Show Less
Restricted access

L’électricité et les pouvoirs locaux en France (1880–1980)

Une autre histoire du service public

Series:

François-Mathieu Poupeau

L’électricité, un service public jacobin ? À rebours des idées reçues, cet ouvrage montre le rôle joué par les pouvoirs locaux dans la construction de ce qui est devenu un pilier de l’État-Providence en France, au XXe siècle. Cette influence, peu abordée dans l’historiographie, doit être mise en regard avec les origines du secteur électrique : un système sociotechnique ancré et organisé au niveau communal. Jamais effacée, cette « matrice » a façonné de manière durable la gestion du service public. Elle explique le maintien de plusieurs prérogatives locales au moment de la nationalisation (concessions de distribution, régies municipales et départementales, etc.). Elle éclaire la prise de certaines décisions après la création d’Électricité de France, en matière de redistribution sociale (soutien aux usagers domestiques) ou d’aménagement du territoire (péréquation des prix, électrification rurale). En exhumant l’action des pouvoirs locaux et de leur principale organisation représentative, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), cette autre histoire du service public, racontée « par le bas », nuance la vision d’un État hégémonique. Elle permet aussi de mieux appréhender les mutations actuelles du secteur électrique, à l’heure où les questions de décentralisation refont surface dans les débats politiques.

Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 9. La FNCCR, un acteur de la régulation du service public

Extract

Chapitre 9

La FNCCR, un acteur de la régulation du service public

échec d’une décentralisation d’EDF, montée en puissance de l’État, coproduction du tarif universel, maintien du régime de l’électrification rurale, survie des DNN. Telles sont quelques-unes des facettes du processus de recomposition des rapports d’influence qui se dessine après-guerre entre les élus locaux, EDF et l’État. D’un côté, une dynamique de centralisation est à l’œuvre, orchestrée par l’entreprise publique et ses tutelles, qui savent s’appuyer sur le contexte de l’après-guerre pour renforcer leurs positions. Elle aboutit à imposer un cadre institutionnel qui facilite la mise en œuvre d’un projet technocratique d’équipement du territoire national. D’un autre côté, des concessions sont obtenues par les pouvoirs locaux, qui leur permettent de façonner le modèle de service public émergent. Elles se traduisent par une participation effective aux décisions d’EDF et par l’existence de « chasses gardées », comme le régime de l’électrification rurale ou les DNN, qui laissent à certains élus la maîtrise de pans d’activités importants.

Ces différentes facettes esquissent un système de régulation du service public qui, en dehors de l’état et d’EDF, fait intervenir trois forces principales, dont chacune se fait le porte-parole d’une partie de la société française. La première est la CGT, le puissant syndicat d’EDF, qui, au-delà de la défense des intérêts cat...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.