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L'Europe dans le monde du football

Genèse et formation de l’UEFA (1930-1960)

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Philippe Vonnard

Comment expliquer la popularité du football à l’échelle européenne ? Une des pistes pour répondre à cette question est d’étudier le rôle de l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui n’a eu de cesse d’agir en vue de renforcer les échanges footballistiques au niveau européen. À partir du dépouillement d’archives inédites, ce livre répond à un vide historiographique en proposant de retracer la genèse et la formation de l’UEFA dans une perspective globale et qui privilégie le long terme. Nous défendons ici la thèse que la mise en place de cette organisation au milieu des années 1950 est un tournant dans l’histoire du football européen.

Trois axes principaux complémentaires sont développés tout au long de cet ouvrage. Le premier traite du rôle de la FIFA (Fédération internationale de football association), puis de l’UEFA dans le développement d’une dynamique européenne du jeu. Le deuxième questionne la possibilité qu’ont les dirigeants du football de créer un organisme qui transcende les barrières de la Guerre froide (à sa fondation, l’UEFA compte une trentaine de pays européens). Finalement, le troisième interroge les raisons de la constitution de l’UEFA durant les années 1950 ainsi que le modèle d’organisation choisi par ses promoteurs.

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Chapitre 2. La souveraineté de la FIFA remise en cause (1939-1948)

Chapitre 2

La souveraineté de la FIFA remise en cause (1939-1948)

Introduction du chapitre

Le chapitre 2 couvre la période allant de 1939 à 1948. Durant ces dix ans, les dirigeants de la FIFA vont devoir faire face à un contexte international difficile avec la Deuxième Guerre mondiale puis le début de la Guerre froide. À cela s’ajoute, même si cet aspect joue un moindre rôle dans le monde du football de cette époque, le début de la décolonisation. Par ailleurs, c’est aussi l’internationalisation croissante du football qui connaît une nouvelle phase, processus qui n’est pas sans impact sur la gouvernance de la Fédération internationale de football. Toujours dans l’optique de comprendre la création ainsi que la configuration particulière de l’UEFA dans les années 1950, ce moment est importante à étudier et nous soutenons l’idée que la volonté de créer des organismes continentaux en football émerge pendant cette période.

Tout d’abord, il faut souligner que malgré d’évidentes difficultés dues à la guerre, des matchs entre les équipes nationales européennes persistent entre 1939 et 1943, puis reprennent dès 1945. Ces échanges témoignent de l’ancrage des liens footballistiques qui s’opèrent à l’échelle géographique continentale depuis l’entre-deux-guerres. De plus, au sortir de la guerre, le territoire européen de juridiction de la FIFA s’agrandit avec le retour des associations britanniques et l’entrée de l’Union soviétique en son sein. Cet élargissement de l’organisation a pour conséquence une poursuite de la recomposition du comité exécutif, un vice-président étant désormais directement nommé par les quatre associations britanniques et un autre par l’organisme du sport de l’URSS. Cette union de l’Europe semble symbolisée par le match « Europe-Grande-Bretagne » organisé en 1948, qui convoque davantage d’associations nationales que celui organisé dix ans plus tôt.

En outre, cette décennie voit aussi l’élite de la FIFA fortifier la structure de l’organisation. Il faut souligner ici que, contrairement à d’autres fédérations internationales (boxe, escrime), la FIFA réussit à survivre aux←123 | 124→ volontés de contrôle des nazis, ce que révèle bien sa position particulière sur la scène internationale. À la fin des hostilités, et toujours autour du président Rimet, son comité exécutif prend des décisions visant à renforcer les mécanismes d’autonomie créés durant l’entre-deux-guerres. Cependant, la fin des années 1940 est marquée par un renouvellement progressif de l’élite de la FIFA, et ce dans un contexte qui voit désormais l’Est et l’Ouest être séparés par le Rideau de fer. Ainsi, la Fédération internationale entre dans une période de transition générationnelle.

Enfin, les années 1940 voient également la poursuite des volontés décentralisatrices émises par les associations sud-américaines. Alors que le continent européen est plongé dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique du Sud est moins touchée par les hostilités et les échanges footballistiques à l’échelle continentale continuent à avoir lieu. Dans les premières années de la décennie, les associations sud-américaines décident de renforcer la structure de leur confédération continentale afin de créer une voix unie qui pourra ensuite leur permettre de défendre une position commune au sein de la FIFA. Par ailleurs, elles établissent aussi des alliances formelles avec les associations d’Amérique centrale, notamment au sein de la Confédération panaméricaine de football créée en 1946, dans l’objectif de créer des échanges footballistiques plus fermes à l’échelle panaméricaine mais aussi sans doute dans le but de soutenir la décentralisation de la Fédération internationale. Deux propositions en la matière sont finalement envoyées à la fin de la décennie à la FIFA en vue d’une discussion lors du congrès de 1950. Il s’agirait pour les associations sud-américaines d’obtenir davantage de places dans le comité exécutif de la FIFA, voire de soutenir une possible « continentalisation » de l’organisme.

2.1. L’élargissement du territoire européen

Durant l’entre-deux-guerres, la FIFA a œuvré aux rapprochements footballistiques entre les différentes associations européennes. Les années 1940 vont continuer ce processus, en particulier avec le retour des associations britanniques au sein de la FIFA ainsi que l’incorporation de l’Union soviétique dans l’organisation. Mais avant de traiter ces deux points, il faut se questionner sur l’impact de la guerre sur le travail de la FIFA, et plus généralement sur les échanges footballistiques européens.

Dans le rapport du secrétaire général de la Fédération internationale pour la période 1940-1941, Ivo Schricker mentionne les « grandes←124 | 125→ difficultés »1 que le conflit engendre pour l’organisation. En effet, à partir de 1940, en raison de la guerre, son comité exécutif ne peut plus se réunir et la correspondance entre le secrétaire général et les associations membres s’avère délicate. Les combats puis les contrôles effectués par les Allemands dans les zones occupées ralentissent fortement la transmission des informations et certains courriers mettent ainsi plusieurs mois à arriver à leur destinataire. De même, le congrès prévu en 1940 à Luxembourg n’est pas organisé. Malgré cette situation difficile, des échanges footballistiques persistent durant toute la durée des hostilités et l’activité de la FIFA ne s’arrête jamais totalement.

2.1.1. La persistance des échanges footballistiques européens durant la guerre

Le football est indéniablement touché par le conflit. On le perçoit notamment dans le fait que les épreuves régionales créées durant l’entre-deux-guerres sont toutes arrêtées. Ainsi, la Mitropa Cup connaît une abrupte fin de parcours avec l’organisation d’un dernier tournoi en 1940. Seules huit formations issues de Hongrie, de Roumanie et de Yougoslavie y prennent part, ce qui contraste avec la grandeur de l’épreuve du milieu des années 1930, lorsque six pays envoyaient chacun quatre équipes se disputant le trophée sur plusieurs mois. Des projets de remplacement du tournoi, comme celui d’une coupe du Danube2, sont par la suite évoqués, sans toutefois être mis en œuvre. Les épreuves de l’espace balkanique connaissent un sort analogue. Ivo Schricker indique à ses collègues du comité exécutif en mai 1940 que la Coupe des Balkans a cessé de se disputer depuis le dernier tiers de la décennie précédente déjà3. De même, les championnats britannique et scandinave sont stoppés durant toute la durée de la guerre, même si les équipes nationales de ces régions continuent à maintenir des matchs entre elles.

Au niveau des parties entre les équipes nationales, le contexte de guerre est peu favorable aux déplacements et rend l’organisation de matchs compliquée. En outre s’ajoute une situation politique qui rend←125 | 126→ impossible ce genre d’entreprise pour certaines fédérations nationales. C’est notamment le cas des associations de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie qui, en raison de l’invasion allemande de leur pays, sont rayées de la carte footballistique. Les autres pays occupés par l’Allemagne se trouvent également placés dans une sorte de silence footballistique sur la scène internationale. C’est notamment le cas de la Belgique, de la France ou encore des Pays-Bas qui ne disputent plus aucun match entre 1941 – intensification de la guerre avec le début de la campagne russe de la Wehrmacht – et 1944 – début du départ des armées allemandes des territoires occupés. Selon Simon Kuiper, les autorités allemandes interdisent ces rencontres internationales car elles craignent qu’elles ne soient de bonnes occasions de manifester des sentiments antigermaniques, voire, notamment en cas de match contre l’Allemagne, d’actes patriotiques4. Dans son très bel ouvrage Football with the Foe, qui aborde le cas du sport danois durant la Deuxième Guerre mondiale, Hans Bonde donne l’exemple d’un match opposant deux clubs, à savoir Admira Wacker – une formation viennoise – et une équipe de Copenhague, lors duquel une partie de la foule se confronte à des soldats allemands présents au stade5.

En fait, très peu d’associations nationales continuent à organiser des rencontres internationales et lorsqu’elles le font, c’est à une moindre fréquence que par le passé. Par exemple, la fédération italienne réduit drastiquement les oppositions footballistiques internationales de sa sélection nationale, puisque de huit matchs en 1939 elle passe à cinq matchs disputés une année plus tard et seulement deux en 1942 – il s’agira des derniers matchs joués jusqu’à la fin des hostilités. De même, la Suède et la Suisse, deux pays « neutres »6 et particulièrement prolixes en matière d’échanges footballistiques internationaux durant l’entre-deux-guerres, connaissent aussi une diminution du nombre de rencontres jouées par leur équipe nationale respective. Ainsi, les parties disputées correspondent grosso modo à la moitié des matchs auxquels elles ont pris part dans les quatre années précédentes. La seule association nationale qui ne semble pas être touchée par ce contexte est l’Allemagne, du moins pour←126 | 127→ la période 1939-1943. En effet, comme l’écrit l’un des plus importants dirigeants du football allemand, Karl Kopehel, dans le Bulletin de la FIFA d’août et septembre 1939, le football allemand est « en marche ! »7. L’utilisation de ce vocabulaire, qui évoque une démarche militaire – très révélatrice du contexte ambiant puisqu’elle précède de quelques semaines l’envahissement de la Pologne par les troupes du Reich – n’est pas usurpée au regard du nombre de parties internationales disputées par l’équipe nationale allemande à cette époque.

Ainsi, l’équipe nationale allemande joue près du double de rencontres que la Suède ou la Suisse entre 1939 et 1943. De plus, le nombre de parties qu’elle dispute durant les quatre années du conflit n’est que légèrement inférieur à la période 1934-1938 et peut donc être perçu comme une sorte de continuité avec la période antérieure, ce qui n’est pas le cas des autres pays. Si la formation du IIIe Reich dispute autant de rencontres, c’est qu’elles servent à soutenir les actions politiques et militaires du gouvernement nazi, notamment en représentant l’Allemagne auprès des nouveaux pays qui ont été créés suite au passage de l’armée allemande. En effet, des associations nationales de football émergent par exemple en Slovaquie ou en Croatie et jouent rapidement contre l’équipe d’Allemagne, permettant par ce biais d’appuyer leur reconnaissance sur la scène internationale par le IIIe Reich. Dans la même veine, l’équipe allemande joue à plusieurs reprises contre ses alliés que sont la Hongrie, la Bulgarie ou la Roumanie. Comme le note Nils Havemann, ces différents concours sportifs « [facilitent] les rapprochements parce qu’ils [offrent] aux responsables politiques la possibilité de mener des entretiens en marge des manifestations et de contribuer à instaurer un climat de confiance »8.

Mais plus qu’un soutien aux actions du Reich, l’équipe allemande doit aussi symboliser son idéologie conquérante. Sous cet angle, Markwart Herzog a notamment étudié la controverse qui existe, durant les premières années de la guerre, entre le sélectionneur de l’équipe allemande, Joseph Herberger, et un dirigeant sportif bavarois, Karl Oberhuter. Ce dernier estime que le style de jeu de la Mannschaft devrait être davantage tourné vers l’attaque en s’inspirant – mais aussi devant refléter – la tactique←127 | 128→ militaire de la guerre éclair (Blitzkrieg9), employée notamment dans la campagne de France. En fait, pour les principaux dirigeants nazis, l’équipe nationale doit correspondre à la grandeur du peuple allemand et, en ce sens, selon les mots de Hans Bonde, leurs joueurs sont « allergiques à la défaite »10. Au passage, soulignons que malgré la mise sur pied d’une « Grande Allemagne »11 renforcée, depuis 1938, par des joueurs autrichiens puis d’autres pays annexés – tel le buteur polonais Ernest Willimowski –, l’équipe nationale du Reich ne réussira que peu de coups d’éclat. Éliminée au premier tour de la Coupe du monde de 1938 face à la modeste équipe de Suisse12, elle enregistre également des défaites face aux deux équipes alors considérées comme les meilleures du monde, l’Angleterre (mai 1938) et l’Italie (mai 1940). Le football européen est donc en partie paralysé par les hostilités et, si les échanges continuent, ceux-ci sont organisés autour de l’activité de l’équipe allemande.

Malgré cette paralysie, le fait que des rencontres réussissent tout de même à être maintenues est important en vue d’une reprise rapide des échanges footballistiques en Europe après le conflit. Par ailleurs, ces matchs sont également cruciaux pour la FIFA car ils doivent lui permettre de se maintenir financièrement à flot. En effet, la non-organisation de la Coupe du monde en 1940 et en 1944, couplée à la baisse du nombre de matchs internationaux de manière générale, lui confère beaucoup moins de recettes. Des mesures d’économie sont d’ailleurs prises tout au long de la période, comme celle de réduire drastiquement le temps de travail de l’aide du secrétaire général, Rijnink. De plus, la situation oblige le secrétaire Schricker à puiser allègrement dans les réserves constituées durant la seconde partie des années 1930. En conséquence, les rentrées d’argent que la FIFA peut toucher de l’équipe allemande, et dans une moindre mesure des associations suédoise, suisse ou encore hongroise, sont cruciales pour sa survie.←128 | 129→

Tableau 7. Montant du pourcentage perçu (en francs suisses) par la FIFA sur les matchs internationaux de 1939 à 1944

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Car la FIFA entend rester active durant les hostilités. Tout d’abord, dès l’entrée en guerre, ses principaux dirigeants écrivent une déclaration dans laquelle ils font « le vœu ardent de voir le conflit actuel se localiser et se terminer au plus vite »13 et déplorent « que les efforts de tous ceux qui ont voué leur apostolat au sport pacifique aboutissent à cette catastrophe »14. Tout au long du conflit, Ivo Schricker continue à rédiger des lettres ou des circulaires pour les associations nationales ainsi que des publications officielles. De même, il entretient une riche correspondance avec quelques membres du comité exécutif, et en premier lieu avec Rodolphe Seeldrayers. Alors que le temps est à la pénurie de papier, il n’hésite pas à relancer un Bulletin officiel en 1942, qui ne connaîtra toutefois que trois numéros.

Témoin de cette volonté de souligner l’activité de la Fédération internationale, dans son rapport du secrétaire pour les années 1942 et 1943, le secrétaire général se réjouit que l’organisation soit « à même de fonctionner presque normalement et de rester en contact régulier avec ses membres »15. Cet optimisme étonne au regard de la situation globale dans laquelle le continent européen est plongé. Dans un courrier datant du 26 mai 1944, Seeldrayers lui indique d’ailleurs qu’il ne partage pas son avis car, d’un « point de vue financier notamment [l’activité de la FIFA] est au 3/4 paralysée » et la plupart des matchs internationaux sont annulés16. Pour autant, la Fédération internationale continue effectivement d’exister et l’activisme de son secrétaire est indéniable. En outre, la FIFA ne connaît pas de membres démissionnaires, même si des adaptations vis-à-vis de la situation politique des pays sont demandées par des associations nationales. C’est le cas par exemple de la Norvège, où la fédération←129 | 130→ nationale de football est désormais englobée dans un organisme étatique à la solde du nouveau gouvernement fasciste de Vickung Quisling. Suivant la politique développée durant l’entre-deux-guerres de ne pas intervenir dans les affaires des associations nationales afin de préserver sa neutralité17, la FIFA accepte le changement sans broncher.

Deux autres éléments peuvent encore être ajoutés, qui montrent que les échanges dans le football européen ne sont pas totalement au point mort durant la Deuxième Guerre mondiale. Premièrement, outre les parties entre les équipes seniors, des échanges persistent également entre les équipes nationales de réserve, comme le montre l’exemple des deux rencontres disputées en 1941 à Lyon et en 1942 à Lausanne, entre la Suisse et la France. L’enjeu de ces rencontres dépasse largement celui du football. En effet, lorsque l’équipe française se rend sur les bords du Léman, de nombreux discours de fraternité sont professés par les dirigeants du football ainsi que par des hommes politiques locaux, dans lesquels ils insistent sur l’amitié qui existe entre les deux pays. Deuxièmement, il faut aussi souligner qu’au sein des espaces nationaux, le jeu perdure18 et même parfois dans des conditions très peu favorables à la pratique du football, comme dans des villes polonaises, où le ballon rond est interdit par les Allemands19. Dans ces cas, jouer au football correspond à un moyen d’oublier, le temps d’une partie, les horreurs du conflit, voire représente une forme de résistance alternative face aux actions des Allemands.

Ces deux éléments, couplés à l’activité de la FIFA, expliquent pourquoi, dès que les hostilités cessent dans un pays, les parties internationales de football reprennent presque de manière instantanée. Par exemple, un peu moins de quatre mois après la libération de Paris, la ville accueille déjà la première partie officielle depuis 1941, dans laquelle s’opposent la Belgique et son voisin français. Lors du mois de juillet 1945, soit environ trois mois après la capitulation allemande, l’association suisse envoie également un courrier à toutes les fédérations nationales européennes dans le but « de reprendre les relations sportives par des matchs internationaux←130 | 131→ représentatifs »20. Cette même année, l’équipe helvétique dispute cinq parties internationales, respectivement contre la France, le Portugal, l’Angleterre, l’Italie et la Suède. Les dirigeants de la FIFA insistent sur cette reprise rapide des activités de leur organisation et se montrent particulièrement optimistes quant à un retour à la normale, comme l’indique un document de synthèse écrit sur le football d’après-guerre : « Il n’y a pas de doute que les relations sportives entre nos membres reprendront bientôt leur étendue normale d’avant-guerre ; les matchs internationaux joués au courant de cette année [1945] ont fait preuve de la popularité énorme de notre sport21. L’année 1946 confirme la reprise des relations footballistiques internationales puisque la majorité des équipes nationales disputent cinq à six parties, même si pour des pays comme la Hongrie, les Pays-Bas ou la Yougoslavie, celles-ci sont principalement organisées contre leurs voisins, ce qui témoigne encore des difficultés rencontrées pour voyager plus loin sur le continent.

Certes, dans cet immédiat après-guerre, le nombre de parties internationales est quelque peu en deçà de la période d’avant-guerre. En effet, si 359 matchs sont joués entre les sélections nationales européennes entre 1937 et 1939, 299 parties seulement sont organisées en Europe entre 1945 et 1947. Ce chiffre doit néanmoins tenir compte des changements qui se sont produits sur la scène internationale, notamment l’incorporation des pays baltes dans l’Union soviétique, le retour de l’Espagne sur la scène footballistique internationale et bien entendu le fait qu’une Coupe du monde se dispute en 1938 – ce qui engendre davantage de matchs. Dès lors, nous pouvons en conclure qu’autour de l’année 1947, la tendance est à une normalisation des échanges tels qu’ils s’opéraient durant l’entre-deux-guerres. Le football européen a certes subi les événements mais l’ancrage des liens footballistiques entre les associations européennes a aidé à surmonter cette situation.

La FIFA est certes touchée par le conflit mais, comme l’a justement relevé Grégory Quin, l’institution fait preuve d’une réelle robustesse au regard de la dureté de celui-ci22. En outre, fait important pour la←131 | 132→ légitimité de l’organisation, au sortir de la guerre, son territoire européen de juridiction s’élargit avec le retour des associations britanniques dans son giron.

2.1.2. Le retour des associations britanniques

Nous avons vu qu’à la fin des années 1930, les associations britanniques se sont rapprochées de la FIFA. Quelques mois avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, l’équipe anglaise se déplace à Rome pour y rencontrer l’Italie. Suite à ce match, Stanley Rous envoie un courrier au secrétaire de la Fédération internationale, Ivo Schricker, dans lequel il mentionne :

« Nous apprécions plus que nous pouvons dire la considération extraordinaire dont nous avons été l’objet et qui avait pour but d’assurer notre plaisir et notre confort. Nous sommes sûrs [d’]avoir achevé le but principal de notre visite, c’est-à-dire de démontrer qu’un match international entre des équipes de l’Angleterre et des pays continentaux pourra bien être joué devant une nombreuse assistance dans un esprit de combat, mais tout de même d’amitié23.

Signe de l’importance de cette action, le secrétaire général s’empresse aussitôt de faire parvenir le courrier à la plupart des associations nationales européennes membres de la FIFA. La guerre vient néanmoins contrarier cet élan favorable au retour des Britanniques dans le giron de la FIFA. En effet, durant l’intégralité des hostilités, les quatre associations britanniques ne jouent de matchs que sur leurs îles et les acteurs du domaine footballistique sont aussi mobilisés pour l’effort de guerre24. De même, si leurs dirigeants décident de maintenir une fois par année les séances de l’International Board25, celui-ci ne convoque plus les deux représentants de la FIFA. Dès lors, le football suit globalement la stratégie politique du repli sur soi instaurée par le gouvernement d’union nationale de Winston Churchill. Il faut dès lors attendre la fin du conflit pour que de véritables échanges←132 | 133→ formels reprennent entre les quatre associations britanniques et la FIFA. Quelles sont les motivations qui poussent les Britanniques à désormais franchir le Rubicon et à entrer dans la Fédération internationale ? Et comment ce retour s’effectue-t-il ?

Si les échanges entre la FIFA et les associations britanniques sont peu nombreux durant la guerre, les dernières années du conflit correspondent à de grandes réflexions au sein de la FA au sujet de la position à tenir dans les relations sportives internationales. Tout d’abord, il semble que les dirigeants britanniques maintiennent tout au long des hostilités des contacts avec les pays « neutres » comme la Suède et la Suisse ainsi qu’avec des associations d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud26. Le retournement de la guerre en faveur des Alliés, qui commence à s’opérer durant l’année 1942 – notamment en raison de l’entrée en guerre des Américains en décembre 1941 aux côtés des Britanniques, puis de l’alliance conclue avec l’Union soviétique en 1942 – permet aux Anglais, en collaboration avec les Américains, d’élaborer des projets pour le futur de l’Europe27. Ces actions se retrouvent au sein de l’association anglaise de football. Dès 1943, un état des lieux (mémorandum) est établi afin d’aborder plusieurs thématiques du football d’après-guerre : les joueurs et entraîneurs, les infrastructures, les relations avec les autres organisations au niveau national (en particulier avec le Foreign Office), les arbitres, la propagande et la publicité. Dans ce tour d’horizon, qui doit permettre au domaine du football de reprendre rapidement l’activité footballistique d’avant-guerre, un point concerne les relations internationales. Ce travail de réflexion continue dans les mois qui suivent et, en 1944, huit sous-commissions sont créées pour traiter des différentes thématiques. La question des relations internationales échoit à une sous-commission dans laquelle figurent de futurs dirigeants importants du football européen de la fin des années 1940 et de la décennie 1950, tel Arthur Drewry. Cette sous-commission suggère plusieurs dispositions, dont celle de jouer, dès la fin de la guerre, avec de nombreux clubs issus des territoires alliés et ceux qui seront occupés par l’armée anglaise. En effet, ces rencontres aideront à rétablir les relations entre les pays, mais également « à produire du divertissement et aussi à prélever des fonds pour rebâtir et financer←133 | 134→ les associations de ces pays »28. Ces décisions montrent que les Anglais souhaitent se positionner en tant que leader de la reconstruction du football en Europe. Afin de jouer ce rôle, le rapport recommande que la Football Association – et plus largement les associations britanniques – reprenne sa place au sein de la FIFA.

À la suite de la capitulation allemande, cette question va être abordée par les deux parties, et ce dès le mois de juillet 1945 à l’occasion d’un match de l’équipe nationale anglaise en Suisse. Pendant celui-ci, Schricker et Rimet s’entretiennent avec Stanley Rous sur le contexte du football international et abordent aussi l’éventuelle réincorporation des associations britanniques dans la FIFA29. Le retour des Britanniques est vu d’un très bon œil par les dirigeants de la Fédération internationale. Témoin de cet état d’esprit, son secrétaire général n’hésite pas à faire parvenir à Stanley Rous – comme il l’a fait avec d’autres membres du comité exécutif – la page du futur rapport du secrétaire général 1944-1945 concernant les relations entre la FIFA et les associations britanniques30. Ce procédé lui permet de recevoir des commentaires et des vérifications sur ses propos – Schricker ayant été globalement en manque d’informations sur les activités des associations nationales durant toutes les hostilités – mais c’est également un moyen d’amadouer les Anglais afin qu’ils reviennent rapidement dans le giron du football international. Pour la FIFA, le retour des Britanniques est en effet très important car il s’agit d’acteurs majeurs du football. Ainsi, à la suite de la période trouble de la guerre, leur présence constitue un gage de crédibilité pour la Fédération en vue de retrouver rapidement une place sur la scène footballistique internationale. En date du 24 septembre 1945, une lettre de Schricker à Seeldrayers confirme cet aspect. Le secrétaire relève ainsi que « la politique à suivre […] est bien simple : activer les démarches pour arriver à un arrangement avec les associations britanniques. Une telle entente – ou fusion – aura l’effet de consolider et de fortifier énormément la position de la FIFA31.←134 | 135→

Quelques mois plus tard, le rapprochement avec les Britanniques se précise puisque Drewry et Rous sont invités à participer à la première réunion du comité exécutif de la FIFA qui se déroule en novembre à Zurich32. Le 1er décembre 1945, Schricker fait mention à Rodolphe Seeldrayers d’une interview accordée par Rous au journal zurichois Sport dans lequel ce dernier s’est montré favorable au retour des Britanniques au sein de la FIFA33. Cependant, les autres associations britanniques vont-elles emboîter le pas de la Football Association ? Le 18 juin 1946, Rous suggère à Schricker d’inviter des dirigeants des trois autres associations britanniques à participer en tant qu’observateurs au prochain congrès de la FIFA. L’Anglais précise qu’il ne sait pas « si les autres associations britanniques demanderont leur affiliation »34, par contre il indique qu’elles accepteraient avec plaisir une invitation. Finalement, ces associations suivent les démarches de la Football Association et vont également se réaffilier lors du congrès de 1946. Pendant le printemps et l’été de cette même année, une quinzaine d’équipes britanniques jouent sur le continent35, symbolisant cette volonté des associations britanniques de renouer, voire d’étendre, les liens avec leurs homologues continentaux. Le retour des associations britanniques à la FIFA nécessite néanmoins des négociations par les dirigeants de la Fédération internationale. En effet, dans l’optique de jouer un rôle dans la remise en route du football international, ces associations souhaitent occuper un rôle prépondérant au sein de la FIFA. Le comité exécutif semble conscient de cette situation et l’anticipe puisqu’il propose au congrès qu’un poste de vice-président leur soit réservé en raison « des immenses services rendus au sport par les associations britanniques »36. De plus, les congressistes leur accordent le droit d’être exonérées du versement des pourcentages à la FIFA pour les rencontres des championnats britannique, une requête qui avait jusque-là toujours été refusée. C’est donc un tapis rouge que les associations←135 | 136→ membres de la Fédération internationale étendent devant les Britanniques. En comparaison, durant l’entre-deux-guerres, les Sud-Américains ont dû attendre près de vingt ans avant de disposer d’une place fixe au comité exécutif37.

Rapidement, les associations britanniques vont se montrer actives au sein de la FIFA, et en particulier participer à la pérennisation de ses finances. Par exemple, durant l’assemblée générale de 1948, l’assemblée accepte la proposition du comité exécutif de porter le pourcentage prélevé par la FIFA sur la recette brute des rencontres internationales de 1 à 1,5 % et 0,5 à 0,75 % pour les associations d’Amérique du Sud, celles-ci bénéficiant d’une exonération moindre puisque le pourcentage restant est reversé à la Confédération sud-américaine. À cette occasion, le délégué anglais, Brook Hirst, indique « qu’il veut faire plus que de soutenir la proposition du comité exécutif »38 et soumet un amendement en vue d’une augmentation supplémentaire. Il s’agirait de passer à 2 % sur tous les matchs internationaux et 1 % pour ceux concernant les Sud-Américains. Cette proposition, qui va être retenue par l’assemblée, est soutenue par l’Écossais Graham, signe sans doute d’une consultation préalable entre les associations britanniques. Ces actions permettent donc à la FIFA de renforcer son autorité sur le football européen et mondial, et participent au retour des échanges internationaux en football. Certes, les associations britanniques jouent encore majoritairement entre elles, mais sur la trentaine de parties qu’elles disputent entre 1945 et 1948, l’Angleterre en joue une dizaine hors de ses frontières ; quant à l’Écosse, elle s’oppose à la Belgique, à la France, au Luxembourg et à la Suisse.

Par ailleurs, le retour des associations britanniques au sein de la FIFA entame une nouvelle étape dans l’optique de décentraliser la Fédération internationale. En effet, quelques années après les associations d’Amérique du Sud, elles obtiennent aussi le privilège d’élire directement un vice-président au comité exécutif. Cette démarche encourage la formation de groupements d’associations au sein de la Fédération. Or cette situation peut favoriser le développement d’idées chez des dirigeants souhaitant eux aussi bénéficier du même traitement et amener à une réflexion plus générale sur la structure de la FIFA. En outre, il faut souligner ici que des dirigeants britanniques, en premier lieu les Anglais Arthur Drewry et Stanley Rous, commencent à militer en faveur d’une réorganisation de la Fédération et d’une ouverture envers les pays extra-européens. Ces←136 | 137→ démarches s’inscrivent dans le changement de la politique internationale de la Grande-Bretagne. En effet, au regard de sa position désormais secondaire sur la scène internationale par rapport aux États-Unis et à l’Union soviétique ainsi que des problèmes engendrés par les protestations de plus en plus actives et virulentes des mouvements d’indépendance dans ses colonies, le pays se retire progressivement de ses dernières possessions, comme en témoigne l’indépendance de l’Inde en 1948.

Le fait que des fédérations aussi puissantes que les associations britanniques commencent à envisager une décentralisation de la FIFA donne assurément du poids à cette éventualité. C’est d’autant plus le cas que, parallèlement, l’Union soviétique demande une position fixe de vice-président au sein du comité exécutif comme condition à son adhésion.

2.1.3. L’intégration de l’URSS

Alors que des échanges préliminaires avaient eu lieu entre l’Union soviétique et la FIFA durant les années 1930, ceux-ci s’interrompent dès le début de la guerre. Cependant, des liens footballistiques entre les Soviétiques – qui hormis la guerre qu’ils mènent contre la Finlande restent en dehors des hostilités en raison de la signature du pacte de non-agression avec l’Allemagne en août 1939 – et leurs voisins perdurent dans les premiers temps du conflit. Ainsi, le 14 juin 1940, le Yougoslave Mihailo Andrejevic indique au secrétaire général Schricker qu’une rencontre footballistique est prévue entre l’Union soviétique et la Bulgarie, en août de la même année39. Toutefois, dans les mois qui suivent, l’attaque allemande dirigée contre l’Union soviétique durant l’été 1941 et la terrible guerre de l’Est qui s’ensuit paralysent les échanges internationaux du football soviétique jusqu’à la fin du conflit.

Au sortir de la guerre, l’URSS est, avec les États-Unis, la grande gagnante sur la scène internationale. Profitant du stationnement de l’armée rouge dans l’Est de l’Europe, elle étend sa zone d’influence. De plus, elle acquiert un prestige important sur la scène internationale : le courage de ses soldats et de sa population, qui a payé un lourd tribut aux combats – près de 25 millions de morts –, est relevé par ses alliés. L’Union soviétique s’affiche donc en tant que nouvelle interlocutrice potentielle dans les relations internationales et c’est dans ce contexte favorable – même←137 | 138→ si des premières tensions avec les Américains se font sentir en particulier au sujet du futur gouvernement légitime en Pologne – qu’elle participe à la fondation de l’Organisation des Nations unies (ONU) en 194540.

Un premier pas en vue de l’intégration de l’Union soviétique dans le giron du football international est réalisé avec la tournée à succès du Dynamo Moscou en Grande-Bretagne en automne 194541. En outre, sur le chemin du retour, l’équipe soviétique semble également s’être arrêtée en Suède pour y disputer un match contre la formation de Norrköping. En décembre, le Dynamo effectue une autre tournée, cette fois en Yougoslavie. Quelques mois plus tard, ce sont les dirigeants du comité exécutif de l’Union belge de football qui évoquent la possibilité d’inviter une équipe soviétique à venir jouer en Belgique42. Au regard de ces échanges, l’adhésion de l’Union soviétique à la FIFA paraît de plus en plus plausible. Si au sein du CIO des discussions sur une probable adhésion de l’URSS à l’organisation n’aboutissent à aucun résultat43, par contre la Fédération internationale d’athlétisme tolère la participation des Soviétiques aux championnats du monde d’Oslo en août 1946. Cette décision ne laisse pas indifférents les dirigeants du comité exécutif de la FIFA44.

Les premières discussions officielles entre les Soviétiques et la Fédération internationale semblent avoir lieu durant le congrès de la FIFA de 1946. En effet, le spectre de l’Union soviétique plane sur l’assemblée générale puisqu’au début des discussions, la Pologne – au nom des associations d’Albanie, de Bulgarie, de Tchécoslovaquie et de Yougoslavie –dépose←138 | 139→ une motion en vue d’une reconnaissance officielle de la langue russe au sein de l’organisation. Cette proposition n’est pas retenue par les congressistes, mais elle peut être perçue comme une préparation à l’arrivée des Soviétiques à la FIFA et révèle aussi que les pays qui soutiennent cette idée se trouvent désormais sous sa sphère d’influence. Durant le deuxième jour de l’assemblée, la présence de l’URSS se remarque plus précisément puisque Seeldrayers indique que la délégation yougoslave « a reçu une communication45 suivant laquelle l’organisme du football de l’URSS a exprimé sa décision de [rejoindre] la FIFA »46. Pendant les discussions, le délégué yougoslave Andrejevic n’hésite pas à affirmer que si l’adhésion de l’URSS est acceptée, le congrès a l’assurance de recevoir la requête d’affiliation de l’URSS avant la fin des séances. Ce point de vue est soutenu par les délégués de la Tchécoslovaquie et de la Pologne. Cependant, l’Union soviétique se montre exigeante et souhaite disposer d’une place de vice-président au comité exécutif. Le but de cette requête est de lui permettre de jouer un rôle de premier plan dans la gouvernance de la Fédération. Les dirigeants de la FIFA se montrent plutôt favorables vis-à-vis de la demande, posture suivie par les congressistes qui acceptent un changement des statuts de la FIFA afin de faciliter l’arrivée de l’Union soviétique en son sein. Ainsi, comme c’est le cas pour les associations britanniques, le représentant soviétique dans le comité exécutif de la FIFA ne sera pas élu par le congrès, mais désigné par l’organisme qui dirige le football en Union soviétique. C’est donc un geste significatif en faveur de l’incorporation des Soviétiques qui est entrepris lors du congrès de 1946, mais aussi une nouvelle étape dans une possible future décentralisation de l’organisation.

Malgré les promesses faites par Andrejevic devant l’assemblée générale et un télégramme envoyé durant les discussions à la section de football de l’URSS pour lui annoncer l’avis favorable de la FIFA47, les Soviétiques ne donnent aucun signe de vie avant la fin des sessions du congrès. Ce silence va durer plusieurs semaines. En octobre, cette situation commence à créer un clivage au sein du comité exécutif de la FIFA qui illustre les tensions qui sont en train de se déclarer dans les relations politiques internationales, à savoir l’entrée progressive dans la Guerre froide. En←139 | 140→ effet, d’un côté, des dirigeants comme Andrejevic et Valousek soutiennent activement l’arrivée de l’URSS au sein de la FIFA48. De l’autre côté, des dirigeants plus proches du camp occidental, tels les Britanniques Drewry et Kirkwood, le Néerlandais Lotsy et le Belge Seeldrayers, qui s’agacent du silence soviétique et prônent le maintien de la position du comité exécutif des années 1936-1937. Pour eux, il ne sera possible de jouer contre l’Union soviétique que si elle soumet une demande d’affiliation à la FIFA. Entre ces positions fermes, le Suisse Krebs et le Chilien Bianchi se montrent plutôt favorables à une conciliation, situation qui rappelle, là aussi, la position de leurs pays sur la scène internationale. En effet, ils souhaitent que des permissions de jouer contre des équipes soviétiques soient accordées en attendant l’affiliation de l’URSS. S’ils défendent cette posture, c’est en raison du fait qu’ils estiment que cette affiliation est imminente. Le président Rimet se positionne, lui, plutôt de manière intransigeante, indiquant qu’accepter un compromis alors que l’Union soviétique a promis une affiliation devant l’assemblée générale de 1946 serait « une capitulation sans condition »49. Cette position ferme de Rimet doit se comprendre au regard des précautions réglementaires que prennent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale les dirigeants de la Fédération internationale. En effet, il s’agit toujours de minimiser les tensions au sein de l’organisation, perspective qui lui permettra de réaffirmer son pouvoir sur le football mondial.

Au contour des mois de novembre et décembre 1946, le cas soviétique va néanmoins se régler. En date du 20 novembre, Schricker reçoit un télégramme du comité de culture physique et des sports de l’URSS qui l’informe que « la section de football de l’URSS désire [s’affilier à] la fédération »50 et qu’elle s’engage à respecter la réglementation et les Lois du jeu de la FIFA. Le 11 décembre 1946, Rimet confirme au secrétaire de la FIFA qu’il vient de recevoir la demande d’affiliation de l’Union soviétique51. Le président, qui dans un courrier précédent avait indiqué au secrétaire que l’arrivée de l’URSS marquerait « l’unification mondiale←140 | 141→ du sport-football »52, se montre très satisfait. Cet enthousiasme doit être mis en perspective avec les actions Rimet opérées depuis plus de vingt ans dans le but d’élargir le nombre d’associations membres à la FIFA.

L’entrée de l’Union soviétique à la Fédération internationale de football constitue un nouveau pas important dans l’élargissement du territoire de juridiction de la FIFA. De plus, cette adhésion permet de poursuivre l’ambition de son élite de créer une organisation véritablement internationale en football ; d’autre part, elle élimine définitivement les risques d’une possible concurrence qui proviendrait de l’URSS (par exemple au travers de l’IRS). Enfin, sans doute qu’il s’agit aussi pour Rimet, plus idéaliste que ses collègues du comité exécutif, d’apporter une pierre de plus à la pacification des relations internationales par l’entremise du football (une démarche qui contraste avec les tensions entre l’Est et l’Ouest qui se font toujours plus visibles). L’année 1947 officialise définitivement l’arrivée de l’Union soviétique à la FIFA et, en date du 21 août, Ivo Schricker informe les membres du comité exécutif que l’URSS vient de nommer son représentant, Valentin Granatkine. Né en 1908, Granatkine est un jeune homme en comparaison des membres du comité exécutif de la FIFA, qui ont pour la plupart une soixantaine voire une septantaine d’années. Il partage bien quelques dispositions communes avec eux, comme le fait d’avoir été un joueur d’élite. Par contre, sa formation professionnelle est tout à fait différente puisqu’il est gradué de la haute école du parti communiste et membre de ce même parti depuis 1939. C’est donc un dirigeant qui s’insère dans la ligne politique du régime et contrebalance les aspirations libérales des autres membres du comité exécutif de la FIFA.

L’arrivée de l’Union soviétique offre de nouvelles possibilités d’élargissement des échanges footballistiques européens vers l’Ouest. Ainsi, le 7 janvier 1947, le journal L’Équipe demande, en première page, si un match entre l’équipe nationale française et son homologue soviétique sera prochainement organisé53. De même, en date du 1er avril, la Fédération suisse envoie un courrier à Moscou afin de discuter de l’organisation d’une éventuelle rencontre contre une formation soviétique qui « pourrait avoir lieu dans le cadre d’une tournée [de cette équipe] dans les pays de l’Europe←141 | 142→ occidentale, soit en France, Belgique, Hollande ou en Italie »54. Deux ans après la fin des hostilités, le football européen semble donc remis des affres de la guerre et, hormis le cas de l’Allemagne qui est encore en pleine discussion – nous y reviendrons plus loin –, tous les pays européens se montrent favorables à jouer les uns contre les autres.

2.1.4. Le match de la FIFA (1948) : le symbole de l’unité européenne ?

Symbole de cette unité retrouvée, une nouvelle rencontre convoquant plusieurs joueurs d’association européenne est organisée sur le modèle de la rencontre de 1938, qui pour rappel a opposé l’équipe nationale anglaise à une sélection de la FIFA. Outre l’aspect commémoratif de la rencontre qui doit sanctionner le retour des Britanniques dans le giron de la FIFA, l’organisation de ce match a aussi pour but de permettre à l’organisation internationale de football d’améliorer ses finances, une partie des recettes lui étant reversée. Les premiers pourparlers semblent avoir eu lieu entre Rous et Schricker le 21 juillet 1945, à la suite de la rencontre Angleterre-Suisse55.

Après de nouvelles discussions, le match est finalement fixé à Glasgow en mai 1947. L’avantage de la ville écossaise est qu’elle dispose de l’un des plus grands stades d’Europe pouvant contenir plus de 120 000 spectateurs, ce qui permettra d’obtenir des fonds suffisants en vue de pérenniser les finances de la FIFA. Afin d’aguerrir l’équipe continentale, mais aussi pour compléter le dispositif visant à récolter un maximum de fonds, les dirigeants optent pour l’organisation d’un match d’entraînement à Amsterdam. Selon le journaliste Jacques de Ryswick, celui-ci « dépasse le cadre de la rencontre amicale car il réunit 65 000 spectateurs et l’enceinte a été ornée des drapeaux de toutes les associations nationales affiliées à la FIFA »56.

Reprenant la modalité de la rencontre de 1938, la partie doit aussi offrir une image d’un continent uni. Au sein de la Fédération internationale, une commission est créée pour sélectionner les joueurs continentaux,←142 | 143→ sous la présidence de Seeldrayers, de Frederiksen, Lotsy et Valousek. Il est intéressant de noter que, contrairement au match disputé dix ans auparavant, le comité de sélection est élargi puisqu’il est composé de membres représentant les associations du Nord (Frederiksen), le bloc soviétique (Valousek) et les pays du Benelux (Lotsy). Dès lors, si les membres du comité exécutif de la FIFA souhaitent que les joueurs sélectionnés soient ceux « ayant réellement la grande classe internationale et qui ont prouvé posséder cette qualité dans de grands matchs internationaux, contre des adversaires de grande classe »57 – position qui se comprend afin d’assurer financièrement l’événement –, le niveau footballistique n’est pas le seul critère dans la sélection des joueurs. En effet, la partie recèle une portée symbolique plus forte que les rencontres organisées avant la guerre et doit permettre de dépasser les ressentiments issus du conflit. Cet objectif est en grande partie atteint. Malgré les difficultés rencontrées dans la sélection des joueurs de l’équipe continentale – il est par exemple impossible d’assurer le déplacement des joueurs autrichiens –, la formation est composée des joueurs issus de Belgique, du Danemark, de France, d’Irlande, d’Italie, des Pays-Bas, de Suède, de Suisse et de Tchécoslovaquie. Face à elle, une équipe composée de cinq Anglais, trois Écossais, un Gallois et un Irlandais du Nord. Au regard de la partie qui s’est déroulée en 1938, force est de constater que l’Europe présentée au public est plus étendue puisque treize associations européennes sont représentées sur la pelouse contre huit dix ans plus tôt. L’affiche présente sur le programme insiste sur cette situation, le joueur britannique donnant la main à son homologue européen, placé sur la Sibérie, leurs deux bras parcourant le territoire de l’Europe.

Le succès populaire de la manifestation est au rendez-vous puisque 120 000 spectateurs assistent à la partie, ce qui permet de remettre la situation financière de la FIFA à un niveau « satisfaisant »58, selon le mot du Suisse Jean Krebs. Ainsi, la Fédération internationale touche un montant net de 86 598,50 francs suisses, ce qui correspond à près de 62 % des recettes de la FIFA pour l’année 1948 (le match est comptabilisé sur les finances de 1948), qui s’élèvent à 140 355,78 francs suisses59. Le succès financier de la rencontre s’ajoute à la recette du match d’entraînement préalablement disputé par l’équipe continentale à Amsterdam contre la←143 | 144→ deuxième garniture de l’équipe des Pays-Bas. Toutefois, la somme due à la FIFA ne peut pas être versée par l’association des Pays-Bas, en raison des restrictions sur le transfert d’argent vers la Suisse qui sont en vigueur dans le pays. En conséquence, les dirigeants décident de garder la somme sur un compte bancaire dans ce pays et d’organiser les deux ou trois prochaines séances du comité exécutif à Amsterdam.

À la fin de l’année 1947, les échanges footballistiques européens semblent s’être remis des affres de la guerre. Si les associations nationales ont réussi à surmonter la Deuxième Guerre mondiale, c’est aussi en raison de la possibilité de la FIFA de faire face au conflit. Quelles sont les actions de son élite dirigeante qui ont permis à l’organisation de survivre à la guerre ?

2.2. Une position en péril sur la scène internationale

Dans les années 1930, les dirigeants de la FIFA ont mis en place des mécanismes permettant de neutraliser l’influence du contexte politique international sur les activités de la Fédération internationale. Cependant, le déclenchement de la Deuxième Guerre puis l’entrée dans la Guerre froide risquent de les remettre en question en raison de la tension que ces contextes font peser sur la scène internationale.

2.2.1. Faire face à l’Europe sportive des forces de l’Axe

Comme signalé préalablement, le régime nazi investit les structures du football national dès son arrivée au pouvoir en 1933. Cette intervention politique dans les affaires du DFB a pour conséquence l’épuration progressive des clubs d’individus, comme les Juifs60, qui ne correspondent pas à l’idéal nazi. Sur la scène internationale, le Troisième Reich met rapidement une certaine pression sur la FIFA, comme il le fait d’ailleurs dans d’autres organisations internationales sportives61. Cette volonté du Troisième Reich de dominer la sphère sportive internationale se perçoit notamment avec l’organisation de manifestations d’envergure telles que les Jeux olympiques : après les Jeux d’hiver de Garmisch et surtout les Jeux de Berlin de 1936.←144 | 145→

À la fin des années 1930, l’Allemagne nazie figure parmi les associations les plus actives de la FIFA. Plusieurs exemples témoignent de cette situation, comme celui de la vente du Handbook de la Fédération internationale. En effet, dans un courrier adressé aux membres du comité exécutif datant de février 1939, le secrétaire Schricker fait le point sur les ventes du document paru en 1937. Sur un total de 291 ventes auprès des associations nationales, 116 exemplaires sont vendus en langue allemande contre 83 en français, 57 en espagnol et 35 en anglais. Quant aux ventes auprès du public, elles s’élèvent à 133, dont 52 pour des ressortissants allemands. Ce chiffre est élevé comparé au deuxième pays à être représenté dans le classement, la Suisse, qui ne compte qu’une petite vingtaine de ventes. À noter que pour la plupart des autres pays, les ventes ne dépassent pas cinq exemplaires62. Autre exemple de cette influence grandissante de l’Allemagne dans les affaires de la FIFA, celle de l’attribution de la Coupe du monde de 1942. Durant le congrès de 1938 à Paris, le président du Fachamt Fussball – qui a remplacé le DFB à l’arrivée des nazis –, Felix Linnemann, présente la candidature de son pays en vue de l’organisation de la Coupe du monde 194263. Rien n’est décidé lors du congrès parisien quant à l’attribution de la Coupe du monde, la décision finale étant reportée à l’assemblée suivante qui doit être organisée à Luxembourg en 1940. Pourtant, en date du 26 décembre 1939, le Bureau allemand d’information (Deutsches Nachrichten Büro) profite d’une réunion du comité exécutif de la FIFA pour diffuser une information sur le sujet. Il indique que l’organe dirigeant de la Fédération internationale vient de décider « définitivement de charger l’Allemagne de l’organisation de la Coupe du monde 1942 »64. L’information est fausse, ce qui oblige Jules Rimet et Ivo Schricker à apporter un rapide démenti public.

Avec l’entrée en guerre, cette pression sur la FIFA s’accentue et accompagne la volonté du régime nazi de désormais contrôler, ou remplacer, les organisations internationales. En effet, dans son ambition totalitaire, le Troisième Reich tente de prendre le contrôle de tous les pans de la société civile européenne et d’instaurer un « nouvel ordre européen »65. Dans cette←145 | 146→ perspective, des organisations internationales sont largement investies, comme c’est le cas de l’OIT66, voire de nouvelles entités sont créées, telle la Fédération européenne des postes67.

À la suite des travaux pionniers de Hans Joachim Teichler, nous savons désormais que le domaine sportif n’échappe pas à cette emprise des nazis68. Aidée par ses alliés, l’Italie et la Hongrie, l’Allemagne nazie paralyse les actions du CIO69, reprend à son compte la gestion de la Fédération internationale d’escrime70 ou encore crée une nouvelle fédération de boxe71. Idée plus ambitieuse, le Reichsführer Hans von Tschammer und Osten développe le projet d’une Fédération européenne des sports qui regrouperait la plupart des organisations européennes ou internationales. Celle-ci serait dirigée par un président allemand, qui serait secondé par deux vice-présidents, un Italien et un Hongrois. Le projet est formellement discuté à l’été 1941, notamment lors d’une réunion à Berlin entre des dirigeants sportifs bulgares, croates, espagnols, finlandais, hongrois, italiens, néerlandais, norvégiens, roumains et slovaques, soit des pays faisant partie de l’Axe. Malgré d’autres discussions et un projet de conférence pour l’été-automne 1942, l’avancée de la guerre – en particulier les difficultés allemandes sur le front de l’Est et en Afrique du Nord – retarde les travaux. Finalement, l’idée ne se concrétise pas et tombe en désuétude à la mort de von Tschammer und Osten, en 1943.

Dans la continuité de cette volonté des autorités nazies de contrôler les organisations sportives internationales, la FIFA est également l’objet de leur convoitise. Dès le début des années 1940, une ingérence allemande←146 | 147→ dans ses affaires peut être constatée. C’est d’abord de l’extérieur que les nazis essaient de contrôler l’organisation. Grâce à leur victoire militaire sur la France en mai 1940, puis au repli des Britanniques qui s’opère dans les mois qui suivent, l’armée allemande contrôle la mobilité des populations sur le continent. Ainsi, l’organisation des réunions du comité exécutif de la FIFA est soumise au bon vouloir du gouvernement allemand car, pour se déplacer en territoire occupé, les dirigeants doivent obtenir une permission de la part des autorités allemandes. À partir de 1941, ces dernières font savoir au secrétariat de la FIFA que les futures réunions du comité exécutif devraient se tenir « soit en Allemagne, soit dans un des pays occupés »72. Parallèlement à ces pressions extérieures, c’est aussi de l’intérieur de la Fédération que les Allemands tentent de prendre le contrôle, et ce par l’entremise de son représentant au sein du comité exécutif, Peco Bauwens73.

En raison des alliances passées avec l’Italie, puis avec la Hongrie, dès l’entrée en guerre, le comité exécutif de la FIFA compte désormais trois représentants de l’Axe. Même si, en février 1940, Bauwens prône officiellement de continuer de jouer et de « rester unis dans l’amitié aussi longtemps que les circonstances le permettent »74, il demande quelques mois plus tard à Ivo Schricker de permettre « l’installation d’un vice-président allemand »75 au sein du comité exécutif. Il justifie cette requête en raison de la puissance de la Fédération allemande dans la FIFA. Bien que la demande ne soit pas acceptée, elle confirme la tentative des nazis de pénétrer le cœur même de la gouvernance de la FIFA. Cette quête se poursuit dans les mois←147 | 148→ qui suivent avec la demande de Bauwens d’intégrer le comité d’urgence de la FIFA. Or, selon les statuts de la FIFA, cet organe est composé du président et des deux vice-présidents (à noter qu’un membre peut toutefois être désigné par le président si un vice-président ne peut se présenter)76. En conséquence, il est formé de Mauro, Rimet et Seeldrayers. La demande de Peco Bauwens de faire partie de ce comité est acceptée par les trois dirigeants qui, faisant une accommodation de circonstance, vont ainsi à l’encontre de leur règlement. Durant la première partie de la guerre, Bauwens est incontournable dans les affaires de la FIFA. En effet, il fait souvent office de relais entre le secrétariat et les autres membres du comité d’urgence. Le dirigeant allemand dispose d’un avantage de taille vis-à-vis de ses collègues puisqu’il peut se déplacer facilement entre leurs différents lieux de résidence. Mais, et c’est toute l’ambiguïté d’une situation qui mêle un contexte politique international et des liens personnels très forts entre les individus, il profite de sa situation pour se montrer aussi bienveillant envers eux. Par exemple, il transporte des lettres personnelles ou des télégrammes écrits par Seeldrayers à sa fille qui réside aux États-Unis77. Ces gestes relèvent-ils d’une recherche de pouvoir ou d’un témoignage d’amitié sincère ? S’il est difficile de répondre à cette question, en tous les cas, et si nous suivons le raisonnement d’Alfred Wahl, l’entrée de Bauwens au sein du comité d’urgence n’est pour les Allemands qu’une première étape qui doit conduire à l’investissement total de la FIFA. Ce chercheur affirme en effet que Bauwens tente de prendre le contrôle de l’organisation. Il cite notamment le passage d’une lettre que ce dernier adresse au chargé de presse du Reichssportführer, Guido von Mengden, dans laquelle il écrit : « Si nous agissons habilement, nous pourrons placer l’actuelle FIFA totalement sous l’influence de l’Axe et l’isoler encore plus de l’Angleterre »78. Force est néanmoins de constater que le régime nazi n’arrive finalement pas à ses fins.

Pour comprendre cet échec, il faut le remettre dans le contexte de la politique délicate mais habile que mène le secrétaire général Schricker, qui essaie de s’accommoder de cette ingérence allemande dans les affaires de la FIFA tout en essayant de maintenir indépendante l’activité de la Fédération internationale. Le traitement de l’adhésion des nouveaux pays qui voient le jour suite aux remaniements géopolitiques de la fin←148 | 149→ des années 1930 témoigne bien de cette politique. Premier cas, celui de la Slovaquie. Créée à la suite du démantèlement de la Tchécoslovaquie, la Fédération slovaque de football demande de pouvoir entrer dans la Fédération internationale. Après un temps de réflexion, la FIFA reconnaît l’existence de l’association slovaque ainsi que celle du Protectorat de Bohême-Moravie79. Autre exemple, celui de la Croatie. Le passage des armées du Troisième Reich dans les Balkans en 1941 modifie une nouvelle fois la cartographie de cette région. Un État croate est proclamé sous l’égide d’un gouvernement mené par l’ultranationaliste Ante Pavelic. Le football semble avoir anticipé cette situation puisqu’une association croate de football s’est détachée, quelques mois plus tôt, de l’association yougoslave et son équipe nationale a déjà joué deux matchs contre la Suisse en 194080. Au printemps 1941, elle demande à pouvoir adhérer à la FIFA. Des échanges ont lieu sur la question, en particulier entre Schricker et Seeldrayers. Rodolphe Seeldrayers se montre plutôt favorable et demande de suivre la même procédure qui a été employée vis-à-vis de la Bohême-Moravie81. Quelques semaines plus tard, le 15 juillet 1941, la demande d’admission provisoire est confirmée par la FIFA. Ainsi, les membres du comité exécutif ne semblent pas avoir tenu compte du fait que le régime fasciste des Oustachis82 n’est pas reconnu par de nombreux pays.

Ces décisions montrent que la FIFA se plie à la nouvelle géopolitique instaurée par l’Allemagne nazie. Cependant, relevons que le comité d’urgence ne fait finalement que poursuivre ici la politique décidée durant les années 1930, à savoir de ne pas intervenir dans les affaires internes des associations nationales. De plus, l’organe a effectivement le droit de donner un aval positif au sujet d’une adhésion, aval qui n’est cependant en rien définitif puisqu’il devra être validé par l’assemblée générale. Selon nos analyses, l’acceptation de nouvelles fédérations permet finalement à la FIFA de continuer son activité.←149 | 150→

En fait, tout au long du conflit, le secrétaire Schricker s’active pour que la Fédération internationale poursuive son action. Alors que la guerre vient d’éclater, il confirme par exemple aux associations membres que le prochain congrès, prévu en 1940, aura bel et bien lieu à Luxembourg. Il indique toutefois que si les circonstances du conflit devaient empêcher la bonne tenue de la manifestation dans cette ville, la Fédération internationale se réserve le droit de choisir une autre ville83. Au fil des mois et avec l’avancée des troupes allemandes vers l’Europe de l’Ouest, les dirigeants se rendent compte que le travail de la FIFA risque d’être compromis et le congrès de 1940 est finalement annulé. Malgré l’ampleur prise par la guerre, le secrétaire général essaie de maintenir le cap. Dans une circulaire datant de mai 1940, il indique aux associations membres de la FIFA que l’organisation « s’efforcera de conserver intacte, partout où elle le pourra, le patrimoine créé dans le monde entier par les grandes associations nationales. Elle demeurera en contact, autant que les circonstances le lui permettront, avec les Associations des pays envahis et leur apportera le réconfort qu’elles sont en droit d’attendre d’elle84. » Cette communication vise sans doute à rassurer les associations membres sur la capacité de la FIFA à faire face aux événements. Elle peut aussi être considérée comme une sorte de rappel vis-à-vis des forces de l’Axe contre une possible tentative d’ingérence de leur part dans la Fédération. Car, dans ces premiers mois de la guerre, le secrétaire général de la FIFA semble bien décidé à ne pas laisser l’organisation entre leurs mains.

En effet, la temporalité de la lettre correspond au moment où les Allemands semblent sur le point de remporter la bataille de France. Or, face à cette situation, Schricker songe à délocaliser le siège de la FIFA, en raison du fait qu’il ne met pas de côté le risque d’une invasion du territoire suisse par les armées du Reich. Cette situation aurait pour conséquence l’évacuation probable de la ville de Zurich, cette dernière se trouvant dans la zone de défense. Dans ce cas, le secrétaire devrait partir, laissant les affaires de la Fédération derrière lui, avec le risque qu’elles soient détruites lors de bombardements, voire même qu’elles tombent dans les mains des occupants. Un tel contexte signifierait l’arrêt du travail de la Fédération internationale. C’est pourquoi Schricker fait part à Rodolphe←150 | 151→ Seeldrayers de son idée de transférer le secrétariat momentanément dans une petite localité près dans la région montagneuse du Rigi, qui aurait comme avantage de lui laisser l’opportunité « même en cas de danger [de continuer à] correspondre librement et aussi [de] partir pour une autre région si nécessaire »85. Outre de préserver les activités de la FIFA, il y a cette volonté chez Schricker de perpétuer la posture apolitique développée durant les années 1930. En effet, dans un autre courrier écrit à Seeldrayers, il souligne qu’il est important que la FIFA reste « une organisation sportive dirigée absolument et exclusivement par des points de vue sportifs »86. Il semble donc conscient que, si la Fédération internationale tombe dans les mains des dirigeants du Troisième Reich, le risque est grand qu’elle soit totalement instrumentalisée par ce régime.

S’ajoute à cette politique une situation personnelle car, sur le plan politique, Schricker s’avère être plutôt hostile au régime nazi. Il est notamment président du Comité pro memoria Bensemann consacré au football des juniors, créé en mémoire de son ami de très longue date, Walther Bensemann, chassé d’Allemagne en 1933 en raison de ses origines juives et décédé en 1934 sur les bords du lac Léman (à Montreux)87. Ainsi, en cas d’invasion allemande, ne serait-il pas lui-même sous la menace d’une arrestation ? En ce sens, un déplacement au Rigi lui permettrait de se retirer dans un endroit sans doute moins visible que la ville de Zurich.

Quelques semaines plus tard, une autre mesure est discutée qui témoigne de cette volonté d’assurer la survie de la Fédération internationale. Il est cette fois question de mettre à l’abri les réserves financières de la FIFA. Cette action est imaginée par Rodolphe Seeldrayers en étroite collaboration avec le secrétaire. En effet, le dirigeant belge se demande s’il ne serait pas judicieux de transférer les fonds de la FIFA dans une banque à New York en ne gardant que le strict nécessaire sur le Vieux Continent. L’idée témoigne d’une certaine méfiance face à l’avenir de la situation politique générale et de la volonté d’éviter une éventuelle prise de contrôle des biens de la FIFA par les Allemands. Toutefois, l’idée est abandonnée, les plans d’invasion de la Suisse par les nazis n’étant finalement pas mis à exécution. Malgré la persistance du siège à Zurich, Schricker reste sur ses gardes tout←151 | 152→ au long du conflit, car il a conscience que les correspondances de la FIFA peuvent être soumises au contrôle du haut commandement de l’Armée allemande88. En fait, jusqu’au début de l’année 1945, où la défaite de l’Allemagne semble ne plus être qu’une question de temps, Schricker est conscient que le comité exécutif ne peut « se réunir complètement en toute liberté »89. Malgré cette situation, il est important pour lui de montrer aux Allemands que la FIFA reste en activité.

Durant toute la guerre, il échange ainsi de nombreux courriers avec les dirigeants du comité exécutif, leur adressant des circulaires ou des lettres sur l’état du football. De même, il correspond avec les associations nationales pour leur donner régulièrement « un sommaire des activités de la [FIFA] »90 et essaie de maintenir de bonnes relations avec elles. En septembre 1943 par exemple, il félicite la Fédération argentine pour son cinquantième anniversaire et indique à son secrétaire que la FIFA lui a fait parvenir un souvenir pour commémorer cet événement91. Cette action symbolique peut paraître anecdotique à la vue du contexte international mais elle sert, sans doute, à rappeler l’existence de la FIFA auprès d’associations lointaines avec lesquelles les échanges sont difficiles. Dans cette volonté de maintenir l’activité de la FIFA à flot, Schricker relance même en 1942 la publication du bulletin officiel, qui avait cessé de paraître depuis le début des hostilités. Si cette tentative ne dure que quelques numéros, elle est à souligner car elle est entreprise alors que le conflit fait désormais rage sur le front de l’Est et que des restrictions en Suisse existent dans les fournitures de toutes sortes, en particulier du papier. De plus, tout au long des hostilités, Schricker continue à dresser les rapports annuels du secrétariat. Ces documents sont une occasion pour lui de montrer que la FIFA survit malgré le contexte de guerre. Par exemple, il conclut le document de 1941 comme suit : « Le comité a la volonté ferme de maintenir, comme par le passé, l’organisation mondiale←152 | 153→ de notre sport, malgré toutes les difficultés de ces temps, et il compte, pour pouvoir accomplir sa noble tâche, sur la collaboration et l’appui de toutes les associations de la FIFA, afin qu’il soit à même de préparer la renaissance sportive à laquelle, la paix revenue, toutes les Associations viendront collaborer92. »

En vue de préserver une certaine autonomie de la FIFA, la question financière est un point crucial à régler pour le secrétaire. En effet, les recettes de la Fédération internationale sont en constante diminution en raison du ressac des matchs internationaux et de l’annulation de la Coupe du monde de 1942. Dès lors, comment faire face à cette situation ? Il est impératif de trouver des solutions pour rester le plus possible indépendant de la Fédération allemande qui, ainsi que nous l’avons mentionné précédemment, apporte des sommes d’argent importantes à la FIFA. En outre, la survie économique de la FIFA est aussi cruciale pour Schricker lui-même. Âgé de plus de soixante ans, il doit faire face à des conditions de vie difficiles, en raison des pénuries – il signale par exemple le manque de chauffage lors de l’hiver 194293 – et de l’inflation constante. De fait, il est nécessaire qu’il trouve des financements afin de conserver son poste de travail.

Tout d’abord, des mesures économiques sont prises. Ainsi, dès l’année 1941, le pourcentage du poste de secrétaire adjoint est réduit, puis même supprimé quelques mois plus tard. Rijnink, qui travaille pour la FIFA depuis les années 1920 et qui occupe alors ce poste, n’aide plus le secrétaire qu’une demi-journée par semaine. Durant l’année 1944, il semble même que le poste de secrétaire général soit discuté94. De plus, il est indispensable pour la FIFA de s’assurer de recevoir les recettes des matchs internationaux. En effet, malgré les hostilités, ces matchs perdurent en Europe jusqu’en 1943 et continuent à se jouer sur les autres continents. C’est pourquoi une grande partie de la correspondance de Schricker avec les associations nationales est liée à la réclamation des fonds qu’elles doivent à la Fédération. Son activisme va porter ses fruits, la FIFA recevant une partie des pourcentages que les associations doivent lui verser. Par ailleurs,←153 | 154→ Schricker fait appel au Suisse Otto Eicher, qui a été nommé vérificateur des comptes au congrès de 1938, pour l’aider à tenir la comptabilité. Malgré quelques tensions entre les deux hommes95, Eicher va se montrer très rigoureux et réussir à préserver la santé financière de la FIFA. Si Schricker doit puiser dans les fonds de réserve de la FIFA pour maintenir à flot l’organisation, au sortir de la guerre, l’activité intense déployée par le secrétaire permet à la FIFA d’éviter la dissolution, au contraire d’autres organisations sportives.

L’activisme du secrétaire est indéniablement favorisé par la localisation du siège de la Fédération internationale en Suisse mais aussi par les mécanismes développés durant les années 1930 dans le but de réserver une autonomie de la FIFA sur la scène internationale. Ainsi, l’organisation a prouvé que, malgré un contexte politique hautement défavorable, elle pouvait se maintenir, dans la mesure du possible, en activité. Une fois la guerre passée, il va toutefois être nécessaire, pour la FIFA, de digérer les conséquences d’un conflit qui, en raison de sa longueur et de sa dureté, a laissé des traces.

2.2.2. Entre oubli et réécriture de l’histoire

Dans les mois qui suivent la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la FIFA doit tout d’abord se positionner sur les cas des anciennes puissances de l’Axe et tout particulièrement sur ceux de l’Allemagne et de l’Italie. Condamnées au niveau international pour leurs agissements durant le conflit, des ressentiments existent au sein de la FIFA vis-à-vis de ces deux pays. Comment le comité exécutif de la FIFA négocie-t-il cette situation ? La question mérite d’être posée puisque sa gestion risque de créer des tensions au sein de la Fédération internationale. L’élite de la FIFA va devoir faire preuve d’adresse et de tact car, pour eux, la question est délicate : avant la guerre, l’Allemagne et l’Italie comptent parmi les plus puissantes associations de l’entité et leur exclusion serait assurément une perte importante pour l’organisation. De plus, il s’agit de juger les actions de leurs principaux dirigeants, en d’autres termes, d’amis proches.

Arrêtons-nous tout d’abord sur le cas de l’Allemagne, car il semble plus facile à gérer pour le comité exécutif, un consensus se dégageant rapidement à ce sujet entre les associations membres de la FIFA. En←154 | 155→ novembre 1945, l’élite de la FIFA décide à l’unanimité des membres présents que « les associations affiliées, leurs clubs et leurs membres [n’entretiennent plus] de relations sportives avec les dirigeants ou des footballeurs allemands »96. Par ailleurs, les ressortissants allemands sont bannis des postes qu’ils occupaient à la FIFA et les arbitres allemands radiés de la liste des arbitres internationaux. Ainsi, Peco Bauwens est exclu du comité exécutif et, malgré ses demandes, n’est pas autorisé à venir s’expliquer officiellement devant ses (anciens) collègues. La FIFA poursuit donc la position défendue par les États qui excluent l’Allemagne de la scène politique internationale. En date du 13 août 1945, dans une lettre à Schricker, Seeldrayers souligne cet aspect et indique que « l’Allemagne est [mise] au banc des Nations et ne peut être admise à siéger dans aucun comité d’organisme international »97. Pourtant, ce sont d’autres arguments qui sont avancés par le comité exécutif pour justifier leur position.

Tout d’abord, ils évoquent un argument d’ordre émotionnel, à savoir qu’il n’est plus possible pour eux d’entretenir des relations internationales amicales avec les Allemands. Ils basent néanmoins leurs propos sur l’article 2 des statuts de la FIFA, qui souligne la nécessité d’entretenir une bonne entente entre les associations membres, ce qui ne paraît plus être possible avec les Allemands dans cet immédiat après-guerre. Mais un deuxième argument est également évoqué. Celui-ci est implacable puisque les dirigeants invoquent l’article 6 des statuts de la FIFA qui indique que, pour entretenir des relations avec un pays, il est nécessaire que celui-ci dispose d’une association nationale98. Or l’Allemagne n’existe plus en tant qu’entité indépendante, son territoire étant divisé en quatre zones administrées par les Américains, les Anglais, les Français et les Soviétiques. En conséquence, tous les organismes de l’État sont dissous, processus auquel n’a pas échappé la fédération de football. L’avantage de cet argumentaire est donc de montrer que les dirigeants de la FIFA agissent avant tout selon les dispositions réglementaires de leur organisation et ne suivent pas des volontés politiques mais des enjeux proprement footballistiques. Ce procédé permet de réaffirmer leur stratégie apolitique, démarche devant in fine leur permettre de reconstruire progressivement l’autonomie de la FIFA sur la scène internationale. L’exclusion de←155 | 156→ l’Allemagne de la FIFA est présentée par le comité exécutif lors du congrès organisé au Luxembourg en juillet 1946 et semble être acceptée sans problème, le procès-verbal ne mentionnant pas de discussions à ce sujet99. Si le cas allemand n’est finalement que peu l’objet de discussions au sein de la Fédération internationale, celui de la Fédération italienne est plus complexe, notamment en raison de la position de l’Italie à la fin du conflit.

Au sortir des hostilités, l’Italie fait partie des vainqueurs : dès 1943, un nouveau gouvernement mené par le général Badoglio succède à celui de Mussolini et opère rapidement un changement de camp en déclarant la guerre à l’Allemagne100. Toutefois, sur la scène internationale, le pays doit faire profil bas. En effet, des dirigeants politiques n’oublient pas qu’il a été sous la coupe fasciste durant plus de vingt ans ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Italie ne participe pas à la création des Nations unies. Au sein de la FIFA, le ressentiment envers les Italiens est certes moins fort que celui auquel doivent faire face les Allemands, mais il est bel et bien présent. De plus, il faut souligner qu’il n’y a pas eu de véritable rupture au sein du football italien entre le fascisme et le nouveau régime, et tant Paul Dietschy101 que Fabien Archambault102 affirment que, dans les faits, une continuité s’observe. En effet, à la tête de la nouvelle Fédération italienne, créée dès 1943, nous retrouvons Giovanni Mauro qui exerce les fonctions de commissaire pour les relations avec les organisations internationales103. De même, le nouveau président est Ottorino Barassi, qui a été l’un des dirigeants du football les plus actifs sous le fascisme,←156 | 157→ faisant notamment partie du comité d’organisation de la Coupe du monde de 1934. Quant à la sélection nationale, elle est toujours dirigée par l’entraîneur des succès acquis sous le régime du Duce, Vittorio Pozzo. Mais la véritable complexité du cas italien du point de vue de la FIFA est que, d’un point de vue réglementaire, rien ne s’oppose à la participation de l’Italie aux travaux de l’organisation. Pourtant, la présence de ce pays en son sein ne risque-t-elle pas d’attiser certains conflits ? Signalons que, dans d’autres fédérations internationales sportives ainsi que dans le Comité olympique, la présence de l’Italie fait également débat. À ce sujet, Nicola Sbetti a dressé une typologie des positionnements des organisations au sujet de la question italienne104. Selon lui, la FIFA se situe parmi les organisations les plus conciliantes vis-à-vis de l’Italie, ce qui s’explique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la force du football italien joue ici un grand rôle. Pays très actif dans les échanges footballistiques européens, il paraît difficile pour la Fédération internationale de se passer de cette association puisque le pays dispose assurément de soutien de la part d’autres associations membres de la FIFA. De plus, exclure l’Italie implique également de se priver des pourcentages sur les matchs internationaux que cette association pourrait lui fournir, démarche d’autant plus délicate en raison de l’exclusion de l’Allemagne, autre important bailleur de fonds. Enfin, les amitiés tissées durant l’entre-deux-guerres entre plusieurs dirigeants du comité exécutif et les leaders du football italien, comme Giovanni Mauro et Ottorino Barassi, expliquent sans doute une certaine complaisance. Pour les membres du comité exécutif de la FIFA, dont la plupart sont favorables au retour de l’Italie, il s’agit de gérer au mieux cette situation afin d’éviter d’éventuels conflits en interne ou des reproches provenant d’acteurs extérieurs (journaux, gouvernements).

La FIFA va cependant rapidement faire face à des pressions qui accélèrent sans doute le retour de l’Italie et favorisent sa cause. En effet, dès novembre 1945, la Suisse accueille l’équipe nationale italienne à Zurich. Rappelons que les deux pays entretiennent des relations footballistiques étroites depuis l’entre-deux-guerres105, qui se prolongent d’ailleurs en partie durant la guerre – en parallèle d’autres types d’échanges, notamment←157 | 158→ économiques106. Signe de ces liens, Barassi et Mauro sont invités, en juillet 1945, à venir fêter le jubilé de l’association suisse de football107. En outre, la Suisse fait un geste important en vue d’un retour prochain de l’Italie sur la scène footballistique internationale en l’invitant à disputer un match à Zurich en novembre 1945. Or la première session du comité exécutif se tient au même moment sur les bords de la Limmat. Ainsi, les dirigeants du comité exécutif de la FIFA se rendent au match Suisse-Italie. Outre d’assouvir leur passion pour le jeu et de partager un moment de sociabilité bienvenue après ces longues années de séparation, il s’agit aussi d’une bonne occasion pour le comité exécutif de la FIFA de rencontrer, de manière informelle, les dirigeants transalpins. Ce match œuvre aux rapprochements entre les deux camps et finalement, quelques mois plus tard, les dirigeants italiens sont bel et bien présents au congrès de 1946. Cependant, conscients sans doute que ce retour risque d’engendrer des mécontentements, il est demandé à Giovanni Mauro de se mettre « en congé » de sa fonction de vice-président de la FIFA. Le cas italien est emblématique de la façon dont les dirigeants à la tête de la FIFA tentent de neutraliser les conflits entre les associations membres. En effet, si l’Italie reste finalement membre de la FIFA, il est cependant nécessaire que les Italiens fassent profil bas en attendant que les ressentiments dus à la Deuxième Guerre mondiale s’atténuent, procédé qui a pour avantage d’éviter les tensions au sein de la FIFA.

Parallèlement à la gestion des cas allemand et italien, les dirigeants du comité exécutif s’attellent à éluder ou dépasser d’autres reliquats de la guerre. Quelques sujets sont en effet soulevés par des journalistes, sur lesquels les dirigeants du comité exécutif sont obligés de s’expliquer. Parmi ceux-ci, l’admission provisoire accordée à la Croatie semble leur être particulièrement reprochée. Outre la presse, ce cas intéresse également des gouvernements. Ainsi, dans une lettre à Schricker, Seeldrayers indique que les autorités politiques belges ont critiqué la manière dont la FIFA a géré l’affaire108. Selon ces contradicteurs, la Croatie était une alliée de l’Allemagne et son territoire n’a pas été reconnu officiellement par les Alliés. Dès lors,←158 | 159→ ce pays n’aurait pas dû obtenir une autorisation d’affiliation provisoire à la FIFA. Face à ces reproches, l’élite de la FIFA décide de faire la lumière sur cette affaire. Pour les têtes pensantes de l’organisation, il est crucial de savoir si le pays était déjà envahi par les troupes du Reich au moment de l’acceptation de sa fédération. Cette situation permettrait de montrer que la FIFA n’a pas anticipé de changements politiques – et n’a donc pas cautionné la politique nazie. Car, depuis les années 1930, il est de coutume que si un nouveau pays demande son affiliation, le comité d’urgence de la FIFA a le pouvoir d’accepter provisoirement le nouveau membre, tout en conditionnant l’affiliation définitive à l’approbation du congrès. Dès lors, si tel est le cas avec la Croatie, les dirigeants peuvent répondre qu’ils ont simplement suivi et appliqué le règlement de la Fédération internationale. Dans une lettre du 21 décembre 1945, Rodolphe Seeldrayers confirme ce point et indique à Ivo Schricker : « Tout ce qui m’intéresse, c’est de savoir si l’Allemagne avait déjà envahi la Yougoslavie au moment où nous avons admis la Croatie109. » Après recherches, il s’avère effectivement que l’affiliation provisoire donnée à la Croatie date de la seconde partie du mois de juillet 1941, après la prise de pouvoir du régime des Oustachis du mois de juin. Cela permet aux dirigeants de la FIFA de se dédouaner en partie, même si la question des deux matchs disputés par exemple par une équipe croate contre la Suisse en 1940 reste en suspens. Si l’unité vis-à-vis de l’extérieur doit prévaloir, des sujets aussi problématiques que celui-ci révèlent des tensions en interne entre les dirigeants du comité exécutif. Seeldrayers n’hésite par exemple pas à accuser les représentants des pays vaincus, et notamment Mauro, qui aurait facilité l’affiliation provisoire de la Croatie110.

Autre procédé utilisé pour minimiser les conflits sur des sujets épineux : les dirigeants n’hésitent pas à réécrire, ou simplifier, les événements passés. Cette stratégie est notamment employée au sujet de l’Autriche ou de la Norvège, pays occupés par l’Allemagne mais qui ont connu des gouvernements collaborationnistes. Afin d’éviter des questionnements qui pourraient engendrer des problèmes internes – l’association du Danemark demande par exemple que la FIFA prenne en considération le fait que la Norvège a été dirigée par un gouvernement collaborationniste –, il←159 | 160→ s’agit de considérer que ces pays n’ont pas coopéré volontairement avec les Allemands. Au contraire, le comité exécutif estime qu’ils ont subi une occupation de leur territoire et, en ce sens, doivent être perçus comme des victimes de la guerre. Dès lors, il est préconisé que les échanges reprennent comme si le conflit n’avait pas eu lieu et « les anciennes associations d’Autriche et de Norvège […] seront considérées comme n’ayant point perdu leurs droits d’affiliation à la FIFA »111. En d’autres termes, les dirigeants agissent dans ce cas comme si la guerre n’avait pas eu lieu. La stratégie qui vise à rapidement évacuer le passé a certes un but collectif, à savoir de pérenniser l’existence de la FIFA, mais elle permet aussi aux dirigeants de ne pas revenir sur leurs trajectoires personnelles durant le conflit. En effet, leur position face à l’Allemagne nazie n’a pas toujours été très claire. D’après La Gazzetta dello Sport par exemple, un journal communiste français indique, au sortir de la guerre, que Rimet aurait eu quelques accointances avec l’ennemi112. Certes, le commentaire est orienté politiquement car il figure dans un journal qui a une sympathie limitée pour un dirigeant plutôt conservateur comme Rimet, il ne semble toutefois pas totalement dénué de sens. Ainsi, dans une lettre d’août 1942 qu’il envoie à Seeldrayers, Schricker note que Rimet entretient « les meilleures relations »113 avec le commissaire général des sports du régime de Vichy, le colonel Pascot114. De même, comme le montre l’historien Hans Bonde, le Danois Frederiksen n’a-t-il pas joué une sorte de « double jeu » durant le conflit ? S’opposant aux Allemands, il condamne toutefois les débordements du public à l’occasion de certains matchs de football contre l’occupant115. Enfin, rappelons que certains des dirigeants du comité exécutif ont directement participé aux actions des forces de l’Axe. Ainsi, en sa qualité de soldat de montagne, Mauro a combattu avec l’armée italienne dans les Alpes. Quant à l’Allemand Bauwens, il s’est fait complice du régime nazi en essayant de ramener la Fédération internationale dans son←160 | 161→ giron. À la vue de la documentation récoltée, il est toutefois difficile de déterminer exactement le positionnement de tous les membres du comité exécutif de la FIFA durant la guerre et des recherches sont assurément à mener sur ce point dans le futur.

Mais cette volonté de tourner rapidement la page de la guerre n’est-elle pas également une manière d’en rejeter les horreurs ? Les correspondances personnelles conservées à la FIFA rappellent bien cet aspect. Certains dirigeants ont par exemple vu la mort de près. À son retour des combats en 1940, Mauro indique à Schricker avoir été proche de perdre la vie dans les combats qu’il a menés dans les Alpes françaises116. De même, Seeldrayers voit plusieurs membres de l’Union belge être déportés par les Allemands, dont son président, Oscar Vankesbeeck. À la fin du conflit, Seeldrayers se montre très heureux que lui et sa femme soient « sortis vivants de ces terribles cinq années, sans avoir été invités à goûter aux charmes de Buchenwald et de Dachau »117. Même s’il ne s’agit ici que d’affaires matérielles, dès le début de la guerre, Rimet a dû déplacer ses affaires commerciales à Lyon alors que Lotsy a vu les bureaux de son usine être détruits par des raids aériens. Enfin, les bombardements intenses que connaît la ville de Cologne durant l’année 1945 rasent entièrement la maison de Peco Bauwens118.

En novembre 1941, le secrétaire général se fend d’une confidence personnelle à un dirigeant autrichien, Joseph Gerö: « C’est toujours une bonne surprise, quand dans ces temps de troubles on reçoit aussi parfois une bonne nouvelle119. » Cette phrase relève bien l’état d’inquiétude constant dans lequel sont plongés ces hommes assurément marqués par les horreurs d’un conflit qui éclate seulement trente ans après la fin de la tragédie de 1914-1918 à laquelle – il faut le souligner – ils ont la plupart participé en tant que soldats. À la vue de tous ces éléments, il n’est sans doute pas usurpé de penser qu’à la fin de la guerre, le fait de←161 | 162→ rediscuter rapidement de football, comme avant le conflit, constitue pour les dirigeants de la FIFA un bon moyen d’oublier ce qui vient de se passer et de ne pas attiser de possibles divergences personnelles.

2.2.3. De la gestion de la guerre à l’entrée en Guerre froide

Afin de relancer les activités de l’organisation, il est nécessaire pour l’élite de la FIFA de perpétuer la gouvernance développée durant l’entre-deux-guerres, c’est-à-dire d’agir avec tact et en accord avec leur règlement dans le but d’éviter au maximum les conflits. Dans les années qui suivent la fin de la guerre, de nouvelles mesures sont décidées dans cette perspective. Dans un article paru en 2014, Grégory Quin a abordé la relance des activités de la FIFA après la guerre. Sous cet angle, il a brièvement insisté sur les nouvelles mesures administratives prises au sein de la FIFA qui, selon lui, ont pour but de « réaffirmer les principes organisationnels de l’institution – sa gouvernance reposant sur une assemblée générale (congrès), une compétition (la Coupe du monde) et l’affirmation d’un règlement »120. Dans les lignes qui suivent, nous souhaitons détailler quelque peu ces différents points.

Premièrement, le comité exécutif de la FIFA décide d’organiser rapidement une assemblée générale. Celle-ci se tient en juillet 1946 à Luxembourg. Le choix de la ville n’est pas anodin car la capitale du Grand-Duché avait déjà été choisie lors du congrès de 1938. Ainsi, c’est bien une continuité avec la période de l’avant-guerre qui est proposée aux associations membres de la FIFA par son comité exécutif. Outre discuter des affaires du football international, la manifestation a aussi une portée symbolique car elle doit permettre de « faire connaissance et renouer les anciennes amitiés »121. C’est pourquoi le congrès est organisé sur cinq jours, ce qui est long – dans l’entre-deux-guerres, les assemblées générales n’excèdent que rarement trois jours. Afin de recréer des liens, les activités sociales sont nombreuses. Une soirée est prévue le jour précédent l’ouverture de la manifestation et le traditionnel banquet de clôture se tient l’avant-dernier jour. L’ultime journée est uniquement consacrée à une excursion qui mènera les participants dans les hauts lieux touristiques du Luxembourg. Par ailleurs, l’élite de la FIFA décide, pour ce congrès, de prendre des distances avec leur règlement en autorisant par exemple qu’un←162 | 163→ représentant anglais se fasse le porte-parole du Pays de Galles. De même, elle tolère que des diplomates en poste en Europe représentent certaines associations sud-américaines122.

Deuxièmement, le comité exécutif propose aux congressistes des mesures visant à renforcer l’harmonie au sein de la Fédération internationale. Ainsi, les représentants présents décident de suivre la proposition de l’élite de l’organisation visant à reconnaître officiellement la langue espagnole au sein de la FIFA. Cette décision répond au vœu qui avait déjà été formulé par les associations sud-américaines à de nombreuses reprises par le passé. Nous avons vu que les dernières années de la guerre sont marquées par une prise de distance des associations sud-américaines vis-à-vis de la FIFA. En ce sens, par cette décision les dirigeants du comité exécutif semblent vouloir faire un pas en vue d’un rapprochement avec leurs homologues sud-américains. De plus, les congressistes acceptent de porter le nombre de dirigeants au sein du comité exécutif de neuf à douze. Le but de cette augmentation est que tous les blocs régionaux soient davantage représentés au sein de l’organisme. Tout d’abord, le poste de vice-président conféré à la Confédération sud-américaine par le congrès de 1938 est confirmé. La Confédération désigne Luis Aranha pour la représenter. De plus, un poste de vice-président est également créé spécialement pour les associations britanniques qui font leur retour dans le giron de la Fédération internationale. C’est Arthur Drewry qui est choisi par les quatre associations britanniques.

Dans le but d’éviter au maximum les conflits, il est à relever qu’aucune élection n’est réalisée durant le congrès de 1946 pour désigner les autres dirigeants du comité exécutif. Il faut souligner que s’ajoutent au contexte de la guerre deux pertes majeures pour le comité exécutif de la FIFA. En effet, le Hongrois Mor Fisher et le Tchèque Rudolph Pelikan décèdent, respectivement en 1945 et 1946, de cause naturelle. Il faut donc répondre à ces disparitions qui s’ajoutent aux départs forcés de Bauwens et Mauro. Afin de négocier au mieux cette transition, des discussions en interne ont lieu durant les semaines qui précèdent le congrès afin de nommer les dirigeants qui seront les plus consensuels et les plus représentatifs. Des démarches sont notamment entreprises par Eric von Frenckell. Le Finlandais est un dirigeant respecté dans les arcanes de la FIFA puisqu’il a été membre de son comité exécutif au début des années 1930 et qu’il est aussi membre du CIO. C’est donc un acteur important, et écouté, du sport international. En outre, il représente la Finlande, qui au regard de son histoire récente fait alors office de jonction entre l’Est et l’Ouest←163 | 164→ de l’Europe123. Cette position confère à von Frenckell des possibilités de discuter aisément avec la plupart des dirigeants européens du football. Après avoir « eu des conversations avec les délégués de différents pays »124, il propose à l’assemblée de choisir les huit dirigeants suivants : le Belge Seeldrayers et le Danois Frederiksen pour les deux postes de « vice-présidents », puis le Yougoslave Andrejevic, le Chilien Bianchi, l’Écossais Kirkwood, le Suisse Krebs, le Néerlandais Lotsy et le Tchèque Valousek. Les congressistes acceptent cette proposition. Constatons que la nouvelle composition s’inscrit dans une continuité avec la FIFA des années 1930. En effet, autour du président Jules Rimet, qui est reconduit pour un nouveau mandat, et du secrétaire général Ivo Schricker, qui conserve son poste, Seeldrayers, Lotsy et Andrejevic conservent leur fonction. De même, le Tchèque Valousek peut être perçu comme le successeur de son compatriote Pelikan, qui vient de décéder. Quelques semaines plus tôt, Schricker avait d’ailleurs fait part à Jules Rimet du souhait de la Fédération tchèque de conserver un de ses ressortissants au sein du comité exécutif125. De même, Frederiksen prend la place jusque-là détenue par le Norvégien Eie et poursuit la représentation scandinave au sein du comité exécutif. L’unique changement consiste dans le non-remplacement du Hongrois Fischer, passé à trépas quelques mois plus tôt, par un dirigeant de son pays ou de sa région. Les trois autres dirigeants, le Chilien Bianchi, l’Écossais Kirkwood et le Suisse Krebs, sont nouveaux au sein du comité. En ce qui concerne Bianchi, c’est la première fois qu’un Sud-Américain est choisi. Sa présence vient compléter celle de Luis Aranha et souligne une volonté de conférer davantage de place aux associations sud-américaines en conformité avec leur vœu exprimé depuis les années 1930. Kirkwood provient d’une association faisant partie des vainqueurs de la guerre et vient renforcer la représentation des associations britanniques. Enfin, le Suisse Jean Krebs représente un pays politiquement « neutre » durant le conflit et s’inscrit dans la lignée des dirigeants suisses ayant occupé des postes à responsabilité dans le football international126.←164 | 165→

Tableau 8. Comité exécutif de la FIFA en 1946

image

Légende : * une place est réservée à l’Union soviétique qui, à cette période, n’a pas encore désigné de représentant car elle n’est toujours pas officiellement membre de la FIFA (voir : 3.1.2.).

Dans un souci de ne pas donner trop d’influence à un bloc régional ou un autre, les regroupements régionaux qui existent dans les années 1930 (Amérique du Sud, Balkans, Benelux, Britannique et Pays du Nord) sont tous représentés dans le comité après la guerre. Par ailleurs, Andrejevic et Valousek peuvent être considérés comme les représentants d’un nouveau bloc qui est en train d’émerger au sein de la FIFA : le bloc soviétique. Après la tragédie de la guerre, il s’agit plus que jamais pour le comité exécutif de se montrer uni. À ce titre, le secrétaire général invite les dirigeants siégeant dans les différentes commissions de la FIFA, ou qui la représentent dans d’autres organismes comme l’International Board, à être solidaires des décisions prises par le comité exécutif. Si Schricker se permet d’intervenir à ce sujet, c’est que ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, le Norvégien←165 | 166→ Daniel Eie, nommé représentant de la Fédération à l’International Board en 1946, semble ne pas suivre les recommandations de vote transmises par le comité exécutif. Pour Schricker, cette situation est tout bonnement inadmissible127. Cette position n’est pas sans conséquence pour l’intéressé puisque, en 1948, Eie n’est pas réélu à son poste.

Troisièmement, l’élite de la FIFA poursuit sa politique non interventionniste vis-à-vis de ses associations membres. Ainsi, lorsque durant le congrès de 1946, l’association yougoslave demande l’exclusion de l’Espagne128, Jules Rimet coupe court à la discussion et souligne :

« Les délégués des Associations nationales se sont réunis à Luxembourg animés d’un esprit de solidarité et de camaraderie sportive qui doit exclure tous les sujets étrangers à l’ordre du jour [c’est pourquoi il] demande aux délégués de la Yougoslavie de ne pas insister pour que la question soulevée par eux soit discutée, ce qui constituerait un précédent extrêmement fâcheux pour l’avenir et risquerait de compromettre l’entente internationale [du football] »129.

Autre exemple de cette posture de neutralité, la gestion par la FIFA de la « soviétisation » des associations nationales des pays de l’Europe de l’Est. En effet, des partis communistes commencent à prendre le pouvoir dans plusieurs pays de l’Europe centrale et se trouvent désormais placés dans la sphère d’influence de l’URSS. Ce changement a des conséquences sur le système sportif de ces pays, qui se calque dès lors sur le modèle soviétique130 : un organisme central dirigé par l’État englobe toutes les fédérations sportives. En date du 29 mars 1946, Schricker reçoit par exemple une lettre de la Fédération hongroise soulignant que celle-ci vient d’être réorganisée. Si plusieurs anciens membres conservent leur poste, dont le secrétaire, Arpad Kenyeres, l’organisme est désormais directement←166 | 167→ rattaché à l’État et se trouve être présidé par le ministre de la Justice, Etienne Ries131. De même en Pologne, l’ancien secrétaire, Mallow, qui a participé à plusieurs congrès de la FIFA durant l’entre-deux-guerres, est remplacé. Désormais, la fédération nationale est placée sous la coupe du ministère de la Défense132. Le 8 juin 1946, Schricker mentionne à Rimet que les associations bulgares et roumaines « se trouvent dans la zone d’influence russe »133. Comme lors des années 1930 avec les partis fascistes, les officiels de la FIFA prennent simplement note de ces changements, considérant qu’il s’agit là d’affaires internes aux fédérations concernées.

Quatrièmement, le comité exécutif s’emploie à relancer l’activité de la Fédération. Sur ce point, un élément crucial est l’organisation d’une prochaine édition de la Coupe du monde. Signe de l’importance du sujet, il constitue l’un des points majeurs de l’assemblée générale de 1946. Les congressistes se montrent prudents dans le choix des futurs organisateurs : il s’agit notamment de ne pas choisir des pays qui ont participé trop activement à la dernière guerre afin d’éviter de possibles polémiques en interne. Pour la première compétition d’après-guerre, le congrès de 1946 décide que le tournoi se déroulera au Brésil. Tout d’abord, malgré le gouvernement dictatorial de Getulio Vargas et certaines positions ambiguës vis-à-vis de l’Axe durant la première partie du conflit, le Brésil s’est positionné du côté des Alliés en déclarant la guerre à l’Allemagne en 1942. De fait, il est considéré sur la scène internationale comme faisant partie des vainqueurs du conflit. Ce choix permet aussi de répondre aux attentes des Sud-Américains, qui souhaitent depuis l’édition de 1938 que la Coupe du monde se déroule sur leur continent. Ainsi, leur offrir l’organisation de l’épreuve permet de désamorcer un peu plus les tensions qui existent entre Sud-Américains et Européens au sein de la Fédération. Signe d’une volonté de remettre rapidement en route le tournoi, il est prévu qu’il ait lieu en 1947 déjà. Cependant, en raison de difficultés organisationnelles, l’épreuve est repoussée et une nouvelle discussion sur le sujet est prévue pour le congrès de 1948134. Finalement, les délégués présents décident que la compétition se déroulera en 1950. Ainsi, cinq ans←167 | 168→ après la fin du conflit international, la FIFA voit son épreuve phare être à nouveau organisée, ce qui va dans le sens d’un retour « à la normale » dans les affaires de la FIFA.

Cinquièmement, les dirigeants prennent des décisions en vue de développer la structure administrative du secrétariat. Il s’agit de permettre au secrétaire général d’être plus efficace dans son travail, mais aussi de contrôler davantage que par le passé les affaires de la FIFA. Tout d’abord, Seeldrayers demande désormais à Schricker que les circulaires « qui engagent la politique de la [FIFA] »135 soient soumises aux membres du comité exécutif ou au comité d’urgence, avant de les envoyer aux associations membres de l’organisation. Cette action permet d’avoir un plus grand contrôle sur les documents officiels de la Fédération internationale mais aussi d’offrir un discours lisse et uni tant vis-à-vis des associations membres de la FIFA que des acteurs extérieurs au domaine footballistique. Il est également demandé au secrétaire général de prendre des notes durant les séances, ce qu’il ne faisait pas avant la guerre. De même, Seeldrayers suggère qu’à l’avenir le procès-verbal soit « fait au fur et à mesure des débats et lu et approuvé à la fin de la dernière séance »136. Ce type de démarche participe à la professionnalisation du secrétariat, schéma assez classique qui s’opère lorsqu’une organisation connaît un accroissement de ses tâches, comme l’ont montré plusieurs travaux de chercheurs s’intéressant à la problématique des groupes d’intérêts137. Si la gestion de l’après-guerre peut expliquer ces changements, ils s’inscrivent effectivement aussi dans le développement du travail du secrétariat. En effet, depuis 1945, la FIFA voit son nombre de membres augmenter chaque année, ce qui engendre des tâches de correspondance supplémentaires pour le secrétaire. C’est pourquoi, à partir des années 1947-1948, de nouveaux collaborateurs sont engagés. Tout d’abord, le secrétaire général dispose d’une nouvelle aide en la personne de « Mlle » Kurmann138. De même, un comptable, M. Tabord, est engagé. Signe de l’importance de cette nomination, Jules Rimet fait spécialement le déplacement pour l’introniser et écrit à Seeldrayers qu’avec←168 | 169→ ces deux nouvelles personnes, la FIFA aura « maintenant une comptabilité correcte et à jour »139. Ces améliorations réjouissent le secrétaire général Schricker, qui écrit à son président qu’un vent nouveau souffle sur le secrétariat. Ainsi, les premières années qui suivent la sortie du conflit correspondent à une nouvelle étape du développement de l’administration de la FIFA.

Si la fin de la guerre paraît avoir été bien négociée par l’élite de la FIFA et a permis de relancer les activités de la FIFA, dans les années 1947-1948, ils doivent faire face à une nouvelle menace pour la stabilité de leur organisation : la Guerre froide. En effet, comme l’ont indiqué plusieurs chercheurs140, 1947 marque un moment de rupture entre l’Est et l’Ouest, en particulier avec la mise en place par l’URSS d’un bureau devant davantage fédérer les actions des partis communistes internationaux, le Kominform141. L’élite de la FIFA est directement touchée puisque le « coup de Prague » de février 1948, qui correspond à la prise de pouvoir définitive des communistes en Tchécoslovaquie, va entraîner la démission de Vaclav Valousek. En avril, il informe ses collègues du comité exécutif de la FIFA que des transformations ont eu lieu au sein de la Fédération tchèque et précise : « La composition [du] comité [exécutif] a été modifiée par une décision du gouvernement de créer dans toutes les fédérations sportives des comités d’action en attendant des élections qui auront lieu incessamment conformément aux statuts de l’Association142. » Ces événements lui ont fait perdre sa place à la tête de la fédération nationale et même s’il conserve un poste de conseiller aux affaires internationales, son opposition au communisme l’oblige finalement à quitter ses fonctions. Quelques semaines plus tard, il quitte son pays et s’installe en Suède. Cette influence du contexte de tension qui sévit entre les blocs de l’Est et de l’Ouest se confirme lors du congrès de la FIFA de 1948 qui a lieu durant les premiers Jeux olympiques de l’après-guerre à Londres – auxquels←169 | 170→ l’URSS ne participe pas car elle n’est toujours pas membre du Comité olympique – et de manière concomitante aux premières aides issue du Plan Marshall143, qui termine d’achever la scission entre les deux blocs. Parmi la vingtaine de congressistes provenant des pays du bloc soviétique, seuls trois dirigeants (le Polonais Przeworski, le Tchèque Valousek, tout de même présent mais à titre personnel et le Yougoslave Andrejevic) ont déjà, par le passé, participé à ce genre de manifestations. L’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et le Portugal sont au contraire tous représentés par au moins un dirigeant ayant déjà participé aux assemblées générales de la FIFA durant les années 1930. Le cas des associations des pays de l’Est est donc l’exception qui ne confirme pas la règle. Il est d’ailleurs à noter que, pour Przeworski et Valousek, il s’agit de leur dernier congrès.

En outre, les congressistes prennent la décision de nommer un dirigeant de la Fédération des États-Unis en remplacement de Valousek. D’un point de vue footballistique, cette nomination interroge, car ce pays n’est pas un acteur majeur du ballon rond. Pourtant, dès septembre 1945, Seeldrayers indiquait au secrétaire général que si la Fédération des États-Unis n’est pas une puissance majeure de la FIFA, il fallait néanmoins tenir compte de son avis144. L’élection d’un dirigeant d’Amérique du Nord, en l’occurrence Randolph Manning, souligne bien la recherche du neutralisme portée par le comité exécutif de la FIFA, posture suivie par une majorité des congressistes de la FIFA. Car la présence d’un États-unien au sein de son élite permet de contrebalancer la présence d’un vice-président soviétique et ainsi de limiter ses possibilités d’action à la tête de l’organisation. Sous cet angle, un autre changement de taille se produit avec la non-réélection du Yougoslave Andrejevic. Actif dès les années 1930 au sein des arcanes de la FIFA et dans le comité exécutif depuis 1938, sa non-reconduction peut sembler une surprise. Toutefois, dans ce fameux jeu de balance, n’est-elle pas une occasion de rendre un peu de change à l’URSS, ce pays étant désormais en lutte contre la Yougoslavie sur la scène internationale145 ? Fait intéressant, il est remplacé par Giovanni Mauro. Ce retour en grâce←170 | 171→ du dirigeant italien permet de minimiser le possible mécontentement des Yougoslaves, car la Fédération italienne entretient des relations de proximité avec eux, et ce malgré quelques tensions momentanées autour de l’administration footballistique de la ville de Trieste146. Après ces élections, les pays du bloc soviétique n’ont donc plus qu’un vice-président comme représentant au sein du comité exécutif. Ces propos restent toutefois au stade de l’hypothèse car nous n’avons pas le détail des votes ni retrouvé des données dans les correspondances personnelles sur ce jeu de « chaises musicales », qui permettraient d’appuyer ce propos.

Mais l’élection de Manning pose une autre question. N’est-ce pas aussi pour répondre aux rapports de force Europe-Amérique du Sud que ce dernier est élu ? En effet, en raison de sa trajectoire professionnelle et footballistique, Manning fait partie de la même génération que les dirigeants européens qui officient au sein du comité exécutif de la FIFA. Né en Europe, il a effectué ses études en Allemagne où il s’est notamment lié d’amitié avec Ivo Schricker. Parti pour les États-Unis, il a œuvré au développement du football dans son pays. Durant toutes ces années, il est resté en contact constant avec des dirigeants comme Rimet ou Schricker et partage des idées proches d’eux quant au développement du football, et en particulier de la FIFA. Dès lors, Manning ne soutient sans doute pas les volontés décentralisatrices des dirigeants sud-américains. Or la décennie 1940 correspond à une prise de distance des associations sud-américaines vis-à-vis de la FIFA et à une consolidation de leur entité continentale, de sorte que celle-ci puisse se faire la porte-parole de leur volonté de réorganiser la FIFA.

2.3. L’émergence d’un contre-pouvoir américain

À la fin des années 1930, les tensions aperçues entre Européens et Sud-Américains paraissent s’atténuer. En effet, dans le but de « resserrer les liens existants entre les associations de l’Amérique du Sud et la FIFA »147, Jules Rimet entame, en 1939, un voyage en Amérique du Sud. Il est←171 | 172→ bien accueilli par les dirigeants sud-américains et, à son retour, indique à ses collègues du comité exécutif que son voyage a certainement resserré les liens entre la FIFA et l’Amérique du Sud. Signe de l’amélioration des relations entre les dirigeants des deux continents, les délégués sud-américains annulent, quelques semaines plus tard, les Accords du Congrès de Santiago148. Mais cet apaisement n’est que passager et va être remis en cause par la guerre.

2.3.1. La structuration de la Confédération sud-américaine

Durant la Deuxième Guerre mondiale, le fossé entre l’Amérique du Sud et le secrétariat de Zurich se creuse. Les difficultés dans les liaisons postales ont pour conséquence de réduire les communications entre les associations sud-américaines et la FIFA149. Dès lors, même s’il essaie de maintenir l’autorité de la Fédération internationale sur le football en Amérique du Sud, le secrétaire Schricker n’a, en réalité, qu’un contrôle relatif sur les actions des dirigeants de la Confédération sud-américaine. En fait, il ne reçoit que peu d’informations sur ce qui se passe en Amérique du Sud sur le plan footballistique. Les demandes d’informations qu’il transmet tant auprès des associations nationales que de la Confédération sud-américaine restent le plus souvent sans réponse. Dès lors, il tente de se renseigner par ses propres moyens et utilise d’autres canaux. À ce titre, il se base notamment sur des informations paraissant dans des journaux européens spécialisés dans le football. Ce mode de fonctionnement témoigne des difficultés auxquelles le secrétaire fait face pour se procurer des informations sur ce qui se passe réellement sur ce continent.

Ces difficultés sont d’autant plus grandes que le représentant sud-américain au comité exécutif, Luis Dupuy, ne joue pas son rôle de relayeur d’informations. En effet, à partir de 1940, il ne semble plus disposer d’assez de temps pour s’atteler à cette tâche. Diplomate en représentation auprès du régime de Vichy, il annonce même sa démission en 1941. Celle-ci n’est toutefois pas acceptée par la Confédération sud-américaine car ses dirigeants estiment le moment peu opportun. Il serait, en effet, difficile de trouver un représentant qui soit impliqué autant que Dupuy dans les affaires footballistiques. Cette décision soulage Schricker, car il considère←172 | 173→ l’Uruguayen comme une personne « énergique et intelligente »150, dotée d’un bon état d’esprit, ajoute-t-il à son sujet. De plus, il constitue une aide précieuse pour le secrétaire général de la FIFA, car si Schricker comprend l’espagnol, il n’en maîtrise pas toutes les subtilités. En conséquence, des propos dans les courriers qu’il reçoit peuvent, parfois, lui échapper. Mais Dupuy se montre de moins en moins présent, ce qui oblige Schricker à faire appel au secrétaire de la Fédération espagnole pour l’aider à traduire plusieurs lettres151. Finalement, en 1943, Luis Dupuy annonce une nouvelle fois sa démission, « son gouvernement ayant rappelé tous les fonctionnaires diplomatiques accrédités en France »152. Face à ce contexte, la Confédération sud-américaine n’a pas d’autres choix que de le libérer de ses fonctions. Ainsi, la FIFA se retrouve dans la même situation que dix ans auparavant avec Enrique Buero. Comme son prédécesseur, Dupuy est un fonctionnaire politique en place en Europe et il est, parfois, amené à changer de fonction. Cette situation n’est pas sans conséquence puisqu’elle limite l’établissement d’une relation continue et de confiance entre les dirigeants européens et leurs homologues sud-américains.

Or, au fil du conflit international, les associations sud-américaines prennent leurs distances vis-à-vis de la FIFA, certains matchs internationaux étant par exemple joués en ne suivant pas les règlements de la Fédération internationale153. Certes, les pays d’Amérique du Sud ne restent pas en dehors du conflit mondial, toutefois ces pays sont tout de même moins touchés par les hostilités que les pays européens. D’un point de vue footballistique, cela signifie que la guerre n’a que peu d’impact sur les échanges à l’intérieur du continent sud-américain. Pour la FIFA, qui doit faire face à des difficultés financières, les rentrées d’argent sur les rencontres entre les associations sud-américaines s’avèrent cruciales. Dès le début de la guerre, Schricker fait part à leur représentant au sein du comité exécutif de la FIFA, Luis Dupuy, de son souhait d’organiser des rencontres entre des associations sud-américaines (par exemple Uruguay-Argentine ou Brésil-Pérou) qui auraient comme avantage de soutenir les finances de la FIFA. En outre, Schricker mentionne que de tels matchs←173 | 174→ permettraient de créer « une forte sympathie en Europe »154, qui pourrait compter au moment de l’attribution de la future Coupe du monde. Si Dupuy répond positivement à la requête de Schricker, le secrétaire doit néanmoins constater, quelques mois plus tard, qu’il n’a toujours pas reçu d’informations à ce sujet. Dans les mois qui suivent, ce dernier commence à se plaindre des difficultés que les associations sud-américaines ont à lui envoyer leur contribution financière. Dans ces temps financièrement difficiles pour la FIFA – un déficit de 12 000 francs suisses est par exemple budgété pour l’année 1942 –, Schricker insiste pour qu’elles versent rapidement le pourcentage sur les recettes des rencontres internationales. Sur ce point, notre interprétation diffère quelque peu de celle de Paul Dietschy qui, dans son article sur la mondialisation de la FIFA, indique que les associations sud-américaines restent loyales vis-à-vis de la FIFA sur le plan financier155. Certes, une partie des montants dus à la FIFA sont bel et bien versés par des associations sud-américaines durant le conflit156. Cependant, il nous semble que, de manière générale, celles-ci répondent difficilement aux sollicitations de Schricker. C’est pourquoi il contacte, à plusieurs reprises, le secrétaire de la Confédération sud-américaine, Effrain Borrero. Afin de le pousser à agir, Schricker lui indique que les associations des pays en guerre, à savoir les associations européennes, « qui sont dans une situation beaucoup plus difficile que les associations du continent sud-américain n’ont à aucun moment cessé de payer régulièrement, malgré toutes les difficultés causées par les prescriptions de l’Office de compensation pas seulement leurs cotisations, mais aussi les pourcentages de leurs matchs internationaux »157. La correspondance entretenue entre les pays européens et le secrétaire général de la FIFA montre que ce dernier leur transmet également plusieurs lettres de rappel. Cependant, celles-ci font fort souvent la sourde oreille aux demandes du secrétaire. De même, la Confédération sud-américaine rechigne à lui indiquer les résultats des championnats continentaux de 1939 et 1942, sur lesquels la FIFA a aussi le droit de percevoir un pourcentage. En outre, lors du congrès ordinaire de la Confédération sud-américaine de 1942, un représentant chilien←174 | 175→ propose que les fédérations sud-américaines ne paient plus que la moitié du montant des cotisations annuelles dues à la FIFA. L’argument évoqué est la diminution des dépenses de la Fédération internationale, dont l’activité est ralentie à cause de la guerre158. Même si Borrero peut indiquer à Schricker, quelques mois plus tard, qu’au vu des délibérations, cette proposition n’a pas été adoptée, celle-ci montre bien qu’un détachement du pouvoir de la FIFA s’opère progressivement chez les dirigeants sud-américains.

Tableau 9. Charges de la FIFA en 1938 et en 1942 (en francs suisses)

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En fait, la guerre semble offrir une opportunité aux associations sud-américaines de s’affranchir de la tutelle de la FIFA. Mais, vu la situation chaotique de l’Europe, elles estiment aussi que ce sera à elles de reconstruire la FIFA après 1945. C’est pourquoi, durant les hostilités déjà, elles prennent des décisions sur le futur du football international. Ainsi, lors d’un congrès de la Confédération sud-américaine tenu en 1941, les représentants présents formulent le souhait que le premier congrès de la FIFA après la guerre se déroule en Espagne, remettant en question la décision prise lors de l’assemblée de 1938 lors de laquelle le Luxembourg avait été choisi159. Cette initiative devrait permettre de renforcer les liens de l’Amérique du Sud avec l’ancienne puissance coloniale en créant un bloc←175 | 176→ de pays latins. De plus, c’est aussi un moyen pour les Sud-Américains de faciliter leur participation. Premièrement, il leur sera plus aisé d’y accéder par bateau. Deuxièmement, au regard des liens entretenus avec l’Espagne franquiste, le risque de tracasseries administratives pour obtenir les visas sera moins délicat. En outre, durant ce même congrès de 1941, il est décidé de créer une commission afin de statuer sur le cas de la prochaine Coupe du monde. Hormis le souhait qu’elle soit disputée en Amérique du Sud, ses membres chargent « le comité exécutif de la Confédération sud-américaine d’entreprendre par l’entremise de son délégué auprès de la FIFA des démarches ayant pour but de renvoyer la Coupe du monde à l’année 1942 »160 et d’organiser la future épreuve dans les 18 mois après la fin du conflit en Europe. Ces décisions montrent que la Confédération sud-américaine tend à prendre des prérogatives qui sont, en temps normal, l’apanage de la FIFA.

À la fin de la guerre, le nouveau représentant de la Confédération sud-américaine dans le comité exécutif de la FIFA, Augustin Matienzo, poursuit cette politique et fait part à ses collègues européens des volontés de l’organisation qu’il représente. Fils d’un célèbre juriste argentin qui a participé à la création de l’État, Matienzo est un haut dignitaire de la Fédération argentine. Lui-même a emprunté la voie de son père puisqu’il est docteur en droit et enseigne à la Faculté de droit de l’Université de Buenos Aires. Fort de sa formation de juriste, en juillet 1945, il envoie un courrier à Schricker dans lequel il explique que le comité exécutif n’est plus légitime puisque les mandats des derniers membres sont terminés depuis 1942161. Selon lui, ce dernier n’a donc plus aucune faculté « pour se réunir et dicter des résolutions [en tant que] directeur de [la FIFA] »162. À la vue de cette situation, il indique que la Confédération sud-américaine se permet de reprendre le flambeau et souhaite convoquer un congrès qui se déroulera à Montevideo en 1946. Constatons que, dans un positionnement plus ferme, le lieu du futur congrès de la FIFA est finalement situé en Amérique du Sud plutôt qu’en Espagne. Cette proposition est novatrice, car la convocation du congrès est normalement l’apanage du secrétariat de la FIFA. De plus, ces manifestations se sont jusqu’ici toujours déroulées en Europe. Les Sud-Américains tentent donc de profiter de la confusion qui existe à la fin←176 | 177→ de la guerre pour prendre davantage de pouvoir au sein de la FIFA, voire se proposer comme une alternative. Il s’agit donc d’une attaque frontale vis-à-vis de l’autorité de la FIFA, la requête des dirigeants sud-américains reflétant bien l’air du temps de cette sortie de conflit qui voit, d’une part, le pouvoir des grandes puissances européennes être remis en question sur la scène internationale et, d’autre part, l’émergence des pays extra-européens comme de nouveaux acteurs de la politique internationale. L’importance croissante de l’Amérique du Sud au niveau international n’est pas visible que dans le domaine sportif. Eric Helleiner a souligné la présence de neuf pays sud-américains, quatre pays africains et cinq pays asiatiques lors des conférences qui débouchent sur la formation des organismes de Bretton Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire international). Certes, il souligne que les États-Unis et la Grande-Bretagne doivent être considérés comme les leaders du projet, mais il relève que « l’influence [dans les discussions] des délégués d’Amérique du Sud et d’autres pays du Sud ne doit pas être sous-estimée »163. Cet aspect se retrouve aussi d’une certaine manière dans un texte de Nadjib Souamaa dans lequel l’auteur indique brièvement qu’au sein de l’Organisation internationale du travail, des liens plus fermes sont tissés avec les Sud-Américains, et ce dès la sortie de la Deuxième Guerre164.

Les dirigeants du comité exécutif de la FIFA réagissent néanmoins vigoureusement à cette tentative d’ingérence latino-américaine. Seeldrayers, également juriste de profession, contredit les arguments juridiques avancés. S’il constate, comme Matienzo, que les mandats sont terminés, il indique qu’« il est de règle dans tous les organismes [et] dans tous les États qu’en attendant qu’il puisse être pourvu à leurs remplacements, [les membres] restent en fonction et doivent assurer l’expédition des affaires courantes »165. En outre, il renforce son argumentaire par des références historiques et rappelle que, lors de la Première Guerre mondiale, c’est le secrétaire Hirschman qui avait convoqué un congrès à Anvers, raison pour laquelle cette tâche doit incomber à Ivo Schricker. Son explication historique est toutefois discutable car les événements sont beaucoup plus complexes en 1919, la FIFA étant passée tout près d’une scission interne. Sous cet angle, la position des Sud-Américains rappelle celle des←177 | 178→ Britanniques qui avaient voulu prendre le leadership de l’organisation au sortir du premier conflit mondial. Le comité exécutif suit la position de Seeldrayers et refuse la proposition de la Confédération sud-américaine. Sans doute vexé par cette situation, Matienzo, pourtant invité166, ne se rend pas à la réunion du comité exécutif de novembre 1945. Cette absence renforce la position des Européens puisqu’ils peuvent décider à leur guise de la remise en route de la FIFA. Signe de cette conservation du pouvoir par les Européens, le congrès de la FIFA de 1946 se déroule bel et bien en Europe, et même au centre du continent, à Luxembourg. Par cette décision, les membres du comité exécutif se placent dans la continuité des décisions prises lors du congrès de 1938. Ce procédé a l’avantage de montrer que, malgré les six années terribles qui viennent de s’écouler, l’élite de la FIFA s’attelle à poursuivre le travail sur les bases décidées avant la guerre. Mais le lieu choisi sonne aussi comme une sanction vis-à-vis de l’attitude des Sud-Américains, la ville de Luxembourg ne possédant, en effet, aucune liaison aérienne167. Dès lors, pour s’y rendre, les associations qui proviennent de pays non européens vont devoir passer par un autre pays, ce qui implique des démarches administratives supplémentaires, notamment en matière de visa.

Cette décision n’offre pas les meilleures garanties d’un rapprochement entre les dirigeants sud-américains et européens. C’est d’autant plus le cas que, depuis le début de la guerre, l’idée de mettre sur pied un organisme panaméricain est discuté. Celui-ci créerait une agrégation d’une vingtaine d’associations qui pourrait permettre de concurrencer le pouvoir des Européens au sein de la FIFA.

2.3.2. Créer une contre-organisation ?

Dès la fin des années 1930, la Confédération sud-américaine a élargi son territoire de juridiction et concerne dorénavant tous les pays de son continent, excepté le Venezuela. En effet, en 1936, un élargissement←178 | 179→ s’opère avec l’adhésion de la Colombie. Puis, l’association d’Argentine y fait officiellement son retour en 1941168. Il est difficile de savoir les raisons qui expliquent que le retour de l’Argentine s’opère à ce moment-là, mais il constitue un élément important pour la légitimité de la Confédération sud-américaine, ce pays étant assurément l’une des principales fédérations de football du continent. De plus, l’Argentine entretient aussi des liens internationaux avec plusieurs associations, dont la fédération anglaise169. Le retour de l’Argentine s’inscrit dans un contexte qui voit la Confédération sud-américaine bénéficier d’une plus grande reconnaissance sur le continent, comme le montre la participation lors de la Copa America. En effet, les éditions disputées en 1942 et surtout en 1945 sont les tournois qui rassemblent le plus de participants de l’histoire. Il semble que la nomination d’un nouveau président à la tête de la Confédération sud-américaine ne soit pas étrangère à cette situation. C’est en janvier 1939 que le Chilien Luis Valenzuela accède à ce poste. Président de la Fédération chilienne depuis la fin des années 1930, Valenzuela, qui commence ici un mandat de près de quinze ans, va marquer l’organisme de son empreinte, notamment en cherchant à renforcer les liens en interne mais aussi en créant des alliances avec des organismes extérieurs. Durant les mois qui suivent son élection, des décisions importantes sont prises dans le but de rapprocher les associations membres de la Confédération.

Tout d’abord, en 1941, il est question de créer un Jour du football sud-américain, qui serait fixé au 9 juin. Cette date fait référence à l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde par l’Uruguay. Aspect commémoratif certes, mais aussi une manière de rappeler aux Européens que le grand tournoi mondial a pu être lancé grâce aux actions des Sud-Américains. De même, dans le cadre des commémorations du 450e anniversaire de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, qui se déroulent en 1942, le comité exécutif de la Confédération sud-américaine évoque l’idée d’organiser un match entre une sélection sud-américaine et une équipe espagnole. Nous pouvons supposer que l’invitation de l’Espagne permettrait de fortifier les relations latines au sein de la Fédération internationale. Signe de cette volonté de créer des rapprochements avec les anciens colonisateurs, le cas du Brésil est aussi étudié. En effet, conscients que le continent sud-américain connaît « des nations de race espagnole←179 | 180→ et portugaise »170, les dirigeants de la Confédération envisagent d’inviter, quelques mois plus tard, l’équipe du Portugal à venir disputer un match analogue en Amérique du Sud. Cette démarche a pour but explicite de tisser des liens plus solides avec le Brésil, dont les dirigeants ont parfois pris, dans les années 1930, leurs distances vis-à-vis des positions de la Confédération. À notre connaissance, ces deux rencontres ne se sont toutefois pas disputées.

Dans le même temps, le congrès de 1941 décide de renforcer la structure de la Confédération sud-américaine. À ce titre, un tournus du siège de l’organisation est désormais établi. Celui-ci suivra la nationalité du secrétaire et sera donc transféré, à tour de rôle, dans les grandes villes de différents pays sud-américains. Suivant ces dispositions, au début de l’année 1940, le secrétaire Effrain Borrero met sur pied un siège à Barranquilla (Colombie). Quelques années plus tard, le siège se trouve en Bolivie, à Cochabamba. Cette manière de fonctionner limite sans doute la structuration de la Confédération puisqu’il n’y a pas de secrétaire permanent pouvant assurer une continuité de travail sur le long terme. Par contre, elle a comme avantage de concerner toutes les associations membres, puisque chacune d’elle pourra à l’avenir potentiellement accueillir le siège de l’organisation. Ces mécanismes sont créés afin de renforcer le pouvoir de la Confédération en interne. Outre de permettre de nouvelles collaborations en football à l’échelle continentale, ces actions ont également comme but de montrer aux dirigeants de la FIFA que désormais ils ont face à eux une organisation mieux structurée et pouvant défendre la voix de l’Amérique du Sud dans la Fédération internationale. Afin d’être plus efficiente sur ce point, la Confédération sud-américaine envisage des alliances avec les associations se trouvant en Amérique centrale.

À la fin des années 1930, le football connaît un développement croissant dans cette région. Par exemple, si lors des Jeux de l’Amérique centrale et des Caraïbes disputés en 1938 seuls cinq pays (la Colombie, le Costa Rica, le Mexique, le Panama et le Salvador) prennent part à l’épreuve de football, cinq ans plus tard, un tournoi de football organisé au Salvador voit la participation de treize équipes (Colombie, Costa Rica, Curaçao, Guatemala, Haïti, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, Panama, Puerto Rico, Saint-Domingue, Salvador et Venezuela)171. En conséquence,←180 | 181→ malgré l’influence culturelle nord-américaine, qui a tendance à favoriser le développement de sports comme le base-ball ou le basket-ball172, le football commence également à s’implanter durablement en Amérique centrale. Cette situation ne va pas sans poser des problèmes au secrétaire général de la FIFA, qui rappelle à la Fédération du Salvador que « les associations de Guatemala, Jamaïque, Nicaragua, Puerto Rico et Saint-Domingue ne sont pas affiliées à la FIFA »173. En conséquence, il ne devrait pas être possible pour les associations membres de la Fédération internationale de jouer contre elles. Cette requête témoigne de la volonté de contrôler les actions des associations extra-européennes, mais elle montre aussi que le pouvoir de la FIFA n’est que faiblement exercé dans ces régions. Dans une lettre écrite en février 1943 à Seeldrayers, Schricker déplore le peu d’influence du conseiller pour l’Amérique centrale auprès de la FIFA, Campbell. Le secrétaire général note que celui-ci semble surtout être actif à Cuba et au Mexique et que son influence a encore diminué « depuis la constitution de la Confédération d’Amérique centrale »174. Pour les dirigeants sud-américains, créer des liens avec leurs homologues d’Amérique centrale permettrait de favoriser les échanges footballistiques avec leurs homologues plus au Nord mais aussi de possiblement créer une « voix de l’Amérique » au sein de la FIFA.

Idée déjà développée au début des années 1930, la formation d’une entité panaméricaine prend assurément du corps dans la décennie suivante. Ainsi, lors du congrès ordinaire de la Confédération sud-américaine de 1941, une volonté est clairement affichée de créer une Confédération panaméricaine qui se concrétise dans le nouvel article 50 des statuts de l’organisation sud-américaine qui mentionnent : « Les associations des trois Confédérations américaines uniformiseront leur opinion et agiront d’un commun accord dans un esprit de solidarité américaine dans les questions qui pourront se présenter dans la FIFA »175.←181 | 182→

Le nouvel organisme compterait une vingtaine d’associations nationales et pourrait dès lors contester l’hégémonie des Européens au sein de la FIFA. Cette menace est bien perçue par le secrétaire Schricker qui, ayant eu vent de l’affaire, écrit à Seeldrayers que « cette guerre a sûrement comme résultat le développement d’une pensée “panaméricaine”, pas seulement dans le domaine du sport »176. Les propos du secrétaire général ne sont pas dénués de sens, car les années de guerre permettent effectivement un rapprochement entre les pays du continent américain. Comme l’a relevé Olivier Compagnon dans un texte sur « les Amériques latines » pendant la Deuxième Guerre mondiale, la première partie des années 1940 correspond à un moment favorable dans l’élaboration de plusieurs projets à l’échelle latino-américaine. Compagnon note que les années de guerre peuvent être :

« Identifiées comme un tournant important dans l’histoire de la pensée latino-américaine en ce sens qu’elles [ont] stimulé l’émergence de théories et de paradigmes spécifiquement latino-américains dont la théorie de la dépendance, en matière économique ou la théologie de la libération, dans le domaine philosophico-religieux, ne [sont] que quelques-uns des avatars au cours des années 1960177 ».

Finalement, la confédération panaméricaine ne voit pas le jour durant la Deuxième Guerre mondiale mais l’idée n’est pas enterrée pour autant. En novembre 1945, le comité exécutif de la Fédération internationale discute d’une résolution prise – sessions durant lesquelles, pour rappel, aucun représentant sud-américain n’est présent –, lors du dernier congrès de la Confédération sud-américaine, sur l’éventuelle constitution d’un organisme panaméricain. Les dirigeants présents notent que « la Confederación Sud-Americana et la Confederación Centro-Americana existent depuis assez longtemps, et il serait inopportun d’entreprendre des démarches contre la fondation de la Confederación Panamericana »178. Souhaitant sans doute ne pas attiser davantage de conflits avec les dirigeants du football sud-américains, l’élite de la FIFA décide de ne pas agir mais souligne qu’il faut surveiller ces démarches.←182 | 183→

En janvier 1946, lors d’un entretien privé, le vice-président de la Fédération argentine, Duco, confirme à Jules Rimet que « la création de la confédération panaméricaine semble en bonne voie »179 et témoigne d’un moment particulièrement favorable à l’établissement de structures panaméricaines dans différents domaines180. Cette action se concrétise finalement le 22 décembre 1946, lors d’un meeting qui réunit les délégués de la Confédération sud-américaine, de la Confédération d’Amérique centrale ainsi que de la Confédération des associations d’Amérique du Nord – créée entre le 16 et le 20 décembre à Cuba181.

Les dirigeants présents ne souhaitent pas se mettre en porte-à-faux par rapport à la FIFA et indiquent qu’ils reconnaissent son autorité suprême en matière de football mondial. De plus, ils décident de lui envoyer les statuts de la nouvelle entité pour approbation, démarche réalisée dans le courant de l’année 1948. Dans ce document, il est stipulé que les associations doivent préalablement être membres de la Fédération internationale pour adhérer à la Confédération panaméricaine. Par ailleurs, il est aussi mentionné que l’organisation respecte les Lois du jeu telles qu’elles sont édictées par la FIFA. Tenant compte de ces dispositions, qui ne vont pas contre l’autorité de la FIFA, son comité exécutif accepte de ratifier les statuts de l’entité en juillet 1948182.

Si l’ambition de l’organisation n’est pas de remettre en question le monopole de la Fédération internationale, c’est tout de même un nouveau contre-pouvoir qui se dessine. Car, dans les statuts transmis à Ivo Schricker, nous pouvons constater que certains buts poursuivis par la Confédération panaméricaine sont, en fait, des prérogatives de la Fédération internationale. Par exemple, ses dirigeants souhaitent créer des compétitions internationales, un projet étant d’ailleurs développé dans←183 | 184→ les mois qui suivent183, avec une épreuve recouvrant un territoire très large et intercontinental. En ce sens, le futur tournoi se pose comme une concurrence sérieuse envers la Coupe du monde de la FIFA. Plus important, les membres de la Confédération panaméricaine se donnent pour objectif de « résoudre, en dernière instance, les conflits qui se dérouleraient entre les associations affiliées aux différentes confédérations »184. Il s’agit donc de la captation d’une prérogative importante de la FIFA sur le territoire américain. Par ailleurs, au vu du contexte de tensions régulières qui existent entre les associations sud-américaines et les Européens, nous pouvons présumer que la création de la Confédération panaméricaine répond au désir de créer un lieu où les associations américaines pourront se concerter sur les décisions à prendre lors des congrès de la FIFA.

En 1948, la Confédération panaméricaine est composée d’une vingtaine d’associations nationales. Dans un courrier adressé au secrétaire de la FIFA datant du mois de mars 1948, le secrétaire et le président de la Confédération précisent la composition de la nouvelle Confédération185 :

Amérique du Nord (3) : Cuba, Mexique et les États-Unis.

Amérique centrale (8) : Costa Rica, Curaçao, Guatemala, Honduras, Panama, République dominicaine, Salvador, Venezuela.

Amérique du Sud (9) : Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Chili, Équateur, Paraguay, Pérou et Uruguay.

L’organisation réunit donc vingt pays et constitue ainsi assurément une force au sein de la FIFA. En effet, l’agrégation des voix de tous ses dirigeants permettrait de faire véritablement pression lors des congrès et de peser sur la gouvernance de l’organisation et donc de remettre en cause l’hégémonie européenne. Car il semble également qu’un objectif de la création de la Confédération panaméricaine réside dans l’idée de favoriser, à moyen terme, une réorganisation de la FIFA. Durant l’entretien qu’il a avec Rimet en 1946, le dirigeant argentin Duco souligne explicitement←184 | 185→ au président de la FIFA que « le projet consisterait dans la fondation de Confédérations continentales ayant chacune une assez grande autonomie et groupées dans une FIFA qui deviendrait un groupement de Confédérations »186. La création de l’entité panaméricaine paraît donc être un moyen pour les dirigeants sud-américains de soutenir leurs volontés de changement de l’architecture de la Fédération internationale. C’est sans doute pourquoi ceux-ci sont particulièrement présents dans le comité exécutif de l’organisation panaméricaine, qui se compose comme suit : Président : Chili ; Vice-présidents : États-Unis, Argentine ; Membres : Chili, Pérou, Honduras, Mexique187.

Cette composition montre que la Confédération est dominée par les Sud-Américains. D’une part, elle est dirigée par le Chilien Luis Valenzuela, qui cumule donc les postes de président de la Confédération sud-américaine et de la Confédération panaméricaine. D’autre part, sur les sept membres que compte l’organe directeur, quatre proviennent de pays faisant partie de la Confédération sud-américaine, ce qui indique bien la force qu’occupe cette région au sein de l’organisme.

À la fin des années 1940, les associations américaines semblent armées pour passer une offensive auprès du congrès de la Fédération internationale en vue de créer un débat sur la décentralisation de l’organisation. Cette situation a d’autant plus de sens qu’au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la FIFA connaît une nouvelle phase d’internationalisation avec l’arrivée d’une vingtaine de nouveaux membres, en majorité extra-européens. Ce processus n’est pas sans conséquence sur la Fédération internationale. D’une part, ces pays proposent, à terme, de réorganiser l’entité afin de pouvoir mieux soutenir le développement du football dans leur région ; d’autre part, pour le secrétaire général de la FIFA, cette situation implique de nouveaux problèmes (connaissance de la situation politique de nombreux pays, manque de connaissances en matière de géographie, peu de compréhension pour la pratique du football dans des pays dont le climat est différent de l’Europe) qui rendent assurément sa tâche plus complexe.←185 | 186→ ←186 | 187→


1 Schricker I., Rapport du secrétaire général de la FIFA (1940-1941), n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946), p. 1.

2 Lettre du ministre des Sports hongrois à la FIFA, 13 décembre 1940. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Hongrie (1937-1965), dossier : 1937-1950.

3 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 29 mai 1940. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1939)

4 Kuiper S., Ajax, the Dutch, the war. Football in Europe during the Second World War, London, Orion, 2003, p. 93

5 Bonde H., Football with the Foe. Danish sport under the swastika, Odense, University Press of Southern Denmark, 2008, p. 135.

6 Durant la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement suisse entretient des relations avec les deux camps. Sur ce positionnement, voir par exemple les contributions présentes dans le numéro spécial de la revue Relations internationales « Entre guerres et ruptures, la protection dans les relations internationales – II », coordonné par Jean-Marc Delaunay et Daniel Bourgeois en 2010.

7 Koppehel K., « Le football allemand en marche ! », Bulletin de la FIFA, n° 10-11, août-septembre 1939, pp. 9-10.

8 Havemann N., « Le sport dans l’Allemagne nationale-socialiste en guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 268, n° 4, 2017, pp. 67-68.

9 Tactique offensive qui consiste à faire devancer les chars par l’aviation et qui permet une avancée rapide.

10 Bonde H., « Turn of the tide: nordic ideological change », The International Journal of the History of Sport, vol. 16, n° 10, 2009, p. 1508.

11 Surnom donné par des journaux sportifs, en particulier suisses, à l’équipe nationale allemande depuis l’incorporation de joueurs autrichiens en 1938.

12 Sur ce match, voir : Quin G., « La Suisse face à la Grande Allemagne (1933-1942). Éléments pour une histoire du football helvétique », dans Attali M. (dir.), Sports et médias, XIXe-XXe siècles, Biarritz, Atlantica, 2010, pp. 761-770.

13 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 31 mai 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

14 Ibid.

15 Schricker I., Rapport du secrétaire général de la FIFA (1942-1943), n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946), p. 1.

16 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 26 mai 1944. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

17 Supra 1.2.4.

18 Pour des études de cas du football national durant la Deuxième Guerre mondiale, voir : Herzog M., Brändle F. (eds.), Europäischer Fussball im Zweiten Weltkrieg, Stuttgart, Kohlhammer, 2015. Et pour une vision plus générale : Dietschy P., « Football et guerre totale : le cas de la Seconde Guerre mondiale », dans Gastaut Y., Mourlane S., Le football dans nos sociétés : une culture populaire, 1914-1998, Paris, Autrement, pp. 159-173.

19 Mazurkiewicz M., « “Forbidden goals” – Illegal football in occupied Poland (1939-1945) », papier présenté au congrès annuel de la British Society of Sports History (BSSH), Université d’Édinbourg, 2-3 septembre 2016.

20 Lettre de J. Krebs et H. Käser à l’Union belge des sociétés de football-association, 3 juillet 1945. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Suisse (1938-1950), dossier : 1939-1950.

21 Anonyme, « Organisation du football d’après-guerre. Reprise complète de l’activité de la FIFA », n.d. FIFA, rapport d’activité durant la Guerre.

22 Quin G., « La reconstruction de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) après la Seconde Guerre mondiale (1944-1950). Jalons pour une histoire des relations sportives internationales », Staps, vol. 106, n° 4, 2014, pp. 21-35.

23 Lettre de I. Schricker au général G. Vaccaro, 6 juin 1939. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Italie (1939-1957), dossier : 1939-1950.

24 En Angleterre, les joueurs professionnels doivent aider à maintenir la condition physique des troupes et jouent également des rencontres de charité en faveur de différents fonds créés pour soutenir la population civile, comme celui de la Croix-Rouge ou du Maire de Londres.

25 Anonyme, Procès-verbal de la réunion de l’IB du 8 juin 1940, n.d. FA, FA minutes 1939-43.

26 Brook Hirst A., Rapport du président de la FA (1942-1943), n.d. FA, minutes and proceedings from June 1943 to June 1945.

27 Kent J., « British postwar planning for Europe 1942-45 », dans Varsori A., Calandri E. (eds.), The failure of peace in Europe, 1943-48, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2002, pp. 40-48.

28 Rous S., « Post war development – an interim Report, October 1944 », n.d. FA, minutes and proceedings from June 1943 to June 1945.

29 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 20 juillet 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

30 Schricker I., « Texte soumis à. Mr. Rous. Projet de Rapport 1944/45 concernant relations with the British Association », n.d. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

31 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 25 septembre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

32 Drewry A., Rous S., « Report of the visit to the FIFA conference by the chairman of the international selection committee and the Secretary », n.d. FA, FA council minutes 1945-1947.

33 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 1er décembre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

34 Lettre de I. Schricker à J. Rimet, 18 juin 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

35 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de la FA du 11 mars 1946, n.d. FA, FA council minutes 1945-1947.

36 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 25-26 juillet 1946, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

37 Supra 1.3.2.

38 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 27-28 juillet 1948, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

39 Lettre de M. Andrejevic à I. Schricker, 14 juin 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance M. Andrejevic (1938-1982), dossier : 1939-1945.

40 Sur la participation de l’Union soviétique à la création des Nations unies, voir : Gaiduk I.V., Divided together. The United States and the Soviet Union in the United Nations, 1945-1965, Washington, Woodrow Wilson Center Press, 2012, pp. 43-82.

41 Porter D., Kowalski R., « Cold war football: British-European encounters in the 1940s and 1950s », dans Wagg S., Andrews D. (eds.), East plays West: sport and the Cold War, London, Routledge, 2007, pp. 64-81.

42 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 27 novembre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

43 Sur l’arrivée de l’URSS au CIO, voir : Parks J., The Olympic Games, the Soviet Sports Bureaucracy, and the Cold War: Red Sport, Red Tape, Lanham, Lexington Books, 2017.

44 Lettre de I. Schricker à J. Rimet, 27 août 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946. Dans un article de L’Équipe écrit en 1955, un journaliste note que l’ambassadeur soviétique alors en poste à Paris, M. Bogomolov, entreprend des démarches concrètes auprès de Jules Rimet en vue d’une adhésion de l’URSS à la FIFA. « M. Jules Rimet va abandonner non sans mélancolie le plus grand empire du monde », L’Équipe, 16 juin 1954.

45 Selon un journaliste de L’Équipe, cette communication a été transmise dans la nuit entre la première et la deuxième journée du congrès. « Coup de théâtre à Luxembourg. La Russie désire adhérer à la FIFA », L’Équipe, 26 juillet 1946.

46 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 25-26 juillet 1946, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

47 « Le congrès de la FIFA liquide ses travaux et nomme son nouveau comité exécutif. M. Rimet réélu président par acclamation », L’Équipe, 27-28 juillet 1946.

48 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 23 octobre 1946, n.d. FIFA, comité exécutif (circulaire aux membres 1946-1957).

49 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 30 août 1946. FIFA, comité exécutif (circulaire aux membres 1946-1957).

50 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 22 novembre 1946. FIFA, comité exécutif (circulaire aux membres 1946-1957).

51 Lettre de J. Rimet à I. Schricker, 11 décembre 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

52 Lettre de J. Rimet à I. Schricker, 26 novembre 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

53 « Un match France-URSS cette saison ? », L’Équipe, 7 janvier 1947.

54 Lettre de J. Krebs et H. Käser au président de l’organisme central du sport soviétique, 1er avril 1947. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Suisse (1938-1950), dossier : 1939-1950.

55 Lettre de I. Schricker à J. Rimet, 8 mars 1948. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1948 – 31 décembre 1948.

56 « À Rotterdam, où le Reste de l’Europe gagne 2-1 (2-0) », L’Équipe, 7 mai 1947.

57 Brouillon d’une lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 8 janvier 1947. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1947-31 décembre 1949.

58 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 15-16 avril 1948 », n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

59 Anonyme, Rapport financier (1948), n.d. Annexe 3 de la réunion du comité exécutif du 29 juillet 1948. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

60 Wahlig H., Sport im Abseits. Die Geschichte der Jüdischen Sportbewegung im nationalsozialistischen Deutschland, Göttingen, Wallstein Verlag, 2015.

61 Teichler H.J., Internationale Sportpolitik im Dritten Reich, Schorndorf, K. Hofmann, 1991.

62 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 13 février 1939. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1939).

63 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA du 3 juin 1938, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

64 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 26 décembre 1939. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

65 Durant Y., Le nouvel ordre européen nazi (1938-1945), Bruxelles, Complexe, 1990.

66 Kott S., « Dynamique de l’internationalisation : l’Allemagne et l’Organisation internationale du travail (1919-1940) », Critique internationale, vol. 52, n° 3, 2011, p. 82.

67 Laborie L., L’Europe mise en réseaux. La France et la coopération internationale dans les postes et les télécommunications (années 1850-années 1950), Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2010 (voir les pages 332-340).

68 Teichler H.J., Internationale Sportpolitik im Dritten Reich, op. cit., pp. 328-354. Voir également : Bahro B., Der SS-Sport. Organisation, Funktion, Bedeutung, Paderborn, Ferdinand Schöningh Verlag, 2013, pp. 257-295.

69 Clastres P., « Neutralité politique, compromissions avec le régime nazi, continuité olympique. Les présidents successifs du CIO (1925-1972) au défi des Jeux de Berlin », dans Bensoussan G. et al., Sport, corps et sociétés de masse, op. cit., pp. 211-228.

70 Ottogalli-Mazzacavallo C., Terret, T., « La Fédération internationale d’escrime en guerre : de la spoliation à l’épuration (1939-1948) », Sport History Review, vol. 42, n° 1, 2011, pp. 1-16.

71 Loudcher J.-F., Day D., « The International boxing union (1913-1946): a European sports and/or political failure? », The International Journal of the History of Sport, vol. 30, n° 17, 2013, pp. 2016-2030.

72 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 12 septembre 1941. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1941-1942.

73 La position de Bauwens vis-à-vis du régime nazi nous semble très ambiguë. En effet, la poussée d’antisémitisme que connaît le pays depuis l’arrivée au pouvoir des nazis le concerne au premier plan puisque sa femme, Elisabeth Gidion, est juive. De fait, elle est suivie de près par la Gestapo. Harassée par cette situation, elle tombe en dépression et met fin à ses jours en septembre 1940. Sous cet angle, ce dernier peut être considéré comme une victime du nazisme. Toutefois, selon des historiens critiques comme Arthur Heinrich, cet argument n’est pas recevable car l’un de ses fils, Peter Franz, l’accuse d’être responsable de la mort de sa mère pour l’avoir délaissée. D’ailleurs, quelques mois plus tard, Bauwens se remarie. Après la guerre, il se présentera en victime du régime dans quelques courriers à ses collègues du comité exécutif et, en particulier, à son ami de longue date, Ivo Schricker, indiquant notamment à ce dernier qu’il fallait qu’il prenne conscience de ce qu’était la vie sous le nazisme.

74 Bauwens P., « Amitié même dans les temps difficiles », Bulletin de la FIFA, n° 15-16, février-mars 1940, pp. 2-3.

75 Wahlig H., « Dr. Ivo Schricker: Ein Deutscher in Diensten des Weltfussballs », dans Peiffer L., Schulze-Marmeling D. (eds.), Hakenkreuz und Rundes Leder. Fussball im Nationalsozialismus, Göttingen, Verlag die Werkstatt, 2008, p. 200.

76 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1938], art. 9 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

77 Lettre de R.W. Seeldrayers à P. Bauwens, 8 octobre 1941. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

78 Wahl A., La seconde histoire du nazisme dans l’Allemagne fédérale depuis 1945, Paris, Armand Colin, p. 235

79 La rapide mise sur pied d’une équipe nationale et la demande d’adhésion de la Slovaquie à la FIFA confirment l’importance acquise par le football comme vecteur de reconnaissance d’un pays sur la scène internationale. Anonyme, « Situation de l’Association de la Tchécoslovaquie », Annexe n° 6 de la réunion du comité exécutif du 16 décembre 1939. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1939).

80 Quin G., Vonnard P., « Internationale Spiele der Schweiz im Zweiten Weltkrieg. Sport und Politik, Kontinuitäten und Traditionen », dans Herzog M., Brändle F. , Europäischer Fussball im Zweiten Weltkrieg, op. cit., pp. 177-195.

81 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 14 mai 1941. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

82 Magaš B., Croatia through history: the making of a European state, London, Saqi Books, 2007 (voir les pages 555-566).

83 Lettre de I. Schricker à l’Association argentine de football, 28 octobre 1939. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Argentine (1934-1968), dossier : 1934-1950.

84 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 31 mai 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

85 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 20 mai 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

86 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 31 juillet 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

87 « Le Tournoi Bensemann. Le 2 mai, à la Pontaise », Le Sport suisse, 24 avril 1940.

88 Il est fait mention dans une lettre du fait que celle-ci a été vérifiée par cet organisme. Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 21 août 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

89 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 21 août 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

90 Anonyme, Procès-verbal du comité d’urgence pour temps de guerre de la FA du 14 mai 1943, n.d. FA, FA minutes 1939-1943.

91 Lettre de I. Schricker à l’Association argentine de football, 18 septembre 1943. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Argentine (1934-1968), dossier : 1934-1950.

92 Schricker I., Rapport annuel du secrétaire général de la FIFA (1942-1943), n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946), p. 3.

93 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 10 février 1942. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

94 Information donnée par Bauwens à Schricker après la guerre, le premier indiquant au second qu’il s’est battu pour son poste. En raison de sa quête de rachat, nous prenons avec précaution cette information. Lettre de P. Bauwens à I. Schricker, 28 mars 1949. DFB, Wiederaufnahme des DFB in die FIFA [18], dossier : B/ZA/T.

95 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 25 juin 1944. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

96 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 10-12 novembre 1945, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

97 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 13 août 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

98 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1948], art. 6 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

99 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 27-28 juillet 1947, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité). Cette analyse est partagée par d’autres auteurs, en particulier : Dichter H., « Kiking around international sport: West Germany’s return to the international community through football », The International Journal of the History of Sport, vol. 30, n° 17, 2013, pp. 2031-2051 ; Wahlig H., Ein Tor zur Welt. Der Deutsche Fußball und die FIFA 1945-1950, Göttingen, Verlag die Werkstatt, 2009.

100 Morgan P., The fall of Mussolini: Italy, the Italians, and the Second World War, Oxford, Oxford University Press.

101 Dietschy P., Histoire du football, op. cit., p. 34.

102 Archambault F., « Des continuités sans ruptures ? L’héritage du système sportif fasciste dans l’Italie libérée », dans Bensoussan G. et al., Sport, corps et sociétés de masse, op. cit., pp. 197-209.

103 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 11 septembre 1943. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946. Le 1er décembre 1943, le secrétaire mettra tout de même en doute cette information, signe que, durant la guerre, il est difficile pour Ivo Schricker de se tenir au courant précisément des affaires footballistiques mondiales.

104 Sbetti N., Giochi diplomatici. Sport e politica estera nell’Italia del secondo dopoguerra (1943-53), thèse de doctorat réalisée sous la direction de Giuliana Laschi, Université de Bologne, 2015 (voir les pages 259-408).

105 Quin G., Vonnard P., « “Par-delà le Gothard”. Les matches Italie-Suisse et la consolidation des champs footbalistiques italien et suisse dans l’entre-deux guerres », Diacronie. Studi di Storia Contemporanea, vol. 5, n° 1, 2011, pp. 1-13.

106 Schneider J., « “Un moyen précieux de maintenir de bonnes liaisons” : la Suisse, puissance protectrice de l’Italie au cours d’une décennie tourmentée (1940-1949) », Relations internationales, vol. 4, n° 144, 2010, pp. 37-49.

107 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 28 juin 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

108 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 6 décembre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

109 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 21 décembre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

110 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 8 janvier 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

111 Schricker, I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 10-12 novembre 1945, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946)

112 « Attacchi al presidente della FIFA », La Gazzetta dello Sport, 1er novembre 1945. Nous remercions Nicola Sbetti pour cette information.

113 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 15 août 1942. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1941-1942.

114 Jep Pascot est le commissaire des sports du régime de Vichy de 1942 à 1944, en d’autres termes son ministre des Sports. Sur Pascot, voir : Lassus M., « Des pelouses de rugby aux salons de Vichy : le colonel Pascot, commissaire général aux Sports (avril 1942-août 1944), dans Arnaud P. et al. (dir.), Le sport et les Français pendant l’occupation : 1940-1944, Paris, L’Harmattan, 2002, pp. 43-58.

115 Bonde H., Football with the Foe, op. cit., p. 135.

116 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 15 juillet 1940. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1939-1940.

117 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 15 mai 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

118 Autre exemple : le secrétaire de la Fédération luxembourgeoise, Gustave Jacquemart, apprend, le 17 mars 1945 que son fils, dont il était sans nouvelles depuis plusieurs mois, se trouve au camp de Dachau. Ces informations sont indiquées dans différentes lettres de la correspondance de Rodolphe Seeldrayers.

119 Lettre de I. Schricker à J. Gerö, 24 novembre 1941. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance M. Andrejevic (1938-1982), dossier : 1939-1945.

120 Quin G., « La reconstruction de la Fédération Internationale de Football Association », op. cit., p. 28.

121 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 18 janvier 1946. FIFA, comité exécutif (circulaire aux membres 1946-1957).

122 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 24 juillet 1946, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

123 Sur la position politique de la Finlande à cette période, voir : Rainio-Niemi J., The ideological Cold War: the politics of neutrality in Austria and Finland, New York, Routledge, 2014.

124 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 25-26 juillet 1946, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

125 Lettre de I. Schricker à J. Rimet, 15 juillet 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

126 Quin G., Vonnard P., « Switzerland, a stronghold in European football, 1930-1954 ? », Sport in History, vol. 35, n° 4, 2015, pp. 531-549.

127 Lettre de I. Schricker à J. Rimet, 31 mai 1948. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1948-31 décembre 1948.

128 La Fédération yougoslave se veut à la pointe du combat contre le fascisme – sur les lettres de cette époque envoyées au secrétariat de la FIFA, il est inscrit « Mort au fascisme. Liberté au peuple » – et souhaite combattre l’Espagne franquiste sur tous les terrains.

129 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 25-26 juillet 1946, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

130 Pour une description du modèle soviétique d’organisation sportive, voir : Peppard V., Riordan J., Playing politics: Soviet sport diplomacy to 1992, Greenwich-London, Jai Press, 1992. Et pour un exemple de cette transition dans un pays satellite : Girginov V., « Bulgarian sport policy 1945-1989: A strategic relations approach », The International Journal of the History of Sport, vol. 26, n° 4, 2009, pp. 515-538.

131 Lettre de A. Kenyeres à I. Schricker, 29 mars 1946. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Hongrie (1937-1965), dossier : 1937-1950.

132 Fryc A., Ponczek M., « The Communist Rule in Polish Sport History », The International Journal of the History of Sport, vol. 26, n° 4, 2009, pp. 501-514.

133 Lettre de I. Schricker à J. Rimet, 8 juin 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance J. Rimet (1945-1950), dossier : 1er janvier 1945-31 décembre 1946.

134 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 27-28 juillet 1948, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

135 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 3 octobre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

136 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 27 février 1946. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

137 Mach A., Groupes d’intérêt et pouvoir politique, Lausanne, PPUR, 2015, pp. 31-45.

138 Dans les correspondances des dirigeants du comité exécutif de la FIFA, elle est appelée « Mlle ». Un bref article de France football lui est consacré lors de la Coupe du monde de 1950. « La petite histoire de la Coupe du monde », France football, 12 juillet 1950.

139 Lettre de J. Rimet à R.W. Seeldrayers, 3 juillet 1948. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1947-31 décembre 1949.

140 Berstein S., Milza P. (dir.), L’année 1947, Paris, Presses de Sciences Po, 2007. De même, dans son histoire de la Guerre froide, George-Henri Soutou affirme : « À la fin de l’année 1947, la Guerre froide était déclarée » : Soutou G.-H., La guerre de cinquante ans. Le conflit Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001, p. 189.

141 Sur la création du Kominform, voir : Pons, S., The global revolution. A history of international communism. 1917-1991, Oxford, Oxford University Press, 2014, pp. 155-167.

142 Lettre de V. Valousek au comité exécutif de la FIFA, 16 avril 1948. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Tchécoslovaquie (1938-1998), dossier : 1939-1950.

143 Sur le Plan Marshall, voir : Schain M. (ed.), The Marshall plan: fifty years after, New York, Palgrave, 2001.

144 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 17 mars 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

145 Cette dernière étant désormais mise au ban par les autres pays communistes. Sur les raisons du schisme, voir Kullaa R., Non-alignment and its origins in Cold War Europe. Yugoslavia, Finland and the Soviet Challenge, Londres, I.B. Tauris, 2012.

146 Sur les tensions italo-yougoslaves autour de la ville de Trieste, voir : Archambault, Fabien, « Le football à Trieste de 1945 à 1954 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 111, n° 3, 2011, pp. 49-58. Et pour une étude davantage basée sur les aspects géopolitiques : Sbetti, N., « Playing at the border of the cold war: the case of the city of Trieste (1945-1948) », dans Vonnard P., Sbetti N., Quin G., Beyond boycotts, op. cit., pp. 17-32.

147 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 3-4 juillet 1939, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1939).

148 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 21 avril 1939. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1939).

149 Lettre I. Schricker à E. Borrero, 28 février 1944. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

150 Lettre de I. Schricker à E. Borrero, 17 mars 1943. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

151 Lettre du secrétaire de la fédération espagnole à I. Schricker, 19 mai 1941. FIFA, FIFA, correspondance avec les associations nationales : Espagne (1935-1963), dossier : 1935-1950

152 Lettre de I. Schricker à E. Borrero, 17 mars 1943. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

153 Lettre de I. Schricker à E. Borrero, 17 décembre 1942. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

154 Lettre de I. Schricker à L. Dupuy, 13 février 1941. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

155 Dietschy P., « Making football global », op. cit, p. 287.

156 Par exemple, la FIFA reçoit en juillet 1942 un versement des associations de la Colombie, de l’Équateur, du Paraguay et du Pérou. Lettre de E. Borrero à I. Schricker, 5 juillet 1942. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

157 Lettre de I. Schricker à E. Borrero, 17 mars 1943. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

158 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, juillet 1942. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

159 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA du 3 juin 1938, n.d. FIFA, XX-XXIV congrès ordinaires (1931-1938, rapport d’activité).

160 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 25 janvier 1941. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

161 En effet, les mandats de la FIFA durent quatre années et comme le dernier congrès a eu lieu en 1938, le dirigeant en déduit qu’en l’absence d’assemblée générale leur mandat est échu en 1942.

162 Lettre de A.N. Matienzo à I. Schricker, 23 juillet 1945. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

163 Helleiner E., Forgotten Foundations of Bretton Woods. International Developments and the Making of the Postwar Order, Ithaca, Cornell University Press, 2014, p. 15.

164 Souamaa N., « L’OIT d’un après-guerre à l’autre : entre modèle universel et régionalisme européen », Les Cahiers Irice, vol. 9, n° 1, 2012, pp. 23-46.

165 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 3 octobre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

166 Anonyme, « Délégué de la Confédération sud-américaine auprès de la FIFA », n.d. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

167 L’idée d’organiser le congrès dans la ville de Lisbonne, un temps évoquée au sein du comité exécutif, afin de faciliter la participation des associations sud-américaines, est finalement abandonnée. Cette décision témoigne sans doute de la volonté de ses dirigeants de répondre aux ambitions sud-américaines. Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 16 octobre 1945. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

168 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 8 juillet 1941. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

169 Brook Hirst A., Rapport annuel du président de la FA (1942-1943), n.d. FA, Minutes and proceedings from June 1943 to June 1945.

170 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 8 juillet 1941. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

171 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 23 novembre 1943. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

172 Sur cette influence voir plusieurs contributions présentes dans : L’Hoeste H.F., Irwin R., Poblete, J., Anker R. (eds.), Sports and nationalism in Latin/o America, New York, Palgrave Macmillan, 2015.

173 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 23 novembre 1943. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

174 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 9 février 1943. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

175 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, 22 août 1941. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

176 Lettre de I. Schricker à R.W. Seeldrayers, 28 juillet 1941. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1943-31 décembre 1946.

177 Compagnon O., « En marge de la guerre ? Les Amériques latines », dans Aglan A., Frank R. (dir.), 1937-1947. La guerre-monde, tomes 1 et 2, Paris, Gallimard, p. 590.

178 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 10-12 novembre 1945, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

179 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, n.d. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

180 Il faut par exemple relever la fondation, en 1948 à Bogota, de l’Organisation des États américains qui a pour but, en effet, de créer des objectifs communs (à cette époque, il s’agit notamment de lutter contre une possible prolifération du communisme). Olivier Compagnon considère cet immédiat après-guerre comme « le climax du Panaméricanisme ». Compagnon O., « En marge de la guerre ? », op. cit., p. 590.

181 Valenzuela L.H., « Fundación de la Confederación Pan-americana de football ». Anonyme, Statuts de la Confédération sud-américaine [édition de 1947]. FIFA, CSF statutes.

182 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de la FIFA du 29 juillet 1948, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

183 Anonyme, « Projecto de reglamento para el primer Campeonato Pan-Americano de football », 26 octobre 1948. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

184 Lettre de C.M. Hoyos et L.H. Valenzuela à J. Rimet, 30 mars 1948. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

185 Anonyme, « Nomina de associaciones afiliadas a la Confederación Pan-Americana de football », 30 mars 1948. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

186 Lettre de I. Schricker au comité exécutif de la FIFA, n.d. FIFA, rapport d’activité durant la guerre.

187 Lettre de C.M. Hoyos et L.H. Valenzuela à J. Rimet, 30 mars 1948. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.