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Les conséquences économiques de Mai 68

Du désordre social français à l’ordre monétaire franco-allemand

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Mathieu Dubois

Mai 68, aux origines de la monnaie unique européenne ? Telle est la thèse audacieuse défendue par le présent ouvrage en mettant en lumière la relation entre la contestation sociale et le renforcement de la compétition économique au sein du Marché commun. Les grèves, les hausses de salaire et la spéculation contre le franc déstabilisèrent en effet l’économie française à quelques semaines de l’ouverture des barrières douanières européennes le 1er juillet 1968. Le mouvement ouvrier et étudiant vint ainsi interrompre l’effort de compétitivité lancé par la France depuis dix années pour rattraper ses partenaires européens. Cette pression économique affecta le climat social en limitant les hausses de salaire et les relances publiques pour lutter contre un chômage renaissant. L’entrée dans le Marché commun avait ainsi préparé le terrain aux revendications de Mai. Les conséquences du mouvement français, en particulier la crise monétaire qui s’ensuivit, firent éclater au grand jour le rééquilibrage de puissance en Europe au profit de la République fédérale d’Allemagne. Cette crise souligna la nécessité d’une plus grande solidarité monétaire entre les membres de la Communauté européenne. Cette solidarité était toutefois conditionnée pour l’Allemagne par la convergence des politiques économiques vers davantage de stabilité et de garanties contre les dérapages inflationnistes tels que ceux de Mai 68. De ce point de vue, Mai 68 eut bien des conséquences fortes et déterminantes à long terme. La principale d’entre elles fut la volonté de stabiliser les monnaies et les économies européennes en amorçant le processus d’Union économique et monétaire lors de la conférence de La Haye. Si le chemin de Maastricht était encore long et semé d’embûches, les conséquences de Mai 68 jouèrent un rôle décisif dans ce choix fondateur.

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Introduction

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« Jetzt sind die Deutschen Nummer 1 in Europa ! » – « Les Allemands sont désormais numéro 1 en Europe ! »1 L’exclamation faisait la une de Bild, le grand quotidien tabloïd ouest-allemand, le 23 novembre 1968. Le gouvernement fédéral mené par Kurt Georg Kiesinger venait d’organiser avec succès la conférence monétaire du groupe des Dix à Bonn et d’y refuser fermement les exigences présentées par les puissances tutélaires de l’Allemagne fédérale, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Six mois après Mai 68 et à la suite de la grave crise monétaire qui avait touché l’Hexagone à l’automne, l’Allemagne fédérale, pays ruiné, détruit et divisé en 1945, revenait sur le devant de la scène diplomatique internationale à la faveur de l’affaiblissement de ses vainqueurs occidentaux, en particulier de son principal partenaire européen, la France. La puissance ouest-allemande, restée jusqu’alors prudemment dans l’ombre de ses alliés, semblait désormais économiquement sans égale en Europe et en capacité de tenir tête diplomatiquement à ses vainqueurs d’hier.

Cette lecture particulièrement polémique des conséquences économiques directes et indirectes de Mai 68 sur l’équilibre des puissances en Europe illustre parfaitement les tensions, les inquiétudes et les débats qui se firent jour dès le mois de mai en France et ailleurs autour de la capacité du pays à se relever économiquement d’une telle crise et à maintenir son influence et son rang, notamment...

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