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Pour une histoire connectée et transnationale des épurations en Europe après 1945

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Edited By Marc Bergère, Jonas Campion, Emmanuel Droit, Dominik Rigoll and Marie-Bénédicte Vincent

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe libérée est traversée par une même soif de justice à l’égard des anciens ennemis et de leurs collaborateurs. Ce livre interroge ce « moment 1945 » comme une expérience, sinon totalement commune, du moins largement partagée par delà la coupure Est-Ouest du continent qui s’installe rapidement. Dans une perspective d’histoire comparée, son objectif premier est de faire dialoguer des historiographies nationales des « épurations » déjà riches mais qui s’ignorent le plus souvent. Au-delà, le pari de cet ouvrage collectif réside dans sa capacité à proposer de manière originale les bases d’une histoire connectée et transnationale des épurations européennes. Pour ce faire, les auteurs portent une attention particulière aux phénomènes de circulation et de transferts en matière de normes, de pratiques, voire d’acteurs des épurations, puis des « dés-épurations ». De même, ils accordent une place privilégiée aux populations « déplacées » dans ce contexte, en considérant les expulsés, exilés et réfugiés comme un autre phénomène marquant de l’histoire chaotique de l’Europe post-1945 qu’il convient de relier à l’histoire des épurations.

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Chapitre 14 — Épuration et amnistie : la France à l’écoute de l’Europe ? (Stéphane Gacon)

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CHAPITRE 14

Épuration et amnistie : la France à l’écoute de l’Europe ?

Stéphane GACON

Université de Bourgogne

Dans À feu et à sang. La guerre civile européenne, Enzo Traverso consacre quelques pages à l’amnistie et discute la célèbre formule de Carl Schmitt : « Une guerre civile ne peut pas s’achever par les condamnations d’une justice politique, elle ne peut s’achever que par une amnistie1. » Présente dans le bref essai dans lequel le juriste allemand théorise la guerre civile mondiale, l’idée semble relever des lendemains ordinaires des grandes conflagrations civiles.

La dénazification fut une guerre civile froide, explique Carl Schmitt. La particularité de cette guerre civile consiste à traiter les autres de criminels, de meurtriers, de saboteurs et de malfaiteurs. De manière inquiétante, la guerre civile est une guerre juste parce que chacune des parties campe sans condition sur ses droits comme sur un butin. Chacun prend sa revanche au nom du droit. Comment est-il possible de passer de cet état de guerre froide à la paix ? Comment ce cercle vicieux de dogmatisme arrogant peut-il être brisé ? Comment peut-on en finir avec cette guerre froide [sinon par l’amnistie]2 ? ← 225 | 226 →

Mais, inscrite dans un texte qui dénonce avec violence la dimension idéologique de l’épuration – la guerre classique entre États a cédé la place à une guerre totale menée au nom d’idéaux universels, une guerre qui implique...

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