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Le discours choral

Essai sur l’œuvre romanesque d'Édouard Glissant

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Christian Uwe

L’œuvre romanesque d’Édouard Glissant, élaborée sur près d’un demi-siècle, se caractérise par une grande cohérence notamment du fait d'un personnel romanesque récurrent qui conduit collectivement la narration. Résolument ancrée dans une vision de la parole partagée, la fiction de Glissant révèle et illustre les enjeux poétique, anthropologique et politique de la narration. La polyphonie particulière qui s’y déploie est qualifiée ici de discours choral ; le dispositif énonciatif mis en place par le roman glissantien contribue en effet à éclairer les problèmes fondamentaux que pose cette œuvre : l’histoire raturée dont les personnages éprouvent somatiquement le manque, la violence d’un discours ou d’un silence imposés, les implications des choix poétiques tels que la caractérisation des narrateurs, la forme (unie ou fragmentaire) du récit ou encore la répétition, sous plusieurs angles, des « mêmes » épisodes narratifs. À travers ces différents aspects, l’œuvre de Glissant apparaît comme une exigeante affirmation de la Vie contre les hégémonies et leurs expressions littéraires.

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2. Le discours choral et la diversité énonciative

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Toute parole est une terre Il est de fouiller son sous-sol Où un espace meuble est gardé Brûlant, pour ce que l’arbre dit

Édouard Glissant, Un champ d’îles.

Lorsque Mathieu Béluse dit : « Nous racontons toujours les histoires à quatre ou cinq » (TM : 215), il faut le croire avec méfiance : la pluralité qu’il affirme est constamment vérifiée dans le récit glissantien, mais au point de décourager le compte. « Quatre ou cinq » signifie « plusieurs », avec tout le vague et l’indéfini du pronom en quoi se perd l’importance du chiffre. Le multiple n’importe que comme terreau du divers, que comme l’espace où les voix se font entendre à la fois dans leur singularité et dans leur rencontre. La singularité les préserve à la fois de la fusion qui désagrège et de la confusion qui rend inaudible. La rencontre les relie dans un récit où chacune apporte sa part et où toutes s’accomplissent dans la trame qu’elles tissent. Il s’agit cependant d’un accomplissement toujours recommencé, car chaque roman nouveau opère un déplacement, ouvre une nouvelle perspective et ajoute au concert des voix. Le dispositif énonciatif ainsi construit montre de façon insistante ce que le récit continue de dire. Et c’est à dessein que l’on use ici de mots connotant le temps – insistance, continu : non seulement le phénomène se déploie le long d’un texte et se répète d’un texte à l’autre, mais...

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