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Le «care», face morale du capitalisme

Assistance et police des familles en Amérique latine

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Edited By Blandine Destremau and Isabel Georges

    L’Amérique latine est souvent considérée comme un laboratoire de politiques publiques, qui accompagnent le développement de formes néo-libérales de capitalisme. Après les années 2000, l’État social signe son « retour », marqué par une nouvelle génération de politiques sociales d’assistance dites conditionnelles, dans des contextes de réduction des dépenses publiques, d’extension de la marchandisation et d’intense concurrence politique.

    Cet ouvrage explore les nébuleuses d’acteurs engendrées par la mise en pratique de ces politiques, à partir d’enquêtes ethnographiques menées dans cinq métropoles d’Amérique latine. Il montre comment elles instituent une police des familles, centrée sur les femmes et fondée sur une économie morale valorisant l’éthique du care et de la responsabilité. La gestion et la répartition du travail reproductif s’opèrent par des dispositifs d’activation, d’incitations comportementales et de contrôle de proximité. Ce mode de gouvernement moral des pauvres tend à instaurer un ordre politique qui organise la reproduction sociale et économique et repose sur une division du travail entre sexes, générations et classes sociales. Il nourrit l’essor des opportunités de profit marchand et des positions d’intermédiation. Cette face morale des politiques économiques néolibérales a permis un compromis de gouvernement, qui s’est estompé.

    S’il se démarque de ce cadre général, le cas de Cuba, aux prises avec une réforme de sa politique sociale, confirme la centralité du care et des injonctions morales dans les politiques publiques.

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    Le récit de l’épopée latino-américaine contre la pauvreté (Enrique Valencia Lomelí)

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    Le récit de l’épopée latino-américaine contre la pauvreté

    Enrique VALENCIA LOMELÍ

    Université de Guadalajara, Mexique

    Le discours hégémonique sur les politiques ciblées

    Durant une bonne partie des années 1990, le discours hégémonique autour des politiques sociales de l’Amérique latine portait sur les avantages supposés du ciblage dans le cadre du Consensus de Washington (De Ferranti, 20001 ; Coady, Grosh, Hoddinott, 2004). Naturellement, cette hégémonie a été parcourue par de fortes polémiques politiques et académiques (Lautier, 2001 ; Barba, 2007 ; Roberts, 2012). Pour faire face à ces polémiques et pour renforcer les politiques ciblées – spécialement les transferts monétaires conditionnels – un récit (una narrativa) des grands succès2, fondé dans une large mesure sur les discours des « évaluateurs » ← 403 | 404 → internationaux3 et sur les comptes-rendus des institutions financières internationales (IFI), a été construit4. Les « évaluateurs » internationaux ont ainsi été les principaux producteurs de ce récit d’un nouvel exploit – une épopée – face à la pauvreté (Behrman et Skoufias, 2006). Ce récit a permis la diffusion des programmes de transferts monétaires conditionnels dans le monde (Fiszbein et Schady, 2009), à partir du soi-disant succès de l’Amérique latine (surtout des programmes Progresa/Oportunidades du Mexique et Bolsa Familia du Brésil) : entre 1997 (l’année du lancement de Progresa comme programme national au Mexique) et 2013, selon le dernier rapport de...

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