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Être nationaliste à l’ère des masses en Europe (1900–1920)

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Olivier Dard, Didier Musiedlak and Éric Anceau

Le nationalisme européen a souvent été interprété comme la principale source de l’avènement des dictatures et en particulier des fascismes. Le retour actuel sur la scène politique d’un certain attachement à la nation, allant jusqu’à l’expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, est-il le signe annonciateur du retour des dictatures au cœur de l’Europe ?

C’est dans le but de répondre à cette question que les auteurs de cette recherche collective ont entrepris de revisiter le nationalisme européen des années 1900 jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale en l’interrogeant non plus par rapport à la naissance des futurs régimes, mais en le considérant dans sa singularité, à un moment critique de l’histoire de l’Europe, le passage à la société de masse.

Que signifie concrètement être nationaliste, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou encore en Pologne durant cette période critique ? Pour tenter de répondre à cette question, un des objectifs majeurs de ce livre est de privilégier l’étude des éléments constitutifs de « l’être nationaliste » : le registre du rapport au monde (sensibilité, culte du moi, dimension occupée par l’esthétique), mais aussi, les échanges entre diverses nations, la diversité des itinéraires, sans omettre la part dévolue à l’action politique au moment même où la guerre apparaît pour tous comme la grande épreuve de vérité.

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L’helvétisme, modalité suisse de la « grande vague nationaliste qui submerge l’Europe » (Alain Clavien)

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L’helvétisme, modalité suisse de la « grande vague nationaliste qui submerge l’Europe »

Alain CLAVIEN

Université de Fribourg

En 1904 apparaît à Genève une petite revue, la Voile latine, lancée par une dizaine de jeunes gens nés vers 1880 que réunissent, outre quelques péripéties biographiques, un intérêt commun pour la littérature1. Dans une logique de distinction classique chez les nouveaux entrants, ils prétendent « renouveler les lettres suisses par l’idée d’art », ce qui n’est guère charitable pour leurs devanciers, ils le relèvent eux-mêmes sans déplaisir. Leurs discussions dérivent rapidement vers des considérations culturelles plus larges et deux camps se cristallisent : le premier se pose en héraut d’une identité littéraire suisse romande, fondée sur la langue française et la latinité, fortement teintée d’anti-germanisme et d’anti-protestantisme ; le second défend un esprit suisse, nommé bientôt helvétisme, qui intégrerait des éléments de culture latine et de culture germanique sans pour autant n’être qu’un mixte culturel mais une culture originale. Dans le camp latin, les meneurs se nomment Charles Ferdinand Ramuz et les frères Alexandre et Charles-Albert Cingria ; dans le camp helvétiste, un homme seul, mais actif et manœuvrier : Gonzague de Reynold. Pendant deux ans, ces sensibilités divergentes cohabitent, sans remettre en cause la solidarité d’une équipe, soudée par une histoire commune et par...

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