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Déracinés, exilés, rapatriés?

Fins d’empires coloniaux et migrations

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Edited By Olivier Dard and Anne Dulphy

Déracinés, exilés, rapatriés, ces trois termes sont des marqueurs importants de la mémoire collective dans la France du second vingtième siècle où ils sont particulièrement associés à la fin de l’empire colonial français. Nombre d’images, comme la photographie illustrant ce livre, ont marqué les esprits. Pourtant, pour emblématique qu’il soit, le cas des centaines de milliers de rapatriés d’Algérie de l’été 1962 est loin d’être unique. Cet ouvrage aborde ainsi nombre de migrations consécutives à la fin des empires coloniaux. Privilégiée jusqu’ici, l’échelle nationale – les anciennes métropoles vers lesquelles se sont dirigés les flux formés des « rapatriés » d’origine européenne mais aussi, dans une moindre mesure, de populations dites à l’époque « indigènes » – n’y est pas la seule prise en compte. Car ces « déracinés » ont pu opter pour d’autres pays européens, l’Espagne comme l’Italie, ou gagner les Amériques pour s’installer au Canada ou en Argentine. C’est donc au prisme d’une perspective comparative et transnationale que sont prises en compte les fins d’empire et le sort, fort divers, des populations qu’elles concernent.

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Francis Balace: Les orphelins d’un empire perdu. Regroupements et lobbies des agents coloniaux et des colons belges 1960–1962

Les orphelins d’un empire perdu.

Regroupements et lobbies des agents coloniaux

et des colons belges 1960–19621

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Francis Balace

Université de Liège

« Avant indépendance = Après indépendance », la formule attribuée au général Émile Janssens dans un briefing devant les sous-officiers noirs de la Force Publique, reflète sans doute combien officiers, administrateurs territoriaux, magistrats et simples colons furent traumatisés autant par la mutinerie de la Force Publique (prétendument provoquée par les propos du général) que par les sévices, viols et brimades qui l’accompagnèrent2. En quelques jours, la société coloniale et ses certitudes s’effondraient comme un jeu de cartes. Le retour pitoyable des rapatriés frappait d’autant plus l’imagination de l’opinion métropolitaine, et suscitait une indignation non exempte de relents racistes, que le doux prêchi-prêcha ←57 | 58→gouvernemental des mois précédents ne l’avait nullement préparée ni au cataclysme ni à la gestion des rapatriés3.

Il faut dire que la population belge ne s’était guère investie dans la « province d’outremer » de la propagande officielle des années 1955–19584. Pas ou peu de phénomène « pied-noir », d’enracinement local : les colons belges étaient peu nombreux et la plupart des cadres administratifs ou des grandes sociétés faisaient philosophiquement leurs « termes de Congo » en attendant de venir jouir en Belgique des fruits de leur labeur lors d’un congé ou de la retraite. Ils avaient peut-être une mentalité « coloniale » mais certainement pas « impériale ». Ce manque d’enracinement profond en Afrique...

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