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La sacralisation à l’œuvre dans l’expérience littéraire

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Edited By Raymond Michel and Marta Inés Waldegaray

Cet ouvrage interroge la notion de sacralisation comme modèle d’action ou comme force performative de la pensée. La précipitation propre aux temps modernes défie toute possibilité de prévisibilité, esquive le passé, bouleverse l’avenir, car la modernité vénère moins le sens du passé vécu et l’expérience des générations antérieures qu’elle ne célèbre l’affirmation du temps utile et la progression par le changement et la nouveauté. Portant sur un corpus des XIXe et XXe siècles, francophone ou non, les études rassemblées ici traitent de la sacralisation du littéraire opérée par le sujet lecteur. En quoi cette sacralisation diffère-t-elle de la sacralisation religieuse ? Quels sont les gestes qui la constituent ? D’où émane l’impression de sacralité inhérente aux expériences esthétiques, à la lecture littéraire en l’occurrence ? L’articulation entre sacralité et rythme temporel dans l’expérience littéraire oriente non seulement l’examen du rôle du sacré comme usage toujours distancié et vénéré de l’objet à examiner, mais aussi comme expérience auratique pouvant mener à une certaine forme de résistance ou de contre-conduite. Aborder la sacralité du littéraire en relation avec le bouleversement de l’expérience du temps inhérente à la modernité et les fractures de notre univers postmoderne suppose une relecture à travers un prisme interdisciplinaire. Il s’agit donc pour l’ensemble des auteurs de ce volume de voir, à partir de corpus et points de vue divers, comment la (dé)sacralisation est à l’œuvre et fait œuvre dans la littérature.

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Estrella distante (Roberto Bolaño, 1996) : une sacralisation de l’apôtre improbable (Santiago Guevara)

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Estrella distante (Roberto Bolaño, 1996) : une sacralisation de l’apôtre improbable

Santiago GUEVARA

Docteur, Université de Grenoble Alpes

On ne retrouve rien de plus solide dans l’imaginaire des personnages de Roberto Bolaño1 que le désir furieux de faire de la littérature, de devenir écrivain. La puissance de ce projet fait écho aux mots de Kafka « Ich habe kein literarisches Interesse, sondern bestehe aus Literatur, ich bin nichts anderes und kann nichts anderes sein2 », en réponse aux compliments que l’homme de la pension où résidait Felice Bauer en 1913 adressait à ses aspirations artistiques. On sait que Kafka pratiquait la littérature comme un sacerdoce, mu par un sentiment de vénération. Dans cette lettre il nie tout type d’intérêt ou d’aspiration artistique. D’ailleurs, ce désir de bestehe aus Literatur, (je consiste en littérature) ne peut être compris de manière isolée, car l’existence de l’objet littéraire dépend d’un système de croyances et de pratiques elles-mêmes consacrées par des institutions. Ce qui lie la conviction personnelle aux pratiques d’une institution littéraire est ce que Cécile Vanderpelen appelle « religion de la littérature3 ». En lui donnant ce nom, Vanderpelen jette des ponts entre le caractère profane et le caractère sacré de la pratique littéraire et suggère l’existence d’un système de croyances et de pratiques que l’on peut voir comme initiatiques.

Les...

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