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les commissions d’historiens dans les processus de rapprochement (Pologne-Allemagne, Pologne-Russie)

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Emmanuelle Hébert

Cet ouvrage analyse le travail des commissions d’historiens dans les processus de rapprochement en Pologne. Deux d’entre elles sont privilégiées : la commission polono-allemande portant sur les manuels scolaires et le groupe polono-russe sur les questions difficiles. Cette étude se fonde sur deux sources principales : une série d’entretiens et des recherches dans les archives, auxquelles s’ajoutent des ressources complémentaires : observations participantes et analyse de discours politiques, de sondages et de la presse. Le dialogue sur l’histoire auquel d’aucuns font appel correspond tout à fait à ce qui est demandé aux commissions d’historiens. Dès lors, pourquoi ces commissions ont-elles été créées ? Comment fonctionnent-elles et pourquoi continuent-elles de fonctionner ? Nous formons les hypothèses que, premièrement, ces commissions ont été créées dans un objectif de rapprochement, voire de réconciliation. Deuxièmement, leur fonctionnement — et sa prolongation — dépend de trois variables : le contexte, les mandats, les acteurs.

Cet ouvrage s’articule en cinq axes. Les trois premières parties portent sur chacune des trois variables évoquées : contexte, mandats, acteurs. La quatrième partie concerne les sphères d’influence de ces commissions et les débats qu’elles engendrent : politique et religion, débats publics, débats scientifiques. La dernière partie se concentre sur les projets de ces commissions : l’ouvrage commun ou les centres de dialogue du côté polono-russe, le manuel commun d’histoire du côté polono-allemand. Au travers de toutes ces pratiques, les commissions d’historiens cherchent, dans le cadre de la transformation des conflits, à réconcilier par l’histoire, c’est du moins l’un des arguments défendus dans cet ouvrage.

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Chapitre 1. Le contexte de création des commissions

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Après la Seconde Guerre mondiale, le monde, et en particulier l’Europe, est divisé en deux blocs, séparés par un « Rideau de fer »2 : à l’Est, sous la domination de l’URSS et à l’Ouest, sous l’influence des États-Unis. La Guerre froide culmine dans les années 1950 et le début des années 1960, suivie par une période de détente. La genèse des commissions s’inscrit dans le temps long. Celles-ci apparaissent à une période favorable au dialogue Est-Ouest et s’inspirent du développement des coopérations d’historiens en Europe.

À la suite de la crise des missiles de Cuba en 1962, un dialogue commence entre les deux blocs. Les tensions redescendent et la course aux armements ralentit.

Dès avant le paroxysme de la guerre froide, un semblant de dégel apparaît dans les relations entre les deux grands. À la mort de Joseph Staline, Nikita Khrouchtchev dénonce les crimes de celui-ci lors du XXe Congrès du parti communiste d’Union soviétique (PCUS). Les autorités soviétiques réprouvent en particulier le culte de la personnalité mis en place autour du « Petit Père des Peuples ». Elles rejettent les excès du régime stalinien, sans pour autant remettre en ←49 | 50→cause tout le système communiste de collectivisation. Khrouchtchev met en place une série de réformes modérées en interne. La plupart des prisonniers politiques sont libérés. Il énonce la coexistence pacifique entre...

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