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Déracinés, exilés, rapatriés?

Fins d’empires coloniaux et migrations

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Edited By Olivier Dard and Anne Dulphy

Déracinés, exilés, rapatriés, ces trois termes sont des marqueurs importants de la mémoire collective dans la France du second vingtième siècle où ils sont particulièrement associés à la fin de l’empire colonial français. Nombre d’images, comme la photographie illustrant ce livre, ont marqué les esprits. Pourtant, pour emblématique qu’il soit, le cas des centaines de milliers de rapatriés d’Algérie de l’été 1962 est loin d’être unique. Cet ouvrage aborde ainsi nombre de migrations consécutives à la fin des empires coloniaux. Privilégiée jusqu’ici, l’échelle nationale – les anciennes métropoles vers lesquelles se sont dirigés les flux formés des « rapatriés » d’origine européenne mais aussi, dans une moindre mesure, de populations dites à l’époque « indigènes » – n’y est pas la seule prise en compte. Car ces « déracinés » ont pu opter pour d’autres pays européens, l’Espagne comme l’Italie, ou gagner les Amériques pour s’installer au Canada ou en Argentine. C’est donc au prisme d’une perspective comparative et transnationale que sont prises en compte les fins d’empire et le sort, fort divers, des populations qu’elles concernent.

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Gérard Crespo: Les Espagnols des Maroc(s), entre départs et retours, 1956–1975

Les Espagnols des Maroc(s), entre départs et retours, 1956–1975

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Gérard Crespo

docteur en histoire

Parler des Espagnols du Maroc est un exercice délicat dans le sens où, en 1956, il existe plusieurs Maroc1 ; c’est pour cela que j’ai cédé à la tentation d’user d’un néologisme en titrant mon intervention « Les Espagnols des Maroc(s) ». En effet, à la veille de l’indépendance octroyée par la France, le Maroc est découpé en plusieurs zones. Au nord, une bande littorale, sous domination espagnole, correspondant grosso modo à un triangle dont les sommets seraient Tétouan, Larache, Nador. Au sein de cette zone, deux villes, longtemps appelées « présides », Ceuta et Melilla, respectivement espagnoles depuis 1497 et 1580. Au large du littoral, de nombreuses petites îles et archipels essentiellement occupés par l’armée espagnole ou inhabités. À l’extrême nord-ouest, Tanger, zone internationale de 1923 jusqu’en 1956, à l’exception de l’intermède 1940–1945 au cours duquel la ville fut occupée par l’armée espagnole. En se dirigeant vers le sud, le Maroc sous protectorat français, vaste territoire qui s’étend jusqu’à la rivière Drâa, avec en son sein l’enclave d’Ifni sous contrôle espagnol. Enfin, au sud de cette limite naturelle, le Cap Juby et le Sahara espagnol rassemblant deux territoires, Seguiat el Hamra et le Rio de Oro, également sous domination espagnole, ces territoires ayant été rassemblés administrativement en 1946 sous l’appellation d’AOE (Afrique occidentale espagnole) et dirigés par un gouverneur nommé par Madrid. Or, dans...

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