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Le lobbying en France

Invention et normalisation d’une pratique politique

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Guillaume Courty

Cet ouvrage, résultat de quinze années d’enquêtes, aborde aussi bien la formation des lobbyistes que les scandales médiatisés. Il souhaite, en cinq temps, dépassionner le débat en apportant des réponses aux questions que se posent les journalistes, les hommes politiques ou les citoyens : « combien sont-ils ? », « sont-ils influents ? », etc.

Les cinq temps de l’ouvrage suivent la progression de l’invention du lobbying en France. Le premier revient sur la fabrication d’un problème autour du lobbying dans la vie politique française et explique comment l’équation lobbying/corruption a été inventée. Le deuxième temps permet de comprendre comment les français ont été amenés à parler d’histoires de lobbying alors que le mot ne renvoyait qu’à des phénomènes américains avant les années 1950. Cette conversion ne signifie pas que le lobbying soit admis. Au contraire, le plus souvent, il irrite, énerve et alimente la critique du système politique.

Les troisième et quatrième temps portent sur les lobbyistes eux-mêmes et présentent les résultats obtenus grâce aux enquêtes menées sur 717 lobbyistes et 155 cabinets conseil. Cette approche permet de comprendre comment le lobbying est devenu un marché dans la vie politique et comment ces professionnels se concurrencent et s’opposent. Enfin, le dernier temps se confronte à la question la plus difficile : en quoi les lobbyistes sont-ils influents ?

À l’heure où la France se dote de la première loi se donnant comme objectif de réguler le lobbying, cet ouvrage apporte un éclairage nouveau sur ce phénomène qui n’a, à ce jour, jamais fait l’objet de telles enquêtes.

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Chapitre II. Comment le lobbying a imprégné la société française ?

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Chapitre II

Comment le lobbying a imprégné la société française ?

« Au sens politiquement correct, lobbying signifie influence.

Au sens provocateur, cela signifie manipulation.

Mais tout ce que je fais est 100 % légal. »

T. Coste, Le Monde, 10 février 2012.

Le lobbying n’est plus un sujet dont on discute doctement entre collègues. Depuis que le journal Nice Matin a rapporté que le cheval « Lobby » a gagné 241 480 euros le 2 août 2008 dans un grand prix, la langue française a définitivement tourné la page de son usage élitiste. Si, comme l’a montré le chapitre I, ce mot était depuis les années 1950 un des termes de la « lingua franca des élites modernisatrices » (Dardot et Laval, 2009 : 315), il est devenu au début du xxie siècle un mot de la langue française ordinaire.

Comment comprendre que la vision qu’il suscite soit si répandue ? La réponse tient au fait que, à de très rares exceptions, le lobbying s’est imposé dans de nombreux champs de la société française, mais pour des raisons différentes. Ce sont ces raisons, variables selon les champs, qui sont au cœur de ce chapitre.

Ce chapitre explore un nouveau pan de cette mode autour du lobbying. Tous les systèmes politiques qui ont adopté le « parler lobbying » n’ont pas obligatoirement intégré le...

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