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Le discours choral

Essai sur l’œuvre romanesque d'Édouard Glissant

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Christian Uwe

L’œuvre romanesque d’Édouard Glissant, élaborée sur près d’un demi-siècle, se caractérise par une grande cohérence notamment du fait d'un personnel romanesque récurrent qui conduit collectivement la narration. Résolument ancrée dans une vision de la parole partagée, la fiction de Glissant révèle et illustre les enjeux poétique, anthropologique et politique de la narration. La polyphonie particulière qui s’y déploie est qualifiée ici de discours choral ; le dispositif énonciatif mis en place par le roman glissantien contribue en effet à éclairer les problèmes fondamentaux que pose cette œuvre : l’histoire raturée dont les personnages éprouvent somatiquement le manque, la violence d’un discours ou d’un silence imposés, les implications des choix poétiques tels que la caractérisation des narrateurs, la forme (unie ou fragmentaire) du récit ou encore la répétition, sous plusieurs angles, des « mêmes » épisodes narratifs. À travers ces différents aspects, l’œuvre de Glissant apparaît comme une exigeante affirmation de la Vie contre les hégémonies et leurs expressions littéraires.

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4. La parole de la parole

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Comment le cuivre serait-il transmué sans la pierre philosophale ? Comment la forme existerait-elle sans l’idée du peintre ?

Djalâl Od-Dîn Rûmî, Odes mystiques.

Les chapitres qui précèdent auront permis de mettre en place des éléments nécessaires et suffisants pour l’étude de ce que nous appelons « les romans du tout-monde ». Le terme de « tout-monde » apparaît pour la première fois sous la plume fictive d’Hégésippe, un des conteurs de Mahagony (MAH : 42), mais c’est Gani, un autre personnage du même roman, qui lui donnera une première consistance. L’enfant qui, refusant l’esclavage, marronne sur l’espace infinitésimal du mahogani reproduit en effet, sur ce même espace, « la figure du monde » qu’il entreprend de commenter pour sa compagne Tani (Ibid. : 77). Il convoque, entre autres, le souvenir d’un « Prince de Pérou qui se révolta contre les maîtres des plantations » et dont le « guerrier premier était l’un du pays d’Afrique » (Ibid. : 83). Gani met alors en parallèle d’une part la rencontre inattendue du prince et du guerrier et, d’autre part, les figures de la Chine et de l’Inde qu’il dessine sous le mahogani. De cette manière, il annonce les rencontres – en ce lieu comme en d’autres lieux du monde – des peuples différents et de leurs récits. Il invite aussi sa compagne Tani à donner corps à ces rencontres : « Je vous montre à rêve le tout-monde, que la trace des...

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