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L’électricité et les pouvoirs locaux en France (1880–1980)

Une autre histoire du service public

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François-Mathieu Poupeau

L’électricité, un service public jacobin ? À rebours des idées reçues, cet ouvrage montre le rôle joué par les pouvoirs locaux dans la construction de ce qui est devenu un pilier de l’État-Providence en France, au XXe siècle. Cette influence, peu abordée dans l’historiographie, doit être mise en regard avec les origines du secteur électrique : un système sociotechnique ancré et organisé au niveau communal. Jamais effacée, cette « matrice » a façonné de manière durable la gestion du service public. Elle explique le maintien de plusieurs prérogatives locales au moment de la nationalisation (concessions de distribution, régies municipales et départementales, etc.). Elle éclaire la prise de certaines décisions après la création d’Électricité de France, en matière de redistribution sociale (soutien aux usagers domestiques) ou d’aménagement du territoire (péréquation des prix, électrification rurale). En exhumant l’action des pouvoirs locaux et de leur principale organisation représentative, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), cette autre histoire du service public, racontée « par le bas », nuance la vision d’un État hégémonique. Elle permet aussi de mieux appréhender les mutations actuelles du secteur électrique, à l’heure où les questions de décentralisation refont surface dans les débats politiques.

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Chapitre 2. Une lente érosion du pouvoir local : rationalisation industrielle et émergence de l’État

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Chapitre 2

Une lente érosion du pouvoir local : rationalisation industrielle et émergence de l’État

Cette configuration originelle, qui accorde une place centrale à la commune, est remise en question à partir de la fin de la décennie 1900. La loi du 15 juin 1906 reste certes toujours en vigueur. Mais elle s’inscrit désormais dans un cadre réglementaire plus complexe, qui redessine les frontières du service public. Deux dynamiques principales se conjuguent pour faire émerger un nouvel agencement institutionnel. Il se caractérise par une plus forte centralisation, synonyme d’érosion progressive de la capacité d’action des communes.

Tout d’abord, l’industrie électrique entame une phase de recomposition profonde, du fait des stratégies développées par les compagnies privées. Grâce aux changements technologiques, qui permettent le transport à longue distance, l’interconnexion des réseaux se développe, tissant une « toile » d’envergure régionale puis nationale. Facilitée par la construction d’unités de production de grande taille, une concentration économique se dessine, autour de quelques groupes dominants. Ces deux mutations, qui se nourrissent mutuellement, modifient considérablement les rapports de force qui existaient jusqu’alors entre les sociétés privées et les élus locaux, au profit des premières.

La période voit également émerger un nouvel acteur, l’État, via le ministère des Travaux publics. Alors qu’elle était jusque-là quelque peu attentiste, cette administration s’investit davantage dans le secteur. Comme dans beaucoup d’autres domaines, son...

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