Show Less
Open access

L'Europe dans le monde du football

Genèse et formation de l’UEFA (1930-1960)

Series:

Philippe Vonnard

Comment expliquer la popularité du football à l’échelle européenne ? Une des pistes pour répondre à cette question est d’étudier le rôle de l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui n’a eu de cesse d’agir en vue de renforcer les échanges footballistiques au niveau européen. À partir du dépouillement d’archives inédites, ce livre répond à un vide historiographique en proposant de retracer la genèse et la formation de l’UEFA dans une perspective globale et qui privilégie le long terme. Nous défendons ici la thèse que la mise en place de cette organisation au milieu des années 1950 est un tournant dans l’histoire du football européen.

Trois axes principaux complémentaires sont développés tout au long de cet ouvrage. Le premier traite du rôle de la FIFA (Fédération internationale de football association), puis de l’UEFA dans le développement d’une dynamique européenne du jeu. Le deuxième questionne la possibilité qu’ont les dirigeants du football de créer un organisme qui transcende les barrières de la Guerre froide (à sa fondation, l’UEFA compte une trentaine de pays européens). Finalement, le troisième interroge les raisons de la constitution de l’UEFA durant les années 1950 ainsi que le modèle d’organisation choisi par ses promoteurs.

Show Summary Details
Open access

Chapitre 3. La continentalisation de la FIFA (1949-1953)

Chapitre 3

La continentalisation de la FIFA (1949-1953)

Introduction du chapitre

Ce chapitre, qui couvre la période de 1949 à 1953, a pour but d’étudier la manière dont s’effectue la régionalisation de la FIFA. Car le Groupement des associations européennes de football de la FIFA– renommé UEFA en octobre 1954 – est directement créé après une décision de recomposer le comité exécutif de la FIFA prise lors d’un congrès extraordinaire de la FIFA organisé à Paris en novembre 1953.

Premièrement, nous soulignons qu’au début des années 1950, le contexte du football européen paraît plus favorable que par le passé à la création d’un organisme gérant spécifiquement le football continental. En effet, en dépit d’un arrêt des rencontres entre l’Est et l’Ouest entre 1949 et 1951 à cause de la Guerre froide, le football européen connaît une nouvelle phase de développement. Des projets de compétitions supranationales plus ambitieux pour les clubs sont élaborés, comme celui de la Coupe des Grasshopper de 1952. Par ailleurs, de nouveaux dirigeants d’associations nationales du football européen, dont certains prennent de l’importance au sein de la FIFA (particulièrement Ottorino Barassi, Stanley Rous et Ernst Thommen), estiment qu’il serait bénéfique de discuter de manière commune sur différents sujets (par exemple en vue d’établir un calendrier annuel des matchs de football international). À ce titre, la création d’une organisation continentale pourrait s’avérer opportune et des premières discussions ont lieu à ce sujet au printemps 1952.

Deuxièmement, nous nous focalisons sur la manière dont les délégués présents lors du congrès de la FIFA de 1950 s’accordent pour débuter le travail de réorganisation. Dans cette perspective, nous étudions les différentes positions qui existent au sein de la FIFA sur cette question. Face à cette situation – complexifiée par le contexte tendu de la Guerre froide –, les dirigeants du comité exécutif doivent s’employer, une fois encore, à minimiser l’impact de ces positionnements car ils pourraient venir troubler la bonne conduite de la politique de la FIFA.←193 | 194→

Troisièmement, nous revenons plus précisément sur l’influence des associations sud-américaines dans la réforme de la FIFA. En effet, celles-ci sont à la base de la discussion sur la réorganisation de l’organisation et, tout au long des trois ans que dure le travail sur sa réforme, leurs délégués dans la commission d’étude mise sur pied pour discuter de celle-ci défendent l’idée de créer des groupements continentaux. Finalement, une entente (« le compromis Thommen ») est trouvée avec les associations de l’Europe de l’Ouest lors d’un congrès extraordinaire de la FIFA organisé à Paris en 1953.

3.1. Réorganiser le football européen ?

Dans la première partie des années 1950, les échanges entre les pays européens connaissent un nouveau développement, suivant en cela les initiatives prises dans d’autres sports comme le cyclisme, où l’idée d’un tour cycliste européen est évoquée1, ou le judo, qui voit la création d’une organisation européenne en 1948.

3.1.1. Une nouvelle phase de l’européanisation du jeu

Au début des années 1950, le football européen semble en ébullition, de nombreux projets de compétitions étant lancés. Pour le football des équipes nationales, nous pouvons mentionner la Coupe de la Méditerranée qui, dans le sillage des premiers Jeux méditerranéens de 1951, propose des rencontres entre les équipes nationales B françaises et italiennes et les équipes nationales égyptienne, grecque et turque2. Par ailleurs, il semble que les Britanniques envisagent d’ouvrir le championnat qu’ils disputent entre eux à d’autres associations nationales européennes3.

Au sujet des épreuves pour les clubs, de nouvelles compétitions sont également créées, comme la Coupe latine. Lancée à la fin des années 1940, celle-ci réunit chaque année, dans un mini-championnat disputé pendant une semaine en été, un club espagnol, français, italien et portugais4. En←194 | 195→ outre, de nombreux matchs amicaux internationaux sont organisés, en particulier durant la période estivale. En 1951, l’association anglaise invente le « British festival », joutes qui durent plusieurs jours et qui voient de nombreuses équipes britanniques de tous niveaux s’opposer à des formations issues de plusieurs pays continentaux. Dans ce cadre, il est à relever que des équipes britanniques jouent contre des formations allemandes. En effet, dès la fin des années 1940, s’opère la réincorporation de l’Allemagne de l’Ouest – dont l’État est créé en mai 1949 – dans le giron des relations internationales footballistiques. Il faut dire que, depuis octobre 1948 et les matchs disputés entre trois sélections de villes allemandes (se trouvant dans la zone d’occupation américaine) et suisses5, le comité exécutif de la FIFA est mis sous pression et de plus en plus d’associations nationales militent pour le retour de l’Allemagne au sein de la FIFA. Si le sujet reste sensible, dans les premiers mois de l’année 1949 l’élite de la Fédération internationale commence à sérieusement envisager la réacceptation de la Fédération allemande. Ainsi, le 8 mars, Marc Hauguet, envoyé spécial de France football à Hambourg, relate les propos d’une haute personnalité du football de Hambourg, dont il ne donne pas le nom : « La création d’une Fédération de l’Allemagne de l’Ouest, que nous espérons, pour l’an prochain, sera un premier pas vers la reprise des relations internationales, notre vœu le plus immédiat et le plus cher6 ! » Deux mois plus tard, en date du 6 mai 1949 – soit une vingtaine de jours avant la création formelle de la République fédérale d’Allemagne (RFA) –, le comité exécutif de la FIFA accepte que les associations membres de l’organisation rejouent contre des clubs allemands à la condition d’obtenir l’accord des autorités d’occupation. Cette décision légitime les actions de dirigeants comme Peco Bauwens qui s’attellent, depuis 1948, à recréer une fédération allemande dans les territoires occupés par les Américains, les Anglais et les Français7. Formellement créée en 1950, celle-ci se construit en fait sur les ruines de l’ancienne fédération allemande. Elle en reprend d’ailleurs le nom et Bauwens, dirigeant phare du football allemand de l’entre-deux-guerres, en devient le premier président. Rapidement, plusieurs associations nationales font part à la FIFA de leur souhait de rejouer contre l’équipe←195 | 196→ nationale allemande et une mention en vue de la réintégration du pays est officiellement déposée pour le congrès de 1950 qui doit se dérouler au Brésil. C’est l’association suisse qui soutient cette requête, que les délégués acceptent à une très grande majorité8. Parallèlement, une autre association est admise comme membre de la FIFA : la Sarre. Territoire allemand administré par les forces françaises d’occupation, il dispose d’une certaine autonomie et souhaite donc jouir de la possibilité de présenter une équipe sur la scène internationale9. À noter que la non-présence des pays de l’Est, qui n’ont pas fait le déplacement – suivant en cela la position de l’URSS qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec le Brésil –, facilite le vote puisque, sur la scène internationale, le bloc communiste s’oppose vigoureusement à la division de l’Allemagne10. En novembre de la même année, l’équipe nationale suisse officialise l’incorporation de l’Allemagne de l’Ouest au sein de la FIFA en effectuant le court déplacement jusqu’à Stuttgart, une démarche poursuivie ensuite par d’autres fédérations et notamment par la France, qui reçoit la RFA en 1952.

Cette réintégration des clubs de l’Allemagne de l’Ouest dans les échanges footballistiques internationaux est rapide. Elle constitue un fait important car les acteurs du ballon rond allemand comptent parmi les plus actifs d’Europe depuis l’entre-deux-guerres, ce qui se perçoit notamment au travers de l’ambitieux projet de compétition de clubs présenté par l’entraîneur allemand des Grasshopper Zurich, Willy Treml. Il s’agit de réunir des clubs provenant d’Allemagne, d’Autriche, d’Espagne, de France, d’Italie et de Suisse qui se rencontreraient en matchs aller-retour, sur une durée de deux saisons. Le tournoi comprend un volet financier détaillé, qui permettrait aux participants de rentrer dans leurs frais, voire d’espérer un gain financier sur les matchs disputés à l’extérieur qui s’additionnerait aux recettes des rencontres à domicile11. L’aspect financier du tournoi est très←196 | 197→ important pour les clubs et intéresse particulièrement leurs dirigeants, qui sont à la recherche de fonds supplémentaires. En effet, dans ces premières années de la décennie 1950, le professionnalisme connaît un nouvel essor dans plusieurs pays et les footballeurs espagnols et italiens – pays où le professionnalisme est le plus développé – gagnent désormais d’importantes sommes d’argent. Sous cet angle, la Coupe des Grasshopper répond donc à cette demande. Cette compétition est officiellement lancée en juin 1952 et peut être considérée comme la propédeutique à une future compétition européenne de clubs. Cependant, aucune équipe du bloc de l’Est n’y participe et alors même que, au regard de la composition géographique de l’épreuve et de la mémoire de la Mitropa Cup, nous aurions pu imaginer que des clubs hongrois et tchécoslovaques y prennent part. Cette absence doit se comprendre en raison des tensions dues à la Guerre froide sur la scène internationale. En effet, à la suite du blocus de Berlin de 1948-1949, puis du déclenchement de la Guerre de Corée en 1950, l’opposition entre les deux blocs est extrême. Ce contexte influence directement la conclusion de rencontres entre les pays d’Europe de l’Est et de l’Ouest.

Ainsi, la Coupe internationale, qui avait été relancée en 1946, est arrêtée trois ans plus tard car, comme le note un journaliste de France football en octobre 1950, il est devenu impossible pour les associations d’Europe de l’Ouest d’avoir des contacts assurés avec leurs homologues hongrois et tchécoslovaques12. En fait, si nous exceptons l’équipe yougoslave, dont le pays occupe toujours une position à part dans le bloc des pays communistes, quasiment aucun match Est-Ouest n’est organisé lors des années 1950 et 1951. Un changement commence néanmoins à se produire à partir de l’année 1952. En février, des discussions reprennent au sujet d’une possible relance de la Coupe internationale – décision effective quelques mois plus tard –, les dirigeants hongrois et tchécoslovaques souhaitant à nouveau participer à la joute13. De même, lors du congrès de la FIFA qui se déroule à Helsinki, les congressistes approuvent quasiment à l’unanimité (seuls les délégués de l’Allemagne de l’Ouest s’abstiennent), l’adhésion de l’Allemagne de l’Est à la FIFA. Une année plus tard, la mort de Staline puis la fin de la Guerre de Corée favorisent ce que les historiens ont appelé le « Dégel »14, à savoir l’amélioration progressive des relations Est-Ouest.←197 | 198→

Le football anticipe, certes de manière encore timide, ce renouveau, comme l’illustre le match de la FIFA de 1953. Cette rencontre, mise sur pied sur le modèle des rencontres de 1938 et 1948, oppose l’Europe et l’Angleterre afin de commémorer les quatre-vingt-dix ans de la Football Association. La sélection de l’équipe continentale est confiée à Karel Lotsy, accompagné de deux conseillers techniques, le Français Gaston Barreau et l’Autrichien Walter Neusch, qui choisissent des joueurs provenant uniquement des pays du bloc de l’Ouest. Le comité exécutif de la FIFA les charge de sélectionner les meilleurs joueurs possible15. Cependant, ils vont devoir faire avec certaines réticences, comme celle de la Fédération hongroise qui refuse de mettre à disposition ses meilleurs éléments. Malgré ces désagréments, et comme les précédents matchs de 1938 et 1948, cette rencontre se veut un appel à une réunion des associations européennes. Sous cet angle, la présence de l’exilé hongrois László Kubala dans l’équipe du « Reste de l’Europe », entouré de coéquipiers provenant d’Allemagne de l’Ouest, d’Autriche, d’Espagne, d’Italie, de Suède et de Yougoslavie, ne peut-elle pas être perçue comme un appel à une réunification footballistique Est-Ouest ? Selon Jacques Ferran, le match dépasse d’ailleurs la solennité des rencontres précédentes16. Comme ses devancières, la partie permet à une grande partie de la communauté du football européen de se retrouver. Pas moins de deux cents journalistes font le déplacement à Londres.

Cependant, cette rencontre est quelque peu occultée par la venue dans la capitale anglaise, un mois plus tard, de l’équipe nationale hongroise. Le match entre « l’équipe d’or »17, comme la surnomment de nombreux journalistes, et l’Angleterre constitue assurément le plus haut fait footballistique de l’année 1953. Outre le niveau de jeu des Hongrois (invaincus depuis plus d’une année), c’est aussi le caractère←198 | 199→ politique de la rencontre qui est à souligner. Véritable ambassadrice de son État à l’étranger18, à partir de septembre 1952, l’équipe hongroise effectue de nombreux déplacements par-delà le Rideau de fer et se déplace respectivement en Suède, en Suisse, en Italie et en Autriche. En Angleterre, elle choque le monde du football en devenant la première équipe étrangère à s’imposer contre l’équipe nationale anglaise dans son antre de Wembley19. Au travers de ses nombreux matchs, l’équipe hongroise maintient donc les liens entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, d’autant plus qu’en raison de la qualité de ses joueurs, ses performances sont largement suivies dans la presse spécialisée de nombreux pays européens d’Europe de l’Ouest. La Hongrie est effectivement à la pointe de ces échanges Est-Ouest, comme le souligne également sa participation au tournoi international des juniors.

Créée en 1948 à l’initiative de Stanley Rous, la joute révèle le développement progressif des rencontres internationales pour les jeunes footballeurs. Après une première joute réussie, à laquelle participent huit associations nationales (Angleterre, Autriche, Belgique, Irlande, Irlande du Nord, Italie, Pays-Bas et Pays de Galles), l’organisation du tournoi est reprise par la FIFA, selon le souhait émis par Rous20. L’épreuve reçoit notamment le soutien du président de la FIFA, Jules Rimet. Ce dernier y perçoit tout l’intérêt éducatif mais aussi la possibilité de réunir au travers du football une jeunesse européenne meurtrie par la guerre. Cet objectif est d’ailleurs clairement poursuivi par Rous, comme l’a bien expliqué Kevin Tallec Marston21. Avec sa reprise par la FIFA, la joute connaît une officialisation qui permet d’assurer son développement. Ainsi, au fil des années, de plus en plus de pays européens y participent et le tournoi connaît un fort engouement populaire, les parties étant parfois suivies par des milliers de spectateurs.←199 | 200→

Tableau 10. Pays européens aux tournois internationaux des juniors de 1949 à 1954 (par ordre alphabétique)

image

Légende : X = participation au tournoi.

Excepté le cas de la Hongrie, constatons néanmoins que les pays de l’Est – tout comme les pays scandinaves, où le football des jeunes est moins développé – restent encore en marge de la compétition.

Le développement du tournoi international des juniors n’est pas seulement le révélateur de cette nouvelle phase de développement du football européen, il est aussi le témoin du fait que la FIFA n’est sans doute←200 | 201→ plus forcément l’instance adéquate pour assurer la bonne marche du football continental. En effet, il n’existe pas de commission spécifique devant statuer sur le tournoi des juniors au sein de l’organisme international et, à plusieurs reprises, son secrétaire se plaint des difficultés en termes d’organisation que constitue l’épreuve. Durant l’un des entretiens que nous avons conduits avec lui, le journaliste Jacques Ferran nous a indiqué que la FIFA était « une association totalement sclérosée, qui ne demandait qu’à grandir, qu’à s’affirmer, à jouer un rôle et [qu’elle] ne le jouait pas »22. Au milieu des années 1950, Jacques Ferran est un journaliste dynamique d’une trentaine d’années qui, dans le sillage de ses aînés Jacques de Ryswick, Gabriel Hanot et Jacques Goddet, n’hésite pas à proposer de nouvelles idées dans les colonnes de L’Équipe ou de France football pour dynamiser les échanges footballistiques européens. A contrario, la FIFA est effectivement dirigée par des individus relativement âgés qui paraissent quelque peu essoufflés par leurs années à la tête de la Fédération internationale et qui semblent dépassés par les transformations que connaît alors le football. Hans Bangerter, engagé comme secrétaire adjoint de la FIFA en 1953, nous a signalé que, du haut de ses trente ans, il se sentait à son arrivée dans l’organisation comme un « junior »23 en comparaison avec les autres membres du comité exécutif.

En fait, la Fédération internationale connaît une période de transition et son élite dirigeante commence à se renouveler. Cette transformation favorise une réforme de ses statuts ainsi qu’une réflexion sur la structure de l’organisation, les nouveaux dirigeants ayant en tête de l’adapter au nouveau développement que connaît le football mondial.

3.1.2. La prise d’importance du trio Barassi, Rous, Thommen

Au début de l’année 1950, un changement de taille se produit à la tête de la FIFA puisque le secrétaire Ivo Schricker remet sa démission. À plus de septante ans, il semble fatigué de ses vingt années de travail au sein de la Fédération internationale. Dans un article de France football traitant de la succession du secrétaire général de la FIFA, le journaliste Maurice Pefferkorn se questionne sur son futur remplaçant. Il indique qu’Ottorino Barassi et Stanley Rous, deux dirigeants disposant déjà d’une certaine influence au sein de la FIFA durant l’entre-deux-guerres, pourraient être des candidats palpables en raison de leur forte personnalité et du rôle qu’ils←201 | 202→ jouent dans les différentes commissions de la FIFA depuis la seconde partie des années 1930. Mais, selon le journaliste, aucun des deux hommes n’est vraiment bien positionné pour reprendre le secrétariat de la FIFA : Rous a trop de travail au secrétariat de la Football Association pour pouvoir cumuler les deux fonctions et Barassi n’a pas vraiment le profil du poste étant « un homme d’action et un lutteur »24. Or, ainsi que nous l’avons déjà évoqué, le secrétaire doit être un fin diplomate. Dans son autobiographie, Stanley Rous revient brièvement sur ce moment et indique qu’il discute effectivement avec Arthur Drewry, président de la Football Association et vice-président de la FIFA, en vue d’une éventuelle reprise du poste de Schricker. Toutefois, selon ses dires, il renonce car il devrait quitter ses fonctions de secrétaire de la fédération anglaise en raison de la charge de travail que ce poste implique25. En fait, il semble qu’un certain flou règne autour de la succession de Schricker, comme en témoigne une lettre de Karel Lotsy au futur ex-secrétaire de la FIFA. Hospitalisé durant plusieurs semaines, le dirigeant néerlandais ne peut suivre que de loin les affaires de la Fédération internationale et s’interroge sur la succession de l’Allemand. Si lui non plus n’exclut pas que Barassi ou Rous reprennent le poste, il envoie tout de même la candidature de l’une de ses connaissances, Herman Wilhelm Glerum26. Par ailleurs, cette démarche montre aussi que la succession du secrétaire général est l’occasion pour les dirigeants du comité exécutif de la FIFA de se positionner, notamment pour les plus jeunes membres comme Karel Lotsy et les nouveaux arrivants, tel le Suisse Ernst Thommen, qui seront appelés à gérer les affaires de la FIFA dans le futur. Car les derniers membres de ce que nous pouvons nommer la vieille garde du comité exécutif, incarnée par Jules Rimet et Rodolphe Seeldrayers, sont en fin de carrière.

Or, pour qui souhaite jouer un rôle au sein du comité exécutif de la FIFA, être proche du secrétaire général est une condition sine qua non. Si Barassi et Rous ne se proposent finalement pas pour le poste, la succession de Schricker révèle néanmoins la prise d’importance progressive sur la gouvernance de la FIFA du trio qu’ils forment avec Ernst Thommen. Président de l’association suisse de football, ce dernier prend progressivement de l’importance au sein du football européen depuis la←202 | 203→ fin de la Deuxième Guerre mondiale et joue un rôle non négligeable dans l’affiliation de l’Allemagne de l’Ouest – à ce titre, il est d’ailleurs le premier étranger à recevoir le titre de membre d’honneur du DFB27. Cette position est confirmée par son élection au comité exécutif de la FIFA lors du congrès de Rio de 1950.

Durant plusieurs mois, les trois dirigeants forment un petit comité (nommé « délégation du bureau de la FIFA ») qui agit en parallèle au comité exécutif et qui s’attelle spécifiquement à la gestion administrative de la FIFA. Cette position leur donne des entrées aux réunions de l’élite de la FIFA et ce pour plusieurs années. Signe de leur position privilégiée, un journaliste de France football note en mars 1952 :

« On a été un peu étonnés d’apprendre qu’à la réunion du comité exécutif de la FIFA tenue récemment à Londres, assistaient deux personnalités, certes très importantes du football international, sir Stanley Rous et M. Barassi, qui ne sont cependant pas membres du comité. Ils étaient là comme conseillers. En fait, l’on doit considérer que l’influence qu’ils exercent dans les milieux du football international fait d’eux des membres officieux du comité exécutif. On ne peut négliger leur expérience et leur savoir quand se débattent des questions importantes de la FIFA ».

Afin d’assurer le fonctionnement du secrétariat, et en attendant la nomination d’un futur secrétaire général, les trois dirigeants se répartissent les tâches comme suit : Barassi et Rous se chargent du travail administratif alors que Thommen s’occupera plutôt de trouver le nouveau secrétaire général, choix qui devra ensuite être ratifié par le comité exécutif28.

Plus que sélectionner quelqu’un pour le poste, les trois hommes vont en fait redéfinir les tâches de la fonction et, plus largement, revoir le fonctionnement du secrétariat de la FIFA. Pour eux, le futur secrétaire général devra non seulement assumer toute la responsabilité de la gestion de la Fédération internationale, mais aussi « proposer des idées [et] étudier les questions soumises au comité »29. Barassi propose même que, dans le futur, le secrétaire s’occupe de réaliser des enquêtes auprès des associations sur différents sujets (technique de jeu, professionnalisme, expérience des←203 | 204→ associations). De plus, ils envisagent également l’engagement d’un chef de bureau capable d’épauler le secrétaire. Cette personne devra assurer le suivi des dossiers et, en conséquence, elle se doit de maîtriser les principales langues utilisées au sein de la FIFA (anglais, français et espagnol). Par ces mesures, il s’agit de professionnaliser le secrétariat de l’organisation afin qu’il puisse gérer au mieux le développement croissant du football à l’échelle géographique internationale ainsi que les transformations – notamment médiatiques et commerciales – qui commencent à toucher la Coupe du monde.

En décembre 1950, et en attendant de trouver la personne adéquate, Ernst Thommen propose de placer quelqu’un au poste de secrétaire général de manière provisoire. Il faut dire que le travail est fastidieux et que les trois hommes, en raison de leurs occupations professionnelles respectives, ne peuvent lui consacrer qu’un temps partiel. Comme il le note à ses collègues, Ernst Thommen souhaiterait disposer des « services d’un personnage connaissant à fond le football et les travaux dans un secrétariat pareil »30. C’est pourquoi il a songé à Kurt Gassmann, qu’il a déjà rencontré à ce sujet et qui pourrait travailler en collaboration avec les deux autres employés du secrétariat. Gassmann est effectivement un secrétaire expérimenté qui connaît bien les affaires footballistiques. De plus, il a côtoyé de nombreux dirigeants du football européen puisqu’il a officié, de 1916 à 1942, en tant que secrétaire général de l’association suisse de football, ce qui lui a permis de participer à de nombreux congrès de la FIFA. C’est pendant cette période qu’il semble avoir tissé des liens étroits avec Ernst Thommen31. Sa compétence en matière d’administration est reconnue en dehors des cercles du football, car au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque le CIO cherche à engager un nouveau chancelier (secrétaire général), il lance une enquête pour savoir si Gassmann pourrait être un bon candidat. Les conclusions de celle-ci soulignent son profil international ainsi que son honnêteté et son sérieux ; il est ajouté que c’est un administrateur digne de confiance32. Gassmann dispose donc d’un profil proche de celui de Schricker et s’inscrit dans une certaine←204 | 205→ continuité avec l’ancien secrétaire général. Barassi et Rous se montrent très satisfaits avec la proposition de Ernst Thommen, en indiquant toutefois qu’il leur paraît « utile et nécessaire que M. Gassmann [soit] présent tous les jours au bureau »33. Finalement, après quelques mois de discussions et malgré les dizaines d’offres reçues pour le poste de secrétaire général, les trois hommes décident de continuer de collaborer avec le Suisse et de le proposer comme secrétaire général de la FIFA au comité exécutif. Cette solution est ratifiée par l’élite dirigeante de la Fédération internationale, qui accueille la proposition avec satisfaction34.

Avec la nomination de Kurt Gassmann, le trio Barassi-Rous-Thommen réussit à placer une personne de confiance à un poste clé de la Fédération internationale. De plus, les trois hommes sont certains d’avoir sa loyauté car cette nomination à la FIFA permet à Gassmann de reprendre une place dans le football international après une période relativement longue d’inactivité. En effet, durant la décennie précédente, Gassmann avait été mis sur la touche par les autorités du football suisse. En conséquence, la fonction de secrétaire général de la FIFA est pour lui une occasion de revenir sur le devant de la scène et de finir sa carrière d’administrateur sportif en beauté. Sous l’impulsion du nouveau secrétaire général, et comme l’avait souhaité le trio Barassi, Rous, Thommen, le secrétariat de la FIFA va se professionnaliser. Désormais, les documents officiels (les procès-verbaux des commissions et congrès ainsi que les circulaires) sont plus standardisés et précis, les dates de rédaction et le nom de l’auteur étant par exemple le plus souvent indiqués. De même, une modernisation de l’équipement intervient puisque, dès sa prise de fonction, Gassmann demande à acquérir du matériel neuf et en phase avec l’époque (machines à écrire et meubles de bureau). Il s’agit également de transmettre davantage d’informations aux associations nationales et l’idée de relancer un bulletin officiel ressurgit. Le but de cette publication, qui se concrétise quelques mois plus tard sous le titre de Bulletin de la FIFA, consiste à « publier toutes les décisions importantes et d’un caractère général, ainsi [qu’à] renseigner les associations sur le travail et les intentions des organes de la FIFA »35.←205 | 206→

Autre changement de taille, Gassmann et Thommen s’attellent à trouver un siège pour la FIFA. En effet, le nouveau secrétaire général se plaint rapidement de l’étroitesse des bureaux de la Bahnhofstrasse36. Dès lors, au regard de l’activité croissante de l’organisation, les locaux existants commencent à devenir exigus, en particulier en matière de classement de documents. Si le sujet est discuté à plusieurs reprises au sein du comité exécutif, il semble difficile de trouver un lieu approprié (notamment en raison des coûts élevés de l’achat d’un immeuble). Des visites sont organisées dans la région zurichoise, mais également dans d’autres villes suisses comme Berne et Genève. En date du 25 septembre 1954, alors que la situation n’a pas évolué, Gassmann rappelle aux membres du comité d’urgence « l’état décidément insuffisant des bureaux actuels »37. Quelques semaines plus tard, suite à une proposition d’Ernst Thommen et du secrétaire, le comité exécutif « décide à l’unanimité d’acheter la propriété Hitzigweg 11 à Zurich »38. Après plus de trois ans de discussion, la FIFA s’apprête donc à disposer d’un siège, qui devient opérationnel dans le courant de l’année 1955.

Enfin, dernier volet, l’engagement d’un secrétaire adjoint. Comme le note Kurt Gassmann dès sa prise de fonction, il faut que le travail puisse continuer en cas de maladie ou de vacances du secrétaire général. Ainsi, avant le congrès d’Helsinki de 1952, Thommen répond aux appels répétés du secrétaire en lui déléguant momentanément un employé du Sport Toto – l’organisme officiel de paris sportifs en Suisse – où il officie comme directeur, afin de l’aider à répondre à la charge de travail. Le dirigeant helvétique joue ensuite à nouveau les hommes providentiels puisqu’il « signale qu’une personne qualifiée serait disponible »39. Cet adjoint sera Hans Bangerter. Le Bernois, interrogé par nos soins, ne s’est pas montré très précis sur les raisons de son arrivée à la Fédération internationale, et a simplement indiqué : « J’avais travaillé à l’école fédérale de sport à Macolin, je me suis occupé des relations internationales surtout. Et j’ai←206 | 207→ reçu évidemment les personnalités étrangères pour visiter Macolin et c’est là où j’ai fait la connaissance de dirigeants, notamment du foot et de la FIFA, et ils m’ont demandé de [venir] à la FIFA. C’est comme ça que j’ai commencé40. »

Tous ces éléments indiquent que le trio Barassi, Rous et Thommen, accompagné de Kurt Gassmann, tente de moderniser la FIFA pour que sa structure soit adéquate au développement croissant du football mondial. En fait, la prise d’importance des trois dirigeants révèle plus globalement qu’une transition générationnelle est en train de se produire à la tête de la Fédération internationale. En effet, les dirigeants qui officiaient dans le comité exécutif durant les années 1930 se font de plus en plus rares et renoncent progressivement à leur fonction.

Le président Jules Rimet, par exemple, voit son aura au sein de la FIFA diminuer. En 1949, un « Hiroshima du football »41 s’est déjà produit lorsqu’il perd le poste de président de la Fédération française qu’il occupait depuis trente ans. Dans la première partie des années 1950, il connaît de sérieux problèmes de santé. Dès lors, s’il est tout de même reconduit pour un énième mandat pendant le congrès de 1952, à quatre-vingts ans, il est de plus en plus distant des travaux du secrétariat et informe d’emblée l’assemblée qu’il cessera ses activités en 1954. À ses côtés, Seeldrayers semble, lui, harassé tant par son travail professionnel que par la position qu’il occupe au Comité olympique depuis 1945, comme il l’indique dans plusieurs correspondances à Kurt Gassmann. De plus, il est plongé dans une affaire qui l’oppose à l’Union belge42 et qui nuit sans aucun doute à sa crédibilité. Enfin, lors du congrès de 1952, Barassi remplace son compatriote Giovanni Mauro, qui renonce à ses activités au sein du comité exécutif pour cause de maladie. Désormais, seul Karel Lotsy y a officié durant l’entre-deux-guerres. Une page semble donc progressivement se tourner au sein de l’élite de la FIFA.

Mais l’idée des nouveaux hommes forts n’est pas de tout révolutionner. D’ailleurs, ils entretiennent une certaine proximité avec plusieurs de leurs aînés qu’ils côtoient depuis les années 1930. Ainsi, Barassi et Mauro sont des amis proches. De même, Thommen semble bien s’entendre avec Seeldrayers, comme le montre une lettre de 1955 où le dirigeant belge←207 | 208→ mentionne : « Quel dommage que tu n’aies pas pu venir à Londres. Tu aurais vu le vendredi soir au terrain de l’Arsenal une fantastique exhibition de Stanley Matthews43. » De plus, sociologiquement parlant, les nouveaux dirigeants ressemblent sous plusieurs aspects à leurs prédécesseurs. Premièrement, comme eux, ils disposent d’un important capital footballistique puisqu’ils bénéficient d’une longue trajectoire dans le domaine footballistique, comme joueurs (pour Thommen) et arbitres (pour Barassi et Rous). En outre, ils ont une trajectoire institutionnelle analogue puisqu’ils occupent préalablement des fonctions de direction au sein de leur fédération nationale respective pendant de nombreuses années. Barassi est secrétaire général de la Fédération italienne et participe activement à l’organisation de la Coupe du monde de 1934. C’est un des plus importants dirigeants du football italien sous le fascisme. Après la chute de Mussolini, il va œuvrer à remettre en place une fédération italienne de football, dont il devient le président. Comme nous l’avons déjà indiqué, Rous est le secrétaire général de la puissante Football Association depuis 1934 et s’active en vue du retour des associations britanniques dans le giron de la FIFA après la Deuxième Guerre mondiale. Thommen quant à lui est délégué puis président de la puissante branche des ligues inférieures au sein de l’association suisse de football. À ce titre, il élabore, à la fin des années 1930 le « Plan Thommen », qui consiste à réorganiser les échelons inférieurs du football helvétique. Durant les années 1940, il prend du grade et, après y avoir officié en tant que vice-président, il accède au poste de président de l’association suisse de football en 1947.

Deuxièmement, des dirigeants comme le trio Barassi, Rous et Thommen ont aussi un capital cosmopolite bien développé. Tout d’abord, par l’entremise du ballon rond, ils ont eu l’occasion d’effectuer de nombreux voyages et sont rôdés aux us et coutumes du football international. Si Rous ne maîtrise que l’anglais, Barassi peut jongler avec l’italien, le français et l’anglais. Outre l’allemand qui est sa langue maternelle, Thommen peut également s’exprimer aisément dans la langue de Shakespeare et en français. Il y a indéniablement chez eux une posture transnationale qui se développe au fil des années avec leur investissement dans le jeu. C’est après la Deuxième Guerre mondiale, dans le contexte de relance des activités du football européen, qu’ils se montrent très actifs. Barassi prend par exemple part à la création et au développement de différentes épreuves←208 | 209→ supranationales44. Comme nous l’avons indiqué, Stanley Rous joue un rôle important dans la mise en place du tournoi international des juniors. Dans un texte publié en 2007 sur Ernst Thommen, Heidrun Homburg a décrit le dirigeant helvétique comme un acteur mû par la volonté de développer le football à l’échelle internationale45. Dans son papier, elle insiste en particulier sur ses actions en vue d’organiser la Coupe du monde de 1954 en Suisse ainsi que sur les fonctions que le dirigeant bâlois prend au sein du comité exécutif de la FIFA au début des années 1950.

Troisièmement, Barassi, Rous et Thommen évoluent également dans des milieux libéraux. L’Italien et le Suisse font des études d’ingénieur, le premier dirigeant ensuite une société industrielle de sidérurgie alors que le second travaille au département de construction de la ville de Bâle de 1921 à la fin des années 1930, avant de prendre la direction du Sport Toto. Quant à Rous, il suit une formation d’enseignant, puis professe durant quelques années avant d’entrer à la Football Association comme secrétaire général.

Si les différents éléments avancés ci-dessus montrent une certaine continuité avec leurs aînés, les trois dirigeants se démarquent néanmoins de leurs prédécesseurs sur quelques points. Tout d’abord, ils sont plus ouverts à la commercialisation du football. Il ne s’agit certes pas de laisser ce sport aux mains des industriels, mais plutôt de davantage coopérer avec eux afin de développer le jeu. Par exemple, ils estiment que les paris sportifs pourraient permettre de financer l’activité footballistique des associations et commencent à envisager la création de nouvelles épreuves. Par ailleurs, ils soutiennent l’idée qu’il faut faire une distinction plus nette entre le football amateur et le football professionnel. Si le premier doit retenir l’attention des fédérations nationales au détriment du second, il s’agit néanmoins de s’assurer d’un haut niveau de jeu dans les compétitions, et ce dans le but d’attirer du public. En ce sens, il est nécessaire que ce soit surtout les meilleures équipes qui participent aux épreuves, vision qui va à l’encontre de celle universaliste qu’a toujours prônée Jules Rimet. Or, lors de la Coupe du monde jouée au Brésil en 1950, Rous n’hésite pas à indiquer au journaliste Jacques De Ryswick qu’il faut revoir la formule du tournoi car « faire accomplir 20 000 kilomètres à une équipe comme celle de la Suisse pour jouer deux matches et s’en retourner chez elle,←209 | 210→ c’est absolument illogique »46. Il préconise ainsi des éliminatoires dans chaque continent ainsi qu’une réduction du nombre de matchs dans la phase finale. C’est notamment ce qui est envisagé pour la Coupe du monde de 1954 pour laquelle Ernst Thommen officie en qualité de président du comité d’organisation. En effet, un journaliste de France football note que « l’épreuve de qualification semble devoir être très vaste, sinon décourageante pour quelques-uns. Mais l’on serait assuré ainsi de n’avoir en Suisse que l’élite du football mondial »47. De par leurs actions, les trois dirigeants accompagnent et encouragent la nouvelle étape de professionnalisation du jeu qui se produit dans les années 1950.

Enfin, ils se démarquent de leurs aînés, et notamment de Rimet et Seeldrayers, par leur vision de la structure de la FIFA. Dans l’édition du Handbook de l’UEFA de 1963, Stanley Rous revient sur cet aspect et indique que lui et plusieurs de ses collègues (il ne précise toutefois aucun nom) sont, au début des années 1950, « d’avis que des changements parmi les membres et dans la constitution du Comité exécutif de la FIFA [s’avèrent] nécessaires étant donné qu’un plus grand nombre de pays [sont devenus] indépendants et [ont quitté] par conséquent l’association nationale à laquelle ils appartenaient auparavant »48. Modifier la structure de la FIFA en créant des organismes continentaux permettrait de répondre aux revendications des dirigeants sud-américains, dont Barassi et Rous sont relativement proches. Mais ils souhaitent aussi réformer l’organisation afin de préserver l’hégémonie des Européens en son sein. Or leurs idées ont d’autant plus de chances d’être entendues que, au regard de leurs fonctions et actions de longue date dans le football européen, les trois hommes disposent d’un capital relationnel étendu49.

Nous pouvons donc considérer que le trio Barassi, Rous et Thommen se situe à la croisée entre deux générations de dirigeants du football européen. D’un côté celle des dirigeants plus âgés comme Mauro, Rimet et Seeldrayers, voire des acteurs encore actifs mais qui n’officient pas officiellement dans les arcanes du comité exécutif de la FIFA, comme Bauwens ou Delaunay. De l’autre côté, celle de dirigeants plus jeunes qui officient dans l’élite de la FIFA, comme Lotsy – et Andrejevic qui←210 | 211→ y reviendra en 1954 – et d’autres qui commencent à être actifs lors des assemblées générales de la Fédération internationale, à savoir les Belges François Meert et José Crahay, le Danois Ebbe Schwartz, le Grec Constantin Constantaras ou encore le Suisse Gustav Wiederkehr. Au regard de leur position d’agents de liaison, Barassi, Rous, Thommen vont notamment œuvrer, au printemps 1952, à créer de nouveaux rapprochements entre les dirigeants européens.

3.1.3. La mise sur pied d’un « petit Conseil de l’Europe du football »

Dans un article de France football paru en avril 1949, Ottorino Barassi évoque l’idée de créer une « Confédération européenne »50 qui pourrait, entre autres, gérer une épreuve continentale pour les sélections nationales. Cette idée semble s’inspirer du modèle sud-américain et germe sans doute dans la tête de Barassi en raison des nombreux voyages qu’il effectue pour son travail en Amérique du Sud51. Trois ans plus tard, le dirigeant va développer plus précisément son projet. Profitant des discussions autour de la réorganisation de la FIFA sur laquelle nous allons revenir ultérieurement, dans le courant de l’hiver, Barassi entretient des discussions informelles avec des collègues belges et français. En mars, ceux-ci décident de s’arrêter sur une attitude commune à adopter lors du congrès de la FIFA de 195252. Par ailleurs, et au regard de l’importance du sujet, les associations nationales belge, française et italienne pensent qu’il faudrait organiser une discussion plus générale avec d’autres fédérations nationales européennes pour évoquer la possible réforme de la Fédération internationale. Pour ce faire, il est décidé qu’ils actionnent leur réseau. Ainsi, les Belges entreront, par exemple, en liaison avec leurs homologues néerlandais et luxembourgeois. À la suite de la réunion franco-italo-belge, le vice-président de l’Union belge, François Meert précise à ses collègues du comité exécutif que l’idée de créer une coalition←211 | 212→ supranationale « s’avère d’une grande utilité, tenant compte que les fédérations américaines se sont groupées en une entente semblable et forment un bloc homogène dont les délégués assistent au congrès avec mandat impératif »53.

C’est à la suite de ces discussions préliminaires qu’Ottorino Barassi prend l’initiative de convoquer une assemblée entre plusieurs fédérations européennes qui se tiendrait le 22 avril 1952 à Genève54. Fait important, le dossier présenté par le dirigeant italien à ses collègues européens ne contient pas seulement des informations sur la réforme de la FIFA mais également des éléments additionnels par rapport à ce qui avait préalablement été discuté avec les dirigeants belges et français. Ainsi, le bureau fédéral de la Fédération française note que la proposition de Barassi « diffère par son caractère et le nombre des pays invités à y participer de l’initiative qui avait été prise à Paris »55. L’Union belge mentionne aussi le changement au travers de son comité exécutif, qui souligne que l’objectif de la future réunion « a considérablement évolué depuis le moment où celle-ci fut envisagée »56. Barassi semble donc avoir profité des discussions sur la réforme de la FIFA pour lancer une concertation générale sur l’établissement d’une confédération européenne de football.

Sans doute en raison de l’ambition du projet, les différentes associations concernées décident d’ajourner la réunion préalablement prévue le 22 avril et de la reporter à la fin mai. Ce laps de temps doit permettre de mieux étudier les propositions de Barassi. Quelques jours avant la réunion, qui est finalement fixée à Zurich le 28 mai, l’Italien envoie un nouveau courrier dans lequel il précise ses idées. Dans sa lettre d’accompagnement, l’Italien mentionne les droits particuliers déjà reconnus à certains groupements au sein de la FIFA – notamment les places réservées de vice-présidents dans le comité exécutif pour les associations sud-américaines et britanniques ainsi que pour l’URSS. Par ailleurs, il note qu’il y a un risque que des groupements continentaux se développent à l’avenir dans d’autres continents (comme en Asie), ce qui entraînerait une position délicate pour les associations qui resteraient←212 | 213→ isolées. Il souligne que, parmi celles-ci, il y a celles de l’Europe « qui ont pratiquement fondé la FIFA, en lui donnant soit des moyens financiers soit une activité continuelle [et] finiront par rester sans autorité et sans droits si la tendance des autres à se grouper devait augmenter »57. Cette situation doit donc pousser les dirigeants européens à réagir et, peut-être, à créer un organisme défendant leurs intérêts au sein de la Fédération internationale. Enfin, il s’agit aussi de prendre en compte les récents développements du football international. La FIFA devenant une organisation mondiale58, il apparaît de plus en plus délicat qu’elle puisse traiter de sujets concernant le football au niveau européen. De plus, créer un groupement continental aurait donc comme avantage de régler des problèmes qui ne peuvent pas trouver une solution au sein de la FIFA mais qui, au contraire, pourraient « en trouver une satisfaisante dans un Groupement de fédérations géographiquement proches, avec une remarquable affinité de conditions de vie et mœurs »59. En outre, Barassi estime qu’une telle entité permettrait l’élaboration de projets communs du point de vue technique (arbitrage, entraînement), social (hygiène, santé), moral (amateurisme et professionnalisme) et organisationnel (calendrier international, tournoi européen). L’idée est ambitieuse et se calque assurément sur l’exemple de la Confédération sud-américaine, qui est alors la seule organisation qui ressemble au modèle proposé par le dirigeant italien. Ce dernier mentionne néanmoins que la future entité devra bien entendu collaborer avec la Fédération mondiale et qu’il s’agit de la placer sous l’égide de la FIFA.

Ottorino Barassi souligne la nécessité de coopérer avec la FIFA, il semble que des dirigeants majeurs de la Fédération internationale, comme le montre l’exemple de Rodolphe Seeldrayers, ne sont mis au courant que tardivement de cette réunion des associations européennes. En effet, dans une note adressée à Kurt Gassmann le 16 mai 1952, Seeldrayers indique qu’il ignorait que Barassi avait pris cette initiative à laquelle d’ailleurs il ne participera pas afin de garder la neutralité qui sied à sa fonction de président de la commission de réorganisation. Toutefois, il espère que d’autres dirigeants sauront modérer la teneur des débats. À ce titre, il note : « Je pense que Rous fera du bon travail dans la coulisse et [il] compte sur Crahay [le secrétaire de la Fédération belge] pour exercer une action←213 | 214→ modératrice »60. Toutefois, à la vue des positions que vont occuper ces deux dirigeants dans les discussions, il semble que Seeldrayers n’est pas mis au courant de toutes les confidences sur le sujet.

Si Barassi semble notamment influencé dans ses démarches par le modèle de la Confédération sud-américaine, dans quelle mesure est-il aussi marqué par le contexte ambiant de la construction communautaire, qui prend une nouvelle tournure en ce printemps 1952 ? En effet depuis les années 1948-1949, des actes de coopération existent entre les pays de l’Europe de l’Ouest dans le domaine économique et militaire61. En 1949, celle-ci prend une nouvelle forme avec la mise en place du Conseil de l’Europe, qui a pour but premier « de réaliser une union plus étroite entre ses membres afin de sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine commun et de favoriser leurs progrès économiques et sociaux »62. Malgré des difficultés dans la mise en route de cette organisation – dues au fait que « le Conseil de l’Europe tel qu’il est né à Londres ne fait de loin pas l’unanimité des parlements nationaux des pays fondateurs »63 –, d’autres actions sont entreprises par des promoteurs de l’Europe au début des années 1950. Il s’agit notamment du lancement d’un ambitieux projet visant à établir une Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) entre l’Allemagne et la France, à laquelle participeraient également les pays du Benelux et l’Italie64.

Cette proximité entre les démarches visant à la mise sur pied d’une conférence européenne du football et la création de la CECA est soulignée par Jürgen Mittag, qui pointe par ailleurs le fait que ces deux projets sont portés par des acteurs provenant des mêmes pays65. En fait, les liens entre le domaine du football européen et la politique européenne←214 | 215→ semblent plus étroits que nous pourrions le penser. Tout d’abord, la presse sportive se fait volontiers l’écho des projets européens en cours et avance même des idées de collaborations. En 1950, France football note ainsi que Strasbourg, en tant que ville d’accueil du siège du Conseil de l’Europe, pourrait être le lieu d’organisation d’un championnat d’Europe interclubs66. Parallèlement, des acteurs politiques envisagent d’utiliser le football comme un vecteur possible de propagande de leurs idées. Ainsi, à l’été 1952, le « Mouvement européen » pense à organiser des rencontres de football à l’échelle continentale67. Toutefois, de tels projets doivent trouver l’approbation des dirigeants des associations nationales de football. Or ceux-ci sont plutôt réticents à accepter de les cautionner car, comme l’argumente l’Union belge – qui refuse que ses clubs participent à des matchs patronnés par le « Mouvement européen » –, il n’est pas question de participer à des joutes organisées par une entité à « tendance politique »68. En ce sens, si ce contexte de coopération européenne a pu influencer l’action de Barassi, nous pouvons aussi émettre l’hypothèse que ces démarches en vue de rapprocher les associations nationales européennes de football n’ont pas uniquement comme but de développer les relations footballistiques continentales, mais qu’elles peuvent aussi avoir comme objectif de consolider le monopole des associations nationales en matière d’administration du jeu. Pour le dire autrement, l’existence d’un organisme footballistique européen aurait pour avantage de disposer d’un porte-parole du football continental vis-à-vis des autres organismes européens alors en construction.

La réunion entre les associations européennes se tient bien à la fin mai 1952 à Zurich et coïncide avec la rencontre qui se dispute entre la Suisse et←215 | 216→ l’Angleterre, à laquelle les congressistes assistent et qui permet de continuer les discussions dans un cadre plus informel. Relevons que si le courrier d’invitation est écrit par Barassi, c’est Ernst Thommen qui se charge de la logistique de la réunion. Cette action révèle que ce projet est en fait pensé de manière simultanée par plusieurs dirigeants du football européen, et en premier lieu par le trio Barassi, Rous et Thommen. Quelques heures avant la première réunion, le journaliste français Maurice Pefferkorn mentionne que le but essentiel de celle-ci est « de créer un embryon de Fédération européenne destiné à faire front à la coalition des Fédérations américaines »69.

Si Pefferkorn parle de fédérations européennes – propos repris dans les différents livres commémoratifs de l’UEFA –, il s’agit en fait d’une réunion des associations de l’Ouest de l’Europe uniquement. En effet, sont présents sur les bords de la Limmat (par ordre alphabétique) : Angleterre, Autriche, Allemagne, Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Italie, Luxembourg et Suisse70. À noter que le Danemark parle au nom des associations scandinaves (Suède, Norvège et Finlande) tandis que la Suisse représente également l’Écosse, l’Espagne, le Portugal et la Yougoslavie. Au stade de nos recherches, il est difficile de savoir pourquoi les associations d’Europe de l’Est ne prennent pas part aux discussions. Dans le Handbook de l’UEFA de 1963, José Crahay précise que les associations nationales invitées sont celles qui ont préalablement « donné leur accord de principe lors des conversations préliminaires [tenues] avec M. Barassi »71. Entre les lignes, le dirigeant belge donne un autre indice puisqu’il signale que c’est durant ses voyages avec l’équipe nationale italienne que Barassi a évoqué son projet à plusieurs de ses collègues européens. Or, depuis le début des années 1950, l’équipe d’Italie ne joue aucune rencontre contre une équipe de l’Europe de l’Est – hormis un match contre la Yougoslavie en 1951. De fait, les possibilités d’échanges autour du projet entre le dirigeant transalpin et des membres de ces pays semblent plutôt réduites. En conséquence, les discussions initiales entre les dirigeants du football européen suivent les lignes de fracture du contexte politique de la Guerre froide et concernent avant tout des pays de l’Europe de l’Ouest. Malgré l’absence des associations du bloc communiste, la réunion propose déjà une configuration européenne élargie, en comparaison avec les six pays qui forment la CECA. Les journalistes de France football ne s’y←216 | 217→ trompent pas et décrivent d’ailleurs l’assemblée comme un « petit Conseil de l’Europe du football »72.

Durant le premier jour, les congressistes discutent avant tout de la réforme de la FIFA. Afin d’avancer sur le projet, une commission permanente est créée, composée de l’Italien Barassi, du Belge Crahay et du Français Delaunay. Celle-ci permet de pérenniser les échanges et implique qu’un travail de fond va être conduit dans les prochaines semaines vis-à-vis du nouveau projet de statuts présenté par le comité exécutif FIFA et devant être discuté lors du congrès de 1952. Ces trois dirigeants sont choisis car ils sont à la base du mouvement et ont, en outre, l’avantage d’avoir été – c’est le cas de Barassi – ou d’être encore – c’est le cas de Crahay et Delaunay – secrétaires de leur association nationale respective ; il s’agit donc de dirigeants aguerris à la rédaction de dossiers. Enfin, à eux trois, ils sont capables d’écrire dans plusieurs langues, en particulier l’anglais, l’allemand et le français, ce qui facilitera les échanges avec les associations nationales. Il est donné pour mission aux trois dirigeants de coucher sur papier les remarques des associations européennes sur le projet de statuts de la FIFA préparé par la commission de réorganisation. Sur ce sujet, l’assemblée zurichoise semble avoir été bénéfique puisque des accords sont trouvés entre les associations européennes participant au projet et qu’il est décidé de fixer une nouvelle réunion quelques jours avant le congrès d’Helsinki. Par contre, l’idée proposée par Barassi de créer une confédération européenne de football, qui est discutée dans la matinée du deuxième jour73, ne fait pas forcément consensus. Quelques jours après la réunion, le comité exécutif de l’Union belge constate que « le principe de la création d’une entente européenne (ou d’une amicale des fédérations européennes) n’est pas encore définitivement mis au point »74. L’idée de créer un organisme continental reste donc en latence. Sans doute que les dirigeants présents estiment qu’une telle démarche est prématurée et préfèrent donc attendre la tournure que prendra la réorganisation de la FIFA avant de se prononcer sur cette question.

L’éventualité de fonder un organisme européen du football est à nouveau discutée lors de la nouvelle assemblée qui se déroule en date du 27 juin 1952 à Paris. Ce sont cette fois dix-huit dirigeants qui sont présents dans la capitale française, représentant onze organisations←217 | 218→ nationales (Allemagne de l’Ouest, Belgique, Écosse, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suisse et Yougoslavie ; l’Angleterre et l’Autriche se sont excusées). Contrairement à la première réunion, la Yougoslavie est présente, ce qui rappelle sa position à part au sein du bloc communiste. La continuité avec la première assemblée est respectée et nous constatons que la grande majorité des dirigeants qui vont jouer un rôle majeur dans le football européen de la seconde partie des années 1950 sont là (par ordre alphabétique) : Andrejevic, Barassi, Crahay, Delaunay, Graham, Lotsy, Meert ou encore Wiederkehr. Ernst Thommen ne peut participer aux débats, mais il envoie un petit mot à l’assemblée en vue d’encourager la poursuite des discussions entamées à Zurich75. Par ailleurs, l’assemblée convoque aussi des dirigeants plus âgés que nous pouvons considérer comme des « revanchards », tels Bauwens ou Delaunay76. Si les associations du bloc de l’Est ne participent pas aux discussions, il n’est pas à exclure qu’elles n’aient tout simplement pas répondu à l’invitation envoyée puisque, dans le procès-verbal de la réunion rédigé par le délégué suisse, Helmut Käser, il est indiqué que plusieurs associations ne se sont pas manifestées suite au courrier envoyé le 20 juin par Ottorino Barassi.

Lors de l’assemblée, les dirigeants présents se mettent d’accord pour défendre une vision européenne du nouveau projet de statuts de la FIFA. C’est à la commission permanente, formée de Barassi, Crahay et Delaunay, qu’échoit la rédaction finale de ce texte, intitulé « Projets d’additifs ou d’amendements aux derniers projets de modifications aux statuts et règlements élaborés par la commission d’étude de la FIFA »77. Celui-ci est ratifié par les dix-huit associations européennes78.←218 | 219→

Figure 2. Pays ayant ratifié la proposition de modification des statuts de la FIFA

image

Légende : en gris, pays co-signataires de la proposition européenne de modification des statuts.

Les actions entreprises entre la fin mai et la fin juin par les dix-huit associations européennes marque un changement dans la manière d’aborder les congrès de la FIFA, une voix européenne semblant désormais pouvoir se créer à cette occasion. Ce type d’action semble d’ailleurs amené à perdurer puisque dans la lettre qui accompagne le document écrit par la commission permanente, Barassi mentionne qu’une prochaine réunion est d’ores et←219 | 220→ déjà fixée le 22 juillet suivant79, soit en marge des sessions du congrès de la FIFA. En mai-juin 1952, plusieurs associations européennes décident donc d’entamer une coopération. Par contre, leurs délégués présents aux réunions n’ont pas souhaité créer une organisation. Dans le petit mot qu’il adresse à ses collègues présents à Paris, Ernst Thommen résume bien le sentiment général. En effet, le dirigeant helvétique affirme son soutien à l’idée de former un groupement de fédérations européennes, afin de sauvegarder les intérêts des associations nationales du Vieux Continent. Il souligne néanmoins que la FIFA :

« Doit rester une entité regroupant des associations nationales et si une entente d’associations nationales continentales peut permettre de multiplier les échanges sur les discussions d’ordre interne, ce qui ne manquera pas de fortifier la FIFA, il ne faut pas se hâter sur la question, car le risque serait in fine de donner à cette entente un sens ou une direction qui ne serait pas voulue.80 »

C’est pourquoi le dirigeant suisse préconise la création d’une « Entente », ce qui a pour avantage de permettre une réunion entre des associations ayant des intérêts communs, sans pour autant sceller une alliance trop ferme. Cette vision est finalement partagée par Barassi qui, quelques jours plus tard, écrit au secrétaire de l’association suisse que les deux réunions de Zurich et Paris ont eu un « caractère amical et pas du tout impératif »81.

Si les dirigeants d’Europe de l’Ouest n’entérinent donc pas l’idée de créer un groupement continental, les réunions de Zurich et Paris, puis d’Helsinki à la veille du congrès de la FIFA de 1952, sont cependant à souligner. En effet, elles engagent une nouvelle manière de procéder, à savoir la convocation d’une assemblée élargie entre les associations européennes d’Europe de l’Ouest afin de discuter des sujets relatifs aux congrès de la FIFA, et plus largement des problèmes du football européen. Comme nous allons le voir, ce procédé va se répéter dans le futur et notamment à la veille du congrès extraordinaire de la FIFA de 1953. Car le facteur décisif qui va finalement permettre à terme la création d’une←220 | 221→ entité européenne va se jouer au sein de la Fédération internationale et doit être mis en perspective avec la réforme de sa structure.

3.2. Entre internationalisation et Guerre froide

La volonté de régionaliser – ou décentraliser – la Fédération internationale n’est pas nouvelle et nous avons déjà indiqué que les associations sud-américaines font part de ce souhait dès les années 193082. La coalition entre les associations d’Amérique centrale et du Sud et l’ouverture progressive à une décentralisation de la FIFA chez des dirigeants comme Barassi, Rous et Thommen forment un contexte favorable pour débuter un travail en vue d’une réforme des statuts de l’organisation. S’ajoute à ces éléments l’internationalisation croissante que connaît la FIFA après la Deuxième Guerre mondiale, qui rend son administration plus délicate et plaide pour une adaptation de sa structure.

3.2.1. Une deuxième phase de mondialisation

Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la FIFA connaît une nouvelle phase de mondialisation due en premier lieu à la décolonisation83. Les nouveaux pays indépendants souhaitent participer activement aux travaux des organisations internationales et l’une de leurs premières actions est de demander leur adhésion à l’Organisation des Nations unies. Dans la même perspective, et en raison de la place désormais incontournable prise par le sport sur la scène internationale, ils demandent à incorporer les organisations sportives internationales, et en premier lieu le CIO et la FIFA. Entre 1946 et 1950, cette dernière connaît une forte croissance de ses membres avec l’adhésion d’une vingtaine de nouvelles associations, dont seize sont extra-européennes84. Sur les quatorze associations extra-←221 | 222→européennes qui entrent à la FIFA, sept proviennent d’Asie – huit, si nous y intégrons, comme les dirigeants de l’époque, la Nouvelle-Zélande –, trois d’Amérique centrale, deux d’Afrique et une d’Amérique du Nord. En moins de cinq ans, le nombre d’associations membres de la FIFA augmente ainsi de près de 30 % pour se fixer au nombre de septante et un. Le territoire de l’organisation s’étend de plus en plus en dehors de l’Europe et, signe de cette extension géographique, un premier congrès est organisé hors du Vieux Continent. Il se tient à Rio de Janeiro au Brésil en 1950, durant la Coupe du monde. De même, l’idée de délocaliser hors d’Europe les réunions du comité exécutif commence à être sérieusement évoquée en son sein85.

Figure 3. Nombre d’associations membres de la FIFA de 1904 à 1950

image

Cette situation a plusieurs conséquences pour la FIFA. Premièrement, elle complique la tâche au comité exécutif et au secrétariat. En effet, les associations entrantes amènent avec elles de nouvelles problématiques à gérer, qui souvent sont connectées à des revendications d’ordre politique. Par exemple, en 1946, « la Fédération Libanaise de FA demande l’autorisation d’organiser un championnat du Proche et Moyen-Orient avec le concours←222 | 223→ des équipes arabes de Palestine »86. Le comité exécutif refuse d’entrer en matière, car la Fédération de la Palestine ne représente pas tout le territoire du pays, étant en concurrence avec un autre organisme regroupant les clubs juifs. De même, dès 1948, l’Égypte proteste ouvertement contre l’affiliation du Soudan car elle estime que certains des territoires soudanais lui appartiennent. À son habitude, l’élite de la FIFA décide de ne pas entrer en matière dans cette affaire qui concerne la politique interne des associations nationales.

Deuxièmement, les nouvelles associations membres issues de pays extra-européens sollicitent la FIFA afin qu’elle les aide à développer le football dans leur région. En effet, ces fédérations ne bénéficient pas des mêmes structures footballistiques que les associations européennes et les échanges avec leurs voisins restent peu développés. Il s’agit donc de tâches supplémentaires auxquelles l’élite de la FIFA doit faire face. Par ailleurs, quelques dirigeants de pays africains87 imaginent la création d’une entité continentale dans le but de favoriser l’établissement de relations plus fortes au niveau supranational entre les associations nationales du continent. En 1945, l’association égyptienne, active au sein de la FIFA depuis les années 1930, transmet une demande à la Fédération internationale en vue d’obtenir « l’autorisation de constituer un groupe de la FIFA au Proche-Orient »88. Il ne s’agit pas d’aller contre son autorité puisque les dirigeants égyptiens indiquent que le groupement s’assurera que les règlements de la FIFA seront respectés. Ivo Schricker s’empresse de récolter des informations sur les actions entreprises par les dirigeants égyptiens à ce sujet. Outre le côté informatif, cette démarche du secrétaire général de la FIFA peut aussi être interprétée comme un rappel de l’autorité de la Fédération internationale sur le football mondial. En effet, Schricker indique aux Égyptiens que l’organisation de rencontres contre des associations qui ne sont pas membres de la FIFA doit préalablement être approuvée par elle89. Finalement, le groupement ne voit pas le jour. Cependant, l’idée←223 | 224→ de fonder un tel organisme régional témoigne d’une volonté chez les nouveaux arrivants de rechercher de nouvelles manières de développer le jeu dans leur région par la création d’organismes supranationaux, procédé qui pourrait, à terme, déboucher sur une refonte de l’organisation même de la FIFA. À la fin des années 1940, alors que le contexte est de plus en plus favorable aux idées de réunir les peuples africains au sein d’organisation commune90, une proposition émane cette fois d’un groupe de pays d’Afrique subsaharienne. Soutenu devant le congrès de la FIFA de 1950 par l’association de la Gold Coast, le projet vise à la création d’une « United African Football Association » qui rassemblerait les associations d’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire, de la Gold Coast, du Nigeria, de la Sierra Leone et du Togo. Le but de cette Union serait « de créer une liaison plus étroite entre les associations d’Afrique, d’échanger des vues, de régler les contributions financières, d’organiser régulièrement des matchs intercoloniaux et finalement d’instituer une compétition annuelle intercoloniale »91. Les dirigeants du comité exécutif de la FIFA refusent néanmoins d’entrer en matière sur la question, évoquant qu’« il est nécessaire que les organisations respectives soient affiliées à la FIFA »92, ce qui n’est pas le cas puisque la plupart de ces pays ont encore un statut de colonie. En conséquence, leurs activités footballistiques sont gérées par la fédération de la métropole. Signe tout de même d’une tendance à prendre davantage en compte les demandes des associations extra-européennes, le comité de la FIFA place la question à l’ordre du jour de l’assemblée générale qui se déroule les deux jours suivants. La proposition fait l’objet d’un débat entre plusieurs congressistes, mais aucun pays africain n’est présent pour la défendre, ce qui laisse le champ libre aux dirigeants des puissances coloniales pour faire entendre leurs voix. En fait, les déclarations des dirigeants qui interviennent sur la question révèlent bien la position de leur pays face à la situation coloniale. Ainsi, le Français Henri Delaunay souligne que deux organisations nommées par la Gold Coast dépendent de la Fédération française – aucun nom n’est mentionné dans le procès-verbal, mais nous pouvons en déduire qu’il s’agit de la Côte d’Ivoire et du Togo, qui font alors partie du territoire de l’Afrique←224 | 225→ occidentale française (AOF). Selon Delaunay, ces deux organisations ne demandent ni ne désirent se constituer en Union africaine. Au contraire du déni exprimé par le dirigeant français, qui rappelle bien les difficultés que connaît la métropole française à se séparer de ses colonies93, l’Anglais Arthur Drewry mentionne que les autres associations citées sont certes affiliées à la Football Association, mais qu’elles « sont en état de prendre les mesures et décisions à leur convenance »94. Cette position plus ouverte correspond à la politique anglaise en matière de décolonisation, qui tend à progressivement laisser de plus en plus de latitude à ses colonies, voire à les soutenir dans leur développement95. Cette stratégie vise en fait à conserver des liens étroits avec l’Empire, alors en dislocation, au sein d’un « nouveau Commonwealth ». Malgré les propos de Drewry, la discussion en reste là et le président Jules Rimet – français rappelons-le – conclut les débats en mentionnant qu’il faut suivre les recommandations du comité exécutif qui sont elles-mêmes basées sur les statuts de la FIFA96.

Les requêtes pour la création d’un groupement africain ou du Proche-Orient rappellent celles déjà proposées par les dirigeants sud-américains durant les années 1930. Or, en mai 1949, soit en marge de la Copa America, de nouvelles discussions ont lieu au sein de la Confédération sud-américaine en vue de proposer une décentralisation de la FIFA. Les neuf associations membres de l’organisme y envoient des représentants97, ce qui constitue la participation la plus élevée de l’histoire de l’organisation. Cette situation souligne l’importance des sujets que les congressistes vont avoir à traiter. Outre deux sujets d’actualité, à savoir la problématique des éliminatoires de la prochaine Coupe du monde de 1950 ainsi que la←225 | 226→ situation du football en Colombie98, une longue discussion s’engage sur la réforme des statuts de la FIFA. À ce sujet, c’est notamment l’association d’Argentine, soutenue par son homologue uruguayenne, qui mène les débats.

Le but recherché par les dirigeants argentins est de convaincre la FIFA d’attribuer des places supplémentaires au sein de son comité exécutif aux dirigeants sud-américains. Mais des idées plus ambitieuses sont également formulées, en particulier une refonte générale de la structure de la FIFA. Les congressistes souhaitent porter la question devant le prochain congrès de la Fédération internationale et ils chargent une commission de rédiger un document de synthèse devant permettre d’arrêter une position commune à défendre au sein de la FIFA. Si les dirigeants présents au congrès de la Confédération sud-américaine s’attaquent toujours au monopole des Européens, il s’agit aussi pour eux de s’assurer désormais une place privilégiée au sein de l’organisation internationale. En effet, à la vue de l’extension du nombre de membres à la FIFA, la position des associations sud-américaines au sein de la Fédération internationale risque à terme d’être minimisée puisque, comme nous l’a rappelé en entretien Hans Bangerter, secrétaire adjoint de la FIFA dès 1953, « il ne faut pas oublier que la CONMEBOL compte [seulement] dix associations, dont certaines petites »99. En conséquence, l’idée de créer des organismes continentaux au sein de la FIFA dont l’une des tâches serait d’élire les dirigeants de son comité exécutif paraît être la solution à défendre dans le futur. Les dirigeants sud-américains sont néanmoins conscients que ces idées impliquent de revisiter l’architecture de la FIFA. De fait, afin d’éviter de possibles tensions au sein même de leur entité continentale, comme ce fut le cas dix ans plus tôt100, l’assemblée se donne un temps de réflexion de trente jours durant lequel les associations membres de la Confédération sud-américaine ont la possibilité de faire parvenir leurs commentaires sur le document de synthèse.

Dans les mois qui suivent, les associations sud-américaines transmettent deux propositions au secrétaire général de la FIFA, ce qui montre que si, dans l’esprit, elles s’accordent pour entreprendre des réformes de←226 | 227→ l’architecture de la Fédération internationale, dans les faits, des divergences existent encore entre elles sur la manière de procéder. La première proposition émane de l’association d’Argentine, également soutenue par le Paraguay et l’Uruguay101. Ces fédérations proposent que le comité exécutif respecte davantage les représentations des différents continents au sein de la FIFA. Ainsi, le président de la FIFA serait toujours élu par le congrès, par contre chaque groupe continental aurait droit à un vice-président nommé pour quatre ans, qu’il élirait lui-même. Élément novateur, si le dirigeant choisi devait quitter son poste avant la fin de son mandat, il serait remplacé par un autre dirigeant issu de son groupe. De cette manière, la fonction deviendrait plus importante que le représentant. De plus, il s’agirait que la FIFA reconnaisse formellement, dans ses statuts, l’existence de confédérations continentales, ambition affichée par les dirigeants de la Confédération sud-américaine depuis les années 1920, mais qui a toujours été refusée par l’élite de la FIFA. Dans le projet présenté, une confédération n’existerait que si elle réussissait à réunir plus de « trois quarts des associations affiliées du continent en question »102. Cette mesure favoriserait indéniablement les Sud-Américains, car leur continent n’est composé que d’une dizaine de pays, qui sont alors déjà tous – hormis le Venezuela – affiliés à la Confédération. A contrario, ce procédé risquerait d’être très compliqué à réaliser pour les Européens, qui sont désormais divisés par la Guerre froide. La proposition de l’association argentine porte donc clairement une atteinte à leur hégémonie. Mais il s’agit là aussi pour leurs dirigeants de défendre au mieux leurs intérêts au sein de la FIFA, car cette mesure rend difficile la création de groupements continentaux en Asie et éventuellement en Afrique – encore sous le joug colonial –, deux continents immenses et qui risquent de compter à terme de très nombreuses fédérations. Enfin, un dernier souhait est émis, à savoir celui de changer l’article 22 des statuts de la FIFA qui préciserait dès lors que chaque confédération continentale aurait le droit et la compétence de régler les affaires footballistiques concernant les associations nationales de son continent. Certes, le pouvoir suprême de la FIFA n’est pas remis en question par la proposition argentine et, si son congrès le jugeait nécessaire, il aurait le droit de rejeter les décisions prises par les confédérations continentales. Cependant, il s’agit tout de même d’une transformation fondamentale de l’architecture et du mode de gouvernance de la FIFA←227 | 228→ qui est envisagé. De plus, il est possible d’y voir une manière de limiter l’influence des autres continents permettant ainsi de préserver une place plus importante aux Sud-Américains au sein de la FIFA.

Le second projet émane de l’association chilienne, à laquelle se joignent le Pérou et la Bolivie. Si ces fédérations soutiennent en partie les idées de leurs homologues liées au projet argentin, elles proposent une vision différente du comité exécutif de la Fédération internationale. Celui-ci serait composé d’un président, de cinq vice-présidents et de huit membres élus par le congrès. Toutefois, un « vice-président » serait élu par les quatre associations britanniques, un par l’Organisation centrale du sport en Russie (section football de l’URSS) et un par les associations d’Amérique du Sud. Le congrès ne garderait la main que sur les deux dernières places. De même, sur les huit membres restants à désigner, un serait élu par la Confédération sud-américaine et un autre par la Confédération de l’Amérique centrale et du Nord. Ce mode d’élection n’est pas très novateur et est similaire à celui qui existe déjà au sein de la FIFA. Le seul changement de taille est de conférer une place supplémentaire dans le comité exécutif aux Confédérations d’Amérique centrale et du Nord. En outre, il est aussi question dans ce projet de créer à terme des organismes continentaux – prenant le modèle sud-américain comme exemple – avec pour objectif de leur conférer la responsabilité de l’administration du football sur leur continent. Cette proposition vise clairement à la division de la FIFA en différents groupements, qui disposeraient d’une grande autonomie vis-à-vis de l’organisation centrale. En ce sens, elle est peut-être considérée comme plus ambitieuse que la proposition de l’association d’Argentine, ce qui peut s’expliquer par le fait que des pays comme le Chili et le Pérou remettent régulièrement en cause, depuis l’entre-deux-guerres, la position suprême de la FIFA sur le football mondial.

À l’approche du congrès de Rio, les associations sud-américaines transmettent donc des propositions concrètes en vue de restructurer l’architecture de la FIFA. Premièrement, il s’agit de préserver, et d’étendre quelque peu, leur position au sein de la Fédération internationale. Deuxièmement, l’idée est aussi de continuer à discuter de l’hégémonie des Européens sur la FIFA. Si les souhaits des associations africaines n’ont pas été entendus durant le congrès de 1950, ceux des associations sud-américaines sont par contre objet d’attention. À cet égard, un journaliste de L’Équipe note, quelques heures avant le congrès, que les propositions faites par les dirigeants sud-américains peuvent « être le prélude à l’organisation←228 | 229→ de confédérations continentales, ainsi que cela existe déjà en Amérique du Sud »103.

Le contexte semble donc propice à une discussion sur une réforme de la FIFA, et ce d’autant plus que les associations britanniques – comme nous le verrons plus loin – ont également comme idée de discuter de l’architecture de la FIFA et souhaitent en discuter avec leur homologue argentine104. Au passage, signalons qu’à l’occasion de la participation de l’équipe nationale anglaise à la Coupe du monde brésilienne, les deux dirigeants anglais Arthur Drewry et Stanley Rous font, au préalable, un détour par Buenos Aires afin de discuter avec leurs homologues argentins de la possible réforme des statuts de la FIFA. Le congrès de Rio s’annonce donc important car les délégués vont devoir décider s’ils entament des démarches à cet effet et, si c’est le cas, de quelle manière ils doivent s’y prendre.

3.2.2. S’accorder sur une réorganisation

À la veille de l’assemblée de 1950, Maurice Pefferkorn, journaliste expérimenté, note que la FIFA « est à la veille de réformes de [sa] structure »105. Dans son allocution, le président Rimet confirme cette vision et n’hésite pas à souligner que les délégués présents font face à un tournant dans l’histoire du football. Il ajoute que son développement pose effectivement des problèmes qui doivent être discutés. Mais s’il reconnaît que des changements doivent être envisagés, en particulier dans la structure de la FIFA, il met en garde contre de trop grandes modifications des statuts :

« Est-ce à dire, s’exclame-t-il, que la FIFA doive rester figée dans le conformisme intangible au milieu d’un monde en continuelle évolution ? Assurément non. Mais il importe à sa mission que soit maintenue intégralement la notion de solidarité entre les associations nationales qui a inspiré ses fondateurs, que rien ne soit tenté pour diminuer son autorité faite de l’accord de tous et qui sera utile à la protection de chacun, qu’aucune modification ne soit apportée←229 | 230→ à sa structure ou à son fonctionnement qui n’ait été laborieusement étudiée et débattue. L’improvisation est la ressource des étourdis106. »

Par ces mots, Jules Rimet invite les délégués à ne pas entreprendre de réformes trop importantes, et lorsque la discussion sur la réorganisation s’apprête à commencer, il se permet de repréciser sa pensée en soulignant que la FIFA est l’unique organisation qui a réussi à grouper toutes les associations du monde. De fait, si une réforme est nécessaire, il faut l’entreprendre avec grande précaution afin de ne pas entraver des statuts qui ont fait leur preuve dans le temps et qui ont permis le succès de l’organisation. Le président indique donc qu’il ne souhaite pas que la structure de la FIFA soit modifiée et profite de son discours pour rappeler la position universaliste d’une organisation mondiale et indivisible qu’il a toujours défendue. En fait, la crainte de Rimet est que la Fédération internationale perde du pouvoir vis-à-vis d’organismes régionaux mais aussi qu’elle perde son rôle de garante « des intérêts supérieurs du football mondial »107. Signe que l’aura de Rimet est moindre au sein de la Fédération internationale, les congressistes ne vont néanmoins suivre que modérément les propositions du président. Il faut également signaler que des débats existent au sein du comité exécutif de la FIFA et que la position de Rimet n’est pas partagée par tous ses collègues. Comme signalé ci-dessus, l’élite de la FIFA est en plein renouvellement et certains de ses membres sont enclins à commencer un travail de réorganisation avec la création d’une commission ad hoc108.

Lors des discussions, il ressort tout d’abord qu’aucune réforme ne pourra être décidée à Rio de Janeiro car le quorum minimum pour modifier les statuts n’est pas atteint. En effet, pour réaliser ce travail, un congrès doit « réunir la moitié au moins des associations affiliées »109. Ce n’est pas le cas dans la ville carioca puisque trente-cinq associations sont présentes sur les près de soixante-dix membres que compte l’organisation. L’assemblée de 1950 n’a donc pas le pouvoir de modifier l’ensemble des statuts de la FIFA. La proposition du comité exécutif de créer une commission de réorganisation a pour avantage, en outre, de permettre des discussions←230 | 231→ entre toutes les forces de la Fédération internationale dans un petit comité. Ainsi, ce procédé pourra permettre de limiter les éventuels conflits. Arthur Drewry, président de la Football Association et vice-président de la FIFA, est l’un des principaux promoteurs de cette solution. Durant les débats, il réaffirme l’opportunité de créer une commission d’étude sur la réorganisation de la FIFA et propose à l’assemblée que le futur organe soit composé d’un représentant issu de : l’Europe du Nord, l’Espagne, la Yougoslavie, les associations britanniques, l’Argentine et le Chili, ainsi que d’un délégué du comité exécutif. Les congressistes vont finalement suivre cette proposition, discussion qui révèle qu’une majorité des associations nationales soutiennent une réforme des statuts de la FIFA.

Tableau 11. Composition de la commission de réorganisation de la FIFA

image

Légende : * : sans droit ; ** : du moins officiellement parlant.

Si la présence de délégués de l’Angleterre, de l’Argentine et du Chili dans la commission de réorganisation s’explique par le fait que ces associations ont proposé des modifications devant l’assemblée générale, comment expliquer par contre celle des autres associations ?

Le fait d’attribuer une place à la Yougoslavie dans cette commission présente plusieurs avantages. Tout d’abord, pour les congressistes, il s’agit de répondre aux possibles exigences des associations du bloc soviétique, les associations hongroises et tchèques ayant envoyé des propositions de modification des statuts, tout en limitant leurs capacités d’actions. À ce titre,←231 | 232→ la Yougoslavie constitue une bonne alternative aux pays du bloc soviétique, car si un régime communiste y est en place, elle est toujours en conflit avec l’URSS. En ce sens, elle ne peut pas être considérée comme le véritable porte-parole du bloc soviétique, par contre elle défend des idées relativement proches de celle-ci. De plus, le délégué yougoslave Andrejevic, présent dans les arcanes de la FIFA depuis l’entre-deux-guerres, peut aussi être reconnu comme un interlocuteur privilégié par les pays ayant fait partie de l’Europe centrale footballistique durant l’entre-deux-guerres, comme l’Autriche ou l’Italie. C’est du moins ce que suggère l’Italien Mauro lors d’une séance du comité exécutif du mois de mars 1951, dans laquelle il note que l’absence du délégué yougoslave aux séances de la commission de réorganisation a eu pour conséquence que « les pays de l’Europe centrale n’ont pas pu faire valoir leur point de vue »110. La Fédération espagnole est également conviée à faire partie de la commission car il s’agit d’un pays pouvant faire le lien entre les pays d’Europe de l’Ouest et les pays latins111 non seulement d’Europe mais éventuellement aussi d’Amérique du Sud. La représentation espagnole peut également être interprétée comme un contrepoids à la présence yougoslave, le régime de Franco étant résolument anticommuniste – les deux pays n’entretiennent d’ailleurs pas de relations diplomatiques. Enfin, la place réservée aux pays scandinaves – qui sera occupée par le Danois Ebbe Schwartz – s’explique par le fait que, depuis l’entre-deux-guerres, les pays du Nord ont toujours disposé d’un représentant au comité exécutif de la FIFA. Stanley Rous le rappellera d’ailleurs quelques mois plus tard lorsqu’il s’agira de déterminer les futures places au comité exécutif de l’organisation112.

La composition de la commission a donc pour avantage de représenter les différentes forces au sein de la FIFA, ce qui illustre le souci constant de l’élite de la FIFA de réunir tous les acteurs importants sur un sujet dans le but de limiter les possibles conflits à l’intérieur de l’organisation. La représentation est complétée par la présence du secrétaire général et de deux secrétaires adjoints, qui n’auront pas de droit de vote. Ce sont Ottorino Barrasi et Stanley Rous qui vont officier dans ces fonctions. Comme nous l’avons indiqué, ces deux dirigeants souhaitent mener des réformes structurelles au sein de la Fédération internationale. Leur présence dans la commission leur←232 | 233→ permet dès lors assurément de jouer un grand rôle dans la réorganisation de la FIFA. En effet, ce sont eux, avec le concours du secrétaire général, qui vont réceptionner, trier, puis classer les propositions de modification des statuts transmises par les associations nationales.

Enfin, en décembre 1950, le comité exécutif de la FIFA discute de la nomination du président de la commission de réorganisation, qui doit être l’un de ses membres. Il est décidé que Rodolphe Seeldrayers dirigera les débats. S’il avait un temps espéré faire partie de la commission, le président Jules Rimet laisse la place à son homologue belge, car il ne peut contrer l’argument linguistique que lui oppose le Finlandais von Frenckell – il ne parle que le français. Ainsi, Rimet n’aura pas l’occasion de défendre sa position universaliste, qu’il avait rappelée dans son allocution du congrès de 1950 et qui entre en contradiction avec une refonte étendue des statuts de la FIFA, et en particulier la division de la Fédération en groupements continentaux. Lors de la séance du comité, il reconnaît que s’il avait été nommé président de la commission, il aurait essayé « d’empêcher que des modifications capitales soient apportées à la constitution de la FIFA, que celle-ci a montré l’excellence de son institution par cinquante années d’existence et de succès et qu’elle est le seul organisme international à avoir groupé dans une entente d’amitié toutes les Nations du monde »113. Seeldrayers fait certes, lui aussi, partie de la vieille garde de la FIFA. Cependant, contrairement à Jules Rimet, il se montre plus ouvert sur la question de la réorganisation. Durant les débats sur la nomination du président de la commission, il insiste d’ailleurs sur la question de la neutralité du représentant du comité exécutif, posture également relevée par le délégué finlandais von Frenckell qui note que le président de la commission ne devra pas venir dicter la conduite à adopter en son sein. Le choix de Seeldrayers paraît donc judicieux car, d’une part, le Belge est ouvert à des changements pour la Fédération ; d’autre part, il est aguerri aux travaux de la FIFA en raison de sa présence de longue date au sein de son comité exécutif. De fait, il saura sans doute également les limiter.

La commission ad hoc a devant elle une tâche fastidieuse. Il s’agit de revoir les 24 articles des statuts et les 39 articles du règlement de la FIFA, et ce dans un délai relativement court puisque le but est de présenter un projet devant la prochaine assemblée générale de la FIFA, en 1952. Dans le but de tenir ces délais, un calendrier précis est établi. Les associations nationales auront jusqu’en automne 1950 pour faire parvenir leurs propositions de modification des statuts. Puis il s’agira pour les membres←233 | 234→ de la commission de se réunir afin de discuter des propositions reçues et, enfin, d’établir un projet de nouveaux statuts qui sera soumis pour approbation au congrès de 1952 prévu à Helsinki.

Outre la charge de travail que cela représente, les dirigeants vont devoir s’accorder sur les réformes à entreprendre. Or une conciliation s’avère malaisée puisque différents positionnements sur la réorganisation existent au sein de la commission, et plus globalement dans la FIFA. C’est notamment le cas des associations du bloc soviétique qui, dans les mois qui suivent, vont essayer de faire entendre leur voix.

3.2.3. Les revendications du bloc soviétique

En ce début des années 1950, les associations du bloc de l’Est ont des difficultés à participer aux travaux de la FIFA, position illustrée par le fait que le vice-président soviétique n’est quasiment jamais présent aux réunions du comité exécutif. En effet, depuis son entrée officielle en 1947, Granatkine ne participe qu’aux séances des 15 et 16 avril 1948, où le président de la FIFA lui adresse une cordiale bienvenue114. Outre la situation politique qui pose des problèmes pour l’obtention de visas, dès 1949, il ne peut se rendre aux séances, pour des raisons de santé115. À une occasion, les Soviétiques tentent de le remplacer par le président de la Fédération soviétique de football, Konstantin Andrianov116. Cette solution est toutefois considérée comme non avenue par les membres du comité exécutif. Peut-être que les dirigeants se méfient d’Andrianov, car ce n’est pas lui qui avait été préalablement présenté comme le président de la section soviétique à Schricker, mais un dénommé Kozlov117. Cependant, c’est surtout la manière de procéder qui n’est pas compatible avec la vision défendue par l’élite de la FIFA en matière de conditions de participation à une réunion du comité exécutif. Pour des dirigeants comme Lotsy, Mauro, Rimet, Rous, Schricker ou encore Seeldrayers, la seule personne pouvant y siéger doit être celle←234 | 235→ qui a été élue lors de l’assemblée générale. En 1950, Granatkine est finalement remplacé par Sergei Savin118, qui connaît lui aussi de nombreux problèmes pour se déplacer dans les pays où se tiennent les réunions du comité exécutif, comme c’est le cas en mars 1951 à Madrid ou en mars 1953 à Copenhague. Cette situation limite fortement l’établissement de relations de confiance entre le dirigeant soviétique et ses collègues du comité exécutif. Plus largement, elle crée un décalage entre les associations nationales de l’Europe de l’Ouest et de l’Est, ces dernières ne se sentant pas assez représentées au sein de l’élite de la FIFA

De plus, certains sujets mettent en opposition des associations de l’Est et de l’Ouest, tel celui des footballeurs ayant fui le bloc soviétique. Dès le début des années 1950, plusieurs athlètes des pays du bloc soviétique profitent de voyages à l’étranger pour quitter leur délégation et demander l’asile politique dans le pays dans lequel ils séjournent119. En football, c’est notamment le cas de plusieurs joueurs hongrois qui trouvent refuge en Espagne, pays qui se veut le chantre de l’anticommunisme. Là-bas, ils y forment une équipe nommée Hungaria qui dispute plusieurs rencontres, et ce malgré le fait que les joueurs la composant sont sous le coup d’une suspension par leur fédération d’origine. Le cas le plus connu de ces joueurs qui s’exilent, et sans doute aussi le plus discuté, est celui de László Kubala. Considéré comme l’un des meilleurs jeunes talents de l’équipe nationale hongroise, ce dernier va être l’objet d’un bras de fer entre la Fédération hongroise et l’association espagnole, Alors que le joueur a été suspendu par la FIFA durant une année pour avoir quitté son pays, la Fédération espagnole fait pression sur la Fédération internationale pour qu’elle accepte de lever sa suspension, en expliquant notamment que Kubala a quitté son pays pour éviter « une menace imminente de mort »120. Mais la Fédération hongroise ne l’entend pas de cette oreille et souhaite même suspendre Kubala de toute activité footballistique. Le cas de Kubala va mettre plusieurs années à se←235 | 236→ régler et va nécessiter plusieurs tentatives de médiation de la part du comité exécutif de la FIFA (le joueur reviendra finalement sur le terrain, avec succès, sous les couleurs du FC Barcelone dans la seconde partie de la décennie).

Nous avons vu qu’un bloc soviétique se dessine au sein de la FIFA dès les années 1947-1948121. Comme dans d’autres organisations internationales, les tensions Est-Ouest qui s’opèrent sur la scène internationale au début des années 1950 marquent un renforcement des positionnements respectifs122. Cette posture est particulièrement visible lors du travail de réorganisation de la Fédération internationale. En effet, tout au long des discussions, les associations du bloc soviétique vont tenir une position ferme sur la manière de mener les réformes, posture qui les place en opposition avec la majorité des associations de l’Europe de l’Ouest.

Lors du congrès de 1950, la Fédération hongroise, soutenue par les associations de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, envoie plusieurs propositions en vue de modifier les statuts de la FIFA. Tout d’abord, ces associations souhaitent davantage de représentativité au sein du comité exécutif et proposent « d’élire une personne des trois Fédérations de Hongrie, de la Tchécoslovaquie ou de la Pologne qui ne sont pas représentées dans la direction actuelle de la FIFA »123. De même, elles considèrent que l’élite de la FIFA, hormis le président de l’organisation, ne devrait plus être composée de dirigeants spécifiques, mais de représentants d’une association nationale. Ainsi, c’est la fédération nationale qui devrait, à l’avenir, désigner le dirigeant qui la représenterait et qui pourrait, en tout temps, avoir « le droit de remplacer les titulaires durant leur mandat. Nous retrouvons ici l’idée défendue par les pays communistes au sein de la FIFA depuis quelques années selon laquelle la fonction dépasse l’individu. Ces propositions ne sont pas discutées par l’assemblée puisqu’aucun pays du bloc soviétique n’a fait le déplacement à Rio. En date du 5 décembre 1950, la Fédération hongroise s’offusque auprès du secrétariat de la FIFA de n’avoir pas été conviée à participer aux travaux de la commission de réorganisation. De←236 | 237→ plus, le courrier mentionne que les représentants élus dans la commission ne sont pas légitimes, car leurs associations sont représentées dans le comité exécutif de la FIFA. La rancœur est forte puisque la lettre mentionne encore :

« Nous trouvons [que le] traitement que nous devons subir dans ces derniers temps est d’autant plus inexplicable, parce que notre fédération qui est un membre notable de longue date de votre Association ne saurait souffrir encore davantage des pareilles relégations continuelles et tendancieuses au second plan et elle va chercher tous les moyens en son pouvoir pour faire changer l’attitude partiale de la direction actuelle de la FIFA que nous estimons nuisible à la cause commune du football universel124. »

En outre, l’association hongroise précise aussi qu’elle est fermement opposée à l’idée de régionaliser la FIFA par la création d’organismes continentaux, ce qui aurait pour conséquence de diminuer le pouvoir de l’organisation en faveur des différentes confédérations. Cette posture doit se comprendre car pour peser sur la gouvernance de la FIFA, il est plus aisé pour le bloc soviétique de créer des alliances avec des associations nationales, une tactique déjà utilisée au sein du CIO125. Il faut ajouter qu’en raison du contexte politique international, la création de groupements continentaux obligerait sans doute les pays du bloc soviétique à créer leur propre groupement. À cette même période, c’est d’ailleurs ce qui se produit dans cerains domaines, tel celui des communications avec la création de l’Union européenne de radio (UER) par les pays du bloc de l’Ouest et l’Organisation internationale de radio (OIR) par les pays du bloc de l’Est126. Une telle décision ne serait pas sans conséquence sur la place du bloc soviétique au sein de la FIFA. En effet, en raison du petit nombre d’associations qui en font partie (une dizaine), celui-ci ne disposerait probablement pas de beaucoup de sièges au sein du comité exécutif et ne pourrait donc pas véritablement peser sur la gouvernance de la FIFA, voire risquerait d’être isolé.←237 | 238→

Dans sa stratégie visant à ne pas attiser les tensions au sein de la FIFA, le comité exécutif ne répond pas aux reproches de la Fédération hongroise et préfère laisser le temps agir. Cependant, la Guerre froide va directement impacter le travail de la commission de réorganisation. Lors de la première réunion qui se déroule en mars 1951 à Madrid, et alors que le Yougoslave Andrejevic est absent127 en raison du refus de son gouvernement de lui délivrer l’autorisation de se rendre dans la capitale ibérique, l’Espagnol Augustin Pujol remet en question le poste de vice-président réservé à l’URSS. Selon lui, le peu de participation de l’Union soviétique aux travaux de la FIFA ne devrait pas permettre à cette association de disposer d’un poste privilégié au comité exécutif. Certes, à cette période, l’URSS reste effectivement en retrait en matière de gestion de l’organisation et le football soviétique n’est pas très actif au niveau international. Toutefois, plus que l’argument footballistique, le propos de Pujol ne peut être dissocié d’ambitions plus politiques et rappelle, une fois encore, les tensions qui existent entre l’Espagne franquiste et le bloc soviétique. Aucune décision n’est cependant prise sur le sujet, les autres délégués présents décidant de finalement botter en touche la proposition espagnole. Lors de la deuxième réunion de la commission de réorganisation qui se déroule en septembre 1951 à Londres, Pujol remet le sujet sur la table128. Malgré une intervention du président de la commission, Rodolphe Seeldrayers, qui rappelle que la discussion a déjà été préalablement traitée à Madrid, un long échanges s’engage sur la question. Afin de régler le cas, le président est même obligé de déclarer un vote. Par trois voix contre deux et une abstention, la proposition de la Fédération espagnole est refusée de justesse, signe que, malgré la politique de neutralité menée par le comité exécutif de la FIFA depuis l’entre-deux-guerres, la politique n’est jamais très loin des discussions.

Ces échanges au sein de la commission de réorganisation sont exploités, quelques heures plus tard, par le vice-président soviétique, Serguei Savin, lors d’une réunion du comité exécutif. Présent pour la première dois depuis sa nomination en 1950, il réagit aux propos qui ont été tenus contre son pays par le représentant espagnol. Il les critique vivement et estime que la proposition d’annuler le poste de vice-président dédié à←238 | 239→ l’Union soviétique ne rime pas avec les principes fédérateurs portés par la FIFA. De plus, il rappelle que s’il n’était pas présent au congrès de Rio de 1950 et lors de la dernière séance du comité exécutif qui a été organisée à Madrid, c’est en raison de l’absence de relations diplomatiques entre l’URSS et les pays d’accueil de ces assemblées (respectivement, le Brésil et l’Espagne). Au passage, il demande de tenir compte de cette situation à l’avenir afin de préserver « l’unité de la FIFA »129. Ce message s’inscrit dans la doctrine du régime soviétique sur la scène internationale, qui prône une rhétorique de paix, message devant permettre de répondre avantageusement à ce qui est considéré comme une agressivité impérialiste du bloc capitaliste130. Seeldrayers tente alors une entreprise diplomatique et relativise le propos qu’a tenu le délégué espagnol lors des séances de la commission de réorganisation en indiquant que la discussion portait avant tout sur les groupements d’associations nationales qui pouvaient prétendre à un siège de vice-président. Il ajoute qu’il n’y avait aucune intention contre l’URSS de la part d’Augustin Pujol. Les autres dirigeants présents interviennent également dans ce sens, tentant de désamorcer une possible situation de crise. Sentant, peut-être, que les discussions risquent de se retourner contre son association nationale, le délégué espagnol Armando Munoz Calero – farouchement anticommuniste puisqu’il est membre de la Phalange, le parti de Franco, et ancien volontaire de la division bleue lors de la Deuxième Guerre mondiale131 – essaie finalement de dédramatiser l’affaire et souhaite la bienvenue à Serguei Savin. En outre, il insiste sur le fait qu’il ne faut parler que de sport au sein de la Fédération internationale et que les propositions de Pujol devaient être considérées uniquement sous un angle sportif.

Ce cas rappelle, une fois encore, combien l’élite de la FIFA prône une politique visant à neutraliser les conflits au sein de la Fédération et surtout tente d’éluder les questions d’ordre politique qui pourraient créer de fortes tensions entre les associations nationales. Le dirigeant espagnol est donc obligé de se contraindre à cette manière de procéder et de revenir←239 | 240→ sur la posture défendue par son collègue Pujol. Finalement, la place de l’URSS n’est pas remise en cause dans le nouveau projet de statut préparé par la commission de réorganisation au printemps 1952. Cependant, les tensions Est-Ouest ne sont pas terminées et vont se prolonger dans les mois qui suivent.

Tout d’abord, le bloc soviétique se montre très critique face au projet qui est soumis en vue d’une discussion lors du congrès de la FIFA de 1952 à Helsinki. Dans un courrier daté du 31 mai 1952, Serguei Savin fustige le contenu du projet de réforme et note que celui-ci doit être nettement revu car « il est rédigé de telle façon que les droits des sportifs des pays coloniaux et dépendants sont blessés [puisqu’une situation a été créée qui privilégie les] sportifs de la Grande-Bretagne, des USA et de l’Amérique du Sud envers les autres pays »132. Savin souligne le manque de place laissé aux associations asiatiques et africaines dans le comité exécutif. Cette position confirme la volonté de l’URSS de s’attirer la sympathie des pays extra-européens afin de créer une alliance avec eux, tactique devant in fine de prendre le contrôle de l’organisation. En guise de conclusion, le dirigeant soviétique souhaite que le projet soit réexaminé et que la composition de la commission soit revue afin d’y inclure des représentants de pays coloniaux, mais aussi de la Chine populaire ou des pays de l’Est. Finalement, en raison d’autres critiques adressées par différentes associations (scandinaves133 et sud-américaines134), les dirigeants du comité exécutif décident de repousser les discussions sur la réforme de la FIFA à une assemblée spécialement réunie pour l’occasion, ce qui est accepté par le congrès de 1952.

Cette décision n’empêche néanmoins pas de nouvelles discussions sur le sujet. Durant celles-ci, Serguei Savin soumet aux délégués la proposition que la commission de réorganisation soit élargie et comprenne des représentants des pays africains et asiatiques mais aussi ceux « des associations de l’Est et de la Chine »135. Si cette demande paraît excessive aux dirigeants du comité exécutif, un compromis se dessine par contre avec l’incorporation du vice-président soviétique dans la commission de réorganisation. Cette proposition est en particulier soutenue par le←240 | 241→ président Jules Rimet et elle est acceptée par les congressistes qui élisent Savin à une bonne majorité (22 voix contre 11). La décision prise par les congressistes est importante, car elle permet au bloc soviétique de faire davantage entendre sa voix au sein de la commission de réorganisation. Lors de ce même congrès, un autre fait marquant va dans le sens d’une neutralisation des problèmes politiques issus de la Guerre froide : l’adhésion de la République démocratique allemande (RDA) à la FIFA. L’acceptation de la RDA, dont l’État a été créé quelques mois plus tôt, par une très grande majorité – seule l’Allemagne de l’Ouest s’abstient de voter – est à souligner car l’adhésion de ce pays est refusée dans beaucoup d’autres organisations sportives, comme la Fédération internationale de ski (FIS)136 ou la Fédération internationale de gymnastique (FIG)137. De même, le CIO n’accepte pas la partition des deux Allemagnes et oblige la formation d’une délégation commune, ce qui est effectif à partir de 1956138. La FIFA prend ici une décision forte, car de nombreux pays ne reconnaissent pas l’existence de la RDA sur la scène diplomatique. L’adhésion de l’Allemagne de l’Est se fait dans un lieu symbolique puisqu’elle est acceptée lors du congrès qui se déroule à Helsinki, ville issue d’un pays à la croisée de l’Est et de l’Ouest, et qui se trouve alors être hôte de Jeux olympiques dont la principale attraction consiste en la première participation d’une importante délégation soviétique139.

Malgré ces décisions, les mois qui suivent sont encore marqués par le sceau du conflit Est-Ouest. Tout d’abord, la présence de Savin dans la commission de réorganisation est remise en question, son élection lors du congrès d’Helsinki ne s’étant pas déroulée selon l’ordre préalablement établi par le président, ce qui l’annule de facto. En bon allié de la cause anticommuniste, c’est l’Espagnol Munoz Calero qui relève le vice de forme←241 | 242→ au secrétaire général de la FIFA140. Après plusieurs échanges avec le comité d’urgence, ce dernier est obligé de reconnaître qu’il y a effectivement eu un problème. Finalement, Serge Savin n’est pas autorisé à participer aux séances141. Par contre, en raison des risques de conflit qu’engendre cette décision, le vice-président soviétique est invité par les dirigeants du comité exécutif à participer aux discussions informelles qui entoureront les séances. Le délégué soviétique n’accepte toutefois pas ce compromis et n’assiste dès lors pas aux discussions, situation qui renforce la position à la marge du bloc soviétique dans le cadre de la réorganisation de la FIFA. La non-participation de Savin paraît toutefois arranger les membres de la commission de réorganisation car le délégué soviétique se serait sans doute montré critique sur plusieurs points de la réforme et aurait probablement contesté l’idée de régionaliser la FIFA142.

Alors qu’un nouveau projet est finalement proposé pour être discuté lors d’un congrès extraordinaire à Paris, le bloc soviétique est toujours aussi hostile à tout changement de structure de la FIFA. Durant l’assemblée qui se déroule en novembre 1953 dans la capitale française, les délégués des associations du bloc soviétique reviennent à la charge contre le projet de réorganisation. Tout d’abord, le délégué yougoslave Pleic se permet de rappeler la nécessité de respecter l’égalité des droits entre les membres au sein de la FIFA. Il se réfère notamment à une étude effectuée par un professeur de l’école de droit de Limoges, le docteur Paroutaud, parue quelques mois plus tôt dans le Bulletin MGO-ONG, nos 8 et 9 (numéros d’août et septembre) et intitulée « Sport et droit international ». Ce juriste estime que la structure de la FIFA est « antidémocratique » car ses associations membres n’ont pas toutes les mêmes droits, citant par exemple le cas des fédérations de l’Amérique du Nord et de l’Asie qui ne disposent←242 | 243→ pas de représentants au sein du comité exécutif. Reprenant ce constat, le dirigeant yougoslave propose d’une part d’abolir tous les privilèges au sein de la Fédération internationale, notamment celui de disposer d’une place réservée au sein du comité exécutif ; d’autre part d’établir une nomination directe de tous les membres de ce comité par le congrès. Dans le même temps, il propose la création d’organes régionaux qui œuvreraient au développement du football dans leurs continents respectifs, mais en aucun cas ne les représenteraient dans le comité exécutif de la FIFA.

À la suite de Pleic, c’est le délégué soviétique Serge Savin qui prend la parole. Il se veut plus véhément que son collègue yougoslave. Pour lui, il est impératif que toutes les associations disposent des mêmes droits, ce que la proposition yougoslave ne garantit pas143. Au contraire, il affirme que ce sont les pouvoirs de l’assemblée générale qui doivent être renforcés. Le représentant tchécoslovaque, Joseph Vogl, insiste lui aussi sur l’aspect démocratique de la question. Il demande en particulier la nomination directe par le congrès du président, des vice-présidents et des membres du comité exécutif. Cependant, contrairement à Savin, il est prêt à faire quelques concessions puisqu’il accepte que les associations britanniques, sud-américaines et soviétiques puissent élire un vice-président. Pourquoi cette prise de parole diffère-t-elle de celle de son homologue soviétique ? Après le propos très ferme de Savin, comment celui un peu plus ouvert de Vogl peut-il être interprété ? S’agit-il d’une tactique visant à permettre des alliances avec d’autres associations ou y a-t-il quelques divergences au sein du bloc soviétique lui-même ? Cette dernière proposition va dans le sens de l’analyse de Xavier Breuil, qui souligne qu’en football, les pays satellites ne sont pas toujours en accord avec le « grand frère » soviétique144.

Si, à la vue de la documentation récoltée, il est difficile de répondre à ces questions, en tous les cas constatons que les prises de position du bloc soviétique ne sont pas très efficaces. En effet, dans la soirée qui suit le premier jour du congrès, les associations de l’Europe de l’Ouest et les←243 | 244→ Sud-Américains ont tenu une réunion qui a permis de créer une entente entre leurs associations nationales sur la question de la réorganisation. Ce consensus a été long à dessiner et, pour le comprendre, il s’agit de revenir sur les discussions qui ont lieu entre 1950 et 1953 entre les dirigeants de la Confédération sud-américaine et la nouvelle génération de dirigeants qui émergent dans plusieurs associations nationales européennes.

3.3. Suivre le modèle sud-américain

Dès la fin des années 1940, le contexte de la Guerre froide fonde certes une opposition entre les pays d’Europe de l’Est et ceux d’Europe de l’Ouest au sein de la FIFA. Toutefois, depuis l’entre-deux-guerres, ce sont surtout les divergences qui existent entre les associations européennes et leurs homologues sud-américaines qui sont l’objet de vifs débats au sein de la FIFA. La période qui va de 1950 à 1953 va encore les amplifier, en particulier parce que les associations sud-américaines militent ouvertement en vue d’une décentralisation de la FIFA. C’est la position que vont défendre leurs deux représentants qui siègent dans la commission de réorganisation.

3.2.1. Un match Europe-Amérique du Sud

Lors de la première séance qui se déroule à Madrid en mars 1951, le Chilien Luis Valenzuela mentionne, dès le début des discussions, qu’il y a eu une confusion dans les documents présentés aux délégués car une proposition de la Confédération sud-américaine est mentionnée comme étant celle de l’Uruguay145. Par ce commentaire, il souligne que les deux délégués représentent la voix de l’Amérique latine dans son entier au sein de la commission et espèrent que celle-ci sera entendue par leurs collègues. À ce titre, les deux Sud-Américains proposent rapidement de fixer statutairement les sièges qu’occupent déjà l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud au sein du comité exécutif. L’Argentin Juan Russo justifie cette proposition en relevant qu’il est nécessaire « d’assurer la participation de toutes les associations, en proportion de leur importance←244 | 245→ et de leur activité, au pouvoir directeur de la FIFA »146. Il montre ainsi que les associations sud-américaines sont en faveur d’une ouverture du comité exécutif de la FIFA aux associations des pays extra-européens, mais pas forcément à n’importe quelles conditions. En effet, l’idée de conférer des places en fonction de la force des associations nationales favorise les Sud-Américains au détriment des autres associations extra-européennes car ce procédé ne correspond pas au système selon lequel un pays est égal à une voix en vigueur lors des congrès de la FIFA.

Malgré un fort activisme, la position des deux Sud-Américains reste cependant minoritaire car ils font face à cinq dirigeants européens qui sont globalement opposés à leur proposition. En effet, les délégués qui proviennent du Vieux Continent ne souhaitent pas pour l’heure décentraliser la FIFA. Ils préfèrent défendre le statu quo ou alors, comme le Yougoslave Andrejevic, prônent une vision qui se rapproche sous certaines formes du bloc soviétique147. Deux raisons principales expliquent cette volonté de ne pas trop réformer la structure de la FIFA, qui sera à nouveau exprimée à plusieurs reprises tout au long de la réforme. La première est que les associations européennes ne souhaitent pas conférer des places au sein du comité exécutif aux associations d’Afrique, d’Amérique centrale et d’Asie, estimant que le football n’a pas encore atteint assez de maturité dans ces régions. Dès lors, ils pensent qu’il faut tout d’abord que les associations nationales de ces continents se développent avant que leurs dirigeants puissent intégrer le comité exécutif de la FIFA. La deuxième doit être reliée au contexte de la Guerre froide. En effet, il paraît difficilement envisageable de créer une entité européenne qui réunirait en son sein les pays des deux blocs.

Ces deux aspects se retrouvent dans la proposition de réforme des statuts présentée au congrès de 1950 par les associations britanniques, qui propose de diviser la FIFA en huit groupes géographiques déléguant chacun un représentant au comité exécutif148. Relevons que si les petites nations sont effectivement davantage représentées dans le projet britannique, il n’est cependant pas question d’égalité entre tous les membres. En effet, l’Europe se taille toujours la part du lion puisque sa trentaine de fédérations est←245 | 246→ répartie en cinq groupes. Par ailleurs, trois autres groupes réunissent celles d’Amérique centrale, du Nord et du Sud. Par contre, les autres continents ne sont que peu pris en compte puisque le dernier groupement convoque les dix-sept associations restantes, soit celles provenant d’Afrique et d’Asie149. Outre cet européocentrisme, la proposition anglaise reste globalement conservatrice car les groupements continentaux préconisés n’auront pas vraiment de pouvoir, hormis celui d’élire leur représentant à la FIFA. Enfin, le projet tient compte du contexte politique international, l’Europe étant divisée en cinq entités géographiques :

Europe orientale (Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie et Russie) ;

Europe méridionale (Autriche, Chypre, Espagne, Grèce, Italie, Portugal et Yougoslavie) ;

Europe septentrionale (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) ;

Europe de l’Ouest (Belgique, France, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Suisse, voire l’Allemagne pour autant que sa réaffiliation soit confirmée par le congrès) ;

un dernier groupe composé des quatre associations britanniques.

Drewry et Rous font partie de la commission de réorganisation et, en raison de leur écoute auprès des autres dirigeants des associations nationales d’Europe de l’Ouest, nous pouvons penser que les idées qu’ils défendent sont écoutées par leurs collègues.

À la suite des discussions des deux séances de la commission, respectivement organisées à Madrid en mars 1951, puis à Londres en octobre de la même année, le bureau de la commission élabore un projet de nouveau statut qui est présenté au comité exécutif en mars 1952. Celui-ci ne prône pas de régionaliser la FIFA. En fait, comme le souligne le président de la commission de réorganisation Rodolphe Seeldrayers, le seul changement important dans les statuts concerne la représentation au comité exécutif150. Le projet de nouveaux statuts prévoit, en effet, d’augmenter de trois le nombre de « membres » dans le comité. Sur ces←246 | 247→ places, des postes fixes seront attribués à l’Amérique centrale, du Nord et du Sud ainsi qu’aux associations africaines et asiatiques151.

Tableau 12. Composition du comité exécutif selon le nouveau projet de statuts de la FIFA

image

Légende : * nombre de places attribuées.

Les membres européens de la commission ont donc été d’accord de faire quelques concessions et de conférer une place dans le comité exécutif respectivement aux associations africaines et asiatiques. Mais cette proposition ne satisfait pas les fédérations sud-américaines qui souhaitent renforcer les prérogatives de leur entité continentale. En conséquence, elles militent en faveur d’une décentralisation de la FIFA, avec la création d’organismes continentaux (sur le modèle des confédérations existant dans les Amériques). Dès lors, celles-ci décident d’envoyer de nouvelles propositions au secrétaire général de la FIFA en vue d’une discussion lors du congrès ordinaire de l’été←247 | 248→ 1952152. Lors de l’assemblée générale qui se tient à Helsinki, les délégués sud-américains vont se montrer particulièrement offensifs et se confronter aux dirigeants européens. Il s’agit autant de manifester leur mécontentement sur la façon dont s’élabore la réforme de la FIFA que d’allonger les débats, en vue de ne pas statuer sur la réforme lors de ce congrès.

Dès son ouverture, un dirigeant uruguayen, Celestino Mibelli, donne le ton. « Au nom des associations de l’Amérique du Sud », ce dernier attaque le Finlandais von Frenckell qui, dans son discours inaugural, aurait rappelé un incident survenu à Helsinki en 1927, lorsque les associations britanniques ont quitté la FIFA. Se sentant comparé aux Britanniques, Mibelli indique que les Sud-Américains sont venus dans un esprit de bonne entente. Malgré les tentatives d’apaisement de Jules Rimet et un déni de von Frenckell, les débats débutent dans un climat pour le moins houleux. Cette pique constitue une sorte de mise en bouche qui sert à montrer le mécontentement des Sud-Américains. Elle va être suivie de plusieurs autres. Mibelli s’en prend ensuite au secrétaire général de la FIFA, Kurt Gassmann, mentionnant qu’aucun délégué sud-américain n’a été convié aux discussions sur la future Coupe du monde et pose d’autres questions diverses (par exemple sur la manière de se procurer les procès-verbaux des réunions des organes de la FIFA). Finalement, leur stratégie fonctionne puisque les congressistes décident de ne pas statuer sur la question et d’organiser un congrès extraordinaire l’année suivante, qui aura pour unique but de traiter de cette question. Malgré tout, un débat s’engage sur la composition de la commission de réorganisation. En effet, comme le bloc soviétique, les Sud-américains souhaiteraient que des représentants des continents africains, arabes et asiatiques soient élus dans cette commission et leur requête vise sans doute à fortifier des alliances chez d’autres associations extra-européennes, ce qui permettrait de contrebalancer les rapports de force au sein de la commission de réorganisation. Cette demande fait réagir plusieurs dirigeants européens des associations d’Europe de l’Ouest – qui ont tenu une réunion la vielle du congrès153 –, dont Stanley Rous, qui trouve que la « discussion devient ridicule, car des heures ont déjà été passées à discuter »154, propos soutenus ensuite par Ernst Thommen. Un vote est malgré tout effectué quant à l’inclusion de représentants des autres←248 | 249→ continents (Asie, Afrique). Nous ne disposons pas du détail des suffrages. Néanmoins, au regard des différents positionnements et des quelques suffrages explicités, nous pouvons imaginer que les associations d’Amérique du Sud et celles du bloc de l’Est ont voté en faveur de la proposition, au contraire des associations de l’Europe de l’Ouest et du bloc britannique. Malgré un vote favorable avec 23 voix pour la proposition sud-américaine et 21 voix contre, la requête est repoussée car, pour ce type de décision, il est nécessaire d’obtenir trois quarts des votes.

N’ayant pas réussi à modifier la composition de la commission de réorganisation, les associations d’Amérique du Sud lancent un nouveau défi aux associations européennes, qui va encore accroître la tension dans la salle. Alors que Rimet a été réélu sans encombre pour un dernier mandat de président, il s’agit désormais de statuer sur le cas des vice-présidents sortants, et en particulier pour le Belge Rodolphe Seeldrayers. Il devrait s’agir d’une formalité pour ce dirigeant qui officie à ce poste depuis plus de vingt ans, et ce d’autant plus que, par le passé, il a toujours été élu « par acclamation ». Mais les Sud-Américains, appuyés par leurs collègues d’Amérique centrale, ne l’entendent pas ainsi et opposent au Belge la candidature de l’Argentin Domingo Peluffo. Comme le souligne un dirigeant du Guatemala, ce procédé vise à ce que les pays d’Amérique latine soient davantage représentés au sein du comité exécutif. Ces propos confirment que, sur certaines questions, il existe bien un front panaméricain au sein de la FIFA. Ce procédé est très mal reçu par plusieurs dirigeants du Vieux Continent (excepté, là encore, les associations du bloc soviétique). Ainsi, Ernst Thommen rappelle qu’il est antistatutaire, l’Amérique du Sud ayant déjà désigné son représentant dans le comité exécutif. Ce point est aussi souligné par le Belge François Meert, qui demande aux délégués sud-américains d’abandonner leur proposition. Mais ces remarques ne font pas reculer les Sud-Américains qui, au contraire, persistent dans leur démarche. La tension monte et le Danois, Ebbe Schwartz, souligne que la discussion est « scandaleuse » tandis qu’Eric von Frenckell prédit un éventuel « scandale international » pour la FIFA si Seeldrayers n’est pas réélu. Au final, le vice-président sortant est tout de même reconduit dans ses fonctions à une forte majorité.

Quelques jours après la fin de ce congrès, un journaliste de France football indique que celui-ci a été le théâtre d’un « différend Europe-Amérique du Sud »155. Cet affrontement n’est pas sans conséquence et va avoir un effet quasiment décisif sur la réorganisation de la FIFA. En←249 | 250→ fait, deux constats généraux peuvent être portés sur les discussions lors du congrès d’Helsinki. Premièrement, si, comme le rapporte quelques jours après l’événement le Belge José Crahay à ses collègues du comité exécutif de l’Union belge, la « réunion s’est caractérisée par son désordre et par son manque total de travail constructif »156, les congressistes n’ont toutefois pas remis en question la poursuite de l’étude de la réorganisation. Au contraire même, en décidant de l’organisation d’un futur congrès extraordinaire, ils soulignent bien qu’un consensus règne au sein de la FIFA sur le besoin de réformer la structure de l’organisation. Deuxièmement, Crahay relève aussi a posteriori dans le livre des vingt-cinq ans de l’UEFA que l’unité sud-américaine semble avoir été une source d’inspiration pour les dirigeants du football européen, car « sur chacun des sujets, un délégué de l’Amérique du Sud, pas toujours le même, prit la parole, afin de discuter la politique générale. On sentait très bien que chaque point avait été étudié, et que des délégués avaient vraisemblablement été désignés pour défendre un point de vue157. » Le modus operandi mis en place par les Sud-Américains, qui consiste à se réunir régulièrement pour traiter de sujets relatifs au football continental, confirme aux Européens la nécessité de continuer les démarches entreprises dès la fin mai en vue de se réunir plus souvent158.

Lors du congrès d’Helsinki, les délégués présents décident de lancer une nouvelle série de concertations sur la réforme des statuts de la FIFA. Ainsi, les associations nationales ont jusqu’au mois de septembre 1952 pour envoyer de nouvelles requêtes à ce sujet. 124 propositions sont finalement transmises au secrétariat de la FIFA. Certaines fédérations ont envoyé les mêmes doléances que deux ans plus tôt, d’autres ont fait de nouvelles demandes, ce qui témoigne du fait que de nombreuses fédérations nationales n’étaient pas satisfaites du projet initialement proposé par la commission de réorganisation.

Afin de faire le tri entre les nouvelles et anciennes propositions, mais aussi de les hiérarchiser, les membres du bureau de la commission, le président, Rodolphe Seeldrayers, le secrétaire général Kurt Gassmann et les deux secrétaires adjoints Ottorino Barassi et Stanley Rous se réunissent en novembre 1952 à Londres. Aucun Sud-Américain ne participe à ces discussions. De celles-ci, il ressort un document de synthèse accompagné d’un bref commentaire co-signé par les quatre dirigeants, qui doit permettre de préparer une nouvelle session de travail de la commission←250 | 251→ de réorganisation159. Il y est en particulier indiqué que deux associations européennes, respectivement l’Allemagne et la Yougoslavie, ont envoyé des propositions – avec des divergences sur la forme – en vue de créer des entités continentales au sein de la FIFA. L’idée de régionaliser la FIFA, défendue par les dirigeants sud-américains, commence à être considérée comme une alternative par quelques fédérations européennes. Si les membres du bureau de la commission de réorganisation estiment aussi que la création d’entités régionales est désormais une possibilité à envisager dans un futur proche, ils pensent toutefois qu’il encore trop tôt pour entamer ce processus. Dès lors, ils s’emploient à contrer les projets considérés comme « révolutionnaires » des fédérations allemandes et yougoslaves. Ils avancent notamment un argument géographique. En effet, selon eux, la vision de l’Europe proposée par l’association allemande et yougoslave est erronée, l’Europe étant composée de trente-deux associations160. Or, dans les deux projets, l’Europe reste divisée par le clivage de la Guerre froide. Cette vision de l’Europe qui s’établit sur les échanges footballistiques européens tels qu’ils existaient durant l’entre-deux-guerres161 paraît un argument implacable. En effet, si à cette période des associations de football des deux côtés du Rideau de fer commencent à rejouer les unes contre les autres, il semble par contre difficilement envisageable que tous les pays européens puissent se réunir au sein d’un même organisme. Le bureau de la commission d’études propose donc de conserver le statu quo en confirmant néanmoins les dispositions de l’année précédente, à savoir de réserver des places fixes au sein du comité exécutif aux associations africaines et asiatiques. Au mois de mars 1953, une nouvelle réunion de la commission de réorganisation se déroule à Paris, qui a pour but d’examiner le document de synthèse établi par son bureau.

Les dirigeants présents entérinent l’augmentation de trois places au sein du comité exécutif, qui doit notamment permettre aux associations africaines et asiatiques de disposer de représentants. Par ailleurs, le nouveau texte prévoit que l’élite de la FIFA soit élue par une association nationale←251 | 252→ (pour le vice-président soviétique), par un groupe d’associations nationales (pour le vice-président britannique, le vice-président et le membre choisi par les Sud-Américains, les membres choisis par les associations d’Amérique centrale, d’Amérique du Nord, d’Afrique et d’Asie) ou « au congrès par le reste des autres associations nationales » (pour tous les autres dirigeants)162. C’est alors que, dans le but de confirmer la régionalisation de la FIFA, mais aussi de faire un pas en avant dans cette direction, les deux délégués sud-américains proposent que « le reste des autres associations nationales » soit remplacé par le terme « Europe ». Nous pouvons supposer que ce procédé recèle plusieurs avantages pour les associations sud-américaines. Premièrement, il permet de ne pas trop remettre en cause la domination européenne sur la FIFA et pourrait donc avoir comme effet de convaincre les associations du Vieux Continent de finalement accepter de créer des organismes régionaux au sein de la FIFA. Deuxièmement, en réservant des places à l’Europe, cela limiterait les places au sein du comité exécutif des autres pays extra-européens. L’influence de l’Amérique latine au sein de la FIFA serait dès lors renforcée. En effet, en conservant sa place de vice-président et en obtenant une place fixe de membre, ce continent sécurise sa position en tant que deuxième force au sein de la Fédération internationale après l’Europe, et ce d’autant plus que ses représentants pourront aisément former des alliances à l’échelle panaméricaine avec les deux places réservées aux associations d’Amérique centrale et du Nord. Ce souhait de ne pas donner trop de place dans le comité exécutif aux associations africaines et asiatiques est toujours partagé par les associations d’Europe de l’Ouest. Troisièmement, la proposition de réserver des places aux Européens oblige quasiment ceux-ci à créer un organisme continental. Or, en raison du contexte de Guerre froide, celui-ci risque d’avoir des difficultés à bien fonctionner, ce qui laisserait des possibilités d’action au sein de la FIFA aux Sud-Américains qui, comme le montre le congrès de 1952, arrivent souvent à défendre une position commune.

La proposition des Sud-Américains n’est pas suivie par la majorité des autres dirigeants présents. Ce manque de soutien en vue de leur requête ne doit pas se comprendre uniquement en raison de divergences sur la manière de conduire la réforme, mais aussi à cause de la difficulté des délégués sud-américains à créer des alliances avec leurs homologues européens. Cette situation s’explique peut-être par le fait que, contrairement aux←252 | 253→ autres membres de la commission, les délégués sud-américains sont novices et participent pour la première fois à une réunion de la commission de réorganisation. En effet, en 1952, Ernesto Alveal remplace Luis Valenzuela alors qu’Alvaro Ramirez succède à Juan Russo163. Ce manque de continuité est pénalisant et empêche sans doute la création d’un climat de confiance entre les deux Sud-Américains et les dirigeants du Vieux Continent.

Malgré le refus de la commission d’études de soutenir la proposition des deux délégués sud-américains, dans une lettre adressée au secrétaire général de la FIFA, Kurt Gassmann, quelques jours après la réunion, Rodolphe Seeldrayers reconnaît que celle-ci fait sens. De plus, il se permet de sortir de sa réserve habituelle et écrit : « Après tout c’est peut-être la meilleure méthode. Ainsi, l’Europe, du moment que le vice-président britannique vote avec ses délégués et que le président est européen, aura la majorité au sein du comité [exécutif de la FIFA] et, par le président, la voix prépondérante164. » À la fin du mois de mars, Seeldrayers indique à ses collègues du comité exécutif que les changements apportés aux statuts ne vont pas réformer l’architecture de la FIFA et que « les craintes qu’une Confédération européenne pourrait être formée comme contrepoids à la Confédération sud-américaine ont vite été dissipées »165. Il s’agit désormais de convaincre la majorité des associations nationales d’accepter le nouveau projet de statuts.

À cet effet, une nouvelle réunion du bureau de la commission est prévue à la fin juin pour finaliser le travail. Celle-ci se déroule au domicile d’Ernst Thommen166, avec la participation du représentant des pays scandinaves, Ebbe Schwartz. Ce dernier est justement présent à Bâle car l’équipe nationale danoise affronte la Suisse le soir même dans la cité rhénane. Sa présence est troublante puisqu’il ne fait pas partie du bureau de la commission. La participation du dirigeant danois semble montrer qu’avant de soumettre le projet, les membres du bureau de la commission de réorganisation tentent de recueillir le plus d’avis possible←253 | 254→ sur la question, et en particulier ceux des associations européennes d’Europe de l’Ouest. À Bâle, Rous peut parler au nom des Britanniques, Barassi – et Thommen, qui participe sans doute aux discussions en dehors des réunions officielles – au nom de la vingtaine d’associations européennes qui se sont réunies en 1952167 et Schwartz représente les intérêts des associations scandinaves. À noter encore que, dans une lettre datant du 10 juin, l’association suisse de football – dont Thommen est président – invite tout le bureau de la commission à assister au banquet qui suit la rencontre internationale. Il est fait également mention de la présence de Lotsy et de Rimet. En raison des pratiques qui existent au sein de la FIFA depuis l’entre-deux-guerres, nous pouvons en déduire que des discussions informelles s’engagent entre tous ces dirigeants. En juin 1953, ce sont donc les principaux leaders du football d’Europe de l’Ouest qui sont réunis à Bâle, de manière formelle ou non, pour discuter des ultimes étapes du projet de nouveaux statuts.

Parallèlement à ces démarches, d’autres discussions ont lieu dans les semaines qui suivent. Par exemple, l’association yougoslave organise une conférence à Split les 7 et 8 août 1953 dans le but de discuter de l’amélioration du « niveau du football européen »168, mais aussi de créer une compétition européenne pour les juniors. Les associations suivantes répondent à l’appel (par ordre alphabétique) : Autriche, Allemagne de l’Ouest, Angleterre, Suisse, Grèce, Turquie et Yougoslavie. Rous et Thommen participent à l’événement169, et nous pouvons penser que celui-ci constitue une occasion supplémentaire pour ces dirigeants de discuter de la réforme de la FIFA, notamment de la demande de création de groupements continentaux transmise par l’association yougoslave. Ainsi, dans le courant de l’été, plusieurs discussions ont lieu entre les dirigeants de la vingtaine d’associations européennes qui ont co-signé, au printemps 1952, une proposition de réforme des statuts de la FIFA.

Dans le projet qui est finalement transmis aux associations nationales en vue d’une discussion lors d’un congrès extraordinaire fixé en novembre 1953 à Paris, il n’est pas fait mention de la proposition des dirigeants sud-américains. De plus, aucune place n’est formellement réservée à l’Europe dans le comité exécutif de la FIFA. En fait, le projet de nouveaux statuts ne←254 | 255→ propose toujours pas vraiment une réforme de la structure de la Fédération internationale, mais plutôt une adaptation de ses statuts.

En novembre 1953, soit à la veille du congrès extraordinaire de la FIFA qui doit prendre une décision sur la future structure de l’organisation, dans quel état d’esprit sont les délégués qui convergent vers la capitale française ? Lors de la séance du comité exécutif qui doit préparer l’assemblée, Ernst Thommen mentionne à ses collègues qu’il n’est pas souhaitable de régionaliser la FIFA. Cependant, il indique aussi qu’il devrait être permis à des associations nationales d’un continent de se mettre ensemble afin « de créer un organisme leur permettant de sauvegarder leurs intérêts »170. Sa proposition témoigne de l’incertitude qui règne chez plusieurs dirigeants du football européen, ces derniers semblant se préparer à éventuellement devoir négocier une réforme plus conséquente de la FIFA. Thommen se permet d’exposer l’idée de la création d’une entité européenne à ses collègues du comité exécutif, démarche qu’il n’a jamais réalisée auparavant. Même si aucune proposition fondamentale contraire au projet de nouveaux statuts n’a été annoncée, la tension est palpable et, selon des journalistes français, « une joute oratoire Europe-Amérique latine »171 est attendue lors du congrès extraordinaire. Dans le même temps, et afin d’aborder les travaux, la confédération sud-américaine se réunit préalablement dans le but de définir une ligne de conduite commune. De même, vingt-huit associations européennes tiennent une réunion la veille du congrès, nombre qui semble indiquer que, pour la première fois, des associations du bloc soviétique participent également aux discussions. Il ressort de celles-ci qu’une majorité d’associations européennes prône de ne rien changer car, si elles concèdent qu’il est nécessaire de réformer la structure de la FIFA, elles demandent de continuer à étudier le sujet et surtout ne souhaitent pas donner des places fixes au sein du comité exécutif aux associations d’Amérique du Nord, d’Afrique et d’Asie. Elles argumentent pour cela que le football n’est pas encore suffisamment développé dans ces régions.

La future formation du comité exécutif (article 17 du projet de réforme) constitue le point le plus important des séances du congrès extraordinaire qui s’ouvre le 12 novembre 1953172. Dès le début des discussions, le délégué uruguayen et nouveau secrétaire de la Confédération d’Amérique←255 | 256→ du Sud, Rotili, intervient : « Les associations [sud-américaines] désirent prendre part au congrès, conscientes de leur force et ayant donné de multiples preuves de leur puissante organisation et administration et de leur volonté de travailler pour le développement du football173. » Cette intervention annonce la couleur et confirme les ambitions des associations qui proviennent d’Amérique latine, à savoir d’obtenir davantage de places fixes au sein du comité exécutif de la FIFA. À sa suite, le président de l’Union belge, George Hermesse, prend la parole et – fait totalement nouveau – s’exprime au nom « d’un groupement d’associations européennes » . Il indique que les Européens souhaitent conserver le statu quo et qu’ils proposent de reporter la décision finale à un prochain congrès. Les associations européennes tentent donc de faire obstruction à une réorganisation de la FIFA, tactique qui leur permet en fait de jouer la montre. En effet, cette manière de procéder a pour avantage de jauger les réactions des dirigeants sud-américains et, le cas échéant, de rediscuter en dehors des sessions afin de trouver un possible terrain d’entente avec eux.

C’est en fait « dans la coulisse »174 et en marge des réunions officielles que la réorganisation de la FIFA va se jouer lors d’une assemblée informelle organisée entre les dirigeants sud-américains et européens le premier soir du congrès.

3.2.2. Le « compromis Thommen »

La réunion entre Sud-Américains et Européens175 se déroule dans la soirée du premier jour de l’assemblée générale et fait suite à une proposition de compromis soumise en fin d’après-midi par Ernst Thommen. Afin de sortir de l’impasse, le dirigeant helvétique propose d’aller dans le sens des associations sud-américaines et de réserver des places au sein du comité exécutif aux associations européennes. Ernst Thommen semble avoir préparé le terrain puisqu’il s’est préalablement entretenu à ce sujet avec Barassi et Seeldrayers ainsi qu’avec l’Uruguayen Rotili et le Brésilien Sotero Cosme. Dans cette recherche de consensus, il←256 | 257→ peut aussi compter sur le soutien de l’Espagnol Munoz Calero, qui essaie d’établir un lien entre les Européens et les Sud-Américains. Alors qu’il est à la même période en train d’essayer d’organiser un match « Europe-Amérique du Sud » à Madrid en 1954 pour fêter le cinquantenaire de la FIFA176, Munoz Calero recommande de suivre la proposition de Thommen. Il rappelle que « les délégués de l’Amérique du Sud sont venus pour collaborer et ils se sont longuement préparés pour ce travail. Un pas en avant a été fait au congrès de Luxembourg [de 1946] en accordant une vice-présidence aux associations sud-américaines et il faut continuer à aller de l’avant177. »

Le lendemain, Ernst Thommen expose devant l’assemblée les conclusions de la réunion entre les dirigeants européens et sud-américains, qui a abouti à l’élaboration d’une nouvelle rédaction de l’article 17. Désormais, les associations européennes reconnaissent le droit à l’Afrique et à l’Asie de disposer d’un siège chacune au sein du comité exécutif de la FIFA. Par ailleurs, elles acceptent de s’y réserver deux places de vice-président et quatre places de membres. Thommen explique que l’abandon de l’élection directe du comité exécutif de la FIFA est, pour lui et plusieurs de ses collègues dirigeants des associations européennes, inévitable. La pression constante des dirigeants sud-américains qui risquent, à terme, de perpétuer les conflits au sein de la FIFA semble donc avoir pesé de tout son poids dans la balance et a finalement eu raison des dernières résistances des dirigeants européens. Par ailleurs, cette proposition correspond finalement également aux volontés d’adapter la structure de la FIFA au contexte du football international portées par la nouvelle génération de dirigeants du football européen, dont Thommen est, avec Barassi et Rous, le porte-parole. Il s’agit désormais pour lui de convaincre le reste de l’assemblée de se rallier à cette proposition. Cette décision n’est pas sans conséquence pour les associations européennes car, comme le rappelle le dirigeant suisse, elle implique que celles-ci devront prochainement se réunir afin de créer une organisation. Or cela signifie que les Européens de l’Ouest et le bloc soviétique devront se réunir, ce qui constitue alors une exception : à cette époque, seule la Commission économique pour le développement de l’Europe des←257 | 258→ Nations unies (UNECE) réunit ces pays. Au sujet de la géographie du futur regroupement, Thommen ajoute encore que l’invitation pour la réunion « sera également adressée aux associations du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord qui décideront si elles veulent y donner suite »178. Ces territoires restent encore largement sous domination coloniale, ce qui explique leur intégration éventuelle à l’espace footballistique européen. Alors qu’il était l’un des premiers congressistes à s’exprimer, George Hermesse reprend la parole en toute fin de congrès. Se faisant une nouvelle fois le porte-parole des associations européennes, il encourage les congressistes à accepter la proposition de son collègue suisse. Il souligne aussi que les fédérations nationales européennes (en tout cas de l’Europe de l’Ouest) acceptent de « faire un sacrifice » vis-à-vis de leurs homologues africaines et asiatiques en leur laissant des places au sein du comité exécutif de la FIFA. Le terme « sacrifice » nous interpelle puisque la solution préconisée favorise encore largement les fédérations du Vieux Continent qui vont disposer de deux vice-présidents et de quatre membres, soit la plus grande représentation au comité exécutif. Ce vocabulaire révèle l’européocentrisme qui prédomine encore chez plusieurs dirigeants européens, qui considèrent que la FIFA doit avant tout être dirigée par les associations de leur continent. Mais les Européens ont décidé, fidèles à la politique de médiation des conflits qui existe au sein de la FIFA et afin d’éviter que des problèmes plus graves n’éclatent au sein de la Fédération internationale, d’accorder un peu de leur pouvoir aux dirigeants des associations extra-européennes. Dans cette optique, le terme « sacrifice » sert à souligner devant ces dirigeants que les Européens font un pas dans leur sens.

La proposition d’Ernst Thommen est bien accueillie par la majorité des associations et notamment par les représentants africains et asiatiques. Un délégué égyptien, dont l’intervention est vivement applaudie, indique qu’elle répond aux attentes des pays de son continent. Les statuts de la FIFA, ajoute-t-il, doivent être adaptés au contexte mondial et sauvegarder les intérêts de tous. Ce point de vue est soutenu par les délégués du Vietnam, Luong-Van-Hoa, et du Laos, Oudong Sananikone. Ces réactions montrent autant le succès de la tactique des dirigeants européens de l’Ouest que l’échec de la stratégie de séduction conduite par les Soviétiques vis-à-vis des associations extra-européennes. Par l’intermédiaire de cette alliance entre les Européens de l’Ouest et les Sud-Américains, la continentalisation de la FIFA semble en bonne voie. Le président Rimet met au vote la question de savoir si les associations←258 | 259→ souhaitent, oui ou non, la création d’organismes continentaux, dont la tâche principale serait d’élire les membres du comité exécutif de la FIFA (article 17 des nouveaux statuts). Le délégué sud-américain Rotili, en faveur de la réforme, et le Soviétique Savin, qui y est opposé, mettent alors une ultime pression sur les congressistes en demandant que le vote soit réalisé par appel nominal. Ce fait est rarissime et montre qu’une certaine tension est encore palpable et que les différents acteurs essaient par tous les moyens possibles de faire passer leurs idées. Ce procédé ne change pas la donne, le résultat final étant, sans équivoque, en faveur du « compromis Thommen ». La proposition sur le changement des statuts est largement ratifiée par 39 voix contre 6, ce qui montre qu’une coalition entre les associations d’Europe de l’Ouest, les pays d’Amérique latine et les autres pays extra-européens présents a été conclue. En fait, les refus proviennent uniquement des pays du bloc soviétique. Ainsi, leurs tentatives de créer des alliances avec les dirigeants des pays africains et asiatiques se soldent par un échec. Quant à la Yougoslavie, elle s’est abstenue.

Après trois ans de travail et de multiples discussions formelles et informelles, les congressistes s’accordent pour réformer l’élection des dirigeants du comité exécutif. Désormais, ses membres ne seront plus élus lors de l’assemblée générale, mais indirectement par des groupements continentaux. Conscient de l’importance de la décision qui vient d’être prise, Jules Rimet, qui vit son dernier congrès en tant que président, se permet de prendre la parole. Il souligne, une nouvelle fois, son attachement à l’unité de la FIFA, car il est conscient du risque pris avec la création de groupements continentaux, ces derniers pouvant à terme créer des divisions au sein de la Fédération internationale. Toutefois, il s’accorde avec la décision prise par ses collègues et, en bon joueur, mentionne que « tous ceux qui auront l’honneur d’être placés à la tête de la Fédération internationale, désigné chacun par leurs régions, y apporteront un sentiment d’unité, un sentiment d’harmonie, un sentiment d’équité qui permettra à votre Fédération, après avoir existé depuis cinquante années déjà, de vivre encore longtemps »179.←259 | 260→

Tableau 13. Composition du comité exécutif selon le nouveau projet de statuts de la FIFA

Fonctions au sein du comité

Nombre de dirigeants

Organe électeur

Président

1

Congrès

Vice-présidents

5

Groupe des associations européennes (2)* , Confédération d’Amérique du Sud (1), Associations britanniques (1)**, Union soviétique (1)**

Membres

8

Groupe des associations européennes (4)*, Confédération d’Amérique du Sud (1), Confédération centrale (1), Groupe des associations africaines (1)* ; Groupe des associations asiatiques (1)*

Légende : * : groupe à constituer d’ici le prochain congrès de la FIFA de juin 1954. Si le groupe n’est pas constitué, le congrès élira les représentants de ces associations ; ** : ces associations ne prennent pas part aux élections des représentants du groupe des associations européennes au comité exécutif de la FIFA.

Ce vote ne signifie cependant pas la fin du congrès, beaucoup de sujets restant encore à aborder. Leur traitement ne pose pas de véritables problèmes et la vitesse à laquelle les travaux avancent étonne même certains délégués comme l’Argentin Carrioli, qui « est surpris par la rapidité des débats et par les marques d’impatience des délégués venus de pays peu éloignés alors que d’autres viennent de régions très éloignées »180. Les journalistes de France football, Max Urbini et Jean-Philippe Réthaker, précisent – sur un ton un peu sarcastique – que les 42 derniers articles ont été traités en deux heures, contrastant avec les neuf heures passées uniquement sur l’article 17181. Les discussions touchent finalement à leur terme et une commission de rédaction est nommée, composée de Seeldrayers, Gassmann, Rous – qui se chargera du texte en anglais –, Delaunay – qui révisera le texte en français – et l’Espagnol Ramirez – qui traduira le document en espagnol. Force est de constater que ce sont des Européens qui se chargent de finaliser le travail, confirmant ainsi qu’ils conservent la mainmise sur l’organisation.

Quelques jours après le congrès, l’un des principaux acteurs de celui-ci, le Belge George Hermesse, indique à ses collègues de l’Union belge qu’une←260 | 261→ « formule de compromis présentée par les associations européennes a été admise en ce qui concerne la composition du comité exécutif »182. Par contre, il ne fait aucunement mention du groupement que les Européens doivent désormais fonder. Rodolphe Seeldrayers se montre plus enthousiaste et n’hésite pas à écrire à Kurt Gassmann que l’assemblée a été un « triomphe »183, soulignant que les propositions de modifier totalement l’architecture de la FIFA – en particulier l’idée de créer des groupements continentaux qui s’occuperaient de la gestion du football sur leur continent – n’ont finalement pas été acceptées.

En fait, plus qu’un simple changement de modalité d’élection des dirigeants du comité exécutif de la FIFA, les décisions prises à Paris ouvrent une ère nouvelle de son histoire. Comme nous allons le développer dans le chapitre suivant, elles vont mener à sa régionalisation, ce qui va entraîner un changement fondamental de son fonctionnement ainsi qu’à une nouvelle répartition des tâches en matière de gestion du football international. Cette décision ouvre donc en grand la porte à la création d’une entité européenne de football.←261 | 262→ ←262 | 263→


1 « Le Tour d’Europe empêche l’élaboration définitive du calendrier routier français », L’Équipe, 18 novembre 1953.

2 Des extensions sont envisagées vers d’autres pays bordés par la Méditerranée comme l’Espagne. « L’Italie sur la voie de la conquête de la suprématie européenne », France football, 3 mai 1949.

3 « Ainsi tourne la boule », France football, 28 août 1951,

4 Mourlane S., « A Brief Moment of Latinity? France, Italy and the Latin Cup 1949-1957 », Sport in History, 35, n° 4, 2015, pp. 580-590.

5 Dichter H., « Kiking around international sport », op. cit.

6 « Popularité, stades vétustes mais en reconstruction, jeu excellent, proches perspectives d’une Fédération et de la reprise des relations internationales », France football, 8 mars 1949.

7 Un « comité de coordination du football » est mis en place dès 1948 et doit préparer la refondation du DFB. Anonyme, Procès-verbal de la réunion de fondation du comité de coordination du 10 avril 1948, n.d. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Allemagne (1938-1950), dossier : 1949-31.12.1950.

8 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 22-23 juin 1950, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

9 Sur l’indépendance prise par les dirigeants du football sarrois vis-à-vis de la France, voir : Lanfranchi P., « Le football sarrois de 1947 à 1952. Un contre-pied aux actions diplomatiques », Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. 26, 1990, pp. 59-66. Et pour davantage de détails sur le football sarrois : Reichelt B., Fußball im Deutschfranzösischen Grenzraum Saarland/Moselle 1900-1952. Eine transnationale Geschichte politischer Inszenierung und sportlicher Emanzipation, Stuttgart, Franz Steiner, 2014.

10 Filitov A., « Germany as a European problem in Soviet and French views (1940s-1950s years) », dans Soutou G.-H., Robin-Hivert E. (dir.), L’URSS et l’Europe : de 1941 à 1957, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, 2007, pp. 311-331.

11 « La Coupe internationale des Grasshopper amorce d’un championnat d’Europe », France Football, 5 février 1952.

12 « Ainsi tourne la boule », France football, 3 octobre 1950.

13 « Ainsi tourne la boule », France football, 13 février 1952.

14 Sur le Dégel, voir notamment le numéro spécial de la revue Cahiers du Monde russe « Repenser le Dégel », coordonné par Eleonory Gilburd et Larissa Zakharova en 2006. Voir également des contributions dans le numéro spécial de la revue Vingtième Siècle. Revue d’histoire intitulé « Le bloc de l’Est en question », coordonné par Sandrine Kott et Justine Faure en 2011. Enfin, pour une discussion sur le début du dégel, voir : Lipkin M., « Avril 1952, la conférence économique de Moscou : changement de tactique ou innovation dans la politique extérieure stalinienne ? », Relations internationales, vol. 147, n° 3, 2011, pp. 19-33.

15 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 27-28 mars 1953. Procès-verbal, 21 avril 1953, FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1953-1954).

16 « Angleterre contre reste du monde : une grande parade à valeur symbolique et commémorative », France football, 20 octobre 1953.

17 Hadas M., « Stratégie politique et tactique sportive : esquisse d’une analyse socio-historique du style de jeu de “l’équipe d’or” hongroise des années cinquante », dans Hélal H., Mignon P. (dir.), Football : Jeu et Société, Paris, Institut national du sport et de l’éducation physique, 1999, pp. 85-99.

18 Pour un aperçu de l’utlisation du football hongrois par le gouvernement, voir : Majtényi G., « Football et pouvoir dans la Hongrie communiste », dans Archambault F., Beaud S., Gasparini W., Le football des nations, op. cit., pp. 109-120.

19 Kowalski R., Porter D., « England’s world turned upside down? Magical Magyars and British football », Sport in History, vol. 23, n° 2, 2003, pp. 27-46.

20 Lettre de R.W. Seeldrayers à I. Schricker, 30 novembre 1948, FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1947 au 31 décembre 1949.

21 Marston K.T., « “Sincère camaraderie”», op. cit.

22 Entretien avec Jacques Ferran, réalisé le 19 septembre 2012 à Paris.

23 Entretien avec Hans Bangerter, réalisé le 1er octobre 2012 à Bollingen.

24 « Qui succédera au docteur Schricker au poste de secrétaire général de la FIFA ? », France football, 12 juillet 1950.

25 Rous S., Football worlds, op. cit., pp. 128-129.

26 Lettre de K. Lotsy à I. Schricker, 9 novembre 1950. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance K. Lotsy (1.1.49-31.12.50). Lotsy joint à ce courrier la lettre de motivation du candidat, M. Glérum.

27 « M. Thommen. Membre d’honneur du DFB », La Semaine sportive, 23 novembre 1950.

28 Anonyme, Procès-verbal de la réunion de la délégation du bureau de la FIFA du 29 décembre 1950, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

29 Anonyme, Procès-verbal de la réunion entre E. Thommen, O. Barassi, S. Rous, I. Schricker et Mme Kurmann du 11 octobre 1950, 16 octobre 1950. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

30 Anonyme, Procès-verbal de la réunion de la délégation du bureau de la FIFA du 29 décembre 1950, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

31 Dans un livre à caractère hagiographique réalisé par le journaliste Daniel Schaub sur la vie du dirigeant bâlois, Kurt Gassmann est présenté avec quelques autres dirigeants, sous la rubrique « amis et bienfaîteurs ». Schaub D., Ernst B. Thommen. Das bewegte Leben des grossen Schweizer Sportförderers, Basel, Rotweiss, 2013, p. 143.

32 Anonyme, « Renseignement confidentiel », 6 mai 1946. Archives du Comité international olympique (CIO), correspondance du CNO de la Suisse, dossier : D-RM01-SUISS/006. Merci à Quentin Tonnerre pour cette information.

33 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 2 décembre 1950, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

34 Dans un courrier, Seeldrayers indique à Gassmann : « Je saisis cette occasion, mon cher Gassmann, pour vous dire combien je suis heureux de votre bonne collaboration à la FIFA ». Lettre de R.W. Seeldrayers à K. Gassmann, 15 janvier 1951. FIFA, réorganisation 50-53, 1. Commission d’étude et bureau, dossier : réorganisation séance des 29-30 mars.

35 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion de la délégation du bureau de la FIFA des 16-17 août 1951, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

36 Lettre de K. Gassmann à J. Rimet, O. Barassi, S. Rous et E. Thommen, 18 mai 1951. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952). Depuis 1931, la Fédération internationale ne dispose que de quelques bureaux situés sur la Bahnofstrasse de Zurich.

37 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité d’urgence de la FIFA du 25 septembre 1954, 5 octobre 1954. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1953-1954).

38 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 18 novembre 1954, 29 novembre 1954. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1953-1954).

39 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 8-9 septembre, 17 septembre 1952. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

40 Entretien avec Hans Bangerter réalisé le 1er octobre 2012 à Bollingen.

41 « Hiroshima du football », France football, 26 juillet 1949.

42 Alfred Verdyck, secrétaire de l’Union belge durant près de trente ans a, semble-t-il, détourné de l’argent à son propre compte, ce qui l’oblige à démissionner en 1949. Il reçoit néanmoins le soutien de Seeldrayers, position qui lui vaut de nombreuses critiques au sein de l’Union belge de football.

43 Lettre de R.W. Seeldrayers à E. Thommen, le 10 mai 1955. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1951-1955.

44 Il est notamment délégué de la Fédération italienne au sein du comité exécutif de la Coupe internationale puis il participe à la création de la Coupe latine et œuvre à la mise en place de la Coupe de la Méditerranée.

45 Homburg H., « Ernst Thommen, die Schweiz und der Weltfussball, 1946-1962 », Basler Zeitschrift für Geschichte und Altertumskunde, vol. 107, 2007, pp. 69-102.

46 « Sir, Stanley Rous. “Sportivement et économiquement la formule actuelle de la Coupe du monde est périmée…” », L’Équipe, 21 juin 1950.

47 « Pour la Coupe du monde, Jules Rimet de 1954 », France football, 10 juin 1952.

48 Rous S., « Le rôle des confédérations », dans Bangerter H., UEFA Handbook, Berne, UEFA, 1963.

49 Dans son autobiographie, Rous note qu’à la fin des années 1940, beaucoup de dirigeants du football européen le visitent régulièrement au siège de la FA.

50 « La Coupe internationale a-t-elle vécu ? L’Italie n’aura pas terminé son programme l’an prochain », France football, 19 avril 1949.

51 Profitant de la présence de Barassi sur ce continent, le comité exécutif de la FIFA le charge souvent de discuter avec les dirigeants de la Confédération sud-américaine afin de régler certains problèmes. C’est par exemple le cas lorque l’association brésilienne met du temps à régler la somme qu’elle doit à la FIFA pour la Coupe du monde de 1950.

52 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 1er mars 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52).

53 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 29 mars 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52).

54 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 19 avril 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52).

55 Delaunay H., Procès-verbal du bureau fédéral de la Fédération française du 25 avril 1952, n.d. Archives de la Fédération française de football (FFF), livre : procès-verbaux du Bureau fédéral n° 30 (08.51-05.52).

56 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 3 mai 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52).

57 Annexe d’une lettre d’O. Barassi à R.W. Seeldrayers, n.d. FIFA, réorganisation 50-53. 1. Commission d’étude et bureau, dossier : réorganisation 50/52.

58 Infra 3.2.1.

59 Annexe d’une lettre d’O. Barassi à R.W. Seeldrayers, n.d. FIFA, réorganisation 50-53. 1. Commission d’étude et bureau, dossier : réorganisation 50/52.

60 Lettre de R.W. Seeldrayers à K. Gassmann, 16 mai 1952. FIFA, réorganisation 50-53. 1. Commission d’étude et bureau, dossier : réorganisation 50/52.

61 Avec la création de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) en 1948, puis de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) une année plus tard. Pour une synthèse sur ce processus, voir : Bitsch M.-T., Histoire de la construction européenne. De 1945 à nos jours, Bruxelles, Complexe, 2012 [1996].

62 Roussellier N., L’Europe des traités. De Schuman à Delors, Paris, CNRS Éditions, 2007, p. 34.

63 Wassenberg B., Histoire du Conseil de l’Europe (1949-2009), Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2012, p. 57.

64 Pour un aperçu de la création de la CECA voir : Bitsch M.-T., « La première institution supranationale. Du nouveau sur l’histoire de la Haute Autorité de la CECA », dans Bitsch M.-T., La construction européenne. Enjeux politiques et choix institutionnels, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2007, pp. 97-113.

65 Mittag J., « Negotiating the Cold War? », op. cit.

66 « Vers un Championnat d’Europe disputé à Strasbourg, “capitale”, France football, 22 août 1950. Selon ce journal, cette idée serait soutenue par le nouveau président du Conseil de l’Europe – et figure majeure de la construction européenne durant les années 1950 –, le Belge Paul-Henri Spaak, qui est décrit comme « un amateur éclairé de football ». Cet attrait de Spaak pour le football est confirmé par Michel Dumoulin : Dumoulin M., Spaak, Bruxelles, Racine, 1999.

67 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 21 juin 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52). Parallèlement, Jean Monnet, alors président de la Haute Autorité gérant la CECA et jamais à court d’idées pour développer le projet européen, griffonne sur un bout de papier l’idée de mettre sur pied une équipe de football continentale « acier contre charbon ». Anonyme, Note de Jean Monnet, 4 février 1952. Archives de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe. Document que nous a gentiment transmis par mail un des archivistes de la Fondation.

68 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 7 mars 1953, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52).

69 « Deux événements européens à Zurich : entretiens européens et Suisse-Angleterre », L’Équipe, 25 mai 1952.

70 Lettre de H. Käser à K. Gassman, 7 janvier 1952. FIFA, Réorganisation 1950-1953, 1. Commission d’étude et bureau, dossier : conférence du 27 mai 1952 à Zurich.

71 Crahay J., « Des origines de l’UEFA », dans Rothenbuehler R., Les 25 ans de l’UEFA, UEFA, 1979, p. 19.

72 « À Zurich, les représentants de 13 nations jettent les bases d’une entente européenne », L’Équipe, 28 mai 1952.

73 « Les “treize” ont terminé leurs travaux et nommé leur Bureau », L’Équipe, 29 mai 1952.

74 Anonyme, Procès-verbal du comité exécutif de l’Union belge du 7 juin 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 51-52).

75 Käser, H., Bericht über die Tagung der Europäischen FIFA. Verband in Paris, Rue de Londres 22, 27. Juni 1952. FIFA, réorganisation 1950-1953. 1. Commission d’étude et bureau/révision, dossier : conférence du 27 mai 1952 à Zurich.

76 Bauwens ambitionne, à terme, de pouvoir récupérer sa place au sein du comité exécutif de la FIFA. Quant à Delaunay, la position qu’il occupe depuis l’entre-deux-guerres en tant que secrétaire dans la commission des Lois du jeu est en effet mise en danger par le projet de réforme.

77 Barassi O., Crahay J., Delaunay H., « Projets d’additifs ou d’amendements aux derniers projets de modifications aux statuts et règlements élaborés par la commission d’étude de la FIFA », 27 juin 1952. FIFA, réorganisation 1950-1953, 3. Propositions et projets, dossier : propositions.

78 Par ordre alphabétique : Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Écosse, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Sarre, Suède, Suisse et Yougoslavie.

79 Lettre de O. Barassi à H. Käser, 10 juillet 1952. FIFA, réorganisation 1950-1953, 4. Propositions et projets, dossier : propositions.

80 Käser H., Bericht über die Tagung der Europäischen FIFA. Verband in Paris, Rue de Londres 22, 27. Juni 1952. FIFA, réorganisation 1950-1953. 1. Commission d’étude et bureau/révision, dossier : conférence du 27 mai 1952 à Zurich.

81 Lettre de O. Barassi à H. Käser, 10 juillet 1952. FIFA, réorganisation 1950-1953, 4. Propositions et projets, dossier : propositions.

82 Supra 1.3.2.

83 Dès les années 1946-1947, les Britanniques et les Français se voient contraints de quitter leurs possessions – non sans violences – au Proche-Orient. La décolonisation de l’Inde en 1948 marque un premier tournant dans le processus et semble signifier la fin de l’Empire britannique. Pour un propos général, voir : Michel M., Décolonisations et émergence du tiers monde, Paris, Hachette, 1993.

84 Par ordre d’arrivée et alphabétique : Guatemala et Syrie (1946) ; Afghanistan, Burma, Canada, Corée du Sud, Chypre, Gold Coast, Honduras, Iran, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Pays de Galles et Soudan (1948) ; Irak et Nicaragua (1950). Les six nouveaux arrivants européens sont les quatre associations britanniques et l’Union soviétique en 1946 ainsi que la Sarre en 1950.

85 Au début de l’année 1951, une réunion du comité exécutif à New York est envisagée. Cette idée n’est finalement pas réalisée en raison des coûts de transport qu’elle engendrerait, la plupart des membres provenant d’Europe. Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 6-7 octobre 1951, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

86 Schricker I., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 25-26 juillet 1946, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

87 Sur le développement du football en Afrique à cette période, voir : Dietschy P., « Le football africain, entre domination coloniale et émancipation », dans Singaravélou P., Sorez J. (dir.), L’Empire des sports. Une histoire de la mondialisation culturelle, Paris, Belin, 2010, pp. 53-69.

88 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 10-12 novembre 1945, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1940-1946).

89 Lettre de I. Schricker à l’Egyptian Football Association, 4 décembre 1945. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Égypte (1932-1994), dossier : 22 Egypt 1932-1950.

90 C’est en particulier la volonté du mouvement panafricaniste. Sur celui-ci, voir : Boukari-Yabara A., Africa unite ! : une histoire du panafricanisme, Paris, La Découverte, 2014.

91 Anonyme, « Annexe à l’ordre du jour du XXVII congrès à tenir à Rio de Janeiro les 22 et 23 juin 1950 », n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

92 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 21 juin 1950, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

93 Sur le rapport entre la France et ses colonies en matière sportive, voir : Charitas P., « A More Flexible Domination. Franco-African Sport Diplomacy during Decolonization, 1945-1966 », dans Dichter H., John A. (eds.), Diplomatic games. sport, statecraft, and international relations since 1945, Kentucky, Kentucky University Press, 2014, pp. 183-214.

94 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 22-23 juin 1950, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

95 Charitas P., « Imperialisms in the Olympics of the colonization in the postcolonization. Africa into the International olympic committee, 1910-1965 », The International Journal of the History of Sport, vol. 32, n° 7, 2015, pp. 909-922.

96 « Les associations établies dans une Colonie ou un Dominion peuvent, en accord avec l’association nationale de leur métropole, rester un groupement subordonné à celle-ci ou s’affilier directement à la Fédération ». Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1948], art. 1 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

97 Caballero M., Correa Meyer R., Procès-verbal de l’assemblée générale de la Confédération sud-américaine de mars-mai 1949, n.d. FIFA, correspondance avec les confédérations continentales : CONMEBOL (1941-1961), dossier : 1941-31.12.1950.

98 Le conflit consiste en une scission entre la fédération et la ligue professionnelle (ligue Dimayor). Il impacte tout le football sud-américain car la ligue Dimayor propose de hauts salaires aux joueurs. En raison de certaines décisions prises, comme le fait de ne verser aucune indemnité pour les transferts des joueurs et le refus de libérer les joueurs pour les rencontres des équipes nationales, elle se met en porte-à-faux par rapport aux autorités du football sud-américaine.

99 Entretien avec Hans Bangerter réalisé le 1er octobre 2012 à Bollingen.

100 Supra 1.3.2.

101 Rappelons que, pour déposer une modification de statuts durant le congrès, il est nécessaire que la proposition soit émise par trois associations nationales.

102 Anonyme, « Annexe à l’ordre du jour du XXVII congrès à tenir à Rio de Janeiro les 22 et 23 juin 1950 », n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

103 « 22 et 23 juin : congrès de la FIFA. La FIFA envisagera-t-elle aussi des réformes de structure ? », L’Équipe, 21 juin 1950.

104 Anonyme, Procès-verbal de la commission de selection de l’équipe nationale du 7 novembre 1949, n.d., Football Association, FA minutes 1949-1950. L’Association d’Argentine entretient une relation étroite avec la FA, puisque, dès sa création durant les années 1880, elle demande à être incorporée au sein de l’Association anglaise.

105 « M. Pefferkorn qui succédera au docteur Schricker au poste de secrétaire général de la FIFA ? », France football, 12 juillet 1950.

106 Anonyme, Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA des 22-23 juin 1950, n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

107 Gassmann K., Procès-verbal de l’assemblée générale de la FIFA du 21 juin 1954. FIFA, XXIX-XXX congrès ordinaires (1953-1959, rapport d’activité).

108 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 21 juin 1950, n.d., FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

109 Anonyme, Statuts de la FIFA [édition de 1948], art. 11 [des statuts]. FIFA, statuts, 1904-1981.

110 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 31 mars et 2 avril 1951, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

111 Cavallaro M. E., « The Spanish European integration. The first steps of a long journey (1975-1976) », dans Affinito M., Migani G., Wenkel C. (dir.), Les deux Europes. Actes du IIIe colloque international RICHIE, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2009, pp. 149-153.

112 Anonyme, Procès-verbal de la réunion de la commission d’étude pour la réorganisation de la FIFA des 29, 30-31 mars, n.d. FIFA, réorganisation 1950-1953, 1. Commission d’étude et bureau, dossier : procès-verbaux des séances.

113 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 2 décembre 1950, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

114 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 15-16 avril 1948, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

115 Schricker I., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA du 16 mai 1949, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1947-1950).

116 Andrianov est un dirigeant très important du sport soviétique des années 1940 aux années 1980. Dufraisse S., « Konstantin Andrianov », papier présenté lors du congrès annuel « The President, the secretary and the minister. Biographies from international sports leaders », Musée olympique de Barcelone, 14-15 juillet 2016.

117 Lettre de I Schricker au comité exécutif de la FIFA, 13 décembre 1946. FIFA, comité exécutif (circulaire aux membres 1946-1957).

118 Il ne semble pas que ce remplacement constitue une éviction mais plutôt une situation de circonstance – pour cause de maladie principalement – car Granatkine reste le président de la section de football de l’URSS. Il rependra son poste à la FIFA dès 1954.

119 Rider T., « Eastern Europe’s unwanted: exiles athletes and the Olympic games, 1948-1964 », Journal of Sport History, vol. 40, n° 3, 2013, p. 445.

120 Propos de Manuel Valdes dans une lettre adressée à la FIFA le 24 septembre 1951 et qui est citée par Paul Dietschy. Dietschy P., Histoire du football, op. cit., p. 366. Kubala sert la propagande franquiste dans la lutte que le régime mène contre le communisme. En 1954, le Hongrois joue même son propre rôle au cinéma dans un film intitulé Los Ases Buscan La Paz (Les As cherchent la Paix). Pour un propos autour de ce film, voir : Simón J.A., « Fútbol y cine en el franquismo: la utilización política del héroe deportivo en la España de Franco », Historia y communicación social, vol. 17, 2012, pp. 69-84.

121 Ce renforcement au sein des pays du bloc soviétique se matérialise notamment dans les nombreux échanges sportifs qui sont développés à cette période. Pour un aperçu de cette situation, voir : Dufraisse S., « The emergence of Europe-wide collaboration and competition: Soviet sports interactions in Europe. 1945 – mid-1960s », dans Vonnard P., Sbetti N., Quin G. (eds.), Beyond Boycotts, op. cit., pp. 71-81.

122 C’est notamment le cas au CIO : Charitas P., « La Commission d’Aide Internationale Olympique (CAIO) : un instrument de propagande soviétique ? (1951-1962) », Sport History Review, vol. 40, 2009, pp. 143-166.

123 Anonyme, « Annexe à l’ordre du jour du XXVII congrès à tenir à Rio de Janeiro les 22 et 23 juin 1950 », n.d. FIFA, classeur : XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

124 Lettre du secrétaire de la Fédération hongroise au secrétaire général de la FIFA, 5 décembre 1950. FIFA, Réorganisation 50-53, 3. Propositions et projets, dossier : correspondance générale.

125 Parks J., « Welcoming the “Third World”. Soviet sport diplomacy, developing nations and the Olympic games », dans Dichter H., John A., Diplomatic games, op. cit., pp. 85-114.

126 Heinrich Franke C., « Curtains in the European ether: broadcasting and the Cold War », dans Badenoch A., Fickers A., Heinrich-Franke C. (eds.), Airy Curtains in the European Ether: broadcasting and the Cold War, Baden-Baden, Nomos, 2013, pp. 183-219.

127 Même s’il ne représente pas les intérêts du bloc soviétique en raison des tensions toujours fortes entre Belgrade et Moscou, Andrejevic défend tout de même des positions relativement proches de celle des pays du bloc de l’Est.

128 Anonyme, Procès-verbal de la réunion de la commission d’étude pour la réorganisation de la FIFA des 4-5 octobre 1951, n.d. FIFA, réorganisation 1950-1953, 1. Commission d’étude et bureau, dossier : procès-verbaux des séances.

129 Gassmann K., Procès-verbal du comité exécutif de la FIFA des 6-7 octobre 1951, n.d. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

130 La rhétorique de la paix est une constante tout au long du récit de la thèse de Sylvain Dufraisse. Ce dernier note que le nom même des compétitions organisées entre les pays du bloc de l’Est doit servir cette politique (par exemple, il existe une « course cycliste de la paix »). Dufraisse S., Les « Héros du sport », op. cit., p. 227.

131 Division de volontaires espagnoles qui a combattu sur le front de l’Est en compagnie des Allemands. Viuda-Serrano A., « A diplomatic mission: Spain and the 1948 London Olympics », The International Journal of the History of Sport, vol. 27, n° 6, 2010, p. 1085.

132 Anonyme, Traduction d’une lettre de S. Savin à K. Gassmann, 31 mai 1952. FIFA, Réorganisation 1950-1953, 3. Réorganisation 50-52, dossier : réorganisation et contre-projet.

133 Lettre de E. Schwartz à K. Gassmann, 29 mai 1952. FIFA, Réorganisation 1950-1953, 3. Proposition et projets, dossier : réorganisation contre-proposition, etc.

134 Voir infra 3.3.1.

135 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 20, 21, 22 et 23 juillet 1952, 1er juillet 1952. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

136 Dichter H., « “We have allowed our decisions to be determined by political considerations”: the Cold War in the International Ski Federation », Sport in History, vol. 37, n° 3, pp. 290-308.

137 Cervin G. et al., « Gymnastics’ centre of gravity. The Fédération internationale de Gymnastique, its governance and the Cold War 1956-1976 », Sport in History, vol. 37, n° 3, pp. 309-331.

138 La première participation de la RDA et de la RFA aux Jeux olympiques date de 1968. Sur l’équipe unifiée qui a concouru de 1956 à 1964, voir : Lanz J., Zwischen Politik, Protokoll und Pragmatismus. Die deutsche Olympiageschichte von 1952 bis 1972, Berlin, wvb Wiss. Verlag, 2011.

139 Dufraisse S., « Les Soviétiques, finalistes à Helsinki (1952). Anatomie et résonance d’une performance », dans Archambault F., Artiaga L., Bosc G. (dir.), Le continent basket, op. cit., pp. 141-158.

140 Lettre de A. Munoz Calero à K. Gassmann, 3 septembre 1952. FIFA, réorganisation 1950-1953, 2. Commission d’études et bureau, dossier : séance Paris.

141 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 8-9 septembre, 17 septembre 1952. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

142 Dans une lettre écrite en mars 1953, Seeldrayers se fend d’une confidence personnelle au secrétaire général Kurt Gassmann à propos du délégué yougoslave Andrejevic – qui, certes, tient des positions moins tranchées que son homologue soviétique, mais s’en approche par son idée de défendre une plus grande égalité entre les membres de la FIFA : « S’il continue [à procéder de la sorte], il se fera appeler Gromyko tant il s’entête à dire : “niet”. » Lettre de R.W. Seeldrayers à K. Gassmann, 10 mars 1953. FIFA, Réorganisation 1950-1953, 2. Commission d’étude et bureau, dossier : séance du 6/7.3.1953 à Paris. Seeldrayers fait ici référence à Andrei Gromyko, diplomate russe, ambassadeur aux États-Unis de 1943 à 1946, puis vice-ministre des Affaires étrangères. Il fut baptisé « Monsieur Niet » en raison de sa capacité à tenir tête aux Occidentaux et à défendre la politique soviétique.

143 Les deux pays sont toujours divisés sur la scène internationale Sur les relations entre la Yougoslavie et l’Union soviétique à cette période, voir : Rajak S., Yugoslavia and the Soviet Union in the early Cold War: reconciliation, comradeship, confrontation, 1953-1957, London, Routledge, 2011.

144 Breuil X., « Football and the construction of a European area in the East: Ruptures and Continuities after 1945 », dans Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit., pp. 121-136. Rappelons qu’en 1953, le bloc soviétique connaît un moment de trouble avec la révolte des ouvriers de Berlin-Est. De plus, les dirigeants à la tête de l’Union soviétique sont alors eux-mêmes en pleine « guerre politique », puisqu’il s’agit d’assurer la succession de Staline, décédé en mars de la même année.

145 Lettre de R.W. Seeldrayers à K. Gassmann, 3 mars 1951. FIFA, réorganisation 1950-1953, 1. Commission d’étude et bureau, dossier : réorganisation séance 29/30.03.

146 Anonyme, Procès-verbal de la réunion de la commission d’étude pour la réorganisation de la FIFA des 29, 30 et 31 mars 1951, n.d. FIFA, réorganisation 1950-1953, 1. Commission d’étude et bureau, dossier : procès-verbaux des séances.

147 À savoir, renforcer le pouvoir des associations nationales au sein de la FIFA.

148 Anonyme, « Annexe à l’ordre du jour du XXVII congrès à tenir à Rio de Janeiro les 22 et 23 juin 1950 », n.d. FIFA, XXV-XXVII congrès ordinaires (1946-1952, rapport d’activité).

149 Anonyme, « Mémorandum. Propositions soumises par la “Football Association” (anglaise) à la Fédération internationale de Football Association visant à modifier les articles 8 et 36 et le Statut 10 », n.d. FIFA, réorganisation 1950-1953, 3. Propositions et projets, dossier : réorganisation 1950/52.

150 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 9-10 mars 1952, 3 avril 1952. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

151 Anonyme, « Projet pour les statuts, le règlement et le règlement du congrès de la FIFA », Article 17 (des statuts), 1952. FIFA, 3. Réorganisation 1950-1953, 3. Proposition et projets, dossier : 80 réorganisation 1950-1952. 80.8 projets pour les statuts et règlement.

152 Anonyme, « Associación Uruguaya de Fútbol, Montevideo. Contre-proposition aux projets des Statuts, du Règlement et du Règlement du congrès de la FIFA », 18 juin 1952. FIFA, 3. Réorganisation 1950-1953, 3. Proposition et projets, dossier : réorganisation, contre-proposition, etc.

153 Supra 3.1.3.

154 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 20-23 juillet 1952. Commentaire concernant l’ordre du jour, 12 août 1952. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1951-1952).

155 « M. Jules Rimet réelu président de la FIFA », L’Équipe, 28 juillet 1952.

156 Anonyme, Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de l’Union belge du 9 août 1952, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 52-53).

157 Rothenbuehler R., Les 25 ans de l’UEFA, op. cit., p. 76.

158 Supra 3.1.3.

159 Seeldrayers R., Barassi O., Rous S., Gassmann K., « Note préliminaire à l’examen des 124 propositions que le congrès d’Helsinki a renvoyées devant la Commission de révision des statuts et règlements de la FIFA nommée en 1950 au congrès de Rio de Janeiro », 19 décembre 1952. FIFA, Réorganisation 1950-1953, 2. Commission d’étude et bureau, dossier : séance Paris.

160 Respectivement (par ordre alphabétique) : Albanie, Allemagne de l’Est et Allemagne de l’Ouest, Angleterre, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Écosse, Espagne, France, Finlande, Grèce, Hongrie, Irlande, Irlande du Nord, Islande, Italie, la Sarre, Luxembourg, Norvège, Pays de Galles, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie, « Turquie d’Europe », Union soviétique et Yougoslavie.

161 Supra 1.1.2.

162 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du bureau de la commission d’étude pour la réorganisation des 24, 25 et 26 novembre, 9 décembre 1952. FIFA, Réorganisation 1950-1953, 1. Commission d’étude et bureau/révision, dossier : Procès-verbaux des séances.

163 Lettre de E. Morreno Allendes et J. Pinto Duran à K. Gassmann, 1er juin 1953. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Chili (1932-1972), dossier : 1.1.1951-31.12.1955.

164 Lettre de R.W. Seeldrayers à K. Gassmann, 10 mars 1953. FIFA, réorganisation 1950-1953, 2. Commission d’étude et bureau, dossier : séance du 6/7.3.1953 à Paris.

165 Gassmann, K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif des 27-28 mars 1953, 21 avril 1953. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1953-1954).

166 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du bureau de la commission d’étude pour la réorganisation de la FIFA du 27 juin 1953, 2 juillet 1953. FIFA, réorganisation de la FIFA, 2. Commission d’étude et bureau, dossier : 80. 6. Bureau de la Commission d’étude, Séance 27.6 1953 à Bâle.

167 Supra 3.1.3.

168 Lettre de K. Popovic à K. Gassmann, 1er août 1953. FIFA, correspondance avec les associations nationales, Yougoslavie (1939-1974), dossier : 1.1.1951-31.12.1955.

169 Lettre de S. Rous à K. Gassmann, 4 août 1953. FIFA, correspondance avec les associations nationales : Angleterre (1927-1955), dossier : 1.1.53-31.12.55.

170 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 12-13 novembre 1953, 14 décembre 1953. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1953-1954).

171 « Mais dès aujourd’hui au congrès de la FIFA joute oratoire Europe-Amérique latine », L’Équipe, 14-15 novembre 1955.

172 Dix des dix-huit pages du procès-verbal sont consacrés à ce point.

173 Gassmann K., Procès-verbal du congrès extraordinaire de la FIFA des 14-15 novembre 1953, 1er mai 1954. FIFA, XXIX-XXX congrès ordinaires (1953-1959, rapport d’activité).

174 « Au congrès extraordinaire de la FIFA (Samedi et dimanche) », L’Équipe, 16 novembre 1953.

175 D’après les déclarations faites par le délégué soviétique, Savin, le lendemain de cette réunion, il semble que des associations du bloc soviétique ont aussi participé à ces discussions.

176 Gassmann K., Procès-verbal de la réunion du comité exécutif de la FIFA des 12-13 novembre 1953, 14 décembre 1953. FIFA, comité exécutif (procès-verbaux 1953-1954).

177 Gassmann K., Procès-verbal du congrès extraordinaire de la FIFA des 14-15 novembre 1953, 1er mai 1954. FIFA, XXIX-XXX congrès ordinaires (1953-1959, rapport d’activité).

178 Ibid.

179 Ibid.

180 Ibid.

181 « Quand la FIFA passe un week-end à l’UNESCO ou l’article 17 revu, corrigé et… adopté », France football, 17 novembre 1953.

182 Anonyme, Procès-verbal de la séance du comité exécutif de l’Union belge du 28 novembre 1953, n.d. AGRB, URBSFA, dossier : comité exécutif (procès-verbaux 53-54).

183 Lettre de R.W. Seeldrayers à K. Gassmann, 25 novembre 1953. FIFA, membres du comité exécutif, dossier individuel : correspondance R.W. Seeldrayers (1939-1950), dossier : 1er janvier 1951-7 octobre 1955.