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De la mémoire de l’Histoire à la refonte des encyclopédies

Hubert Aquin, Henry Bauchau, Rachid Boudjedra, Driss Chraïbi et Ahmadou Kourouma

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Jean de Dieu Itsieki Putu Basey

Au sommaire de ce livre, les œuvres de cinq écrivains que l’on rapproche rarement. L’Algérien Rachid Boudjedra, le Belge Henry Bauchau, l’Ivoirien Ahmadou Kourouma, le Marocain Driss Chraïbi et le Québécois Hubert Aquin.

Cinq écrivains francophones, cinq territoires, tous différents à maints égards. Cinq styles également mais cinq tentatives, homologues, pour dire en français hors de France des Histoires et des destins pris dans des situations occultées par les discours dominants.

À la croisée des théories sémiotique, herméneutique, philosophique et postcoloniale, cette étude transversale montre que les fictions francophones proposent souvent, et de façon comparable, une refonte des paradigmes des imaginaires en s’efforçant d’imprimer un cours nouveau à l’Histoire comme aux façons de la dire.

Dès le xixe siècle et Charles De Coster, les romans francophones se sont adossés à l’Histoire pour la réinterpréter. Dissidence, désir de réappropriation et d’invention de nouveaux langages ont été ainsi à l’ordre du jour de façons de dire – et de faire vivre – des identités singulières, minorisées. Leur confrontation avec les Histoires monumentales, anglaise ou française par exemple, et leurs discours, créait une irrésolution. Ces textes la transformèrent en invention d’un transcendant d’un autre ordre, tout sauf monolithique.

Ce livre montre que les romans francophones construisent un éventail de savoirs et d’images à même de corriger falsifications, oublis et silences de l’Histoire monumentale. Chaos, absurdité, voire folie, ne débouchent pas forcément sur du nihilisme. La fictionnalisation du réel dans les espaces francophones ne s’arrête donc pas au constat de la négativité mais commence en ce point aveugle.

Où l’on voit que de ces « périphéries », auxquelles on aimerait réduire les littératures francophones, naissent des œuvres inventives, qui sont précisément le fruit des marges, et la nécessité de créer d’autres formes d’approches du fait littéraire et des œuvres.

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Chapitre X Assumer l’héritage de la pauvreté

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Chapitre x

Assumer l’héritage de la pauvreté

Telle que j’en ai suivi le parcours dans la première partie de cette étude, la mémoire de l’Histoire donne du passé l’image d’un jardin de fleurs fanées – ce qui justifie la récurrence dans les textes des métaphores de la maladie, de la sécheresse et autres images de la mort symbolique. Les sujets de ces fictions paraissent tous des « êtres-­affectés-­par-­le-­passé », selon l’expression de Paul Ricœur1. Avec Achille Mbembe, on dirait qu’ils sont « assujettis à des catégories infamantes qui leur barrent tout accès au statut de sujets dans l’histoire »2. S’ils ne font pas l’expérience de l’échec ou de la défaite, comme chez Kourouma et Aquin, ils semblent habiter le territoire du manque et de la perte, tel le héros sans nom de Boudjedra ou la pierre délitée de Bauchau. Exclus de l’Histoire ou relégués dans ses marges, mais dans tous les cas exilés du temps humain, ces personnages sont obligés de nier leur négation par l’Histoire. Ils sont appelés à changer le cours de l’Histoire en établissant avec elle des nouveaux rapports, dictés à la fois par leur conscience de la situation et par l’exigence d’une action transformatrice. Peut donc leur être appliquée cette remarque de Lucie Campos sur les romans de Coetzee, Kertész et Sebald :

Leurs récits fortement r...

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