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Le discours choral

Essai sur l’œuvre romanesque d'Édouard Glissant

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Christian Uwe

L’œuvre romanesque d’Édouard Glissant, élaborée sur près d’un demi-siècle, se caractérise par une grande cohérence notamment du fait d'un personnel romanesque récurrent qui conduit collectivement la narration. Résolument ancrée dans une vision de la parole partagée, la fiction de Glissant révèle et illustre les enjeux poétique, anthropologique et politique de la narration. La polyphonie particulière qui s’y déploie est qualifiée ici de discours choral ; le dispositif énonciatif mis en place par le roman glissantien contribue en effet à éclairer les problèmes fondamentaux que pose cette œuvre : l’histoire raturée dont les personnages éprouvent somatiquement le manque, la violence d’un discours ou d’un silence imposés, les implications des choix poétiques tels que la caractérisation des narrateurs, la forme (unie ou fragmentaire) du récit ou encore la répétition, sous plusieurs angles, des « mêmes » épisodes narratifs. À travers ces différents aspects, l’œuvre de Glissant apparaît comme une exigeante affirmation de la Vie contre les hégémonies et leurs expressions littéraires.

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Synthèse

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Les pages qui précèdent auront permis de voir la place et la complexité de l’énonciation dans l’œuvre romanesque de Glissant. On peut dire en effet que le problème de l’énonciation est au principe de l’œuvre, du fait que celle-ci s’affirme contre l’oubli. L’oubli y est vécu comme une défaillance énonciative traduisant une rupture dans la transmission de l’histoire, laquelle rupture est étroitement liée à la négation, par le maître, des moyens énonciatifs qui auraient permis à l’esclave de penser et dire son histoire. Cette donnée de départ introduit ainsi dans le récit une dimension que l’on pourrait qualifier, paraphrasant Lise Gauvin (2006 : 5-10), de surconscience énonciative. En effet, c’est un oubli dont la trace n’est jamais levée, parce que lever cette trace revient à énoncer un discours qui la prend pour centre. Il est dès lors important de remarquer que l’origine de ce discours est une origine négative à plusieurs égards. Elle est négative dans la mesure où l’oubli est rature ; négative dans la mesure où l’histoire visée commence dans la cale du bateau négrier, c’est-à-dire le lieu par excellence de la coupure et de l’arrachement ; négative enfin parce que ces deux premiers sens sont vécus sur un mode somatique et noétique. Les scènes de démences dans Malemort ou dans La Case du commandeur ont ainsi une signification qui va au-delà des personnages concern...

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