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Déracinés, exilés, rapatriés?

Fins d’empires coloniaux et migrations

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Edited By Olivier Dard and Anne Dulphy

Déracinés, exilés, rapatriés, ces trois termes sont des marqueurs importants de la mémoire collective dans la France du second vingtième siècle où ils sont particulièrement associés à la fin de l’empire colonial français. Nombre d’images, comme la photographie illustrant ce livre, ont marqué les esprits. Pourtant, pour emblématique qu’il soit, le cas des centaines de milliers de rapatriés d’Algérie de l’été 1962 est loin d’être unique. Cet ouvrage aborde ainsi nombre de migrations consécutives à la fin des empires coloniaux. Privilégiée jusqu’ici, l’échelle nationale – les anciennes métropoles vers lesquelles se sont dirigés les flux formés des « rapatriés » d’origine européenne mais aussi, dans une moindre mesure, de populations dites à l’époque « indigènes » – n’y est pas la seule prise en compte. Car ces « déracinés » ont pu opter pour d’autres pays européens, l’Espagne comme l’Italie, ou gagner les Amériques pour s’installer au Canada ou en Argentine. C’est donc au prisme d’une perspective comparative et transnationale que sont prises en compte les fins d’empire et le sort, fort divers, des populations qu’elles concernent.

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Yolande Cohen: L’immigration juive marocaine au Canada

L’immigration juive marocaine au Canada

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Yolande Cohen

Université du Québec à Montréal

L’arrivée au Canada d’une vague d’immigrants juifs d’Afrique du Nord, poussés à quitter leurs pays dans le contexte de la décolonisation européenne1, va transformer le visage de l’importante communauté juive canadienne dont les membres se distinguent par leur établissement plus ancien, principalement dans le monde anglo-protestant. Ces nouveaux venus vont, en l’espace de 40 ans, changer l’équilibre entre la communauté juive de Montréal et la société québécoise, rendant caduc l’ancien stéréotype du juif assimilé aux Anglais. Car ces nouveaux immigrants juifs sont originaires du Maroc (7 995 personnes arrivées entre 1960 et 1991) et parlent français2. La langue ←171 | 172→et l’origine ethnique vont devenir de puissants marqueurs de leur identité recomposée3.

Dans un contexte où la prédominance du français est en train de s’imposer comme langue principale de la citoyenneté québécoise, le fait que ces nouveaux immigrants soient majoritairement francophones contribue à changer les termes de la relation entre Juifs et non-Juifs mais aussi leur rapport avec la majorité ashkénaze essentiellement anglophone. La cohésion linguistique des différents groupes juifs ashkénazes autour de l’anglais (le yiddish n’étant plus qu’une réminiscence) apparaît compromise, alors que leur arrivée renforce le caractère multinational et pluriel de la communauté juive de Montréal, définissant ainsi de nouveaux paramètres d’une judaïcité québ...

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