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La sacralisation à l’œuvre dans l’expérience littéraire

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Raymond Michel and Marta Inés Waldegaray

Cet ouvrage interroge la notion de sacralisation comme modèle d’action ou comme force performative de la pensée. La précipitation propre aux temps modernes défie toute possibilité de prévisibilité, esquive le passé, bouleverse l’avenir, car la modernité vénère moins le sens du passé vécu et l’expérience des générations antérieures qu’elle ne célèbre l’affirmation du temps utile et la progression par le changement et la nouveauté. Portant sur un corpus des XIXe et XXe siècles, francophone ou non, les études rassemblées ici traitent de la sacralisation du littéraire opérée par le sujet lecteur. En quoi cette sacralisation diffère-t-elle de la sacralisation religieuse ? Quels sont les gestes qui la constituent ? D’où émane l’impression de sacralité inhérente aux expériences esthétiques, à la lecture littéraire en l’occurrence ? L’articulation entre sacralité et rythme temporel dans l’expérience littéraire oriente non seulement l’examen du rôle du sacré comme usage toujours distancié et vénéré de l’objet à examiner, mais aussi comme expérience auratique pouvant mener à une certaine forme de résistance ou de contre-conduite. Aborder la sacralité du littéraire en relation avec le bouleversement de l’expérience du temps inhérente à la modernité et les fractures de notre univers postmoderne suppose une relecture à travers un prisme interdisciplinaire. Il s’agit donc pour l’ensemble des auteurs de ce volume de voir, à partir de corpus et points de vue divers, comment la (dé)sacralisation est à l’œuvre et fait œuvre dans la littérature.

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La sacralité dans les Andes : la survivance du Juif errant dans La última erranza (1947) de l’Équatorien Joaquín Gallegos Lara (1909-1947) (Emmanuelle Sinardet)

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La sacralité dans les Andes : la survivance du Juif errant dans « La última erranza » (1947) de l’Équatorien Joaquín Gallegos Lara (1909-1947)1

Emmanuelle SINARDET

Université Paris Nanterre

La notion de survivance selon Georges Didi-Huberman2, qui invite à observer la présence active de figures et motifs d’époques anciennes dans des époques plus récentes, se différencie de la notion de source en ce sens qu’elle implique un remodelage qui favorise une forme de télescopage entre passé, présent et avenir, suspendant le temps comme un déroulement linéaire et, partant, invalidant sa perspective strictement chronologique. Elle rendrait possible un retour de la transcendance, alors même que celle-ci semblerait s’être retirée. À notre sens, c’est ce qui se joue dans la nouvelle « La última erranza » (« La dernière errance ») de l’Équatorien Joaquín Gallegos Lara (1909-1947), publiée au Mexique dans le recueil du même nom, en 1947. Gallegos Lara s’y inspire d’un fait divers, l’assassinat d’un voyageur étranger, survenu au début du XXe siècle dans un village isolé de la province andine de Cañar, alors frappée de peste bubonique. Le fait divers a été rapporté à Gallegos Lara lors de son passage dans cette province équatorienne en 1933. Un voyageur inconnu serait apparu dans un village auquel plus personne ne se rendait par crainte de l’épidémie, ce qui a aussitôt éveillé les soupçons des habitants ; l’inconnu avait, en...

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