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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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Ukraine : lorsque les luttes symboliques autour du passé conduisent à une guerre identitaire

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Olha Ostriitchouk

Chercheuse postdoctorale à l’Université d’Ottawa

En Ukraine, à l’instar des autres républiques socialistes soviétiques, la chute du régime communiste a permis la libération des mémoires jusque-là condamnées au silence. Mais en même temps, elle a fait ressortir, de manière évidente, l’opposition entre deux compréhensions de l’identité collective et ravivé le souvenir de rivalités ancestrales, de revendications territoriales, de guerres civiles et de conflits interethniques, dont l’interprétation a toujours divisé les Ukrainiens et leurs élites. Le résultat en a été une polarisation sociétale opposant ceux qui jugeaient les politiques menées par les grandes puissances voisines, en particulier la Russie, comme attentatoires à la liberté nationale, et ceux qui, au lieu d’insister sur les torts subis, soulignaient plutôt les bénéfices réciproques d’un parcours historique commun avec cette dernière.

Les politiques de la mémoire, qui se sont mises en place à partir de l’accession à l’indépendance, reflètent, elles aussi, ce tiraillement entre, d’un côté, la volonté d’asseoir l’identité nationale plutôt sur des événements propres au parcours historique spécifique de la nation ukrainienne, et de l’autre, celle de l’inscrire dans un espace imaginaire partagé avec la Russie. Le choix se fait par le tri de la mémoire et de l’oubli, en fonction de l’orientation politique du chef de l’État et de la majorité parlementaire, mais aussi des représentations régionales,...

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