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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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Bordeaux face à son passé de port négrier : naissance et apaisement d’une controverse mémorielle

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Renaud Hourcade

Chercheur postdoctoral à l’Université de Picardie

Du XVIIe siècle aux années 1830, Bordeaux a été le port de départ d’environ cinq-cents expéditions négrières. La capitale aquitaine leur doit une partie de sa fortune, même si l’essentiel de son commerce avec les colonies d’Amérique était réalisé « en droiture » et n’impliquait donc pas d’escale en Afrique pour y embarquer des captifs. À la différence de Nantes, qui a dominé le commerce négrier français avec près de deux mille expéditions triangulaires, Bordeaux n’est pas resté dans l’imaginaire collectif comme un « port négrier ». La ville est d’abord, bien entendu, la capitale du vin, expédié depuis longtemps vers l’Europe du Nord, ainsi qu’un pôle du commerce colonial, dont on se souvient souvent sur le mode d’un romantisme nostalgique, comme d’une époque de grand dynamisme économique. La traite négrière et l’esclavage n’ont été aucunement, ni au XIXe, ni durant l’essentiel du XXe siècle, un objet d’intérêt pour les récits historiques locaux : éludé au sein des institutions de la mémoire officielle – musées, commémorations publiques, monuments – ce passé était également marginal dans la production des historiens académiques.

Cependant, à la fin du XXe siècle, la résurgence de la mémoire négrière de Bordeaux en a fait un objet de conflit, opposant autorités publiques et militants mémoriels, désireux...

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