Show Less
Open access

Effort environnemental et équité

Les politiques publiques de l’eau et de la biodiversité en France

Series:

Edited By Valérie Deldrève, Jacqueline Candau and Camille Noûs

Cet ouvrage contribue, à travers la notion d’effort environnemental, au débat sur les relations entre équité et efficacité des politiques publiques. Quel est l’effort environnemental demandé et quelle est sa répartition sociale ? Quels principes y président et quels sentiments de justice ou d’injustice sont générés ? En quoi les politiques environnementales qui requièrent cet effort contribuent-elles à créer, renforcer ou diminuer les inégalités sociales et environnementales existantes ? Il explore l’hypothèse, inspirée des controverses présentes dans la littérature, d’un effort environnemental plus élevé des populations les plus vulnérables socialement, indépendamment de leur plus faible impact sur l’environnement. Elle est mise à l’épreuve de deux politiques environnementales sectorielles : celle des parcs nationaux pour la biodiversité et celles des mesures agro- environnementales européennes et captages Grenelle pour l’eau. Les cas d’étude choisis dans des territoires de l’hexagone ou ultra-marin sont analysés depuis les points de vue post-colonial, d’écologie politique et de justice environnementale. Ils ont permis de cheminer vers une conceptualisation de la notion d’effort environnemental.

Show Summary Details
Open access

Chapitre 9 Méfiez-vous de l’eau qui dort. Les dessous du robinet, conférence gesticulée (Aurélie Roussary)

←286 | 287→Chapitre 9

Méfiez-vous de l’eau qui dort. Les dessous du robinet, conférence gesticulée1

Aurélie Roussary

Avertissement au lecteur.rice

Le texte qui suit est le scénario de la conférence gesticulée conçue et jouée par Aurélie Roussary. Comme toute conférence gesticulée, elle mélange spectacle et conférence, choses vécues, choses comprises et choses apprises, ton grave, humour et autodérision afin de susciter le débat sur un enjeu social, ici l’accès pour tous à l’eau potable en France. Elle a été réalisée dans le cadre des projets Effijie et Ineg’eaux (INRAE, LabEx COTE, Université de Bordeaux) avec l’accompagnement de la Coopérative d’éducation populaire du Vent Debout à Toulouse. Le texte privilégie donc l’oralité pour interpeler le public et précise autant que nécessaire les principaux éléments de mise en scène. Il nous importait de présenter cette forme originale et engagée de valorisation des résultats de recherche.

Préambule

Quasiment tous les foyers français sont alimentés par un service public et une eau du robinet conforme aux normes sanitaires, le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous est inscrit dans la loi …

Tous égaux alors ! C’est ça la justice sociale ! Hum oui… ou pas…

Parce que quand même, les ressources en eau sont de plus en plus contaminées, le prix de l’eau n’arrête pas d’augmenter, de plus en plus de personnes ne peuvent plus payer leur facture …←287 | 288→

Entre sociologie et récits de vie, de nombreux enjeux de notre société se révèlent dans un verre d’eau.

Introduction

L’aménagement de la scène

Lorsque la conférence commence, le public a devant lui un espace scénique sans personne. Le « décor » est composé : sur la droite, d’un paper board avec une feuille blanche et des sandales au pied, des panneaux en carton appuyés derrière ; en face, une table avec une carafe d’eau remplie, deux verres vides, des documents, un petit enregistreur peu visible et dessous, un cabas ; et sur la gauche, une chaise.

Arrivée sur scène et première aventure

(Arrivée au centre de la scène d’un pas décidé en tapant fort le sol avec mes pieds. Vêtue d’une salopette short en jean avec des bottes en caoutchouc bleue marine et autour du cou, un lien avec une pochette en plastique où a été glissée la photo de Yoko Tsuno, héroïne de BD. Bras à la taille, torse gonflé, je m’avance au-devant de la scène, en mimant mon entrée dans l’eau d’une rivière, je regarde autour de mes pieds) C’est étrange… l’eau est trouble … (je tape fortement l’eau avec mes pieds) elle est encore plus trouble… Oh ! Un papier !

(Je me déplace à l’arrière de la scène, toujours d’un pas décidé) Papa, maman, l’eau du ruisseau est polluée (Face au public, à nouveau main à la taille et torse gonflé en montrant le lointain) je vais partir en exploration pour trouver la source du problème ! … (puis un peu désabusée) oui ! je reviens pour le goûter…

(Déplacement au-devant de la scène) Nico, Nico, viens avec moi, prends ton enregistreur à cassette, on va aller voir la vieille dame qui habite au moulin, au bout de la rue.

(Déplacement à l’autre bout de la scène, puis en tendant un micro) Vieille dame sage, savez-vous pourquoi l’eau du ruisseau est polluée ?

(en me retournant alternativement vers Nico et la vieille dame) Hum hum… tu vois Nico il y a des bouteilles en plastique qui tombent dans l’eau… Et vous dites ? Des champs de… de céréales ! (vers Nico) Ben ←288 | 289→apparemment ça pollue les céréales… (silence) même les chocapics ?! Et moins de forêt aussi…

D’accord, merci madame !

(en retournant d’un bout à l’autre du devant de la scène) Viens, on va aller voir mon instituteur à l’autre bout de la rue (pause face au public) parce que mon instituteur, c’est le maire du village !

Maître ! L’eau du ruisseau est polluée, on a la preuve par témoignage (en lui tendant la cassette) … Faites votre travail ! (retour vers le public avec un ton et un hochement de tête appuyé) Hum !

(puis à Nico) Tu vois Nico, on a sauvé la rivière, à nous tous seuls, c’est génial ! Mais attends, c’est ça que je veux faire plus tard, j’ai enfin trouvé la réponse. Salut !!

(retour à l’arrière de la scène) Papa, maman, je sais ce que je veux être plus tard, je veux être aventurière, justicière (en bougeant les bras les jambes)… quoi comment ça qu’est-ce que je fais ? Ben je fais une conférence gesticulée, je vous explique des choses et je gesticule en même temps.

(Retour vers le public) Non ce n’est pas ça une conférence gesticulée ?

(En s’avançant au-devant de la scène, face au public) Bonsoir ! Ce n’est pas ça que vous étiez venus voir ?

Explication de la conférence gesticulée

Oui c’est vrai que la conférence gesticulée, ça va peut-être un peu plus loin.

Oui la conférence gesticulée, ça serait plutôt une personne comme nous en fait qui a un sujet qui la passionne, une expérience de vie qu’elle a envie de partager.

Mais avant de la partager, elle a envie de creuser un peu, de comprendre ce qu’il y a derrière. Elle a envie de lui donner une dimension sociale et surtout, elle a envie de lui donner une dimension collective, une dimension politique en fait, parce que le sens un peu oublié du mot politique, c’est « s’organiser en société », ce n’est pas que le pouvoir, ce n’est pas que les partis politiques.

Non la politique, ça nous appartient à tous !

Tout ce cheminement mène à une conférence gesticulée, à un tissage de récits entre ce qu’on appelle des savoirs froids qui sont plutôt ceux qu’on va chercher dans des sources universitaires, des enquêtes réalisées ←289 | 290→par différents organismes publics ou associatifs qui peuvent permettre d’expliquer des phénomènes, de poser des enjeux sociaux, politiques…; et puis, surtout, ce qui est différent d’une conférence classique, il y a des savoirs chauds. C’est son expérience, son vécu, ce qui nous touche. La conférence gesticulée invite à se raconter pour témoigner de ces phénomènes… et pour ne pas que vous vous ennuyiez aussi.

C’est quelque chose que l’on met au pot commun.

Donc, nous allons être ensemble pendant environ 1h30. Vous aurez des moments de participation, mais il ne faudra pas hésiter à me poser une question si quelque chose n’est pas clair. C’est votre moment, vous êtes libres ! Vous pouvez partir… mais du coup vous ne pourrez pas me dire pourquoi, alors c’est cool si vous restez quand même !

Bon je reprends mon aventure… (en montrant l’arrière de la scène)

De l’aventure à la recherche en sociologie de l’environnement

(Je reprends ma posture de ninja face à mes parents) Je veux être justicière aventurière !

(Déplacement pour prendre le rôle du parent en regardant en bas là où j’étais avant) C’est bien ça ma chérie, mais ce n’est pas un métier.

(Reprise de la position enfant) C’est quoi un métier alors ? Parce que moi je veux être comme Yoko Tsuno (en montrant le personnage de mon collier) qui est électronicienne, fait du karaté, va dans l’espace, voyage dans le temps, ou comme India-nana Jones, Robinette des bois, toutes les nanas aventurières que je vois partout quoi !

(Parent) Un métier, c’est quelque chose qui te permettra de gagner de l’argent, d’avoir une maison, de te soigner, de cotiser à la retraite… et après, à côté, tu feras ce que tu as envie de faire.

(Moi tête en l’air, silence, puis air très perplexe) Ouais… et comment je fais pour trouver un métier alors ?

(Parent) Ah mais ça ma chérie, c’est un peu tôt, il faut avancer dans la vie, il faut aller au collège, au lycée et avoir ton BAC !

(Moi) D’accord.

(Je repars à l’autre bout de la scène, j’enlève mes bottes, mon collier Yoko et le serrant) Yoko, on se retrouve plus tard !←290 | 291→

(J’enfile des chaussures et je mime de mettre un cartable dont le poids m’emporte en arrière, mais je me reprends et avance d’un pas décidé vers mes parents)

Maman Papa, j’aime bien la biologie !

(Parent) Ah mais c’est bien ça ma chérie, tu pourrais être prof de biologie !

(Je me re-déplace, sors de la posture de l’enfant pour prendre celle de « l’ado », je me détache les cheveux, je reviens vers mes parents avec une démarche lente sac à dos sur une épaule relevée et mèche dans les yeux) maman papa, oh (en me redressant) ma scoliose… j’aime bien l’histoire géo (avec un ton blasé).

(Parents) C’est bien ça ma chérie, tu pourrais être prof d’histoire géo.

(En me redressant et mimant d’enlever mon sac à dos et en revenant au-devant de la scène face au public) Oui parce que précision. Mes deux parents étaient profs en collège. Ils étaient profs dans MON collège ! (hochement de tête de complainte)

Moi je n’avais pas du tout envie d’être prof ! Mais il fallait trouver un métier, alors j’ai repensé à une héroïne d’un film des années 1990, celle de Twister. Je ne sais pas si vous vous souvenez. C’est une femme qui fait la chasse aux tornades. Comment elle fait pour avoir du temps, payé et du matos pour faire la chasse aux tornades ? Elle est scientifique, elle a fait des études… Alors je suis allée à l’Université, à la grande ville !

J’ai poursuivi, poursuivi… poursuivi… (Je bouge de long en large, je mets mes lunettes posées sur une table) je me suis abîmée les yeux. (en revenant au-devant de la scène) Et 10 ans après (silence) le BAC. Je suis devenue CHERCHEUSE (avec un air de fierté) Mais pas chercheuse de tornades, non, chercheuse en sociologie, en sociologie de l’environnement… et chercheuse d’emploi parfois aussi, d’essaims d’abeilles et de terrain agricole…

En fait mon statut aujourd’hui, c’est sociologue pluriactive ! Mais est-ce que ça fait de moi vraiment une aventurière justicière tout ça ?

Parce que (au public) vous savez ce que c’est vous la sociologie et de l’environnement ?

Si vous ne savez pas, je vous rassure, je ne savais pas non plus avant d’en faire !←291 | 292→

Alors, la sociologie, c’est la science de la société. C’est très large ! La sociologie de l’environnement, elle étudie le rapport de la société à l’écologie, à la protection de l’environnement.

Il y a des sociologues qui vont l’étudier au niveau international et national. Qu’est-ce qui se négocie derrière le « réchauffement climatique » par exemple (en marquant le ton et en mimant un gros titre) ? Comment il émerge comme problème et donne lieu à des politiques publiques, quels sont les enjeux qui déterminent des causes, des solutions et pas d’autres.

Il y a des sociologues qui étudient les pratiques quotidiennes de tout un chacun. Pourquoi des personnes consomment du bio ?

Il y a aussi des sociologues qui vont s’intéresser aux questions de justice environnementale. C’est là que je me situe plus récemment. Est-ce que nous sommes tous égaux face à la santé et à l’environnement ? Est-ce que, selon notre catégorie sociale, notre genre, notre race sociale, notre lieu de vie, nous avons le même accès à un environnement sain, à une alimentation sans pesticides, à des espaces naturels préservés ?

En vous disant tout ça, je me rends compte que ça ne vous dit pas ce que je fais au quotidien. Pour mes parents, ce n’était pas évident du tout et d’ailleurs un jour, coup de téléphone :

(je mime un téléphone à mon oreille, c’est ma mère) « Allô ma chérie ? Oui je t’appelle parce qu’on a un petit souci, on a trouvé des poissons morts dans la rivière, tu sais celle que tu explorais quand tu étais petite. Est-ce qu’on ne pourrait pas te les envoyer et tu les fais analyser dans ton laboratoire ? » (regard blasé au public) « Maman ! Je travaille dans un laboratoire de sociologie, je ne suis pas dans un vrai laboratoire ! » (au public) Mais ce n’est pas logique en fait…! (reprise de la conversation téléphonique) « Écoutez le plus simple, venez me voir à Toulouse ! Je vais vous montrer où je travaille (pause). Les poissons ? Mettez-les au congélateur, on ne sait jamais. »

La visite du laboratoire de sociologie

(Je me déplace sur scène) Voilà, bienvenus à l’Université Toulouse le Mirail ! Alors là-bas, ces grands bâtiments, c’est les amphis et les salles de cours, et là, ce beau gros bâtiment gris en béton, c’est la maison de la recherche ! (J’ouvre la porte). Voici le hall d’accueil avec les écrans d’informations, les salles de conférence.←292 | 293→

(au public) Il y a plein d’escaliers et de couloirs, mais là, on arrive dans mon couloir, c’est ma porte… Il y a une étiquette avec mon nom.

Là je crois que mes parents sont un peu fiers, et moi aussi, parce que mes parents étaient profs en collège, mais ils ne sont pas allés à l’Université pour le devenir. Ils sont nés dans les années 1940 et sont devenus enseignants avec le bac pour ma mère et le CAP pour mon père, après quelques années d’usine et des cours du soir. Donc là que leur fille fasse une thèse et donne des cours à l’Université, qu’enseigne enfin ! C’est quelque chose.

On entre dans mon bureau et là, il y a : (en énumérant avec un ton très rapide et en montrant des objets autour de moi) un bureau, un ordinateur, des étagères, des bouquins, des classeurs, des revues, des papiers, une tasse à café, un tableau, une collègue, une plante verte, un autre collègue, une autre plante verte. (Pause face au public) Hé oui, dans la sociologie de l’environnement, on n’a pas trop de moyen, alors on a beaucoup de collègues en CDD et beaucoup de plantes vertes…

Et là, sur mon bureau, il y a un enregistreur (je saisis mon enregistreur posé sur une table sur un côté de la scène)

C’est avec ça que je vais sur le terrain recueillir mon matériau de recherche. Mon matériau, c’est la parole des gens, je ne travaille pas les statistiques, je fais des entretiens d’une heure et demie, deux heures. Je recueille la parole d’une vingtaine de personne ou plus sur le même sujet. Je les retranscris intégralement, je les croise et j’analyse ce matériau.

C’est particulier quand même de porter un regard sur la vision des autres. Finalement, c’est un peu comme essayer de comprendre avec quelles lunettes les personnes voit le monde ! Mais attention (en prenant une voix affirmée), moi je porte un regard scientifique objectif et neutre.

(en revenant un ton posé) Oui mais en fait, les sociologues, ils portent aussi des lunettes (j’enlève mes lunettes et les retournent dans ma main), nous avons comme tout le monde déjà une idée sur le monde. Donc faire de la sociologie, ça veut dire aussi travailler son propre point de vue, s’imprégner de ce qui est dit et écrit sur un sujet, mais ne jamais se satisfaire d’une seule explication, tout cela pour porter un regard le plus critique possible.

Mais alors ça sert à quoi ?←293 | 294→

À quoi sert la sociologie ?

Je me suis souvent posée cette question, à part écrire des articles pour des revues scientifiques qui seront lus par une minorité de personnes ? Est-ce que je suis vraiment utile à la société que j’étudie ?

Et aujourd’hui (avec un ton affirmé), j’ai envie de dire que la sociologie ça sert !

Ça sert à plusieurs choses. Par exemple, ça sert à aller plus loin que ce que beaucoup de discours politiques présentent comme des évidences, à comprendre et à expliquer des phénomènes ou des évènements de façon différente que les médias, mais aussi à questionner des choses qui paraissent (je me déplace chercher le verre d’eau) complètement naturelles, anodines (je me déplace) comme ce verre d’eau.

C’est de l’eau du robinet ! Je précise que ce n’est pas une conférence gesticulée pour boire de l’eau embouteillée.

C’est commun l’eau du robinet, 99 % de la population française est raccordé au service public de l’eau potable (pause) à caractère industriel et commercial (en balayant avec le pied le sol comme pour mettre de la poussière sous un tapis). En général, elle coule en quantité dès que l’on ouvre le robinet. C’est l’un des produits alimentaires les plus contrôlés.

Mais en fait, derrière ce verre d’eau, il y a plein d’enjeux et d’intérêts (dégustation du verre d’eau) : il y a des enjeux sanitaires, ça, ça paraît logique, (je rebois) il y a des enjeux environnementaux aussi, (je rebois) ouh là de l’économique et du politique, c’est fort en bouche (je rebois) et hum moins évident (je secoue l’eau dans ma bouche), des enjeux de justice sociale et de démocratie (je me déplace poser le verre d’eau).

C’est tout ce qui m’a intéressée en travaillant sur l’eau potable depuis 15 ans et c’est un peu de tout ça dont on va parler ce soir2.←294 | 295→

Alors, les sociologues cherchent à démontrer des phénomènes sociaux pour les restituer ensuite. Finalement, c’est un peu comme raconter des histoires.

(Je vais chercher une chaise sur le bord de la scène, je la ramène au centre, je m’installe, puis, en regardant le public d’une voix claire) Je vais vous raconter l’histoire du drame de Maubourguet ! (voix grave) oui ça peut être dangereux l’eau potable !

L’eau potable, c’est des normes et de la technique !

Conte histoire 1

Nous sommes le 16 mai 2000, à l’aube du nouveau millénaire ! Dans le petit canton de Maubourguet, dans les Hautes-Pyrénées, la vie est paisible.

Si vous regardez d’en haut, le paysage est marron piqueté de vert. Et si vous vous approchez, vous vous rendez compte que ce sont des champs de maïs partout, c’est beau les champs de maïs ! C’est le début du printemps, ils commencent tout juste à pousser. Bientôt, ils seront grands et les petites routes de campagne donneront l’impression d’être dans un labyrinthe de verdure. Un bruit d’eau ? C’est un fleuve qui coule, l’Adour…

Tout est calme, et pourtant, le 16 mai 2000 au matin, les 3 500 habitants du canton reçoivent le même courrier… les mairies, la presse relaient le même message d’un arrêté préfectoral : « l’eau du robinet est impropre à la consommation, il ne faut plus la boire, elle est contaminée par un pesticide agricole : l’Atrazine ! »

(Je me lève d’un bond, vais au fond de la scène et sors un faux bidon d’atrazine que je montre au public. Puis, je mets de l’atrazine dans la carafe d’eau positionnée en arrière de scène mais très visible du public, l’eau se colore en vert).

(Je reviens au-devant de la scène face au public) Alors selon vous, qu’est ce qui a bien pu se passer ?

=> Le public participe et propose des explications←295 | 296→

Explication : L’eau potable ce n’est que des normes !

L’atrazine c’est quoi déjà ? C’est un herbicide, c’est un pesticide ! Les textes officiels les appellent produits phytopharmaceutiques, oui ce sont un peu comme des médicaments ! La vocation de ces produits, c’est de protéger les plantes (pause), mais de les protéger en éradiquant ce qui est présenté comme leurs ennemis : les herbicides, ça tue l’herbe, les insecticides, ça tue les insectes et les fongicides, ça tue les champignons. Le problème, c’est qu’en étant toxiques pour tous ces êtres vivants-là, ils le sont aussi pour les autres.

Cette atrazine a été introduite en 1962 et de plus en plus utilisée. Donc elle était déjà dans l’eau à la même concentration, mais qu’est ce qui a fait que du jour au lendemain l’eau n’est plus potable ?

En fait, il n’y a qu’une seule chose qui a changé, c’est la norme, la norme de potabilité vis à vis des pesticides.

À la fin des années 1990, les pesticides dans l’eau potable, c’était tolérance zéro. La concentration la plus basse qui pouvait être mesurée était 0,1 µg/l. Donc la norme était qu’il ne fallait pas qu’il y ait plus de 0,1 µg/l de chaque substance chimique dans l’eau.

Le problème c’est qu’il y avait déjà beaucoup de substances et de produits différents mis sur le marché : 3000 produits en agriculture, 500 en jardinerie.

Sans études reconnues sur les effets toxiques cumulés de toutes ces molécules, la norme disait également que la somme de toutes les molécules ne doit pas dépasser 0,5 µg/l.

Or, en 2000, il y a quelque chose que les agents du contrôle sanitaire ont recherché dans l’eau et qu’ils ne recherchaient pas avant (pause), les produits de dégradation de l’atrazine. C’est ce qu’on appelle les métabolites (je l’écris sur le paper board).

Parce que les molécules d’un produit chimique se modifient au contact de l’eau, du sol et au cours du temps, mais cela ne veut pas dire qu’elles ne sont plus toxiques, et même pour l’atrazine, elles seraient plus toxiques.

Comme à Maubourguet l’atrazine était utilisée depuis très longtemps, les contrôles sanitaires en ont révélé beaucoup. La somme juste de l’atrazine et de son produit de dégradation a suffi à dépasser la norme des 0,5 µg/l. Il y avait à certains endroits 1,6 µg/l, plus de 3 fois la norme ! Ce fut impossible pour le préfet d’autoriser la distribution d’eau.←296 | 297→

Vous voyez à quoi ça tient la notion de potabilité, c’est des normes en fait, des seuils. Les normes peuvent être rendues plus contraignantes, mais elles peuvent aussi être moins exigeantes.

Tenez un exemple au hasard, le label AB (je montre l’image). Nous voyons toujours le même logo sur les produits, mais derrière, nous ne voyons pas toutes les négociations à l’œuvre de la part des lobbies de l’industrie chimique et agroalimentaire pour alléger les cahiers des charges du label, autoriser certains produits chimiques, pour permettre le développement d’une agriculture biologique intensive, une industrialisation du bio.

Je vous invite à regarder avant de partir un tableau que j’ai posé sur une table à l’entrée qui présente en très synthétique, les différentes exigences entre l’agriculture conventionnelle dite raisonnée et les principaux labels et mentions Bio3.

Puis surtout, les normes dépendent de l’état des connaissances scientifiques à un moment précis ou de la mobilisation de lanceurs d’alerte pour faire reconnaître leur expertise sur des nuisances. Elles dépendent de la volonté politique des États et d’autres institutions comme la Commission européenne pour les traduire en norme ou pour modifier des normes existantes.

Bref, on ne trouve que ce que l’on cherche et on ne cherche que ce que l’on connaît !

Mais tout ce qui n’est pas encore reconnu comme dangereux pour la santé ou qu’il n’est tout simplement pas encore possible de mesurer parce que les appareils de détection ne sont pas assez sophistiqués ou beaucoup trop chers, ça reste invisible, transparent, comme l’eau de ce verre.

(au public) Ça va ? Tout va bien ? Alors si vous sentez une angoisse qui monte, c’est normal !

J’ai de l’hydrolat de grande camomille en spray (je vais le chercher). Quelqu’un en veut un pchit ?

Oui vraiment essayez de passer aux plantes et d’éviter les antidépresseurs. La France est le premier consommateur européen de psychotropes, ils font partie des résidus de médicaments qui se retrouvent de plus en plus dans l’eau. Et je ne vous parle pas des œstrogènes (en marchant de ←297 | 298→long en large en montant le ton) qui contribuent à la féminisation massive des poissons de rivière et qui ne sont pas traités pour l’eau potable…

(en m’arrêtant) Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas un pchit ?

(Je repose le flacon et reviens près du public) Donc la norme se durcit et d’un coup, le paysage quotidien si rassurant de la campagne devient menaçant.

Les élus locaux sont complètement abasourdis. Ils distribuent chaque jour 3 litres d’eau en bouteille par habitant, environ 10 000 bouteilles. Le préfet organise une réunion publique pour rassurer les populations paniquées : « Est-ce qu’on peut encore se doucher, faire cuire des pâtes ? »

Ça va durer 2 mois avant qu’un filtre à pesticides soit installé sur une fontaine publique et encore 7 mois avant que les habitants puissent boire l’eau du robinet à Maubourguet. Pour d’autres communes du canton, les interdictions de consommation vont durer 1 an.

Les querelles entre des associations environnementales et le monde agricole s’engagent.

« Les agriculteurs polluent avec leur herbicide ! » (Je le dis fortement avec colère en levant le doigt… Puis, je me calme et me rapproche de la chaise)

Mais les agriculteurs de Maubourguet sont aussi des habitants qui ne peuvent plus boire. Personne n’a envie d’empoisonner sa famille, ses voisins… (Je me rassois sur la chaise)

Conte 2 : L’herbe !

À Maubourguet les agriculteurs sont fiers de leurs champs et surtout, ils sont fiers parce que leurs champs sont propres ! Entre leurs pieds de maïs, il n’y a pas d’herbe.

Depuis très longtemps, dans les représentations du monde agricole, l’herbe est un ennemi qui fait concurrence à la plante, il faut la maîtriser ou il faut l’éradiquer complètement. Jusqu’au début du XXe siècle, le désherbage était fait principalement manuellement ou mécaniquement, c’était un travail pénible qui mettait à contribution toute la famille ! Mais depuis, de plus en plus de désherbants chimiques sont commercialisés. Et même, depuis l’après-guerre, (changement de tonalité vers annonce ←298 | 299→publicitaire) ils sont devenus indispensables, les fermes sont maintenant des exploitations agricoles où il y a de plus en plus de surface à désherber.

À tous les échelons, tout est fait pour répondre aux objectifs alimentaires : intensification, mécanisation, subventions de l’État (changer de ton). Aaah désormais le maïs est très bien subventionné ! Surtout s’il est irrigué.

Tout le petit monde de l’agriculture vous recommandera ces produits parfaitement inoffensifs pour la santé humaine, les formateurs des écoles d’agriculture et d’agronomie, les grands syndicats, les grandes revues agricoles, les conseillers agricoles de la Chambre d’agriculture et de la coopérative ! La coopérative qui achète la production et vend les produits, conseille au quotidien sur quoi faire et comment le faire, fait des prêts pour investir dans du matériel, des produits et qui se rembourse parfois directement sur l’achat du maïs.

Mais finalement, il n’y a pas que dans l’imaginaire des agriculteurs que l’herbe est un ennemi, dans l’imaginaire collectif aussi : Qui n’a jamais dit ici « mauvaises herbes » ? Elles sont souvent arrachées dans les jardins ou détruites… avec des herbicides …

À Maubourguet, au printemps, l’herbe pousse, tous les agriculteurs quasiment utilisent le même produit, l’atrazine. Le printemps, c’est aussi une période de grande pluie. Quand elle tombe sur ces sols nus, elle brasse tous ces produits et les entraîne dans la nappe qui n’est pas très loin dessous, puisqu’on est près du fleuve Adour. Les services sanitaires viennent faire les prélèvements, la norme a changé, l’eau n’est plus potable et c’est le drame.

Le ministre intervient !

Mais (changement de ton en souriant) dans leur malheur, les habitants du canton de Maubourguet sont très chanceux. Leur conseiller général a une autre une fonction très importante, c’est le ministre de l’agriculture, Jean Glavany. Nous sommes dans les années 2000, le gouvernement est socialiste. Il s’est fait élire notamment en s’associant avec les écologistes. C’est l’époque de la prise de conscience des enjeux environnementaux, le modèle agricole intensif est montré du doigt !

Lionel Jospin a même nommé une écologiste comme ministre de l’Environnement, Dominique Voynet.←299 | 300→

C’est un enjeu politique majeur, le problème de la pollution de l’eau ne doit pas être pris à la légère par le ministre de l’Agriculture. Il doit montrer qu’il collabore avec Dominique Voynet avec qui se négocie une loi sur l’eau. Il doit y avoir des décisions fortes ! Tous les médias du local au national dirigent leurs projecteurs sur le ministre.

(changement de ton en voix grave et claire tout en me levant) Moi Jean Glavany, j’annonce « une révolution… tranquille (dixit en chuchotant) de la qualité pour l’agriculture française », des solutions qui vont dans le sens d’un « développement durable ».

(Je me décale sur le côté en regardant l’emplacement du ministre en frappant des mains lentement)

(Puis au public) Mais c’est formidable ! Maubourguet va devenir la vitrine d’un nouveau modèle !

Alors à votre avis, quelles mesures ambitieuses et exemplaires sont prises pour combattre la pollution à sa racine pour que les gens puissent reboire l’eau du robinet durablement ?

=> Temps de réponses du public et de rebondissement vers la suite de la conférence

Les solutions magiques à la pollution des ressources par les pesticides

(reprise de la parole) La première chose, ça a été un arrêté préfectoral, l’arrêté atrazine. Il n’impose pas de changement de pratique réel aux agriculteurs, il incite à des mesures qui existaient déjà, à part l’implantation de bandes enherbées le long des cours d’eau qui est devenue obligatoire quelques années plus tard. La chose innovante, c’est qu’il interdit l’usage de l’atrazine près des zones de captage de l’eau potable, 2 ans avant l’interdiction nationale et totale de l’atrazine en 2003.

Sur le territoire, les agriculteurs avaient tellement été montrés du doigt qu’ils ont arrêté très rapidement l’atrazine. À la place, ils ont utilisé un pesticide plus cher que les conseillers agricoles leur avaient fortement recommandé. Oui parce que celui-là, cette fois c’est sûr, il est totalement biodégradable ! Vous le connaissez ! À l’époque, il y avait une pub à la télé d’un petit chien qui enterrait son os sous une plante, on voyait une main mettre le produit, la plante mourrait, mais il récupérait son os et pouvait le manger sans problème. Vous remarquerez que la pub n’a pas été réalisée avec le jouet d’un enfant quand même ! Il est en voie chaotique ←300 | 301→d’interdiction aujourd’hui… Le Round up ! La molécule principale, c’est le glyphosate.

Dans le canton de Maubourguet, assez rapidement, les analyses d’eau ont montré qu’au fur et à mesure que l’atrazine diminuait, le glyphosate faisait son apparition et son taux montait (je sors de sous la table au fond de la scène un bidon étiqueté round up et j’en verse dans la carafe).

On voit bien le cercle vicieux : présence de produit, interdiction, pas de décision politique, nouveau produit, interdiction…

Parce que si les produits changent, les pratiquent, elles, sont les mêmes !

Le problème est que même en cas de changement radical – par exemple, allez toutes les terres sont converties en prairie ou reboisées – il faut des années avant que les produits disparaissent dans les sols et dans les eaux. 16 ans après son interdiction, l’atrazine et ses dérivés sont encore les premiers produits retrouvés dans les ressources en eau.

Donc l’interdiction ne permet pas de rétablir immédiatement la potabilité de l’eau.

Pour distribuer de l’eau potable quand l’eau est contaminée, il y a 3 grandes solutions privilégiées et une solution magique :

La première, c’est l’abandon de captage (je l’écris sur le papier board). L’eau est polluée, les gestionnaires décident de fermer le captage où l’eau est prélevée ! La pompe est enlevée, le forage est fermé et des tuyaux sont posés pour aller chercher de l’eau ailleurs.

Cette solution est intéressante en termes d’affichage sanitaire et politique. Elle fait baisser les chiffres de la contamination des eaux potables. Parce que quand un captage est abandonné, il n’y a plus d’analyses réalisées dessus. La ressource contaminée disparaît des statistiques et la qualité des eaux du robinet s’améliore.

C’est un peu comme si l’Insee calculait les chiffres de l’emploi en enlevant tous les chômeurs !

←301 | 302→ Il y a un peu plus de 33 000 captages d’eau potable en France. Entre 1994 et 2015, 3 278 ont été officiellement abandonnés pour cause de nitrates et pesticides4, ça fait environ 160 par an !

La deuxième solution, c’est la dilution. La ressource est contaminée, mais en se connectant avec une ressource moins contaminée, il est possible de se maintenir dans les normes.

Et oui ! Nous sommes dans une gestion de la qualité par les normes. La dilution est beaucoup utilisée pour les nitrates. Vous prenez une eau au-dessus de la norme, vous la mélanger à une eau en dessous de la norme (je mime), ça fait une eau juste en dessous de la norme, elle est potable et tout va bien.

La troisième solution, c’est le traitement. Le captage n’est pas abandonné, mais pour être dans les normes, vous construisez une station de traitement et c’est réglé !

En France les normes de potabilité sont sur l’eau au robinet.

L’eau ne doit pas être potable à la source, à l’endroit où elle est prélevée, elle doit être potable au robinet. Il y a quelques normes sur les ressources, mais bien plus élevées que celles au robinet. Jusqu’à très récemment, elles ne semblaient pas atteignables ! Donc il n’y avait pas de raison de remettre en cause ce système de mesure.

Au Danemark, l’eau doit répondre aux normes à la source. Les Danois ont des ressources profondes qui les protègent davantage des pollutions. Cependant, s’il y a contamination, l’abandon est possible, mais pas le traitement, il faut agir sur les pratiques qui polluent.

En France, les solutions techniques ont toujours été privilégiées. C’est notamment dû au fait que l’histoire des normes est liée à la forte place de l’ingénierie5. Les corps d’ingénieurs occupent des postes dans les services de l’État qui appuient les communes dans les choix de gestion, mais aussi dans des puissants groupes privés qui peuvent assurer les travaux et la gestion du service d’eau pour les communes. Les normes au robinet convergeaient donc avec les intérêts des sociétés délégataires.

←302 | 303→ On a privilégié ces solutions aussi parce qu’elles permettent d’éviter de contraindre des activités agricoles qui sont dominantes sur les territoires ruraux où sont localisés la plupart des points d’eau, y compris ceux qui alimentent les villes.

C’est une gestion palliative (écrite au centre du cercle formé par les trois solutions). Comme les soins palliatifs, on s’attaque aux symptômes de la contamination, plutôt qu’aux causes. Avec une collègue sociologue, Sylvia Becerra, il y a 10 ans déjà, on avait qualifié ce système d’« action publique désengagée »6. C’est-à-dire qu’il y a une mobilisation des acteurs publics des communes, des services de l’État… et de l’argent public, mais pour soigner après coup !

Le problème est qu’à terme, certains territoires se retrouvent un peu comme dans une nasse. À force d’abandonner des ressources, de regrouper de plus en plus de population sur quelques ressources, ils sont devenus très vulnérables ! Les chiffres de l’eau au robinet sont bons, mais il n’y a plus de nouvelles ressources non contaminées ou en quantité suffisante à mobiliser.

C’est le cas du département des Deux-Sèvres. En 30 ans, il y a eu 117 captages abandonnés, 87 % à cause des nitrates ou pesticides7, 79 % de la population est alimentée par une eau traitée. Il y a eu des prospections réalisées pour trouver de nouvelles ressources, il n’y en a plus !

Or, avec les sécheresses successives, des agents des services de l’État au niveau du Département lancent l’alerte parce qu’ils craignent que les ressources existantes ne soient pas suffisantes ou plus potables.

Mais c’est là que peut arriver la solution magique ! La dérogation préfectorale de 3 ans renouvelable (je dessine à l’extérieur du cercle une baguette magique et l’écris à la pointe) … En 2015, 63 communes de l’Aude, c’est le département où je vis, ont été autorisées par la préfecture à distribuer de l’eau non conforme aux normes de potabilité parce qu’il n’y a pas d’autre solution.

←303 | 304→

Conte 3

(Je prends le temps de me rasseoir, de regarder le public, de laisser s’installer le silence) Dans le canton de Maubourguet, tout est redevenu calme. Les 7 captages contaminés ont été abandonnés. Deux nouveaux captages ont été forés dans une zone en bord de l’Adour moins soumise à la contamination. Des kilomètres de réseaux ont été construits pour raccorder toutes les communes à ces forages. Ça a pris quelques années pour que tout soit opérationnel. Mais aujourd’hui, l’eau est officiellement redevenue potable et sans traitement.

Il faut dire qu’à Maubourguet, le maire a voulu anticiper ! À défaut de pouvoir agir sur les pratiques agricoles de toute une région, il a fait acheter par le syndicat d’abord 20 ha autour du captage, puis 30 ha de plus sur lesquelles il ne peut pas y avoir de culture ou alors que de l’agriculture biologique. C’est ce qu’on pourrait appeler une zone tampon, mais sur les 7 autres zones de captages abandonnés, c’est-à-dire tout autour, les pratiques n’ont pas changé.

Jusqu’à quand la zone tampon va-t-elle pouvoir tout éponger ? Mystère… (silence)

Mais rassurez-vous, tant que l’eau coule au robinet … tout va bien !

Allez pour vous détendre, je vous propose 2 minutes de relaxation, vous allez fermer les yeux… et moi ça me permet de faire mes changements de plateau. (Avec une voix lente et calme) Visualisez la pluie et l’eau qui coulent doucement. Ouvrez les yeux.

Le cycle naturel de l’eau et le cycle de l’eau potable

Le cycle de l’eau gratuit et payant

Voilà ! (je suis au centre de la scène avec un cycle de l’eau dessiné sur un grand carton).

Ça, c’est le cycle naturel de l’eau comme on l’a appris à l’école primaire !

Ce sont des souvenirs hein ! L’eau qui tombe sur les montagnes qui ruisselle pour arriver sur le beau village, avec les champs…

Ça, c’est l’image du cycle naturel de l’eau, où la nature fait le travail de filtration, c’est le cycle gratuit !←304 | 305→

Et il y a le cycle de l’eau potable (je pose sur le village un autre carton). On peut rajouter une station de captage, une station de traitement, une station d’épuration…

Ça, c’est le cycle de l’eau payant, et celui-là, il est peu visible ! La preuve est que souvent, on ne le connaît pas…

Vous en doutez ? C’est pourquoi je vous propose de tester vos connaissances, avec un Quiz coopératif (je vais chercher ma fiche sur la table du fond et reviens au centre de la scène)

Le quiz

Bienvenu.e.s « à l’eau potable, ça ne coule VRAIMENT pas de source… »

Alors je n’ai pas les réponses à toutes les questions que je vais vous poser, je fais quelques recherches sur le territoire où se joue la conférence avant, c’est assez long et je n’ai pas le temps de tout trouver.

Mais comme nous utilisons de l’eau du robinet au quotidien et que c’est un service public totalement transparent, nous aurons bien des réponses.

Qui sait exactement d’où vient l’eau qui coule à son robinet ?

Connaissez-vous sa qualité à votre robinet ?

Connaissez-vous sa qualité à la source ?

Attention niveau confirmé : le captage de votre eau a-t-il des périmètres de protection ?

Niveau expert : savez-vous s’il y a des captages Grenelle dans votre département ?

Maintenant sondage : qui boit l’eau du robinet ? Qui achète de l’eau en bouteille ?

Savez-vous ce que vous consommez que ce soit par jour, par mois, à l’année ? Dites les chiffres que vous connaissez !

Questions détente et rapidité : citez-moi des apéritifs avec de l’eau plate ? Et un apéritif avec de l’eau gazeuse ?

←305 | 306→ Le Mojito ! Bravo, vous avez gagné un verre d’eau du robinet ! (J’amène à la personne gagnante un verre d’eau de la carafe où j’ai versé l’atrazine et le glyphosate qui sont en fait des sirops respectivement de menthe et de grenadine)

Savez-vous qui gère votre eau8 ?

Savez-vous ce que veut dire l’acronyme CCSPL ?

La Commission consultative des services publics locaux est obligatoire pour toutes les communes de plus de 10 000 habitants, ou toute intercommunalité de plus de 50 000 habitant ou syndicats mixtes dont au moins une commune a plus de 10 000 habitants.

Savez-vous combien vous payez ? Dites-moi n’importe quel chiffre que vous connaissez prix au m3, au mois, à l’année…

←306 | 307→Savez-vous ce que vous payez exactement à qui et pourquoi ? Même avec une facture ce n’est pas simple !

C’est pourquoi je vous propose de décortiquer un peu ce prix de l’eau-là !

Mais juste avant, une dernière question de curiosité, à l’issue de ce quiz : la gestion de l’eau potable vous paraît-elle démocratique ?

Le prix de l’eau

(je pose un grand support cartonné) Voilà la FACTURE ! (illustration 1).

Illustration 1 Conférence gesticulée donnée à Bordeaux, septembre 2017

Photo : © G. Lambert – INRAE

Donc vous avez une première rubrique « Distribution de l’eau »

Dedans vous avez l’« Abonnement ». On l’appelle aussi « part fixe », car son montant est fixe quelle que soit la quantité d’eau que vous consommez. Il est dit que c’est le prix de l’accès à l’eau. Je précise que derrière 1 abonnement, donc 1 abonné, il peut y avoir 1 personne seule, comme une famille de 5 personnes ou même un immeuble, même si c’est de plus en plus rare ;

La « Consommation ». C’est ce qui correspond au nombre de m3 consommés. C’est là vous avez parfois indiqué, mais rarement, la part qui revient au délégataire et aux collectivités locales (commune, syndicat de commune, département) ;

=> Si on reprend notre cycle de l’eau potable, ça correspond aux coûts pour prélever l’eau, la traiter et l’amener jusqu’au compteur des particuliers, compteur que vous payez aussi.

L’abonnement comprend aussi les salaires des personnes chargées de faire fonctionner le service si la commune ou le syndicat sont en régie ;

Puis vous avez « Préservation des ressources en eau ». Ça correspond à une redevance pour le prélèvement dans le milieu. Là vous voyez que vous donnez pour ça une contribution à l’Agence de l’eau. (Pause) on va la retrouver après, j’y reviendrai !

La seconde rubrique c’est « la Collecte et le traitement des eaux usées »

Ça correspond aux coûts de l’assainissement des eaux usées si vous êtes reliés au tout-à-l’égout. Vous n’avez pas cette partie si vous avez une fosse septique. Elle comprend aussi un montant fixe et un montant qui dépend de votre consommation.

←307 | 308→

Et enfin, les « Organismes publics »

Ça correspond aux redevances, en gros des taxes, reversées à des organismes publics.

Vous avez la redevance : Lutte contre la pollution et la redevance pour la Modernisation des réseaux des eaux usées, si vous êtes raccordés au tout-à-l’égout.

Celle-ci, « Voies navigables de France », cest une taxe perçue seulement dans les communes où l’eau est prélevée ou rejetée dans un cours d’eau.

Je vais passer pour revenir à l’Agence de l’eau et ses redevances (je les re-pointe du doigt).

Du pollueur-payeur au consommateur-payeur

L’agence de l’Eau est un établissement public. Il y en a 6 en France continentale, elles correspondent à des grands bassins hydrographiques. Par exemple ici, vous dépendez de l’agence de l’Eau X. Ces agences ont été créées dans les années 1960.

Elles ont notamment pour mission de mettre en œuvre la politique de l’eau, donc améliorer la gestion de l’eau, lutter contre sa pollution etc.

Ce sont des établissements publics sous tutelle de l’État, mais elles ne reçoivent aucune subvention de l’État.

Pour fonctionner, elles sont censées faire appliquer le « principe pollueur-payeur » (je l’écris sur le paper board). Ce principe voudrait que ce soit ceux qui polluent la ressource qui paient pour restaurer sa qualité.

Donc les agences récoltent des taxes payées par les activités polluantes et redistribuent cet argent sous forme de subventions à des actions pour préserver les milieux aquatiques.←308 | 309→

Leurs actions sont financées à 87 % par les redevances perçues sur la facture d’eau, à 7 % par les industriels et à 6 % par l’agriculture (comprenant le produit de la taxe sur les produits phytosanitaires)9. C’est en fait très variable d’une agence à l’autre. En Rhône-Méditerranée-Corse par exemple, en 2018, la contribution de la facture d’eau était de 86,5 % et celle de l’agriculture 2,7 %10.

La Cour des comptes, donc une institution d’État qui n’est pas reconnue pour être spécialement militante pro-environnementaliste relève régulièrement dans ses rapports que les usagers de l’eau potable contribuent financièrement beaucoup plus et reçoivent moins que les agriculteurs et les industriels.

On le voit avec la facture d’eau. L’usager paie une taxe pour le prélèvement sur la ressource et la dépollution de son eau à travers l’assainissement des eaux usées. Mais il paie aussi pour dépolluer l’eau avant qu’elle arrive à son robinet, là ça interroge !

C’est pour cela que si vous vous baladez sur des sites internet institutionnels qui expliquent au grand public le système des redevances, vous pourrez voir que de plus en plus le « principe pollueur payeur » est rebaptisé « principe consommateur payeur » (je l’écris sur le paper board)… ce qui semble effectivement davantage coller à la réalité.

Mais il n’y a pas que ça qui est reproché aux Agences, on leur reproche aussi l’inefficacité des actions subventionnées pour contrer la dégradation des ressources. Par exemple :

Ces dernières décennies, les Agences ont accordé beaucoup de subventions aux communes et aux industries pour mettre aux normes leur station d’épuration, et là-dessus, il y a eu de vrais résultats sur la qualité des milieux ;

Elles ont aussi accordé beaucoup de subventions à des actions de sensibilisation des agriculteurs pour mieux régler le pulvérisateur, mieux doser les produits et trier les déchets, mieux se protéger lors des traitements. Ces actions ont une certaine nécessité, mais elles n’ont pas d’effet sur la qualité de l’eau ;

←309 | 310→En proportion, il y a eu beaucoup moins de subventions pour faire changer les pratiques agricoles autour des captages. C’est ce qui explique aussi la situation de Maubourguet.

Notamment parce que ça aurait été une prise de position politique forte ! C’était aller contre les discours dominant dans le monde agricole comme au sein des gouvernements successifs qui dit que l’agriculture chimique peut être performante, nourrir le monde et compatible avec la préservation de l’environnement ;

C’est au nom de ces arguments et maintenant de l’adaptation au changement climatique (avec un ton marqué) que des Agences peuvent être amenées à subventionner la construction de réserves d’eau pour l’irrigation du maïs par exemple (pause).

Aujourd’hui, on peut parler de BIO dans les Agences parce qu’il y a parallèlement un mouvement d’industrialisation du bio, de développement de cultures de céréales bio intensives. Dans le Lot-et-Garonne, une coopérative agricole a reçu des fonds d’une mesure agri-environnementale pour conseiller des agriculteurs adhérents de sa coopérative afin qu’ils diminuent leur nombre de traitements en pesticides. C’est-à-dire qu’elle a reçu des fonds publics pour compenser ses pertes sur la vente des produits.

J’avais réalisé des entretiens avec des agents de l’Agence de l’eau Adour Garonne à cette époque, c’était en 2008, donc pas des décideurs, des personnes recrutées pour leurs compétences techniques, leur intérêt pour l’environnement. Il y avait un réel mal-être chez eux. Il faut imaginer qu’ils devaient gérer quotidiennement des écarts importants entre les grands principes politiques affichés et les actions qu’ils avaient le droit de soutenir.

Quand l’eau paie tout !

Alors le « principe pollueur payeur » c’est un des deux principes qui justifient que l’on paie l’eau.

Parce que je vous le rappelle, si l’eau est un « bien commun », l’accès à l’eau pour boire, se laver lui, il est payant. L’eau potable n’est pas un bien gratuit, c’est un service soumis aux règles d’un service à caractère industriel et commercial, donc aux règles d’un service marchand !←310 | 311→

Ce choix politique d’une gestion marchande de l’eau est habillé d’un autre grand principe présenté comme un modèle d’égalité qui est le principe de l’eau paie l’eau.

Ça veut dire concrètement que tous les coûts du service doivent être payés uniquement par la facture d’eau, donc par tous les usagers du service. Sauf exception des petites communes, vous ne pouvez pas financer les coûts du service d’eau potable avec les impôts locaux par exemple.

L’eau doit être un budget autonome pour pouvoir être transféré à un syndicat d’eau, mais aussi de passer un marché avec un prestataire privé qui se rémunère directement sur la facture.

Le budget de l’eau doit être comme une enveloppe indépendante, il n’y a qu’à passer l’enveloppe.

Ce principe est présenté comme égalitaire parce que tout le monde paie le même prix au m3.

Mais c’est une certaine vision de l’égalité, c’est l’égalité d’un point de vue marchand. Le critère social ou économique des usagers ne rentre pas en ligne de compte, ce n’est pas comme l’impôt sur le revenu par exemple.

Même si on considère que c’est égalitaire à petite échelle, est-ce ça tient si on dépasse le niveau local ? Parce que selon où on habite, on ne paie pas le même prix de l’eau, selon si on est en milieu rural, en délégation, en ville, en zone polluée ou pas…

Au final on peut dire que ce sont principalement les usagers qui financent la politique de l’eau et son échec. Si l’État ne contribue pas, il prélève par contre, il prend la TVA, mais pas que ça…

Depuis 2015, l’État prélève également sur les fonds des Agences de l’eau pour alimenter le budget général. C’était une mesure exceptionnelle à la base ! En 2018, il a prélevé 200 millions d’euros pour contribution au redressement de la dette publique.

Sachant que les Agences financent aussi l’Agence Française pour la Biodiversité pour un montant de 243 millions d’euros (en 2017 c’était 84 % de son budget) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage à hauteur de 37 millions d’euros11; ça représente à peu près 20 % des ressources des agences, 20 % qui ne pourront pas être redistribués aux ←311 | 312→collectivités par exemple et qui seront obligés d’augmenter le prix de l’eau pour se mettre aux normes ou faire des travaux.

Ce qui signifie qu’une grande partie de la politique environnementale de la France est financée directement par les usagers de l’eau sans redistribution équivalente.

Donc si on reprend les grands principes du service public de l’eau, et bien en fait : les consommateurs paient l’eau et l’eau paie plein d’autres choses que l’eau. Ces prélèvements se font sans distinction de critères sociaux et économiques, sans visibilité, donc sans grande marge de mobilisation citoyenne et ce n’est pas fini.

J’ai mis le nez rapidement dans le budget de l’État pour 2019, whou (mimique désabusée), les prélèvements directs de l’État vont un peu changer de forme, mais au final, cela aura les mêmes conséquences, une augmentation du prix de l’eau.

Et dire qu’on ne boit que 1 % de toute l’eau qui nous arrive au robinet et qui est facturée… 7 % si on rajoute la cuisine ! Il y a beaucoup d’usages qui pourraient être faits sans eau ou avec de l’eau non potable…

Vivre à l’aventure, enfin !

Ça je m’en suis rendu compte quand je me suis installée dans l’Aude.

(je mime un téléphone à mon oreille) Allô les parents, Ohhh vous allez être super contents, j’ai une bonne nouvelle !

(pause) Non ! Je ne suis pas enceinte ! Non je suis enfin propriétaire !

(pause) Oui, oui ! D’une caravane dans l’Aude (pause). Oh oui elle est belle, elle a 30 ans à peine (pause). Oh des petits travaux, le plancher, le toit … Elle est posée sur un terrain, où on vit avec 8 potes.

(pause) Ah non, on n’est pas propriétaire du terrain, non, on est gardien !

(pause) Le confort ! Alors, c’est un peu particulier, le terrain est au sommet d’une colline à 500 mètres d’altitude, et il n’y a pas de réseau ni d’eau, ni d’électricité…

(pause) Non, ce n’est pas dangereux ! On a internet !

(pause) Comment on fait ? Pour l’électricité, c’est facile on a des panneaux solaires. On peut même avoir le 220 volts. Non, on n’a de télé, on regarde des films en streaming !←312 | 313→

(pause) Pour l’eau ? Il y a des gouttières partout, on récupère près de 20 000 litres d’eau de pluie.

On a une maison commune en bois, avec la douche normale, l’évier normal…

(pause) Pas de toilettes ? Mais si, on a des toilettes sèches, vous avez connu ça vous ! Voilà, on fait sur de la sciure de bois. On la stocke dans des bacs ouverts et au bout de 2 ans, on a un compost pour le jardin.

(pause) Pour boire ? Alors là, on remplit des bidons une fois par semaine à la source d’un village. (pause) Non ça ne risque rien ! Ce n’est pas pire que l’eau minérale qui est stockée pendant plusieurs jours en plein soleil sur des parkings.

Alors vous venez quand ? (pause) Ah vous êtes occupés…

C’est dommage ! On a une chambre d’amis, c’est comme un gîte atypique avec vue sur les Pyrénées !

(pause) Ah chouette, cet été c’est parfait ! Oui l’hiver c’est … une autre expérience !

(pause) Quoi ? Si j’ai besoin d’argent ? (pause) Mais non c’est un choix de vie militant, c’est l’aventure enfin ! On veut essayer de tester l’autonomie, manger au plus local.

(pause) Alors je n’ai pas besoin que vous ameniez votre pâté de canard ? Oh ben ça si, on n’est pas fermé hein !

(pause) Vous êtes contents ! Ah c’est chouette (pause). À très vite alors !

Donc voilà, j’ai essayé d’être un peu plus aventurière en vivant sur ce terrain sans eau potable, mais si pour moi c’est un choix, ce n’est pas le cas de tout le monde. Pour de plus en plus de personnes en France, ne pas avoir accès à l’eau potable, c’est une situation subie.

←313 | 314→

Justice sociale et démocratie

Quand on perd son logement, on n’a plus accès à l’eau, quand on vit dans la rue, on n’a pas d’eau…

Mais même avec un logement, il y a de plus en plus de gens qui se sont tellement appauvris que l’eau n’est plus un bien accessible, l’eau potable ! L’aliment de base pour sa santé et son hygiène !

C’est ce qu’on désigne maintenant comme la « pauvreté en eau », c’est une réalité en France aussi qui est devenue un problème public depuis peu de temps12.

L’alerte n’a pas été donnée par l’État, mais par le secteur caritatif, c’est-à-dire des associations ou des collectifs qui prennent en charge les personnes à la rue ou en situation de logement précaire.

Cette alerte s’appuie sur des faits. Il y a au moins 1 million de foyers en France pour qui le poids de la facture dans leur revenu est considéré comme insupportable (c’est-à-dire supérieur à 3 %). En 2000, il y avait 20 000 coupures d’eau par an pour motif de précarité13.

Face à ça, les associations ont demandé l’application d’un droit reconnu par les Nations unies depuis 1977 : le droit à l’eau.

La première mention de ce droit n’arrive en France qu’en 2006 avec la nouvelle loi sur l’eau et les milieux aquatiques. Il est mentionné dans l’article 1, donc en principe, c’est un acte fort !

(J’amène un panneau) Il est écrit que : « chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable » (pause) C’est plutôt pas mal !

« dans des conditions économiquement acceptables par tous »

Donc, là, on voit clairement que dès la formulation de la loi, on conditionne toutes les applications possibles à la logique marchande.

Cet article n’est suivi d’aucune application concrète pendant 7 ans. Il faut attendre la Loi Brottes de 2013 pour trouver des mesures sociales concernant l’accès à l’eau : fonds de solidarité pour le logement-eau, ←314 | 315→expérimentation de la tarification sociale et interdiction des coupures d’eau. Des distributeurs privés ont cherché à contourner soit en coupant quand même, soit en mettant des réducteurs de pression ce qui est aussi interdit14.

Le problème est que comme pour la pollution de l’eau, ce sont des actions curatives et palliatives.

On compense les effets cumulés de l’augmentation du prix, du creusement des inégalités sociales et de l’appauvrissement de la population, mais il n’y a pas d’action préventive.

Parce que clairement, ça voudrait dire remettre en question la logique marchande de l’accès au service qui permet aux sociétés délégataires de se rémunérer, aux communes de financer tant bien que mal les mises aux normes et qui permet maintenant aussi à l’État de ponctionner directement des usagers avec la facture d’eau.

On maintient l’image d’un usager client, donc qui se doit d’être solvable. La personne en situation d’impayée est seule responsable de ce qui lui arrive, donc du recouvrement de sa dette, comme pour un crédit à la consommation ! (pause) Sauf que là, il ne s’agit pas d’un canapé, mais d’un service prétendument public pour accéder à un élément essentiel !

C’est vraiment en allant sur l’île de la Réunion que c’est ressorti de façon très forte.

L’individualisation de la pauvreté en eau

Avec des collègues chercheuses de Bordeaux et de l’Université de la Réunion, on travaillait sur les inégalités d’accès à l’eau15.

On avait choisi la Réunion parce que c’est un département d’outre-mer. Comme dans la plupart des DOM, les inégalités sociales et économiques sont très fortes. À la Réunion, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est un des héritages parmi d’autres de la période coloniale.

À la Réunion, jusqu’à récemment et encore dans certains endroits de l’île, l’eau était un bien gratuit ! En très peu de temps, les habitants ont ←315 | 316→dû intégrer dans leur budget le coût de l’eau potable, de l’assainissement parmi d’autres choses comme les transports, etc. Assez vite, pas mal de communes ont dû gérer des situations d’impayés d’eau.

On s’est intéressées à la situation d’une des plus grandes communes de l’île, la commune de Saint-Paul. 49 % des habitants sont bénéficiaires de la CMU, la couverture maladie universelle. La régie de l’eau, parce que la commune tient à demeurer en régie, doit faire face à environ 10 millions d’euros d’impayés, 10 % de ses recettes et ce n’est pas la plus endettée de l’île.

Alors qu’est-ce qui est proposé aux usagers qui ne peuvent pas payer leur facture ?

Tout d’abord, la régie leur propose un échelonnement de la dette. Le souci est que s’ils ne peuvent pas payer un mois, c’est souvent pareil le mois suivant.

Sinon, ils peuvent bénéficier depuis 2014 d’un programme d’accompagnement éducatif budgétaire. C’est-à-dire qu’un travailleur ou une travailleuse sociale du CCAS de la commune va aller chez les familles décortiquer leur budget pour évaluer ce qu’ils peuvent payer. Et là, c’est le casse-tête, les ressources de certaines familles leur permettent juste de payer le loyer, l’alimentation, la cantine… Alors ça va encore plus loin, il faut décortiquer comment les familles utilisent l’eau pour qu’elles consomment moins et donc qu’elles accumulent moins de dettes.

Toutes les causes en amont des impayés, l’augmentation du prix de l’eau et le creusement des inégalités, ne sont pas prises en charge. L’usager en tout bout de chaîne ne reçoit que : si vous ne pouvez pas payer, c’est votre faute, vous gérez mal ou vous consommez mal, en caricaturant : « vous êtes pauvres, vous devez prendre moins de douches ! ».

Quand tout est rapporté à l’échelle individuelle, les explications peuvent aller très loin.

À la Réunion, comme les inégalités sociales découlent de la colonisation, les populations les plus pauvres sont les populations dites créoles.

Dans les discours des institutions apparaissent des explications dites culturelles (avec une voix différente) C’est que vous comprenez, le Créole, il arrose la cour, c’est culturel, il arrose le bitume là partout (en mimant une personne qui arrose le sol avec un tuyau d’arrosage), il gaspille de l’eau. (retour à mon ton) Le Créole (pause). Quand tout un groupe de personnes est ramené à un attribut ethnique, le créole, et qu’on y colle une sentence posée comme une vérité culturelle, ça a un nom, c’est l’essentialisation ! ←316 | 317→Ça semble anodin, mais ça ne l’est pas. C’est un des rouages de la domination d’un groupe social par un autre.

Parce que, en parallèle, un usager qui possède aussi une cour, un jardin et arrose ses plantes tous les jours, mais qui peut payer son eau, lui, personne ne vient porter un jugement sur sa façon de vivre. Et paradoxalement, pour apaiser les tensions avec un collectif d’usagers de la zone littorale où s’installent beaucoup de personnes de France continentale, la régie a consenti à l’installation d’un compteur-vert sur demande. C’est un compteur avec un tarif spécial, l’usager ne paie pas le coût de l’assainissement pour l’eau d’arrosage.

C’est une discrimination qui s’apparente à un racisme institutionnel16. Une institution en vient à stigmatiser une personne en position de dette, disqualifie ses pratiques, parfois au nom de son appartenance ethnique, sans prendre en compte tous les facteurs politiques, historiques que nous avons vus tout au long de la conférence et qui contribuent directement à cette dette.

C’est non intentionnel dans le sens où la commune et la Régie sont prises en étau. À Saint-Paul, l’eau est gérée par une régie publique, mais l’accès à l’eau reste un service marchand. La régie est en déficit, elle ne peut pas ne pas faire payer les usagers, même en détresse. En même temps, elle veut aussi ménager les usagers qui contribuent le plus financièrement et qui contribuent d’autant plus pour compenser les impayés. Au final, les inégalités sociales déjà présentes se renforcent.

En dernier recours, la trésorerie municipale a effacé la dette de quelques usagers. Mais ça a déjà conduit à des retours d’autres usagers en détresse (changement de ton) : alors voilà eux là, on leur efface leur dette en plus et moi alors ! (pause)

Ça vous évoque d’autres discours peut-être, le raccourci paraît facile et pourtant, comment ne pas se sentir démunis quand les vraies responsabilités paraissent inatteignables ?

De façon générale, l’effacement de la dette n’est pas une solution privilégiée17. Du côté des acteurs du travail social, il y a une représentation ←317 | 318→fortement ancrée que payer ses factures est un moyen de ne pas déresponsabiliser les personnes, de préserver leur dignité. Du côté des collectivités, et d’autant plus les distributeurs privés, il ne faut pas laisser ouvert l’idée qu’il serait possible de ne pas payer sa facture.

Avec la marchandisation de l’eau, on voit bien comment payer l’eau devient un critère social et économique qui définit les personnes : les bons payeurs citoyens et les mauvais payeurs inconscients ou assistés.

(changement de ton, voix qui monte en crescendo) Pourtant le droit à l’eau existe ! Les coupures sont interdites, il suffirait que les gens concernés se mobilisent !

(retour à une voix posée) Sauf que c’est compliqué de se mobiliser quand vous avez la tête sous l’eau. C’est compliqué de se sentir légitime quand les institutions vous serinent que c’est VOUS qui avez une dette envers la société ! Et avant même la mobilisation, pour faire valoir ses droits, il faut encore les connaître !

Le droit au logement

En 2012, je suis rentrée au Droit au logement (DAL) à Bordeaux (je montre une affiche avec le logo « un toit c’est un droit »), c’est une association qui demande l’application de la loi de réquisition de 1947 qui dit que le maire peut réquisitionner des logements vacants pour des personnes sans abri. À Bordeaux métropole par exemple, l’Insee recense environ 22 000 logements vacants18, la même année près de 600 personnes sans domicile fixe étaient prises en charge par le 11519, ce qui est une goutte d’eau par rapport au nombre de personnes à la rue. Le DAL demande plus simplement l’application du droit au logement, un droit très connecté au droit à l’eau.

Le DAL fonctionne uniquement avec des bénévoles, il y a un portable que nous nous passons à tour de rôle. On reçoit toute sorte de coups de téléphone.

(je mime de mettre le combiné à mon oreille) Allô le Droit au Logement ? Bonjour, je vis avec ma femme et notre bébé dans un logement insalubre, on galère, on peut plus payer notre facture et ce matin on nous ←318 | 319→a coupé l’eau. J’ai appelé la Lyonnaise, on nous a dit qu’il fallait payer, sinon pas d’eau ! Je ne sais pas quoi faire !

(regard impuissant vers le public) Ok, écoutez, je ne sais pas trop si je pourrais faire plus, bon donnez-moi votre nom, je vais essayer d’appeler la Lyonnaise des eaux, on se tient au courant !

(pause, je prends une grande respiration, je bombe le torse et répète Yoko Tsuno, Yoko Tsuno) Bonjour, je suis membre du Droit au logement, nous avons été alertés sur le fait que ce matin, vous avez coupé l’eau à une famille. C’est absolument interdit ! (en aparté au public) ce qui ne l’était pas encore vraiment à l’époque. (reprise de la conversation téléphonique) Ils ont un enfant en bas âge, nous pouvons vous attaquez pour mise en danger de la vie d’autrui ! Nous exigeons que vous rétablissiez immédiatement l’eau courante ! (je raccroche avec un regard dubitatif au public)

(pause) et quelques heures plus tard (je décroche le téléphone) : l’eau est revenue, merci !

(retour au public) Oui ça a marché, vraiment. À l’époque le DAL était une association qui avait du poids, des figures comme l’Abbé Pierre, Albert Jacquard y étaient associées. À Bordeaux, on était un bureau très actif d’une douzaine de personnes, juste sur demande par réseau de sms, on pouvait avoir une centaine de personnes qui se joignaient à nos actions. Puis un matin, tôt, il y a eu un autre coup de téléphone.

(voix grave) Alors on installe des Bulgares dans le lit des vieilles dames bordelaises !

(regard étonné) Quoi, mais qui êtes-vous ?

(voix grave) Mais, je suis le second sur la liste de M. Alain Juppé pour les élections municipales !

(regard au public) Ah bravo, je vous félicite, les débats vont encore être profondément humanistes cette année !

(Voix grave) Vous n’avez pas lu Sud-Ouest ?

(retour au public) Ce matin-là, le journal Sud-Ouest avait sorti un article intitulé : « Ils dorment dans mon lit. Une octogénaire retrouve son appartement occupé par des Bulgares ».

Quelques jours avant, des familles qui dormaient dehors depuis des mois avec des enfants et une jeune femme enceinte de 8 mois ont fini par investir un logement bien connu dans le quartier pour être inhabité depuis plusieurs années, il était insalubre. Le DAL a soutenu ces familles, aidé à aménager le lieu. Nous avons eu au téléphone la propriétaire, ←319 | 320→elle n’était pas ravie, c’est certain, mais elle a accepté que les familles demeurent dans les lieux 2 mois jusqu’à l’accouchement. Nous nous sommes portés garants pour elles auprès de la propriétaire.

Puis, sur la pression des voisins et je suppose d’un élu du quartier second sur la liste de Mr Juppé, la propriétaire a changé d’avis sans nous prévenir et la presse a été contactée.

À partir de ce moment, ça a été la descente aux enfers. L’article citait l’association, l’adresse du logement et le nom d’une militante. Nous avons reçu des menaces de mort, la militante n’a pas pu dormir chez elle pendant plusieurs jours, les familles ont été menacées je cite « de ratonnade ». Nous avons porté plainte, dossier de menaces à l’appui. Il n’y a eu aucune suite. Par contre (pause), 5 membres ont été mis en garde à vue 2 fois, perquisitionnés chez eux tôt le matin, devant leurs enfants et inculpés pour : violation de domicile et maintien dans les lieux de personnes étrangères. Ils ont été condamnés à l’issue de 2 procès, mais la cour de cassation a cassé le jugement au motif que le dossier était vide de preuves et que si acte il y a eu, c’est l’association qui aurait dû être inculpée. Au nouveau procès, le procureur a reconnu de pas pouvoir apporter d’éléments et a donc demandé la relaxe. Ça a duré près de 4 ans ! Sauf qu’au bout de 4 ans de tension et d’épuisement, seulement 3 membres sur 5 ont été jusqu’à la cassation. Les 2 autres restent donc condamnés à une peine de 3 mois de prison avec sursis et 3 000 € de dommages et intérêts. Condamnés pour délit de solidarité, c’est fort !

Après tout ça, le DAL ne tenait plus que sur deux fils, mais aujourd’hui ça repart !

Conclusion : pour une convergence des luttes sociales et environnementales

Alors pour conclure, nous avons vu deux cercles vicieux : celui de la pollution de l’eau potable et celui des impayés d’eau et comment ils sont liés !

On a un service dit public habillé de principes d’égalité et d’éthique environnementale qui au fond justifient le désengagement financier et politique de l’État.

En amont, la qualité des ressources ne cesse de se dégrader puisqu’il n’y a pas de volonté politique pour contraindre l’agriculture chimique et intensive dominante. Les orientations politiques vont même clairement ←320 | 321→dans le sens de soutenir ce modèle, au point que les producteurs et les vendeurs de pesticides arrivent à capter des fonds publics pour faire changer les pratiques agricoles.

En aval, les coûts des solutions pour fabriquer de l’eau potable sont entièrement reportés sur la facture d’eau donc sur les usagers quelle que soit leur situation économique et sociale.

L’ingénierie et l’assistance publique aux collectivités disparaissent. À moins d’avoir déjà des compétences en interne, les communes sont contraintes de passer des contrats de prestation à des grands groupes privés pour la dépollution, l’entretien du réseau… Et parallèlement, la gestion de l’eau potable s’éloigne de plus en plus des usagers avec l’obligation du transfert de la compétence aux intercommunalités, dont on a vu qu’elles délèguent davantage.

Tout ce mouvement participe au creusement des inégalités entre les territoires, entre les services d’eau potable et du coup, entre les usagers.

Sans compter les personnes qui ne sont tout simplement pas des usagers puisqu’elles n’ont pas de logement, pas de place dans les accueils d’urgence et qu’il y a de moins en moins de fontaines et de douches publiques accessibles à tous et toutes.

Bref, le service de l’eau potable ne peut pas être égalitaire tant que la logique palliative et curative demeure prioritaire. Il ne peut pas être égalitaire tant que les intérêts économiques des lobbies de l’industrie chimique et de la privatisation de l’eau dominent.

(Retour au public) Le droit à l’eau pour tous et toutes ne peut pas être appliqué tant que l’accès à l’eau potable est soumis aux règles d’un service marchand et il ne peut pas non plus être démocratique.

Maintenant quoi faire de tout ça ? (pause en regardant tout le public) Ce n’est pas évident ! Vous pensiez avoir à faire à une souris et vous vous rendez compte que c’est un éléphant ! Le risque à l’issue de ces conférences, c’est de se sentir un peu écrasé, sans aucun pouvoir d’agir sur les choses. Alors que si ! Vous avez plein de pistes !

Vous savez ! C’est déjà quelque chose, vous allez pouvoir en parler autour de vous, aller chercher les réponses que vous n’avez pas eues au quiz par exemple. Vous allez pouvoir montrer que vous savez, solliciter votre commune, votre syndicat d’eau, la communauté de communes, le service clientèle de votre délégataire, les services de l’État ! Interpellez-les sur la qualité de votre eau à la source, ce qui est fait et pas fait. Est-ce ←321 | 322→qu’il y a des gens qui n’ont pas accès à l’eau potable ? Est-ce qu’il y a des personnes déjà mobilisées autour de vous ?

Justement, pour boucler la boucle (je vais rechercher mon collier avec l’image de Yoko Tsuno laissé sur la table) : qu’est-ce que j’ai envie de dire à la petite fille qui voulait être justicière aventurière comme Yoko Tsuno ?

Déjà lui dire que l’aventure, c’est tous les jours, au sommet d’une colline comme au coin de la rue, seul.e, en collectif… Pour la justicière, par contre, je lui dirais que la justice sociale, ce n’est pas qu’une affaire de super héroïne, même si je peux sûrement y contribuer seule dans mon quotidien ou collectivement. La justice sociale, je pense que c’est l’affaire de tous et de toutes, et au premier plan de l’État qui est censé en être le garant ! Si l’action publique produit des inégalités au lieu de nourrir le bien commun et fait de la solidarité un délit, nous avons une belle aventure de convergence des luttes environnementales et sociales à saisir au vol !

Voilà, je vous remercie ! En avant les questions et le débat !


1Je remercie vivement Marie Tsanga-Tabi pour la richesse des échanges suscités par sa lecture de ce texte.

2Roussary A. (2013) De l’eau potable au robinet ? Santé, environnement et action publique, L’Harmattan, Paris. Roussary A. (2014) The reorganisation of drinking water quality governance in France. Responsibility-based governance & objective-driven policy setting in question, Review of Agricultural and Environmental Studies, vol. 95, n°2, p. 203–226. Barbier R. ; Roussary A. éd. (2016) Les territoires de l’eau potable. Chronique d’une transformation silencieuse (1970–2015), Éditions Quae, Versailles. Roussary A. ; Deldrève V. (2016) L’action publique environnementale au prisme des inégalités. La recherche « côté cuisine », Sciences de la société, n°96, p. 11–28. ; les enquêtes réalisées dans le cadre du projet Effijie ainsi que les précieux échanges au sein de l’équipe dans le cadre de recherches communes, comme au sein des séminaires internes du projet.

3Revue Nature & Progrès, n°100, p. 25. Inspiré de l’ouvrage de Moustié ; Pavie P. (2008) Manger bio, pourquoi ? comment ?, Édisud, Saint-Remy-de-Provence.

4http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/2486/0/nombre-captages-leau-potable-fermes.html

5Barraqué B. (2007) La santé, l’environnement et la gouvernance de l’eau, conférence invitée dans le Cycle Environnement et Santé : quelle place pour le droit ? Observatoire Euro-Méditerranéen en Environnement et Santé, Ville de Marseille, Faculté de droit, 11 Janvier 2007, publication de la Ville de Marseille, p. 11–24.

6Becerra S. ; Roussary A. (2008) Gérer la vulnérabilité de l’eau potable : une action publique désengagée ?, Natures, Sciences et Sociétés, n°16, p. 220–231.

7Étude BRGM et ARS, données de 1984 à 2012, http://sigespoc.brgm.fr/spip.php?article49.

8Cette question permet de poser les différents statuts de gestionnaires : commune, syndicats de commune, intercommunalités… De libérer la parole sur la question de la gestion privée. Beaucoup de personnes qui viennent voir la conférence sont de prime abord mobilisées principalement sur ce sujet.

9https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/EzPublish/112-RPA2015-agences-et-politique-de-l-eau.pdf.

10https://www.eaurmc.fr/jcms/pro_71697/fr/l-agence-de-l-eau-rend-compte-de-la-fiscalite-de-l-eau-edition-2018.

11Projet de Loi de finance 2018 et http://www.senat.fr/rap/l18-147-311-1/l18-147-311-16.html.

12Tsang Tabi M. ; Gremmel J. (2013) La difficile émergence du droit à l’eau, de sa reconnaissance internationale à sa mise en œuvre à l’échelle nationale : les cas de la France et du Royaume-Uni, Sciences Eaux & Territoires, vol. 1, n°10, p. 56–64.

13Gremmel J. (2016) L’invention de l’eau sociale : trajectoire du problème de l’accès à l’eau en France (1984–2016), thèse de doctorat de sociologie, Université de Strasbourg.

14Le décret d’application est publié en 2014 et validé par le Conseil constitutionnel en 2015 après le recours de distributeurs privés d’eau potable.

15J. Candau et M. Thiann-Bo Morel, deux chapitres de cet ouvrage sont issus de ce travail commun.

16Sala Pala V. (2010) Faut-il en finir avec le concept de racisme institutionnel ?, Regards Sociologiques, n° 39, p. 31–47 ; Dunezat X., Gourdeau C. (2016) Le racisme institutionnel : un concept polyphonique, Migrations Société, vol. 1, n° 163, p. 13–32.

17Tsanga Tabi M. (2015) La figure du consommateur éco-responsable du bénéficiaire du droit à l’eau : l’impératif écologique confronté aux droits humains fondamentaux en France, Revue française des affaires sociales, vol. 1, n° 1–2, p. 145–162.

18https://www.insee.fr/fr/statistiques/3570014.

19https://rue89bordeaux.com/2017/11/toujours-plus-de-personnes-a-rue-a-bordeaux/.