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L’électricité et les pouvoirs locaux en France (1880–1980)

Une autre histoire du service public

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François-Mathieu Poupeau

L’électricité, un service public jacobin ? À rebours des idées reçues, cet ouvrage montre le rôle joué par les pouvoirs locaux dans la construction de ce qui est devenu un pilier de l’État-Providence en France, au XXe siècle. Cette influence, peu abordée dans l’historiographie, doit être mise en regard avec les origines du secteur électrique : un système sociotechnique ancré et organisé au niveau communal. Jamais effacée, cette « matrice » a façonné de manière durable la gestion du service public. Elle explique le maintien de plusieurs prérogatives locales au moment de la nationalisation (concessions de distribution, régies municipales et départementales, etc.). Elle éclaire la prise de certaines décisions après la création d’Électricité de France, en matière de redistribution sociale (soutien aux usagers domestiques) ou d’aménagement du territoire (péréquation des prix, électrification rurale). En exhumant l’action des pouvoirs locaux et de leur principale organisation représentative, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), cette autre histoire du service public, racontée « par le bas », nuance la vision d’un État hégémonique. Elle permet aussi de mieux appréhender les mutations actuelles du secteur électrique, à l’heure où les questions de décentralisation refont surface dans les débats politiques.

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Chapitre 5. L’impossible décentralisation d’EDF

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Chapitre 5

L’impossible décentralisation d’EDF

En donnant naissance à EDF, la loi du 8 avril 1946 ne règle pas, loin s’en faut, l’ensemble des questions qui ont animé les débats parlementaires. Parmi les dossiers en suspens figure la mise en place des établissements publics de distribution (EPD), sujet sensible car il conditionne la capacité des pouvoirs locaux à « avoir prise » sur le secteur électrique. Pour les partisans d’une décentralisation, il faut créer des organismes proches des préoccupations des usagers et éviter qu’EDF ne devienne une bureaucratie d’État impersonnelle1. Il s’agit d’insuffler un esprit d’entreprise, d’accorder une réelle autonomie aux agents et de faciliter leur prise de responsabilité. Contre eux, les défenseurs d’un modèle centralisé associent la nationalisation à la construction d’un monopole très intégré, dans lequel l’activité de distribution doit être pilotée en étroite interaction avec la production et le transport. Ils veulent mettre la loi au service d’un projet national alliant progrès social, intérêt général, égalité entre usagers et rationalisation technico-économique. Présentées ici à grands traits, ces deux conceptions donnent lieu à des conflits récurrents, qui traversent les premières années d’existence d’EDF.

Ce chapitre revient sur ce qui a constitué un moment clé dans la formation du service public de l’électricité : la tentative avortée de création des EPD prévus par la loi et l’installation d’une bureaucratie industrielle marginalisant les élus...

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