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Déracinés, exilés, rapatriés?

Fins d’empires coloniaux et migrations

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Edited By Olivier Dard and Anne Dulphy

Déracinés, exilés, rapatriés, ces trois termes sont des marqueurs importants de la mémoire collective dans la France du second vingtième siècle où ils sont particulièrement associés à la fin de l’empire colonial français. Nombre d’images, comme la photographie illustrant ce livre, ont marqué les esprits. Pourtant, pour emblématique qu’il soit, le cas des centaines de milliers de rapatriés d’Algérie de l’été 1962 est loin d’être unique. Cet ouvrage aborde ainsi nombre de migrations consécutives à la fin des empires coloniaux. Privilégiée jusqu’ici, l’échelle nationale – les anciennes métropoles vers lesquelles se sont dirigés les flux formés des « rapatriés » d’origine européenne mais aussi, dans une moindre mesure, de populations dites à l’époque « indigènes » – n’y est pas la seule prise en compte. Car ces « déracinés » ont pu opter pour d’autres pays européens, l’Espagne comme l’Italie, ou gagner les Amériques pour s’installer au Canada ou en Argentine. C’est donc au prisme d’une perspective comparative et transnationale que sont prises en compte les fins d’empire et le sort, fort divers, des populations qu’elles concernent.

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Alice Voisin: Quitter la colonie : l’accueil en métropole des Français d’Indochine de 1945 à aujourd’hui

Quitter la colonie : l’accueil en métropole des

Français d’Indochine de 1945 à aujourd’hui

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Alice Voisin

ENS Lyon

La fin des empires coloniaux a contraint les puissances européennes à organiser le rapatriement de leurs ressortissants vers le sol métropolitain. Par « rapatriement », on entend à la fois le transport, l’accueil et le reclassement des individus. Toutefois, il est utilisé sans distinction pour qualifier les déplacements de populations très hétérogènes d’un point de vue ethnique, social ou professionnel, et qui ne sont pas toutes originaires des mêmes territoires. Ces « rapatriés », en effet, sont souvent des réfugiés qui fuient le territoire dont ils sont originaires : les colons nés dans les colonies, les autochtones naturalisés, ainsi que les métis, ces enfants issus d’unions entre colonisateurs et colonisés. Ces différences ont nécessairement des conséquences sur les conditions d’accueil.

L’Indochine est la première colonie française à avoir connu ce phénomène migratoire singulier, dès 1945. Les Français sont peu nombreux dans cette colonie d’exploitation, où ils représentent seulement 0,15 % de la population1. Rares sont ceux qui s’installent durablement. Ce sont le plus souvent des fonctionnaires ou des militaires qui demeurent quelques années sur place avant de retourner en métropole ou de se rendre dans une autre colonie.

Cependant, les métis sont une part importante de la population dans la péninsule indochinoise. Durant leur séjour dans les colonies, il n’est pas rare que les Fran...

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