien au delà de ce qu’elles peuvent rembourser. En revanche, en Belgique, la loi de 1873, dont on dit qu’elle a libéré les sociétés anonymes, a réduit les contrôles de l’État sur ces entreprises. Les sociétés anonymes de droit belge peuvent émettre des emprunts, sans autorisation préalable des autorités compétentes et sans limitation de montant, même si leur capital social n’a pas été entièrement libéré. La Compagnie des TELB a donc pu bénéficier d’emprunts importants, levés facilement par la société belge151. Elle n’a donc pas besoin de faire appel public à l’épargne, en mettant ses titres sur le marché.

b/ La Compagnie des tramways de Nantes152 n’est, elle non plus, pas cotée en bourse. Comme la Compagnie des TELB, elle est détenue par l’intermédiaire d’une société de droit belge, la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes, sur laquelle on reviendra ci-après.

c/ Les Chemins de fer du Calvados, les Chemins de fer de la banlieue de Reims, les Chemins de fer de Pau Oloron Mauléon et tramway de Bayonne à Biarritz ne sont pas cotés en bourse. Est-ce parce que les ← 286 | 287 conventions passées avec les départements ne le permettent pas ? Parce que ces entreprises sont trop petites pour qu’il soit intéressant d’organiser leur introduction en bourse ? Parce qu’elles n’ont pas besoin de l’argent de l’épargne ? Pas de réponse certaine.

d/ Les Forges et ateliers de la Longueville, durant leur brève existence (1913-1921), n’ont pas été cotés en bourse.

La cotation en bourse est donc un indice d’un grand nombre d’actionnaires. Les dirigeants évoquent rarement le nombre de porteurs de titres. On relève un cas, concernant la Compagnie du Métro de Paris. L’administrateur délégué Berthelot est fier d’annoncer, en décembre 1903153, que la société compte 9 000 actionnaires au moins, dont 7 259 possèdent moins de vingt actions. Le capital est alors de 75 000 000 F, en 300 000 actions de 250 F. Ces 7 259 personnes possèdent moins de 145 180 actions, donc moins de la moitié des titres. Le reste des titres appartiendrait donc à 1 741 actionnaires au moins, qui détiendraient ensemble plus de 154 820 actions (soit en moyenne un peu plus de quatre-vingt huit actions chacun. La valeur nominale de quatre-vingt huit actions est de vingt-deux mille francs. On n’est plus tout a fait parmi les petits porteurs).

Précisons enfin que la dispersion des titres, à la bourse, ne porte jamais sur la totalité des actions. Les principaux actionnaires demeurent toujours les autres sociétés du groupe. Seules exceptions à ce principe, comme on l’a déjà vu, les sociétés nantaises et la SERVA ne sont que partiellement détenues par le groupe Empain.

Les sociétés nantaises : En juin 1910, la Parisienne électrique et la Compagnie mutuelle des tramways prennent ensemble le contrôle de la Société nantaise d’électricité, en achetant la majorité des actions de cette société. La Société nantaise d’électricité était précédemment détenue et dirigée par la Compagnie générale d’électricité, qui demeure un actionnaire important. Le groupe Empain se trouve donc associé à un groupe belge (la CMT) et à un groupe français (la CGE). Le groupe Empain et la Compagnie mutuelle des tramways sont les actionnaires principaux de la SNE entre 1910 et 1923. Ils sont associés dans cette affaire et dans la Compagnie des tramways de Nantes, par l’intermédiaire d’une troisième société : la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes, créée à Bruxelles en février 1912154 et chargée de détenir leurs titres des deux sociétés nantaises. ← 287 | 288

L’objet social de la CAEN, lors de sa constitution, en février 1912, est de « s’intéresser dans les entreprises d’éclairage, de distribution et de transport de force, ainsi que de tramways dans la ville de Nantes et sa banlieue. Elle peut s’intéresser en France et dans ses colonies dans toutes autres entreprises d’éclairage, de distribution et de transport de force, de production, d’utilisation ou de vente d’énergie électrique, de tramway, de chemin de fer ou d’autres transports en commun (…) »155 Il s’agit donc d’une société de portefeuille, mais pas seulement : les statuts précisent que, pour réaliser son objet social, elle peut investir dans des sociétés, mais aussi « acquérir, transformer, développer et exploiter toutes usines » et « faire toutes opérations industrielles, commerciales, financières ou immobilières. »156 Durant ses quatorze premières années, la CAEN investit uniquement dans les deux affaires nantaises pour la détention des titres desquelles elle a été créée : la Compagnie des tramways de Nantes et la Société nantaise d’éclairage et de force par l’électricité. Lors de l’Assemblée générale ordinaire du 8 octobre 1913, appelée à statuer sur les comptes du premier exercice social, le conseil d’administration indique que la CAEN « a acquis la presque totalité des actions de la Société Nantaise d’éclairage et de force par l’électricité et de la Compagnie des tramways de Nantes »157, soit 2 825 actions de capital et 403 actions de jouissance (donc au total 3 228 actions) sur les 4 000 constituant le capital de la CTN et 19 880 actions de 500 F sur les 20 000 actions composant le capital de la SNE. La participation de la CAEN au capital de la Compagnie des tramways de Nantes restera quasiment inchangée, la CAEN augmentant sa participation lors de l’augmentation de capital de 1913. Elle détient jusqu’à 1929 12 427 des 13 000 titres de la Compagnie des tramways (le montant total reste inchangé, seule la ventilation entre actions de capital et actions de jouissance évolue, au fur et à mesure des remboursements des actions de capital et de leur transformation en actions de jouissance)158. En 1929, ainsi qu’on le verra, la Compagnie Auxiliaire fusionne avec la Société d’électricité et de traction pour devenir la Société de traction et d’électricité. La détention des titres de la Compagnie des tramways de Nantes n’en est pas affectée : au 31 décembre 1931159, le por ← 288 | 289 tefeuille de la Société de traction et d’électricité contient encore 12 227 des 13 000 titres et 12 209 au 31 décembre 1945160.

En revanche, la participation de la CAEN au capital de la Société nantaise d’électricité va se réduire en 1923. Comme on l’a vu, le fait qu’une société de droit belge, détenue par des actionnaires étrangers, soit propriétaire d’une société de droit français exerçant une mission de service public avait suscité des critiques pendant et après la Première Guerre mondiale161. En 1923, pour mettre un terme à ces difficultés, la CAEN cède la majorité de ses actions SNE à un groupe mené par la Compagnie générale d’électricité162. Le relevé du portefeuille de la Compagnie Auxiliaire aux 30 juin 1925, 1926, 1927, 1928 et 1929 ne fait plus état que d’un total de 50 827 actions sur les 240 000 qui composent le capital social de la SNE. Ici aussi, le montant total reste inchangé, seule la ventilation entre actions de priorité et actions ordinaires se modifie. La Compagnie Auxiliaire détient également 13 338 parts bénéficiaires, ramenées à 13 000 en 1929163.

En octobre 1926, suite à la cession des titres de la SNE, l’objet social de la CAEN est élargi, afin de permettre à la société de prendre des participations dans des entreprises de production et distribution d’électricité et de transport autres que celles de Nantes et notamment dans des sociétés belges. La dénomination sociale est modifiée : la Compagnie auxiliaire d’électricité de Nantes devient la Compagnie auxiliaire d’électricité et de transport (CAET). Suite à cette modification de ses statuts, la CAET, au cours de l’exercice 1926-1927, investit dans trois nouvelles sociétés : la Société d’électricité de la Campine, la Société Générale d’exploitations électriques de Lodz et extensions et la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB).

Mais la CAEN a failli ne pas vivre aussi longtemps. On a déjà évoqué164 les circonstances dans lesquelles, à la veille de la Première Guerre mondiale, l’actionnariat de la Compagnie mutuelle des tramways était modifié et son conseil d’administration renouvelé. On a évoqué la personnalité de certains des nouveaux administrateurs de la CMT, réputés proches des milieux allemands à Bruxelles et les conséquences de cette situation sur la CAEN, détenue conjointement par la CMT et le groupe Empain. On a également évoqué la démission d’André Berthelot, qui abandonne ses fonctions de président de la Société nantaise d’électricité en janvier 1914. On se rappelle qu’André Berthelot était revenu sur sa ← 289 | 290 décision après une démarche de l’administrateur délégué Victor Dooms et sans doute la promesse de liquider la CAEN. Le conseil d’administration de la Compagnie auxiliaire, lors de sa réunion du 22 mai 1914, avait décidé de dissoudre et liquider la société. Cette décision était présentée comme faisant suite à une proposition des actionnaires principaux (la Compagnie mutuelle des tramways, la Compagnie générale de railways et d’électricité et la Société parisienne pour l’industrie des chemins de fer et des tramways électriques) qui la justifiaient comme suit :

      le changement des conditions financières du marché de Bruxelles empêchait la CAEN d’apporter à ses deux filiales nantaises « les concours financiers qui leur sont nécessaires, par suite de l’insuffisance de (son) capital et de la difficulté (qu’elle aurait) en ce moment de (se) procurer de nouvelles ressources »165 et donc de réaliser le but pour lequel elle avait été créée ;

      dans les négociations avec les pouvoirs publics français, le fait que les deux sociétés nantaises soient « placées ouvertement sous contrôle d’une société étrangère »166 était un obstacle ;

      l’aggravation des taxes fiscales en Belgique accroissait les prélèvements fiscaux et diminuait les dividendes à répartir.

      Le projet ne comprenait pas la vente des sociétés nantaises et la répartition du produit de la vente. Les trois sociétés actionnaires souhaitaient rester intéressées dans ces deux entreprises, en rachetant à la CAEN ses actions SNE et CTN.

Un accord avait été conclu entre la CAEN et la Société nantaise d’électricité, pour réaliser l’opération selon le schéma suivant :

      dans une première étape, la Société nantaise d’électricité devait porter son capital de 10 à 15 000 000 F. Les nouvelles actions seraient souscrites par la CAEN, qui recevrait également 30 000 parts bénéficiaires nouvelles ;

      dans une deuxième étape, le nominal des actions de capital de la Société nantaise d’électricité serait ramené de 500 à 250 F, pour faciliter la répartition entre les actionnaires ;

      dans une troisième étape, la Société nantaise d’électricité rachèterait à la CAEN la totalité de ses actions des Tramways de Nantes (au prix global de 10 000 000 F).

L’actif net de la CAEN constitué d’actions de la SNE et de la CTN aurait ensuite été attribué aux porteurs des actions de la CAEN, avant la liquidation. La SNE aurait pris à sa charge les frais de liquidation de la ← 290 | 291 CAEN et se serait vue attribuer l’éventuel solde bénéficiaire de la liquidation, après répartition des titres aux actionnaires.

Les conseils d’administration des deux sociétés approuvent cet accord167. On entame la réalisation de ce programme : la SNE porte son capital à 15 000 000 F en juin 1914. La CAEN souscrit toutes les nouvelles actions et reçoit 30 000 nouvelles parts bénéficiaires. Mais la guerre est déclarée avant qu’ait eu lieu la cession des titres de la Compagnie des tramways de Nantes. Le projet, sans être jamais officiellement abandonné, ne sera pas mené à son terme.

Il sera évoqué, par deux fois, à l’occasion de l’émission de l’emprunt obligataire de la CAEN :

      le conseil d’administration, lors de sa réunion du 2 octobre 1918, rappelle qu’ « il y a toutefois lieu de s’assurer que l’émission de ces titres ne puisse entraver à l’avenir les projets de liquidation de la Compagnie auxiliaire élaborés avant la guerre (…) »168;

      le conseil d’administration, lors de sa réunion du 17 avril 1919, rappelle que le projet d’emprunt obligataire « ne pourra être envisagé à nouveau qu’au cas où le programme de liquidation de la société belge, établi en 1914, serait abandonné. »169

On ne reprend pas ce projet avec l’armistice. Pourtant, les critiques contre l’actionnariat étranger de la Société nantaise d’électricité subsistent et montent même d’un cran lorsque cette société est accusée d’être entre les mains des Allemands, nous l’avons déjà évoqué. En 1920, alors que la SNE a besoin d’argent pour financer son programme de travaux et payer ses dettes, la CAEN envisage un programme qui rappelle celui de 1914, comprenant notamment l’augmentation de capital de la SNE, puis la reprise de la CTN par la SNE, avant la cession par la CAEN d’un grand nombre de ses parts de la SNE170.

Lors de l’assemblée générale de 1921171, le conseil d’administration fait état du souhait formulé par le gouvernement de voir le capital de la Société nantaise aux mains de capitalistes français. Les dirigeants de la CAEN marquent leur accord et entament des discussions « avec des groupes amis à Paris pour placer en France un nombre important d’actions de la Société nantaise. »172 Alors que les pourparlers sont en ← 291 | 292 bonne voie, les industriels de la région de Nantes proposent de participer à l’augmentation de capital alors en cours et visant à porter le capital à 40 000 000 F. Ils offrent même d’acquérir la majorité des actions de la Société nantaise. La CAEN leur propose alors des actions au pair, pour un montant total de 21 000 000 F (soit plus que la majorité des titres et donc le pouvoir). Les industriels ne parviennent pas à réunir les 21 000 000 F. Ils doivent renoncer à leur projet.

L’augmentation de capital est différée. Lorsqu’elle a lieu, la CAEN souscrit tous les titres auxquels elle a droit mais rétrocède « à un puissant groupement français à la tête duquel se trouve la Compagnie générale d’électricité, et dans lesquels interviennent des éléments locaux (…) un nombre de titres suffisants pour lui assurer la majorité aux assemblées de la Société nantaise d’éclairage et de force par l’électricité. »173 Voilà donc la Société nantaise sous contrôle français. Le groupe Empain et la Société d’électricité et de traction (ex CMT) demeurent deux gros actionnaires, mais ne sont désormais plus majoritaires.

Après cette cession, la CAEN devient la CAET. Mais, rapidement, d’autres changements se profilent. Le conseil d’administration174 puis l’Assemblée générale175 de la CAET adoptent en 1929 le projet de fusion de la CAET et de la société Électricité et traction. Les deux sociétés fusionnent en une nouvelle société, dénommée Société de traction et d’électricité, qui reprend également à la Société générale de Belgique une partie de son portefeuille d’actions de sociétés d’électricité et de tramways. La nouvelle société est créée au capital de 120 000 000 FB. Les actionnaires de la CAET acceptent en assemblée générale extraordinaire le principe de cette absorption. Ils reçoivent en 1930 21 250 actions de capital de 500 FB de la Société de traction et d’électricité, en rémunération de cet apport. Les actionnaires d’Électricité et traction et ceux de la Société générale de Belgique reçoivent également des titres, en rémunération de leurs apports. La CAET, vidée de ses actifs, est mise en liquidation176.

La SERVA : On a évoqué ci-dessus177 la fondation de la SERVA par la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz et Électricité et gaz du nord, en 1913. Un troisième associé apparaît plus ← 292 | 293 tard. En décembre 1919, EGN et la Compagnie Générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz apprennent que la Compagnie des Mines d’Anzin projette de construire une centrale et de distribuer l’énergie électrique dans la région de Valenciennes. Elles entament une négociation avec ce futur concurrent « en vue d’une meilleure utilisation des moyens de production et de l’organisation rationnelle des réseaux. »178 Un accord est conclu : la Compagnie des Mines d’Anzin renonce à construire sa centrale et entre dans le capital de SERVA. EGN et la Cie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz lui cèdent chacune 13 333 actions et 1 666 parts bénéficiaires179. À l’époque de la mort d’Édouard Empain, EGN, la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz et les Mines d’Anzin dirigent encore ensemble la SERVA.

Le groupe Empain est donc associé à d’autres dans le capital de la SERVA. Cette association est motivée uniquement par un souci pragmatique : éviter la concurrence. La SERVA n’aurait pas existé si ce risque de concurrence ne s’était pas présenté.

Après la répartition du capital, comparons le niveau du capital des différentes sociétés.

3 –   L’évolution du capital des différentes sociétés

Reprenons le tableau récapitulatif de l’évolution du capital des différentes sociétés. Lors de la création des sociétés, l’investissement des fondateurs est différent selon l’activité de l’entreprise. Pour les sociétés de chemins de fer et tramways, la mise de fonds initiale est en général d’un million de francs. C’est le capital de départ de la Cie générale des chemins de fer vicinaux, des Chemins de fer de la banlieue de Reims, des Tramways électriques de Boulogne-sur-Mer. Une société démarre avec un capital légèrement plus faible : les Chemins de fer du Calvados, avec 900 000 F. Certaines sociétés commencent avec plus : les Chemins de fer économiques du Nord, constituées avec un capital de 3 002 000 F et les Tramways électriques nord parisiens, avec 3 500 000 F. Mentionnons enfin le capital de deux sociétés non crées par le groupe : les Tramways de Lille et les Tramways de Nantes, dont le capital s’établit à 5 000 000 F pour la première et à 2 000 000 F, pour la deuxième, au jour de l’arrivée du groupe aux commandes.

En matière d’électricité, la mise de fonds initiale est beaucoup plus importante : ne faudra-t-il pas rapidement faire face aux très grands frais de construction des usines productrices d’énergie ? ← 293 | 294

La plus ancienne société d’électricité, la SEP est fondée en 1903 au capital de 5 000 000 F, très rapidement porté à dix, puis quinze, puis 25 000 000 F en 1905. EGN, crée en 1905, dispose immédiatement du même capital de 25 000 000 F. La Société nantaise, reprise en 1910 alors que son capital est d’1 200 000 F bénéficie immédiatement d’une augmentation de son capital, qui est porté à 3 100 000 F, puis à 10 000 000 F l’année suivante. La SERVA est crée en 1913 au capital de 20 000 000 F, l’ES en 1924 au capital de 30 000 000 F. Enfin, la SELB, constituée en 1926 grâce à l’apport réalisé par les TELB, bénéficie d’un capital initial de 9 500 000 F.

La CMP et la Parisienne Électrique sont crées en 1898 et 1900 avec le même capital : 25 000 000 F. Elles sont alors, avec les Tramways électriques de Lille et sa banlieue, les sociétés bénéficiaires des plus gros capitaux. Les Forges et ateliers de construction électrique de Jeumont, crées en 1921 avec 80 000 000 F, bénéficient à leur tour du plus gros capital (ils seront rattrapés et dépassés par EGN en 1923).

En fin de période, plusieurs sociétés ont, à l’issue de plusieurs augmentations, un capital égal ou supérieur à 100 000 000 F en 1929. Il s’agit des plus grosses sociétés d’électricité : EGN (100 000 000 F) et ES (100 000 000 F) et de la Compagnie du chemin de fer métropolitain (101 719 250 F).

D’autres sociétés ont un capital important :

FACEJ80 000 000 F
Parisienne électrique65 000 000 F
SNE60 000 000 F
SERVA40 000 000 F
SEP25 000 000 F (mais elle envisage alors une très forte augmentation de capital180)

Les sociétés de chemins de fer et de tramways, à deux exceptions près, ont un capital inférieur à 10 000 000 F. Les exceptions sont les Tramways électriques de Lille et sa banlieue et les Chemins de fer économiques du Nord, dont le capital atteint respectivement 25 000 000 F en 1900 et 30 000 000 F en 1907 pour la première, 12 000 000 F en 1890 et, après plusieurs augmentations, 19 200 000 F en 1913, pour la deuxième. La société des Tramways électriques de Lille et sa banlieue n’est pas une petite société de tramways. Elle exploite, à l’électricité, un réseau de tramways en ville. Son activité est donc très rentable. En 1926, elle apporte son ← 294 | 295 usine électrique à une nouvelle société, la SELB, fondée au capital de 9 500 000 F. Les Chemins de fer économiques du Nord exploitent deux réseaux distincts, dans le Nord et dans les Alpes. Il n’est donc pas étonnant qu’ils disposent d’un capital égal à celui de deux entreprises exploitant chacune un réseau.

On pourrait calculer un capital moyen, pour comparer l’étendue des investissements. Le capital moyen des sociétés d’électricité181 (hors SELB182), en 1929, s’établit à 65 000 000 F. Le capital moyen des sociétés de transport183 (hors CMP184) s’établit à 10 214 000 F. La différence est nette et peu étonnante : les investissements ne sont pas les mêmes. On verra qu’il en est des même des bénéfices de ces entreprises.

4 –   Les différents types d’actions

Le capital d’une société est divisé en actions. Chaque action a une certaine valeur, dite valeur nominale, qui apparaît au bilan comme dette de la société vis à vis de ses actionnaires. La multiplication du nombre d’actions par leur valeur nominale indique le capital social.

L’actionnaire initial reçoit une ou plusieurs actions en contrepartie d’un apport fait à la société (en nature ou en numéraire). La propriété d’une action donne droit à une part du bénéfice, en cas de distribution. Les actions n’ont normalement pas vocation à être remboursées, sauf en cas de liquidation de la société si, à l’issue des opérations de liquidation, apparaît un boni de liquidation.

Selon les sociétés, ces actions peuvent porter des noms différents : action ordinaire, action de capital, action de dividende. Mais leur réalité juridique est toujours celle indiquée ci-dessus.

L’affairisme du début de 20e siècle a cependant imaginé d’autres techniques, afin de répondre à deux objectifs :

      permettre le paiement de dividendes plus importants à certains actionnaires ou le remboursement d’actions avec maintien du dividende, ← 295 | 296

      se prémunir contre le risque d’un vote défavorable de l’assemblée générale.

On retrouve ces préoccupations au sein du groupe Empain.

    a –   Les actions créées pour garantir à leurs titulaires un meilleur dividende

Les parts de fondateur : Une technique très souvent utilisée par Édouard Empain est celle des parts de fondateur, appelées également parts bénéficiaires. Selon la méthode la plus souvent utilisée, ces parts sont créées en même temps que la société. Elles sont sans valeur nominale, c’est à dire qu’elles ne sont pas émises en contrepartie d’un apport fait à la société par leur titulaire. Elles sont remises aux fondateurs de la société, selon une parité définie par les statuts (une part de fondateur pour x actions). Leur nombre est invariable. Les parts fondateur durent aussi longtemps que la société.

Deux sociétés d’électricité innovent un peu dans la pratique des parts bénéficiaires, en les créant en cours de vie sociale ou bien en supprimant celles qui existent : les actionnaires de la Société nantaise d’électricité décident en 1911185 de racheter l’ensemble de parts bénéficiaires existantes et votent à cet effet un crédit de 300 000 F. En 1914186, dans le cadre d’une augmentation de capital, ils décident de créer 30 000 parts bénéficiaires sans valeur nominale (ces parts leur sont remises à raison d’une part pour deux actions). En 1922187, ils créent encore 10 000 nouvelles parts bénéficiaires, portant leur nombre total à 40 000. La SERVA, se prévalant des dispositions de l’article 8 de la loi du 23 janvier 1929188, supprime en 1936 les parts fondateurs et les remplace par des actions qu’elle remet à leurs titulaires, dans la proportion de huit actions pour une part189.

Le tableau ci-après récapitule le nombre de parts et leurs titulaires, en ce qui concerne les sociétés d’électricité : ← 296 | 297

Figure 34. Les parts de fondateur dans les sociétés d’électricité

images

Lorsqu’on connaît l’identité des titulaires des parts, on constate qu’il s’agit des sociétés importantes du groupe (ce qui n’est guère étonnant puisque, comme on l’a déjà vu, les parts sont créées en même temps que la société et remises aux fondateurs). L’intérêt de cette technique est financier : les parts reçoivent un dividende qui n’a rien à voir avec celui payé aux actions (alors même, on se le rappelle, que les parts ne sont pas la contrepartie d’un apport à la société). Et comme les parts sont détenues par le groupe, elles lui permettent de conserver une partie du bénéfice.

Le mode de calcul du dividende est prévu aux statuts de la société. À titre d’exemple, représentatif pour l’ensemble du groupe, voyons comment le bénéfice réalisé par la Société d’électricité de Paris190 est affecté :

en premier rang, on affecte 5 % du bénéfice à la réserve légale, ← 297 | 298

en deuxième rang, c’est à dire sur les 95 % du bénéfice qui restent, on paie le dividende statutaire dû aux actions, soit 4 % de leur valeur nominale,

en troisième rang, c’est à dire sur ce qui reste, on paie 0,50 % à chaque administrateur, 1 % au Président du conseil d’administration, 1 % à l’administrateur délégué, 1 % au directeur,

en dernier rang, l’assemblée générale pourra constituer des réserves supplémentaires, puis attribuera 75 % du solde aux actions et 25 % aux parts bénéficiaires.

On distribue donc 75 % du solde à 100 000 actions, 25 % du solde à seulement 10 000 parts bénéficiaires. Les parts bénéficiaires seront mieux servies que les actions, à partir de 1910 et ce de façon définitive. La croissance du dividende des parts bénéficiaires sera très nette, sans commune mesure avec celle du dividende des actions. Et cet argent retournera au sein du groupe, puisque le principal titulaire des parts bénéficiaires de la SEP est la Parisienne électrique. Technique, on le voit, très efficace et très rentable, mais qui n’est pas la seule utilisée.

Les actions de jouissance : Les sociétés concessionnaires d’une mission de service public (transport de voyageurs et/ou de marchandises) n’ont pas vocation à durer éternellement. La concession est accordée pour une durée déterminée, à l’issue de laquelle l’autorité concédante (la commune ou l’État) prendra possession des installations et reprendra l’exploitation à son compte. Les sociétés doivent donc prévoir le jour où elles ne pourront plus exercer leur activité et devront payer leur dette vis à vis des actionnaires, en remboursant leurs actions. Pour s’y préparer elles remboursent chaque année par anticipation un certain nombre d’actions, choisies par tirage au sort. Ces actions, désormais amorties, donc sans valeur nominale, ne disparaissent pas complètement. Elles prennent le nom d’actions de jouissance et continuent à percevoir une part des bénéfices. Un dividende leur est réservé, inférieur à celui payé aux actions non amorties. Les sociétés de chemin de fer et de tramways pratiquent cette méthode et rémunèrent leurs actions de jouissance. Les sociétés d’électricité en font autant bien que, si elles peuvent être fournisseurs des personnes publiques, elles sont propriétaires de leurs centrales et n’auront pas à les rapporter à une quelconque autorité concédante. Une exception : les CFEN ne créent pas d’actions de jouissance. On verra plus loin que cette société a imaginé autre chose. En ce qui concerne les Chemins de fer du Périgord, on n’a pas retrouvé suffisamment d’informations pour pouvoir dire si cette société recourt ou non aux actions de jouissance. Enfin, la Parisienne électrique et les ateliers, qui ne sont pas titulaires de concessions de services public, n’ont pas à prévoir leur fin. Ces sociétés ne recourent donc pas aux actions de jouissance. ← 298 | 299

Les actions de priorité : En 1913, la Compagnie des Chemins de fer économiques du nord a besoin de fonds pour procéder au doublement des voies et à l’électrification du réseau de Valenciennes (63 km). En 1906, elle avait connu des difficultés et dû procéder à une opération comptable, avec réduction puis augmentation immédiate du capital, afin de faire disparaître les dettes de son bilan. Il lui faut donc prévoir quelque chose pour inspirer de nouveau confiance aux épargnants. Elle choisit d’émettre 20 000 actions de priorité, au nominal de 300 F. Ces actions d’un nouveau type ont droit, avant toute répartition aux actions ordinaires, à un intérêt de 5 % et à l’amortissement avant l’expiration de la plus longue des concessions (soit avant 1989). Le dividende versé aux actions de priorité sera au moins égal, mais le plus souvent supérieur, à celui versé aux actions de capital.

Lors de la création de l’Électricité de la Seine, en 1924, le capital est divisé en 120 000 actions de 250 F. Ces actions sont soit des actions ordinaires nominatives soit des actions de priorité. Les actions de priorité et les actions ordinaires nominatives perçoivent le même dividende mais seules les actions de priorité ont vocation à être remboursées. Après remboursement, elles deviennent des actions de jouissance et conservent leur droit à dividende, mais leur dividende est inférieur à celui des actions ordinaires. Cette situation ne durera pas : les assemblées générales du 26 mai 1934191 voteront l’unification des deux catégories d’actions.

La Société Nantaise d’électricité crée des actions de priorité, sans valeur nominale, en deux fois : 60 000 en 1922 à l’occasion d’une augmentation de capital192 (des parts bénéficiaires y sont attachées), puis 40 000 en 1923193. Ces actions de priorité ne dureront pas longtemps : le 14 novembre 1930, l’assemblée générale extraordinaire unifie les actions ordinaires et les actions de priorité194.

Des actions originales sont donc créées, pour garantir à leurs titulaires un meilleur dividende. Mais d’autres actions originales existent, créées dans un autre but. Il s’agit cette fois de conserver le pouvoir au sein de l’entreprise.

    b –   Les actions créées pour se prémunir contre le risque d’un vote défavorable de l’assemblée générale

Le fait de vendre une grande partie des actions d’une entreprise en bourse comporte le risque de voir les actionnaires, lors de l’assemblée ← 299 | 300 générale, ne pas voter dans le sens voulu par les dirigeants. On a exposé comment le recours à une société holding permettait d’avoir le contrôle de l’entreprise sans détenir la majorité des actions. Mais ceci suppose que la direction soit assurée de recueillir la majorité, simple en assemblée générale ordinaire, qualifiée en assemblée générale extraordinaire, lors des votes. À la fin des années 1920, apparaissent dans certaines sociétés les actions à vote plural. Cette technique consiste à accorder le même nombre de voix à des actions de valeurs nominales différentes. Les titulaires d’actions à vote plural ont donc, lors du vote à l’assemblée générale, plus de pouvoir que les autres actionnaires, proportionnellement à la somme initialement investie. Les actions à vote plural sont remises à certains actionnaires, choisis par le conseil d’administration. Ils vont donc garantir au conseil, sinon la majorité des voix et le contrôle de l’assemblée générale, au moins une force d’appoint, qui peut toujours être utile.

Le groupe Empain émettra des actions à vote plural dans une seule de ses sociétés, la Société d’électricité de Paris. Lors de l’augmentation de capital de 1929195, 100 000 de ces actions sont émises. Elles sont remises aux souscripteurs d’origine (c’est à dire aux fondateurs de la société). Leurs titulaires bénéficient d’un droit de vote triple et aussi d’un dividende plus intéressant que celui réservé aux actions ordinaires. Pour conserver cette force d’appoint, il est prévu que ces actions à vote plural ne pourront pas être cédées sans l’agrément du conseil d’administration.

Le recours à ce type d’actions sera provisoire : la loi du 13 novembre 1933196 impose le retour au droit de vote proportionnel au montant souscrit. Elle admet simplement un droit de vote double aux actions entièrement libérées, détenues de façon nominative depuis deux ans au moins. Le conseil d’administration de la Société d’électricité de Paris, comme les autres conseils des sociétés du groupe, retient cette solution, au motif «que la puissance d’une affaire dépend pour une large part de la confiance que lui témoignent ses actionnaires et que la stabilité qui en résulte indirectement pour la gestion permet une continuité de vues plus assurée et plus féconde. Une semblable preuve de fidélité mérite d’être encouragée. Ceux d’entre vous qui suivent ainsi pas à pas le développement de notre société et témoignent à celle-ci leur attachement en conservant leurs titres en portefeuille, pourront, grâce à l’octroi de ce vote double, participer à la gestion sociale avec une autorité accrue. »197 ← 300 | 301

On constate donc qu’Empain a utilisé les différentes techniques mises au point par la pratique capitaliste, pour conserver au sein du groupe une partie des profits et le pouvoir de direction. Rien d’original et rien d’illégal à cela, on est dans l’usage courant de cette époque. Néanmoins, du point de vue financier, ces techniques ne suffisent pas toujours à faire face aux investissements nécessaires au développement. On a parfois besoin d’emprunter.

5 –   Le recours aux emprunts obligataires

Pour le financement de son développement, mais également pour faire face à une charge particulière, liée à un investissement à réaliser, une entreprise peut, outre l’augmentation de son capital (et donc la mise de nouvelles actions sur le marché) émettre un emprunt obligataire. Le titulaire d’une obligation ne détient pas une part du capital constituant l’entreprise, mais une créance, qui lui sera remboursée au plus tard à sa date d’échéance et qui, avant le remboursement, produit des intérêts à un taux connu dès le début de l’opération. L’émission d’un emprunt obligataire sur le marché français, par une société titulaire d’une concession de service public, suppose diverses autorisations. Ces autorisations sont données par les autorités compétentes, après étude des comptes de l’entreprise et du plan de financement de l’opération à réaliser grâce aux fonds empruntés.

Figure 35. Les emprunts obligataires émis par les entreprises de transport du groupe, entre leur fondation (ou la prise de contrôle par le groupe) et 1929

images

← 301 | 302

Figure 36. Les emprunts obligataires émis par les entreprises d’électricité du groupe, entre leur fondation (ou la prise de contrôle par le groupe) et 1929

images

Les emprunts obligataires sont plutôt le fait des sociétés de transport (dix-sept emprunts entre 1892 et 1928), que des sociétés d’électricité (huit emprunts entre 1908 et 1926).

Les emprunts sont plus nombreux avant la Première Guerre mondiale qu’après (seize emprunts entre 1892 et 1913 ; neuf emprunts entre 1922 et 1929).

Enfin, pour ce qui est des montants, on peut distinguer trois groupes. Le premier est constitué de la seule CMP, qui emprunte près de six cent cinquante millions de francs, en sept fois, entre 1906 et 1928. Le deuxième groupe est constitué des sociétés d’électricité, qui, sans atteindre les montants levés par la CMP, empruntent des sommes importantes (vingt-cinq millions de francs pour la SEP et pour EGN, soixante millions de francs pour la SNE). Enfin, le troisième groupe réunit les entreprises de transports (hors CMP) qui lèvent des emprunts moins importants (3 999 000 francs pour la Compagnie générale des chemins de fer vicinaux, 8 650 000 francs pour les Tramways de Nantes et 12 500 000 francs pour les CFEN). Ceci est assez logique : on emprunte d’autant plus qu’on doit faire face à des investissements lourds. Les travaux du Métro ou d’édification des centrales électriques sont sans commune mesure avec les travaux à réaliser pour établir des lignes de chemin de fer.

Rappelons ici que l’emprunt obligataire n’est jamais le seul mode de financement. Les sociétés recourent aussi, comme on l’a vu, à l’augmentation de capital, mais aussi aux comptes courants et prêts entre entreprises du groupe et aux financements bancaires.

6 –   Des sociétés rentables

Les sociétés du groupe Empain réussissent. Observons ceci de façon précise, à partir des résultats annuels. Pour réaliser la comparaison, on a converti tous les chiffres en francs constants, valeur 1929. ← 302 | 303

Une première approche permet de constater que les entreprises du groupe réalisent quasiment toujours des bénéfices (les seules exceptions sont liées à la Première Guerre mondiale). Les entreprises françaises du groupe Empain ne connaissent pas la faillite et sont des affaires rentables.

Une deuxième approche permet de distinguer deux périodes, séparées par la Première Guerre mondiale. Avant guerre, les meilleurs résultats frôlent les 60 000 000 F. Après guerre, on constate un tassement : aucune société ne réalise des bénéfices supérieurs à 25 000 000 F. On relève également quelques résultats déficitaires pendant la guerre et dans l’immédiat après-guerre.

Une troisième approche, plus précise, permet de distinguer trois niveaux de rentabilité. Le premier groupe est constitué de la seule CMP. Sur la période 1901-1915, elle est la société qui réalise les plus gros bénéfices. Elle clôt son premier exercice en 1901, avec un bénéfice de 13 800 000 F (valeur 1929), son bénéfice dépasse les 50 000 000 F dès 1906 et s’élève au delà de 59 000 000 F en 1908, meilleur résultat de l’avant Première Guerre mondiale. Elle reste la société la plus rentable en 1914 et 1915, même si ses bénéfices sont alors en baisse. Elle connaît des difficultés liées à la guerre, mais, dès 1921, redevient la société qui réalise les plus gros bénéfices. Relevons néanmoins que l’écart entre son niveau de bénéfices et celui des sociétés qui la suivent se réduit dans les années 1920. La CMP est dépassée en 1923, puis définitivement à partir de 1926, par EGN. Elle est également dépassée par les FACEJ à partir de 1928 et par la SEP à partir de 1929.

On place dans notre deuxième groupe la Parisienne électrique, les affaires d’électricité et les ateliers de Jeumont. La Parisienne électrique est, jusqu’à la Première Guerre mondiale, la deuxième entreprise, en termes de montant du bénéfice. On n’approche pas les 60 000 000 F, comme à la CMP, mais on dépasse les 20 000 000 F, de façon continue, de 1906 à 1913. Après la Première Guerre mondiale, l’affaire redémarre, mais les résultats, tout en restant bons, ne sont plus aussi élevés. La Société d’électricité de Paris, qui connaît des résultats en progression raisonnable, se situe jusqu’à la Première Guerre mondiale au troisième rang derrière la CMP et la Parisienne électrique. Dans l’entre-deux guerre, ses résultats sont dépassés par ceux d’EGN (qui s’élèvent jusqu’à 22 000 000 F en 1923). Les autres sociétés de production et distribution d’électricité viennent ensuite. Sans être aussi élevés, leurs résultats sont très bons. Ainsi, en 1929, la SERVA réalise un bénéfice de plus de 10 000 000 F et l’Électricité de la Seine un profit de plus de 8 000 000 F. ← 303 | 304

Enfin, le troisième et dernier groupe est constitué des entreprises de transport (hors Métro de Paris). Cette fois, le niveau des bénéfices réalisés est beaucoup plus bas. Les deux championnes sont les Chemins de fer économiques du Nord et la Compagnie générale des chemins de fer vicinaux, qui réalisent des bénéfices annuels supérieurs à 2 000 000 F jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les autres affaires, mis à part les Tramways électriques de Lille et sa banlieue198, se contentent de résultats plus raisonnables. Toutes ces entreprises connaissent des difficultés pendant et après la guerre. Elles redémarrent plus ou moins bien après 1918, souvent suite à la renégociation des contrats avec les villes. Toutes, sauf les Tramways de Nantes en quatre occasions, réalisent après guerre des résultats moins bons qu’avant guerre. Les Chemins de fer vicinaux réalisent, en 1929, un bénéfice cinq fois moins important qu’avant guerre, les Chemins de fer du Calvados voient leur bénéfice passer de 1 300 000 F en 1906 à seulement 15 000 F vingt ans plus tard.

Passons maintenant du terrain au portefeuille : les sociétés qui possèdent les entreprises ci-dessus connaissent-elles une croissance parallèle de leurs bénéfices ? Rappelons tout d’abord que ces entreprises, soumises au droit belge, établissent leurs bilans en francs belges. C’est donc en francs belges de 1929 qu’on a converti leurs bénéfices. Sur la période 1891-1929, on observe de faibles résultats de 1891 à 1921, puis le décollage de deux entreprises : la Compagnie belge des chemins de fer réunis (qui réalise jusqu’à 6 000 000 FB de bénéfices en 1928) et surtout la Compagnie générale de railways et d’électricité (avec un bénéfice de 18 500 000 FB en 1928). Derrière elles, la Compagnie russe française (173 000 FB de bénéfices en 1901 meilleur exercice de son histoire) et la Compagnie générale de railways à voie étroite, la plus ancienne société de portefeuille, qui connaît de faibles bénéfices (51 000 FB lors de son meilleur exercice, en 1900). Toutes deux apparaissent de façon éphémère, avant leur absorption par la Compagnie générale de railways et d’électricité, lors de sa création en 1904. Enfin la Fédération française et belge de tramways, fondée en 1898 et absorbée par la Fédération d’entreprises de transport et d’électricité en 1923, connaît elle aussi des résultats toujours largement inférieurs à ceux de la Compagnie belge des chemins de fer réunis et surtout la Compagnie générale de railways et d’électricité.

Une fois les bénéfices réalisés, voyons comment ils sont affectés. ← 304 | 305

7 –   La répartition des bénéfices

Rappelons tout d’abord qu’après avoir approuvé les comptes, tels qu’arrêtés par le conseil d’administration, les actionnaires, réunis en assemblée générale ordinaire, doivent décider de l’affectation du résultat (si un bénéfice a été réalisé). La loi régissant le fonctionnement des sociétés commerciales les oblige à affecter 5 % du bénéfice à un fonds de réserve (qu’on appelle la réserve légale). Ce fonds est abondé chaque année jusqu’au moment où la somme consignée correspond à 10 % du capital de la société. Lorsque le montant de la réserve légale atteint 10 % du capital social, l’obligation légale est remplie et l’assemblée générale n’est plus obligée de mettre des fonds supplémentaires en réserve.

Après dotation de la réserve légale, l’affectation du bénéfice est effectuée selon les statuts de la société, comme on l’a vu ci-dessus199. Les statuts laissent néanmoins une part de liberté à l’assemblée générale, qui peut constituer des réserves supplémentaires. Les statuts des entreprises de transport, concessionnaires d’une mission de service public, prévoient en général, outre la dotation à la réserve légale, une dotation à un fonds d’amortissement et/ou à un fonds de prévoyance. Ces deux fonds supplémentaires doivent permettre, pour le premier, le remboursement du capital avant l’échéance de la concession et, pour le second, la constitution de réserves pour le remplacement du matériel.

Les sociétés du groupe Empain n’utilisent quasiment jamais la faculté de voter, en assemblée générale, des dotations supplémentaires aux réserves. On a retrouvé un cas, lors de l’assemblée générale ordinaire de la SERVA, en 1920200 : 200 000 F sont prélevés sur le bénéfice à distribuer et affectés au fonds de renouvellement du matériel. Le plus souvent, les assemblées générales (suivant les propositions du conseil d’administration) ne distraient que 5 % du bénéfice pour la réserve légale et votent la distribution de tout le reste. Les sociétés Empain distribuent donc à leurs actionnaires autant qu’elles le peuvent. N’en déduisons cependant pas que ces entreprises ne disposent pas de réserves : des sommes importantes sont mises en réserve, par le conseil d’administration. Simplement ces décisions ne sont pas soumises à l’assemblée générale annuelle. Les sommes ne sont donc pas prélevées sur le bénéfice distribuable, mais sont distraites avant le calcul du bénéfice.

Nous allons présenter les dividendes versés par toutes les sociétés du groupe. Posons nos règles de travail : ← 305 | 306

      on s’intéresse aux actions de capital et aux parts bénéficiaires et on ignore les actions de jouissance (qui n’existent pas pour toutes les sociétés, notamment les sociétés d’électricité).

      la valeur nominale des différentes actions n’est pas toujours la même. Pour que la comparaison ait un sens, on doit imaginer un actionnaire qui investirait la même somme dans chacune des sociétés du groupe. On va retenir une somme de 250 F, qui est la valeur nominale de la plupart des actions étudiées.

Certaines actions ont une autre valeur nominale. On va donc affecter le dividende d’un coefficient permettant de calculer201 quel serait le dividende si l’action valait 250 F.

Sont exclus de cette étude les dividendes versés par les Chemins de fer du Périgord, faute d’avoir trouvé la valeur nominale des titres.

Sont également exclus les dividendes versés par les sociétés de portefeuille : le nominal des titres et les dividendes sont calculés en francs belges.

À l’issue de ce travail sur les chiffres, nous pouvons faire les commentaires suivants :

      Des débuts à 1910, parts et actions confondues, on reste entre 0 et 25 F. Entre 1911 et 1919, on reste entre 0 et 33 F. À partir de 1920, on change d’échelle : les dividendes versés aux parts d’EGN monteront jusqu’à près de 500 F.

      On constate une baisse assez générale et tout à fait compréhensible du montant des dividendes pendant la Première Guerre mondiale. Seules y échappent les parts et actions de la SEP dont la rémunération stagne (20 F pour les actions, 33,33 F pour les parts) tout en étant la plus élevée. Échappent également à la baisse les actions de la Compagnie générale des chemins de fer vicinaux, dont la rémunération se place par ailleurs en troisième position pendant cette période. ← 306 | 307

      Dès 1918 pour EGN, à partir de 1920 pour SEP et la SERVA, les dividendes versés aux parts des sociétés d’électricité entament une croissance vers les sommets.

      La rémunération des parts des sociétés d’électricité est très supérieure à celle des actions : dès 1909 (soit dès la troisième année de rémunération) pour la SEP, 1919 pour EGN, 1921 (deuxième année de rémunération) pour la SERVA, 1929 (deuxième année de rémunération) pour l’Électricité de la Seine. Dès lors que la rémunération des parts dépasse celle des actions, cet état de fait est définitif et l’avantage des parts sur les actions est élevé (471,42 F aux parts d’EGN, contre 37,5 F aux actions, en 1929). Une seule société n’entre pas dans ce schéma : la Société Nantaise d’électricité. En 1911, elle rachète toutes les parts bénéficiaires existantes. Elle crée 30 000 nouvelles parts bénéficiaires en 1914. Les porteurs de ces parts ne sont pas rémunérés entre 1914 et 1918. Ils sont moins bien rémunérés que les actionnaires, entre 1919 et 1927. En 1928, ils perçoivent un peu plus que les actionnaires, mais le gain est modeste : 25 F contre 23,75 F en 1928, 30 F contre 25 F en 1929. On se rappelle que la Société Nantaise n’est pas détenue à 100 % par le groupe Empain. Est-ce la raison de cette politique de dividendes moins favorable aux porteurs de parts ?

Rappelons que les parts ont été remises aux fondateurs des sociétés (ou aux actionnaires de 1914 pour la Société Nantaise) sans contrepartie mais en rémunération supplémentaire pour les apports déjà rémunérés par des actions. Les fondateurs des sociétés se réservent donc une part du bénéfice distribuable supérieure à celle dévolue aux actionnaires, qui, eux, ont acheté leurs actions. Comme les détenteurs des parts se trouvent être d’autres sociétés du groupe, on peut voir dans ces gros dividendes un moyen de conserver au sein du groupe une partie du bénéfice. On a noté plus haut que les assemblées générales ne votaient pas de mise de fonds en réserve. Le fait d’attribuer à des entreprises du groupe une part importante des bénéfices, grâce à la rémunération des parts, n’y revient-il pas ?

      La Parisienne électrique, les ACENE, les Forges et ateliers de la Longueville et les FACEJ ont également émis des parts de fondateur sans valeur nominale. Dans ces sociétés, la rémunération des parts est plus raisonnable, même si elle peut dépasser le double de celle des actions.

Comparons la part du bénéfice distribuée aux actionnaires et celle distribuée aux porteurs de parts. Prenons pour exemple les sociétés d’électricité, pour les exercices clos ou en cours au 31 décembre 1928. ← 307 | 308

Figure 37. Répartition de la distribution du bénéfice, entre actions et parts de fondateur, dans les sociétés d’électricité, au titre de l’exercice 1928

images

Mettons enfin en rapport les dividendes avec les bénéfices. Sur la période 1900-1914, la CMP réalise les plus gros bénéfices, à un niveau nettement supérieur à toutes les autres sociétés et est suivie par la Parisienne Électrique. On ne constate pas de rémunération parallèle des actionnaires : déjà en 1909 les porteurs de parts SEP reçoivent la même rémunération que les actionnaires de la CMP. En 1910, la rémunération des parts de la SEP dépasse celle des actions de la CMP. À partir de 1914, la rémunération des actions de la SEP dépasse celle des actions de la CMP. Cette situation perdurera jusqu’à la fin de la période.

De la même façon, la rémunération du capital de la Parisienne Électrique reste inférieure à celle de la CMP et de la SEP (avec une seule exception en 1907, année où la rémunération des actions de la Parisienne Électrique dépasse celle des actions du Métro).

Conclusion : Le bilan financier des entreprises d’Édouard Empain est donc globalement bon, avec des entreprises qui réalisent des profits, sur le long terme, malgré d’autres qui réussissent moins bien. Le niveau de bénéfices est fonction de l’activité : les entreprises d’électricité, le Métro, Jeumont et la Parisienne sont très rentables, les autres sociétés moins brillantes.

Malgré la cotation en bourse des actions de la plupart des sociétés du groupe, le capital de ces sociétés reste en grande partie détenu par les autres entreprises du groupe, permettant la conservation du pouvoir de direction. De la même façon, le groupe conserve également une partie du bénéfice réalisé et distribué, grâce aux parts de fondateur et autres actions à dividende privilégié qu’il détient. Technique efficace pour conserver à la fois le contrôle et les bénéfices, que l’on pourrait mettre un parallèle avec l’absence d’alliance avec un autre groupe202. Mais cette technique ← 308 | 309 peut se révéler dangereuse : l’absence de recours à des capitaux extérieurs pourrait affaiblir la base financière du groupe qui, en cas de difficulté, ne pourrait pas compter sur le soutien d’un allié.

Voyons maintenant comment la gestion du groupe est organisée, au quotidien. On a constaté l’existence d’une petite équipe de mandataires sociaux, présents dans les conseils d’administration. Mais qui assure la gestion quotidienne des entreprises ? Y a-t-il une équipe à la tête de chaque entreprise ou quelques personnes spécialisées dans certaines tâches, qui les exerceraient pour plusieurs ou toutes les entreprises du groupe ? Il s’agit donc, cette fois, de dresser un bilan pratique de la gestion, au jour le jour, du groupe Empain.

IV –   Bilan pratique

1 –   La centralisation à Paris

En 1907203, Édouard Empain achète204 un hôtel particulier, 50 rue de Lisbonne à Paris. Ce bâtiment magnifique donne sur le parc Monceau. Bourgeois ayant réussi, Édouard Empain a choisi ce quartier moderne, très chic, parisien depuis peu, déjà occupé par d’autres représentants de la bourgeoisie triomphante. Il installe son domicile et ses bureaux à cette adresse, s’étale un peu dans l’immeuble voisin du 50 bis rue de Lisbonne. L’ampleur du groupe nécessite des bureaux supplémentaires : un 3e site sera installé 75 bd Haussmann, dans un immense immeuble haussmannien, situé à quelques minutes de la rue de Lisbonne. Les sièges sociaux des entreprises françaises du groupe sont à Paris, à l’une ou l’autre des adresses : 50 et 50 bis rue de Lisbonne et 75 bd Haussmann205.

Dans les débuts des activités d’Édouard Empain, on a relevé d’autres adresses, notamment rue Auber ou rue de la Chaussée d’Antin. Mais les sièges sociaux sont rapidement regroupés (entre 1907 et 1910 selon les sociétés) rue de Lisbonne ou boulevard Haussmann. ← 309 | 310

Seules trois entreprises ont leur siège social sur le lieu d’exploitation (c’est-à-dire sur le lieu d’exercice de l’activité). Il s’agit des TELB à Lille, de la CTN à Nantes (à partir de 1922) et des TENP à Paris (mais ni rue de Lisbonne ni bd Haussmann). Ces entreprises ne sont pas les plus importantes du groupe206. On pourrait donc en déduire que toutes les sociétés qui comptent ont leur siège dans l’un des immeubles parisiens du groupe.

En plus de réunir les sièges sociaux, certains services sont organisés, à Paris, pour toutes les sociétés françaises du groupe. Un seul service comptable, installé 75 boulevard Haussmann, est compétent pour l’ensemble du groupe207. Au sein de ce service, une spécialisation assez classique : un comptable est affecté à chacune des sociétés. Le fait de tenir les comptes à Paris suppose une remontée quotidienne d’informations très précises vers le siège et des contrôles également quotidiens et très pointus.

Les conseils d’administration se réunissent à Paris. Ils ne se déplacent sur les lieux d’exploitation que de façon exceptionnelle, si un évènement important le justifie. Cette centralisation des conseils conduit à centraliser également leurs registres et leurs plumes : à partir de 1910, deux personnes vont exercer les fonctions de secrétaires des conseils d’administration, pour de nombreuses sociétés du groupe. Il s’agit de MM. Sauvage et Méjean. Paul Sauvage exerce ses fonctions dès 1910. Il a d’abord été engagé pour EGN (1910), puis également à la SERVA (à partir de 1913) et à la SNE (à partir de 1922). Il exerce aussi ses fonctions à Jeumont (à partir de 1920) et à la Parisienne électrique (de 1920 à 1928). Alphonse Méjean, présent au sein du groupe depuis 1906, est secrétaire de la Société d’électricité de Paris (à partir de 1918), de l’Électricité de la Seine (à partir de 1924) et de la Parisienne électrique (en 1929).

Ajoutons encore que les administrateurs des différentes sociétés sont plus souvent domiciliés à Paris ou à Bruxelles que dans les régions où sont installées les entreprises. Les assemblées générales se tiennent à Paris, les dividendes sont payés à Paris.

Quelles conclusions peut-on tirer de ces observations ? Il y a bien une centralisation des sièges sociaux et des services centraux des entreprises du groupe. La tenue des comptes à Paris suppose une information constante du siège par les services installés sur le terrain et des possibilités de contrôle également constantes. On peut attribuer la même conséquence au fait de tenir également au siège les registres des conseils d’administration. On pourrait donc distinguer la gestion industrielle de chaque ← 310 | 311 entreprise, exercée au jour le jour dans les usines ou sur les réseaux de chemins de fer et tramways, d’une part et la gestion et la direction du groupe, d’autre part. Les décisions quotidiennes sont prises sur le terrain, les décisions stratégiques sont prises à Paris. Il y a donc décentralisation quotidienne, mais centralisation des décisions importantes.

2 –   Les services entre sociétés du groupe

Ces services apparaissent, au jour le jour, dans les procès-verbaux des réunions des conseils d’administration. Ils nous sont également connus grâce à l’article 40 de la loi sur les sociétés commerciales (à cette époque loi de 1867) selon lequel les contrats passés par une société avec une autre doivent être autorisés par l’assemblée générale, si les deux sociétés ont des administrateurs en commun. Ces conventions donnent lieu à un rapport spécial des commissaires, puis à un vote de l’assemblée générale ordinaire. La lecture des comptes rendus des conseils d’administration et des rapports des commissaires fait apparaître des conventions de plusieurs types : fournisseur et client, services, ingénierie.

Parmi les contrats de type fournisseur et client, on relève les achats d’énergie, les achats de matériel, la maintenance du matériel. Les achats d’énergie sont le fait des entreprises de transport. La Société d’électricité de Paris et l’Électricité de la Seine ont été fondées pour alimenter en énergie le Métro, qui demeure, sur le long terme, un très gros client : la SEP lui fournit en 1906-1907 26 000 000 kWh (soit 96 % de sa production totale), en 1907-1908 34 000 000 kWh (soit 97 % de sa production totale), en 1923 76 000 000 kWh (soit 40 % de sa production totale)208. De la même façon, EGN alimente les tramways de Valenciennes209, la SELB210 puis EGN211 fournissent les tramways de Lille et la SNE212 alimente les tramways de Nantes. EGN fournit également de l’énergie à ses voisins les ACENE213, puis aux FACEJ.

Les achats de matériel se font auprès des Ateliers de construction du Nord et de l’Est (ACENE), puis des Ateliers de construction électrique de Jeumont. Ils sont le fait des entreprises d’électricité214 comme des entre ← 311 | 312 prises de transport215. Un des plus gros clients sera toujours le Métro de Paris, acquéreur de matériel ferroviaire et de l’équipement électrique du matériel de traction et des infrastructures (sous-stations électriques, fils et câbles, matériel de signalisation, éclairage des stations de métro, ascenseurs, escaliers mécaniques, portes électriques…) La CMP ne se fournit cependant pas uniquement au sein du groupe : ainsi, la motrice Sprague-Thomson, modèle standard jusqu’à 1940, a été élaborée conjointement par Jeumont et Thomson.

Les ateliers de Jeumont interviennent également en cas d’avarie du matériel : ils réparent, ou assistent le propriétaire dans la réparation.

Les Ateliers de construction électrique de Charleroi peuvent également être un fournisseur. Ils font partie du groupe, mais sont soumis au droit belge. Ils sont en général très discrets, cachés derrière leur cousin français les FACEJ (ou précédemment les ACENE), afin de laisser planer le doute sur l’origine nationale du matériel fourni. En février 1925, on apprend que les alternateurs à installer dans la centrale d’Ivry, alors en construction, ont été commandés aux ateliers de Jeumont. Ceux-ci, pour activer la livraison, ont été autorisés à rétrocéder la commande de l’un d’eux aux ACEC216. Il y a donc quelques livraisons. Si on se rappelle de la situation de Jeumont, véritablement sur la frontière franco-belge, à seulement quelques dizaines de kilomètres de Charleroi, on peut imaginer que du matériel a pu être préparé à Charleroi, puis envoyé discrètement à Jeumont.

Parmi les contrats de services, on peut distinguer les services financiers, administratifs et la gestion. Dans le groupe des opérations financières, mentionnons les crédits entre sociétés du groupe mais aussi les comptes courants existants entre les entreprises, notamment entre les TPDS et la SEP, la Parisienne électrique et la SEP, la Compagnie générale de railways et d’électricité et la SEP217, les FACEJ et la SEP ainsi qu’EGN et la SEP218. Parmi les crédits, mentionnons ceux consentis à la Société d’électricité de Paris par la Parisienne électrique et la Compagnie ← 312 | 313 générale de railways et d’électricité, particulièrement importants lors des débuts de la société d’électricité219, comme suit :

Figure 38. Crédits consentis à la SEP, à ses débuts, par la Parisienne électrique et la Compagnie générale de railways et d’électricité

images

Lorsque la Société d’électricité de Paris a réellement démarré, elle se contente de petits crédits, auprès de ses fournisseurs.

Les fournitures de services administratifs sont le fait de la Parisienne électrique. EGN220 lui confie sa comptabilité, du 1er mars 1912 au 1er janvier 1913, puis du 1er octobre 1929 à la nationalisation. La SNE lui confie également sa comptabilité et divers travaux d’écriture, à partir de janvier 1920221 et jusqu’au 1er octobre 1923222. Un accord plus large est conclu avec la SEP en 1929223 : la Parisienne électrique met à disposition de la société d’électricité son organisation technique, administrative, financière et contentieuse. Cette fois, il n’est donc plus seulement question d’aide administrative, mais véritablement de la gestion de la SEP.

En ce qui concerne les sociétés de chemin de fer et tramways, cette aide à la réalisation des tâches administratives aboutira à concentrer toute la gestion en un lieu unique et aux mains d’une seule équipe. Les services communs sont en effet si développés que finalement, si l’on excepte les services sur le terrain, ces sociétés sont gérées comme une seule entreprise. Même si les différents réseaux sont juridiquement indépendants les uns des autres, on pourrait assimiler le réseau Empain à un réseau unique, implanté sur différents points du territoire224. ← 313 | 314

Le dernier groupe de services comprend les activités d’ingénierie, qui sont également présentes au sein du groupe. Les travaux sont effectués par la Compagnie Russe Française et la Compagnie générale de railways et d’électricité (qui construisent notamment la centrale de Saint-Denis 1225), puis par la Parisienne électrique.

Dans certains cas, le service rendu est global et pourrait entrer dans plusieurs des catégories ci-dessus. Ainsi, lorsqu’une entreprise existante et déjà bien installée aide une autre à démarrer. C’est notamment le cas des Tramways électriques nord parisiens226 vis-à-vis de la Société d’électricité de Paris. La SEP s’installe, à ses débuts, dans les bureaux des TENP en participant à la location, au chauffage, à l’entretien des bureaux et aux frais généraux. Les tramways mettent également du personnel à disposition de la SEP (son secrétaire général Durangel et son chef comptable Dieudonné)227. Les Tramways électriques nord parisiens fournissent à la SEP le courant nécessaire aux travaux de construction de la centrale de Saint-Denis228. Après mise en service de la centrale, chacun va reprendre sa place : la société d’électricité va devenir fournisseur d’énergie, la société de tramways va devenir cliente de la société d’électricité. Les Tramways électriques nord parisiens reçoivent une offre de fourniture d’énergie dès août 1903229, en même temps que la SEP décide d’acquérir 20 000 actions de cette société. L’achat est rapidement réalisé.

La SEP agira de même lors des débuts de l’Électricité de la Seine : elle assurera temporairement les services administratifs (secrétariat et comptabilité) et le service financier de la nouvelle entreprise230.

EGN fait de même avec sa petite sœur la SERVA. Elle réalise les études relatives aux travaux neufs pour la construction de la centrale de Valenciennes, pour le remaniement et pour l’extension des réseaux. Elle s’occupe de la surveillance des travaux231 et assure les services de l’administration centrale. Cette dernière activité sera confiée à EGN jusqu’à ← 314 | 315 1936, année où SERVA résilie le contrat pour en signer un autre avec la Parisienne électrique232.

Mentionnons encore les efforts menés par le comité technique commun à la SEP et l’ES. Cet organe est créé en octobre 1927 par les deux sociétés parisiennes233, qui le financent au prorata des kilowattheures vendus par chacune d’elles. Il réunit certains membres des deux conseils d’administration ainsi que certains salariés (par exemple Eugène Nicolini, directeur de la SEP et de l’ES) ou des personnalités extérieures (comme Albert Tirman, président d’EGN ; E. Duquesne, directeur de la Société de gaz et électricité du Hainaut ; Paul Delsemme, ingénieur en chef de la Compagnie générale de railways et d’électricité). Le Comité technique travaille à l’amélioration de l’exploitation des centrales et est le préalable à une coopération encore plus poussée, qui sera mise en place plus tard. En janvier 1936, les conseils d’administration de la SEP et l’ES234 donneront leur accord pour la marche en liaison des deux sociétés. Dans ce cadre, en février 1937, un accord entre les deux sociétés répartira entre elles les contrats de fourniture d’énergie235. Un contrat de ce type avait déjà été passé entre EGN et la SELB, en 1927, en vue d’une meilleure utilisation des centrales de Lille et Lomme236.

Mentionnons enfin le cas des sociétés non intégralement détenues par Empain : la Société nantaise d’électricité et la Société d’électricité de la région de Valenciennes Anzin. Celles-ci peuvent également conclure des contrats avec des entreprises appartenant à leur autre actionnaire. La Société Nantaise le fait : elle confie à la Compagnie mutuelle des tramways, en juin 1912, l’étude et la préparation des travaux d’édification de la centrale de Chantenay et de divers autres travaux liés au projet237. Plus tard, elle sous-traite les services du président et de l’administrateur délégué. Ceux-ci sont, à partir de 1923, des représentants de la Compagnie générale d’électricité. Ils sont payés par cette société, à qui la SNE verse une somme forfaitaire annuelle238. La SNE ne rémunére son président qu’à partir du 1er décembre 1945239. ← 315 | 316

Les services entre les différentes entreprises du groupe sont donc réels, nombreux et variés. Il y a bien une synergie entre les différentes entreprises, ceci grâce à leurs activités voisines et complémentaires, à la centralisation des services centraux et, s’agissant des livraisons d’électricité, à la proximité géographique. Ceci est la preuve de la réalité du projet industriel d’Édouard Empain. Le groupe n’est pas constitué d’entreprises qui, chacune de leur côté, exercerait leur activité, mais de différentes entreprises liées les unes aux autres non seulement par leurs participations croisées mais aussi par leurs activités industrielles.

Après cette étude des contrats passés entre les différentes entreprises du groupe, survolons brièvement les questions techniques. Comment sont les centrales électriques ? De quelle technologie disposait Édouard Empain ? Quels choix techniques a-t-il fait ?

V –   Bilan technique

Le domaine de l’électricité est, à l’époque qui nous intéresse, le théâtre de changements technologiques continuels. Dans une industrie encore jeune, on découvre, on expérimente. Chacun choisit son propre matériel, fixe ses normes. Il n’y a pas encore de souci d’unification. Ceci conduit à des solutions parfois surprenantes : ainsi à Paris, l’électricité distribuée a une fréquence différente selon le secteur distributeur.

Dans un contexte de dépendance de la France (comme de la Belgique d’ailleurs), à l’égard des technologies américaines et allemandes avant la Première Guerre mondiale, certaines entreprises font leurs premiers pas sur le marché français, grâce aux brevets mis à leur disposition par leurs sociétés mères. Mères qui peuvent être américaines, comme la Thomson-Houston240 ou la Continentale Edison241 ou suisse, comme Brown Boveri242. Ces entreprises, titulaires de brevets notamment en matière de trolley pour la première, lampes à incandescence pour la seconde ou turbine à vapeur pour la troisième, les mettent à disposition de leurs filiales françaises, qui dès leurs débuts, bénéficient donc d’une certaine technologie243.

D’autres entreprises démarrent sans le soutien technique d’une société mère déjà active dans le secteur. Il en est ainsi du groupe Empain. À ses débuts dans l’électricité, il peut s’appuyer sur sa propre puissance ← 316 | 317 financière, liée à ses succès dans les entreprises de transport en commun. Mais il ne dispose d’aucun brevet ni d’aucune licence permettant l’utilisation des brevets déposés par une société mère qui maîtriserait déjà une certaine technologie dans le domaine de l’électricité. Cette situation ne créera cependant pas un handicap. Les Ateliers de Jeumont et ceux de Charleroi vont se mettre au travail, pour concevoir et fabriquer du matériel électrique, notamment des alternateurs. Pour les autres matériels, on achète. Les sociétés d’électricité du groupe sont libres de choisir la technologie qu’elles veulent utiliser. La liberté du choix du fournisseur permet de s’adapter facilement au changement, de bénéficier des progrès de la technique, de commander à celui qui peut livrer le plus rapidement, de bénéficier de plusieurs technologies différentes en passant commande à plusieurs fournisseurs… Ne serait-ce pas finalement plus intéressant que d’être contraint d’utiliser les brevets obtenus précédemment par une société mère ?

Le groupe Empain n’est pas le seul à démarrer sans le soutien technique d’un groupe déjà actif dans l’électricité. La Compagnie générale d’électricité débute également modestement. Elle ne bénéficie pas non plus des brevets d’une société mère. Comme le groupe Empain, elle y gagne en souplesse et en faculté d’adaptation.

Le cadre ayant ainsi été exposé, voyons comment on peut récapituler les choix techniques auxquels les dirigeants du groupe Empain ont procédés. Nous dressons ce bilan en plusieurs points : l’innovation, l’agrandissement constant des usines, le choix des fournisseurs, la réutilisation de ce qui peut encore servir.

Les centrales électriques Empain sont innovantes. Saint-Denis 1 représente une « véritable révolution dans les procédés alors en vigueur pour la production de l’énergie électrique. »244 Avant Saint-Denis 1, les plus grosses turbine à vapeur avaient une puissance de 1 000 kW. Saint-Denis 1 est la première usine au monde à être composée exclusivement de turbines à vapeur de forte puissance : quatre groupes turbo alternateurs de 5-6 000 kW. Cette conception, jugée audacieuse à ses débuts, a ensuite servi de modèle aux centrales construites après Saint-Denis 1. Saint-Denis 2 se veut également une centrale de conception d’avant garde. Elle est unique au monde en ce qui concerne les caractéristiques de la vapeur : sa température atteint 500 °, la pression 70 kg par cm². Les turboalternateurs, d’une puissance unitaire de 72 000 kVa, tournent à 3 000 t/mn. L’eau d’alimentation est portée à 180° puis refoulée à 80 kg ← 317 | 318 de pression par les pompes alimentaires245. La construction de l’usine de Saint-Denis 2 a donc fait avancer la technique.

La centrale d’Ivry est moins innovante. C’est le « prototype de la centrale moderne, économique et sûre, à caractéristiques moyennes. »246

En plus de l’innovation, on ne laisse pas les usines vieillir. Ainsi, à Saint-Denis 1, dès 1919 on remplace graduellement les groupes initiaux de 5-6 000 kW à 750 t/m par des groupes de 12-15 000 kW à 1 500 t/m. Plus tard, on installe des groupes d’une puissance allant jusqu’à 20 000 kW, tournant à 3 000 t/minute247.

Les usines sont conçues de telle façon qu’on puisse en augmenter la puissance sans avoir à modifier le plan initial. Deux moyens pour y parvenir : la réserve foncière et le surdimensionnement initial des matériels des centrales. Les sociétés d’électricité achètent des terrains plus grands que ceux dont elles ont alors besoin, et/ou agrandissent leurs territoires par des achats postérieurs de parcelles voisines. De cette façon, elles peuvent agrandir leurs centrales ou même construire une centrale plus moderne à côté de la centrale existante : Saint-Denis 2 et Valenciennes 2 sont construites à côté de Saint-Denis 1 et Valenciennes 1.

Avant d’en arriver à construire une nouvelle centrale à proximité de la centrale existante, on peut agrandir les installations existantes. Les centrales sont conçues pour pouvoir être facilement portées à une puissance supérieure. Quelques exemples :

La centrale de Saint-Denis 1248 comporte à ses débuts, quatre groupes de 5 000 kW. Entre 1905 et 1914, la puissance est successivement portée à plus de 60 000 kW. Fin 1928, l’usine dispose d’une puissance de 130 000 kW.

De la même façon, l’usine de Saint-Denis 2249 est initialement une usine de 150 000 kW, mais dispose des services généraux pour 350 000 kW.

Le conseil d’administration de l’Électricité de la Seine, lorsqu’il décide de construire la centrale d’Ivry, prévoit qu’elle « pourra recevoir sept groupes turboalternateurs de 15 000 kW, les chaudières correspondantes et tous les accessoires »250 même si, au début, on n’installe que quatre groupes turboalternateurs et huit chaudières. Les bâtiments sont assez grands pour qu’on puisse augmenter sans difficulté la puissance ← 318 | 319 de la centrale. C’est d’ailleurs ce qui est fait : le cinquième groupe et ses chaudières sont installés, portant en 1933 la puissance à 75 000 kW251.

Même technique à Valenciennes : la puissance de la centrale SERVA252, à ses débuts, est de 20 000 kW répartie en quatre groupes turboalternateurs, mais les bâtiments sont conçus pour qu’on puisse installer sept groupes et porter la puissance à 35 000 kW.

L’équipement des centrales provient le plus souvent des ateliers Empain. Les turboalternateurs, transformateurs, disjoncteurs installés dans les centrales sont, le plus souvent, fabriqués par les Ateliers de construction électrique de Jeumont (ou, avant, par les ACENE). Les procès-verbaux des réunions des conseils d’administration des sociétés d’électricité, lorsqu’ils évoquent les travaux à prévoir ou en cours, indiquent qui fournira le matériel.

Enfin, parmi les choix techniques, relevons encore l’aptitude à ne pas détruire ce qui pourrait encore servir. À l’automne 1927, la centrale d’Ivry de l’Électricité de la Seine entre en service. La CMP peut donc arrêter son usine de Bercy, qui fabriquait peu de courant, à un coût supérieur à celui des centrales de banlieue. La centrale ne sera pourtant pas désaffectée : ses chaudières sont anciennes mais dans un état suffisant pour alimenter un réseau expérimental de chauffage urbain développé autour de la gare de Lyon. La centrale est donc apportée par la CMP à la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), constituée durant l’été 1928. L’usine va produire de la vapeur pour alimenter le réseau de chauffage construit et exploité par cette société.

Dans d’autres cas, les centrales peuvent être conservées comme sous-station de transformation (centrale de Lamoricière à Nantes), centrale de secours (centrale de Jeumont entre 1932 et 1934) ou de réserve (Aulnoye à partir de 1934), éventuellement avant des travaux de rénovation (Aulnoye, Valenciennes 1). Lorsqu’on ne peut vraiment rien faire du vieux matériel, on désaffecte l’usine : Lille en 1935, Hirson en 1939.

Jetons un rapide coup d’œil aux centrales des autres gros producteurs d’électricité.

La centrale de Gennevilliers, édifiée après la Première Guerre mondiale par l’UDE et mise en service en 1922, compte à ses débuts six groupes de 35 000 kW. Elle est alors considérée comme la plus moderne et la plus puissante d’Europe. Elle est agrandie dès 1928, avec l’adjonction de deux groupes de 50 000 kW et d’une chaufferie de huit chaudières.

Outre cette extension, des travaux de modernisation sont engagés dès cette époque. L’UDE entame également, au même moment, les travaux ← 319 | 320 d’édification de la centrale Arrighi à Vitry sud, qui sera également à la pointe de la technique.

Centrales immenses, très modernes, souci constant de les améliorer : il y a coïncidence entre les politiques industrielles de l’UDE et du groupe Empain.

De la même façon, la centrale de Wasquehal, édifiée par l’Énergie électrique du Nord de la France et mise en service en 1907 et la centrale de Comines, édifiée par la même EENF après la Première Guerre mondiale et mise en service en 1922, sont également comparables aux centrales exploitées par Empain dans la région nord. Ce sont des centrales modernes, de grande dimension (mais, on l’a vu, moins gigantesques que celles de région parisienne, du fait d’une situation géographique différente).

Dans la cour des grands, les mêmes principes gouvernent l’édification des centrales.

VI – Un groupe belge à Paris, une exception française ?

Le groupe Empain, dont on a observé combien il était bien et largement implanté en France, est-il une exception ou y a-t-il à cette époque d’autres groupes belges actifs en France ? On a déjà évoqué253 les circonstances dans lesquelles les entrepreneurs belges de transport et les autres étaient venus s’installer en France à la fin du 19e siècle. Ces entrepreneurs demeurent en France sur le long terme. Ainsi, avant la Première Guerre mondiale254, il y a cinq cent vingt et une entreprises belges en France, « pays où les avoirs belges étaient les plus considérables (et) où l’initiative belge s’exerçait en premier lieu. »255 En 1911, sur 3 000 000 000 FB investis à l’étranger, 137 000 000 FB l’étaient en France. Les entreprises belges étaient présentes sur presque tout le territoire (sauf en Bretagne et centre ouest), mais en plus grand nombre dans le Nord et le Pas-de-Calais, les Ardennes et à Paris. Leurs sièges administratifs étaient le plus souvent à Paris. Leurs secteurs d’activité étaient nombreux et variés : chemins de fer, tramways, électricité, gaz, traitement et distribution des eaux, métallurgie, métaux non ferreux, chimie, travaux publics, industrie alimentaire, imprimerie. Dans le Nord et le Pas-de-Calais les Belges détenaient aussi des entreprises de charbonnage, de sidérurgie et grosse métallurgie, des carrières, des briqueteries, des entreprises de textile, d’exploitation du bois… La présence de ces ← 320 | 321 entreprises entraîne la présence d’une colonie belge dans les régions concernées (ainsi en 1912 cinquante ingénieurs belges vivent en région parisienne et soixante-trois dans le Nord Pas-de-Calais).

Mais recentrons nous sur les seuls secteurs des transports et de l’électricité. Utilisons le travail de M.-T. Bitsch256. Celle-ci présente les holdings belges s’occupant de transport et d’électricité, fondés à la même époque que ceux d’Édouard Empain, exerçant leur activité en France et éventuellement dans d’autres pays. Après exclusion des holdings du groupe Empain, le tableau ci-après présente les autres holdings de droit belge, leurs filiales en France et les autres pays dans lesquels ils investissent, à la veille de la Première Guerre mondiale. ← 321 | 322

Figure 39. Les holdings belges d’électricité et de transport (hors groupe Empain) en France, à la veille de la Première Guerre mondiale

images

Ces holdings, toutes fondées à Bruxelles et soumises au droit belge, détiennent des filiales dans plusieurs pays dont la France. Deux d’entre elles ont été créées notamment grâce à des capitaux allemands. La SGBEE et la SOFINA ont été fondées par l’Union Elektrizitäts Gesellschaft (elle- ← 322 | 323 même ensuite reprise par l’AEG) qui voulait en faire les sociétés mères de ses investissements dans le monde. L’UEG a choisi de déléguer cette mission à des filiales belges pour pouvoir bénéficier de l’abondance des capitaux disponibles à la bourse de Bruxelles (capitaux que le marché allemand ne pouvait pas fournir) et de la législation belge sur les sociétés commerciales, très favorable aux entrepreneurs. Ces sociétés, aux conseils d’administration plus ou moins liés aux Allemands (spécialement en ce qui concerne la SOFINA) investissent dans de nombreux pays d’Europe, dans l’Empire Ottoman, en Russie et jusqu’en Argentine.

Comparons le poids de ces holdings, par rapport à celui du groupe Empain. Ceci nous permettra d’affiner notre appréhension de l’importance du groupe Empain en France. Comparons le nombre de filiales françaises détenues par les différents holdings et leur valeur boursière (au 1er juillet 1914). Pour ce faire, utilisons encore le travail de M.-T. Bitsch257, qui a retrouvé une étude réalisée pendant la Première Guerre mondiale par le commissaire impérial auprès du Gouvernement général de Belgique Von Lumm.

Figure 40. Poids économique des différents holdings belges d’électricité et de transport, en France, en 1914

images

Même si on garde à l’esprit que les deux holdings Empain ci-dessus sont souvent actionnaires des mêmes filiales (et qu’il ne faut donc pas additionner le nombre de filiales et leurs valeurs à la bourse), le groupe Empain se place en tête, à la fois par le nombre d’entreprises exploitées en France et par la valeur boursière de ces entreprises.

Enfin, que dire de l’activité de ces groupes, par rapport à celle du groupe Empain ? Les autres holdings investissent dans les transports (Compagnie générale des chemins de fer secondaires), les transports et l’éclairage (Société générale des chemins de fer économiques ; Compagnie mutuelle des tramways ; Union des tramways ; SGBEE) ou seulement l’énergie (Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage ← 323 | 324 par le gaz). Empain investit dans le même type d’entreprises, mais aussi dans les Ateliers de Jeumont, la Parisienne électrique. Il a donc une activité industrielle plus complète. La SOFINA pourrait plus se rapprocher du groupe Empain. Elle démarre avec des investissements dans des sociétés de transport, comme les autres sociétés ci-dessus. Mais, sous l’impulsion de Danie Heineman, qui en devient directeur en 1905, elle développe son activité industrielle. Heineman met en place un bureau d’études, qui sera très actif et réoriente l’activité de l’entreprise vers l’électricité. Il décide également que la SOFINA cessera de simplement gérer son portefeuille et assurera directement la gestion technique et administrative de ses filiales. À ce titre, on pourrait rapprocher la SOFINA des holdings du groupe Empain. La SOFINA ne spécule pas, mais gère ses filiales, tout comme le font les holdings du groupe Empain. Enfin, le bureau d’études de la SOFINA peut être rapproché de celui de la Parisienne électrique. À l’époque du décès d’Édouard Empain, la SOFINA participe à trente-huit entreprises, dont huit entreprises françaises258 (trois sont de type banque et trust et cinq sont productrices d’électricité). La SOFINA est associée, en France, à deux groupes importants dans le secteur de l’électricité, que l’on a déjà rencontrés. Elle détient une participation à l’Union d’électricité (UDE, fondée par Ernest Mercier et Albert Petsche au lendemain de la Première Guerre mondiale), qui, on l’a vu, est un concurrent d’Empain en région parisienne, grâce à sa centrale de Gennevilliers. La SOFINA participe également à la Société générale d’entreprise (société phare du groupe Giros259 Loucheur260), qui détient notamment l’Énergie électrique ← 324 | 325 du Nord de la France (autre acteur important du monde de l’électricité dans le Nord du pays, grâce à sa centrale de Wasquehal, déjà mentionnée) et la Société des forces motrices de la Truyère. Le groupe Giros Loucheur connaît des difficultés au milieu des années 1920, à l’achèvement des chantiers de la guerre et de la reconstruction. Il surmonte cette crise avec l’aide de la SOFINA. Suite à cette coopération, Alexandre Giros et Ernest Weyl261 (tous deux représentants du groupe Giros Loucheur) entrent au conseil d’administration de la SOFINA.

Tout ceci nous montre, une nouvelle fois, que si Édouard Empain est une « personnalité dominante du monde économique franco-belge »262 il n’est cependant pas le seul Belge actif en France. Le mêmes causes produisant les mêmes effets, il est peu étonnant que certains de ses compatriotes aient, comme lui, investi et déployé leurs activités dans le pays voisin.

VII –    Conclusion

La part française de la succession d’Édouard Empain comprend donc vingt entreprises, actives principalement dans les domaines de la traction et de l’électricité. On observe une concentration horizontale (exploitation de plusieurs entreprises de transport, plusieurs entreprises d’électricité) et verticale (production de courant pour faire fonctionner ses propres tramways, ses trains ou surtout son Métro, fabrication de matériel de transport pour vendre à ses propres entreprises de traction…). On observe enfin de la concentration territoriale puisque le groupe est actif dans trois régions : la région parisienne, le Nord et la région nantaise. Néanmoins, à cette époque, on observe surtout des sociétés voisines qui exercent leur activité à côté les unes des autres. Il y a des fournitures croisées, notamment entre les sociétés d’électricité et les sociétés de transport, mais pas d’intégration régionale.

Fondé et animé par un Belge, le groupe Empain demeure marqué par ses origines belges, tout en étant un acteur français à part entière de son secteur. Les sociétés de portefeuille, ou électroholdings, qui détiennent une large partie du capital des entreprises françaises, sont créées et gérées conformément à la loi belge. Une partie des dirigeants des entreprises françaises est originaire de Belgique. Mais les autres dirigeants sont français, les sociétés exercent sur le territoire français et, s’agissant ← 325 | 326 des entreprises de transport, sont concessionnaires de missions de service public.

S’agissant de la direction du groupe, la liste des administrateurs des sociétés françaises et des sociétés belges de portefeuille est longue (elle compte cent cinquante-cinq noms). Mais la liste des gros titulaires de mandats est courte (seulement trente-quatre personnes siègent dans quatre conseils d’administration et plus). Il y a donc une concentration des pouvoirs entre peu de mains. Parmi celles-ci, celles des membres de la famille : Édouard Empain accorde des postes à son frère, ses beaux-frères, ses fils et son neveu. Mais il fait également une grande place aux dirigeants salariés de très haut niveau : il recrute les ingénieurs les plus brillants (formés à Polytechnique et aux Ponts et Chaussées ou à Polytechnique et aux Mines, pour les Français, à l’université, notamment à Liège pour les Belges). Il sait repérer les compétences et embauche les meilleurs de ceux que le hasard des affaires lui fait rencontrer (ainsi Raynald Legouëz, un ancien de la ville de Paris ou certains anciens des sociétés rachetées par lui). Homme habile, il sait également choisir ceux qui pourront l’aider vis à vis des pouvoirs publics (des politiques) ou inspirer confiance aux épargnants (les fils de Marcellin Berthelot).

Malgré (ou grâce à) cette habileté à bien s’entourer, Édouard Empain ne conclut pas d’alliance avec d’autres. Ni avec d’autres groupes industriels (sauf peut-être, la Compagnie mutuelle des tramways, la Compagnie générale pour l’éclairage et le chauffage par le gaz et les Mines d’Anzin, dans des circonstances particulières et pour des projets précis, le projet nantais en ce qui concerne la CMT, la SERVA en ce qui concerne les deux autres), ni avec d’autres familles d’entrepreneurs. Il y a sans doute une amitié avec la famille Berthelot, dont deux membres siègent auprès d’Édouard Empain dans les conseils d’administration des sociétés du groupe, mais pas d’union entre entreprises. Il n’y a d’ailleurs pas à proprement parler de groupe Berthelot, surtout au début de la collaboration d’Édouard Empain et André Berthelot. Pas non plus d’alliance matrimoniale permettant à la famille et aux entreprises Empain de s’associer à un autre groupe industriel.

Du point de vue financier, on peut scinder les entreprises en deux groupes. Le premier réunit les entreprises aux importants et très importants bénéfices, à savoir le Métro de Paris (qui jusqu’à 1925 réalise pratiquement toujours le meilleur résultat du groupe), les entreprises d’électricité, Jeumont (sous ses avatars successifs) et la Parisienne électrique. L’autre groupe réunit les autres sociétés de transport (hors Métro). Celles-ci ne sont pas toujours rentables, spécialement après la Première Guerre mondiale. Leurs résultats sont fonction de leur région, de leur mode de ← 326 | 327 traction, des accords conclus avec les autorités concédantes, mais ne sont généralement pas bien importants.

Les sociétés Empain font presque toutes appel public à l’épargne (à travers la cotation de leurs actions à la bourse). Pour que toutes les affaires, et pas seulement les plus rentables, bénéficient de cette source de financement, Édouard Empain recourt à la technique des sociétés de portefeuille : sociétés qui détiennent un certain nombre d’actions de toutes les entreprises du groupe et partagent ainsi les risques liés à chacune.

Malgré ceci, Empain s’arrange pour conserver le pouvoir (en conservant une partie des actions et donc des droits de vote aux assemblées générales) et une partie des bénéfices (grâce aux parts bénéficiaires, accordées une fois pour toutes, aux fondateurs de la société, et qui reçoivent une importante part du bénéfice, lors de sa répartition). Il utilise également parfois des combinaisons boursières pour attirer l’épargne (notamment avec les actions de jouissance, qui continuent à être rémunérées après leur remboursement).

Lors de la répartition des bénéfices, il y a plus pour les parts que pour les actions et, parmi les parts, plus pour les parts des sociétés d’électricité (sauf en ce qui concerne la SNE) que pour celles des autres sociétés.

Enfin, on a pu constater l’existence d’une synergie au sein du groupe : les entreprises sont clientes et fournisseurs les unes des autres, des services sont communs, des hommes (à différents niveaux de la hiérarchie) travaillent pour plusieurs entreprises. Le groupe n’a donc rien d’artificiel.

Reste à voir ce que les jeunes Jean et Louis vont faire du travail de leur père. ← 327 | 328 ← 328 | 329 →


1       Le quotidien belge La Métropole, dans son édition du 26/7/1929, consacre un long article au décès du Baron Empain, sous le titre Les funérailles du Général Baron Empain. Rien de tel dans la presse française : Le Figaro, dans son édition du 23 juillet annonce en quelques lignes le décès et énumère les nombreuses décorations et distinctions du Général Baron. Le Temps, dans son édition du 23 juillet annonce en deux lignes le décès du Baron Édouard Empain. Rien dans La Croix, rien dansL’Humanité.

2       N’apparaissent pas les sociétés qui ne font plus partie du groupe à cette date, à savoir :

            les Tramways électriques nord parisiens, absorbés par les Tramways de Paris et du département de la Seine en 1910,

            la Compagnie des chemins de fer de Pau Oloron Mauléon et du tramway de Bayonne à Biarritz ainsi que les Chemins de fer de Bayonne Anglet Biarritz, cédés en 1911,

            les Chemins de fer de la banlieue de Reims et extensions, cédés par le groupe en 1923,

            les Chemins de fer du Calvados, cédés par le groupe en 1928.

         N’apparaissent pas non plus les Ateliers de construction du nord et de l’est et les Forges et ateliers de la Longueville, qui ont fusionné en 1921 pour créer les Forges et Ateliers de construction électrique de Jeumont (FACEJ).

3       On entend par sociétés françaises les sociétés établies conformément au droit français et ayant leur siège social en France. Il se trouve qu’elles ont également leur activité principale en France.

4       SVN : sans valeur nominale.

5       La Compagnie générale de railways à voie étroite est fondée en 1881. Lors de sa constitution, elle reçoit en apport 74 km de lignes de chemin de fer dans la région de Valenciennes. Elle s’empresse de céder ces lignes aux Chemins de fer économiques du Nord et se spécialise dans la prise de participations dans des sociétés de chemins de fer et tramways, principalement en Belgique, en France et en Amérique du sud. En 1905, elle apporte tout son portefeuille à la Compagnie générale de railways et d’électricité. Elle reçoit, en échange, 40 000 actions de capital et 8 050 actions de dividende de cette nouvelle société.

6       La Compagnie russe française de chemins de fer et de tramways est fondée en 1896. Son objet initial est l’étude, la construction et l’exploitation de tous chemins de fer et tramways dans l’empire russe, en Chine, dans les colonies et protectorats français et en France. Elle peut également procéder à toutes opérations financières sur les titres de sociétés correspondant à son objet social. Là où elle possède des tramways électriques, son objet s’étend à l’industrie de l’électricité, notamment l’éclairage. Très vite (7 décembre 1896) son aire géographique d’activité est étendue à la Belgique, la Turquie, aux pays tributaires de l’empire ottoman, notamment l’Égypte. Son capital initial est de 3 500 000 FB, porté à 7 000 000 FB puis à 10 000 000 FB en 1903. En 1904, elle participe à la constitution de la Compagnie générale de railways et d’électricité, en lui apportant son portefeuille. Elle reçoit en échange 94 832 actions de capital, 5 168 actions de jouissance et 35 000 actions de dividendes de la nouvelle société.

7       La Fédération française et belge de tramways est constituée en 1898 pour fédérer les entreprises de tramways détenues par le groupe en France et en Belgique. Parmi les entreprises à fédérer, les Tramways électriques de Boulogne-sur-Mer, les Chemins de fer de Pau Oloron Mauléon et tramway de Bayonne à Biarritz et les Chemins de fer de Bayonne Anglet Biarritz. En 1923, elle apporte tout son actif à une nouvelle société, à l’objet plus large que le sien : la Fédération d’entreprises de transport et d’électricité, qui va fédérer différentes entreprises de chemins de fer et tramways mais aussi investir dans l’électricité.

8       Sont relevées ci-après uniquement les sociétés de portefeuille et les sociétés françaises. Sont exclues toutes les autres entreprises, notamment les sociétés belges et les sociétés coloniales.

9       AGO du 27/4/1927, AGR, archives Cie belge des chemins de fer réunis, fonds Tractionel, boite TE 26-192.

10     AGO du 27/4/1927, AGR, archives Cie générale de railways et d’électricité, fonds Tractionel, boite TE 26-192.

11     AGO du 3/5/1927, AGR, archives Fédération d’entreprises de transports et d’électricité, fonds Tractionel, boite TE 26-192.

12     P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 449.

13     Déjà mentionnée au chapitre 2 – Une entreprise de transport.

14     G. Kurgan-van Hentenrijk, Rail, finance et politique : les entreprises Philippart (1865-1890), op. cit., p. 354.

15     Archives du Crédit Lyonnais, note de la DEEF, DEEF n° 60 998.

16     CA SEP du 19/10/1928, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

17     Henry Urban (1880-1951) : fils de Jules Urban, qui avait participé à la fondation puis présidé la Banque de Bruxelles et avait été le premier président de la Sté générale belge d’entreprises électriques. Neveu d’Ernest Urban, qui fut notamment président de la Sté Thomson Houston de la Méditerranée.

18     E. Bussière, La France, la Belgique et l’organisation économique de l’Europe, op. cit., p. 107 et 108.

19     E. Bussière, Horace Finaly banquier, op. cit., p. 171.

20     E. Bussière, Horace Finaly banquier, op. cit., p. 308.

21     Chapitre préliminaire.

22     N’ont pas été retenues pour cette carte la Compagnie Parisienne de chauffage urbain, Chaleur et énergie, la Compagnie Parisienne de distribution de chaleur, Carbonisation et charbons actifs et la Compagnie française de carbonisation Illingworth, entreprises qui démarrent à peine et qu’il nous a semblé inopportun de mettre en rapport avec les grosses et anciennes entreprises du groupe Empain.

23     « En 1912, le portefeuille titres de la Parisienne électrique représentait 68,8 % du total de son actif, tandis que les deux tiers du capital social appartenaient au groupe ». D. Barjot, « Trois groupes face à la nationalisation : Empain, Giros-Huvelin et Cie générale d’électricité », inLa nationalisation de l’électricité en France, nécessité technique ou logique politique ? Paris, 1996, p. 282.

24     Il s’agit des sociétés de transport, d’électricité, des ateliers de construction sous leurs formes successives et de la Parisienne électrique. N’ont pas été retenues les sociétés CPCU, Chaleur et énergie, CPDC, Carbonisation et charbons actifs et la Compagnie Française de carbonisation Illingworth, fondées dans les derniers mois avant la mort du Général Baron Empain et encore en phase de démarrage à son décès.

25     Il s’agit des six grandes sociétés de portefeuille (la Cie générale des railways à voie étroite, la Cie russe française de chemins de fer et de tramways, la Fédération française et belge de tramways, la Cie belge des chemins de fer réunis, la Cie générale de railways et d’électricité, la Fédération d’entreprises de transport et d’électricité), ainsi que la CAEN (qui détenait les entreprises nantaises) et les Tramways de Lille (qui détenaient les TELB).

26     D. Barjot et G. Kurgan-van Hententijk, Les réseaux humains dans l’industrie électrique européenne, Annales historiques de l’électricité, n° 2, juin 2004, p. 77.

27     G. Kurgan-van Hentenrijk, La puissance financière française vue par les milieux d’affaires belges, op. cit., p. 194.

28     Lettre d’A. Bénard au Préfet de la Seine, en date du 17/6/1898, archives de la ville de Paris, V 10 8 / 8.

29     Mémorial du 75e anniversaire 1847-1922, Liège, 1925.

30     Lettre de la CMP à la Préfecture de la Seine, en date du 5/4/1899, archives de la ville de Paris, V 10 8 / 09.

31     Dossier individuel de R. Legouëz, ingénieur des Ponts et Chaussées, CARAN, série F 14, n° 11 574.

32     Un autre futur grand patron du monde de l’électricité a, dans sa jeunesse, travaillé pour la ville de Paris. Albert Petsche, après ses études à Polytechnique (1879) et aux Ponts et chaussées (1884), et un premier poste à Bayeux, devient collaborateur du Préfet de Paris au service municipal des travaux. Il y reste jusqu’à 1896, année de son entrée à la Lyonnaise des eaux. Source : M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, tome 2, op. cit., cahier central.

33     Legouëz avait vu juste. La ligne a effectivement été construite, au delà de la gare RER du Luxembourg.

34     P. Lanthier, « Les dirigeants français du groupe Empain (1913-1940) », in S. Jaumain et K. Bertrams, Patrons, gens d’affaires et banquiers, Bruxelles, 2004, p. 269 à 281.

35     Archives de la ville de Paris, série V, boite 10-8, n° 8.

36     P. Lanthier, « Les dirigeants français du groupe Empain (1913-1940) », in S. Jaumain et K. Bertrams, Patrons, gens d’affaires et banquiers, op. cit., p. 271 et 272.

37     Elle avait épousé en premières noces Émile André, un ingénieur décédé prématurément huit ans plus tard, en 1889.

38     On peut donc parler, comme le fait Pierre Lanthier, d’une « carrière illustre dans le domaine public », qui précède une carrière au sein du groupe Empain. Néanmoins, Pierre Lanthier ne semble pas avoir relevé que Jacques Debs est également allié au Général Baron Empain, ni qu’il est de nationalité française. P. Lanthier, « Les dirigeants français du groupe Empain (1913-1940) », in S. Jaumain et K. Bertrams, Patrons, gens d’affaires et banquiers, op. cit., p. 273.

39     Faire-part de décès du Général Baron Empain, conservé par le Service de centralisation des études généalogiques et démographiques de Belgique.

40     Faire-part de décès du Général Baron, précité.

41     Acte notarié du 17/12/1894, établi dans le cadre de l’augmentation du capital des Chemins de fer du Calvados, CARAN, série F 14, n° 13 511 ; faire-part de décès d’Anne Catherine Marie Empain, conservé par le Service de centralisation des études généalogiques et démographiques de Belgique.

42     Selon Y. Toussaint, outre leurs fonctions, les beaux-frères sont les yeux et les oreilles d’Édouard Empain dans les ateliers et les bureaux. Les barons Empain, op. cit., p. 191.

43     C. Vuillermot, « Les administrateurs du groupe Durand : un réseau familial », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, 1895-1945, Paris, 2001, p. 441 à 454 et « Le capitalisme familial dans les groupes électriques français (première moitié du XXe siècle) », in Le capitalisme familial, logiques et trajectoires, Besançon, 2003, p. 97 à 132.

44     P. Lanthier, « Logique électrique et logique électrotechnique : la cohabitation des électriciens et des électrotechniciens dans la direction des constructions électriques françaises : une comparaison internationale », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, 1895-1945, Paris, 2001, p. 35 à 53.

45     Notice biographique dans Dictionnaire de biographie française, Paris, 1954, tome 6, col. 193 et 194.

46     Selon Y. Toussaint, le Général Baron répétait souvent à ses fils « Quoi que puisse vous demander un Blicquy, accordez-lui. Nous devons tout à cette famille ! », Les barons Empain, op. cit., p. 21.

47     Archives des CTN (lettre de Paul Weiler à son « cher oncle », en date du 5/11/1914, AGR, archives de la CTN, fonds Tractionel, boite 70-34, faire-part du décès de Charles Charlier, AGR, archives de la CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-20).

48     Faire-part de décès de Charles Charlier, AGR, archives de la CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-20.

49     CA du 25/9/1931, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

50     État présent de la noblesse belge, 1987, p. 278 à 282.

51     Y. Toussaint, les barons Empain, op. cit., p. 107.

52     Mémorial du 75e anniversaire de l’Université de Liège, Liège, 1925.

53     Annuaire des anciens de l’école.

54     Annuaire des anciens de l’école.

55     Annuaire des anciens de l’école.

56     Annuaire des anciens de l’école.

57     H. Joly, « Les ingénieurs du corps des Ponts et chaussées dans les compagnies électriques : la nationalisation avant la nationalisation ? », in D. Barjot, H. Morsel et S. Coeuré, Stratégies, gestion, management. Les compagnies électriques et leurs patrons, 1895-1945, op. cit., p. 455 à 473.

58     Annuaires des anciens des deux écoles.

59     Annuaires des anciens des deux écoles.

60     Annuaire des anciens de l’école.

61     Mémorial du 75e anniversaire de l’Université de Liège, op. cit.

62     A. Duchesne écrit en 1985 : « Je ne crois pas, pour ma part, qu’il ait jamais été ingénieur (au sens légal d’un diplôme), même si ce titre figure sur quantités de documents… » cité par G. Waltenier, Les quartiers d’ascendance du Baron Édouard Empain, op. cit., p. 49.

63     Dossiers individuels, conservés au Conseil d’État.

64     R. Vanneuville, « Le Conseil d’État au tournant du siècle, raison politique et conscience légale de la République », in Serviteurs de l’état, une histoire politique de l’administration française 1875-1945, Paris, 2000, p. 104.

65     P. van Molle, Le parlement belge 1894-1969, Ledeberg Gand 1969, p. 140 et 141.

66     Source : archives de la commune de Schaerbeek, fichier des personnalités locales.

67     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, tome 2, Paris, 1962, p. 576 et 577.

68     M. Prevost et R. d’Amat, Dictionnaire de biographie française, tome 8, Paris, 1959, p. 891

69     M. Prevost et R. d’Amat, Dictionnaire de biographie française, tome 8, op. cit. p. 14 ; B. Yvert (dir.), Dictionnaire des Ministres 1789-1989, op. cit., p. 399 et 400.

70     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, tome 8, Paris, 1977, p. 3133.

71     Notice biographique par R. Depoortere, Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, 1999, tome 5, p. 327 à 331; P. van Molle, Le parlement belge 1894-1969, op. cit., p. 315.

72     G. Kurgan-van Hentenrijk, De Clio à la finance : les origines de la fortune d’André Berthelot, RBPH 1977, tome 55, p. 474 à 483 ; notice biographique dans Dictionnaire de biographie française, Paris 1954, tome 6, col. 192-193.

73     J.-L. Barre, Philippe Berthelot, l’éminence grise, Paris, 1998, p. 20.

74     P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 86.

75     Recueil financier 1920, article Sté Financière des Caoutchoucs, p. 1361.

76     Chapitre 2 – Une entreprise de transport.

77     Rappelons néanmoins les critiques formulées par l’édition du 28 mars 1888 du Nord républicain et démocratique, qui qualifiait Caze de « masque, épave électorale dont le nom sert tristement de pavillon français couvrant une marchandise étrangère … », évoquées au chapitre 2.

78     Archives de la Légion d’honneur, dossier individuel, CARAN, série L n° 264 00 83.

79     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome 8, Paris, 1977, p. 3 133.

80     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, Paris, 1960, p. 412 ; F. Barbier, A. Bergougnioux et C. Charle, Dictionnaire des parlementaires français 1940-1958, tome 1, Paris, 1988, p. 421.

81     M. Prevost et R. d’Amat, Dictionnaire de biographie française, tome 8, Paris 1959, col 788.

82     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, op. cit., p. 1071 à 1073.

83     G.-H. Soutou, L’or et le sang, op. cit., p. 235 et 236.

84     B. Yvert (dir.), Dictionnaire des Ministres 1789-1989, op. cit., p. 438.

85     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, op. cit., p. 1714.

86     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, op. cit., p. 1863 et 1864 ; Annuaire des anciens de l’École Supérieure d’électricité.

87     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, Paris, 1977, tome 8, p. 2 869 et 2 870.

88     A. Beltran, L’énergie électrique dans la région parisienne, op. cit., p. 352.

89     J. Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, tome 7, Paris, 1972, p. 2379 et 2380 ; F. Cardot et F. Caron, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2 p. 368 ; N. Imbert (dir.), Dictionnaire national des contemporains, op. cit., tome 3 p. 454.

90     H. Haag, Le Comte Charles de Broqueville, ministre d’État et les luttes pour le pouvoir (1910-1940), Louvain-la-Neuve/Bruxelles, 1990.

91     J.F. Crombois, Camille Gutt 1940-1945, les finances et la guerre, op. cit. ; P. van Molle, Le parlement belge 1894-1969, op. cit., p. 164 et 165.

92     P. van Molle, Le parlement belge 1894-1969, op. cit., p. 163.

93     Voir au chapitre préliminaire.

94     P. van Molle, Le parlement belge 1894-1969, op. cit., p. 114 et 115.

95     Paul Doumer (Aurillac 1857 – Paris 1932), ministre des Finances en 1895, gouverneur général de l’Indochine de 1896 à 1902, président de la Chambre des députés en 1905, sénateur de Corse en 1912, ministre des Finances de 1921 à 1925, président du Sénat de 1927 à 1931, élu Président de la République en 1931. Source : dictionnaire Larousse.

96     Moniteur belge du 17/10/1895, p. 476.

97     E. Bussière, « Paribas et le financement des affaires d’électricité dans les années 1920 : entre stratégie bancaire et stratégie de groupe industrie », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, 1895-1945, Paris, 2001, p. 153.

98     Recueil financier.

99     G. Kurgan-van Hentenrijk, « Le patronat de l’électricité en Belgique 1895-1945 », in Stratégies, gestion, management, Les compagnies électriques et leurs patrons, 1895-1945, Paris, 2001, p. 61.

100   E. Bussière, Horace Finaly banquier, op. cit., p. 109.

101   Recueil financier.

102   AG SERVA du 17/4/1913, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

103   Lettre d’A. Bénard au préfet de la Seine, 17/6/1898, archives de la ville de Paris, série V, 10-8, 8 ; recueil financier.

104   Recueil financier.

105   Edmond Carton de Wiart (1876-1959).

106   Recueil financier.

107   J.M. Moitroux, Une banque dans l’histoire, op. cit., p. 37.

108   J.M. Moitroux, Une banque dans l’histoire, op. cit., p. 32.

109   G. Kurgan-van Hentenrijk, Le patronat de l’électricité en Belgique 1895-1945, op. cit., p. 62.

110   Recueil financier.

111   Sur la présence de la Banque de l’Afrique du Sud au capital de la CGT : CARAN série F 14, boite 15 059.

112   Au chapitre 2 – Une entreprise de transport, dans les développements consacrés aux débuts du Métro.

113   Source : Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, 1997, tome 4, p. 55 à 58.

114   Ceci concerne également la Cie des tramways de Nantes et la Cie auxiliaire d’électricité de Nantes.

115   La famille Rainbeaux exploite les mines de charbon de Marles à Auchel (Pas-de-Calais) et du Grand Buisson à Hornu (Belgique). Firmin Rainbeaux, né le 21 décembre 1858 à Strasbourg, ne doit pas être confondu avec son homonyme, écuyer de l’Empereur Napoléon III, qui, en 1867, sauve l’Empereur de Russie, lors d’un attentat perpétré contre lui au Bois de Boulogne. On relève cette petite erreur dans l’article de Pierre Lanthier, « Les dirigeants français du groupe Empain (1913-1940) » in S. Jaumain et K. Bertrams, Patrons, gens d’affaires et banquiers, op. cit., p. 273, dans lequel il est écrit que Firmin Rainbeaux a rempli « d’importantes fonctions publiques sous le Second Empire. »

116   M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2, p. 247.

117   Chapitre 3 – Une entreprise d’électricité.

118   Henri Marchal et Albert Mary, nommés en 1923 et 1927, seront toujours en poste lors de la nationalisation des sociétés d’électricité.

119   Recueil financier.

120   AGR, archives de la CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72 n° 1 à 14, TE 72 n° 26 et 28.

121   CA du 30/7/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

122   CA du 17/4/1913, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

123   Recueil financier.

124   D. Barjot, « Les entreprises électriques en guerre, 1914-1918 », in Stratégies, gestion, management, les compagnies électriques et leurs patrons, 1895-1945, op. cit. p. 170 et 171.

125   Statuts de la société, dans leur état de 1889. CARAN, série F 14, boite 17 378.

126   Statuts initiaux de la Cie des tramways du département du Nord, CARAN, série F 14, boite 13 518.

127   Statuts du 8/2/1894 et acte notarié du 17/11/1894, CARAN, série F 14, boite 13 511.

128   Si on reprend la comparaison, entamée ci-dessus, avec le groupe Durand, on constate que chez Empain le maintien des anciens administrateurs à leur poste est l’exception, alors que chez Durand il est la norme. C. Vuillermot, Les administrateurs du groupe Durand : un réseau familial, op. cit., p. 443 et 446.

129   Statuts de la société, CARAN, série F 14, boite 13 517.

130   AG du 26/4/1894, CARAN, série F 14, boite 13 517.

131   Inventaire des archives Tractionel, vol. 3, p. 702 à 707.

132   AGO du 29/6/1921, AGR, archives CTN, fonds Tractionel, boite 70-10.

133   AGO du 20/4/1923, AGR, archives CTN, fonds Tractionel, boite 70-10.

134   AGO du 30/4/1924, AGR, archives CTN, fonds Tractionel, boite 70-10.

135   AGO du 30/4/1924, précitée.

136   AGO CTN du 28/4/1911, archives CTN, fonds Tractionel, boite TE 70-9.

137   Article dans Le phare, à l’occasion du cinquantenaire des tramways de Nantes, AGR, archives CTN, fonds Tractionel, TE 70-20.

138   AGO du 29/4/1919, AGR, archives CTN, fonds Tractionel, TE 70-9.

139   AGO du 26/5/1950, AGR, archives CTN, fonds Tractionel, TE 70-11.

140   Source : recueil financier

141   AGO du 17/12/1910, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

142   AGO du 17/12/1910 précitée.

143   CA du 30/7/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

144   CA du 21/2/1929, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

145   CA du 27/5/1911, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

146   CA du 25/5/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

147   CA du 27/5/1911 précité.

148   Comme on l’a déjà vu au début du présent chapitre, lors de la présentation de l’état du groupe au décès d’Édouard Empain.

149   P. Joye, Les trusts en Belgique, la concentration capitaliste, Bruxelles, 1964, p. 109 à 113.

150   Aux chapitres 2 et 3.

151   Rapport du Comité consultatif des chemins de fer du 10/5/1905, CARAN, série F 14, boite 13 518.

152   Indiquons d’ores et déjà que, si la Compagnie des tramways de Nantes ne fait pas appel public à l’épargne pour le placement de ses actions, elle émettra deux emprunts obligataires, en 1909 et 1927. Il y aura donc, par ce biais, quand même un recours aux épargnants.

153   AGE CMP du 24/12/1903, compte rendu dans La vie financière du 29/12/1903.

154   La société est constituée au capital de 15 000 000 FB en 150 000 actions de 100 FB plus 150 000 actions de dividende sans valeur nominale. La Compagnie mutuelle des tramways et la Compagnie générale de railways et d’électricité souscrivent chacune 74 500 actions et reçoivent autant d’actions de dividendes. Le reste des actions est souscrit par treize personnes physiques, issues principalement du groupe Empain et de la CMT. Statuts passés devant Maître Auguste Scheyven, notaire à Bruxelles le 2/2/1912 et publiés aux annexes du Moniteur Belge le 14/2/1912, sous le n° 907.

155   Statuts de la CAEN, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-1.

156   Statuts de la CAEN, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-1.

157   AGO du 8/10/1913, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-26.

158   AGR, archives CAET, fonds Tractionel, boite 72-26.

159   AGR, archives Société de traction et d’électricité, fonds Tractionel, boite TE 10-51.

160   AGR, archives Société de traction et d’électricité, fonds Tractionel, boite TE 10-67.

161   Voir au chapitre 3 – Une entreprise d’électricité.

162   La cession d’un grand nombre d’actions permettra la dispersion du capital : en 1924, la société comptera plus de 2 452 actionnaires.

163   AGR, archives CAET, fonds Tractionel, boite 72-26.

164   Au chapitre 3 – Une entreprise d’électricité.

165   CA du 22/5/1924, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-21.

166   CA du 22/5/1924, précité.

167   CA CAEN du 27/6/1914, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-21 et CA SNE du 15/6/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

168   CA du 2/10/1918, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-21.

169   CA du 17/4/1919, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-21.

170   CA du 6/7/1920, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-21.

171   AGO du 12/10/1921, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-26.

172   AGO du 12/10/1921, précité.

173   AGO du 10/10/1923, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-26.

174   CA du 20/9/1929, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-22.

175   AGE du 9/10/1929, AGR, archives CAEN, fonds Tractionel, boite TE 72-26.

176   La Société de traction et d’électricité va poursuivre l’activité société de portefeuille de la CAET : au 31 décembre 1946, elle détient encore 5 940 actions et 6 269 actions de jouissance des Tramways de Nantes et 13 077 parts bénéficiaires et 192 253 actions de la Société nantaise d’électricité. Elle détient également toujours des actions des sociétés de la Campine et de Lodtz, au sein d’un très important portefeuille.

177   Au chapitre 3 – Une entreprise d’électricité.

178   CA EGN du 22/12/1919 archives EDF fonds EGN boite 75 66 28.

179   CA EGN des 22 et 30/12/1919 archives EDF fonds EGN boite 75 66 28.

180   Au jour de la mort d’Édouard Empain, la SEP, dont le capital est encore de 25 000 000 F, s’apprête à le porter à 155 000 000 F. La décision de procéder à l’augmentation est prise quelques semaines plus tard, par l’AGE du 25 novembre 1929.

181   Le capital moyen a été calculé à partir du capital, en 1929, de la SEP, EGN, la SNE, la SERVA et l’ES. Il correspond à la moyenne arithmétique des capitaux de ces cinq entreprises.

182   SELB est une petite société au capital de 9 500 000 F. Elle sera absorbée par EGN en 1930.

183   Le capital moyen a été calculé à partir du capital, en 1929, des CFEN, CGCFV, CFBR, CFC, TEB, TELB et CTN. Il correspond à la moyenne arithmétique des capitaux de ces sept entreprises.

184   On ne peut pas comparer la CMP, dont le capital d’établit en 1929 à 101 719 250 F, aux autres entreprises de transport. Insérer le montant du capital de la CMP parmi les éléments du calcul de la moyenne fausserait grandement cette moyenne.

185   AGO SNE du 30/12/1911, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

186   AGE SNE du 30/6/1914, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

187   AGE SNE du 18/5/1922, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

188   Loi du 23 janvier 1929 « sur les parts de fondateurs émises par les sociétés », promulguée au JO du 25 janvier 1929.

189   AGE SERVA du 3/12/1936, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

190   AGO de la SEP, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

191   Archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

192   AGE SNE du 18/5/1922, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

193   AGE SNE du 22/6/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

194   AGE SNE du 14/11/1930, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 49.

195   AGE SEP du 22/11/1934, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

196   Loi du 13 novembre 1933 « réglementant le droit de vote dans les assemblées d’actionnaires des sociétés par actions », promulguée au JO du 15 novembre 1933 (avec un rectificatif au JO du 11 juillet 1934).

197   AGE SEP du 22/11/1934, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

198   Les TELB sont à part, avec des bénéfices annuels de l’ordre de 8 000 000 F (valeur 1929) entre 1901 et 1903. Sachant qu’on ne dispose des résultats que pour trois exercices, il est difficile de porter un jugement sur cette entreprise. Néanmoins, on a déjà relevé que les TELB ont un capital nettement supérieur à celui des autres sociétés de tramways et qu’ils ont eu une centrale électrique grâce à laquelle ils fondent la SELB en 1926. Ce niveau de bénéfice est donc cohérent avec ce qu’on a déjà observé.

199   Au paragraphe consacré aux différents types d’actions, notamment aux parts bénéficiaires.

200   AGO du 19/6/1920, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

201    Sont concernées les actions des sociétés suivantes :

SociétéValeur nominale de l’actionCalcul réalisé pour ramener ou porter le dividende à un investissement de 250 F
TELB500 Fdivision du dividende par 2
CF du Calvados100 Fmultiplication du dividende par 2,5
CFEN500 F des débuts à 1906

300 F à partir de 1906
division du dividende par 2

division du dividende par 1,2
CFB Reims500 F des débuts à 1897

100 F à partir de 1897
division du dividende par 2

multiplication du dividende par 2,5
CT Nantes500 Fdivision du dividende par 2
TE Boulogne500 F des débuts à 1898

100 F à partir de 1898
division du dividende par 2

multiplication du dividende par 2,5

202   On a constaté cette absence d’alliance avec un autre groupe lors de l’établissement du bilan humain, ci-dessus.

203   Y. Toussaint, Les barons Empain, op. cit., p. 158.

204   À la même époque, le Baron Empain achète un château à Bouffémont, en bordure de la forêt de Montmorency, à une vingtaine de kilomètres au nord de Paris. Ce château, édifié au Second Empire sur un domaine de 250 ha, lui est vendu par la Marquise de Preignes. La famille Empain assurera la prospérité du village, y recrutant gens de maison et employés agricoles. Les Empain y feront également venir quelques Belges : avant 1914, sur une population de 330 habitants, les seuls étrangers recensés à Bouffémont sont 6 à 10 Belges, en service au château. Cette situation perdurera jusqu’aux années 1930. En 1926, on recense 18 Belges à Bouffémont. Bouffémont au cours du siècle… 1900-1945, brochure établie par la Mairie de Bouffémont, 1999.

205   On constate le même processus au sein du Groupe Mercier (UDE), qui centralise ses opérations au 3 rue de Messine, tout près de la rue de Lisbonne et du boulevard Haussmann.

206   On n’a pas retrouvé l’adresse du siège social des Chemins de fer de Pau Oloron Mauléon et du tramway de Bayonne à Biarritz, ni des Chemins de fer du Périgord.

207   En revanche, on ne constate pas de cumul dans le contrôle des comptes. Les commissaires sont nombreux, le plus souvent chargés de contrôler les comptes d’un petit nombre de sociétés.

208   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 248.

209   CA du 28/12/1912, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

210   CA du 19/1/1927, archives EDF, fonds SELB, boite 74 99 44.

211   AGE du 5/11/1930 et du 25/11/1930, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

212   CA du 20/5/1913, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

213   CA du 16/3/1911, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

214   Voir par exemple la brochure intitulée « Forges et ateliers de constructions électriques de Jeumont », publiée par les FACEJ, annexée à une note interne du Crédit Lyonnais de décembre 1931 (archives du Crédit Lyonnais, note de la DEEF, n° 57 177/1), qui indique notamment avoir équipé en machines et appareillages maintes centrales dont celles d’EGN, la SEP, la SNE…

215   Voir par exemple les AGO de la CMP, de 1911 à 1922, puis de 1923 à 1925, conservées à la Médiathèque de la RATP. À partir de 1926, les commissaires de la CMP ne nomment plus les entreprises avec lesquelles sont conclues les conventions concernées par l’article 40.

216   CA du 11/2/1925, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

217   Mentionnés notamment au CA du 20/6/1912, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

218   Mentionnés notamment au CA du 25/6/1924, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

219   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 267.

220   CA du 22/3/1912 et CA du 25/10/1929, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

221   CA du 29/1/1920, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

222   CA du 21/9/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

223   CA du 18/10/1929, puis CA du 13/12/1935, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

224   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 459.

225   CA du 8/8/1903, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69 en ce qui concerne la Cie russe française et CA du 24/6/1905, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69 en ce qui concerne la Cie générale de railways et d’électricité.

226   CA du 27/6/1903 (1re réunion du CA de la SEP), archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

227   Durangel occupera sa fonction jusqu’à octobre 1904, date de la suppression du poste de Secrétaire général des Tramways électriques nord parisiens. Dieudonné occupera sa fonction jusqu’à juin 1905, date à laquelle la SEP recrute son propre chef comptable Jules Cambien.

228   CA du 29/2/1904, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

229   CA du 8/8/1903 précité.

230   CA du 15/5/1924, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70.

231   CA du 17/4/1913 (première réunion du CA de la SERVA), archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

232   CA du 25/6/1936, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 69 00.

233   CA du 21/10/1927, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70 et CA du 17/10/1927, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

234   CA du 23/1/1936, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

235   CA du 4/2/1937, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 70 et CA du 4/2/1937, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

236   CA du 20/9/1927 et du 22/11/1927, archives EDF, fonds SELB, boite 74 99 49.

237   CA du 15/6/1912, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50. Ce contrat sera résilié en 1923, après l’entrée de la Cie générale d’électricité au capital de la SNE (CA du 21/9/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50).

238   CA du 30/7/1923, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

239   CA du 18/10/1945, archives EDF, fonds SNE, boite 72 60 50.

240   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 11 à 15.

241   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 9 à 11.

242   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 15 à 17.

243   P. Lanthier, Les constructions électriques en France : financement et stratégies de six groupes industriels internationaux, op. cit., p. 25.

244   L’œuvre de la SEP, la centrale Saint-Denis 2, brochure établie sur commande de la SEP, Paris, 1933. Brochure conservée par les archives de l’EDF, fonds SEP, boite 75 71 87.

245   L’œuvre de la SEP, op. cit.

246   L’œuvre de la SEP, op. cit.

247   L’œuvre de la SEP, op. cit.

248   AG du 17/1/1949, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

249   AG du 17/1/1949 précitée.

250   CA du 23/9/1924, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

251   AGO du 26/5/1933, archives EDF, fonds ES, boite 75 75 38.

252   CA du 26/4/1913, archives EDF, fonds SERVA, boite 75 68 99.

253   Au chapitre 1 – Présence belge en France, une étude particulière.

254   Source de toutes les informations de ce paragraphe : F. Lentacker, La frontière franco-belge, Lille, 1974, p. 165 et 166.

255   F. Lentacker, La frontière franco-belge, op. cit., p. 166.

256   M.-T. Bitsch, La Belgique entre la France et l’Allemagne, op. cit., p. 182 à 214.

257   M.-T. Bitsch, La Belgique entre la France et l’Allemagne, op. cit., p. 183.

258   Recueil financier.

259   Alexandre Giros (1870-1937) : Ancien élève de l’École Polytechnique, il fonde en 1898 une petite entreprise de travaux publics et s’associe dès l’année suivante avec Louis Loucheur. Ils construisent ensemble des centrales hydroélectriques, investissent dans des entreprises de tramways (l’Électrique de Lille-Roubaix-Tourcoing en 1905, puis le Central électrique du Nord en 1911), puis s’orientent vers les sociétés de production, transport et distribution d’électricité. Ils fondent l’Énergie électrique du Nord de la France (1907), la Compagnie électrique de la Loire et du Centre (1912). En 1908, ils transforment leur entreprise de travaux publics en Société générale d’entreprise, qui sera le pilier d’un groupe actif en France et à l’étranger. Après la Première Guerre mondiale, Giros poursuit seul le développement du groupe, dans un contexte difficile, qui le conduit à se rapprocher de la SOFINA. L’alliance SGE-SOFINA durera jusqu’à 1966. M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, tome 2, op. cit., cahier central.

260   Louis Loucheur (1872-1931) : Associé d’Alexandre Giros, fondateur de l’Énergie électrique du Nord de la France, de la Compagnie électrique de la Loire et du Centre et de la Société générale d’entreprise. Il est reconnu, avant la Première Guerre mondiale, comme l’un des grands patrons du monde de l’électricité en France. En décembre 1916, nommé sous secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, Loucheur démissionne de toutes ses fonctions dans le privé. En septembre 1917, il est nommé ministre de l’Armement. Il s’entoure d’un brain trust d’ingénieurs dont beaucoup viennent du monde de l’électricité (notamment Ernest Mercier, Albert Petsche et Ernest Weyl). Après la guerre, il reste en politique. Il sera député du Nord. M. Lévy-Leboyer et H. Morsel, Histoire de l’électricité en France, op. cit., tome 2, p. 632.

261   Ernest Weyl (1863?-1937). Il sera plus tard (à partir de décembre 1930) administrateur de la SERVA.

262   F. Lentacker, La frontière franco-belge, op. cit., p. 164.