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Être nationaliste à l’ère des masses en Europe (1900–1920)

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Edited By Olivier Dard, Didier Musiedlak and Éric Anceau

Le nationalisme européen a souvent été interprété comme la principale source de l’avènement des dictatures et en particulier des fascismes. Le retour actuel sur la scène politique d’un certain attachement à la nation, allant jusqu’à l’expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, est-il le signe annonciateur du retour des dictatures au cœur de l’Europe ?

C’est dans le but de répondre à cette question que les auteurs de cette recherche collective ont entrepris de revisiter le nationalisme européen des années 1900 jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale en l’interrogeant non plus par rapport à la naissance des futurs régimes, mais en le considérant dans sa singularité, à un moment critique de l’histoire de l’Europe, le passage à la société de masse.

Que signifie concrètement être nationaliste, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou encore en Pologne durant cette période critique ? Pour tenter de répondre à cette question, un des objectifs majeurs de ce livre est de privilégier l’étude des éléments constitutifs de « l’être nationaliste » : le registre du rapport au monde (sensibilité, culte du moi, dimension occupée par l’esthétique), mais aussi, les échanges entre diverses nations, la diversité des itinéraires, sans omettre la part dévolue à l’action politique au moment même où la guerre apparaît pour tous comme la grande épreuve de vérité.

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Nationalisme et « conservatisme révolutionnaire ». L’itinéraire de Moeller van den Bruck (1876-1925) de l’Allemagne wilhelmienne à la République de Weimar (Michel Grunewald)

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Nationalisme et « conservatisme révolutionnaire »

L’itinéraire de Moeller van den Bruck (1876-1925) de l’Allemagne wilhelmienne à la République de Weimar

Michel GRUNEWALD

Université de Lorraine (CEGIL/Metz)

Introduction

Au niveau de l’histoire du nationalisme allemand, Arthur Moeller van den Bruck est un personnage intéressant et singulier1. Né le 23 avril 1876 à Düsseldorf dans une famille protestante de la bourgeoisie moyenne qui comptait dans ses rangs des pasteurs, contrairement aux souhaits de ses parents, Moeller n’embrassa ni la carrière juridique ni celle des armes. En 1896, il interrompit définitivement ses études alors qu’il était en première. À l’âge de vingt ans, il partit pour Berlin où il se maria et mena, grâce à un héritage familial, une vie de bohème. C’est au moment où il partit pour Paris au début du siècle que commença pour lui une carrière qui allait en faire l’un des représentants les plus productifs d’une cohorte d’intellectuels qui se sont exprimés avant et après 1914. D’où notre présentation en deux phases de son itinéraire qui est tout d’abord celui d’un nationaliste qui s’estime aux avant-postes de la modernité et ← 305 | 306 → ensuite celui du maître à penser le plus en vue de la tendance « jeune conservatrice »2 de la « révolution conservatrice » allemande à laquelle il propose un corpus idéologique dans son ouvrage devenu emblématique, Das...

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