Show Less
Restricted access

Le «care», face morale du capitalisme

Assistance et police des familles en Amérique latine

Series:

Edited By Blandine Destremau and Isabel Georges

    L’Amérique latine est souvent considérée comme un laboratoire de politiques publiques, qui accompagnent le développement de formes néo-libérales de capitalisme. Après les années 2000, l’État social signe son « retour », marqué par une nouvelle génération de politiques sociales d’assistance dites conditionnelles, dans des contextes de réduction des dépenses publiques, d’extension de la marchandisation et d’intense concurrence politique.

    Cet ouvrage explore les nébuleuses d’acteurs engendrées par la mise en pratique de ces politiques, à partir d’enquêtes ethnographiques menées dans cinq métropoles d’Amérique latine. Il montre comment elles instituent une police des familles, centrée sur les femmes et fondée sur une économie morale valorisant l’éthique du care et de la responsabilité. La gestion et la répartition du travail reproductif s’opèrent par des dispositifs d’activation, d’incitations comportementales et de contrôle de proximité. Ce mode de gouvernement moral des pauvres tend à instaurer un ordre politique qui organise la reproduction sociale et économique et repose sur une division du travail entre sexes, générations et classes sociales. Il nourrit l’essor des opportunités de profit marchand et des positions d’intermédiation. Cette face morale des politiques économiques néolibérales a permis un compromis de gouvernement, qui s’est estompé.

    S’il se démarque de ce cadre général, le cas de Cuba, aux prises avec une réforme de sa politique sociale, confirme la centralité du care et des injonctions morales dans les politiques publiques.

    Show Summary Details
    Restricted access

    Focaliser, transférer et rendre visite. Le genre au prisme de la politique de « vulnérabilité » et les pratiques d’assistance familialistes au Chili (Carolina Rojas Lasch)

    Extract

    ← 80 | 81 →

    Focaliser, transférer et rendre visite

    Le genre au prisme de la politique de « vulnérabilité » et les pratiques d’assistance familialistes au Chili1

    Carolina ROJAS LASCH

    Université Alberto Hurtado, Département de travail social, Faculté de sciences sociales, Santiago de Chile, Chili

    Le présent texte, issu d’une réflexion menée dans le cadre du projet LATINASSIST, repose sur une étude ethnographique réalisée entre 2008 et 2012, portant sur les pratiques de visites domiciliaires de travailleurs sociaux (assistants sociaux, psychologues, éducateurs, etc.) auprès de familles chiliennes qui ont été identifiées par l’État comme vulnérables. Ce chapitre aborde, dans une perspective de genre, la dimension politique du travail d’accompagnement, particulièrement au niveau de la production et reproduction des subjectivités des assisté.e.s.

    Le surgissement de la vulnérabilité comme problème public peut être compris, plus que comme la conséquence objective des transformations sociales et économiques du Chili actuel, comme l’expression d’un changement au niveau de l’économie morale (Fassin, 2009) des inégalités, c’est à dire comme le résultat d’un nouveau sens, d’une nouvelle sensibilité morale et d’une attention renforcée dans les techniques de gestion du social envers l’inégalité. Contrairement aux politiques des années 1980 et 1990, selon lesquelles l’action sur les populations se fondait sur la lutte contre la pauvreté, se traduisant en politiques compensatoires « d’ultra-focalisation » (ou ciblage), depuis l’an 2000,...

    You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

    This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

    Do you have any questions? Contact us.

    Or login to access all content.